21.

- Hé Black ! s'exclama Théa en rattrapant le jeune homme dans le couloir.

Cela faisait bien quatre jours que la Serdaigle ne l'avait pas vu, depuis qu'il était parti passer le week-end chez ses parents. Elle avait été très occupée de son côté : elle avait passé le week-end chez Elliott et, depuis le lundi, ils avaient repris les entraînements de Quidditch intensifs en prévision du match imminent contre Gryffondor. Mais elle avait quand même trouvé l'absence de son petit ami étrange –lui qui ne manquait jamais une occasion d'apparaître au détour d'un couloir pour la traîner dans une salle de classe vide.

Regulus ne fit même pas mine de s'arrêter et elle dût se mettre devant lui pour qu'il s'immobilisa enfin. Il avait ce regard froid et distant qu'il arborait avec les personnes qu'il ne connaissait ou n'aimait pas (cela voulait dire avec à peu près tout le monde).

- Qu'est-ce que tu veux ? soupira-t-il.

- Hum, je ne sais pas moi, voyons, répondit la sorcière en essayant de ne pas laisser transparaître son agacement. Ça fait plus d'une semaine que tu as disparu, qu'est ce qui t'es arrivé ?

- Rien.

- C'est tout, je n'ai le droit à rien de plus ?

- Qu'est-ce que tu veux que je te dise de plus ? (Puis, après un silence :) Écoute, j'ai bien réfléchi et j'ai décidé que nous deux ce n'était p…

Elle ne le laissa pas terminer, préférant se draper dans sa dignité plutôt que de le laisser finir sa phrase –dont elle avait bien évidemment deviné la fin. Elle aurait dû s'en douter. D'ailleurs elle le savait avant même d'avoir commencé à sortir avec Regulus mais elle avait décidé d'y aller quand même, contre toute raison. Maintenant que l'inévitable se produisait, elle ne pouvait pas se plaindre d'avoir le cœur brisé.

- Oh. Excusez-moi, cracha la jeune fille. Si j'avais su que Monsieur avait décidé, jamais je ne lui aurais imposé ma présence. Mais si Monsieur avait eu la décence d'envoyer un hibou, il se serait évité bien des désagréments !

Théa fulminait –elle avait choisi la colère plutôt que la tristesse, pour qu'il ne vit pas qu'il avait une quelconque emprise sur elle. Alors qu'elle tournait les talons pour s'enfuir, ne retenant plus les larmes qui menaçaient de déborder de ses yeux verts, il essaya de la retenir :

- Théa, att…

La fin du mot fut un inaudible marmonnement. Sans même avoir réfléchi, presque instinctivement, la sorcière avait jeté un sort pour lier les lèvres du Serpentard.

- Non, Regulus. Je t'assure que si tu essayes de prononcer un seul mot de plus –surtout pour te justifier- je serais capable de t'arracher la tête pour ne plus que tu parles.

Il était trop tard pour cacher ses larmes, qui dévalaient ses joues. Une lueur qu'elle avait du mal à interpréter brillait dans les yeux du brun. Il avait l'air de souffrir –sûrement à cause du sort qui lui liait les lèvres. Après un dernier regard, Théa se détourna et, une fois sûre qu'elle était assez loin pour s'enfuir, elle annula son sort.

Il n'y avait personne dans sa chambre à cette heure et elle profita de cette intimité pour se laisser aller et pleurer. Elle avait du mal à comprendre ce qu'il c'était passé et surtout pourquoi ça c'était passé. Pourquoi maintenant ? Avant qu'il ne parte en week-end, Regulus était encore normal –enfin, autant qu'il savait l'être. Que c'était-il passé pour qu'il changea à ce point ? Théa s'administra une claque mentale. Il ne s'était pas forcément passé quelque chose, Regulus était quelqu'un de très lunatique il n'avait besoin de personne pour changer d'avis et d'humeur. Ça elle le savait très bien. Mais ça ne l'empêchait pas pour autant de souffrir.

...

Evidemment, ils avaient un cours de potion en première heure de l'après-midi, ce vendredi. Théa avait hésité à se faire porter pâle mais y était finalement allée en traînant les pieds. Elle n'avait encore rien dit à Holly elle voulait attendre qu'elles soient seules toutes les deux, ce soir –bien qu'elle mourrait d'envie de se blottir dans les bras de sa meilleure amie. En entrant dans la salle, elle fut soulagée de voir que Regulus avait pris l'initiative de sécher le cours.

- Tiens, Regugu n'est pas là ? souligna Holly.

- S'il te plaît, arrête de l'appeler comme ça, soupira la brune.

- On en avait déjà discuté et on avait établi que j'avais le droit de l'appeler Regugu, crut-elle bon de rappeler.

- C'est juste que… (elle haussa les épaules). Il ne mérite pas un surnom aussi affectif.

Au ton de sa meilleure amie, Holly comprit que quelque chose c'était passé. Elle se tourna vers elle et, soucieuse, demanda :

- Qu'est-ce qu'il a fait ?

- Il a juste décidé qu'il avait… assez profité.

- Il a rompu ?! s'écria la blonde à voix basse –ce dont lui fut reconnaissante Théa.

- Oui.

- M-mais pourquoi ? Sur quel motif ?

- Il a décidé. C'est tout.

- Mais enfin, ce n'est pas possible. Il t'aime !

- Apparemment pas, Holly.

- Mais si, ça se voit !

- Holly, s'il te plait…

- Oh (elle mit une main devant sa bouche). Pardon, je suis désolée. Je suis juste… choquée. Si je mets la main sur ce petit con, il va regretter d'être né ! On ne fait pas souffrir ma Théa, et encore moins juste parce qu'on l'a « décidé ».

- Toi qui ne ferais pas de mal à une mouche, tu irais t'en prendre à Regulus Black ? sourit Théa, qui appréciait l'initiative de sa meilleure amie.

- Regarde Maman Poule se transformer en Maman Dragon !

L'arrivée du prof obligea les filles à mettre fin à leur échange. Comme le partenaire de Théa n'était pas là, Holly et Théa réussirent à négocier de travailler en binôme, exceptionnellement aujourd'hui. Face aux yeux doux des deux sorcières, Slughorn ne put que dire oui. Et ce fut toutes excitées qu'elles rejoignirent leur paillasse. Elles allaient enfin pouvoir reformer leur duo choc des années précédentes : aucune potion ne résistait à la Team Thélly –un surnom qu'elles avaient trouvé en première année en mélangeant leurs deux prénoms. Théa s'amusa à mixer ceux de Holly et Elijah et trouva Hollijah ou Eliy –le deuxième plu particulièrement à la blonde qui l'ajouta certainement à la liste de prénoms pour ses futurs enfants que Théa savait qu'elle tenait, bien qu'elle avait prévenue son amie que son futur mari aurait aussi certainement son mot à dire dessus. Chose à laquelle Holly avait répondu : « Bah, je lui ferais le coup des grands yeux de chat et il me laissera choisir ce que je veux. ». Et, force était de constater que, avec Elijah, elle avait trouvé celui dont elle parlait : Théa avait déjà vu le garçon flancher et accepter quelque chose que lui proposait sa copine après que cette dernière lui avait réservé ses fameux yeux doux.

À la fin du cours, les deux sorcières sortirent dans le parc qui entourait le château. Les derniers jours de février étaient très doux, la neige avait fondue et l'air s'était légèrement réchauffé malgré un vent qui, lui, ne s'était pas calmé. Comme elles n'avaient pas d'autres cours et avaient fini leur semaine, elles en profitèrent pour aller prendre l'air et se dégourdir les jambes avant que la nuit ne tombe. Elles avaient bien une à deux heures devant elles.

Holly et Théa marchèrent en silence avant de parler de tout et de rien –exactement ce dont avait besoin la brune. Elle ne voulait plus penser au Serpentard et Holly l'avait bien compris, malgré ses nombreuses interrogations qu'elle garda donc pour elle. De toute façon, elle avait déjà prévu d'aller chercher ses réponses directement à la source –après lui avoir flanqué son poing dans la figure, évidemment. Dès qu'il fut l'heure, elle traîna son amie jusqu'à la Grande Salle. Elle savait que la meilleure thérapie pour lui faire oublier tous ses soucis était la nourriture et la compagnie de ses meilleurs amis. Et, encore une fois, elle avait vu juste.

...

La fin du mois de février passa très vite, car, croulant sous les devoirs de toutes sortes, les étudiants s'étaient plongés dans leur étude. Le jour de l'anniversaire de Théa approchait à grand pas, la jeune fille aurait bientôt dix-sept ans, l'âge de la majorité. La sorcière ne savait pas si elle devait se réjouir ou pas de cette « entrée dans l'âge adulte ». En effet, depuis un an ou deux, elle avait réalisé que ses amis et elle n'étaient quasiment plus des enfants et cette période de leur vie la rendait déjà nostalgique.

Ce mardi 7 mars 1978, Théa se leva avec une boule au ventre une drôle de sensation qu'elle ne parvenait pas à s'expliquer. Mais, comme cela disparu, elle se dit que ce devait être due au stress et l'oublia bien vite. Au lieu de quoi, elle se laissa happer par la tornade blonde qui lui servait de meilleure amie et la suivit dans la Grande Salle pour le petit déjeuné, où les attendait Elliott et Robbie.

Les quatre amis avaient installé la tradition du « petit déjeuner d'anniversaire » pendant leur deuxième année. Ils étaient sûrs au moins d'être tous présents à cette heure-ci. Et puis, le repas du matin était le moment préféré des quatre Serdaigles, sans exception. C'était aussi à ce moment que le courrier arrivait, transportant les lettres d'anniversaire envoyées par la famille. Albus s'amusait à écrire et envoyer une carte d'anniversaire pour Théa tous les ans depuis son admission officielle à Poudlard, de façon à ce que la jeune fille ne vit pas ses camardes en recevoir et pas elle. Ils n'avaient pas, faut sans dire, une famille nombreuse. C'était seulement elle et lui. Alors son père avait toujours tout fait pour que, malgré tout, elle ne souffrit pas de cela. Même s'il se doutait que le jour où elle allait lui demander après ses parents biologiques arriverait inévitablement.

Théa sourit en voyant débarquer les hiboux du matin et en reconnaissant Jasmin, le hibou du professeur Flitwick qu'empruntait son père pour lui envoyer ses lettres -Fumsek, son phœnix, étant définitivement beaucoup trop reconnaissable pour qu'il l'envoya. Le professeur de sortilège en profitait d'ailleurs toujours pour rajouter un « Joyeux anniversaire ! » de son écriture serrée sur l'enveloppe. Théa n'avait en effet peut-être qu'un père mais elle avait hérité de tout un corps enseignant en guise d'oncles et tantes.

Un peu plus loin, à la table des Serpentards, Regulus avait le regard perdu dans le vide. Son ami Aaron lui racontait quelque chose mais ce dernier avait bien vu que le sorcier ne l'écoutait pas. Il tenait quelque chose à la main, une espèce de pièce en argent qu'il n'arrêtait pas de faire passer entre ses doigts, en un ballet incessant d'allers et retours.

- Vas le lui donner, finit par dire Aaron, sortant Black de ses pensées.

- Hein ? De quoi tu parles ?

- De ça, répondit-il en désignant l'éclat argenté dans la main droite de son ami. Tu l'as acheté pour elle, de toute façon, alors autant le lui donner.

- On était encore ensemble quand je l'ai acheté...

- Et alors ? D'ailleurs, je ne comprends pas pourquoi vous n'êtes plus ensemble...

- Et ça ne te regarde pas. Mais, tu as raison. C'était pour elle alors autant le lui donner.

Il se leva sans attendre la réaction d'Aaron et partit en direction du hall, où il venait de voir Théa partir. Il la rattrapa dans le couloir mais ne l'appela pas avant d'être arrivé à sa hauteur il savait que, si elle l'entendait, elle ne s'arrêterait pas. Alors il se planta devant elle, la forçant à se stopper nette. La jeune fille poussa un soupir agacé et ses dents grincèrent. Elle ne le regardait pas dans les yeux. Regulus leva les mains, pour montrer qu'il n'était pas là pour se disputer.

- Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-elle sèchement.

- Te souhaiter un bon anniversaire. Et te donner ça. C'est euh... Enfin, je l'avais acheté avant, alors...

- Je ne veux pas de cadeau de ta part, Regulus.

- Ne sois pas ridicule. Prends-le juste. Tu en feras ce que tu veux après, tu n'es même pas obligée de le porter mais, prends-le.

À contrecœur, Théa tendit la main et il y déposa une chaîne en argent au bout de laquelle se balançait un serpent du même métal avec deux émeraudes en guise de yeux -du même vert que les siens. La sorcière pinça les lèvres pour se retenir de faire une remarque et, au lieu de quoi, elle planta son regard dans le sien. Elle voulait essayer de déchiffrer ce qu'il pouvait bien penser. Mais elle ne put rien lire dans ses yeux qui avaient aujourd'hui pris une teinte gris orage. Regulus était tout le contraire d'un livre ouvert.

- Merci, finit-elle par dire, laconique. Tu m'excuseras, mes amis m'attendent.

Elle fit un pas sur la droite et il n'essaya pas de l'en empêcher. Il avait fait ce qu'il avait à faire. Maintenant, ça ne dépendait plus de lui.

Théa s'éloigna dans le grand hall et rejoignit Elliott qui l'attendait au fond, appuyé contre un mur. Ses sourcils étaient froncés, en un air interrogateur. Elle haussa les épaules et lui dit qu'il voulait simplement lui souhaiter un bon anniversaire.

- Ha, fit le blond, et on pouvait entendre le sarcasme rien que dans cette onomatopée. Et ça, qu'est-ce que c'est ? ajouta-t-il en désignant du menton le collier.

- Un cadeau. J'imagine qu'il ne voulait pas l'avoir acheté pour rien.

- Je peux voir ? Wahou, la référence est subtile, remarqua son ami en souriant. Mais le collier est vraiment beau.

- Il l'est. Et il va vraiment bien avec mes yeux, je vais être obligée de le porter, sourit la brune.

- Je ne comprends vraiment pas pourquoi il a rompu.

Jusqu'ici, Elliott n'avait encore jamais fait de commentaire sur le fait que son « cousin éloigné » avait mis fin à leur relation.

- Est-ce qu'il avait besoin d'une raison ?

- Pour laisser une fille aussi extraordinaire que toi ? J'espère même qu'il avait des dizaines de putains de bonnes raisons.

Théa rit. Elliott avait fait exprès d'insister sur le mot « putains », d'autant plus que ça ne faisait pas parti de son vocabulaire habituel. Mais, au moins, il réussissait toujours à lui changer les idées et à la mettre de bonne humeur. Un grand frère veillant sur sa petite sœur.

...

Elijah et Caleb avaient rejoint le groupe de quatre avant la fin de la journée et ils s'étaient tous installés dehors, dans le parc. Le temps de ce début mars laissait présager un très beau printemps. Les garçons n'avaient hésité qu'une seconde avant de se jeter sur l'herbe, où ils étaient à présent avachi, trop emporté par leur débat pour se préoccuper du fait que l'herbe était humide. Quand ils se relevèrent après une heure, ils avaient tous les quatre de grosses tâches plus foncées sur leur pantalon, et Robbie se plaignait d'avoir froid aux fesses, ce qui ne manqua pas de faire bien rire les filles, qui les avaient pourtant prévenus.