Chapitre 21 : 4, Privet Drive
J'attends assis sur le lit de Lynna que celle-ci revienne avec un baume contre les courbatures, courbatures dues à la récente pleine lune.
C'est bien joli que Pauline soit amie avec une médicomage mais il y a un fossé entre « savoir la recette » et « savoir faire la recette ». Sans compter l'argent que nécessitent les ingrédients.
Par chance, j'avais donné les instructions à Lynna suite à sa demande, ayant elle aussi régulièrement besoin de ce genre de soins.
Mais j'ai tout de même cette désagréable impression de trop profiter d'elle et de son argent. J'ai beaucoup de mal à l'accepter et cela ne me donne qu'une piètre image de moi-même.
J'aimerais être plus utile que ça, pouvoir rendre service à mes amis. Avoir un travail qui rapporte un salaire respectable et pas une misère comme c'est le cas en ce moment. J'aimerais ne plus être à la place du nécessiteux mais plutôt être celui à qui l'on demande de l'aide, un avis...
Bon, je me plains mais je suis déjà assez content de ne pas être renvoyé depuis le temps. Et en y réfléchissant de plus près, je pense que sans moi, Lynna, Sirius et Sue seraient dans un état assez catastrophique vu le nombre de fois où j'ai du les arrêter ou les récupérer après des cuites, des engueulades ou tout simplement des contrats débiles pour séduire un garçon.
Lynna franchit la porte, un pot entre les mains, l'air concentré. Je me relève et prends le baume afin de le poser quelque part avant qu'elle ne tombe et le fracasse en mille morceaux. Je l'appliquerai une fois chez moi.
-Merci beaucoup.
-De rien, répond-elle en regardant par la fenêtre, l'air blasé.
Ces temps-ci j'ai l'impression qu'elle s'éloigne de moi. Cela me soulage un peu de voir qu'elle se comporte à nouveau normalement, bien qu'une partie de moi aurait aimé qu'elle redevienne celle qu'elle était juste avant la libération de Sirius : la Lynna qui ne pouvait rien me refuser, qui était excitée par la moindre caresse. C'était assez plaisant.
Je soupire sans savoir pourquoi.
-Dis-moi, toi et Sirius vous...
Elle me regarde, attendant la fin de ma phrase. Le problème c'est que même moi je ne la connais pas.
-Vous semblez plus proches ces derniers temps. Est-ce que ça signifie quelque chose ou je me fais juste des idées ?
Je ne sais pas si ça me plairait de la voir retomber amoureuse de Sirius. Ce qui est sûr, c'est que je ne me gênerais pas pour la taquiner.
Cependant, à y repenser, si elle cherche à s'approcher de lui, ça veut dire que nous devons couper tout contact sexuel, elle et moi. Cette possibilité m'est assez désagréable à envisager.
Je la vois rougir légèrement et froncer les sourcils. Elle cherche ses mots. Donc il y a des secrets ?
-Ce n'est pas qu'on est plus proche, c'est juste qu'on a... « Crevé l'abcès ». Ça va mieux entre nous, conclue-t-elle en haussant les épaules. Pourquoi ?
Je décide de la croire, cette vérité me plaisant plus qu'une autre. Elle rougit mais n'est pas tendue ou nerveuse. Les secrets que ces deux-là cachent n'ont probablement rien à voir avec de quelconques sentiments.
-Je me demandais. Et si ça avait été le cas, je murmure en me rapprochant d'elle, on aurait dû cesser de... s'amuser ensemble.
Ma main caresse doucement sa hanche avant de remonter vers sa poitrine. Lynna sourit légèrement et semble prendre tout ça à la légère. J'essaye de l'embrasser mais elle penche la tête sur le côté, demandant silencieusement à ce que je lui embrasse la nuque. J'obéis tandis qu'elle enlève rapidement mes vêtements.
Je me rends comte que je me retrouve complètement nu tandis qu'elle n'a que quelques boutons de sa robe de défaits. J'essaye de rattraper mon retard mais elle me pousse déjà vers le lit, ses yeux évitant les miens et préférant apparemment observer mon sexe se durcir. C'est assez incommodant mais j'y trouve une certaine satisfaction. Peut-être de la fierté. Qu'importe.
Mes mollets cognent son lit et je me laisse glisser afin de m'occuper de sa poitrine avec autre chose que mes mains. Mais elle appuie sur mon épaule afin que je m'allonge. Je me redresse légèrement sur les coudes mais ma position rend ce mouvement moins facile à faire que normalement et je sens mes muscles râler face à cet effort. J'essaye de ramener mes jambes sur le lit mais Lynna repose son équilibre sur une de mes cuisses avec sa main. De l'autre elle amasse ses cheveux d'un côté de son visage. Je comprends enfin pourquoi elle a voulu me déshabiller avant et je ne peux m'empêcher de sourire tandis que je la regarde faire.
C'est sympa de sa part de prendre en compte le fait que je ne suis pas en excellente forme physique.
Quelques heures plus tard -Lynna ayant réclamé une « compensation » et après nous être reposés un bon moment- je regarde mon amie se rhabiller calmement, jetant toujours quelques coups d'oeil par la fenêtre.
-Tu attends du courrier ? je lui demande en bâillant.
Comme pour répondre à ma question, un hibou surgit derrière la vitre et Lynna se précipite pour lui ouvrir et prendre l'enveloppe accrochée à sa patte. Je remarque qu'elle fouille dans sa poche et verse quelques pièces dans la minuscule bourse accrochée à l'autre patte du hibou qui profitait de cet instant de repos pour remettre ses plumes en place avec quelques coups de becs.
Elle doit payer ? Ce n'est ni le journal ni un colis...
Je me redresse en enfilant maladroitement mon caleçon et regarde par dessus son épaule. Ce sont les résultats d'une prise de sang.
-Tu es malade ? je demande, inquiet.
Certes, on fait très attention elle et moi mais... Peut-être qu'un soir, sans m'en rendre compte, je l'ai mordue un peu trop fort, ou alors elle a peur ? Je sens mon mon coeur se serrer à cette idée. Je devrais lui faire confiance depuis le temps mais, à chaque fois, je me dis qu'un jour... Elle ne pourra plus me supporter. Elle partira, effrayée ou dégoûtée. Ou alors c'est son mari qui l'éloignera de moi, qui insinuera le doute et la haine en elle... Et je serai seul.
Cette simple pensée me donne envie de la serrer contre moi. Elle est devenue trop importante pour qu'elle puisse partir sans me détruire. Elle a toujours été là, elle est revenue de Roumanie juste après avoir reçu ma lettre au sujet de Lily et James, je l'ai aimée si longtemps, de différentes manières certes, mais cela ne fait qu'augmenter l'importance qu'elle a à mes yeux.
J'ai souvent pensé à la demander en mariage mais je sais que ce serait mal : mal de l'enfermer avec moi, mal de risquer de la contaminer ou qu'elle soit traitée comme je le suis car elle serait proche d'un malade... Et mal de faire passer ma peur pour de l'amour. Au travers de ce mariage, j'aurais voulu l'enchaîner à moi et non pas l'aimer. J'aurais juste cherché une protection.
Lynna me montre un sigle sur le papier avant de le plier pour l'enfoncer dans une de ses poches. Le sigle en question était celui d'un centre d'étude des créatures magiques. Je fronce les sourcils.
-Ce n'est pas pour moi mais pour un animal.
-Mais... Pourquoi c'est toi qui l'a reçu et payé si c'est pour le travail ?
Je la vois rougir et éviter mon regard tandis qu'elle garde la main dans sa poche.
-Je... C'est pas censé faire partie de mon travail alors je me charge de tout.
Je fronce les sourcils, peu convaincu.
-S'il te plaît, je préférerais garder ça pour moi, gémit-elle en prenant un air sérieux.
-D'accord, je réponds, l'esprit encore trop endormi pour me battre, mais tu me promets que si jamais tu as un problème, tu m'en parles. Et je ne veux pas être mêlé à ça !
-Faut savoir ! rigole-t-elle avant de me remercier et de me faire une bise sur la joue. Bon, je dois aller voir... Quelqu'un.
Je ne cherche pas à en savoir plus : elle est adulte et jusqu'à maintenant elle n'a pas eu trop de problème judiciaire, si on oublie le jour où des salamandres ont mis le feu à des boursoufs de Sibérie par sa faute. Mais elle a su s'en tirer avec une simple amende.
J'hésite entre mettre ma robe de sorcier tout de suite ou le baume. Si je mets le baume, ça va être collant et c'est pas agréable, mais sans ça, me rhabiller sera une véritable séance de torture. Je décide finalement d'ouvrir le pot et me mets à étaler la pâte visqueuse sur mes bras. Je ressens immédiatement un soulagement et je soupire d'aise. Il faut dire qu'avec ce que m'a demandé Lynna tout à l'heure, je ne les ai pas ménagés.
Alors que je profitais du calme de la maison -et de l'absence de la propriétaire- pour me reposer un peu plus et attendre que le baume agisse complètement, un hurlement me fit sursauter et mit fin à mon havre de paix.
-REMUS !
Je me lève du lit et sors de la chambre ma baguette à la main, étonné par le ton de sa voix : elle avait l'air paniqué. À peine la porte franchie, je la vois grimper les escaliers, trébucher, éviter de justesse la dégringolade puis me regarder, terrifiée.
-Qu'est-ce qui se passe ? je lui demande, perplexe.
Ce n'est pas à cause de son truc de créature magique j'espère !
-C'est Sirius... Il est... J'étais chez lui. Il n'y avait pas sa moto... Juste un message... Il veut Harry !
-Du calme, respire et explique-moi ça calmement.
-Sirius ! Il a pris sa moto ! Il a laissé un message ! Il est parti le chercher !
-Chercher le message ?
Lynna me regarde avec des yeux encore plus ahuris puis les ferme et s'énerve en agitant les poings. Elle paraît hystérique comme ça.
-Mais non ! Je te dis qu'il s'est enfui en moto pour chercher Harry ! Il l'a écrit sur le message ! Il va chercher Harry à Little Whinging ! s'écrie-t-elle, sa voix soudainement aiguë. Dépêche-toi ! On doit le rattraper !
Je la regarde un instant avant de me précipiter dans la chambre pour enfiler mes chaussures et ma robe.
Oh le con.
La minute d'après, nous transplanons à Little Whinging. Nous ne pouvons nous empêcher de regarder autour de nous mais il n'y a rien d'autre que des maisons identiques à pertes de vue.
-Bon, tu cherches par là, moi je vais voir de ce côté, j'ordonne en indiquant un côté de la rue à mon amie qui acquiesce. On évite les patronus... Mais tu peux faire des étincelles, c'est plus simple à cacher aux moldus.
Nous partons chacun de notre côté. Ce qui est embêtant avec Sirius et sa moto, c'est que l'on doit fouiller dans tous les recoins car il a pu se transformer en chien, mais aussi vérifier dans le ciel. Ce serait tellement plus simple de poursuivre Sue ou Sooty... Non, pas Sooty.
Alors que je regarde par dessus une haie parfaitement taillée un grand panier rempli de linge -on ne sait jamais, Sirius se cache toujours dans les endroits les plus farfelus- j'entends quelqu'un courir dans ma direction. Je me retourne en sursautant, de peur que ce soit les autorités moldues mais ce n'est que Lynna, à bout de souffle.
-Bon sang, idiot. Tu m'as envoyée du côté des impasses ! Et tu cours vite !
Je ne réponds pas, je ne pose même pas une main dans son dos pour la soutenir ou l'encourager. Je continue d'essayer de regarder partout à la fois, quitte à me faire mal au cou car j'ai oublié d'y mettre du baume. Et mes manches collent ce qui est vraiment désagréable. Et tout ça, c'est SA faute à lui.
Bon sang, où peut bien être ce triple imbécile !? Je vais lui faire payer de nous faire courir dans le froid juste après...
-On est jeudi, non ? marmonne Lynna en fronçant les sourcils.
-À quoi ça nous avance, je râle, de plus en plus énervé.
-Les enfants sont à l'école à cette heure-ci.
Je la regarde, surpris : je n'ai pas beaucoup été à l'école étant petit. Pas la peine d'expliquer pourquoi.
-Mes parents ont tenus à ce que j'aille à l'école moldue avant Poudlard. Je me demande ce que sont devenues mes copines, murmure-t-elle, les yeux dans le vague.
-ON S'EN FOUT ! je hurle. Ce n'est pas le moment de penser à ça ! Sirius est peut-être en train de kidnapper Harry en ce moment même ! Il risque la prison ! Encore !
Je me demande si une fois dans sa vie Sirius n'a pas risqué la prison.
Il m'énerve.
-Est-ce que tu as une idée d'où peut se trouver cette école ? je grogne, sans faire attention aux deux vieilles dames qui passaient à côté de nous et qui me regardent en fronçant les sourcils.
Est-ce parce que j'ai hurlé ou pour ma tenue ? Oh et puis zut, qu'elles aillent se faire voir, il y a plus important que deux vieilles moldues portant des robes à fleurs.
-Aucune. Mais un plan pourrait nous aider. Je crois que j'ai vu un panneau indiquant le centre ville. En y allant, on devrait pouvoir en trouver un !
-Génial, je te suis.
Nous nous mettons à courir sous les regards curieux des passants et en évitant de justesse un chat trop lent ou des voitures mal garées. Au bout de cinq minutes de course, nous finissons par nous retrouver devant un bâtiment tout en largeur composé de nombreuses fenêtres et semblant assez bien entretenu.
-Ici ! s'exclame Lynna en désignant un abris-bus -près du dit bâtiment- dont l'une des façade est recouverte d'une carte.
Mon amie s'en approche et se penche en avant pour l'étudier.
-Lynna...
-Attends, j'essaie de voir où on est...
-Lynna, je répète en insistant.
-Attends ! Ah, on était dans cette rue, Maple Drive, on est allé par là et... Ah ! Je vois où se trouve l'école. Elle s'appelle...
-« Charles Dickens Primary School ». Elle est en face de nous.
Lynna détourne la tête puis rougit en se cachant le visage, de honte, face à l'inscription peinte en gros et en blanc sur les murs en brique de l'école.
Nous regardons un moment l'école puis décidons de fouiller les environs. Sirius n'aurait tout de même pas osé s'infiltrer avant même que les cours ne prennent fin. Si ?
Quelques souvenirs de nos années à Poudlard me reviennent, faisant naître des frissons d'appréhension.
Soudain, le vrombissement d'une moto nous fait tourner la tête, ou plutôt lever les yeux.
Une silhouette se distingue dans le ciel gris. Une fois qu'elle est assez proche pour que je puisse distinguer les roues d'une moto, je sors ma baguette et lance un maléfice d'entrave sur l'engin.
L'instant d'après, un bruit fracassant étouffe le cri que Lynna vient de pousser : la moto de Sirius vient de s'écraser sur le sol. Ce dernier a du réaliser un sort d'amortissement pour s'en sortir vivant.
J'avais bien dit qu'il allait me payer cette course poursuite.
Lynna garde ses mains contre sa bouche, encore sous le choc, puis jette des coups d'oeil nerveux autour d'elle : le bruit a probablement dû alerter la rue entière. Sirius de son côté s'est lancé dans ce qui semble être l'énumération de tous les jurons qu'il connaît.
-Tu es dingue ou quoi ? Qu'est-ce qui t'a pris de faire ça ?! Regarde l'état de ma fiancée !
-Oh, tu continues de l'appeler ainsi? demande Lynna réjouie, détournant son attention des moldus qui commencent à nous regarder.
Je ne sais pas pourquoi mais le surnom de ce monstre à deux roues à toujours eu une sorte de succès chez les filles. Ça me déçoit un peu de la part de Lynna qu'elle aussi y soit sensible. Pour moi ce n'est qu'un nom ridicule pour une machine insupportable.
-Dingue ? Moi ? Je croyais m'opposer à ce qui s'appelle une « démonstration de magie dans le monde moldu » mais aussi à un kidnapping !
-Ah oui ? Alors jeter un maléfice d'entrave ce n'est pas de la magie peut-être ? rugit Sirius.
-Ce n'est pas aussi provocateur qu'une moto volante !
-Silence ! Tous les deux ! s'écrie Lynna, la voix à nouveau aiguë. On ramasse les morceaux de la moto et on s'éloigne immédiatement : les moldus commencent à nous regarder. Et pas de discussion ! piaille-t-elle en nous jetant un regard mauvais.
Nous soupirons en levant les yeux aux ciels et en marmonnant deux trois paroles vagues avant d'agir. Non pas qu'on lui obéit quand elle crie mais il est vrai qu'il y a pas mal de moldus et je n'ai pas très envie de me retrouver en face d'un inspecteur du Ministère.
Nous avançons dans la direction opposée à l'école et Sirius ne cesse de jeter des regards derrière lui, apparemment très déçu.
Nous nous installons sur ce qui semble être une aire de jeu afin de réparer la moto et de discuter.
-Sirius, tu te rends compte de ce que tu allais faire ? murmure Lynna, peu sûre d'elle.
-Récupérer ce qui me revient de droit ? grogne le concerné, agenouillé devant son véhicule.
Je devine que si je laisse ces deux-là se parler sans agir, j'aurais le droit à de belles disputes et aussi des crises de larmes.
-Harry n'est pas un objet, j'indique en tendant une sorte de tube en acier au propriétaire de la moto.
-C'est à Dumbledore que tu devrais dire ça ! Moi, tout ce que je voulais faire c'était...
-L'enlever ?
Sirius ne répond pas, faisant semblant d'être occupé par la réparation de sa « fiancée ».
-Sirius, je suis d'accord que c'est odieux de la part de Dumbledore de te refuser la garde d'Harry malgré le choix de Lily et James, marmonne Lynna en regardant ses mains. Mais pense à lui : il vit avec des gens qu'il aime et où il est aimé. Je ne dis pas que ce ne serait pas le cas avec toi mais... Tu ne peux pas l'arracher à sa famille, même pour une autre. Il te haïrait pour ça...
Je vois Sirius froncer les sourcils et faire une moue haineuse puis tendre la main pour prendre une autre pièce détachée de force de sa moto pour la remettre à sa place. Il n'acceptera jamais de le dire mais Lynna l'a convaincu. Je le comprends : c'est dur d'admettre qu'elle peut avoir raison sur un tel sujet.
J'entends notre amie soupirer puis faire quelques pas afin d'observer des massifs fleuris, probablement pour se remettre de toues ces émotions et penser à autre chose.
Je ressens une sorte creux dans l'estomac et me rend compte que Lynna et moi n'avons pas mangé ce midi. Et si je leur proposais d'aller chez Pauline ? Ce serait sympa. On pourra parler d'autre chose et on oubliera ce qui vient de se passer.
Deux trois couples marchent de l'autre côté de la route en tenant leurs enfants par la main, ou des mères marchent à côté de leurs fils qui font du vélo, tout en jetant des regards réprobateurs à Sirius et son énorme moto, comme s'il venait de proposer des substances illicites à leurs progénitures. Celui-ci s'en fiche complètement, toujours très concentré. Lynna s'est mise à jouer avec une balançoire à quelques pas et moi, je sens mon ventre réclamer de quoi manger tout en frissonnant de temps en temps à cause du froid.
Puis, peu à peu, les enfants se mettent à envahir le lieu où nous nous trouvons, forçant Lynna à nous rejoindre. Elle se frotte les bras en regardant comment avance l'opération de la moto. Plus loin des petites filles jouent avec une corde à sauter, des garçons se sont emparés de la balançoire et essaient d'aller le plus loin possible, un petit groupe commence à se chamailler. Aucun d'eux ne semblent se rendre compte qu'il y a un loup-garou et un ancien détenu à quelques pas.
Les cris et les rires me fatiguent autant qu'ils maintiennent mon attention éveillée. Je ne sais pas si je veux des enfants. Bien évidemment on m'a déjà posé les questions « tu préférerais une fille ou un garçon ?» ou encore le célèbre « quels prénoms tu donnerais à tes enfants ?», et j'y réfléchissais alors. Mais en avoir un, je ne m'en pense pas capable. Même en imaginant les « moments de bonheur », l'ombre de ma maladie désenchante le tout et transforme le rêve en cauchemar.
Je jette un coup d'oeil à Lynna qui regarde le groupe de gamins qui commence à en venir aux mains : et elle ? Veut-elle fonder une famille ? Elle vit au jour le jour, elle donne tout son amour... N'a-t-elle pas peur de se retrouver vieille et seule, sans enfant, sans mari ?
-Ils sont en train de frapper un petit ! déclare-t-elle, les sourcils froncés.
Elle se retourne vers moi, les poings sur les hanches. Je suis fatigué et elle est assez grande pour s'en charger toute seule mais le souvenir du baume et de nos ébats me force à lui obéir. En nous voyant partir, Sirius lève la tête puis nous suit, intéressé. Je verrais presque la queue de Padfoot s'agiter derrière lui.
Je vois Lynna tenter de dire quelque chose mais un gamin qui lui tourne le dos lui frôle le flanc avec son coude, probablement pour donner un coup de poing à la victime. Sirius et moi intervenons alors de la manière forte : il en saisit deux par le col tandis que j'en repousse un particulièrement gros pour en tirer un autre assez mince.
Le garçon rond et le reste de ses amis s'enfuient en courant, abandonnant leurs trois amis entre nos mains. Sirius relâche ses otages qui semblent sur le point de pleurer de peur pour relever la victime qui continue de se protéger la tête avec ses bras.
Lynna se met à leur faire la leçon comme quoi c'est lâche de s'en prendre à plusieurs contre un seul tandis que je leur jette un regard mauvais. Je sais qu'à cet âge-là, ils auront tout oublié dès le goûter mais j'apprécie la manière dont ils regardent leurs pieds face à nous et surtout, ce genre de moment est très désagréable pour les enfants. C'est comme si je me vengeais de tout ceux qui m'avaient rejeté en faisant la morale à trois morveux sortis de nulle part.
-Allez, déguerpissez, grogne Sirius de sa voix la plus terrible.
Nos trois fripons s'échappe à toute vitesse, de sorte que l'un d'eux trébuche avant de se relever. On les entendrait presque crier.
-Ce n'est pas glorieux de nous en prendre à des gamins, je fais remarquer à Lynna, tout en souriant.
-Je sais mais nous, on est adultes. On sait ce qui est juste, réplique-t-elle en bombant le torse exagérément.
Je lui lance un regard perplexe en désignant Sirius d'un mouvement de tête. Elle pouffe puis me remercie d'être intervenu en posant la main sur mon bras.
-Si tu veux me remercier, tu n'as qu'à recommencer ce que tu as fait tout à l'heure, je lui murmure à l'oreille.
-Mais alors je devrais faire ça à Sirius aussi, rigole-t-elle avant de s'interrompre pour regarder notre ami.
J'affiche un sourire amusé et un peu dégoûté puis me tourne à mon tour et voit que ce dernier continue de tenir la victime du mini gang par une épaule. Le pauvre garçon semble terrifié et tremble de tous ses membres. Il faut dire que le visage de Sirius est encore un peu émacié, et en plus il le regarde avec une telle intensité qu'il est étonnant que le gamin ne se soit pas mis à appeler à l'aide.
-Qu'est-ce qu'il y a ? je demande doucement, pour le sortir de son monde.
Lynna semble elle aussi perdue avant de pousser un petit cri puis de se plaquer une main sur les lèvres. Je regarde le garçon à nouveau qui a tourné la tête vers mon amie, comme alerté par le cri.
Il a un genou rougi et de la boue sur les vêtements. Ses lunettes sont à moitié cassées et ses cheveux ne pourraient pas être plus décoiffés que ça. Ils partent dans tout les sens et laissent voir une trace sur son front.
Une cicatrice en forme d'éclair.
Oh Merlin !
Je pose à mon tour une main contre ma bouche afin d'éviter de jurer et sens l'émotion m'envahir. Je ne sais pas si je veux pleurer ou hurler de joie.
Sirius bouge les lèvres sans qu'un seul son ne se fasse entendre. Il fronce les sourcils, déglutit puis demande :
-Gamin, où habites-tu ?
Le concerné lui jette un regard apeuré puis vérifie autour de lui si un adulte ne se trouverait pas dans les environs pour le tirer de ce mauvais pas puis il murmure une réponse sur un ton faible, comme s'il voulait qu'on ne l'entende pas.
-4, Privet Drive.
