Auteur : Luinil Azurétoile

Base : Hikaru no Go Xover réalité

Genre : Heuuuu… Vous êtes vraiment sûr d'en vouloir un ? Bon, ok ! Délire total, alors ! Total et hystérique.

Disclaimer : ( Haaaan… Qu'est-ce que je peux détester ce truc… Mais bon, quand y faut, y faut ! )

Luinil, voix ânonnante : Les-persos-de-HikaGo-ne-sont-pas-à-moi… ( Ayé, c'est fait. T-T )

C'est dommage quand même, j'aimerais beaucoup en avoir certains sous la main… # bave copieusement #

En revanche, étant donné que Rin est à moi, on touche pas sans permission ! Hin hin hin !

Avertissement : Pour ceux qui ont pas vu/lu toute la série, SPOILERS MASSIFS ! Et pour les fans, désolée de décevoir : pas une trace de yaoi prévue, là dedans. -.-;;;

A part ça : attention, ficqueuse franchement atteinte, mwéhéhéhéhé !

Résumé : Mieux vaut éviter les pensées "ce serait bien, si...". Ce genre de chose se retourne systématiquement contre vous ! C'est ce qu'à découvert Rin à ses dépends. Elle qui s'était dit qu'avoir l'aide d'un fantôme tel que Saï, pour progresser au Go, pouvait être amusant, la voilà propulsée dans l'univers de HikaGo. Et hantée par ledit fantôme, par-dessus le marché ! Si encore, l'un comme l'autre, ils avaient une toute petite idée de ce qu'on attend d'eux...

Notes techniques : Les paroles en italique, c'est virtuellement "en français dans le texte", mdr.

Et celles entre ¤…¤, correspondent aux conversations mentales avec Saï. Valà, maintenant, vous êtes parés, yerk, yerk, yerk !

Reviews : Merci à Mich'Loinvoyant, Naera Ishikawa, Rynn, yuzu, Annava, Kethry, andgana, Kumagoro et Ilys pour leur reviews ! (Vous inquiétez pas, je réponds à chacun d'ici peu. ) Vous devriez plutôt m'engueuler, vu mon retard sur cette fic ! T.T

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Chapitre 19 :Atari

Je me sens… humiliée… Pire que ça, même : J'ai l'impression d'être la pire abrutie que la Terre ait jamais portée. Sérieusement, j'espérais quoi ? Qu'il y ait un semblant de confiance entre lui et moi ? C'était pourtant pas tant demandé. Et ben apparemment, si !

¤ Rin… Fais attention à ce que tu joues… ¤

Saï me rappelle doucement à l'ordre.

Je jette un œil haineux en direction Goban et du superbe coup pourri et inutile que je viens de jouer. Je repousse rageusement les pierres sur le plateau, réduisant notre partie à néant.

— C'est pas la peine, j'arrive à rien !

Je bondis sur mes pieds et je vais me planter face à la fenêtre de la chambre pour regarder dehors. J'entends Saï soupirer dans mon dos, mais il n'insiste pas.

Vu la démonstration que je fais depuis midi, sur mon "adorable" caractère, il sait que ce serait une perte de temps d'insister. Sauf s'il tient particulièrement à en prendre plein la gueule.

Pour vous donner un ordre d'idée, j'ai été jusqu'à "tanker" la partie de cet après-midi. Je suis même allée jusqu'à prétexter que je pouvais pas jouer, parce que "je ne me sentais pas bien". Moi ! J'ai sorti ça, MOI !

Tu parles ! C'est surtout que j'allais finir par massacrer l'autre abruti en public, si ça continuait !

Avec un grondement de colère, je fais demi-tour et je m'empare de mon téléphone portable. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, j'ai composé le numéro de Lia.

Trois tonalités… elle décroche.

Je hais ce connard !

Oui, je sais, on a déjà vu mieux en matière de "bonjour", mais je vous assure que rien que ça, ça fait un bien monstre.

« — Aïe… ! Qu'est-ce que ce pauvre Isumi a encore fait ? » me demande mon amie après le temps de silence qui lui a été nécessaire pour coller les morceaux d'informations.

"Pauvre" ! Tu te fous de ma gueule, j'espère ! Ce salaud s'est bien fichu de moi, oui ! Je le déteste !

« — Holà, holà ! Refais-la moi, plus lentement. Qu'est-ce qui s'est passé, pour que tu te mettes dans un état pareil ? »

T'étais au courant !

« — Au courant de quoi ? »

De son autre "job" !

« — Ah ! Ça… Et bien… en fait… oui… ? » m'avoue-t-elle timidement.

Ah ouais ! Parce qu'en plus j'étais la seule à pas savoir ! Super ! Parfait ! Pourquoi tu m'as rien dit !

Je visualise, très nettement, Lia en train de se ratatiner à l'autre bout du fil.

« — Si tu veux… Isumi et Nase m'ont fait promettre de tenir ma langue… Comme t'es pas le genre à lire les magasines de mode et autres, à moins qu'Isumi t'en parle, tu devais pas être au courant… »

DE MIEUX EN MIEUX !

« — Non, mais tu sais, faut le comprendre, aussi… »

Le comprendre ! LE COMPRENDRE ! MAIS TU TE FICHES DE MOI ! ÇA VA FAIRE DEPUIS LE DEBUT DE CE PUTAIN DE CONGRES QUE JE LUI TENDS DES PERCHES GROSSES COMME ÇA ! IL EN A EU RIEN A FOUTRE ! ET QUAND JE DECOUVRE LE TRUC PAR ACCIDENT, LA, D'UN COUP, IL VEUT BIEN M'EXPLIQUER ! SI ÇA, C'EST PAS ME PRENDRE POUR UNE CONNE, JE SAIS PAS CE QUE C'EST !

« — Ecoute, je sais pas quoi te dire… »

NAN ! ÇA, JE VOIS BIEN !

Et je raccroche brutalement, avant de me mettre à pleurer en silence. Au bout de deux minutes, je rappelle.

Désolée… Il fallait que ça sorte… je dis à Lia dès qu'elle re-décroche.

« — Je comprends. Pas de soucis. Nase et moi, on lui a dit et redit qu'il était en train d'en faire une, mais il a rien voulu savoir. Il est du genre têtu, ton Isumi. »

Et encore… tu l'as jamais vu bourré, je lui signale en riant faiblement.

« — Je veux pas voir, justement. … Ça va, toi ? »

Là, ça va un peu mieux, vu que je me suis un peu passé les nerfs sur toi, mais c'est pas encore ça. Encore désolée.

« — Pas grave, je t'ai dit. Si ça peut te soulager, perso, je laisse couler… Et en dehors de la crétinerie chronique de l'homme de tes rêves, il est bien, ce congrès ? »

Ouais, c'est plutôt sympa. Je passe mon temps à faire chier le monde, donc c'est fun.

« —Tortionnaire, » se marre Lia.

Hey ! Ils avaient qu'à pas me coller dans une interview publique, dès le premier jour ! Faut qu'ils assument, maintenant !

Nous gloussons en chœur. Ça me fait un peu de bien. Je lui donne ensuite quelques détails croustillants sur mes tortures Ashiwara-Saeki. Elle me répond des "Roooh ! Les pauvres ! T'as pas honte ?" absolument pas crédibles, entre deux fou-rires. Elle me donne quelques nouvelles de Tokyo, du fait qu'elle réquisitionne toute la bande, les uns après les autres pour qu'ils l'aident au magasin en attendant que je rentre.

« — Oh ! D'ailleurs, faut que je te montre quelque chose ! T'as ton ordi portable ? »

Oui.

« — Branche le wifi, je t'envoies un truc. Tu vas trop craquer. »

J'obéis, un rien curieuse. Au bout de quelques minutes, je reçois un mail de Lia avec une image en pièce jointe.

Ça y est. J'ai.

J'ouvre la pièce jointe. Une photo numérique envahit l'ensemble de mon écran : Waya, en train de dormir bien tranquillement, pelotonné sur le canapé de Lia, avec le chaton roulé en boule contre lui. Genre : les clones.

« — Alors ? »

Nyaaaaa ! Kawaiiiiiiiiii ! Y sont trop meugnons ! T'as fait quoi, pour arriver à ça ? Tu l'as shooté ?

« — Du tout ! Je l'ai juste embarqué pour une journée "rangement de livraisons" massive. Il a passé son temps à trimbaler des cartons, alors disons qu'il était un peu claqué à la sortie. Je lui ai offert le repas, le soir, et du coup, il s'est payé une petite sieste sur canapé pendant que je faisais la bouffe. Aki a adoré ! Et moi, j'ai pas pu m'empêcher de sortir l'appareil pour immortaliser le truc. »

Tu. M'étonnes. Sérieux, celle-là, j'aurais bien envie de la faire imprimer, taille poster. Y sont trop choupinouuuuus !

Oui, je sais, je gagatise. Vous auriez la photo sous les yeux, vous feriez lamentablement pareil.

« — Déjà fait, m'annonce Lia d'un air fier, mais je lui ai pas encore montré. »

Pfff… Même pas drôle…

La porte de la chambre s'ouvre à ce moment, livrant le passage à mon colocataire. Il marque un temps d'arrêt en me trouvant vautrée en travers des futons, le PC devant moi et le téléphone greffé à l'oreille.

On s'observe en chiens de faïence, sans décocher un mot.

« — Rin ? »

Je me détourne avec une moue franchement hautaine et méprisante.

Nan, c'est rien. Juste "l'autre" qui vient de rentrer.

Lia échappe un minuscule "ouch" à l'autre but du fil. Puis elle ajoute :

« — Evite de l'égorger, hein ? Ça ferait désordre… »

T'inquiète, t'inquiète… L'égorger serait encore trop doux.

J'entends la porte de la salle de bain coulisser et, quelques instants plus tard, le bruit de l'eau qui coule s'élève.

Je finis de fusiller mon forfait avec Lia pendant un bon moment et j'en oublie un peu mes envies de meurtres au premier degré.

Au bout de presque une demi-heure, Isumi consent à émerger de la salle de bain. Genre, tenue minimum, à savoir : juste une serviette autour de la taille.

Ne venez pas me dire que c'est pas de la provocation pure et simple.

J'ai bien envie de lui faire une réflexion acide, comme quoi il "abuse sérieusement".

Putain oui, j'en meurs d'envie.

Je crève d'envie de le pousser à allumer la mèche pour pouvoir lui balancer ses quatre vérités à la figure.

Mais d'un autre côté, j'ai toujours trouvé que l'ignorance pure et simple faisait encore plus de mal.

Donc, je fais "comme de rien" et je continue à papoter bien tranquillement avec Lia. Accessoirement, j'en profite pour aller ranger le malheureux Goban en vrac, histoire de m'éloigner un peu plus d'Isumi et des placards à fringues.

« — Bon, faut que je te laisse, va falloir que je m'occupe un peu des clients. Mais si jamais y'a quoi que ce soit, tu m'appelles, ok ? »

Oui.

« — Et souviens-toi : pas de meurtres en dehors de la juridiction de Tokyo ! »

J'échappe un léger rire.

Promis. Bisous.

« — Bises, et à plus ! »

Elle raccroche et je me retrouve sans excuse pour éviter le tête à tête avec Isumi.

Je retourne à mon pc, sans desserrer les dents et je lance voir IGS, des fois que "Zelda" soit en ligne sur le serveur international. Il n'y est pas, mais dans les deux minutes après l'arrivée de "Kage", les propositions de parties envahissent mon écran.

¤ Une partie, ça te dit, Saï ? ¤

¤ … ¤

¤ Saï ? Réponds surtout pas, quand je te parle. ¤

¤ Je pense… que ce n'est pas le moment… ¤

¤ Hein ? ¤

Je lève les yeux de mon écran et tombe sur Isumi, qui s'est accroupi face à moi et qui attend en silence que je veuille bien m'occuper de lui. Je retourne à mon écran, les lèvres pincées.

¤ Quel niveau tu veux, Saï ? 7e dan ? A tiens ! Y'a un 9e dan américain qui te défie. Ça te branche ? ¤

¤ Rin, soupire-t-il. C'est très impoli, ce que tu fais… ¤

¤ Rien à foutre. ¤

Le fantôme soupire encore, avec un hochement de tête attristé.

— Rin ?

Je reste silencieuse, me contentant de diriger un regard noir vers mon ordinateur.

Isumi réprime à moitié son soupir.

— Ashiwara-san et Saeki-san nous invitent à déjeuner en ville, ce soir…

— Quelle heure ?

— D'ici une heure et demie, me répond-t-il, en jetant un œil discret à sa montre. ( Il laisse passer un temps de silence. ) Tu…

— Je vais prendre une douche et je vais me changer, dis-je pour clore à toute conversation.

Je mets mon ordinateur hors tension et je me lève pour aller prendre une tenue propre. Moins d'une minute après, je m'enferme dans la salle de bain, ignorant obstinément le regard bleu-noir qui me suit.

Je fais durer la douche au maximum, avant de rester un bon moment devant le miroir pour décider du doublé coiffure-maquillage gagnant, de ce soir.

D'un côté j'ai limite envie de la jouer "pouffe-aguicheuse", juste pour le faire enrager. De l'autre… à part pour certaines occasions en boîte, c'est définitivement pas mon style.

J'échappe un soupir désabusé.

Autant rester comme d'habitude. Si je veux vraiment le blesser, j'ai d'autres moyens à disposition.

Je relève rapidement mes cheveux en un chignon flou et opte pour un maquillage discret.

— Rin ? Tu es prête ?

— Deux secondes, j'arrive, je réponds en finissant d'appliquer soigneusement une touche de mascara.

Après une dernière vérification rapide de l'ensemble, je quitte la salle de bain. Isumi m'attend, fin prêt, vers la porte. J'attrape mon sac à main, vérifie qu'il n'y manque rien et je le rejoins.

— On peut y aller.

Il hoche la tête en silence, le visage impénétrable. Au moins autant que le mien, d'ailleurs.

Isumi me guide jusque dans le hall de l'hôtel. Un peu surprise, je constate l'absence de Saeki et d'Ashiwara. Je le fais remarquer à mon compagnon.

— Ils m'ont dit de les retrouver au restaurant, me répond Isumi. Ils voulaient voir des choses en ville, je crois.

— Ah…

Nous marchons jusqu'au métro. Durant tout le trajet et jusqu'à notre arrivée, nous n'échangeons pas une parole.

C'est extrêmement pesant. Finalement, je regrette de ne pas avoir laissé éclater ma colère quand nous étions tous les deux à l'hôtel. Parce que là, je suis en train de bouillonner de plus en plus, intérieurement. Et quand ça va exploser, ça va vraiment faire mal.

— C'est un restaurant spécialisé dans les Sukiyaki, m'explique Isumi, qui semblait vouloir meubler notre silence, alors que nous quittons le métro pour les rues du centre.

— Hn.

— Un excellent rapport qualité-prix, d'après Yashiro.

— C'est lui qui l'a conseillé ?

— Haï…

Cool ! On est morts alors ! … Nan, je plaisante, me faites pas une tête pareille. Je suis persuadée que Yashiro est au point, pour ce qui est des bonnes adresses culinaires d'Osaka.

— Tu aimes ça, si je ne me trompe pas… tente Isumi.

— Ouais. Ça peut aller.

Sous-entendu : lâche-moi, maintenant.

Le message passe parfaitement et il n'insiste pas.

— C'est ici, m'indique mon compagnon après un bon quart d'heure de marche et de nombreuses consultations de son plan.

Nous entrons et Isumi va discuter à mi-voix avec un serveur. Je jette un petit coup d'œil indifférent à la carte.

C'est marrant : une espèce de mauvais pressentiment ne me lâche pas, depuis que nous avons quitté l'hôtel.

— Si vous voulez bien me suivre… annonce poliment le serveur.

Il nous pilote jusqu'à une table discrète, tout au fond de la salle.

Une table pour deux personnes…

Pas quatre.

Deux.

Je marque un arrêt brutal et jette un regard noir de colère à Isumi. Il me tend une main apaisante, m'invitant à m'asseoir.

— Rin… S'il te plaît… murmure-t-il tout bas.

— Non. C'est pas ce qui était prévu.

Ma voix est un grondement sourd et furieux. Le serveur bat en retraite discrètement, prenant comme excuse d'aller "chercher les menus".

— Je t'en prie… insiste le brun.

Je regrette plus qu'amèrement d'être dans un lieu public. Si ça n'avait pas été le cas, j'aurais volontiers piqué une crise. L'espace d'une seconde, j'hésite à le planter là, comme un con.

Mais j'ai aucune idée du trajet retour.

… Penser à prendre un plan, la prochaine fois…

Je repousse sa main tendue et je m'assoie, lui laissant bien voir toute l'étendue de ma "contrariété". Il s'installe face à moi. J'ouvre aussitôt les hostilités, incapable de juguler mon ressentiment et ma déception. Je siffle méchamment :

— Je pensais pas que tu serais capable de me prendre pour une conne deux fois dans la même journée !

Il sursaute et affiche une expression blessée, comme si je l'avais giflé.

Dieu sait que c'est pas l'envie qui m'en manque.

— Je n'ai jamais fait ça ! proteste-t-il à mi-voix.

Je me prépare à répliquer, mais le serveur revient avec les menus. Isumi les écarte d'un petit geste gêné et prend commande de deux "bœuf sukiyaki". Le serveur note ça, avant de s'éloigner. J'attends qu'il soit hors de portée de voix, avant de lancer :

— Ça c'est un truc qui me fait toujours marrer : c'est les différences de définitions qu'il y a systématiquement entre toi et moi !

Isumi grimace légèrement.

— Ne sois pas si cynique…

— Je suis ce que je veux. Et de toute façon, c'est ou ça, ou je te pique une crise de colère et d'hystérie en plein milieu du resto. Tu préfères quoi !

J'ai carrément craché ces derniers mots. Plus je parle, plus la pression accumulée dans l'après-midi se démène pour exploser.

Il ne répond rien, se bornant à baisser les yeux.

Ça me met encore plus hors de moi. Je VEUX qu'il me réponde ! Je VEUX pouvoir lui jeter à la figure à quel point ça m'a fait mal de découvrir qu'il m'avait menti !

— Juste pour vérifier : le fait de dissimuler une partie de sa vie à une soi-disant "copine", sachant que tout le reste de la bande le savait, et je dis bien "toute la bande", puisque Lia était au courant aussi, tu appelles ça comment !

— …

— Je sais pas, je pensais qu'on était un minimum "amis" et t'as demandé expressément à Lia, et aux autres aussi, je suppose, de rien me dire à propos de ce deuxième "job" ! Parce que c'est bien ce que c'est, hein ? Un boulot en plus de ta carrière pro ! Haha ! Je suis vraiment trop naïve comme nana ! Tu t'es bien payé ma tête, bravo !

— Laisse-moi t'expliquer…

Il tend une main pour essayer de prendre la mienne. Je me dégage aussitôt.

— Oh non ! Non. Tu ne me touches pas ! C'est hors de question ! Et je me contrefous de tes explications ! Pendant près d'une semaine, je te les ai demandées, ces explications et tu m'as envoyé paître à chaque fois ! Et maintenant que je sais ce qu'il en est, tu voudrais te justifier ! Sûrement pas ! C'est trop facile !

Il se tait toujours me lançant un long regard de chien battu.

Putain, je vais vraiment finir par le gifler !

— Est-ce que t'as la moindre idée de ce que ça peut… !

— Rin ! Ecoute-moi !

Je me tais brutalement et le dévisage avec surprise.

C'est pas tellement le fait qu'il ait brusquement élevé la voix qui m'a prise de court. C'est plutôt les émotions que je crois deviner dans cette voix qui m'ont arrêtées.

Là, tout de suite, c'est même plus "pas en mener en large", pour lui.

………

Ok, maintenant, j'ai le droit de paniquer…

On s'observe en silence un instant.

— Je te présente mes plus humbles excuses, dit-il, à mi-voix, détournant légèrement les yeux. Je ne voulais pas que ça se passe comme ça, je t'assure…

Je ne réponds rien, un peu "pas à l'aise".

— Tu veux bien… me laisser une nouvelle chance de m'expliquer ? … S'il te plait… ? demande-t-il d'une voix à la fois tendue et anxieuse.

Je croise à nouveau son regard. Un regard attristé et rongé de remords.

Je suis physiquement incapable de rester en colère face à un regard pareil.

Je hoche légèrement la tête, signifiant que "oui, je veux bien l'écouter".

Le serveur revient avec notre commande à ce moment-là laissant le temps à Isumi de préparer ce qu'il va me dire.

Toutes considérations mises à part, ce "bœuf sukiyaki" sent extrêmement bon, en tout cas.

— Je regrette vraiment, tu sais ? murmure Isumi à voix basse, une fois que nous sommes de nouveau seuls. Et Lia et Nase m'avaient bien assez prévenu, mais tu comprends… j'avais peur de t'en parler… avoue-t-il dans un souffle.

Je m'étonne :

— Peur ? Mais de quoi ?

Il se racle un peu la gorge, mal à l'aise.

— Ce boulot m'a joué assez de tours par le passé… Je ne voulais pas qu'il t'influence…

Je n'arrive pas à réprimer ma grimace amusée.

— M'influencer ? Sérieux ? Je vois pas en quoi !

Il se force à sourire, mais je sens bien que cette réaction un peu moqueuse l'a blessé.

— En général, quand une fille apprend que je suis "modèle-photo", ça…

Il hésite, cherchant la bonne formulation.

— … ça lui fait limite péter les plombs ? je propose à mi-voix.

Il rit silencieusement.

— Je n'irai pas jusque là, mais c'est vrai que son comportement envers moi a tendance à changer beaucoup. … Je ne voulais pas que ça se passe comme ça avec toi. Parce que… je sais comment tu peux être, des fois, quand il s'agit de "mecs", ajoute-t-il avec un rire mi-gêné, mi-amusé.

Je pique du nez vers mon bol de riz, les joues en feu.

— Bon, et après, je grogne. Tu vas pas me faire croire que tu fais la gueule quand tu as une jolie fille sous les yeux.

Il sourit avec indulgence.

— Non. C'est vrai. Je suis juste… plus discret que toi ou Nase.

— Notre but n'a jamais été d'être discrètes, quand on mate les mecs dans la rue, je lui signale obligeamment, avec un petit sourire. On sait être discrètes aussi, si nécessaire.

C'est vrai quoi : si je le matais ouvertement, LUI, j'en aurais carrément plus entendu parler !

Il rit en silence, avant de reprendre une expression sérieuse.

— Si je ne t'ai pas parlé de ce travail parallèle, au début, c'est parce que je voulais que tu t'intéresses au joueur de Go, et uniquement à lui. Tu comprends, c'est ce que je suis : joueur pro. Mais dès que j'en viens à la partie "modèle-photo", les filles occultent totalement mon travail premier, alors qu'il est le plus important pour moi… Les photos, c'est juste un truc pour arrondir mes fins de mois… Alors… je ne voulais pas que ça se passe comme ça avec toi… ( Il marque un silence. ) Ensuite, si j'ai continué à ne rien dire, c'est parce que je savais que tu te fâcherais quand tu découvrirais ça… et que j'avais peur de perdre ton amitié…

Il cherche mon regard et esquisse un petit sourire hésitant.

— T'es vraiment bête, des fois, tu sais ? que je lui dis carrément. Le joueur de Go, je le connais depuis longtemps et je sais aussi depuis un bail, que je l'adore. Ça aurait rien changé que tu me parles de ton autre job. T'aurais pu être éboueur, ça m'aurait fait ni chaud, ni froid. ( Je reste pensive un instant. ) Remarque, c'est pas tout à fait vrai : maintenant que je suis au courant, j'ai un super moyen de te faire tourner en bourrique. Et je te jure que tu vas en baver.

Il rit en silence et attrape un morceau de bœuf entre ses baguettes. Je l'imite presque aussitôt.

Après quelques minutes à manger tranquillement, je lui demande :

— Sérieusement, comment tu t'es débrouillé pour atterrir dans ce milieu ?

Il prend le temps d'avaler avant de me répondre :

— Totalement par accident, en fait. A mes débuts en tant que professionnel, je n'avais pas tout à fait de quoi être autonome, financièrement. Donc, comme pas mal de joueurs, je cherchais un travail à faire, en plus de ma carrière, mais… je ne trouvais rien qui m'allait…

— Et ?

— Et puis un jour, un type m'a accosté, dans la rue, en disant que j'étais exactement ce qu'il cherchait. Il ne m'a pas lâché, jusqu'à temps que j'accepte sa carte de visite et que je lui fasse la promesse que je réfléchirais à sa proposition d'entrer dans son agence en temps que modèle.

— Ce que tu as fini par faire.

Il rit doucement :

— Oui. Mais j'avoue avoir hésité énormément. … Nase m'a encouragé à accepter, de toutes ses forces. … Ma copine de l'époque aussi… ( Il grimace d'un air gêné. ) Finalement, j'ai décidé d'aller voir au moins une fois, par curiosité. On a discuté contrat et fait quelques prises… Et j'ai fini par me prendre au jeu. Ça me changeait du monde du Go.

— Hn. Tu m'étonnes.

— Ce que j'avais pas prévu, en fait, c'était tout le côté "succès".

Je m'étrangle de rire avec une gorgée d'eau.

— Nan, c'est sûr : un beau gosse avec ta classe, pour peu que les photos soient un tout petit peu à son avantage, n'avait parfaitement aucune chance de déclencher des vagues d'hystérie parmi la gent féminine !

— Ça n'a rien de drôle ! proteste-t-il rouge d'embarras, hésitant pourtant à rire également.

— Si ! Moi je trouve. T'as été un tout petit peu naïf sur ce coup-là, Shin !

Cette fois, il abandonne et se met à rire avec moi.

Finalement, je ne regrette pas ce repas, même s'il m'a un peu prise en traître. J'en aurais appris de belles sur son compte, au moins !

Quand nous quittons le restaurant, un peu plus tard, j'ai complètement oublié que je lui en voulais à mort, il y a seulement quelques heures.

Il est agaçant comme garçon, hein ?

— On est pas très loin du château d'Osaka. Ça te dit d'aller voir ? me propose Isumi, le nez dans son plan de la ville.

— Pourquoi pas. Allons-y !

On rame un bon moment avant de retrouver la station de métro et la bonne ligne pour nous emmener, mais finalement, on parvient à se retrouver sur la route du parvis. La foule est dense. Un peu trop à mon goût d'ailleurs. C'est bien pour ça que je m'attache religieusement aux pas d'Isumi. Si je le perds de vue deux secondes, je suis foutue de toute façon.

Enfin quand je dis "religieusement"… je devrais plutôt dire "difficilement", parce que l'autre là, devant, il trace plus ou moins sans s'inquiéter de savoir si je suis ou non.

Rappelez-moi pourquoi je suis accro, déjà ?

Je joue des coudes pour rattraper le brun et me porter à sa hauteur. Je ronchonne :

— Tu pourrais m'attendre, au moins.

— Ce n'est pas de ma faute, si tu traînes, me taquine-t-il.

Je lui fais ma plus belle grimace outrée.

Il rit de nouveau.

Y m'agace quand il fait ça !

Il s'empare fermement de ma main.

— Comme ça, au moins, je suis sûr de ne pas te perdre.

………

Oyo… ! Là, je le sens mal.

Je vois pas pourquoi. C'est pas comme si c'était la première fois qu'il fait ça, me fait remarquer ma petite voix intérieure, acerbe comme d'habitude.

De quoi tu te mêles, toi ! Je t'ai demandé ton avis !

Pas particulièrement, mais je te le donne quand même, vu que tu t'as vraiment l'air d'aimer les œillères, que tu gardes depuis le début…

Je t'ai dit que je voulais pas savoir !

Oh, moi je dis ça… N'empêche que ça a toujours été comme ça : là où les autres t'attrapent par l'épaule ou par le bras, dès qu'il s'agit de te traîner quelque part, lui ça a toujours été le poignet, voire carrément la main. C'était quand même louche, non ? Alors t'es un peu gonflée de t'en inquiéter que maintenant.

… Je t'emmerde, tu le sais ?

Oui. Mais je te rassure, je le vis très bien !

Même ma voix intérieure m'aide pas. C'est vous dire si c'est la loose !

………

………

Bon ok ! Ça serait de l'hypocrisie acharnée si je m'entêtais à soutenir que j'apprécie pas le truc. Mon seul problème… c'est ce qui va se passer ensuite…

Arrête de te prendre la tête pour pas grand chose ! chantonne ma voix intérieure, reprenant la sacro-sainte réplique de Lia. C'est pas une occasion qu'on a deux fois dans sa vie !

Mouais… ça c'est sûr.

— On est arrivé, regarde !

La voix d'Isumi m'arrache à mon véhément débat intérieur.

Je lève les yeux sur le château. C'est… waaaah…

Y'a pas d'autres mots.

Ben ouais, je suis assez "vieilles pierres". Et comme je sais que c'est pas le cas de tout le monde, je vais pas vous ennuyer plus longtemps avec ça. N'empêche que si un jour vous êtes à Osaka et que vous avez du temps à tuer, allez faire un tour au château, ok ?

En attendant, nous, on en profite pour flâner.

Lia préciserait "en amoureux".

Et je crois que je pourrais difficilement la contredire sur ce coup-là.

Je sais pas trop quoi penser.

Je préfère pas savoir ce que je veux penser.

Une légère traction sur mon bras me force à m'arrêter.

— Tu m'en veux toujours ?

— Mmh ? De quoi ?

Oui : je suis à l'ouest grave, tout de suite. J'ai d'autres choses à m'inquiéter, que voulez-vous.

— De t'avoir menti par omission.

— … Si. Encore un peu.

— …

— C'est pas agréable de réaliser à quel point tu as aussi peu confiance en moi, tu sais ? Mais bon… je peux comprendre aussi que tes expériences passées aient pu te refroidir. … N'empêche que ça fait mal au cœur.

— Je sais. Je suis désolé. ( Il esquisse une petite grimace embarrassée : ) Est-ce que je peux faire quelque chose pour me faire pardonner ?

Là, à froid, il m'en pose une.

………

Je suppose qu'il vaut mieux que j'évite de lui parler des fantasmes délirants qui sont en train de me traverser l'esprit à vitesse grand V. Alors, on va rester au stade de départ : pas d'idée. Je verrais bien si je trouve un truc intelligent plus tard.

— Pour l'instant, je ne sais pas, mais je réfléchirais à la question.

Je fais mine de reprendre ma route et de vouloir le tirer derrière moi. Il me retient.

— Il y a autre chose… que tu as dit tout à l'heure…

Il laisse sa phrase en suspend et affiche un léger sourire ailleurs.

Quelque chose… ? J'ai dit quelque chose, tout à l'heure ? …… My God ! Qu'est-ce que j'ai encore pu sortir comme énormité, moi !

— J'ai dit un truc… ?

Et là, vous sentez la fille pas à l'aise et qui se dit qu'elle en a encore fait une, le seul problème étant, qu'elle a oublié quoi.

— Oui, oui. Tu as dit un truc…

Demi-pas en avant qui le rapproche de moi.

Alerte ! Alerte ! Mayde mayde ! Il affiche une mine ultra-sérieuse et en même temps amusée : c'est pas bon siiiigne !

— Ah. J'ai dit un truc. … Quoi…?

— Un truc… à propos d'un joueur de Go, que tu adorais…

J'ai dit ça, moi ? J'ai dit ça moi. PUTAIN DE MERDE, J'AI VRAIMENT DIT ÇA ! Je hais ma grande gueule, qui oublie une fois sur deux de se connecter à mon cerveau avant de sortir une phrase !

Histoire d'encore moins améliorer les choses, j'ai super chaud, d'un coup.

— Hn… Et… ?

— J'aimerais bien avoir quelques détails là-dessus…

( Couinement intérieur ) Ça y est. Chuis foutue !

Mon cerveau tourne à tout allure… mais totalement à vide.

— Hmm… est la seule chose intelligible que j'arrive à sortir.

J'essaye de convaincre cet abruti de cerveau d'être productif, là, maintenant, tout de suite.

Mais rien.

Une longue sensation froide dégouline brusquement le long de mon dos.

— Aaaaah !

Je m'agrippe aux épaules d'Isumi, surprise, et je me réfugie contre lui pour me soustraire au froid glacial qui glisse sur ma peau.

Deux bras m'enlacent aussitôt.

— Rin ? Qu'est-ce qu'il y a ? Ça va ? Qu'est-ce qui t'arrive ?

………

………

¤ Saï. Je te hais, avec un grand H. ¤

Le fantôme sifflote, l'air de rien, l'innocence la plus pure et la moins crédible possible sur le visage.

¤ Et je fais quoi, moi, maintenant ? ¤

Mais le revenant m'ignore, gloussant bêtement derrière son éventail.

¤ Connard ! ¤

¤ Oui, je sais. Moi aussi, je t'aime. ¤

………

Ce garçon est influençable à un point… c'est affligeant…

— Rin !

Et Isumi qui panique toujours. Je me sens rougir de manière alarmante. J'ai pas de justification crédible à donner au fait que je viens de lui sauter au cou.

— Si je te dis… Tu vas te foutre de moi.

Isumi ouvre de grands yeux.

— Essaye toujours, propose-t-il, gentiment, beaucoup plus calme, tout à coup.

— … Y'a un truc froid qui vient de me passer sur le dos…

— ……

— ……

— ……

— Je t'avais dit que tu me croirais pas…

Il rit silencieusement.

— Un truc froid… ?

Son ton laisse entendre clairement, qu'il se moque de moi. Je le fusille d'un regard vexé.

Un long frisson me parcourt quand une main chaude vient se poser entre mes omoplates.

Un petit ange passe.

— C'est vrai. Ta peau est gelée, souffle le brun, à la fois surpris et inquiet.

Il frotte doucement mon dos.

Heu… Ouais, mais non. C'était pas prévu au programme, ça. Et j'ai du gagner cinquante degrés d'un coup, par sa faute, en plus !

— Hum… Shin ?

— Mmh ?

— On est au milieu de la rue, là, tu sais ?

Je vais finir par me consumer sur place, c'est sûr. En plus, y'a pleins de gens qui nous regardent : j'aime pas çaaaaaa !

Léger silence que je qualifierais d'un rien "tendu".

— Et alors ? finit-il par dire.

— Ben… C'est un peu gênant… comme situation… ?

— Les gens doivent se dire qu'on fait un joli couple et qu'on a de la chance. C'est tout.

Ah… Ah oui… Ça a le mérite d'être direct, au moins.

— Heu… oui… C'est possible…

Petit sourire taquin de sa part. Jamais bon pour mon matricule, quand il commence à l'afficher.

— Les hommes doivent m'envier d'avoir une petite amie comme toi…

WOOSH !

Je passe en mode "tomate trop mûre et que l'on a oublié en plein cagnat, par-dessus le marché".

Qu'est-ce que je vous disais…?

J'essaye de parler, mais articuler un son, c'est trop me demander pour l'instant.

— Tu ne dis rien ?

Il me charrie visiblement.

Oh Dieu, ce qu'il m'énerve !

— J'étais juste en train de me dire, que les femmes –pour peu qu'elles soient tes fans- doivent être en train de verdir de jalousie de me voir dans tes bras, comme ça, et qu'elles n'auraient sûrement rien contre le fait de me tuer, là, maintenant, tout de suite. … Je suis pas sûre d'apprécier l'idée, tu vois ?

Mon ton est clairement vexé.

Il rit une nouvelle fois.

— Arrête de te payer ma tête, c'est pas drôle.

— Excuse-moi, rit-il. Excuse-moi. Mais tu es tellement… Je t'adore…

Il a lâché ça, comme ça. Pas de manière indifférente. Plus… comme s'il n'avait pas fait gaffe à ce qu'il disait et qu'il avait sorti ça par accident.

Silence crispé, alors qu'on réalise l'un et l'autre la portée de ses paroles.

— Tu… tu as encore froid ? bredouille Isumi, un peu mal à l'aise, essayant désespérément de meubler.

Vas-y, ma fille ! Fais péter ta mauvaise foi ! C'est maintenant ou jamais ! beuglent mes deux consciences, la bonne et la mauvaise, dans un chœur parfait.

— Oui… Encore un peu, dis-je dans un chuchotement.

L'air de rien, je me suis un peu plus blottie contre lui.

Oui, je sais ce que vous allez encore me dire : je sais pas ce que je veux. Et ben, vous essaierez de me la refaire "bonnes résolutions dues aux dimensions qui nous séparent", quand un mec dans son genre vous tient dans ses bras, comme ça, et que ses petits chuchotements à l'oreille vous donne l'impression que le moindre centimètre carré de votre peau se ramasse une bonne série de décharges électriques, en un temps record !

Y'a des trucs contre lesquels on peut pas grand chose…

Isumi affiche un demi-sourire soulagé et ses bras se resserrent autour de moi.

Cette fois, on peut vraiment parler de "câlin en règle".

Atari Shin, pas vrai ?

— Rin… chan ?

— Mmh ?

— Que fait-on ? On…

— Si tu as l'intention de me proposer de rentrer, après que l'on se soit tapé tout le trajet pour venir jusqu'ici, je te jure que je t'étrangle.

Je le sens sourire dans mon cou.

— Alors je ne propose pas… Si on continuait ?

— Là, d'accord. Je te suis.

Nous reprenons notre route, main dans la main.

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

Notre balade s'éternise, jusqu'à la tombée de la nuit. Quand nous arrivons en vue de notre hôtel, nous marquons simultanément un temps d'arrêt. Isumi échappe un toussotement gêné.

— Il vaudrait peut-être mieux… ne pas s'étendre sur l'évolution de notre relation… tu ne crois pas ? Je ne tiens pas à avoir Ashiwara-san et Saeki-san en permanence sur le dos.

J'acquiesce dans un léger grincement de dents.

— Moi non plus.

Nos mains se séparent tout naturellement.

Nous finissons notre chemin dans une espèce de silence complice, mais une fois arrivés dans le couloir qui mène à notre chambre, nous tombons sur…

— Isumi-kun ! Justement, nous te cherchions !

… notre éternel duo gagnant…

Ashiwara m'a tout l'air d'être un peu parti. Saeki… probablement pas beaucoup mieux.

— Les autres n'attendaient plus que toi. Rin-chan, tu nous excuses, soirée entre hommes.

Oulà, mon dieu. Ça veut tout dire.

— Bon. Amusez-vous bien, alors. Je vais me coucher.

Du coin de l'œil, je surprends la grimace absolument "pas d'accord sur l'idée" d'Isumi. Mais il est coincé de chez coincé. Et si il fait la tentative du "je préfère aller me coucher", ça risque de faire louche.

Isumi me fait des grands yeux de chiot implorants, grimaçant un "au secours" silencieux, alors que Saeki et Ashiwara l'entraînent contre son gré, mais qu'ils le traînent malgré tout.

Oui, mais non, Shin. On a dit qu'on ne disait rien sur notre relation. Je peux pas te couvrir sur ce coup-là.

Je lui fais un léger "au revoir" de la main.

Oui, je suis sadique.

Et : oui, j'aime assez ça.

A demie morte de rire devant ses déboires, je regagne la chambre 2071, avec la délicieuse impression d'être sur un petit nuage.

Une vraie gosse, je suis bien d'accord avec vous. Mais j'ai beau me répéter ça, j'arrive pas à me convaincre de redescendre sur Terre.

C'est trop bieeeeeeeen !

J'esquisse deux ou trois pas de danse en fredonnant le refrain de "The Right Kind of Wrong" (¤1) avant de me laisser tomber sur les futons, sagement repliés.

On vient de me greffer définitivement un sourire crétin sur les lèvres, c'est sûr.

Et si j'appelais Lia ? Ou Nase ?

………

Naaaaaan ! Sûrement pas ! Juste par esprit de contradiction, je vais les faire mariner un peu. Elles seront mises au courant plus tard…

… parce qu'il y a un truc que je veux vérifier avant.

Je me redresse, adressant un sourire lourd de suspicion et de connivence à Saï.

— Mon petit Saï adoré, dis-moi… Qu'est-ce que Lia t'as promis, pour que tu te mêles de ce qui ne te regarde pas… ?

Le revenant se fige et me fait un sourire forcé et clairement mal à l'aise.

Grillé !

¤ Qu'est-ce qui te permet de dire, ça ? ¤

Mmmh… Fait intéressant : il ne nie pas. Il ne sait vraiment pas mentir, le pauvre.

— Et bien… le fait que, en temps normal, tu es tellement à cheval sur les principes, l'éducation et tout ça… qu'il est tout bonnement impossible que tu ais eu l'idée, tout seul, de me jeter sciemment dans les bras d'Isumi…

Grand sourire carnassier.

Saï se ratatine un peu plus derrière son éventail. Je susurre, d'une voix dangereusement douce :

— Alors ? Qu'est-ce qu'elle t'a promis ?

Petit couinement gêné que je n'arrive pas à décrypter.

— Plus fort, Saï, j'ai pas bien entendu.

¤ Elle m'a dit… que si tu "sortais" enfin avec Isumi-kun, tu serais sûrement moins stressée, et donc, que j'aurais sûrement moins de mal à te faire jouer au Go, parce que tu serais plus détendue et plus heureuse. Elle m'a dit aussi que ce serait peut-être une bonne idée, si je t'aidais un peu à te décider… ? ¤

Roooh, la petite futée. Elle a osé le prendre par les sentiments. C'est pas gentil, ça.

— Moui… Effectivement… Dis-moi, Saï… à tout hasard… Lia t'as parlé de ce qui risquait de se passer ensuite ?

Il prend un air surpris.

¤ Non. Il doit se passer quelque chose ? ¤

C'est bien ce qu'il me semblait…

— Question suivante… Saï, tu as déjà eu une petite copine ?

¤ Ara ? ¤

Ah oui. Le problème de l'évolution des vocabulaires.

— Une fiancée, Saï, si tu préfères. Une amante.

Il marque un temps d'arrêt… avant de virer à l'écarlate.

¤ De… ! De quoi tu te mêles ! ¤ s'insurge-t-il, l'air choqué.

………

Otez-moi d'un doute soudain…

— Saï… Tu serais pas mort "vierge", quand même ?

Je sais ! Je sais : la formulation était très mauvaise. Beaucoup trop directe ! Mais c'est sorti tout seul, c'est pas de ma faute !

Il ouvre et referme la bouche en silence, trop estomaqué pour me répondre. Puis il explose :

¤ MA VIE PASSEE NE TE REGARDE EN RIEN, QUE JE SACHE ! ¤

— Non, Saï, non, c'est vrai. Je suis désolée, j'aurais jamais du te poser les choses comme ça. Excuse-moi !

¤ ET POUR TA GOUVERNE, NON, JE NE SUIS PAS TOTALEMENT IGNORANT DES CHOSES DE LA VIE ! ¤

— Okay, okay ! C'est bien ! Tu as juste réfléchi au fait que tu allais être le spectateur forcé de tout ce qui va se passer entre Isumi et moi, à partir de maintenant ?

Silence.

S'il avait pas encore pris le temps d'y réfléchir, cette fois, c'est fait. Il finit par échapper un petit "oh", mal à l'aise.

— Surtout que tu sais, les mœurs ont beaucoup évolué, tout ça…

¤ Evolué ? Comment ça ? ¤

— Notre époque est beaucoup plus… libérée… ?

Il hoche la tête, attendant la suite avec attention.

— Et donc, on attend rarement d'être marié avec son partenaire, pour avoir des relations sexuelles avec lui.

Finalement la manière directe c'est ce qu'il y a de mieux.

Nouveau silence. Saï devient pivoine, alors qu'il réalise tout ce que cela implique.

¤ Tu… n'as quand même pas l'intention de… ¤

Oooooh que si ! J'en ai tout à fait l'intention ! Pas tout de suite, évidemment, mais à un moment ou à un autre, oui ! Je suis majeure et vaccinée après tout !

— Saï, je vais par rester à le regarder dans le blanc des yeux, toute la journée. Et je doute que lui aussi. Y'a bien un moment où ça finira par arriver.

¤ Mais, mais non ! Je ne veux pas, moi ! C'est extrêmement gênant, pour moi ! ¤

— Ça, il fallait y réfléchir avant, mon cher Saï.

¤ Mais… ! Lia ne m'avait pas parlé de tout ça ! Ça change tout ! ¤

— Peut-être, mais maintenant, c'est trop tard… Et tu vas devoir faire avec. ( Il échappe un couinement désemparé. ) Et laisse-moi te dire une chose… si jamais… tu as le malheur de faire quoi que ce soit qui puisse nous déranger… je te jure… que je demande à Lia de t'exorciser sur le champ…

Il pâlit, pour autant que ça lui soit possible.

¤ Tu… Tu n'y penses pas ! Comment tu feras pour rentrer chez toi, sans moi ! ¤

— T'en fais pas, je me débrouillerais… !

Grand sourire sadique.

¤ Onegaaaaaaï ! Je veux plus que tu sois avec Isumi-kun, maintenant ! Je ne veux pas avoir à subir çaaaaa ! ¤

— Trop. Tard. Mais tu es prévenu, maintenant.

Il commence à me cajoler et à verser de grosses larmes de crocodile pour essayer de me faire fléchir. Mais il devra bien accepter que maintenant, c'est sans espoir : Il est impossible de faire céder une fille accro !

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La porte s'ouvre et se referme presque en silence, mais c'est assez pour me réveiller. Et je profite pleinement du choc sourd et douloureux d'un pied en chaussette rencontrant par inadvertance un coin de valise, au détour d'un pas à l'aveuglette.

Merde, quelle cruche ! J'ai tout laissé en vrac au milieu de la chambre !

— Itaï ! fait le grognement furieux et étouffé à l'encontre de mon malheureux bagage.

Mon pauvre Isumi ! Je suis désolée !

—Allume la lumière.

— K'so… Je t'ai réveillée ?

— Y'a des trucs pour lesquels j'ai le sommeil ultra-léger. ( Je me pelotonne sous ma couette pour éviter à mes fragiles pupilles de s'en prendre plein la tronche. ) Allume la lumière, Shin, j'ai laissé un certain bordel, quand j'ai fait mes bagages, tout à l'heure. Et je crains pour tes orteils.

— Hn, grogne-t-il.

Ça, c'est un signe de fatigue, ou je ne m'y connais pas.

Une lumière électrique et crue inonde la pièce. Je reste planquée au fond de mon lit, à moitié endormie. J'entends Isumi s'agiter un peu du côte de la salle de bain, puis de celui des armoires. Au bout d'un moment, la chambre est replongée dans le noir, et il vient s'allonger près de moi. Il échappe un long soupir las. Puis un mot. Simple, et dénué d'émotions :

— Traîtresse.

J'étouffe un demi-gloussement. Ce qu'il y a de bien avec lui, c'est qu'il est toujours très clair.

— Il fallait savoir. On a dit "silence radio", j'ai fait "silence radio". De quoi tu te plains ?

— Ils m'ont cuisiné pendant TOUTE la soirée !

— Et tu as craqué ?

— Pour qui tu me prends… ils étaient déjà tous à moitié ivres quand je suis arrivé.

— Et ben alors ? Il est où le souci ?

— Le souci, c'est que j'ai pratiquement pas dormi la nuit dernière, qu'une bonne partie de la journée a été horrible, qu'ils m'ont fait boire aussi, bref, que c'était un vrai cauchemar.

Il bouge un peu, dans mon dos, se tournant vers moi. Ça s'agite encore un peu… Son bras se glisse sous ma couette, pour se poser en travers de ma taille.

Avant même que j'ai compris ce qui se passait, je me retrouve transformée en nounours d'appoint.

Isumi échappe un nouveau soupir, qui a tout du bougonnement de petit garçon fatigué :

— Je suis mort…

Oui. Et moi, je vais pas tarder à mourir d'embarras, aussi. Le coup de "reconvertir l'autre en peluche pour la nuit", c'était à moi de le faire, pas à lui !

Une vague odeur d'alcool flotte dans l'air.

— Tu es ivre ?

— 'M'ont fait boire, je te dis, grogne Isumi.

Fouyaaaah… ! Ça a l'air sérieux. Genre, le vrai mec qui vient de se prendre une vraie cuite. De quoi foutre en l'air tous vos idéaux de prince charmant !

J'étouffe un petit rire et il ronchonne de plus belle :

— C'est pas drôle ! ( Non, non. C'est sûr ! ) Rassure-moi : dis-moi que t'as un truc contre le mal de crâne, pour demain.

— Oui, j'ai. Toujours.

— Je t'aime… soupire-t-il.

………

Et ben ! Bonjour la déclaration d'amour !

J'étouffe un début de fou-rire. Puis :

— Hey, Shin, dis-moi… ( Silence ) Shin ? …… Shi-iiiin ?

Un ronflement sonore s'élève pour toute réponse.

………

J'explose de rire aussi sec, mais ça ne réveille absolument pas le prince aux bois dormants.

Oh putain, les vaches ! Ils me l'ont vraiment pas raté !

A suivre…

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(¤1) : sur la bande originale de "Coyote Ugly".

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