Voilà enfin le nouveau chapitre, désolée du retard ! Disons pour me rattraper que c'est le chapitre le plus long (oui, il a détrôné son prédécesseur de 17 mots), et que je me suis dépêchée de le sortir avant le 10, date qui marquerait un mois depuis la dernière publication... C'est moins lourd pour ma conscience, voyez-vous... ;)

Merci à Kalas1209, Despert, Pineapple, Bloclang, ameliealmrs, Titus28, et Black pour leurs reviews !

Chapitre 20 : Soucis de confiance

James frétillait d'impatience et regardait avec excitation tout autour de lui. Ce côté de la gare, si différent de son équivalent moldu, fourmillait de familles de sorciers emmitouflés dans leurs capes épaisses pour faire face à l'hiver londonien.

Le brouhaha à son apogée. Qu'il provienne des enfants qui faisaient leurs aurevoirs à leurs parents, des quelques yo-yos hurleurs en possession d'élèves, ou des bruits incessants des animaux magiques, le quai était en effervescence.

Agitant la main une dernière fois en direction de ses parents en leur promettant de se tenir sage et de n'abimer aucun Serpentard (promesse qu'il allait, bien entendu, contourner dès les premières heures), James monta dans le train avec la ferme intention de retrouver ses amis.

Car il lui avait semblé évident, en quittant ses amis il y a deux semaines, que Sirius, Remus, et Peter lui donneraient forcément de leurs nouvelles en lui envoyant au moins une lettre tous les trois jours. Seulement, ce ne fut pas pour ce scénario qu'optèrent ses amis.

La misérable petite lettre de Peter, le jour de Noël, fut la seule chose que lui délivra son hibou. Et bien qu'il ait apprécié le geste, James s'était surpris à en vouloir... plus.

La raison lui disait qu'il ne pouvait pas vraiment blâmer Sirius - s'il avait bien compris l'implicite de ses propos, il aurait été difficile pour Sirius de lui envoyer une lettre. Et même si James ne comprenait pas parfaitement l'étendue de la situation (Sirius restait très évasif quand il en parlait), il s'impatientait de le revoir pour avoir des précisions sur le déroulé de ses vacances.

Quant à Remus... Rien. Pas une seule petite lettre.

Et ce n'était pas faute d'avoir essayé de le contacter, pensa James. Ne lui avait-il pas envoyé un paquet de confiseries de chez Honeydukes ? Et pourtant, si Remus avait reçu quoique que ce soit venant de sa part, James ne pouvait en être certain; le garçon n'avait pas donné signe de vie de toutes les vacances. Mais s'il déplorait l'absence de réponse (et de cadeau), James s'inquiétait surtout pour son ami. Remus était, certes, timide et renfermé, mais n'avaient-ils pas tous dépassé ce stade ? Leur amitié ne s'était-elle pas confirmée et renforcée pendant ces trois mois ?

Mais là encore, James n'osait pas jeter la faute sur son ami. Qui sait ce qu'il s'était passé chez lui ? Il était plausible, maintenant que James y pensait, que l'état de Mrs Lupin ait continuellement occupé Remus, expliquant ainsi l'absence de communication. Mais comme bien souvent avec Remus, tout fonctionnait par hypothèses.

Trainant sa valise derrière lui, il passa devant de nombreux compartiments avant de trouver l'un de ses amis. Souriant, il s'arrêta devant la porte, et attendit que Sirius le remarque. Ce dernier, affalé sur une banquette avec toute la grâce qu'on lui connaissait, avait l'air profondément ennuyé. Mais lorsqu'il se rendit compte du regard pénétrant de James de l'autre côté de la porte, ses yeux s'illuminèrent et il fit signe à son meilleur ami d'entrer.

Souriant de toutes ses dents, James poussa la porte.

- Salut ! dit-il en entrant.

- Hey James, répondit Sirius.

Ensemble, il mirent sa valise en hauteur et s'assirent face à face.

- Alors, commença James en se mettant à l'aise, raconte ! Comment ça c'est passé ?

Sirius, qui regardait momentanément par la fenêtre, se tourna vers lui et haussa les sourcils.

- Super, j'ai passé d'excellentes vacances, répondit-il d'un ton chargé d'ironie. Maman, Bellatrix et moi avons cuisiné des bonhommes en pain d'épice et décoré le sapin avec Papa.

James fronça les sourcils. Sirius, droit comme un piquet, le fixait dans les yeux sans ciller.

- Euh... Sans vouloir te vexer, ça sonnait un poil faux.

Sirius soupira et abandonna sa posture rigide, décontractant ses épaules.

- Tu as raison. Tu as entièrement raison. Pas de pain d'épice, pas de sapin. Et encore moins avec mes parents.

- Pas de sapin ? s'exclama James, stupéfait.

- Tu as l'air profondément outré, James..., remarqua Sirius avec un sourire narquois.

- Mais je le suis ! confirma James en secouant son poing. Comment veux-tu passer Noël sans sapin ?

Il agita ses sourcils d'un air significatif, comme s'il n'existait pas de réponse à cette question.

- Viens chez les Black, tu verras on fait ça très bien. Des siècles d'entrainement, dit Sirius. Ou... Non... Après réflexion, il vaut mieux pour toi que tu ne viennes pas.

James pouffa, mais reprit rapidement son sérieux.

- Non, mais réellement, c'était comment ?

Sirius eut un petit rire nerveux, et se passa une main sur le visage.

- Franchement, James, comment croyais-tu que ça allait se passer ?

- Er... Mal ?

- Ça résume plutôt bien l'idée générale.

- Ça te dérange de préciser ? demanda James, de plus en plus appréhensif.

- J'imagine que non, soupira Sirius. Et bien... Tu sais comment sont mes parents...

- J'ai vu ta mère sur le quai, au début des vacances. Et... elle n'a pas l'air commode. Mes parents disent que...

Il hésita, incertain s'il allait vexer Sirius par ses propos.

- Non, laisse tomber, dit-il finalement en secouant brièvement la tête.

Sirius haussa les épaules.

- Eh, quoique disent tes parents, ils auront probablement raison. Grosso-modo, ils ont invité toute la famille à diner, et crois moi, ils ne se sont pas privés de me faire comprendre à quel point... Et bien à quel point je n'aurais pas dû choisir Gryffondor, termina-t-il d'un ton clairement amer.

- Mais tu n'as pas choisi d'être à Gryffondor ! s'indigna James. C'est ta nature !

- Je sais James ! rétorqua Sirius. Va expliquer ça à Walburga et Orion Black, Serpentards jusqu'au bout des os !

Il y eut un instant de silence pendant lequel James s'imagina justement aller en toucher deux mots aux Black. De son côté, conscient qu'il venait de faire chuter l'ambiance du compartiment de plusieurs degrés, Sirius offrit un léger sourire à James.

- Et toi, tes vacances ?

Le visage de James s'illumina d'un grand sourire, et il pencha en avant, impatient de raconter ses vacances phénoménales. Mais avant qu'il ait pu organiser ses idées, une pensée lui vint en tête.

- Où sont les autres ? Je ne me sens pas de raconter deux fois la même chose.

- Je ne sais pas... Il seront bientôt là, je pense, le train ne va pas tarder à bouger.

- Mmm..., dit James en réfléchissant.

Soudain, l'idée de raconter ses vacances n'était plus aussi pressante.

- Écoute, dit-il en cherchant les bons mots, je ne sais pas ce qu'il s'est passé, mais... je n'ai rien reçu de Remus pendant les vacances. Je lui ai pourtant envoyé un cadeau, tu sais, mais il ne m'a pas répondu. Je... Tu vas peut-être croire que c'est idiot, mais je m'inquiète un peu.

Il regarda Sirius, incertain de sa réaction. Ce dernier, la tête légèrement penchée sur le côté, avait l'air songeur.

- Toi aussi ? demanda-t-il finalement.

- Quoi donc ?

- Toi aussi tu es inquiet ? reformula Sirius.

James eut l'air embarrassé.

- Ben... Ouais, un peu, quoi, dit-il en se grattant la nuque.

Sirius regarda par la fenêtre. Le train venait de démarrer et prenait progressivement de la vitesse.

- Je lui ai envoyé une lettre pendant les vacances, admit-il alors.

James eut l'air surpris.

- Et pas à moi ? dit-il en tentant de contenir la note d'amertume dans sa voix.

- Écoute, James..., expliqua Sirius en secouant doucement la tête. J'ai eu énormément de mal à faire passer cette lettre sans que mes parents ne s'en aperçoivent. J'ai pensé que celui qui en aurait le plus besoin, parmi vous trois je veux dire, ce serait Remus. Je ne pense pas que tu aies vraiment eu besoin de réconfort pendant tes vacances.

- Oh. Non, bien-sûr que non, répondit James, un peu honteux d'avoir eu une pensée si égoïste. Et alors ? Qu'est-ce-qu'il a répondu ?

- La même chose qu'à toi.

- Quoi ? Il ne t'as pas répondu non plus ? s'étonna James.

- Non. Et franchement... je m'inquiète. Je veux dire... -

- Oui, je sais, coupa James. Sa mère est tellement malade que -

- Quoi ? demanda Sirius en fronçant les sourcils d'un air confus.

- Sa mère est malade, répéta James, ne comprenant pas. Tu le sais, Sirius.

- Je... Oui, je sais, enfin... Ne me dis pas que tu crois encore à cette histoire ! s'exclama-t-il finalement avec un sourire désabusé.

James écarquilla les yeux.

- Qu'est-ce que tu veux dire, "histoire" ? Ce n'est pas une histoire, c'est la vérité ! protesta-t-il.

Sirius éclata d'un rire sans joie.

- Enfin, James ! Je te croyais plus intelligent que ça !

- Pff ! s'indigna James. Tu dis n'importe quoi, Sirius !

Mais malgré la force de ses paroles, James ne put s'empêcher de douter. Sirius avait l'air parfaitement convaincu de ce qu'il disait...

- Tu penses vraiment que c'est faux ? demanda-t-il d'une petite voix.

- Sincèrement, je ne sais pas trop, dit Sirius en soupirant. Mais j'ai du mal à croire son histoire de 'mère malade'. Je ne sais pas pourquoi, mais il agit toujours d'une manière si... secrète que je me dis qu'il doit bien y avoir quelque chose de plus, non ? Qui donc s'entêterait à être si cachotier pour une simple histoire de maladie ?

- Je pense que tu minimises trop la situation, Sirius, dit James. Mais... en admettant que ce que tu dises soit vrai, quel pourrait être ce truc en plus dont tu parles ?

Sirius eut l'air d'hésiter, et James fronça les sourcils. Son ami semblait déjà avoir réfléchi à la question, et il n'aimait pas tellement la manière dont Sirius se mordait actuellement la lèvre, comme si ce qu'il s'apprêtait à dire était particulièrement important. Mais alors que Sirius allait à parler, la porte de leur compartiment s'ouvrit pour la première fois depuis que James y était entré.

- Remus ! Ils sont là ! s'écria une voix familière.

James et Sirius n'entendirent pas la réponse de leur camarade, mais quelques secondes plus tard, Peter et Remus débarquaient dans leur compartiment, traînant leur valises derrière eux.

James bondit sur ses jambes.

- Hey ! Peter, Remus ! s'écria-t-il joyeusement en accompagnant chacun des prénoms d'une tape sur l'épaule. Comment ça va ? Vous en avez mit du temps !

Peter regarda Remus.

- Oh, c'est juste que je crois que Remus à un petit problème à la cheville, si j'ai bien compris, alors on a pris notre temps ! expliqua-t-il en souriant de toutes ses dents, visiblement heureux de retrouver ses amis.

- Tu as mal à la cheville ? demanda Sirius à son ami en le regardant s'asseoir sur la banquette.

Remus baissa les yeux et évita le regard de Sirius, mais hocha la tête presque imperceptiblement.

- Euh, tout va bien, Remus ? demanda James en le dévisageant. Tu as l'air un peu pâlot...

Cette fois-ci, Remus leva la tête et croisa le regard de James.

- Ça peut aller, merci James, répondit-il. Mauvaise nuit, c'est tout.

James jeta un regard en coin à Sirius qui signifiait "Tu vois, je t'avais bien dit qu'il disait la vérité". Ce dernier haussa les épaules mais resta sceptique.

- C'est à cause de ta mère ? demanda Sirius de but en blanc.

Les épaules de Remus se tendirent, et James maudit silencieusement Sirius pour son éternel manque de subtilité. Pendant plusieurs secondes, Remus garda les yeux baissés et ne répondit pas.

- J'ai dû veiller sur elle plusieurs nuits d'affilée, dit-il finalement en évitant soigneusement de regarder Sirius.

Ce dernier, remarquant la ruse, fronça les sourcils et croisa les bras d'un air exaspéré. Voulant l'empêcher de dire quoi que ce soit d'inapproprié, James allait enchaîner par la première chose qui lui passait par la tête (son merveilleux Noël), mais Peter le devança.

- J'imagine que tu n'as pas dû passer de très bonnes fêtes, si tu devais rester éveillé toute la nuit, dit-il avec un air de sympathie.

Bravo, Peter, tu devrais remuer le couteau dans la plaie plus souvent, pensa James tandis qu'un frémissement passait sur le visage de Remus.

- Oh, ça pouvait aller, répondit Remus en tentant de se monter convaincant.

Dans son coin du compartiment, Sirius grogna.

- Pourquoi tu n'as pas répondu à nos lettres ? demanda-t-il, son ton à la limite de l'amabilité.

Remus eut l'air paniqué et ses doigts s'accrochèrent sur le revêtement de la banquette. Il regarda tour à tour Peter et James, cherchant un allié. Malheureusement, ni l'un, ni l'autre ne purent lui venir en aide, le premier n'étant pas au courant, le second souhaitant tout de même entendre ce que Remus avait à dire sur le sujet.

- Je... C'est-à-dire que..., balbutia-t-il. Je voulais vous répondre, mais j'étais très occupé, et, vous savez, ma mère était très malade...

Il regarda désespérément James en guise de soutien. Ce dernier, pour la deuxième fois, lança à Sirius un regard triomphant.

- Ça ne fait rien, lui assura James gentiment. Je comprends. Mais j'attends un cadeau pour mon anniversaire ! C'est le 27 mars, précisa-t-il avec un clin d'œil.

- À ce propos, interrompit Sirius en se levant, j'ai des cadeaux de noël en retard à distribuer.

Pendant que James se frottait les mains d'impatience et que Peter s'écriait joyeusement "cool !", Remus regardait Sirius qui était de dos et prenait quelque chose de sa valise.

- Mais je ne t'ai rien acheté, murmura-t-il en s'adressant pour la première fois directement à Sirius.

Sirius s'arrêta dans son mouvement et se retourna lentement vers Remus. Ce dernier baissa immédiatement les yeux. James, qui les observait, pouvait sentir la tension qui émanait de Sirius, mais en ignorait la cause. Ses amis semblaient en froid, mais une telle chose était impossible un premier jour de rentrée, n'est ce pas ?

- Pas grave, marmonna Sirius. C'est pas grand chose, ce que j'ai, c'est la seule chose que j'ai pu avoir en dernière minute.

Il désigna les trois boîtes de Chocogrenouilles qu'il tenait en main, et en lança une à chacun de ses amis. Les attrapant au vol, et sans plus attendre, James et Peter déchirèrent les emballages transparents de leurs boites et en dévorèrent le contenu.

- Merchi, hein, Chirius ! dit James en avalant sa première grenouille.

- Ouais, merci, murmura Remus, les yeux fixés sur sa propre boite.

- De rien.

Sirius, encore debout et les bras croisés, avait l'air pensif.

- Tu sais, tu as le droit de me regarder, fit remarquer Sirius nonchalamment en direction de Remus.

James haussa les sourcils, ne s'attendant pas à ce que Sirius aborde le problème. Mais en y réfléchissant bien, ce n'était pas aussi surprenant. Sirius n'était pas vraiment du genre à attendre les bras croisés en face d'un problème.

- Je sais, répondit Remus en tentant d'avoir l'air calme.

Mais de là où il se trouvait, James pouvait voir que le visage de son ami avait considérablement pâli.

- Alors, vas-y, dit Sirius avec un sourire en coin et en l'enjoignant de la main.

Il fallut à Remus une minute. Une minute pendant laquelle James s'ennuya profondément, ne comprenant pas l'éventuel débat intérieur que pouvait avoir Remus. Affalé sur sa banquette, James regardait le paysage défiler. Finalement, Remus sembla se mettre d'accord sur quelle que soit la chose qui le triturait, et leva doucement les yeux vers Sirius. Ce dernier soutint son regard, les bras perpétuellement croisés.

- Tout va bien ? Tu es encore en vie ? s'inquiéta faussement Sirius.

Remus sourit d'un air embarrassé.

- Ouais, on dirait.

Satisfait, Sirius se rassit et se pencha en avant, posant ses coudes sur ses genoux.

- Explications ? demanda-t-il.

Mais Remus ne semblait nullement disposé à lui répondre. À l'inverse, il ouvrit silencieusement les Chocogrenouilles de Sirius et sembla profondément intéressé par la carte qu'il venait de gagner.

- Si tu ne sais pas, ajouta Sirius en comprenant qu'il ne tirerait rien de lui, je peux, moi, te donner une explication. Et à mon avis, je ne suis pas très loin de la vérité.

Cette fois-ci, Remus abandonna tous prétextes et l'air quelque peu appréhensif, se tripota les manches de sa vieille robe.

- Je pense, commença lentement Sirius en s'adressant à tout le monde, que quelqu'un lui a fait un lavage de cerveau pendant les vacances, lui faisant oublier les valeurs de l'amitié au profit de je-ne-sais-quelles conneries sur ma position en tant que Black.

Il avait dit cela d'un ton très posé, mais James pouvait ressentir le poids de chaque mot qu'il avait prononcé. Sirius était blessé, et Remus profondément honteux.

- Sirius, ce n'est pas ce que tu crois..., commença Remus. Je ne te juge pas à cause de -

- Ah bon ? s'étonna Sirius ironiquement. Je ne vois pas d'autres raisons. Tu m'as l'air de t'entendre parfaitement bien avec James et Peter.

Parfaitement ? James ne serait probablement pas à allé jusque là. Pour quelqu'un qui partageait leur amitié depuis plusieurs mois, Remus prenait, selon James, beaucoup trop de précautions à leur parler. À moins, bien-sûr, qu'ils aient à nouveau à persuader Remus des bienfaits de leur amitié comme ils l'avaient fait en début d'année. Si c'est le cas, pensa James en repensant au prémices de leur amitié, on n'est pas sortis de l'auberge.

- Désolé, Sirius, dit Remus en se passant la main dans la nuque. Je ne sais pas ce qui m'a pris.

- Mouais, répondit Sirius en réfléchissant. Ça va. Tu ne m'évites plus, alors ?

Remus secoua la tête.

- Non, soupira-t-il. C'était idiot de ma part.

Sirius hocha la tête, paraissant soulagé. Ce n'est pas pour autant qu'il lâcha totalement l'affaire...

- Et ta cheville, alors ? Comment ça se fait ?

- Je suis tombé, répondit Remus sans ciller.

- Tu es sûr ? demanda James avec un peu de suspicion.

Même s'il détestait montrer un quelconque manque de confiance envers ses amis, les paroles de Sirius, si assurées, ne l'avaient pas quitté.

- Oui, parfaitement, répliqua Remus.

James acquiesça, rassuré par le ton de son ami. Remus n'oserait pas lui mentir de cette manière, c'était improbable. Il jeta un coup d'œil vers Sirius qui, la mâchoire serrée, semblait vouloir répliquer. S'attendant à l'entendre lâcher une remarque acerbe, il fut soulagé lorsque Peter, qui avait terminé sa boîte de Chocogrenouilles, parla.

- Et sinon, vos vacances ?

Profitant de l'occasion pour dissiper cette tension malvenue, James se lança dans une description très détaillée de ses vacances: comment sa mère avait préparé des plats plus excellents les uns que les autres, comment leur sapin avait été sans aucun doute le beau d'Angleterre, la liste complète des cadeaux qu'il avait récolté...

- Whaou, tout ça ? s'exclama Peter en fixant James d'un air ébahit.

James fronça les sourcils.

- Bah... Ouais, répondit-il, confus. Y'a un problème ?

- C'est juste que... Ça fait beaucoup, dit Peter en haussant les épaules.

- Vous avez eu quoi, vous ? demanda James en se tournant vers les autres.

Sirius grimaça.

- Un livre, lâcha-t-il en secouant la tête d'un air affligé.

- Euh... C'est bien, un livre, dit Remus avec un sourire hésitant en tentant de lui remonter le moral.

Sirius leva les yeux au plafond.

- C'est un livre qui retrace la généalogie de ma famille, Remus. Il fait au moins une centaine de pages !

- Ah. Oui... J'imagine que... Ce n'est pas très distrayant ?

- Distrayant ? s'esclaffa Sirius. Ma mère m'en a fait la lecture pendant des heures ! Ce truc aurait pu me laver le cerveau ! Heureusement pour moi que j'ai une volonté de fer !

- Et bien tu m'en vois ravi, Sirius, répliqua James avec un sourire narquois. Je peux te certifier que ton cerveau n'est pas lavé; la preuve, tu es toujours aussi modeste !

- Oh, venant de toi, c'est riche !

- Je suis riche !

- Et moi aussi !

- Cool, vous allez pouvoir me payer des Patacitrouilles.

James et Sirius, interrompus dans leur élan, ricanèrent.

- Pour ma part, c'est d'accord, Peter, répondit Sirius. Je n'ose même pas imaginer la tête de ma mère si elle apprenait que l'argent des Black était dépensé de cette façon !

- Ta mère interdit les friandises ? demanda Remus.

- C'est pas qu'elle les interdit, expliqua Sirius, elle préférerait juste que je dépense cet argent dans... L'Allée des embrumes, par exemple.

- Oh, oui, j'y suis allé une fois ! s'exclama James d'un air ravi.

- Tu rigoles ? demanda Peter. Tes parents ne... enfin je veux dire qu'ils ne sont pas...

Il s'embrouilla dans ses paroles et regarda Sirius d'un air embarrassé.

- Non, tu as raison, Peter, concéda Sirius. C'est bizarre. James ?

- Pff, je me suis juste échappé un moment de mes parents. Ça fiche la frousse, cet endroit ! s'exclama James. Mes parents piqueraient une crise s'ils savaient que j'y avais été !

- À la différence des miens, marmonna Sirius.

- Je ne savais pas que tes parents fréquentaient ce genre d'endroit, Sirius, interrompit doucement Remus.

Sirius eut un rire jaune.

- C'est parce que personne n'est censé le savoir. Une personne aussi respectée que mon père ne pourrait pas se permettre d'y être vu en plein jour.

Remus hocha la tête, mais son regard semblait incertain. James se demandait bien ce qu'il aurait pu se passer pendant les vacances pour rendre Remus si peu confiant, mais il espérait vivement que cet épisode passe au plus vite. Sirius ne méritait pas d'être traité ainsi par un ami.

- Quoiqu'il en soit, Remus, je ne fréquente pas cet endroit, dit Sirius comme s'il avait lu dans les pensées de James. Oh, Bella m'y a bien traîné un jour, mais je peux t'assurer qu'elle l'a regretté. Ses beaux cheveux ont mis un mois à s'en remettre !

Remus éclata de rire avec les autres, s'imaginant la terrible Bellatrix dont leur parlait Sirius victime des farces de son cousin.

- Et tes vacances à toi, Peter ? demanda Remus en se penchant un peu en avant, les sourcils froncés. Tu n'as pas eu de soucis avec tes voisins, dis-moi ?

- Qu'est-ce-qu'ils ont, tes voisins ? demanda Sirius en se tournant vers un Peter rouge pivoine.

- Euh... C'est que... Euh...

- Remus ? demanda James en voyant que Peter avait des difficultés à développer.

- Ce n'est pas à moi de vous en parler ! s'indigna Remus.

- Bon, OK. Peeeeter ? redemanda Sirius en tapotant répétitivement l'épaule du garçon du bout du doigt.

- C'est juste... des voisins, répondit vaguement ce dernier en se soustrayant à Sirius et en en profitant pour prendre une Chocogrenouille du paquet de Remus.

Ignorant le cri indigné de Remus, Sirius poursuivit son interrogation:

- Et pourquoi t'aurais des soucis avec eux ?

James, qui avait écouté avec attention le début de la conversation, eut alors un déclic.

- Ehhh... Mais... C'était toi, dit-il en désignant du doigt Peter qui recula dans son siège instantanément. Et toi aussi, Remus.

- Tu développes ? demanda Sirius en haussant les sourcils.

- En début d'année, sur le quai, souviens-toi ! Y'avait quatre garçons, deux qui cherchaient des noises à un autre...

Le visage de Sirius s'illumina.

- Et l'autre, c'était toi, Remus ! s'exclama-t-il joyeusement.

Remus rougit et rentra sa tête dans ses épaules.

- C'est possible.

- Donc attend, ces deux là sont tes voisins, Peter ? raisonna James.

Peter acquiesça.

- Ils s'appellent comment ? demanda Sirius d'un ton pensif.

- Olivier Fawley et Barnabas Flint. Serpentards, précisa-t-il.

- Tu ne m'étonnes pas sur ce coup, Peter. Je les connais, dit Sirius sombrement. Ou plutôt... Je connais la sœur Fawley.

- Ah bon ? demanda James. Comment ça ?

- Ma mère voulait, il y a quelques années, que je me fiance à elle.

- Quoi ? dirent ensemble Remus et Peter.

- Mais je croyais que tu étais trop jeune ! interrompit James tandis que Remus et Peter les regardaient avec des yeux ronds.

- Pas pour ma mère, répondit Sirius en secouant la tête. Mais mon père - miracle ! - a réalisé qu'il ne voulait pas l'esprit de son Héritier chamboulé par cela si tôt. Je n'avais que neuf ans, à l'époque ! Alors, il a refusé.

Sirius haussa les épaules.

- Mais ça ne veut définitivement pas dire que dans quelques années, il ne m'approchera pas pour discuter de mes fiançailles, ajouta-t-il.

Remus secoua la tête, encore sous le choc du dévoilement des rouages de la famille Black, et regarda Sirius avec une pointe de pitié.

- Tu n'es pas seul dans cette galère, il y a la fille, aussi. Comment s'appelle-t-elle ? Quel âge a-t-elle ?

- Mafalda. Sept ans.

- Quoi ? s'exclama-t-il. Sept ans ? Mais... C'est une enfant.

- Remus, soupira Sirius, c'est comme ça dans les familles de Sang-Pur. Estime-toi plutôt heureux de ne pas être promit en mariage !

- Tu as sûrement raison, répondit Remus avec une moue pensive. Mais alors, ça veut dire que vous aussi, James et Peter ?

- Quoi ? s'indigna James en portant une main à son cœur. Sûrement pas ! Mes parents sont normaux, merci bien ! Et ça m'étonnerait que la mère de Peter fonctionne comme ça également... Pas vrai, Peter ?

Peter acquiesça.

- Ouais, Sirius, tes parents sont juste barjots.

Sirius éclata de rire.

- Ça, Peter, je ne le nierai pas. Non, mais sincèrement, ils le sont vraiment. Tenez, j'ai une cousine, Andromeda.

Son visage avait reprit un air plus grave.

- J'en ai déjà parlé à Remus dans une lettre, mais c'est juste énorme, il faut que vous sachiez, dit Sirius en s'adressant à James et Peter. En gros, Andro est à peu près la seule de ma famille qui soit du genre tolérable, vous voyez ? Lorsqu'elle était encore à Poudlard, elle sortait avec un Sang de B - euh - Né-Moldu.

James fronça les sourcils, comme à chaque fois que Sirius employait une insulte à tort, mais ne releva pas l'erreur. Sirius avait besoin de s'exprimer, il ne voulait pas l'interrompre.

- Et bien elle s'est enfuie avec lui, termina Sirius en écartant les bras d'un geste fataliste.

Il y eut un silence pendant lequel James et Peter fixèrent des yeux Sirius. Remus, qui les regardait, se prépara à l'exclamation ahurie de James... qui ne vint pas.

- Et ensuite ? demanda James d'un air presque ennuyé.

- Que - Comment ça "ensuite" ? s'exclama Sirius en regardant James comme s'il avait six bras. Tu ne trouves pas ça dingue de sa part ?!

James haussa les épaules.

- Euh... Non ? Enfin, je veux dire que si elle l'aime, elle a tout à fait le droit -

- Mais c'est ça le truc ! soupira Sirius. Elle n'a pas le droit ! C'est impossible, James !

James cligna des yeux, déconcerté.

- Mais... S'ils s'aiment -

- Ça ne compte pas chez nous, James, le coupa Sirius. C'est un Né-Moldu, par Merlin ! Pas un Lestrange !

James ne répondit rien, stupéfait.

- Et ta cousine, alors ? demanda Peter. Comment se fait-il qu'elle ne partage pas les mêmes idées ?

- Il fut un temps, elle pensait la même chose, expliqua Sirius. Quoique sa version était moins extrême. Merde quoi, même moi, je l'ai pensé...

Sentant le regard de Remus sur lui, il s'empressa de continuer.

- Ce n'est plus le cas, bien-sûr. Et c'est justement parce qu'Andromeda a changé son point de vue sur la question qu'elle est en fuite. Si ma famille ne méprisait pas tous ceux qui avaient une once de sang moldu, elle n'en serait pas là, n'est-ce pas ?

James hocha silencieusement la tête, les explications de Sirius, bien que douloureusement injustes, correspondant à ce que lui avaient toujours dit ses parents.

- Et alors ? demanda Peter. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- On a eu une grande réunion de famille là dessus, dit Sirius. C'est pour ça que j'ai été prié de rentrer pour les vacances. Y'avait tout le monde. Grand-Père Pollux, Grand-Mère Irma, Tante -

- Ça va, le stoppa James avec un petit sourire. On a compris. Mais qu'est-ce qu'ils ont dit ?

- Ma Tante et mon Oncle étaient dévastés, ma mère folle de rage, Alphard amusé, et Tante Irma trop occupée à me réprimander sur l'usage de mes couverts pour s'exprimer sur la question. Et Bella...

Sirius eut une grimace.

- Bella était tout simplement dans son état normal de folie perpétuelle. Vous comprenez, elle s'est portée volontaire pour retrouver sa sœur.

Il soupira profondément.

- J'en sais rien quant au reste, mais j'espère sincèrement que ma Tante et mon Oncle résisteront à lui accorder cette opportunité. Sinon...

Il mima une immense explosion.

- Ses parents ont envoyé des gens à sa recherche, alors ? demanda Peter.

- Yep, confirma Sirius. Ma mère en a envoyé de son côté aussi. Elle prend le problème très à cœur, tu vois. Trop, même.

- Ils ne l'ont pas retrouvée, non ? s'inquiéta James.

- Oh, non..., assura Sirius. Andro est bien trop maligne. J'ai vu pendant les vacances des tas de ces gens, du haut de l'escalier, débarquer et faire un rapport à ma mère. Tu parles que s'il l'avaient trouvés, je l'aurais su.

- J'espère qu'elle va bien, alors, dit Peter d'une petite voix.

Sirius hésita.

- J'espère aussi, Peter. Quant à toi, dit Sirius en changeant rapidement de sujet, il faudra que tu me montres ces deux gogoles, quand tu les verras.

Le visage de Sirius se fendit en un immense sourire tandis que ses yeux, brillants de malice et de vengeance, croisèrent ceux de James, les deux amis aboutissant à une sorte de consensus. Sentant cela, Peter s'empressa d'ajouter :

- Mais ils n'ont rien fait pendant les vacances, promis !

- Remus leur a probablement fait bien trop peur ! Je ne savais pas que tu avais ça en toi, hein ! rigola James en lui donnant un coup de coude amical.

Surpris, Remus sursauta et porta une main à ses côtes, sans pour autant se départir d'un sourire espiègle.

- Exactement James, répliqua-t-il. La prochaine fois que quelqu'un t'embêtera un peu trop, tu sauras qui appeler !

Le visage de James prit immédiatement l'air de quelqu'un terriblement offensé.

- Comment oses-tu insinuer que je suis faible ? s'indigna-t-il en plaquant ses mains à son torse.

Peter toussota dans un coin.

- Euh, sans vouloir t'offenser, Peter, ajouta-t-il précipitamment en lui flashant un sourire.

- 'Pas de mal.

Cherchant un allié supplémentaire dans sa lutte pour la préservation de sa dignité, James incita Sirius du regard afin qu'il rejoigne la bataille.

Mais ce dernier, le visage pâle et troublé, ne croisa pas le regard de James. Et pour cause, ses yeux étaient fixés sur Remus. Suivant leur trajectoire, les yeux de James se posèrent sur les côtes de Remus.

Qu'y-a-t-il de si intéressant à voir dans ses côtes ?

Le glapissement de Peter le fit sursauter.

Une tache de sang apparaissait progressivement sur le pull gris clair de Remus, maculant ses doigts.

Et merde.


'La suite au prochain épisode', comme on dit ? N'hésitez pas à vous exprimer dans des reviews, c'est le meilleur moyen de me motiver et de me faire progresser :D See you soon !