Alice au Pays des Loups-Garou

Chapitre 13

Esprit d'équipe

-Jackson !

Il s'arrêta et me jeta un regard par-dessus son épaule. Il s'adossa à sa voiture en jouant avec ses clés.

-Alice. Tu viens me féliciter pour le match ?

Je le regardai froidement.

-Je viens te faire remarquer que la journée est terminée. C'était le deal. On est plus ensemble.

-Retrouve-moi devant les gradins. Tout de suite.

Mon coeur rata un battement. Derek. Il ne manquait jamais une occasion de me faire sursauter. Sans un mot pour Jackson, je tournai les talons et me dirigeai vers le terrain.

-Alice, attends !

-Il n'y a rien à dire de plus, Jackson ! lançai-je sans le regarder.

-S'il-te-plaît...

Je devais reconnaître que son ton suppliant m'avait intriguée. Je me tournai vers lui, tout en continuant à avancer -à reculons cette fois-, et écartai les bras de façon théâtrale. Je remarquai qu'il avait presque l'air triste.

-Nous voilà revenus au point de départ. On était amis, on aurait peut-être même pu être plus avec le temps. Mais tu as fait le con, encore une fois. Et encore une fois, je n'éprouve pour toi plus rien que du mépris. J'ai l'impression que l'histoire se répète. Sauf que cette fois il n'y aura pas de troisième chance.

Je lui tournai le dos et continuai ma route vers le terrain, indifférente à ses suppliques. Arrivée devant les gradins, je cherchai Derek des yeux. Je finis par l'apercevoir, appuyé à ses derniers. Je le rejoignis et l'interrogeai du regard. Je sentis mon rythme cardiaque s'accélérer et priai pour qu'il ne le remarque pas. Franchement, ce n'était parce que je m'étais rendue compte que j'étais amoureuse de lui que je devais me mettre dans cet état quand je le voyais, bordel !

Je n'eus pas le temps d'ouvrir la bouche qu'il m'attrapa brusquement par les bras, l'air grave.

-Trouve Scott. Il va avoir besoin de toi. Dans les vestiaires.

Il me lâcha.

-Dépêche-toi.

Je fronçai les sourcils, mais l'urgence dans sa voix m'empêcha de poser des questions. Je partis en courant rejoindre mon frère. Je poussai les portes des vestiaires.

-Scott ?

Pas de réponse. Je me concentrai sur mon ouïe et suivis les battements de cœur. Je finis par apercevoir mon frère, inconscient, dans les douches. Je m'agenouillai à coté de lui et posai sa tête sur mes genoux.

-Scott ! Réveille-toi ! Allez, Scott !

Je l'entendis gémir et il s'agita. Je le berçai doucement et caressai ses cheveux pour le calmer. C'était une habitude que j'avais prise quand nous étions petits et qu'il faisait des crises d'asthme. Je restais avec lui le temps que ça se calme, en répétant les mêmes gestes. En passant ma main dans ses cheveux, je sentis du sang salir mes doigts. Je fronçai les sourcils et relevai doucement sa tête pour voir qu'il avait des marques de griffes dans la nuque. Je sentis une vague de colère monter en moi.

Celui qui avait fait ça allait payer.

Je ne sais pas combien de temps, je restai là, à le serrer contre moi, assise sur le carrelage des douches communes avant que Scott n'ouvre les yeux. Il se releva brusquement et je constatai que ses yeux avaient pris la couleur de l'or. Je levai les mains.

-Du calme, c'est moi.

-Alice ? Mais... ? Qu'est-ce que tu fais là ?

-Derek m'a dit où te trouver, répondis-je en me relevant.

Je le pris par le bras et l'obligeai à s'asseoir sur un banc.

-Est-ce que tu vas te décider à me dire ce qu'il s'est passé ?

Scott prit une profonde inspiration.

-C'est Peter Hale.

Je fronçai les sourcils.

-Hein ?

-L'Alpha. C'est Peter Hale.

-T'es en train de me dire que l'oncle tétraplégique brûlé au troisième degré de Derek est en réalité un alpha psychopathe qui t'a mordu et a essayé de nous tuer à plusieurs reprises ? Je dois admettre que j'ai un peu de mal.

Il se prit la tête entre les mains.

-Et pourtant il se tenait là, totalement guéri. Il a menacé Allison. Il veut que je rejoigne sa meute, que je tue des gens avec lui. Il m'a fait voir des choses. Les mecs de la pleine lune, Kate,... Et Derek qui le soutient... Alice, je commence vraiment à me demander si quelqu'un va sortir vivant de cette histoire.

J'entendis son rythme cardiaque accélérer, et j'en vins même à me demander s'il allait faire une crise de panique. Mue par je ne sais quel instinct, je passais un bras dans le dos de Scott et l'attirai vers moi. Je le serrai contre moi. Il s'écarta au moment où nous entendîmes des pas précipités dans le couloir. Stiles apparut dans l'embrasure de la porte.

-Scott, Alice ! On est vraiment dans la merde !

-Crois-moi, on est au courant.


-Allison, quand tu m'as dit que t'avais une course à faire avant d'aller faire un tour en ville. Une rando des 10km dans la forêt, c'est pas vraiment ce que j'avais en tête.

Je camouflai un rire sous une quinte de toux en voyant Lydia trébucher. Je ne fis aucun geste pour la rattraper, si bien que je fus déçue qu'elle ne tombe pas.

-Avant que j'oublie, lâcha Allison. J'ai un truc à vous demander à propos du bal d'hiver. Jackson m'a demandé d'être sa cavalière.

J'entendis le coeur de Lydia rater un battement et une violente odeur de jalousie envahi l'air.

-Ah oui ?

-Hum hum. Oh il n'y a aucune ambiguïté, mais je voulais quand même avoir vos feux-verts.

Durant une fraction de seconde, je me demandais pourquoi elle voulait nos deux approbations quand je me souvins que Lydia était l'ex-ex de Jackson et qu'elle était encore raide dingue de lui.

-Je serais tentée de ne pas te le donner, lançai-je, mais ce serait uniquement pour emmerder Jackson et pour ta propre santé mentale. Mais si tu assumes je n'y vois aucun inconvénient.

Allison me lança un sourire pardessus son épaule.

-Pas de problème, répondit Lydia, l'air crispé. Tant que c'est en tout bien tout honneur.

-Tu me connais quand même. Je suis pas du genre à aller me planquer avec lui dans le bureau du coach pour lui rouler des pelles.

Je dus retenir un nouveau ricanement en entendant le ton accusateur de la brune. Lydia eut l'air gênée et marqua un temps d'arrêt.

-A propos de ça...

J'haussai un sourcil en me demandant comme Allison avait pu être au courant de cette histoire. Personnellement, je ne l'avais su uniquement parce que Scott me l'avait dit. Stiles l'avait compris parce que le rouge à lèvre de Lydia avait coulé et qu'il avait envoyé un Scott sous l'emprise de la lune lui "parler".

Nous arrivâmes dans un coin qui sembla convenir à Allison et elle sortit son arc de son étui. Elle prit un flèche et y vissa une étrange pointe noire.

-C'est quoi ? demandai-je.

-On va bientôt le savoir.

Allison encocha la flèche et se releva. Elle tendit le bras et banda son arc. Quand elle lâcha la corde, la flèche se planta dans un arbre avec un éclair lumineux. Je fus soudain aveuglée et réalisai avec horreur qu'il s'agissait d'une flèche éclair. Je détournai le regard, en priant pour qu'aucune des deux n'ait remarqué mon état.

-Qu'est-ce que c'est que ce délire ? fit Lydia.

-J'en sais rien du tout, répondit Allison, un sourire dans la voix.

Il y avait une bonne et une mauvaise nouvelle dans cette histoire. La bonne : si Allison ne savait pas de quoi il s'agissait, c'était qu'elle ne chassait pas. La mauvaise : si elle se posait la question c'est que ça n'allait pas tarder.

Je recouvrai la vue au moment où Lydia frappa dans ses mains gantées.

-Bien, qu'est-ce qu'on s'éclate... D'autres armes mortelles que tu veux essayer ?

Plusieurs craquements retentirent et nous tournâmes toute les trois la tête dans sa direction. Moins d'une seconde plus tard, je sentis l'odeur de Scott. Je fus -à nouveau- prise par une violente envie de ma taper la tête contre un mur. Ou contre un arbre plutôt. Il était désespérant. J'étais avec Allison, il n'avait pas à s'inquiéter.

Nouveau craquement. Mon Dieu, qu'est-ce qu'il n'était pas discret !

Allison tendit son arc à Lydia.

-Tiens-moi ça.

-Pourquoi ?

-Je crois que j'ai entendu un bruit.

-Et si c'était vraiment un bruit ?

-Si je l'ai entendu pour de vrai, je ferai mieux d'aller voir ce que c'est, répondit Allison. T'inquiète c'est rien si ça se trouve. Alice, tu m'accompagnes ?

-Evidemment, fis-je en décochant un sourire narquois à Lydia.

-Et si ce rien c'est quelque chose et que ce quelque chose c'est dangereux ? s'obstina la rousse.

-T'as qu'à le tuer.

Nous laissâmes Lydia plantée là et nous enfonçâmes plus loin dans les bois. Je fis mine de chercher d'où avait pu provenir les craquements, cependant j'avais repéré l'endroit où se planquait Scott depuis le début. Allison sembla également le remarquer et chercha quelque chose dans sa veste. Mon jumeau choisit se moment pour nous rejoindre.

Allison se retourna, un pseudo-revolver jaune en main, et tira en direction de Scott. Je compris à la façon dont il tomba au sol, agité de spasme que c'était un pistolet électrique.

-Scott !

Nous courûmes vers lui.

-Relâche ton index, haleta-t-il.

-Oh, pardon.

Elle s'exécuta et se laissa tomber à coté de lui.

-Pardon, je suis vraiment désolée.

-Non, t'inquiète c'est ma faute, grimaça Scott. Faut pas que tu t'en veuilles.

Evidemment que c'est ta faute, idiot.

-Ca va aller ? m'enquis-je.

-Ouais, fit-il avant d'être secoué d'un nouveau spasme.

-Je savais pas que c'était toi. Si je t'avais vu, je te jure que...

-T'aurais quand même tiré ? l'interrompit Scott.

-Non, ça va pas la tête ! Franchement je suis vraiment désolée.

Je m'éloignai pour leur laisser un peu d'intimité.

-Qu'est-ce que c'était ? demanda Lydia quand je l'eus rejointe.

-Le grand méchant loup, lançai-je en lui faisant un clin d'oeil.


Je soupirai, la main levée au dessus de la poignée de la maison Hale.

Je ne me rappelais même pas comment j'avais atterri ici. J'avais attendu qu'Allison revienne puis leur avait dit que j'allais les laisser parce que j'avais quelque chose à faire, tout en faisant promettre à Allison de m'apprendre à faire du tir à l'arc un de ces jours. En réalité, j'en avais juste marre de me farcir Lydia. Je m'étais dit que je pourrais passer voir Derek, essayer d'en savoir plus sur cette histoire d'oncle psychopathe, mais je ne pensais pas y aller dans la minute non plus. Visiblement, mes pieds en avaient décidé autrement.

Je n'eus pas le temps de m'interroger d'avantage que la porte s'ouvrit sur Derek.

-Il me semblait bien que j'avais senti ton odeur, sourit-il.

-Je peux entrer ?

Il s'écarta pour me laisser entrer, m'interrogeant du regard. J'entortillai nerveusement une mèche de cheveux autour de mon doigt tandis qu'un silence inconfortable s'installait. Rappelez-moi pourquoi j'étais là encore ?

Derek haussa un sourcil de cette façon si sexy.

-Un problème ?

Je sentis de nouveau mon rythme cardiaque augmenter et sentis une boule se loger dans ma poitrine.

Je me mis une claque mentale. C'était la deuxième fois que je me mettais dans cet état à cause de lui en moins de 48h, sérieusement !

Et puis, je n'étais pas là pour ça. J'étais là pour en savoir plus au sujet du loup-garou psychopathe qui prévoyait d'utiliser mon frère dans je ne sais quelle tentative de génocide.

Du moins, c'est ce dont j'essayais de me convaincre.

-Alors comme ça, ton oncle est l'alpha, lançai-je.

Il me lança un drôle de regard.

-C'est ça qui te met dans cet état ?

Je fermai les yeux et réprimai un grognement. Evidemment il n'avait pas pu rater le fait que mon coeur faisait du 300 battements par minutes, c'aurait été trop beau. Je soupirai. Je remarquai seulement que ma main gauche tremblait. Je tins mon poignet avec ma main droite dans l'espoir de faire cesser le tremblement. Je ne supportais pas cette sensation, autant me jeter à l'eau.

-Je... Non. Il faut que je te dise quelque chose... Je... euh... c'est plutôt d'ordre personnel.

Je m'interrompis. J'avais l'impression d'avoir cinq ans. Et je me sentais totalement idiote.

Il eut l'air encore plus septique. Bien joué Alice, maintenant tu peux plus te défiler. Bien que ça n'ait jamais été mon genre, je devais reconnaître qu'avoir un peu moins de fierté m'aurait certainement beaucoup aidée dans l'immédiat. Tant pis, je devrais faire avec.

Je pris une grande inspiration et regardai le loup-garou dans les yeux.

-Derek, je...

Le reste de ma phrase resta coincé dans ma gorge. Je n'arriverai jamais à lui dire.

Sans me laisser le temps de me rendre compte que c'était peut-être la pire chose que je pouvais faire et changer d'avis, je comblai l'espace entre nous et posais mes lèvres sur celles de Derek.

Durant un instant, l'horreur de la situation me frappa de plein fouet. Ensuite, je me rendis compte que je n'avais pas encore traversé le mur. Après ce que je pris pour une seconde de surprise, Derek posa sa main sur ma nuque pour approfondir le baiser. Celui-ci, d'abord hésitant, se fit plus pressant. Il passa son autre main autour de ma taille pour me rapprocher de lui tandis que j'enroulai mes bras autour de son cou.

Nous finîmes par nous écarter, tous deux à bout de souffle.

-Moi aussi, murmura-t-il.


Quelques heures plus tard, c'est sur un petit nuage que je rentrais chez moi.

J'avais embrassé Derek.

Derek m'avait embrassée.

La situation me paraissait tellement irréelle que j'étais tentée d'enfoncer mes griffes dans mon avant-bras pour vérifier que je n'étais pas en train de rêver. D'autant plus que ça faisait à peine 24h que je m'étais rendue compte de mes sentiments. Jamais je n'aurais été si rapide. Je ne savais pas si je devais remercier ou non mon coté louve-garou alpha. En fait je ne savais pas si c'était une bonne ou une mauvaise chose. Je savais juste que passer une certaine limite, il n'y avait plus de retour en arrière possible. Et nous venions tous les deux de la franchir.

J'étais tellement absorbée par mes pensées que je ne me rendis compte de la présence de ma mère uniquement au moment où elle me rentra dedans. Je tombai lamentablement sur les fesses.

-Oh, Alice ! Excuse-moi, je ne t'avais pas vue.

-Moi non plus, répondis-je en me relevant.

Je détaillai sa tenue avant d'hausser un sourcil.

-Maman, tu es magnifique. C'est en quel honneur ?

-En l'honneur que votre mère va pour une fois partager le dîner d'un membre de la gente masculine âgé de plus de 16 ans.

Je pouffai et elle sourit.

-Et qui c'est ?

-Un représentant pharmaceutique qui est passé à aujourd'hui à l'hôpital. On s'est mis à discuter et de fil en aiguille il a fini par m'inviter au restaurant.

Je sentis mon sourire s'agrandir. C'était une bonne journée pour les McCall, on dirait. J'incluais Scott aussi, parce que je sentais l'odeur d'Allison dans la maison et je les entendais discuter. Cependant, je n'allais pas dire à ma mère que je sortais plus ou moins avec un gars qui, officiellement, était recherché pour meurtre, elle risquait de m'enfermer dans la maison à vie.

-D'ailleurs, Alice, je vais avoir besoin de ton aide.

-Rassure-moi, tu es parfaitement consciente que tu ne dois pas me demander le moindre conseil maquillage, sous peine de ressembler à un clown ?

Elle rit avant de secouer la tête.

-J'ai juste besoin d'un coup de main avec le fer à lisser.

Je lui décochai un regard perplexe. Elle n'avait pas besoin de mon aide pour se lisser les cheveux, elle le faisait tout le temps.

-Pour me boucler les cheveux avec. Je l'ai déjà mis à chauffer.

-Pas de problème. Il arrive dans combien de temps ?

-Quinze minutes.

Je lui fis les gros yeux avant de lui faire signe de monter les escaliers pour aller dans la salle de bain.

-Et c'est maintenant que tu me dis ça ! Allez, dépêche-toi, sinon je n'aurais jamais le temps de finir !

Nous rejoignîmes la salle de bain et je m'emparai du fer qui -heureusement!- était chaud.

-Je te signale quand même que tu viens seulement de rentrer.

-Un point pour toi.

Une dizaine de minutes plus tard, on sonna à la porte. Je grimaçai, il me restait encore un tiers des cheveux de maman à faire.

-J'arrive ! lui lançai-je avant de me diriger vers la chambre de Scott.

J'ouvris la porte à la volée ce qui me valut un regard scandalisé de la part de mon frère.

-Désolée de vous déranger, mais j'ai besoin de Scott. Le rendez-vous de maman est arrivé et elle est pas prête, alors va lui ouvrir !

-Pourquoi tu n'y vas pas ? protesta-t-il.

-Parce que je suis en train de faire ses cheveux. Va lui ouvrir et fais-lui la conversation. J'en ai pour trois minutes tout au plus.

Il soupira et je sus qu'il acceptait. Je repartis au pas de course dans la salle de bain, après avoir lancé un regard d'excuse à Allison.

-Et par pitié, Scott, sois poli ! criai-je.

-Pourquoi avec toi ça marche ? demanda maman quand je l'eus rejointe.

Je lui décochai un sourire malicieux par miroir interposé au moment où la sonnette retentissait à nouveau.

-Parce qu'il sait que je n'ai pas peur de le frapper en cas de besoin.

Elle gloussa. Son rire se tarit quand on resonna.

-Scott, ouvre s'il-te-plaît ! cria-t-elle.

-Tu vois, tu es beaucoup plus gentille que moi. Avec les garçons, c'est pas la bonne technique.

On sonna de nouveau, deux fois de suite.

-Scott, tu veux bien te bouger et ouvrir cette porte !

-Ca, c'est déjà mieux, ris-je.

Je ne pus réprimer le grondement qui monta dans ma gorge quand la sonnette retentit encore.

-Je vais y aller, fis-je en reposant le fer sur la lavabo.

Je courus presque dans le couloir et descendis les escaliers quatre à quatre.

-Bon sang, Scott, mais qu'est-ce que tu fous ?! pestai-je. Tu veux...

Je m'interrompis en arrivant à sa hauteur. Il avait fini par ouvrir la porte, et devant nous se tenait Peter Hale.

Et merde

-Franchement, tu n'as rien trouvé de mieux que de me fermer la porte au nez ? Réfléchis un peu, Scott.

Je parcourus la distance qui me séparait de la porte en bond. J'attrapai mon frère par le bras et le tirai en arrière, de façon à me poster devant lui. Même s'il serait étonnant que Peter décide de nous attaquer là maintenant, au cas où, j'aurais plus de chances que Scott.

Peter me décocha un sourire amusé.

-Je suppose que tu es Alice, la petite protégée de Derek.

-Je vais tout lui dire, fit Scott derrière mon épaule.

-Quoi ? Que j'étais un tétraplégique catatonique au visage à moitié carbonisé ? Je te souhaite bonne chance.

-Si vous osez la toucher ou lui faire du mal..., commença Scott.

-Si tu me permets d'interrompre la liste des cinq menaces les plus insignifiantes qu'on ait jamais inventé, je vous rappelle que j'ai été plongé dans le coma pendant six ans. Alors, entre nous, vous ne croyez pas que j'ai mérité un bon dîner avec une jolie femme ?

-J'arrive tout de suite, excusez-moi, lança maman derrière nous.

Peter lui décocha un sourire avant de reporter son attention sur nous.

-A moins que tu ne penses que j'ai une petite idée derrière la tête ?

Il darda son regard sur Scott, me snobant totalement.

-Il faut admettre que ce sera peut-être plus facile de te convaincre de faire partie de ma meute si ta mère en fait partie.

Peter fit un pas vers nous, certainement dans l'intention de nous faire reculer, mais je ne bougeai pas. Je le défiai du regard. Il me m'impressionnait pas. Il m'attrapa à la gorge, et je sentis ses griffes contre ma peau.

-Alice, glapit Scott.

Je ne cillai pas. Je lui lançai même un regard provocateur tout en faisant briller mes yeux. Je savais qu'il ne ferait rien.

-J'ai eu maintes occasions de te tuer, Alice, alors ne crois-tu pas que si je le voulais vraiment tu serais déjà morte ? Je t'ai seulement gardée en vie parce que je savais que tu pourrais m'être utile. Mais sache que ce n'est pas les étranges sentiments que Derek semblent te porter qui te protégeront. Dès que tu deviendras trop gênante, je te promets que je te tuerai.

Et ce fut cette instant que choisit notre mère pour nous rejoindre. En moins d'une seconde, le loup-garou m'avait lâchée et mes yeux avaient retrouvé leur couleur habituelle.

-Ca y est, je suis prête. On y va ?

Peter lui proposa son bras et ils sortirent. Je dus réprimer un haut-le-coeur. Pitié...

-Maman ! nous exclamâmes-nous en même temps.

Ils se tournèrent vers nous et nous lancèrent tous deux des regards d'avertissements, mais pas pour les mêmes raisons.

-Oui ?

Je plongeai ma main dans ma poche et en sortis le couteau pliable qui ne me quittait jamais depuis qu'elle me l'avait offert juste après l'Incident. J'attrapai ma mère par le bras et l'attirai vers moi pour la prendre dans mes bras. En vérité, je n'avais pas eu une envie subite de lui faire un câlin. J'en avais surtout profiter pour glisser le couteau dans son sac à main.

Je la lâchai et m'écartai tandis qu'elle me considérait d'un air surpris.

-Passe une bonne soirée, lança Scott tandis qu'ils s'éloignaient.


-Je maintiens que tu aurais dû rester avec Allison, marmonnai-je. Je pouvais très bien m'en occuper toute seule.

-Moi il ne me tuera pas, objecta Scott.

-Attendez, pourquoi il pourrait tuer Alice mais pas Scott ? demanda Stiles en s'agitant.

-Peter est un alpha et moi aussi, Scott est un bêta et peut faire partie de sa meute. Mais deux alpha ne peuvent pas faire partie de la même meute. D'autant plus que s'il me tue, ça augmentera son pouvoir.

-Là-bas ! s'exclama soudain Scott en désignant la voiture de Peter.

Stiles ralentit pour nous laisser descendre. Nous regardâmes la Jeep s'éloigner pour se rapprocher de la voiture qu'on lui avait indiqué. Nous grimaçâmes de concert quand la voiture de Stiles percuta celle de Peter. Ce genre de son n'était jamais très agréable pour une ouïe lycanthropique. Nous nous cachâmes tout les deux derrière la Jeep au moment où plusieurs bruits de portières retentissaient.

-Mais c'est pas vrai ! s'exclamait notre mère. Tu le fais exprès ?! Stiles !

-Madame McCall ? Oh, ben ça alors ! Nan mais quelle coïncidence, c'est dingue ça !

-Non mais tu peux pas faire gaffe !

-C'est bien joué, les enfants, fit Peter. C'est bien joué. Alice, Scott, je sais que vous êtes là et je vous félicite. Quel dommage que tous les jeunes ne soient pas aussi malins, comme ce garçon qui joue dans l'équipe de cross, Jackson... Il a l'air d'en savoir un peu trop. Il parait que, savoir, c'est pouvoir. Pas dans son cas.

J'échangeai un regard.

-Pourquoi toujours lui, marmonnai-je à voix basse. Tu veux pas le laisser crever ? Ca nous ferait des vacances !

Mon jumeau me fit les gros yeux avant de se relever.

-Oh, ça va, je plaisantais...

Il me lança un regard peu convaincu tandis que je me relevai à mon tour et que nous partions en courant vers la maison Hale.


Je n'avais jamais remarqué qu'il y avait un passage par derrière. J'étais déjà venue dans cette maison des centaines de fois, mais c'était Scott qui me l'avait fait remarquer. Le passage était légèrement plus haut que le sol, si bien que nous dûmes sauter pour l'atteindre. Nous montâmes des escaliers et nous retrouvâmes à l'étage dans ce qui avait dû être une chambre d'enfant.

-S'il-te-plaît, je t'en prie, ne me fais pas de mal. Je te promets que je dirais rien à personne. Je laisserai Scott et Alice tranquilles, mais s'il-te-plaît me tue pas. J't'en supplie.

J'échangeai un regard avec Scott en pestant intérieurement. C'était pas du jeu, Derek obtenait de meilleurs résultats que moi. En même temps la réputation de tueur ça devait aider.

Jackson se mit à pleurer en plaidant qu'il ne méritait pas de mourir.

-Il est en train de pleurer, là ? demanda Scott.

J'acquiesçai en me retenant de ricaner.

-Si j'avais cru ça un jour...

-Si, justement, répondit Derek.

-Non !

-Ouvre un peu les yeux ! Comment t'expliques qu'il n'y ait personne d'autre que nous dans cette maison ? Personne ne viendra te sauver. Personne.

Je me figeai alors que nous étions presque arrivés sur le palier principal. Scott m'interrogea du regard, mais je lui fis signe que ce n'était rien. Je n'avais jamais entendu une telle véhémence dans la voix de Derek, et ce n'était rien en comparaison de la colère que je sentais à travers notre lien. Qu'est-ce que Jackson avait pu faire pour le mettre dans cet état ?

-Et ça, c'est parce que tout le monde s'en balance que tu roules au volant d'une voiture de sport, enchaîna Derek. On s'en balance que t'aies une coupe de cheveux parfaite. On s'en balance que tu sois le capitaine de l'équipe de cross, tu captes ?

Et ce fut ce moment que Scott choisit pour intervenir. Je soupirai. Je n'aurais rien eu contre regarder ce qu'il se serait passé ensuite si nous n'étions pas intervenus. Je n'aurais rien eu non plus contre un saut de pop-corn en même temps.

-Excuse-moi, lança mon frère, s'attirant les regards des deux autres. Co-capitaine.

Il sauta au-dessus des escaliers pour atterrir devant Jackson. Après un soupire de résignation, je sautai à mon tour pour me retrouver pile entre Derek et Jackson.

-Même si je dois admettre que voir Jackson dans cette situation à quelque chose de très réjouissant, Derek je suis obligée d'intervenir. J'ai franchement pas envie de devoir vivre avec le poids de ta culpabilité sur la conscience. Et puis regarde, il s'est déjà pissé dessus, il s'est assez humilié comme ça, tu trouves pas ?

Derek nous gratifia tous deux d'un regard agacé une seconde avant de se transformer.

-Vous mêlez pas de ça, gronda-t-il

A l'instar de Derek, je tournai vivement la tête vers la porte en entendant un bruit de flèche retentir.

-Protégez vos yeux !

Une seconde plus tard, une flèche éclair traversa une des vitres pour venir se ficher dans un meuble. J'eus néanmoins le temps de détourner baisser la tête en me couvrant le visage avec les mains.

J'ai conscience que seules quelques secondes se sont écoulées, mais une semaine entière aurait pu passer durant les instants qui suivirent.

J'allais me réfugier derrière un mur quand je vis une balle filer droit vers Scott. Consciemment, je savais que je n'avais aucune chance de soustraire mon frère à sa trajectoire. Mais allez expliquer la logique à une louve alpha tenant à tout prix à protéger les membres de sa meute... Je courus vers Scott et le poussai contre le mur. Dans mon mouvement, je sentis une vive brûlure transpercer ma cuisse. Je me laissai tomber à genoux à coté de mon jumeau. Je remarquai avec horreur que je n'avais pas réussi à lui épargner de se faire tirer dessus et que du sang coulait de sa bouche.

-Scott, lève-toi, on doit foutre le camp !

Je tentai de le mettre debout de force, sans succès. Je crus durant instant horrible qu'il s'était évanoui quand il s'accrocha à mon bras. Il réussit soudain à se mettre debout et je constatai que Derek l'avait aidé. Je le remerciai du regard. Je passai le bras de Scott autour de mes épaules pour le soutenir et du étouffer un hurlement quand il s'appuya sur moi de tout son poids.

-Allez-vous-en ! hurla Derek.

J'écarquillai les yeux en comprenant ce qu'il voulait faire.

-Derek, non !

Pour toute réponse, il nous poussa vers l'arrière de la maison. Je savais que je n'avais aucune chance de le faire changer d'avis.

-Tâche de rester en vie.

J'ignorai s'il m'avait entendue. Les coups de feu redoublèrent et j'entraînai Scott dehors.

J'avais perdu toute notion du temps et ma jambe n'était plus que douleur quand je sentis un poids me quitter.

-Scott !

Je me laissai tomber à terre à coté de lui et ne pus m'empêcher de crier quand la douleur dans ma jambe s'intensifia. Mais ce n'était pas ma préoccupation première. Je secouai mon frère par les épaules sans aucune douceur, totalement paniquée. Il refusait d'ouvrir les yeux.

-Scott ! Scott ! Allez, réveille-toi, espèce de crétin ! Scott !

Je ne me rendis compte que je pleurais qu'au moment où ma voix se brisa. Il ne pouvait pas mourir ! Je me relevai et voulus le prendre dans mes bras pour l'emmener... où déjà ? Où est-ce qu'on emmenait un loup-garou blessé par balle anti-loup-garou ? A l'hôpital ? De toutes façons c'était soit ça, soit le laisser mourir. Je tentai de le soulever, mais échouai lamentablement. Je n'avais plus assez de force. Je fouillai ma poche dans l'espoir de trouver mon téléphone pour pouvoir appeler les secours, mais ne trouvait rien.

-Non, non, non, non !

Je me tournai vers Scott qui semblait avoir du mal à respirer et l'embrassai sur le front.

-Tiens le coup, Scott.

Je partis en courant, en me dirigeant -je l'espérais- vers l'hôpital. Je m'arrêtai brutalement en entendant des bruits de pas. Je regardai autour de moi, mais je ne voyais rien. Je fus prise d'un vertige soudain, mais je ne sus dire s'il était dû à la perte de sang où à ma panique. Je commençai à avoir du mal à trouver ma respiration et je sentis mes yeux changer de couleur. Je tentai de me résonner, mais rien n'y faisait. Les bruits de pas se rapprochèrent et deux chasseurs apparurent face à moi.

La dernière chose que je vis avant de m'évanouir fut le revolver de Kate braqué dans ma direction.


Finalement on dirait que ce n'était pas une très bonne journée pour les McCall...

Honnêtement, j'avais hésité à couper le chapitre sur le passage Dalice et vous laissez fangirler un petit peu... Et puis je me suis rendue compte que : je n'aimais pas le début du chapitre (et donc que la fin compense) ; et que c'était beaucoup plus amusant de terminer sur un cliffanger niark niark niark

Avez-vous trouvé le clin d'oeil à Kate, dans une scène où elle n'apparaît pas ?

Que va-t-il arriver à Alice à son réveil d'après vous ?