Salut ! Tout d'abord, mes plus sincères excuses pour la longue absence. J'ai eu l'opportunité de vivre enfin mon rêve d'enseigner, et donc ma femme et moi avons déménagé dans un autre État [1] au cours de l'an passé, avec notre fils de deux ans. La vie est rapide et folle en ce moment, mais avec la fin de l'année scolaire, les mises à jour vont pouvoir de nouveau reprendre sur une base plus régulière.

Merci à tous pour votre patience, en particulier à ceux qui ont posté des messages sur l'une ou l'autre histoire.

Sans plus attendre, le chapitre suivant.


Chapitre Vingt : Un Ministre, une Sorcière, un Demi-Gobelin, un Loup-Garou et un Géant entrent dans une auberge...

Harry fixa le petit point noir étiqueté de son nom sur la carte. Il pouvait voir le chemin secret sur le parchemin usé, caché derrière la statue de la sorcière borgne, mais en regardant la statue de pierre, il ne trouvait rien : pas de loquet, levier, poignée ou quoi que ce soit d'autre qui pourrait ouvrir le chemin menant à Honeydukes. Il regarda de nouveau la carte, et fut surpris cette fois de voir apparaître une petite bulle à côté de son point. Il regarda un mot se former à l'intérieur de la bulle, lettre par lettre : Dissendium. Son cœur se mit à battre.

Juste une fois, pensa-t-il, en se souvenant très clairement de sa promesse à Hermione. Un simple coup d'œil, c'est tout. Harry partit chercher sa cape d'invisibilité [2], juste au cas où, et revint à la sorcière borgne. Harry vérifia une fois de plus la carte, s'assurant qu'il n'y avait personne à proximité, puis, les doigts tremblant d'excitation, murmura "Dissendium", dans un souffle.

Avec un son lent et grinçant, la bosse de la statue s'ouvrit en grand, révélant un passage non éclairé, mais suffisamment large, s'ouvrant dans le mur du château. Harry grimpa à l'intérieur, ses mains s'accrochant facilement à la pierre brute pour s'engager dans le tunnel. Dès qu'il fut à l'intérieur, l'ouverture se referma, plongeant Harry dans l'obscurité totale.

« Lumos, » chuchota-t-il en tenant sa baguette le plus haut possible. Le bout de sa baguette s'illumina d'une lumière brillante, éclairant tout autour de lui. Il avait grimpé sur une petite plate-forme de pierre, qui descendait un côté vers la bosse de la sorcière borgne, tandis que de l'autre côté, une pente en pierre lisse et bien usée conduisait vers Pré-au-Lard.

Harry glissa le long de la pente et atteignit un tunnel humide. Il tapota du bout de sa baguette sur la carte, chuchotant, « méfait accompli » et il regarda l'encre s'effacer du parchemin comme si elle avait été absorbée. Puis, baguette tenue bien haut et devant lui, Harry se dirigea vers Honeydukes.

Le tunnel, fait de virages et de boucles était étonnamment long. Harry perdit vite la notion du temps alors qu'il traversait le terrain accidenté. Le passage souterrain serpentait comme une vieille rivière, avec de larges courbes. Harry ne doutait guère qu'il était plus long que le chemin direct par le dessus du sol. Finalement, le sol s'éleva régulièrement, mètre après mètre, avec un parfum bienvenu de bonbons mélangés à l'air vicié. Harry fut très heureux lorsque la lumière de sa baguette rencontra les rayons clignotants de la lumière des bougies qui passaient au travers de la trappe de la cave de Honeydukes : ses mollets commençaient à le brûler.

Harry éteignit sa baguette et souleva la trappe aussi silencieusement qu'il le pouvait. Il ne s'agissait pas d'une lourde trappe, faite de bois vieilli et de bandes de fer rouillé. La cave était remplie de caisses en bois empilées, de pots en verre de différentes tailles remplis d'assortiments colorés de bonbons que l'on ne voyait même pas sur le chariot du Poudlard Express. Ne voulant pas être découvert dans la cave sans raison valable, Harry monta rapidement les escaliers poussiéreux qui amenaient jusqu'au magasin.

Harry entrouvrit ensuite la porte, juste assez pour voir la salle de vente éclairée. Des douzaines et des douzaines d'étudiants avaient inondé le magasin, leurs voix ne se distinguant pas les unes des autres. Ils étaient si bruyants qu'Harry avait pu ouvrir la porte grinçante sans que personne ne l'entende. Il se glissa rapidement dans la foule des étudiants sans qu'aucun d'entre eux ne lui jette un second regard ou ne s'interroge sur sa présence. Harry se permit un petit sourire en réalisant que, mis à part si un professeur le repérait, il pouvait se promener sans trop s'inquiéter d'être dénoncé. Il passait d'une rangée d'étagères à une autre, ses yeux parcourant les allées à la recherche de tout signe de Ron ou d'Hermione. Finalement, au dernier rang, Harry entendit une voix familière.

« Je ne pense pas que Harry aimera un de ces produits, » dit Hermione en s'agenouillant pour examiner ceux qui étaient rangés sur l'étagère du bas. Harry se cacha de l'autre côté de l'étagère et s'agenouilla. Hermione regardait un pot de sucettes aromatisées au sang. Il regarda Hermione plisser le nez. Ses yeux se tournèrent vers l'article suivant.

« Ceux-là sont géniaux, » porta la voix de Ron du couloir. Il revint en portant un très grand pot de verre dans ses mains, rempli de ce qui ressemblait, vu de loin, à de grands scarabées géants.

« Eww, » dit Hermione, les yeux écarquillés de dégoût. « Ron, ce sont des cafards. »

« Des essaims de cafards en chocolat, » corrigea Ron joyeusement. « Il semble aimer les grenouilles en chocolat et je suis sûr que ça aura le même goût. » Hermione s'empara du pot et lut la liste des ingrédients. Harry regardait ses lèvres bouger rapidement. Un moment plus tard, Hermione a remis le pot dans les mains de Ron.

« Dégueu, » annonça-t-elle avec un murmure féroce. « Ils sont faits avec des restes de cafards, provenant de déchets d'ingrédients de potion inutilisables ! »

« J'y crois pas, » dit Ron, mais sa voix était pleine de doutes.

« Regarde, » dit-elle en tournant le pot dans ses mains et en montrant l'étiquette. Harry regarda le visage de Ron devenir vert.

« Oui, tu as peut-être raison. »

« Elle a tout à fait raison, » dit Harry à travers l'étagère. Hermione tomba de nouveau à genoux et regarda par l'interstice entre l'étagère et le haut des bocaux.

« Harry ?! »

« Hermione. »

« Qu'est-ce que tu fais ici ? »

« J'ai juste pensé que je pourrais jeter un coup d'œil rapide, c'est tout, » se défendit-il, faisant de son mieux pour résister au sourire qui était en train de naître sur ses joues.

« Mince, » dit Ron, en allant jusqu'au bout de la rangée pour regarder par le coin. « Comment as-tu passé les Détraqueurs ? »

« C'est une longue histoire, » dit Harry. « Allons quelque part et je vous raconterai. »

« Absolument pas, » contra Hermione, sa tête apparaissant au-delà du torse de Ron. « Harry, tu dois retourner au château avant que quelqu'un ne te voie ! Tu vas avoir tellement d'ennuis. »

« Peu probable, » répondit Harry rapidement. « Pas dans une foule comme celle-ci. En plus, tout ce que je veux, c'est jeter un coup d'œil rapide, peut-être prendre une de ces bières au beurre dont tout le monde parle, puis je vais retourner après au château, promis ! »

« Tu ne vas quand même pas le dénoncer, n'est-ce pas, Hermione, » demanda Ron. « C'est Noël, tu sais. » Harry offrit à Hermione le sourire le plus chaleureux qu'il pouvait fournir. Ses yeux bruns ambrés soutinrent son regard et, pendant un instant, Harry eut la sensation familière qu'elle pouvait lire chacune de ses pensées — tout comme ces rares occasions avec Dumbledore.

« Et si Black venait te chercher, Harry ? Et si c'était le moment qu'il attendait ? »

L'excitation d'Harry se dégonfla. Il regarda par delà la devanture du magasin, ses yeux se déplaçant d'un groupe d'étudiants à un autre. Et si Black avait attendu ce moment ? Black lui avait-il permis de vivre juste dans l'espoir de pouvoir mettre en scène un nouveau massacre qui éclipserait de loin celui de la mort de Pettigrew, avec lui, Harry, comme glorieuse pièce maîtresse ? Harry se força à déglutir.

« Je n'ai vraiment pas pensé à Black alors, » admit Harry.

« Hermione, écoute, » dit Ron. « Tu as raison de dire que Black cherche peut-être une chance comme ça. » Lui aussi semblait ressentir le besoin de faire preuve de prudence avec Hermione. « Mais tu as vu les affiches ? Les Détraqueurs patrouillent dans les rues toute la nuit, et je ne pense pas que Black soit assez fou pour venir en plein jour, n'est-ce pas ? Tu te souviens quand il s'est faufilé dans Poudlard ? Il a attendu jusqu'à la nuit. Harry sera de retour à l'intérieur du château bien avant. Laissez-le venir prendre un verre aux Trois Balais. C'est Noël. »

Hermione ne regarda pas Ron un instant pendant son discours, mais son regard sur Harry s'était adouci et ses épaules se détendirent. Puis, elle fit un petit sourire à Harry.

« C'est Noël, après tout, c'est vrai, » dit-elle. « Mais Harry, promets-moi que tu ne feras plus quelque chose comme ça. Du moins pas tant que Black ne sera pas attrapé ! »

« Promis. »

« En route vers les Trois Balais, » cria alors Ron en lançant un poing victorieux dans les airs.


Les Trois Balais était surpeuplé. Le bruit des conversations bruyantes et festives rebondissait de table en table, ce qui rendait Harry très confiant quant au niveau son anonymat actuel. Personne ne remarquerait que lui, Ron et Hermione avaient pris une petite table dans le coin le plus éloigné de la taverne.

« Pourquoi Fred et George ne m'ont-ils pas donné la carte, » demanda Ron alors qu'il posait les pintes de bière au beurre sur la table pour eux. « Je suis quand même leur frère ! » Harry ne commenta pas. Hermione était en train de regarder la carte, ignorant complètement sa bière au beurre. Elle avait une expression à mi-chemin entre l'admiration et l'appréhension.

« C'est dangereux, » finit par dire Hermione. « Je veux dire, le sortilège est… incroyable, mais, Harry, si ça tombe entre de mauvaises mains… »

« Je ne vais pas la laisser traîner, » dit Harry sur la défensive. « Je vais la mettre avec ma cape lorsque je retournerai au château. Comme ça, si Sirius Black se faufile de nouveau dans le château, je saurai où il est ! »

« C'est pourquoi tu devrais la donner au Professeur Dumbledore », essaya Hermione de le convaincre.

« Et puis je devrais dire qui me l'a donnée et… je ne pense pas que je pourrais mentir à Dumbledore. »

« Bon, d'accord, alors, » dit Hermione, résignée. « Mais tu en parleras à Dumbledore ou à l'un des professeurs si jamais Black entre dans le château, n'est-ce pas ? »

« Promis, » dit Harry. Hermione lui rendit la carte et Harry la plia avant de la mettre dans sa poche. La question de la carte étant réglée, Harry tourna son attention vers la bière au beurre. Harry souleva la chope remplie de liquide ambré jusqu'à ses lèvres et but. C'était doux et chaud. Le goût du caramel dansa sur sa langue en même temps qu'une chaleur incroyable se répandait dans sa gorge, dans sa poitrine et, finalement, jusqu'à chaque extrémité de son corps. Le froid de l'hiver avait disparu. Alors que Harry commençait à penser que les vacances n'auraient pas pu mieux commencer, les portes de la taverne s'ouvrirent avec un grand bruit.

« Harry, à terre ! » Hermione poussa fort sur son épaule gauche, le forçant à quitter sa chaise. Harry se cacha sous la table, et son front se cogna contre le montant de la table. Les larmes dans les yeux, il regarda dans toutes les directions, confus et alarmé par l'insistance soudaine d'Hermione. Hagrid se tenait debout, dans l'encadrement de la porte, ses cheveux, sa barbe et sa veste brune sale étaient saupoudrés de gros flocons de neige. Une tempête de neige et une forte brise hivernale soufflèrent à l'entrée de la taverne. Au début, Harry se demanda pourquoi Hermione s'inquiétait tant. Hagrid était le dernier professeur susceptible de le dénoncer.

« Hagrid, vous bloquez la porte, » s'exclama le Professeur McGonagall, se glissant devant le géant alors qu'elle rentrait au chaud. Elle était enveloppée d'un lourd manteau de voyage vert avec une doublure rouge autour des ourlets.

« Désolé pour ça, Professeur, » dit Hagrid élégamment. Il se décala, mais heurta l'une des tables voisines, renversant les boissons.

« Désolé, désolé », s'excusa Hagrid en levant les mains. « On est un peu serrés, vous savez. »

« Hagrid, vous devriez vraiment essayer d'être plus observateur, » dit la voix grinçante du professeur Flitwick, alors qu'il rentrait lui aussi dans la taverne. « Tu es un professeur maintenant, tu sais. »

« Bien sûr, Professeur. »

« Professeurs, détendez-vous, c'est Noël, » dit un autre homme en franchissant les portes. Il portait un chapeau melon vert et une lourde cape de voyage en tweed. Harry laissa tomber sa bouteille de bière au beurre, renversant le liquide caramel sur le sol et il jura. La seule personne absente et qui pourrait encore aggraver les choses pour Harry, s'il était découvert, ce serait que le Professeur Rogue se joigne au groupe.

« Je suis sûr que lorsque l'on… a une aussi grande taille qu'Hagrid, se déplacer demande un peu plus d'efforts, » dit une autre voix : une voix très faible et rauque.

C'est le professeur Lupin, gémit Harry intérieurement. Bien sûr, Lupin, aussi fatigué, épuisé et pâle que jamais, apparut derrière le groupe.

« Pour nous, peut-être, » intervint McGonagall, « Mais Hagrid a eu suffisamment de temps et de pratique de son propre corps pour ne pas avoir de problème avec la marche, je pense. »

« J'ai toujours été un peu maladroit, pour être honnête, » reconnut Hagrid, ses joues prenant une nuance sombre de rose. « Papa m'a toujours dit que j'étais maladroit. »

« Et sur le point d'être encore plus maladroit avec tout l'hydromel que vous consommerez, » se moqua Flitwick d'un petit rire. Tout le monde rit, y compris McGonagall — une rareté pour les étudiants de Poudlard.

« Ce sera peut-être notre cas à tous bien assez tôt, » dit Fudge sobrement. « Trouvons une table. Ah, ma chère Rosmerta ! »

« Mr le Ministre, quel plaisir de vous voir ! » Madame Rosmerta se précipita de derrière le comptoir et les conduisit vers la seule table libre restante de la taverne, juste à côté de celle d'Harry, Ron et Hermione. Harry entendit Hermione murmurer quelque chose et il vit la nappe de leur table s'agrandir de sorte qu'elle aille presque jusqu'au sol, dix bons centimètres de plus la normale, et elle dissimulait Harry des passants occasionnels.

« Bonjour, ma chère, » dit Cornelius avec une petite courbette, mais polie.

« J'espère que vous êtes ici pour renvoyer les Détraqueurs à Azkaban. »

« Je crains que non, Madame, » dit Fudge.

« Mais vous devez savoir à quel point ils sont mauvais pour les affaires ! »

« Rosmerta, ma chère, ils ne patrouillent dans le village que la nuit… »

« C'est à ce moment-là que je gagne ma vie ! »

« Je ne les aime pas plus que vous, Rosmerta, ma chère, je vous assure, » dit Fudge, son visage devenant rouge. Il se mit à faire tourner son chapeau melon vert dans ses mains pendant qu'il parlait. « Mais avec un tueur comme Black en liberté, j'accepterais volontiers ce désagrément. »

« Vous croyez vraiment que Black se cache dans Pré-au-Lard ? »

« Il pourrait très bien y être, » affirma Fudge. « J'imagine que vous avez entendu parler de ce qui s'est passé au château pendant Halloween ? »

« J'ai lu quelque chose du genre dans les journaux, oui ! »

« Eh bien, nous y voilà, » dit Fudge avec un sourire nerveux. « Mieux vaut être proactif, vous savez, plutôt que subir. Nous savons tous ce que Black est capable de faire, après tout. »

« J'ai encore du mal à y croire moi-même, » dit-elle, son regard glissant vers la table qu'occupaient Ron et Hermione. « Le nombre de fois que je les ai vus ici. » Elle regarda Remus avec un sourire triste. « Vous me faisiez tellement rire. »

Remus eut l'air d'être encore plus malade à ce moment-là.

« Oui, très triste en effet, » dit Fudge, l'air mal à l'aise et incertain de savoir comment réconforter Remus. Il hocha la tête de reconnaissance à l'intention Hagrid qui avait tapé Lupin dans le dos.

« Je suppose que je peux tolérer les Détraqueurs un peu plus longtemps, » finit par dire Rosmerta avec tristesse. « Mais j'espère qu'il sera bientôt pris. »

« Je boirai à ça, » dit Fudge joyeusement. « Maintenant, y aurait-il une table libre où nous pourrions avoir une conversation privée ? »

« En haut, bien sûr, » répondit-elle, ouvrant la voie. « Bien que je sois plutôt curieuse. Vous n'avez jamais demandé de tels accommodements auparavant. »

« Ce sont des temps inhabituels, » a dit Fudge. « Pourquoi ne vous joignez-vous pas à nous, Rosmerta ? »

« J'en serais ravie. »

() () ()

« Je n'oublierai jamais ce jour, » dit Fudge, en terminant son deuxième cognac. « Nous pensions que c'était fini. Vous-Savez-Qui était parti. Les Mangemorts étaient emprisonnés. Même avec tant de vies perdues, notre monde pouvait recommencer à espérer et à rêver de nouveau. Et puis tous ces Moldus, morts, au milieu de Londres. C'était un carnage. Il n'y avait aucun corps intact. Et Pettigrew… il avait subi toute la force de l'explosion. »

Harry avait écouté pendant plus d'une heure, dissimulé sous sa Cape d'Invisibilité, blotti dans le coin aussi étroitement qu'il le pouvait. Rien de la conversation de Fudge concernant Sirius Black n'était vraiment nouveau : entre Dumbledore et le Professeur Lupin, il connaissait déjà l'histoire complète. Juste récupérer quelques détails plus précis. Mais il avait un sentiment de satisfaction à entendre la version racontée du point de vue de Fudge. Harry pouvait maintenant voir comment Fudge était devenu Ministre de la Magie. Fudge n'était pas un orateur aussi doué que Dumbledore, mais il avait sa propre façon de parler avec des mots. Le professeur Flitwick avait ajouté sa propre expertise au charme du Fidelius utilisé pour cacher ses parents.

« C'est un charme extraordinairement complexe, » avait expliqué Flitwick, ayant uniquement les yeux et le front visibles au-dessus de la table. « Peu de sorciers sont vraiment capables d'exécuter le sort, étant donné les exigences du rituel nécessaires [3]. Bien qu'aucun sort ne soit sans faiblesses, le Fidelius n'a pas d'égal en termes de qualités protectrices ou de vulnérabilités limitées. Le charme peut être rompu de l'une ou l'autre des deux façons : soit le protégé souhaite ne plus être caché, ou alors le Gardien du Secret révèle l'emplacement. C'est dans le Gardien du Secret que se trouve la plus grande force et la plus grande faiblesse du charme. Tant que le Gardien du Secret refuse de divulguer l'information, qui doit être donnée librement, on ne peut pas trouver l'information protégée. »

Harry trouva les détails du charme de Fidelius fascinants, mais il apprécia encore plus la version d'Hagrid, qui, en plus de faire éprouver à Harry encore plus d'affection envers le gentil géant que jamais auparavant, apporta une révélation que Dumbledore ou le Professeur Lupin avaient négligé de mentionner.

« La maison avait été détruite, » raconta Hagrid, les yeux gonflés et larmoyants alors qu'il se tenait la barbe sur la poitrine. « Dumbledore m'avait envoyé là-bas, vous voyez, et j'ai été celui qui l'a amené jusqu'à la maison de sa tante et de son oncle. Bathilda était là aussi, elle vivait à proximité, vous savez… c'est elle qui a entendu l'explosion et a appelé Dumbledore. Il n'était qu'une toute petite chose, pleurant et appelant sa mère et son père. »

Harry était prudent en essuyant ses propres larmes. Mais l'histoire de Hagrid n'était pas terminée.

« Et alors Sirius Black s'est pointé sur la moto qu'il utilisait tout le temps. Il me dit : Donnez-moi Harry, Hagrid, je suis son parrain, je vais m'occuper de lui maintenant. Mais j'avais des ordres de Dumbledore. À la fin, il m'a donné la moto. Il a dit qu'il n'en aurait plus besoin. »

Que Sirius Black ait été — et soit encore à ce jour, comme McGonagall le précisa — son parrain n'était pas complètement inattendu pour Harry. Black avait été le meilleur ami de son père, après tout.

« Est-ce que le garçon sait, » demanda Rosmerta. Lupin fut le premier à répondre.

« Le Professeur Dumbledore et moi avons pas mal discuté avec Harry. Il connaît l'histoire. Il sait que Sirius, Peter et moi étions amis de son père. Il sait ce que Black a fait. En ce qui concerne le fait que Sirius soit son parrain, Harry n'en est pas informé. Je… Je n'ai pas eu le cœur de le lui dire, pour être honnête. Et je pense que le Professeur Dumbledore ressent la même chose. Harry a déjà assez souffert. »

« Si la moitié des rumeurs sont vraies, concernant tout ce qu'il a fait depuis son retour dans notre monde, alors je serais d'accord, » dit Rosmerta, servant une autre tournée d'hydromel à Flitwick et McGonagall.

« Et comment le garçon s'en sort à l'école, » demanda Fudge.

« Il est très intelligent, » dit immédiatement Lupin. « Il a un talent naturel pour combattre les créatures obscures. Je n'ai rien vu de moins qu'un travail exemplaire à chaque fois. »

« Potter n'a pas l'intuition naturelle de son père avec la Métamorphose, » continua McGonagall avec vivacité. « Par le passé, suivant mon impression, il n'avait pas déployé ses meilleurs efforts dans ses études. Cependant, j'ai remarqué un changement significatif cette année. »

« Je suis d'accord, » intervint Flitwick d'un signe de tête approbateur. « J'ai toujours trouvé son travail en charme acceptable. Pas tout à fait le flair de sa mère pour l'envoûtement, mais certainement pas le pire. Cette année a été marquée par une nette amélioration, il pourrait nous donner tort. En tout cas, il est plutôt injuste de le comparer à Lily et James : comme l'a noté le Professeur Lupin, c'est peut-être en défense contre les Forces du Mal que M. Potter surpassera ses parents. »

« Il n'est pas trop mauvais avec des créatures magiques, pour être honnête, » dit Hagrid. « Il n'a eu aucun problème avec l'Hippogriffe. » Tout le monde à table sourit, sauf Fudge.

« Ah oui, » dit le Ministre. « Vous savez, Hagrid, l'incident avec le jeune M. Malefoy est à l'origine d'une querelle au ministère. »

« Oui, je le sais, » dit Hagrid, regardant vers le bas et dans sa barbe. « Je voulais juste que les élèves soient excités par la classe, et tout. Je suis désolé que ça vous cause des ennuis. »

« Ce genre de choses trouvent toujours une façon de fonctionner comme elles ne sont pas censées le faire, » commenta Fudge. « Mais j'espère que vous serez un peu plus prudent avec les prochaines leçons. »

« Bien sûr, M. le Ministre. »

« Je suis heureux d'apprendre que Harry va bien, étant donné tout ce qui s'est passé, en particulier au cours de l'été, » commenta Fudge, déglutissant fortement. « J'ai l'impression qu'il ne s'entend pas bien avec sa famille. Le chef subalterne de la Brigade de réparation des accidents de sorcellerie m'a informé que l'oncle avait un mauvais caractère. »

« Harry m'a dit qu'ils n'aimaient pas la magie, » expliqua Lupin. « Lily ne parlait pas beaucoup de sa sœur. Ils s'étaient séparés en assez mauvais termes lorsqu'elle avait commencé à fréquenter Poudlard. Je sais que cela la bouleversait un bon nombre de fois. »

« Je n'y suis pas retournée depuis la nuit où nous avons laissé Potter sur le pas de leur porte, » rajouta McGonagall, reposant son verre plus fort qu'elle ne le voulait probablement. « Naturellement, le Professeur Dumbledore a quelqu'un qui surveille à distance. Potter semble surtout souffrir de l'indifférence et d'un traitement injuste par rapport à son cousin. Mais, comme Dumbledore me l'a rappelé cette nuit-là, c'était la seule famille qu'il lui restait. »

« Oui, très tragique, » dit Fudge avec amertume. « Si Black n'avait pas… hé bien, c'est toute la question, n'est-ce pas ? Sans Black, Harry vivrait certainement encore chez ses parents, après tout, et nous n'aurions même pas cette conversation. » Fudge regardait d'un air sinistre le fond d'eau-de-vie qui restait dans son verre. « Mais encore une fois, Vous-Savez-Qui est tombé cette nuit-là. Je ne sais pas si le destin est l'ami ou l'ennemi d'Harry, pour être honnête. Mais notre monde a une dette envers lui qu'il ne pourra jamais rembourser. »

Tout le monde à table leva son verre à un toast non dit, puis ils refermèrent leurs manteaux, et laissèrent Harry seul au milieu de ses pensées.


Notes du Traducteur :

C'est avec un vrai plaisir que je publie ce chapitre. Voilà la suite tant attendue de cette histoire (j'imagine qu'il va vous falloir relire un peu les chapitres précédents pour vous remettre dans le bain).

Harry apprend enfin que Sirius est son parrain, même s'il ne paraît pas surpris ici. Même si ses pensées sont logiques, je le vois quand même mal faire le lien entre un meilleur ami et le fait qu'il puisse avoir été demandé comme parrain, sachant que la principale vision que l'on a toujours de Sirius à ce niveau, c'est qu'il a été le traître de ses parents. Je trouve difficile d'être capable de faire abstraction de la fin et de se projeter sur les relations entre son père et Sirius telles qu'elles auraient pu être avant. Bon.

Autre remarque que j'ai, à propos du Fidelius, mais déjà évoquée en note de texte. Je trouve que ce sort est trop facile pour l'avantage qu'il apporte. Pensez-y : Voldemort aurait dû le lancer pour protéger les Horcruxes, au moins durant sa vie (vu que le sort tombe lorsque l'on meurt). Ou même Lily aurait dû être la Gardienne du Secret des Potters. Pourquoi faire intervenir une personne extérieure, même de confiance.

Je ne peux pas vous indiquer quand la suite arrivera, tout va dépendre de Merlyn pour cette question.

En tout cas, à dans deux semaines, sur l'autre fiction (les Reliques).


[1] Des États-Unis (c'est un Américain)

[2] Petit ajout : dans le canon, Harry n'avait rien pris… Même pas de manteau (en plein hiver)

[3] Une remarque que j'ai eue ici, c'est que Merlyn le fait lancer à Harry dans sa 2e fiction (en 7e année), en l'ayant appris seulement en une demi-journée… Ce qui est un peu court pour un sort soit disant très difficile…