Disclaimer :
La conjonction des étoiles m'étant pour le moment défavorable, les droits appartiennent toujours à JKR, mais c'est bien sûr tout à fait temporaire...

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23 — Après la nuit vient l'auror…

Harry pénétra dans une grande pièce, qui avait manifestement été aménagée pour servir de bureau aux trois aurors envoyés par le ministère. Eclairée par deux grandes fenêtres, la pièce était plutôt ensoleillée.
Trois grands bureaux, cinq ou six chaises et quelques étagères constituaient l'essentiel du mobilier. Ce qui frappa le jeune homme, c'était la fresque murales : un enchevêtrement de plantes vertes et de fleurs, surtout des roses, recouvrait tous les murs, reconstituant ainsi un jardin luxuriant. L'illusion aurait été parfaite, s'il n'y avait eu cette étrange odeur d'huile d'olive flottant dans la pièce…

Au centre, trônant derrière le plus grand des bureaux, Loden fixait Harry, d'un œil froid et calculateur.

- « Bonjour Harry. Asseyez-vous, je vous prie. » dit-il aimablement en désignant la chaise face à lui.

Harry pris place et observa avec curiosité les peintures. Elles lui semblaient familières et le mettaient plutôt à l'aise.
Surprenant son regard, Loden commenta avec acidité :

- « Oui, la décoration est un peu particulière, mais bon… Le directeur a eu l'amabilité de mettre ce bureau à notre disposition, alors nous n'allons nous pas nous plaindre. »

Harry acquiesça distraitement et laissa errer son regard par la fenêtre toute proche : le bureau se trouvait juste au dessus de l'une des serres du professeur Chourave. Cette dernière était d'ailleurs en train de donner à des élèves de seconde année un cours sur les étonnantes propriétés de la Fatimette Noosae à bulbe mauve. La voix du professeur de botanique lui parvenait très distinctement par la fenêtre grande ouverte:

- « Quelqu'un peut-il me donner les particularités de la plante que nous étudions aujourd'hui ? »

Un silence religieux suivit la question du professeur.

- « Je vois…Toutes les plantes de la famille des Fatimettes ont de fascinantes propriétés mimétiques. La variété Noosae présente notamment des particularités olfactives qui... »

- « Bien Harry, nous allons commencer. » Annonça Loden d'une voix forte.

Harry se détourna de la fenêtre et reporta son attention sur l'intérieur de la pièce. Crampfen et Alwood les avaient rejoint, se plaçant de chaque côté du bureau de Loden, de sorte que le jeune homme était maintenant encadré par les trois aurors.

- « Harry, racontez-nous comment vous avez découvert le corps. » demanda Loden d'une voix ferme.

Harry raconta les faits, tels qu'ils s'étaient déroulés : comment il avait ouvert le baldaquin pour trouver Dean allongé dans son lit, comment il avait d'abord cru qu'il dormait, comment il s'était finalement rendu compte que son camarade était mort, ainsi que les discussions avec ses compagnons de chambre dans les minutes qui suivirent. Il omit simplement de mentionner l'épisode de l'oreiller vibrant de Ron, dont il estima qu'il ne concernait en rien les aurors. Ron et Hermione avaient bien le droit d'avoir leurs petits secrets et de toutes façons, cela n'avait aucun rapport avec le meurtre, songea-t-il.

Loden écouta attentivement Harry, ses yeux restant en permanence rivés sur ceux du jeune homme.
Lorsque le récit fût terminé, Alwood et Ewarden commencèrent à l'assaillir de questions : dans quelle position se trouvait Dean lorsqu'il l'avait trouvé ?- Avait-il touché le corps ? Pourquoi avait-il éprouvé le besoin d'aller voir Dean, précisément ce matin-là ?

Harry tournait alternativement la tête à droite et à gauche pour faire face au feu roulant des questions, répondant du mieux qu'il pouvait.
Plus les questions des deux aurors devenaient incisives et plus le regard de Loden se faisait perçant. Harry n'aimait décidemment pas la façon dont le chef des aurors le fixait, comme s'il cherchait à capturer son regard…
Il faisait de gros efforts pour éviter de croiser celui de Loden, baissant les yeux à chaque fois qu'il tournait la tête d'un côté ou de l'autre.
- « Vous faites souvent des rêves prémonitoires, Harry ? » demanda soudain Loden.

Cette question lui fit l'effet d'une décharge électrique. Comment pouvait-il savoir ?
Il était clair qu'il arrivait à lire dans ses pensées, au moins partiellement…
Aussitôt, Harry entreprit de dresser une barrière mentale, comme le professeur Delacour le lui avait enseigné. Il se concentra sur l'image du jardin de roses, la visualisa bien dans son esprit, grandement aidé en cela par les peintures murales de la pièce.

Loden fronça les sourcils, et plissa les yeux. Visiblement, il avait senti une résistance nouvelle chez Harry. Il fit un discret signe de tête à ses deux acolytes qui reprirent leur interrogatoire, enchaînant leurs questions à tour de rôle, reposant parfois celles avec lesquelles il l'avait déjà harcelé. Le but était visiblement de désarçonner Harry, de l'empêcher de se concentrer afin que Loden puisse lire ses pensées plus aisément.

Harry maintint sa concentration et continua de se focaliser sur la barrière mentale, tout en répondant distraitement aux questions de Crampfen et Alwood.

Le regard de Loden s'intensifia. Harry devait déployer des efforts énormes pour ne pas le fixer. Ces yeux étaient comme deux aimants, qui attiraient les siens inexorablement. Harry clôt ses paupières quelques secondes et se concentra de plus belle . L'image du jardin était toujours présente dans son esprit, mais au milieu des roses il distinguait à présent deux yeux rouges qui flamboyaient d'une lueur maléfique...

Sous l'effet de la surprise, Harry rouvrit brutalement les paupières et Evita in extremis les prunelles bleues de l'auror. Il se reprit en détournant son attention sur la fenêtre.
En contrebas, la leçon d'herbologie suivait son cour.

« La Fatimette Noosae peut donc imiter n'importe quel parfum à la perfection. » expliquait la voix du professeur Chourave aux élèves. « Vous avez pu le constater tout à l'heure lorsque nous avons versé de l'huile d'olive, puis un petit morceau de fromage de chèvre sur le bulbe de ma Fatimette. Nous allons maintenant procéder à un petit exercice pratique : vous allez tous prendre une petite bouteille d'extrait de pétale de rose sur cette table et en verser quelques gouttes sur le bulbe de votre Fatimette. Au bout de quelques secondes, vous observerez une modification de la coloration de la plante. Le phénomène devrait partir de la base du bulbe pour s'étendre ensuite vers les tiges et les feuilles. C'est ensuite que … »

- « Potter ? Vous n'avez pas répondu à ma question…» l'interpella Alwood.

Harry quitta à regret le cours de botanique et reporta son attention sur le grand auror qui le regardait d'un air sévère.

- « Je vous demande pardon, j'étais distrait… Quelle était votre question ? »

- « Vous êtes vous déjà rendu dans l'allée des embrumes ? »

- « Heu… oui une fois, il y a quelques années, à la suite d'une erreur de routage en utilisant de la poudre de cheminette.» répondit-il en s'efforçant de conserver un ton neutre.

- « Tu n'y es jamais retourné depuis, Harry ? » insista Ewarden.

- « Non. » mentit Harry, tout en se rendant bien compte que les trois aurors n'étaient pas dupes.

Loden plissa les yeux en s'avançant légèrement. Harry eu à nouveau l'impression que son regard attirait le sien irrésistiblement. Il renforça sa barrière mentale en se concentrant sur l'image du jardin de roses, tout en s'efforçant de continuer à regarder Alwood d'un air détaché, alors que ce dernier poursuivait son interrogatoire.

Cette fois, Harry sentit que Loden essayait vraiment de pénétrer ses défenses: c'était une sensation très désagréable, comme si quelque chose lui chatouillait le cerveau.

Tout en répondant des banalités à Alwood, Harry se concentra sur le jardin de rose dans sa tête. Les yeux rouges flamboyants venaient d'y apparaîtrent à nouveau. Ils brillaient d'une lueur infernale, et semblaient brûler les fleurs tout autour d'eux, de sorte que le jardin se rétrécissait à mesure que les yeux balayaient les alentours.

Mais Harry n'eut pas le temps de s'en préoccuper : une très forte odeur de rose se répandit dans le bureau des aurors. Apparemment, tous les élèves du cours d'herbologie avaient fini leurs travaux pratiques. La concentration de Harry s'en trouva renforcée et il sentit que sa barrière était désormais beaucoup plus solide. Fermant les paupières, il revit l'image du jardin, plus vert et luxuriant que jamais. Les yeux rouges étaient toujours présents, mais ils semblaient désormais avoir perdu tout pouvoir : ils ne parvenaient plus à brûler les fleurs. Harry ne les craignait plus.

Ignorant superbement la question que Ewarden Crampfen venait de lui poser, Harry tourna la tête et planta son regard dans celui de Loden. Celui-ci écarquilla les yeux de surprise, et eut un mouvement de recul. Quelque chose que ni lui ni Harry n'avaient prévu se qui se passa alors :

Des images confuses se mirent à tourbillonner dans la tête de Harry, sans qu'il parvienne à les retenir : une main brandissant fièrement un diplôme d'auror ; un sortilège lancé qui fracassait une porte ; un cadavre couvert de sang que des médicomages emmenaient ; le corps d'une magnifique jeune femme rousse qui frémissait sous ses caresses ; un lit désormais vide dans une chambre trop familière de l'hôpital Ste mangouste ; une tombe dans un cimetière irlandais ; une main tremblante qui brandissait une bouteille vide de Whisky pur feu ; Le bureau du ministre de la magie…

Loden se mit à marmonner une formule que Harry ne comprit pas et les visions disparurent soudainement. L'élève et l'auror semblaient aussi surpris l'un que l'autre. Manifestement, Loden ne s'était pas attendu à ce que son jeune adversaire parvienne à lire dans ses pensées. Mais c'était un homme expérimenté et passée la première surprise, il retrouva vite ses moyens.

Le visage de Loden afficha une expression de froide détermination, ses yeux réduits à deux fentes ardentes. Les deux adversaires s'observèrent silencieusement pendant quelques secondes, puis l'assaut reprit.
Il n'y eut aucun geste, aucune parole prononcée, rien qui soit physiquement perceptible par un éventuel observateur. Pourtant, deux volontés implacables étaient en train de se défier.

La pièce, les deux autres aurors, tout ce qu'il y avait autour d'eux disparut.
Pour Harry plus rien n'existait à part le visage de son adversaire et leurs deux esprits qui s'affrontaient.
Réfugié derrière son inexpugnable forteresse de roses, Harry soutint tous les assauts de son adversaire.
De grosses gouttes de sueur commencèrent à perler sur le front du petit homme.
Loden redoubla d'acharnement, mais toutes ses tentatives pour franchir les défenses mentales du jeune homme s'avérèrent vaines. Il poussa finalement un grognement de rage et abattit lourdement son poing sur la table, avant de se prendre la tête entre les mains.

Harry comprit que Loden renonçait pour cette fois. Il venait de gagner la première bataille, mais il y en aurait d'autres…

Le jeune homme se leva et déclara simplement :
- « je crois que nous avons fini. »

Ewarden et Alwood interrogèrent leur chef du regard. Ce dernier fit un geste avec lassitude pour leur indiquer qu'ils pouvaient laisser partir Harry.

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- « Tu y arrives ? » chuchota Ron à son voisin.

Neville leva son nez de son devoir et lui jeta un regard éloquent. De toutes évidences, les mystères de la transfiguration demeuraient aussi impénétrables pour lui que pour son camarade.

Le jeune rouquin hocha la tête en signe d'assentiment et brandit la feuille de parchemin sur laquelle était noté le sujet.

- « 'Listez et commentez les deux cent quatre-vingt-treize points de ressemblance entre un crapaud et une crécelle en bois'… Quelle idée de nous donner un sujet pareil dès la première semaine ! » S'emporta-t-il.

Cet éclat lui valut un regard courroucé de Mme Pince, qui mettait un point d'honneur à ce qu'un silence religieux soit observé dans la bibliothèque de Poudlard. Ron baissa donc d'un ton pour finir sa tirade.

- « Tu a vu tout ce qu'il faut avoir lu pour trouver les deux cent quatre-vingt-treize points de similitudes ? On n'aura jamais fini avant le prochain cours… » Se lamenta-t-il en désignant la haute pile de livres qui trônait sur la table devant lui.

- «De toutes façons, je suis incapable de travailler… Je revois sans cesse le cadavre de Dean…» Commenta Neville d'une voix éteinte.

Ron acquiesça silencieusement et se replongea dans son devoir, avant de relever le nez quelques minutes plus tard.

- « Je parie qu'Hermione a déjà fini le sien… » soupira-t-il en contemplant sa petite amie, qui était assise quelques rangs plus loin en compagnie de Ginny.

- « Sûrement, mais de toutes façons, tu sais bien qu'elle ne nous laissera jamais copier. Elle dit toujours qu'on doit y arriver par nous-même… »

- « Ca ne coûte rien d'essayer… » Répliqua Ron en lui adressant un clin d'œil.

Ron fit un geste de la main pour attirer l'attention d'Hermione et lui lança un regard implorant en montrant la feuille de parchemin sur laquelle il avait commencé son devoir.

Hermione leva les yeux au ciel et tourna ostensiblement le dos à son petit ami.

- « Non mais vraiment… Il ne croit quand même pas que je vais rédiger ses dissertations à sa place ? » siffla-t-elle à mi-voix. « Il lui reste quatre jours pour le faire, il peut très bien y arriver : il lui suffit de travailler sérieusement. Il ne manque pas de culot…»

- « Normal, c'est un Weasley. » Remarqua Ginny non sans malice.

- « Sans doute… » Répondit Hermione en faisant la moue. « Au fait, qu'est-ce que tu voulais me demander, Ginny ? »

- « Je voudrais que tu me donnes le mot de passe pour accéder à la salle de bain des préfets. »

- « Tiens donc ? Et pourquoi cela ? » Demanda Hermione avec surprise.

- « Et bien…» hésita Ginny pendant une seconde « Je voudrais que l'on puisse se retrouver un peu seuls avec Harry… »

- « Dans une baignoire ? » se moqua Hermione.

La jolie rouquine lui jeta un regard offensé, puis parut hésiter pendant un instant. Elle décida finalement de jouer cartes sur tables.

- « Bon d'accord... On n'a jamais l'occasion de se retrouver vraiment seul avec Harry et j'aimerai… Je voudrais qu'on puisse… Enfin tu sais bien... »

- « Ginny ! Ne me dit pas que tu as l'intention de ….» s'écria la préfète plusieurs ton au dessus de ce que le règlement de la bibliothèque autorisait, s'attirant un regard courroucé de Madame Pince et un autre de Ginny, qui l'invitait à plus de discrétion.
« Mais enfin Ginny… » reprit Hermione à voix basse, « Ne me dis pas que tu as l'intention de coucher avec Harry ? Vous n'êtes ensemble que depuis quelques semaines…»

La jolie rouquine ne put s'empêcher de sourire face à la mine préoccupée de son amie.

- « Ce n'est pas un peu prématuré ? Tu es sûre d'être vraiment prête ? » insista Hermione.

- « Oui j'en suis certaine Hermione. Et ne me sermonne pas, j'ai l'impression d'entendre ma mère… »

- « Molly a souvent raison sur bien des choses… »

- « Pourtant dans ce domaine, je n'ai pas l'impression que toi et Ron l'ayez beaucoup écouté… »

- « Oui, bon…» admit Hermione en rougissant. « Mais ce n'est pas la même chose, je suis plus âgée que toi. Et puis… »

- « Quoi donc ? »

- « Tu ne crois pas que c'est un peu déplacé alors que Dean vient de mourir ? Tu n'as pas l'air très affecté par sa mort… »

- « Bof, c'était un abruti possessif… Je n'irai pas jusqu'à dire qu'il méritait de mourir, mais bon, ce n'est pas une grosse perte… »

- « Ginny ! Voyons…» Hermione s'apprêtait à sermonner son amie, mais Mme Pince se leva d'un bond et la stoppa net.

La préfète adressa un regard lourd de reproche à la petite rouquine, qui le soutint sans ciller. Elles restèrent ainsi une ou deux secondes, puis quelque chose dans l'expression de Ginny fit baisser les yeux à Hermione.

« Bon… Donc, ce sera votre première fois à tous les deux, n'est-ce pas ? » reprit-elle finalement.

« Ben oui… » Confirma Ginny en rougissant légèrement.

- « Je pense que pour une première fois, une baignoire ce n'est pas idéal. Vous seriez bien mieux dans un lit…» conseilla Hermione, sur le même ton docte que si elle avait commenté la meilleure façon de lancer un sortilège.

- « D'accord, mais on ne peut pas aller dans les dortoirs : il y a trop de monde, ce ne serait pas assez discret. »

- « Je ne pensais pas au dortoir… » Répondit la préfète d'un ton sibyllin.

- « Mais alors où ? »

- « Réfléchis deux secondes, Ginny : Quelle est la salle qui contient toujours un lit lorsque l'on en a besoin ? Dans quelle salle bon nombre de filles de Poudlard ont-elles perdu leur virginité ? »

Ginny la regarda d'un air perplexe. Visiblement, elle ne voyait pas où son amie voulait en venir.

- « Décidément, on dirait vraiment que je suis la seule à avoir lu 'l'histoire de Poudlard'. » soupira hermione. « Si seulement … »

- « Je crois effectivement que tu es la seule, Hermione. » la coupa Ginny avec impatience. « Alors, cette salle ? »

- « C'est une salle que toi et Harry connaissez bien : nous y avons tenu toutes les réunions de l'AD… »

- « La salle sur demande ! Mais bien sûr c'est évident ! Elle prendra la forme que l'on veut et on n'y sera pas dérangés… »

- « Exactement. »

- « Mais… 'L'histoire de Poudlard' parle de la salle sur demande ? » Interrogea Ginny, intriguée.

- « Non, pas directement ; mais il y est fait plusieurs fois allusion, comme d'un mythe faisant partie du folklore de Poudlard. Je ne pensais pas qu'elle existait vraiment avant l'année dernière… »

- « En tout cas, c'est une excellente idée ! Je te remercie Hermione. Mais dis-moi, tu as déjà utilisé la salle sur demande avec mon frère ?»

Pour toute réponse, Hermione devint rouge comme une pivoine, mais Ginny n'eut pas le loisir de l'interroger davantage sur le sujet, car c'est le moment que choisit Harry pour faire irruption dans la bibliothèque d'un pas guilleret.

Il alla s'asseoir à une table libre et fit signe aux deux jeunes filles, ainsi qu'à Ron de venir le rejoindre, ce qu'ils s'empressèrent de faire. Ses trois amis le bombardèrent de questions sur son interrogatoire par les aurors du ministère, auxquelles il s'efforça de répondre de son mieux.
Hermione le félicita en apprenant qu'il avait réussi à dresser une barrière mentale (elle ne mentionna pas le fait qu'elle-même en était capable depuis des années) et à contenir les assauts de Loden.

- « Comme quoi, les cours d'Arnaud se sont montré efficaces. » Commenta Ginny.

- « C'est sûr que l'année dernière, tu ne risquais pas d'apprendre quoi que ce soit avec ce sadique de Rogue… » Renchérit Ron.

- « Tu exagères Ron ! » le réprimanda Hermione. « Je suis certaine que le professeur Rogue a fait de son mieux pour enseigner l'occlumancie à Harry. C'est juste que le moment n'était pas propice pour Harry, avec tout ce qu'il avait en tête…»

- « Mouais… Moi je pense qu'il a fait exprès pour pouvoir s'en prendre à Harry… » S'entêta Ron.

- « En tout cas, on sera fixé ce soir. » répondit Harry. « Ce sera ma première 'retenue'… »

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L'après-midi fût consacré au soin aux créatures magiques. Peu d'élèves (et pas un seul Serpentard) avaient choisi de poursuivre cette matière pour les ASPIC, aussi la classe se réduisait-elle à un petit groupe d'élèves qui appréciaient beaucoup Hagrid. L'humeur du cours aurait été plutôt joyeuse, si les Gryffondors n'avaient été endeuillés par la mort de Dean le matin même.

C'est donc dans un silence inhabituel que se déroula le cours, et ce d'autant plus que la lousette rose de Provence, l'animal qu'ils étudièrent cet après-midi-là, était muet. Ou tout du moins, d'après Hagrid, elle ne s'exprimait que lorsque l'humeur lui en disait, soit une fois par décennie en général.

Toujours selon Hagrid, les lousettes bénéficiaient d'une longévité exceptionnelle et particulièrement celles de Provence (sans doute à cause de leur régime à base de poisson) qui pouvaient souvent vivre plusieurs siècles.

Après leur avoir rapidement décrit les différentes caractéristiques de la lousette rose, Hagrid leur en présenta un spécimen. C'était une jeune femelle de 22 ans qui sortit en bondissant de la petite caisse dans la quelle Hagrid l'avait amené et s'approcha des élèves.

- « Comme elle est mignonne, on dirait un bébé phoque ! » s'extasia Lavande.

De fait, la lousette fit l'unanimité. Elle ressemblait à une sorte de petite otarie multicolore montée sur quatre courtes pattes. Sa tête et son dos étaient roses, tandis que le ventre et les pattes étaient d'un bleu chatoyant. Au milieu du corps, une fine ligne mauve était visible, marquant la séparation entre les deux autres tons de son pelage.
La lousette avait la taille d'un petit chien ; son museau court était surmonté de fines moustaches qui frémissaient lorsqu'elle flairait les élèves qui l'approchaient pour la caresser. Ses yeux entourés de fins cercles noirs, un peu comme ceux d'un panda, lui donnaient l'air de porter des lunettes.

L'essentiel du cours consista à essayer de l'amadouer pour la faire parler. Les élèves essayèrent de la cajoler, de lui brosser le dos ou de lui donner du poisson mais rien n'y fit. Le déroulement du cours fût donc très tranquille.

Le seul fait marquant de l'après-midi fût le passage de Rusard et Dudley près du petit enclos à l'arrière de sa cabane, dans lequel Hagrid donnait la plupart de ses cours. Apparemment, Rusard faisait faire le tour du propriétaire de tout le domaine de Poudlard à Dudley, qui semblait y prendre le plus grand plaisir. Manifestement, le concierge de Poudlard avait pris le gros garçon en sympathie.
Ces deux-là étaient fait pour s'entendre, songea Harry. Ils étaient unis par leur même haine des sorciers en général et des élèves en particulier…

- « Hé, Harry ! Tu rêves ou quoi ? » L'interpella soudain Ron.

Reportant son attention à ce qu'il faisait, Harry réalisa qu'il avait attrapé une petite brosse au lieu d'un poisson et qu'il la tendait maintenant à la lousette qui le regardait d'un air offensé.
Aucun des élèves ne réussit à gagner les bonnes grâces du petit animal rose ce jour-là.

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Le dîner fut quelque peu morose. Harry le passa dans l'appréhension de ce que le professeur Rogue allait bien pouvoir lui faire. Savoir que ce ne serait pas une vraie retenue mais un cours de légilimancie ne lui rendait pas la chose plus aisée, bien au contraire. Il gardait un souvenir très pénible des cours d'occlumancie avec le directeur des Serpentards au cours de l'année précédente.

Lorsque l'heure fatidique arriva enfin, Harry prit congé de ses amis et se rendit dans les cachots. Sur le chemin, il se promit que cette fois, les choses seraient différentes. Cette fois, il ne se laisserait plus dominer par ses émotions, cette fois, il ne donnerait pas à Rogue le plaisir de pouvoir lui reprocher un nouvel échec.

Arrivé devant la porte de la salle de potions, il prit une profonde inspiration et frappa résolument à la porte.

- « Vous voilà enfin Potter… Il semblerait que la ponctualité soit l'une des nombreuses qualités que vous ne possédez pas. » Lança la voix glacée de Severus Rogue.

- « Bonsoir Professeur. » répondit simplement Harry d'une voix neutre.

Le directeur des Serpentards haussa un sourcil et un petit sourire en coin éclaira fugitivement son visage.

- « Il semble que vous commenciez enfin à dominer vos émotions. Ce n'est pas trop tôt. Posez vos affaires sur un bureau, prenez votre baguette et approchez. »

Harry s'exécuta docilement et vint se placer devant son professeur.

- « Vous êtes ici parce que le directeur m'a demandé de vous aider à maîtriser la legilimencie. La maîtrise d'une telle discipline est extrêmement ardue et me parait totalement hors de portée d'un garçon de votre âge et tout particulièrement de vous Potter… »

Harry se raidit légèrement, mais ne répondit pas à la provocation.

- « Bien, vous allez pointer votre baguette vers moi, l'agiter doucement en un arc de cercle légèrement convexe, tout en prononçant la formule 'Legilimens'. Compris ? »

Harry acquiesça, dirigea sa baguette sur son adversaire, et décrivit un mouvement circulaire tout en prononçant la formule à mi-voix.
Il ne se passa rien, ou pas grand-chose…
Tout au plus, Harry ressentit-il un souffle imperceptible passer entre lui et son professeur. Il eut vaguement l'impression d'avoir entraperçu une image, mais ce fût bien trop fugitif pour qu'il puisse la saisir.

- « Hum comme je le craignais, ce n'était pas brillant Potter… » commenta Rogue avec sarcasme.

- « Mais j'ai réussi à voir quelque chose ! » s'enflamma Harry, avant de poursuivre à mi-voix : « seulement j'ignore quoi… »

- « Vous manquez, une fois de plus de subtilité, Potter. Je vous l'ai déjà dit l'an passé : l'esprit n'est pas un livre qu'on peut ouvrir et feuilleter à loisir. Les pensées et informations qu'il contient apparaissent toujours de manière fragmentaire, morcelée au legilimens. Ceux qui maîtrisent cette discipline sont capables, dans certaines conditions, de plonger dans l'esprit de leurs victimes et d'interpréter correctement ce qu'ils y découvrent. Mais cela demande de gros effort et une certaine logique… »

- « Mais Voldemort arrive bien à voir ce qu'il veut lui… »

L'ancien mangemort fronça les sourcils en entendant Harry prononcer avec une telle désinvolture le nom du seigneur des ténèbres.

- « L'esprit est une chose complexe qui comporte plusieurs strates successives. Les legilimens les plus doués -et le seigneur des ténèbres compte assurément parmi eux- arrivent parfois à sélectionner les pensées qui les intéressent, mais c'est une exception. La plupart du temps, le legilimens doit se contenter de ce qu'il peut trouver. » grinça-t-il avant de poursuivre ses explications.

Harry réessaya à plusieurs reprises de lire dans les pensées du professeur qu'il détestait le plus. Chaque tentative s'avéra infructueuse, ne révélant que des images et sons fugaces et insaisissables.

Malgré ses remontrances, Severus était impressionné par son élève. Il avait réussi à lancer correctement le sort de légilimancie pratiquement du premier coup et avait directement réussi à se connecter à son esprit. Bien entendu, le manque d'expérience du jeune Gryffondor et les qualités de ses propres défenses mentales (après tout il se flattait d'être le plus grand occlumens d'Angleterre) l'avaient empêché de comprendre ou retenir quoi que ce soit d'utile, mais c'était tout de même un début très prometteur, même si Severus ne l'aurait pas admis pour tout l'or du monde face à son élève…

Au fil de ses échecs, les quolibets de Rogue se firent plus humiliant et Harry avait de plus en plus de mal à garder son calme.

- « C'est bien ce que je pensais Potter : vous êtes aussi inapte à la pratique de la légilimancie qu'à celle de l'occlumancie… » lâcha finalement le professeur d'un ton méprisant.

Cette remarque piqua le jeune homme au vif. Levant sa baguette, il lança une fois de plus le sortilège de légilimancie, prononçant la formule avec rage, la baguette tremblante…
Mais cette ultime tentative ne rencontra pas plus de succès que les précédentes.

Severus regarda le jeune homme avec dédain : décidément, il était bien comme son père, toujours à se laisser dominer par ses émotions…
Il n'avait toujours pas compris que seules la discipline et la maîtrise de soi permettaient d'atteindre la quintessence de l'art magique. Tout particulièrement en ce qui concernait la légilimancie, discipline mentale par excellence.

- « Bien. Je pense qu'il est inutile de poursuivre Potter… Vous êtes irrémédiablement nul, tout comme l'était votre père… »

En entendant ces mots, Harry perdit totalement le contrôle. Rogue n'avait pas le droit de parler ainsi de son père ! Il avait envie de le frapper, de lui faire payer… Mais ce ne fût pas son poing qui se projeta vers cet homme qu'il détestait tant. Il n'aurait su dire de quoi il s'agissait exactement mais quelque chose, une forme d'énergie peut-être, était passée entre eux à la vitesse de l'éclair.

Harry n'avait pas fait usage de sa baguette, en fait il n'avait pas fait le moindre geste. Pourtant, le directeur des Serpentard chancela comme sous l'impact d'un coup. Il se redressa rapidement, dominant Harry de sa haute silhouette et jeta un regard glacé à son élève.

Les deux sorciers restèrent un instant à s'observer dans un silence de mort.
Puis soudain, un flot d'images en vrac envahit l'esprit de Harry. Le jeune Gryffondor eut le temps d'apercevoir une lueur de stupéfaction dans le regard de son professeur, avant d'être submergé par les multiples scènes qui envahissaient son esprit...

Un jeune garçon à la peau pâle et au nez crochu se réjouissait en contemplant sa première baguette ; une potion cuisait lentement dans un chaudron… Harry ressentit toute l'excitation et la fierté du sorcier qui l'avait confectionnée lorsque la substance vira au mauve, exactement comme elle était supposée le faire ; un examinateur le félicitait pour avoir brillamment réussi son examen d'ASPIC en défense contre les forces du mal ; une jeune femme aux longs cheveux auburn, qui marchait de dos. Il ne pouvait voir son visage, mais il savait qu'elle était terriblement belle ; un tatouage sinistre sur son avant-bras… un serpent sortant d'un crâne, la marque des ténèbres… Harry ressentait la fierté et la crainte d'avoir été choisi pour faire parti de l'élite des sorciers, qui règneraient aux côtés du seigneur des ténèbres ; La même jeune femme aux cheveux auburn, allongée nue à côté de lui et qui le regardait amoureusement de ses magnifiques yeux verts…

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Harry referma la porte de la salle de classe derrière lui et s'éloigna à grand pas, secouant légèrement la tête, comme s'il espérait chasser ainsi la vision qui hantait son esprit. Comment était-ce possible ? Sa propre mère dans le lit de Rogue !

Absorbé par ses réflexions, il ne remarqua pas une mince forme sur le sol qui se faufilait silencieusement vers lui.

Harry était pourtant certain que sa mère n'avait jamais regardé d'autre homme que son père. Sans pouvoir dire comment, il le savait.

La chose arrivait dans son dos et se rapprochait à vive allure, mais dans le silence le plus complet. Elle était maintenant presque sur lui…
Mu par une intuition soudaine, Harry fit brusquement volte-face au moment où elle le rejoignit. Il se trouva nez à nez avec une bien étrange créature. On aurait dit un gros chat sauvage, avec un museau légèrement étiré et de longues oreilles pointues. Il faisait la taille d'un petit chien et brillait d'une étrange lueur dorée. A bien y regarder, on aurait dit une sorte de lynx, constitué de lumière dorée. Il fallut quelques secondes à Harry pour comprendre la vraie nature de son étrange visiteur.

Le lynx fit demi-tour, lança un petit signe de tête à l'intention du jeune sorcier, indiquant clairement son désir que ce dernier le suive.

Harry se mit en marche à la suite du félin, restant prudemment à quelques mètres derrière lui. Il était certain d'avoir déjà vu cet animal, mais ne parvenait plus à se souvenir où et quand…

La créature remontait à présent un petit escalier, l'entraînant vers les étages. Harry songea qu'il devait offrir un spectacle étrange, à suivre ainsi un lynx doré. Fort heureusement, les couloirs de l'école étaient déserts à cette heure et il ne rencontra personne.

Le lynx l'emmena ainsi jusqu'au septième étage. Harry commençait à avoir sa petite idée sur le propriétaire de l'animal. Mais à sa grande surprise, le félin ne se dirigea pas vers la tour des Gryffondors. Au contraire, il passa sans s'arrêter devant le portrait de la grosse dame, contourna la statue de Lachelan le Maigre et prit la direction du couloir.

Le lynx s'arrêta au pied d'une immense tapisserie représentant la tentative malheureuse de Barnabas le Follet d'apprendre à des trolls l'art de la danse. S'approchant de l'œuvre monumentale, Harry se demanda pourquoi le félin l'avait entraîné là.

Il ne distingua pas la silhouette qui l'attendait, lovée silencieusement dans la pénombre…

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Fin du chapitre 23. Comme d'habitude, n'hésitez pas à me faire part de vos impressions et commentaires dans les reviews.
Le prochain chapitre sera assez court et contiendra un petit Lemon.