Chapitre 21
"Et le plus important dans tout ça," Varys regarda Daenerys, son expression était sérieuse. "Deux de vos dragons l'ont suivi, Votre Grâce. Viserion et Rhaegal. Il affirme qu'ils sont en sécurité et attendant votre arrivée."
"Êtes-vous en train de me dire, Lord Varys," commença lentement Daenerys, "que les Starks retiennent en otage mes dragons ?"
Arya fronça les sourcils. Comment peut-elle penser ça ? Ma famille ne ferait jamais… ils ne feraient pas… je ne sais même plus. Je suis partie depuis si longtemps, je ne sais même pas ce qu'ils sont devenus avec le temps. Comment pourrais-je m'attendre à ce qu'elle sache quelque chose que moi-même j'ignore ?
"Non, Votre Grâce," la voix de l'eunuque la coupa dans sa réflexion. "Aucun de mes petits oiseaux ne m'a donné cette indication-là. Quand le jeune homme est revenu, ils volaient au-dessus de lui. Quand il est entré dans Winterfell, ils se sont tout les deux posés dans l'ancienne cour. Ils sont restés sur les terres du Nord depuis, de leurs plein gré selon les dires. Certains ont même affirmés qu'ils les avaient vus se reposer au soleil avec les grands loups présents là-bas."
"Je ne comprends pas…" la voix de Daenerys s'estompa.
Varys inclina sa tête. "Je m'attends à entendre plus d'information sur cette chanson-là. Je vous préviendrais au moment où j'en saurait plus, Votre Grâce."
"Faites ce que vous devez faire. Y a-t-il quoi que ce soit d'autre qui doit attirer mon attention ce soir ?"
"Il y a quelques demandes en mariages qui – "
Arya sentit un grognement instinctif commencer à tirer le coin de sa bouche. Elle se rattrapa avant qu'il ne s'échappe, déroutée par sa propre réaction.
"Non," le coupa brusquement Daenerys. "Je n'ai aucun désir d'entendre l'une d'entre elles ce soir."
"Alors ça sera tout, Votre Grâce."
"Merci," Daenerys fit un geste majestueux de la main. "Cette session du Conseil Restreins est ajournée."
Les chaises reculèrent et Daenerys, Tyrion et Varys se levèrent.
"Oh, une dernière chose," Varys se tourna vers Daenerys de nouveau. "Je voudrais savoir si, officiellement," son regard se dirigea vers Arya, "vous préféreriez que j'agisse comme si je ne savais pas que votre 'Wolf' est en réalité Arya Stark ?"
Daenerys fit un pas en arrière, seule indication extérieure qu'elle avait été prise au dépourvu, et Arya sentit sa main saisir son épée.
"Je vous prie de me pardonner," Varys s'adressa à Arya par-dessus l'épaule de Daenerys. "Mais on m'a souvent dit que j'avais une très bonne mémoire, surtout pour ce qui est des visages. Le vôtre était beaucoup plus jeune quand je vous ai vu ici pour la première fois, il y a quelques années, cependant vous êtes le portrait de votre défunt père." L'eunuque glissa ses mains dans ses manches et les reposa confortablement ses bras devant lui. "Je me souviens être assit à cette table quand Ned Stark y jeta l'insigne de la Main, refusant de tuer la jeune Daenerys Targaryen. Il semble qu'aujourd'hui vous continuiez à sa place, honorant son souhait."
Arya regarda fixement la table, essayant de se remémorer le souvenir, qu'elle ne possédait pas, de cet événement. Est-ce vrai ? Mon père a voulu la sauver. De toutes ces choses que j'ai faite qui l'auraient humilié ou déshonoré, les actions qui auraient entachées le nom de Stark – celle-ci, cette action, était en réalité quelque chose qu'il avait voulu ?
"Officiellement," déclara doucement Daenerys, posant une main sur le bras de Varys, "Personne en dehors de cette pièce ne doit savoir qu'Arya Stark est vivante." Une pause. "Jusqu'à ce que je dise le contraire."
"Bien sûr. Comme vous le désirez, Votre Grâce." Varys s'inclina et passa la porte, l'écho de ses pas résonant dernière lui, emplissant la petite pièce.
"Arya," commença Daenerys, sa voix ayant toujours son ton royal qui exigeait, plutôt que demandait.
"Non, Daenerys," déclara catégoriquement Arya tout en secouant la tête. "Je ne vous ai jamais menti," continua-t-elle d'un ton monocorde. "Je ne savais pas. Je ne savais pas que Bran était vivant malgré toutes ces années, n'y que Rhaegal et Viserion étaient avec lui, et pas, non plus, à propos d'autre chose. Au point que cet homme en sache beaucoup plus sur ma propre vie de meurtrière que moi."
Tyrion se dirigea vers la carafe de vin et y remplit un verre. Sans un bruit, il avança vers Arya et le lui offrir. Arya prit le verre, étudia et le posa sur la table du conseil. Puis elle se dirigea vers la carafe et la déboucha, la saisit et commença à boire directement au goulot.
Tyrion leva un doigt pour essuyer une larme imaginaire de son œil alors qu'il observait l'assassin boire. "Est-ce si mauvais de dire que je me sens si fier à un moment si terrible ?"
"C'était Jon n'est-ce pas ?" Arya sentit Daenerys prendre élégamment son bras alors que le tueur et son loup la raccompagnaient à ses Quartier Royaux, ses pas étaient stables et assurés malgré le vin. "C'est pour cela que tu es partie et que tu as rejoint le Mur quand la guerre a éclaté."
Arya ne voulait pas en parler, mais Dany ne la laisserait pas partir. "Oui," dit-elle finalement, notant que la petite Reine pouvait être aussi têtue qu'elle quand elle s'y mettait. "Pour tout le bien qu'il a fait." Arya fronça les sourcils. "J'ai fini pas enterrer un frère et je n'ai même pas cherchée l'autre qui était vivant, par-delà le Mur, pendant tout ce temps."
"Tu ne pouvais pas savoir. Personne ne le pouvait."
Arya ouvrit la porte de la chambre de Daenerys, l'épée au poing. Une fois qu'elle eut vérifié le visible, elle s'avança et s'attaque à l'invisible. "J'aurais dû," murmura-t-elle. "D'une manière ou d'une autre, j'aurais dû le savoir."
Il se passa quelques minutes avant que Daenerys ne reprenne.
"Quel serment leur as-tu fais ?" demanda doucement la Targaryenne en faisant référence aux Sans-Visages.
"Je ne leur en ai fait aucun," répondit Arya, son cou et ses oreilles rougissant légèrement. "Pourquoi présumes-tu le contraire ?"
"Parce que tu es un Stark, et que la tension dans tes épaules me dit que tu t'accuse de quelque chose. Je crois que tu essayes de porter le poids de ta famille et de la Chambre."
Arya secoua la tête et s'agenouilla devant la cheminée, allumant un peu d'amadou pour démarrer le feu. "Je n'ai prêté serment à personne excepté toi, Daenerys. A eux… je leur ai seulement promis que je payais le prix."
Dany s'assit devant le foyer à côté d'Arya, tirant ses genoux à sa poitrine. "Alors, dit moi quel était ce prix."
La flamme du passé s'éveilla et l'attrapa, et Arya ferma les yeux. "C'était la première fois que je prenais un visage." Elle pouvait se rappeler la pointe de la lame contre sa tempe, à l'endroit même où elle débutait toujours quand elle enfilait un nouveau visage, même après des années. " 'Le prix c'est toi' avait-il dit, 'le prix est tout ce que tu as et tout ce que tu n'as jamais espères avoir. Nous avons pris tes yeux puis te les avons rendus. Ensuite nous prendrons tes oreilles et tu marcheras dans le silence. Tu nous donneras tes jambes et tu ramperas. Tu ne seras la fille, la femme et la mère de personne. Ton nom ne sera qu'un mensonge et le visage que tu porteras ne sera pas le tien'."
Arya passa une main dans ses cheveux. "Ils m'ont aveuglé, dans le cadre de ma formation. M'enseignant à voir sans vue ; à apprendre et me battre avec mes autres sens. J'y ai survécu. Cela m'a rendu plus forte, bien plus que ce dont j'avais besoin. Il en restait encore tant à tuer…" sa voix commençait à s'estomper alors qu'elle se remémorait sa litanie mortelle, depuis longtemps achevée. "J'étais prête à tout leur donner. Ça ne me dérangeait pas qu'ils me rendent sourde ; ça ne faisait que m'améliorer. S'ils me paralysaient les jambes, c'était pour une bonne raison ; tant que j'avais encore mes mains pour saisir une lame, je pouvais tuer d'une façon ou d'une autre. Mes parents étant morts, je n'étais plus la fille de personne. Depuis déjà toute petite je n'avais aucune envie d'être l'une de ces dames, alors de titre d'épouse fut facile à abandonner. Une mère ? Moi qui était attirée par les femmes, j'ai mis ce rôle de côté tout aussi rapidement."
Arya pris quelques bûches et les ajouta aux flammes croissantes. "J'avais, depuis longtemps, utilisée de faux noms lors de mes voyages sur les routes, au point que ce ne fut pas un grand changement. Et mon visage… eh bien, la moitié de Westeros essayait de me tuer ou de me rançonner, ce n'était pas quelque chose que je voulais voir continuer." Elle s'assit alors que le bois commençait à se rompre et craquer, allongeant ses jambes. "Je leur ai dit que je payerais le prix, et ils me coupèrent avec une lame brûlante. Me faisant saigner juste ce qu'il fallait et ils me posèrent mon premier nouveau visage."
Daenerys tendit ses mains dans les flammes, les tournants alors que le feu les léchait inoffensivement. "Il me semble que tu leur as donnée tout ce que tu leur avais promis. Simplement, tu as fait en sorte qu'ils ne les gardent pas pour toujours."
"Non. Je leur ai refusé la partie la plus importante de ma promesse." Arya caressa Nyméria derrières les oreilles alors que le grand loup était entré pour le rejoindre après sa ronde dans le hall.
"Et qu'est-ce que c'était ?" Dany donna également une caresse reconnaissante à Nyméria.
"Je leur ai donné tout ce que j'avais, mais…" elle se tourna pour regarder la Targaryenne dans l'un de ses rare moment de vulnérabilité et d'honnêteté. "Je ne pouvais pas leur donner tout ce que je n'avais jamais espéré avoir."
"Oh…" les joues pales de Daenerys se colorèrent, rendant magnifique à ses yeux la belle, jeune et conquérante du continent Oriental, princesse en exile dont Arya avait tant entendu parlé durant les années où elle traînait sur les docks de Braavos.
"Ça ne sera pas toujours ainsi, tu sais," murmura Daenerys en retirant ses mains du feu et posant sa tête sur l'épaule d'Arya, alors qu'elles observaient le foyer devant elles. "Tu as entendu ce que Varys a dit. Les Sans-Visages sont au bord de l'effondrement – ils ne pourront pas nous pourchasser éternellement."
Arya passa son bras autour des épaules de Daenerys en soupirant. "Ne sois pas si prompte à prendre ses paroles à cœur, Dany. Liens forts ou pas, la Banque de Fer reste simplement la Banque de Fer. Ils ne savent pas ce qui se passe à l'intérieur du Temple, et à l'extérieur… il y a bien plus en œuvre qu'uniquement de la politique."
"Mais, même si pour l'instant c'est ainsi, d'une façon ou d'une autre, cela se termina bien un jour."
Arya lui donna un léger signe de tête. "Un jour, en effet."
Daenerys tourna son regard vers elle. "Y as-tu pensé ? De ce que tu voudras faire une fois que tout ceci sera fini ?"
"Je ne l'ai jamais fait. Pour être honnête, la plupart du temps il m'est difficile d'imaginer la vie après cela."
"Essaye d'y penser. Laisse-toi croire que tout ceci se terminera et que nous serons en vie toutes les deux." Daenerys parla calmement avec détermination. "Que feras-tu avec cela, Arya Stark ? Que feras-tu de cette nouvelle liberté de commencer une nouvelle vie ?"
Arya fixa une éclatante braise orange qui venait de se former à l'extrémité de la cheminée, regardant les vagues de chaleurs qui émanaient d'elle en ondulations. "Je ne sais vraiment pas," dit-elle finalement. "Je suis une Sans-Visage depuis que je suis enfant. Je ne sais même pas ce que je pourrais faire d'autre, maintenant."
Daenerys pris la main d'Arya, traçant du bout de son doigt la ligne de vie gravée sur la paume de l'assassin. "Tu pourrais continuer à te battre. Mais pas pour eux." Elle fit une pause. "Mon offre tient toujours, tu sais. Je veux toujours que tu sois mon chevalier. Mon Garde Royal."
Arya observa le doigt délicat qui traînait sur sa main. "Cela ne sera pas quelque chose d'ordinaire, un assassin anoblit par la Reine qu'il a été envoyé tuer."
"Tu n'es pas un assassin ordinaire, héritier ignorant. Et je ne suis pas une Reine ordinaire."
"Non," les yeux d'Arya s'adoucirent alors qu'elle pressa un léger baiser sur la tempe de Dany. "Tu ne l'es vraiment pas."
Daenerys entrelaça leurs doigts ensembles et souleva leurs mains, appuyant ses lèvres sur les articulations d'Arya. "Alors, jure-moi que tu le feras, quand tout ceci sera terminé."
… Même mon père voulait la garder en vie.
"Si nous survivons à tout ça," dit-elle doucement. "Je le ferais."
Les servantes de Daenerys tressèrent ses cheveux et les coiffèrent de façon experte en prévision du voyage, pendant qu'Arya était penchée sur une grande carte de Westeros étalée sur la table et la marquait avec une traînée d'encre noir, finalisant l'itinéraire avec Tyrion. "Nous prendrons la Route Royale de Port Réal en direction du Nord et nous passerons par Bois-Mouchy. De là, nous irons vers Harrenhall et nous bifurquerons vers Darry." Elle dessina un petit 'x' à côté de la ville sur la carte. "Daenerys a fait poster une solide garnison là-bas, donc s'il y a des ennuis sur la route, nous aurons un endroit où nous replier. Nous vérifierons également tous les corbeaux que vous auriez pu nous envoyer pendant que nous y serons."
Tyrion acquiesça, prenant quelques notes pour lui-même.
"C'est une fois que nous quitterons Darry que ça va devenir délicat. Il y a une longue durée de trajet, qui nous prendras deux semaines de voyage, à allure constante, jusqu'à Moat Cailin. Nous éviterons totalement Les Jumeaux et nous passerons tout près de Fort-Griseaux. C'est là où nous nous arrêterons si jamais nous venions à manquer de vivres." Elle appuya sa plume à côté de la tour. "Dany à placée un autre régiment à Moat Cailin, si jamais nous venions à perdre de hommes sur la route vers cet endroit." Elle dessina un autre 'x' sur Moat Cailin. "Après cela, c'est tout droit jusqu'à Winterfell."
"Et si quoi que ce soit tourne mal, ce qui a tendance à arriver," Tyrion regarda Arya, "vous continuerez votre avancée ou bien vous rebrousserez chemin ?"
"Nous continuerons. Daenerys est déterminée à aller jusqu'au bout." Elle appuya son doigt sur la côte Ouest de la carte, en la suivant vers le Nord. "Si jamais cela venait à se produire, je prendrais la Reine, Missandei et deux bons hommes et nous nous éclipserons du cortège. Nous installerons une doublure dans sa voiture et ils continueront le trajet d'origine, tandis que je mènerais le petit groupe au Nord le long du littoral. Son escorte attendra à Cerwyn et nous les y rejoindrons environ une semaine après, puis nous finirons les derniers kilomètres jusqu'à Winterfell avec le reste de la suite."
"Bien. C'est dommage que je doive rester – je suis allé au Mur, il y a des années, quand il était encore entier ; cela aurait fait une nouvelle expérience de voir une grande partie de celui-ci à ses pieds."
"Lord Tyrion," un Immaculé entra en saluant. "Tous les préparatifs sont achevés. La voiture est chargée et sécurisée et les hommes sont rassemblés et prêt au départ, quand la Reine le souhaitera."
"Brave homme," Tyrion considéra le rapport avec une autorité à laquelle il s'était habitué. "Dit aux hommes de patienter, sa Grâce les rejoindra sous peu."
Le soldat plaqua son poing contre sa poitrine dans un salut, puis sortit.
"Alors," Arya leva un sourcil en direction du nain. "Qui, précisément, est le responsable du paquetage de nos provisions cette fois ?"
Tyrion exagéra un soupire d'exaspération. "Vous ne me lâcherez jamais avec cette histoire, n'est-ce pas ? Il y a des arcs cette fois, Bon Tueur, deux des meilleurs. Ours et moi les avons choisis à l'armurerie ce matin même."
"Avec des flèches ?"
Tyrion opina de la tête. "Oui, avec des flèches."
Arya sourit d'un air satisfait. "Et bien merci, Lord Tyrion." Elle s'inclina largement.
"Vous êtes devenue une sacrée râleuse, vous savez ?" Il sourit. "J'ai toujours su que je vous apprécierais."
Elle lui sourit en retour. "Vous allez également me manquer, nain."
