Déclaration : Les personnages ne m'appartiennent pas, ce sont ceux du film The eagle. Je ne fais que les emprunter, merci à Rosemarie Sutcliff de les avoir crées.

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Chapitre 21 : Le banquet, partie 1


- Comprends-tu ? s'exclama l'oncle Aquila en souriant, l'œil vif, concentré sur son filleul.
Ils étaient dans le petit bureau d'Aquila, plus en désordre que jamais.
- Cette citadelle est imprenable, reprit-il en tapotant sur un papier.
Esca qui se tenait à la porte, mais qui n'avait pas encore été remarqué, attendait le bon moment pour interrompre les deux hommes. Néanmoins, l'enthousiasme d'Aquila ne lui laissait pas la moindre brèche pour s'y glisser. Bien au contraire, il l'avait piégé lui aussi … il écoutait son récit ou plutôt buvait ses paroles portées par l'énergie de la passion qui était communicative.
- Elle est le résultat de la dualité du pragmatisme du tacticien et des besoins du soldat. Le pentagone est la solution ! Si en plus on l'entoure d'eau, elle devient inaccessible …
- Mon oncle … commença Marcus très impressionné, ce traité de fortification est absolument prodigieux, finit-il par déclarer.
- Il tient lieu également de guide pour la conduite d'un siège, ajouta l'oncle visiblement fier de lui. Ce livre … peut nous donner la gloire, finit-il dans un murmure. Mais je m'égare, se reprit-il avec un grand sourire.
Pourtant la tristesse qui avait traversé ses traits n'avait pas échappée à Marcus. Il ne sut comment réagir, jamais son oncle n'était apparu affecté par la disgrâce de son frère … clairement le masque était tombé un court instant. Cela l'atteignit profondément. Son père, un Romain parfait lui avait-il dit … La confiance de son oncle dans son père était une rassurante nécessité à laquelle il s'était accrochée tentant de se convaincre à son tour. Savoir qu'il en souffrait lui aussi … était effrayant. Un gouffre s'ouvrait sous ses pieds. Il sentit son cœur douloureusement se serrer, pris dans un étau de honte, mais la voix d'Esca mit brusquement fin à cette spirale de désespoir.
- Maître, un objet est arrivé pour vous, lança-t-il d'une traite alors que les deux hommes étaient, enfin, silencieux.

Marcus se tourna pour faire face à cette voix qui le détournait de son chagrin. Esca le fixait, habillé tout de beige, la lumière de l'après-midi l'entourait de ses rayons chauds qui lui rappelaient que je jour était là, qu'il devait choisir ce chemin et non celui des ténèbres qui l'attirait l'instant d'avant. Cette vision ne faisait peut être pas le même effet à son oncle, quand Marcus se tourna vers lui, il avait le visage fermé, l'œil affuté braqué sur le fauteur de trouble.
- Esclave, tu n'as pas été invité à parler, assena-t-il durement.
Oui, c'était bien cela, Marcus venait d'en avoir la confirmation. Le celte faillit rétorquer mais il tint finalement sa langue prouvant à Marcus combien il pouvait être maître de lui-même quand il le voulait.
- Des esclaves attendent dans l'entrée, ajouta-t-il avant de baisser la tête puis de se tourner pour les laisser.
- C'est extraordinaire ! s'exclama Aquila en se levant d'un bond. Les esclaves peuvent attendre toi y compris, fit-il en s'avançant vers lui d'un pas vif au milieu des papiers qui jonchaient le sol.
Le celte s'était retourné vivement, surpris par le ton autoritaire et menaçant. Marcus l'était également, une certaine haine habitait ses mots qui étaient déjà désagréables. Il comprit immédiatement que contrairement à lui, cette tristesse s'était transformée en colère quand Esca était apparut.
- Excuse-toi ! exigea Aquila planté devant lui.
Marcus passa d'Aquila à Esca mais ce dernier ne chercha pas son aide, il affrontait seul la colère de son oncle.
- Pardon, s'excusa-t-il immédiatement en baissant la tête.
- Ne recommence pas. Tu mériterais que je te corrige pour ton arrogance ...
La main de son filleul arrêta son bras levé, prêt à frapper l'esclave, et le coupa net dans son élan. Il lui jeta un regard noir, et comme sortant d'une transe il retourna vers ses livres, plus posément, les épaules légèrement courbées. Chez cet oncle chaleureux, souriant se cachait pourtant un homme meurtri, un soldat certainement courageux et intransigeant mais surtout un tacticien hors pair.
- Allons-y, murmura Marcus le regard posé sur les épaules de son oncle qui avait repris sa lecture.

- C'est bien, commença Marcus en suivant son esclave, tu t'es changé de vêtements.
Il accompagna ses paroles encourageantes d'une main réconfortante posée sur son épaule qu'il sentie crispée. Leur sourire fut mutuel et la tension dissipée.

oOoOoOo

- Cet objet est remarquable, non ? questionna Marcus devant un support de lampe en forme d'arbre.
Il en fit le tour, une fois de plus. Il en avait vu beaucoup mais après quelques minutes d'observation de ce modèle, il en était venu à cette conclusion.
- D'où vient ce candélabre ? demanda-t-il.
- De Pompéi, répondit l'un des esclaves d'Atia venus apporter le présent.
- Un objet de grande valeur ... murmura-t-il en reportant son attention sur le support qui trônait sur la table qui leur servait à prendre tous les repas.
Marcus renvoya finalement les esclaves d'Atia en leur indiquant qu'il acceptait le magnifique cadeau. Il leur demanda de remercier leur maîtresse.

Esca se tenait à une distance respectable de l'objet, des esclaves, le dos contre le mur. Il tentait une fois de plus de se fondre dans le paysage, ses intentions étaient claires, et cela amusait Marcus car il y arrivait fort mal malgré ses efforts. Il y avait toujours une telle force qui émanait de lui, mêlée à une fierté qui frisait la révolte, qu'il ne pouvait passer inaperçu. Pas aux yeux de Marcus en tout cas. Il avait le sentiment d'avoir un loup sous son toit. Un loup fidèle, espérait-il.
- Esca, approche.
Il se décolla lentement du mur, faisant sentir combien cela était à contre-cœur, pour s'approcher de son maître.
- Qu'en penses-tu ? lui demanda Marcus en fixant Esca.
Son regard se posa sur le candélabre puis il haussa les épaules mais, ses yeux ne quittèrent pas l'objet pour autant.
Sa curiosité l'emporte toujours, pensa l'ancien centurion.
- Je crois qu'il te plaît, ajouta-t-il sur un ton neutre.
- Non, rétorqua-t-il immédiatement.
Il sembla vouloir ajouter quelque chose mais il tint sa langue finalement et se tut, trouvant certainement qu'il en avait trop dit.
- Je ne me vexerais pas … le rassura Marcus ravi que son esclave ait réagi à sa provocation. Vas-y, dis-moi ce que tu en penses, insista-t-il.
- Je n'en sais rien, je ne suis pas romain, fit-il encroisant les bras sur son torse.
- Allez, tu peux faire mieux que ça, le taquina Marcus avec un sourire en coin en examinant attentivement ses traits.
- Cet objet est pour les romains, je ne peux pas le comprendre … je ne sais même pas où est située cette ville …
- Pompéi ?
- Oui.
- C'était une grande ville située au sud de là où je vivais, en Italie, elle a une histoire tragique. Une ville parmi les plus évoluées de l'empire, où il faisait bon vivre, située près de la mer. Les terres étaient fertiles, on y cultivait principalement de la vigne … pour faire du vin, ajouta-t-il en réponse aux sourcils froncés du celte. Une ville riche grâce à son commerce et celui de l'huile, très peuplée mais aujourd'hui disparue. Tous les habitants, ou presque, sont morts.
- Que s'est-il passé ? murmura Esca.
- Une éruption, est-ce que tu sais ce que sais ?
Esca hocha la tête.
- Alors, tu sais que le volcan a craché des pierres brûlantes, de la lave embrasée a coulé vers la ville brûlant tout sur son passage … les cendres ont recouvert la ville obscurcissant le soleil pendant deux jours et un air mortel venu de la montagne a tué les habitants, si les projectiles ne l'avaient pas déjà fait … La ville entière a été ensevelie, les habitants surpris sont morts avec elle.
- N'ont-ils pas pu fuir par la mer ?
- Effectivement, ils auraient pu, si un raz de marée ne les en avait pas empêché … Il n'en reste plus rien ou presque, conclut Marcus.
- Cet objet vient vraiment de cette ville ? douta Esca en reportant son attention sur le support à lampes.
- Je pense qu'Atia dit vrai. Ce sont les détails qui m'y font penser …
- Mais comment ? le coupa Esca.
- Certains ont réussi à fuir emportant avec eux des objets, mais je pense plutôt que sa famille l'a acheté avant que la ville ne soit ensevelie.
- Est-ce que …
Esca s'était arrêté, il se pinça les lèvres, pouvait-il parler aussi librement que cela ?
- Quoi ?
- Est-ce que vous avez creusé, fouillé les décombres ?
- Cela s'est passé il y a 80 ans. Non ils n'ont pas cherché à défaire ce que les dieux avaient fait. Une ville entière et ses habitants disparus ... une telle catastrophe était écrite. D'une manière ou d'une autre, ils ont été punis par les Dieux.
- Je n'ai rien lu dans le livre à ce sujet … murmura Esca son attention concentrée sur cette relique.
- A ma connaissance, aucun livre n'a été écrit sur Pompéi, elle est plus ou moins tombée dans l'oubli. Je connais l'histoire parce que mon père me l'a contée.
Esca releva brusquement la tête et sourit en entendant cela.
- As-tu fini le livre ?
Esca acquiesça. Il avait tout lu et découvert énormément sur les romains. Tout ce qu'il avait deviné, entrevu s'était confirmé mais sa lecture lui avait aussi révélé beaucoup de la vie politique de ce peuple. Cela lui avait même semblé le point central une fois le livre terminé, l'ambition commune à tous ces empereurs.
- C'est une bonne chose. Il y a beaucoup de descriptions de batailles ?
Le celte hocha la tête. Il y en avait pléiade, certains passages étaient écrits de la main des empereurs eux-mêmes, il avait ainsi expérimenté différentes manières de raconter ce genre d'histoire. L'empereur César était de loin le meilleur. Il n'avait pu lâcher les passages qu'il avait écrits concernant la guerre des Gaules. Il avait été happé par le récit tant ces Gallois, qu'il ne connaissait pas, lui rappelaient son propre peuple. Il avait lu une bonne partie de la nuit avant de finalement céder au sommeil qui se faisait pressant.
- Tu vas me raconter, ordonna Marcus. Tu vois ces dessins, dit-il en désignant le pied de la lampe et en s'approchant, je ne sais même pas comment ils ont été faits pour apparaître ainsi … Et ces chaînes en bronze sont d'une finesse incroyable. Tous ces petits crochets permettent de disposer les petites lampes dans différentes positions pour varier les effets … Bref, fit-il devant l'air incrédule de son esclave.

Il se redressa. Il réalisa quEsca ne pouvait effectivement pas comprendre, comme il lui avait fait remarquer. L'éclairage des pièces, en particulier pendant les fêtes ou les banquets était un art à part entière que sa mère lui avait enseigné. Il lui sembla tout à fait impossible d'expliquer cela à Esca … peut être ce soir pourrait-il lui montrer mais comprendrait-il l'importance qu'ils y accordaient ? Il en doutait.
- Est-ce que tu le trouves beau ? questionna-t-il.
- Non.
La réponse spontanée et très claire du celte le prit par surprise et le fit rire à gorge déployée.
- Après tout ce que je t'ai expliqué … et bien moi non plus, lui fit-il savoir en souriant. Le travail est magnifique mais franchement la ressemblance avec un arbre, ces pieds de bête … cela ne me plaît pas du tout. Tu le mettras quand même dans ma chambre, conclut-il en soupirant, se remémorant l'ancien propriétaire.
Les raisons de ce cadeau d'une grande valeur n'étaient pas claires. Peut être voulait-elle s'excuser puisque le précédent cadeau venait des grands-parents d'Octavia … mais cela ne lui ressemblait pas. Non, vraiment il n'avait pas d'indice et il n'aimait pas cela.
- Tu feras cela plus tard, ordonna Marcus alors qu'Esca soupesait l'objet. Suis-moi.

Marcus traversa sa chambre, Esca sur ses talons. Il s'assit sur les marches qui menaient au jardin et enjoignit son esclave à faire de même. Il laissa son regard traîner de ci de là, simplement heureux de ce moment de calme mais pas solitaire.
- Alors ce livre ? demanda-t-il finalement en se tournant vers le celte. Pourrais-tu m'en faire la lecture ?
Esca secoua la tête.
- Hum … tu ne peux pas ou tu ne veux pas ?
- Je ne peux pas … répondit-il en déglutissant difficilement.
Il ne voulait pas lui faire la lecture et encore moins de cet ouvrage. C'était une demi-vérité ...
- Y a-t-il des descriptions de batailles ?
- Oui, beaucoup …
Marcus sentit que cela n'était pas tout.
- Mais quoi ? ajouta le romain. Tu peux parler, fit-il en allongeant sa jambe un peu douloureuse ainsi pliée.
La retenue de son esclave lui paraissait excessive, Marcus aurait aimé qu'il se sente plus à l'aise pour exprimer ses idées.
- L'empereur César en particulier écrit des descriptions très réalistes.
- Oui probablement …
Marcus repensa à son oncle, lui aussi méritait sa place à la bibliothèque. Il n'avait jamais lu ou entendu une telle analyse sur la tenue des sièges.
- As-tu entendu ce qu'expliquais mon oncle, tout à l'heure ?
- Un peu … maître.
L'épisode n'avait pas été glorieux, une pointe de respect était probablement la bienvenue.
- As-tu maintenant compris pourquoi nous conquérons tous les pays ?
Esca se raidit. Il sentit une vague de haine le parcourir. Leur conquête … il ne l'avait pas lue ! Il l'avait vécue, subie, endurée. L'avait-il oublié ? ! Ils lui avaient tout pris, jusqu'à sa dignité d'homme, lui ne pourrait jamais l'oublier. Mais ces romains n'étaient pas que des théoriciens de la guerre, ils réduisaient les peuples conquis en esclavage puis en soldats, amassaient toujours plus d'argent pour alimenter leur conquête de l'opinion. Voilà le véritable but de ces guerres dont les victoires étaient achetées. Il prit une inspiration et tenta de chasser tout le mépris que la suffisance de Marcus lui inspirait. Il tâcha de conserver un regard neutre quand il tourna lentement son visage vers celui sévère de son maître.
- Je l'avais déjà compris.
- N'as-tu donc rien appris dans ces livres ? insista le romain.
- Si … Que la politique est plus importante que l'armée, lâcha-t-il en avalant difficilement.
Il ne pouvait lui livrer le fond de sa pensée qui pourtant lui brûlait les lèvres. Un jour, il espérait réussir à lui faire comprendre tout le mal que son armée, qu'il portait aux nues, avait fait et continuait de faire. Une nausée le saisit subitement, peut être aurait-il dû accepter la proposition du médecin et quitter cette arrogance si typiquement romaine. Un bien grand défaut.
- Je détester les politiciens, rétorqua immédiatement Marcus. Tu n'as pas tord, tu as su lire entre les lignes … murmura-t-il le regard au loin. Ils sont la gangrène de l'armée, ils décident de tout sans jamais se salir les mains ni même comprendre à quoi ressemble un champ de bataille … Ils sont pourtant les fondements de notre société mais … ils parlent si bien de ce qu'ils ne connaissent pas que cela en est obscène, quant à ce manque de franchise, il m'est insupportable.
De la franchise, Marcus n'en manquait pas et Esca appréciait cela. Il ne cachait pas ses pensées, il n'avait pas à le faire, mais les autres romains qu'il avait connu pratiquaient abondamment cet art, y compris avec leurs esclaves. On en pouvait se fier à eux … ils revenaient sans cesse sur leur parole. Il n'en était pas de même avec Marcus, il devait lui reconnaître là une qualité parmi ses défauts romains. Son oncle était différent, tout comme Atia il vivait sur des terres celtes mais les détestait ouvertement. Il abritait pourtant un celte sous son toit … il l'avait même acheté mais il le tolérait tout au plus. Il avait probablement pensé que cela allait distraire son filleul, comme on offre un animal de compagnie à un enfant. Sur cette dernière pensée désagréable mais qu'il savait juste, il se leva brusquement. Il devait occuper ses mains pour éviter à son cerveau de lui chuchoter ce genre de conclusion fort désagréable.
- Où vas-tu ? s'étonna Marcus.
- Préparer tes affaires …
- Oui, tu as raison. Le soleil décline, il est temps. Je viens avec toi.

oOoOoOo

Lavé, parfumé, habillé, Marcus était prêt à partir, il n'attendait plus qu'Esca qui préparait les chevaux.
- C'est une bonne idée d'y aller, c'est de ton âge, fit remarquer Aquila.
Ils se tenaient tous deux sur la terrasse à l'entrée de la maison. Marcus ne lui avait pas reparlé depuis qu'il lui avait révélé tous les secrets de son livre. Il se sentait étrangement mal à l'aise à ses côtés. Il lui jeta un coup d'œil, sans se résoudre à lui répondre. Il préférait regarder devant lui en priant pour qu'Esca arrive, vite.
- Amuse-toi bien, fit Aquila en posant une main sur son bras.
Puis il le laissa. L'ancien légionnaire drapé dans sa toge se détendit, il respira profondément l'air du soir chargé de l'humidité du lac. Ses yeux se baissèrent sur sa toge … Esca était habile, il l'avait placée relativement vite. Les dieux lui en étaient témoins, il n'aimait pas être habillé de la sorte … son costume militaire lui manquait terriblement. Il n'eut pas le temps de s'appesantir sur le sujet, Esca arrivait avec les chevaux.

Ils chevauchèrent, côte à côte, silencieux plus ils approchaient de la villa plus Marcus avait le sentiment qu'il faisait une erreur. Il épia à plusieurs reprises son esclave mais celui-ci semblait détendu, en tout cas il regardait droit devant lui. Bientôt, ils furent devant une somptueuse villa, les échos ne laissaient aucun doute sur les festivités qui s'y déroulaient. Un esclave les attendait pour les mener au banquet.

La maison n'avait rien à voir avec celle de l'oncle Aquila qui semblait bien modeste en comparaison. Rectangulaire, elle s'organisait autour d'un jardin intérieur digne des jardins suspendus de Babylone. Essences d'arbres et plantes importées, statues, fontaines, rien ne manquait. Marcus traversa le jardin, où d'autres invités discutaient déjà verres en mains, le torse bombé et la tête haute. Esca suivait son maître tête baissée, mais sa curiosité le poussait à la relever de temps en temps. Le jardin était entièrement entouré de galeries où l'on distinguait les portes de diverses pièces de la maison. Mais le plus impressionnant était ces immenses colonnes qui soutenaient le toit de la maison tout autour du jardin.

Une fois sous la galerie, Esca remarqua, en regardant le plafond, que celui-ci était percé par endroits pour laisser la lumière passer. Il baissa rapidement les yeux, il y avait beaucoup de monde, il ne voulait pas se faire remarquer. A ses pieds, une mosaïque l'accueillait : un chien de garde, néanmoins enchaîné, couché devant des portes entrouvertes.

Esca avait déjà assistait à des banquets, mais celui-ci dépassait de loin tout ce que son imagination avait pu lui montrer de plus extravagant. La pièce où ils se trouvaient était immense et entièrement recouverte de peintures murales. Il y avait des plantes exotiques dépaysantes, des méridiennes un peu partout, de petites tables débordant de fruits et surtout du monde, beaucoup de monde. Des hommes, des femmes, des esclaves, des musiciens … tous mangeaient, parlaient, chantaient, riaient, bref le banquet avait débuté. Esca savait d'expérience que cette retenue n'allait pas durer et bientôt il ne supporterait plus ce que ces romains allaient faire. Marcus fut présenté à l'hôte de la maison puis installé sur une méridienne où il se mit à discuter avec d'autres hommes et une femme. Esca se posta en retrait, non loin. Les plats se succédaient, accompagnés de vin ou peut être était-ce l'inverse ... les restes étaient jetés à même le sol. Certains esclaves se dénudèrent, hommes et femmes, exerçant leurs charmes à la vue de tous. Le bruit augmenta, certains chantaient, dansaient éclipsant les danseurs et musiciens. Ils se donnaient en spectacle et Esca les jugeait grotesque, il avait honte pour eux. Marcus buvait mais pour le moment il n'avait pas bougé de sa méridienne. Il n'avait pas non plus eu un seul regard pour lui. Cette débauche à la romaine lui était insupportable, sans un bruit il s'éclipsa.

Esca repartit vers le jardin. La nuit était tombée mais le jardin était illuminé grâce à des torches plantées à même le sol. L'air frais lui fit du bien, à l'intérieur il était saturé d'odeurs diverses qui se mélangeaient et l'avaient quelque peu étourdit, surtout qu'il avait le ventre vide. Il se promena un long moment, fit le tour de la maison. Personne ne le remarquait, les romains étaient tous ivres et les esclaves affairés. Il regarda un long moment un petit garçon jouer avec une grenouille, puis un groupe d'esclaves qui discutaient autour d'un feu. Il rejoignit finalement les cuisines poussé par une faim grandissante. Les cuisiniers s'affairaient autour d'un sanglier entier qui devait être amené aux convives ... Il régnait dans cette pièce stratégique une effervescence incroyable pour fournir aux convives toujours plus de plats. Il pensait que personne ne l'avait remarqué et pourtant au bout de quelques minutes, une jeune femme aux longs cheveux bruns, lui tendit une assiette garnie. Elle avait une grand sourire figé sur ses lèvres et le celte se rendit compte qu'il les regardait tous travailler bouche bée. Il accepta le plat en lui rendant son sourire, puis repartit vers le jardin manger tranquillement. Il eut à peine le temps de terminer son assiette, par ailleurs délicieuse, qu'un esclave vint le chercher. Marcus avait besoin de lui et c'était très urgent …


Toujours à court de temps pour ce chapitre, j'espère néanmoins que cela vous plaira ...
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