"Euh... accepté ? J'imagine. Enfin... C'était pas évident - je veux dire, on n'avait que treize ans.
(Potter se gratte la tête et essuie ses lunettes)
C'est Peter qui vous a dit ça ?
Ouais. Enfin, je veux dire oui. Oui, Pettigrew. Ah, vous ne pouvez pas me le dire. Je comprends - influencer le témoin et tout ça. Oui, oui, j'ai vu des tas de films avec des flics, alors je suis calé, côté interrogatoires. Vous savez que les moldus vous appellent des poulets ? Si, si, c'est vrai. Enfin, pas vous, mais leurs flics à eux. Ils sont tordants ces moldus, non ? Non ? (rires)
Ah, les films ? C'est moldu. C'est... Lily qui m'a montré comment ça marche, la télé. C'est super facile en fait, une fois qu'on connaît les bons boutons. Bah, je dis toujours qu'avec une bonne vieille incantation c'est plus simple, mais...
Lily ? Ah oui, pardon : c'est ma petite amie. Oui.
Je suis un sacré veinard. D'ailleurs, Sirius - hein ? Black, comme enfin, vous savez... Orion et tout ça. Il n'y a qu'eux qui auraient l'idée de donner un nom pareil à leur fils. Vous savez qu'ils ont même des Pégasus dans leur tapisserie. Plusieurs ! Famille de tarés - donc, je disais que Sirius dit toujours qu'un jour, Lily va se réveiller et s'apercevoir que Remus vaut bien mieux que moi.
Oh ? Oui, le l... enfin, Remus, quoi. Ah, non, on ne prononce pas ce mot-là : Sirius m'arracherait les yeux.
Revenir au sujet. Ah, pardon. Je sais, je parle trop. C'est quand je suis nerveux et tout ça. Dites, je peux avoir du jus de citrouille ? Non, parce que l'eau c'est pas mon truc.
Le l... Remus ? Oh non, jamais. En six ans, je ne l'ai jamais vu levé la main ou la baguette contre qui que ce soit. Même pas contre Snivellus - enfin, je veux dire Snape. Severus Snape - ou Sirius.
Oui, oui, ils sont... euh... amis. Enfin. Ouais, amis. Je crois. Non, non, je suis sûr je veux dire. Mais bon, Sirius, vous comprenez... (rires)
Même dans ses bons jours... Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il est dingue, mais...
Pas loin. Vraiment pas loin. Surtout quand il s'agit de Remus."
Témoignage de J. H. Potter
À verser au dossier - moralité de la partie civile
(Cas n°42377 : Sujet n°58 c. Rookwood Inc.)
XXX
Chapitre 17 :
Le jour d'après
Remus se réveilla à l'aube. Comme tous les matins. Il ouvrit les yeux et contempla les ombres épaisses créées par les rideaux sur le plafond blanc. Comme tous les matins.
Mais lorsqu'il sortit de l'obscurité rassurante de son lit, les autres étaient déjà debout. Rassemblés sur le lit de Sirius comme une meute de loups attendant patiemment que le lapin sorte de son terrier pour l'attraper et le dévorer.
Remus se figea et ravala un hoquet qui aurait pu être de la dérision à cette idée ou peut-être...
Non. Pas de terreur pour le loup.
S'il ne les regardait pas. S'il faisait comme si rien n'était différent de d'habitude et qu'il allait s'enfermer dans la salle de bains pour prendre sa douche, ils le laisseraient peut-être tranquille. Ensuite, il descendrait se mêler aux autres
- le loup se dissimulant dans la bergerie, gardant la tête basse, attendant sournoisement l'heure de frapper -
et tenterait de se perdre entre les lignes de son manuel de potions. S'il se comportait suffisamment normalement et qu'ils n'étaient plus jamais obligés de lui adresser la parole, peut-être feraient-ils semblant qu'ils ne savaient pas. Il se fondrait dans les ombres et tout redeviendrait comme avant, lorsqu'on ne lui prêtait guère plus d'attention qu'aux tapisseries qui s'agitaient de cette façon déroutante sur les murs du château.
Pouvait-il les persuader que ce n'était qu'un rêve, une illusion ? Que la nuit précédente n'était jamais arrivée et qu'il était toujours Remus Lupin, l'adolescent chétif dissimulé derrière la taille ridicule de James et captif du regard de Sirius ?
Non, bien sûr. C'était impossible.
Il chercha malgré lui les yeux gris et laissa échapper un tremblant soupir de soulagement en les trouvant fixés sur lui. Comme d'habitude.
James, lui, regardait Sirius, la posture rigide, et Peter gardait la tête obstinément baissée vers le couvre-lit.
La peur empuantissait la chambre au point que Remus devait appuyer ses deux mains contre son ventre pour contenir le grognement de contentement de l'Autre. Ses côtes, dont les éclats avaient été péniblement réarrangés la veille, semblaient prêtes à éclater de nouveau sous la pression de ses doigts. Remus aurait eu mauvaise conscience de détruire le travail de Mme Pomfrey, qui avait passé près d'une heure sur ce puzzle morbide, les sourcils froncés et les mains dégoulinantes de mauvais rouge. Le rouge de Remus qui mettait l'Autre en colère et lui donnait envie de dévorer jusqu'à la dernière phalange de ces mains qui irritaient ses nerfs et touchaient toutes les parties vulnérables de son corps jusqu'à ce qu'il ne puisse plus contrôler les tics nerveux qui agitaient ses membres.
Cependant, s'il laissait le grognement échapper, il n'y aurait plus de doute - les autres sauraient que le monstre était là, juste sous la surface.
Il avait mal à l'épaule et sa jambe avait recommencé à saigner.
Remus résista à l'envie de tremper sa main dans son sang et de lécher.
Il voulait être dans la salle de bains. La salle de bains fermée à l'abri des regards accusateurs et de Sirius qui le fixait des yeux comme s'il voyait tout - lui, les chairs torturées sous son pyjama en coton et le loup.
Bien sûr, ce n'était qu'une impression. Si cela avait été le cas, il serait parti en hurlant comme les autres ou il aurait lancé sur lui ce sort qu'il avait dissuadé James d'utiliser sur Snape en affirmant qu'ils étaient trop jeunes pour Azkaban.
Sirius bougea la main. Remus demeura immobile.
Oh.
Il lui faisait signe de s'approcher.
Plus près. Plusprèsplusprèsplusprès.
Mais pourquoi ?
Remus piétina nerveusement, tâtant ses flancs à la recherche de sa baguette par réflexe.
S'ils décidaient d'attaquer...
Mais la baguette était restée sous son oreiller. Et quel droit avait-il de se défendre ? Après tout, il avait mérité ce qui lui arrivait, murmurait une voix qui ressemblait furieusement à celle de l'agent Johnston. Il s'était montré arrogant, se mêlant à de véritables êtres humains comme s'il en faisait encore partie.
Alors il laissa ses bras retomber le long de son corps et il avança jusqu'au lit, faisant de son mieux pour ne pas boiter.
Quoi qu'ils lui fassent, il espérait qu'ils auraient encore assez de compassion pour le faire rapidement.
XXX
James garda les yeux fixés sur le dessus de lit cramoisi alors que Remus - le loup-garou - approchait du lit à pas lents. Il surveilla du coin de l'œil la façon dont il se tenait, la position anormale qui trahissait la bête en lui et lui donnait l'air prêt à bondir d'un instant à l'autre.
Mais peut-être que c'était seulement parce que James savait, maintenant. Le professeur McGonagall avait raison : Remus n'avait pas changé pendant la nuit. Il était le même qu'hier, même s'il était difficile de garder ça à l'esprit alors qu'il était si près.
James voulait se lever. Se lever et partir en courant aussi vite que ses jambes le lui permettraient.
Mais il ne le pouvait pas. D'abord parce qu'ainsi que Peter l'avait fait remarqué lorsqu'il s'était glissé dans son lit le matin-même, Remus était un Gryffindor, et qu'ils leur restait encore cinq ans à partager une salle de classe, une table dans la Grande Salle et un dortoir avec lui. Fuir était impossible : autant régler la situation tout de suite.
James avait fait semblant de ne pas remarquer que la voix de Peter tremblait un peu. En échange, Peter n'avait pas mentionné la façon dont James avait sursauté en criant quand Peter avait touché son épaule pour voir s'il s'était rendormi quand il n'avait plus répondu pendant trop longtemps.
Peter était un bon ami. Vraiment un bon ami. Et jusqu'à la veille, James aurait inclus Remus et Sirius dans cette affirmation mais à cet instant, tout ressemblait à un énorme mensonge et peut-être que les créatures qu'on étudiait en Défense contre les forces du Mal et les Black auraient vraiment dû être avec les Slytherins.
Parce que que pouvait-on faire de pire que de mentir à son meilleur ami ?
Donc, James restait pour parler avec Remus Lupin.
S'il était parfaitement honnête avec lui-même, sa présence avait aussi à voir avec la main de Black, dissimulée sous la robe de chambre de snob dont il était accoutré, et qui agrippait sa jambe si fort que James croyait sentir ses ongles transpercer sa peau.
- Vous la fermez et vous répondez "oui" à tout ce que je dis, grinça Sirius entre ses dents.
Remus vacilla sur ses jambes et James aurait juré qu'il avait entendu. Est-ce que les loups-garous n'avaient pas une super ouïe ou un truc dans le genre ?
Il regretta un moment de n'avoir pas mieux écouté le cours du professeur Stiller sur "Le loup-garou : mythes et réalités". Peut-être que ça aurait empêché toutes les vieilles histoires de l'oncle Ariel de lui revenir en mémoire.
Est-ce que Sirius accepterait de le lâcher s'il disait qu'il devait aller vomir ?
Il sembla s'écouler une éternité avant que Remus ne soit devant le lit. Et lorsque James le regarda enfin, il ressentit un soupçon de satisfaction devant la façon dont le regard de l'adolescent semblait passer d'une chose à l'autre comme un papillon affolé.
Remus Lupin avait peur.
James se détendit, ayant l'impression de pouvoir enfin respirer librement.
Sirius tapota le couvre-lit pour inviter Remus à s'asseoir, mais l'autre garçon se contenta de piétiner. Maintenant que James y pensait, Remus n'avait jamais été très enthousiaste vis-à-vis des contacts physiques et tout ça.
Après tout, ils n'étaient pas de la même espèce. Est-ce que ça le dégoûtait de les toucher ? Est-ce que leur parler était comme d'essayer d'avoir une conversation avec son assiette de pancakes ? Parce que pour les loups-garous, les êtres humains étaient bien de la nourriture, non ?
James secoua violemment la tête et Sirius lui lança un regard d'avertissement.
Il devait arrêter de penser à ça ou il allait paniquer.
Remus Lupin ne s'asseyait pas. Il restait là debout, muet et le visage inexpressif, semblant s'attendre à un coup ou à un mauvais sort.
Comme si cela avait été possible avec Sirius prêt à crever les yeux du premier qui oserait toucher son protégé.
James pensait que c'était bien son genre, de désirer un animal de compagnie qui pouvait se retourner à tout moment pour arracher la main du maître qui le caressait. Si cela n'était été un loup-garou, ça aurait probablement été un hippogriffe ou quelque chose dans ce goût-là.
- Ça va, dit Sirius. Ils ne diront rien - ça ne les dérange pas. Tu n'as pas à t'en faire.
Remus laissa échapper un léger bruit et James songea que si le son était dépourvu de toute joie, c'était la première fois que ce qui ressemblait à un rire passait ses lèvres. Sirius devait le penser aussi parce qu'il fixa des yeux écarquillés sur lui, les lèvres entrouvertes.
James détourna la tête avec malaise. La façon dont Sirius regardait Remus était parfois si intense qu'il avait l'impression d'assister à quelque chose qui aurait dû demeurer caché.
Mais c'était ridicule. C'était juste Sirius, observant son nouveau jouet comme s'il voulait le réduire en miettes et le reconstruire de ses mains jusqu'à en contrôler les moindres rouages.
C'était juste Sirius. Et tout le monde savait que les Black étaient tous dingues. Même le petit Regulus avait ce sourire qui vous donnait envie de courir chercher un professeur. Pas que James l'aurait jamais admis.
Et c'était sans parler de Bellatrix, qui n'était qu'en quatrième année et sur le passage de laquelle même les Slytherins de septième année s'écartaient précipitamment. Certains murmuraient qu'il était inutile de chercher plus loin que son dortoir pour trouver les restes de l'elfe de maison disparu pour lequel Dumbledore avait organisé une battue dans la Forêt interdite l'année précédente.
James l'avait cru aussi. Mais bien sûr, maintenant, il y avait aussi Remus.
Il glapit alors que les ongles de Sirius perçaient la peau de sa jambe.
- N'est-ce pas, James ? répéta Sirius d'un ton menaçant.
Quoi ? Qu'est-ce que...
Puis James vit Peter, blême et articulant silencieusement "oui" dans sa direction, Remus Lupin toujours debout devant le lit et il se souvint.
- Oh, oui. Bien sûr. Pas de problème, dit-il, espérant que sa voix ne chevrotait pas autant qu'il le pensait.
- Tu vois. Aucun problème, dit Sirius. Ne t'inquiète pas : je m'occupe de tout.
James crut voir un éclair de quelque chose ressemblant à de la panique dans les yeux froids de Remus.
À sa place, il aurait eu peur aussi.
- Est-ce que je peux aller prendre ma douche, maintenant ? S'il vous plaît ? demanda Remus.
Et c'était si ridicule que James manqua éclater de rire. Sirius l'y autorisa sans se troubler et regarda avec concentration le dos de Remus disparaître dans la salle de bains.
À peine fut-il sortit de la pièce qu'il se leva et commença à se déshabiller.
- Euh, Sirius ?
James avait été furieux au départ. Il avait eu l'intention de crier sur Sirius et peut-être même de lui envoyer son poing dans la figure pour lui avoir menti - bien sûr, il n'avait rien dit à proprement parler mais omettre était mentir, ainsi qu'aimait à le répéter sa mère quand James protestait qu'il n'avait pas ouvert la bouche. Seulement, maintenant, ça paraissait absurde. Sirius était trop obnubilé par Remus Lupin pour avoir seulement pensé à ses autres amis. Il n'avait pas cherché à mentir, l'idée de les informer ne lui avait probablement même pas traversé l'esprit. Et Sirius était amusant, il connaissait des sorts dont personne n'avait entendu parler et c'était un sacrément bon batteur - James n'aurait pas été étonné qu'il soit pris dans l'équipe des Gryffindors l'année suivante.
Sirius était aussi puissant, instable et dans le lit qui faisait face au sien. Alors James ravala sa rancœur et garda ses poings dans ses poches.
- Dis, où est-ce que tu vas ? demanda Peter alors que Sirius attrapait son sac.
- À la bibliothèque, dit Sirius.
- À cette heure-ci ? demanda James avant d'avoir pu s'en empêcher. Pour quoi faire ?
Sirius hésita visiblement à lui répondre, puis il jeta un coup d'œil vers la porte de la salle de bains, sourit et quitta le dortoir sans un mot.
- Oh, Merlin, souffla Peter. Je sais pas pour toi, mais je la sens très mal, cette histoire.
James s'ébouriffa nerveusement les cheveux. Il était incroyable que les deux autres occupants de la chambre aient continué de dormir malgré tout ce qui s'était passé. Pour eux, le monde serait exactement pareil en se réveillant ce matin qu'il l'était la veille au soir - sans loup-garou ni projets insensés de Sirius Black. Pour une fois, James aurait vraiment voulu être à leur place.
- Ouais, moi aussi, marmonna-t-il.
Mais après tout, Sirius n'avait que treize ans. Aussi en avance qu'il soit pour son âge, il ne pourrait rien faire de réellement dangereux.
N'est-ce pas ?
N/A : Ah, je parie que vous ne pensiez plus avoir la suite, à ce stade !
Je suis désolée pour le long (long, long ^^') silence. J'ai passé une année horrible, avec des problèmes familiaux à la pelle et des préparations de concours à n'en plus finir. Le chapitre suivant est déjà en partie écrit et je compte profiter de ces vacances pour me rattraper un peu. Comme je l'avais dit (mais personne ne doit s'en souvenir depuis le temps XD), mon principal problème (?) est que j'avais commencé à écrire un roman à côté, qui a été publié et qui s'est transformé en série. Je viens de terminer le deuxième tome, mais il faudra que j'écrive le troisième, ce qui ralentira sans doute aussi ma progression sur cette fiction. Je ferai de mon mieux pour ne plus laisser d'aussi longue période de blanc, mais bon, je ne suis pas superwoman non plus...
Comme certains m'avaient demandé d'en mettre les références, voici donc mon chef-d'oeuvre (quoi ? Je viens de passer six mois sur le tome 2, j'ai bien le droit de crâner un peu :p) qui me servira de mot d'excuse pour ces mois d'absence (pardon TT_TT):
http:/livre (*point* fnac).com/a2794221/Apparitions-T1-Le-couloir-des-esprits-N-M-Zimmermann?Fr=0&To=0&Mu=-13&Nu=3&from=1&Mn=-1&Ra=-1
(euh, oui, l'adresse refuse de s'afficher en entier quand .fnac est inclus - soit internet est contre moi, soit je ne sais pas m'y prendre... je soupçonne que je suis victime de ma propre incompétence ^^')
Shizuka21
