Chapitre 17 : Une idée d'Elrond
Plusieurs jours s'écoulèrent, durant lesquels Legolas se montra peu, et répondait par monosyllabes aux nombreuses questions que lui posaient les jumeaux. Il essayait de développer un peu plus ses réponses et de les émailler de sourires lorsque les questions venaient d'Aragorn.
Le rodeur se faisait beaucoup de souci pour son ami. Il lui semblait que l'elfe était retombé dans un mutisme de mauvais augure. Il avait tenté d'en parler à son père, qui l'avait un peu rabroué. Il lui avait dit de cesser de l'importuner, que Legolas allait bien, qu'il lui parlerait quand il serait prêt, ainsi qu'il l'avait toujours fait. Aragorn avait du se contenter des ces quelques mots, jusqu'à ce qu'Elrond réunissent ses enfants et leur fasse part de son projet, lequel déclencha un franc enthousiasme. Il fut aussitôt décrété que dès que les accessoires nécessaires à la mise en place du projet seraient réunis, la cérémonie serait aussitôt organisée.
Legolas nota peu à peu qu'une effervescence allait crescendo dans le comportement, notamment des jumeaux, mais de façon plus surprenante, dans celui d'Aragorn et d'Arwen et même d'Elrond. Ils échangeaient des sourires, parfois des rires et Legolas avait la désagréable impression que quelques chose se tramait dans son dos. Il n'avait pas envie de demander. D'ailleurs, il n'avait pas besoin de demander, il était certain que ses amis mijotaient une surprise.
Par Eru ! Il avait horreur des surprises. Surtout que ces derniers temps, les surprises étaient majoritairement mauvaises. Poison, fausses accusations, orcs… Bien sûr qu'il savait que ses amis ne lui réservaient rien d'aussi méchant. Du moins, il l'espérait ! Il eut un petit rire. Quoi qu'il en soit, il ne cèderait pas à la tentation de demander ce qui se passait.
Le mystère dura encore une semaine. Les nerfs de Legolas étaient mis à rude épreuve.
Un matin de décembre, ils eurent droit à la première neige. Legolas adorait la neige. Il était né en janvier, pendant une tempête de neige. Il allait probablement passer son anniversaire ici. Il était heureux à cette idée. Il sortit pour profiter de ce cadeau des Valars, ainsi qu'il aimait appeler les flocons. Il se dirigea vers une petite place reculée, tout au fond des jardins. La neige recouvrait déjà le sol. Il se sentait bien, en paix avec lui-même. Cela faisait longtemps qu'il n'avait plus ressenti une telle paix. Il leva la tête pour sentir la fraicheur de la neige se déposer sur son visage, les yeux fermés, un léger sourire affiché sur ses lèvres. Il resta ainsi jusqu'à perdre la notion du temps.
Aragorn le trouva dans cette position. Il ne fit pas de bruit, regardant l'elfe profiter de la saison qu'il trouvait pour sa part être la plus exécrable de toutes. Il détestait la neige, au contraire de son ami. « Il faut dire que quand on s'enfonce dans une matière jusqu'aux hanches chaque fois qu'on fait un pas, ça n'aide pas. Forcément, pouvoir marcher sur la neige permet mieux de l'apprécier ».
« Que puis-je faire pour vous Aragorn ?
Ledit Aragorn sursauta.
- Comment m'avez-vous entendu ? Je n'ai fait aucun bruit !
- Le jour où je ne serai plus un elfe, vous pourrez me surprendre, sourit Legolas.
- La neige vous met toujours de bonne humeur…
- Pas vous ? Demanda innocemment l'elfe.
- Vous savez bien que non, grogna le ranger. Et il ajouta : Pouvons-nous aller dans un endroit chaud ? Il y a quelque chose dont je voudrais vous parler.
- Nous sommes bien ici !
- Ne faites pas votre elfe têtu ! Aragorn lui tapa sur l'épaule alors que Legolas riait. Allons-y ! »
L'elfe suivit docilement le rôdeur. Il le dépassa quelques instants plus tard, en courant légèrement sur la dizaine de centimètres de poudreuse sans s'y enfoncer, y laissant à peine ses traces, pour narguer son ami. Aragorn soupira exagérément en voyant l'elfe rire devant son air pataud, et finit lui-même par éclater de rire, heureux que son ami soit pour une fois si gai.
Ils finirent par arriver en vue du palais, où les jumeaux les attendaient avec impatience. C'était peu dire ! Ils trépignaient plutôt. Elrohir s'avança brusquement et saisit Legolas par le bras :
« Et bien, cela fait un moment qu'on vous cherche ! Nous vous attendions !
- Vous m'attendiez ? Et comment aurais-je pu le deviner ? Par ailleurs, vous m'attendiez pour quoi faire ?
Le ton tendu sur lequel avait été posée la question fit rire les frères.
Aragorn souffla à l'oreille son ami :
- Vous n'avez pas les moyens de résister, mon ami ! Suivez-les !
Elladan renchérit :
- Nous vous prenons en otage ! Pas de quartier ! »
Les trois éclatèrent de rire et tandis qu'Aragorn partait de son côté, les jumeaux entraînaient un Legolas plus que réticent vers sa chambre.
Ils l'abandonnèrent à l'entrée, avec pour consigne de se changer avec la tenue qui se trouvait sur son lit. Craignant le pire, l'elfe entra et se dirigea vers le lit, où était effectivement posée une tenue.
Mais loin d'un vêtement de déguisement comme il le craignait, l'elfe trouva une superbe tunique, d'un pourpre profond, moiré, accompagnée d'un pantalon noir. Un peu surpris, il revêtit toutefois l'habit. De plus en plus étonné, il constata que le vêtement était parfaitement ajusté. Il s'agissait de toute évidence du cousu sur mesure. La beauté et la richesse du tissu, aux couleurs de Fondcombe, suggérait que ce qui allait venir était pour le moins officiel. Il ne put s'empêcher de soupirer encore une fois. Il détestait tout ce qui était officiel. Il rit tout de suite après. Quelqu'un qui ne le connaissait pas aurait pu penser qu'il était un elfe bien maussade. Pourtant, il ne se voyait pas lui-même comme un elfe triste ou taciturne. Il aimait rire, bien que ces derniers temps, il n'avait pas eu trop l'occasion de le montrer.
Un peu hésitant, il sortit. Le seigneur Elrond était juste au bout du couloir, il regardait par la fenêtre. Il se retourna immédiatement, quand il entendit la porte se refermer. Il regarda un moment Legolas, ses lèvres s'élargissant peu à peu en sourire. Il s'approcha du jeune elfe, et l'invita à s'assoir un peu plus loin.
« Je voulais vous parler un peu de ce que j'ai, ou plutôt, ce que nous avons prévu pour vous.
Legolas ne répondit pas. Elrond continua donc :
- Vous m'aviez confié que vous avez perdu tout sentiment d'appartenance à quelque communauté que ce soit.
Legolas eut un mouvement d'impatience, que le vieil elfe apaisait d'un geste.
- Je ne veux pas parler de ça, ne vous en faites pas. Je veux juste dire que cette idée m'a fait beaucoup réfléchir et je pense que ce ne doit pas être une situation très confortable. Pour tout dire, je suis tout à fait incapable de me souvenir ou de m'imaginer ce que cela doit être.
Ils gardèrent le silence un long moment. Elrond reprit tout à coup :
- Aussi, ai-je décidé, sans dévoiler les raisons de cette décision, rassurez-vous, de faire quelque chose pour combler ce vide. Il sourit et ajouta enfin : J'ai décidé de vous adopter.
Legolas sursauta presque à cette révélation. Qu'est-ce que c'était que cette idée ? Il avait un père, dont il portait le nom. Pourquoi donc être adopté ? Il n'avait pas besoin de famille !
Elrond sentit son trouble.
- J'en ai discuté avec Aragorn. Il pense que c'est inutile, que vous n'en ressentez pas le besoin. Mais nous avons eu une autre idée, laquelle ne souffrira pas de refus.
- De quoi s'agit-il ?
- Vous allez le savoir. Suivez-moi. »
Presque à contrecœur, Legolas se leva et suivit Elrond. Il appréhendait ce qui avait pu passer dans la tête d'Aragorn, et après la conversation qu'il venait d'avoir, qu'Elrond cautionne cette idée ne le rassurait pas vraiment.
Ils arrivèrent dans une pièce richement parée, très bien éclairée, de toute évidence destinée à accueillir les cérémonies en grande pompe. Arwen, les jumeaux et Aragorn étaient réunis là. De façon plus surprenante, le seigneur Glorfindel était là aussi. Legolas s'était toujours senti intimidé par cet elfe, 'Le Double-né'. Sa présence ajoutait au mystère de l'entreprise de ses amis.
Elrond posa une main sur l'épaule de Legolas, et lui indiqua une chaise. Il s'assit avec gêne. Les jumeaux se chuchotaient des plaisanteries à l'oreille et regardaient Glorfindel. Celui-ci finit par demander, agacé :
- Partagez donc ce qui vous fait tant rire, vous deux.
Les deux frères se regardèrent, incapables de croire à leur bonne fortune. Le respectable elfe leur donnait lui-même le bâton pour se faire frapper.
Elrohir commença, cachant difficilement son sourire :
- Nous étions en train de penser que vos cheveux sont d'une blondeur incroyable !
Elladan pouffa. Elrond regarda ses fils d'un air peiné, tandis que Glorfindel soupirait bruyamment, sachant ce qui allait venir, même s'il ignorait de quel côté.
- Nous nous demandions avant de vous voir si vos cheveux perdraient un jour leur superbe bleu.
- Violet plutôt, corrigea Elladan.
- Oui, violet. »
On entendit Arwen pouffer de rire, puis Elrond ne put réprimer lui-même un sourire. Glorfindel le regarda avec stupeur, alors qu'Aragorn et Legolas, qui ignoraient ce à quoi tous faisaient référence, souriaient rien qu'en imaginant Glorfindel avec des cheveux violets*.
Ils finirent tous par se calmer. Cet épisode avait détendu l'atmosphère. Elrond se leva, désormais prêt à entamer la petite cérémonie.
« Legolas, vous avez à maintes reprises montré votre attachement à toutes les ville elfiques, et à la protection de toute vie, elfique ou non. Malheureusement, vous n'êtes plus aujourd'hui citoyen d'aucune cité, et le peuple que nous somme y perd.
Glorfindel se leva à son tour :
- Aussi avons-nous décidé qu'il serait un honneur pour Imladris de vous comptez parmi nous. Si vous l'acceptez, nous serions très heureux que vous deveniez Legolas d'Imladris.
Legolas ne sut quoi répondre. Certes, il s'attendait à ce que ses amis lui préparent quelque chose de gentil pour lui remonter le moral, mais il s'agissait là d'une très grande consécration. Si Fondcombe avait toujours accepté d'héberger les réfugiés de toute race, très peu avaient finis en tant que véritables citoyens de la cité. Ils étaient juste tolérés, jamais intégrés.
Legolas se leva lentement, un peu tremblant. Il s'éclaircit la voix avant de commencer :
- Je… Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je suis touché par cette offre. Il sourit à tous ses amis qui s'étaient donné tant de mal pour le rendre heureux.
- Je suis très honoré d'accepter.
Les jumeaux se levèrent et sautèrent littéralement sur l'elfe pour l'embrasser. Elrond haussa les épaules devant le manque de cérémonie de ses fils, mais après tout, il avait déjà accepté d'organiser cette réunion en privé, plutôt que devant toute la ville comme c'était habituellement le cas. La seule chose sur laquelle il avait refusé de déroger était la présence du seigneur Glorfindel, qui devait approuver et officialiser chaque nouvel habitant. Ledit seigneur avait toutefois accepté avec plaisir de remplir son rôle pour le prince de Mirkwood.
Glorfindel s'avança, écarta les jumeaux avec autorité, et annonça à Legolas :
- Il nous reste à vous trouver un titre qui définira votre position ici. Avez-vous une idée ?
Aragorn intervint :
- Moi j'en ai une si vous permettez !
Tout le monde se tourna vers lui, attendant d'entendre cette idée.
- Et bien, Legolas est un artiste à sa façon. Il a atteint le rang de Maître dans son domaine.
Elrond tourna les yeux vers Legolas et approuva d'un mouvement de tête :
- Effectivement, ça tombe sous le sens.
Legolas tenta de refuser d'un air gêné :
- Je ne remplis plus vraiment ce rôle ici, je n'ai même plus d'arme…
- Rien qui soit impossible de contourner, sourit Aragorn. Il alla prendre un paquet, à quelques mètres de là et revint le donner à ami. Celui-ci le regarda avec des yeux interrogateurs avant de commencer à ouvrir le fin tissu.
Il découvrit alors un magnifique cadeau. Il s'agissait de deux longs couteaux, identiques l'un à l'autre. Il les prit, les soupesa, passa son doigt sur les lames, avec émotion. Le métal était sublimement décoré, finement gravé de motifs végétaux, de longues feuilles entrelacées. Il les saisit brusquement, appréciant leur poids. Il les reposa et sourit à Aragorn, qui attendait sa réaction.
- Elles sont superbes, mellon nin. Merci.
- Vos anciennes devaient vous manquer. Je vous ai toujours vu avec, vous deviez sentir un grand vide dans votre dos.
- C'était le cas. Vous avez visé juste.
- Considérez que c'est un cadeau d'anniversaire un peu en avance. Vous êtes de janvier n'est- ce pas ? »
Legolas sourit à nouveau.
Il était désormais Legolas, le Maître Assassin d'Imladris.
……………………………
Et voilà !
Désolée j'ai été un peu longue dans la mise à jour, j'ai été malade.
*Concernant les cheveux violets de Glorfindel, j'ai pas pu résister ! Je me suis inspirée d'une fic que j'ai lue il y a longtemps, dans laquelle les jumeaux avaient mis un colorant bleu dans l'eau de lavage du seigneur. Celui-ci arrive complètement furieux dans la chambre d'Elrond pour exiger que celui-ci punisse sévèrement les jumeaux mais Elrond éclate de rire en le voyant. J'y ai repensé en intégrant Glorfindel à ma fic, d'où le clin d'œil. Voilou ! Bonne fin de journée !
