Law dut redoubler de prudence la semaine suivante, car il comprit rapidement que Monet le soupçonnait malgré tout d'avoir tenté de pénétrer dans le laboratoire interdit. Il fit mine de ne pas se rendre compte que la femme le prenait en filature et flâna au hasard des couloirs, sans chercher à éviter. Lorsqu'elle lui demanda de remplacer ses bras par des ailes et ses jambes par des serres, il accepta sans chercher à savoir quel usage elle en ferait. Une fois la méfiance de la jeune femme aux cheveux verts endormie, il put alors organiser une nouvelle excursion vers l'endroit où Resha était tenue prisonnière.
Une fois devant la porte de fer, l'homme hésita à frapper. Ils s'étaient quittés fâchés, après tout, et il craignait quelque peu qu'elle lui en veuille pour son départ précipité et son silence de ces derniers jours. Il allait falloir qu'il lui explique que ce n'était pourtant pas l'envie qu'il lui avait manqué de la tenir contre lui pour s'excuser et finalement l'embrasser…
Une voix lui parvint de sous la porte, et il fronça les sourcils, se demandant si elle avait deviné sa présence. Le ton lui était familier, mais particulièrement désagréable, et il sentit tous ses muscles se crisper alors qu'il comprenait enfin la raison de son dégoût. Doflamingo. Comment était-ce possible ?!
En collant son oreille à la porte, Law eut la certitude que le Grand Corsaire n'était pas présent dans la chambre, communiquant avec sa prisonnière à l'aide d'un escargophone. Soulagé – mais un peu en colère tout de même – il utilisa son pouvoir et échangea sa place avec la chaise à l'intérieur. Resha sursauta à son apparition, mais elle sut retenir l'exclamation de surprise qui avait failli jaillir de ses lèvres. Il lui fit signe de garder le silence, ce qu'elle n'eut aucun mal à faire puisque Doflamingo semblait monologuer depuis un bon moment déjà.
- Selon César, tu te montres particulièrement désagréable à son égard. Ce serait bien que tu ménages ce pauvre homme, ce n'est pas simple de travailler sur trois projets à la fois. Et plus vite il aura analysé ton cas, plus vite on pourra te rapatrier auprès de ton frère.
Les bras croisés, assis sur le bureau, Law écoutait le pirate déblatérer, sourcils froncés. Son poing se serra lorsqu'il entendit Doflamingo expliquer à quel point il avait hâte de revoir « sa » Resha, que cette fois-ci il ne la quitterait plus. La jeune femme leva les yeux au ciel et put enfin en placer une.
- Bon c'est fini là, le monologue ? Non parce qu'il est tard, et si vous voulez que César finisse vite, faut peut-être que je sois en forme pour ses tests à la con. Après moi, je dis ça…
- Pour une fois que j'ai la soirée entière à te consacrer, on ne va pas se quitter de sitôt, répliqua le corsaire avec amusement. D'ailleurs j'aimerais en profiter pour te poser quelques questions.
- J'ai le droit à combien de jokers pour les réponses ?
Le pirate à l'autre bout du fil éclata de rire. Law devina que c'était l'utilisation du mot « Joker » qui devait l'amuser à ce point, mais Resha ne semblait pas connaître la raison de sa soudaine hilarité.
- J'ai peur que tu n'aies le droit qu'à un seul Joker, et son utilité première ne consiste pas à esquiver mes questions.
Encore une fois, le sous-entendu ne fut clair que pour le capitaine du Heart, qui faillit se jeter sur le pauvre escargophone pour le balancer contre le mur. Il se retint à grande peine, se levant du bureau pour venir s'asseoir au bout du lit, sous le regard intrigué de Resha. Les mains croisées devant lui, les dents serrées par la rage, Law tenta de garder son calme pour ne pas trahir sa présence et ainsi pouvoir être témoin du reste de la conversation. Il fit bien, car les questions le concernaient directement, comme ils purent s'en rendre compte.
- Qu'est-ce que tu trouvais à Law ?
Resha eut un sursaut et s'empourpra, se cachant le visage entre les mains en gémissant.
- Non mais ça ne vous regarde pas à ce que je sache, je refuse de répondre à ça !
- Vraiment ? Faut-il que je fasse le déplacement pour l'entendre de ta bouche ?
Elle serra les dents et se redressa, osant lancer un regard à Law qui était resté sans réaction. Elle fronça les sourcils et reporta son attention sur l'escargophone, un peu fâchée dans le fond.
- Bon bah déjà pour commencer, lui il a pas des vues sur des gamines de 16 ans alors qu'il a 32 ans.
- Je n'ai pas d'intérêt pour les gosses, répliqua tranquillement le corsaire, juste pour toi. Et j'aurais dû me douter qu'il en aurait également pour toi… Après tout nous sommes si semblables lui et moi. Même si dans son cas, ce fut finalement un intérêt très… éphémère.
Law se crispa et fusilla l'escargophone du regard. Il savait que Doflamingo n'en saurait rien, mais au moins à lui cela ne pouvait lui faire que du bien.
- Semblables, lui et vous ? rétorqua Resha d'un ton moqueur. Bah voyons ! Vous vous ressemblez autant qu'un chien et un chat : quatre pattes, un museau, deux yeux et c'est TOUT ! Physiquement, c'est le jour et la nuit ! Quant au caractère, je préfère ne pas trop développer, je sens que je vais devenir vulgaire !
- Au moins moi je suis toujours à tes côtés alors que lui a préféré… sa carrière, dirons-nous.
- Je ne me souviens pas lui avoir demandé de sacrifier sa vie pour moi non plus. Au contraire, j'ai bien plus de respect pour lui qui suis ses rêves et son ambition !
- Mes rêves, tu vas m'aider à les accomplir, ma chère.
Elle laissa échapper un long soupir, une main crispée dans ses longs cheveux rouges pour prévenir une migraine naissante.
- Ceci dit, tu ne m'as toujours pas dit pourquoi ce traître… Tu ne te doutais peut-être pas de sa fâcheuse tendance à abandonner les gens qui ont pris soin de lui, n'est-ce pas ? D'abord ma famille, puis toi… Il n'a même pas cherché à me contacter après le gentil message que je lui ai laissé sur l'île. Vraiment un rustre, ce gamin, j'aurais du penser à mieux l'éduquer.
- Mais il fait ce qu'il veut oh ! S'il s'est rendu compte qu'il n'avait pas envie d'être avec moi, bah on va pas le forcer non plus ! Et puis c'est vous le premier à pas accepter que…
A ces mots, la raison de Law vola littéralement en éclat. Lui qui se retenait depuis le début d'hurler sur Doflamingo pour qu'il se taise enfin, entendre Resha dire à son tour qu'il ne tenait probablement plus à elle l'emporta sur son bon sens. Attrapant la jeune femme par la main, il l'incita à tourner la tête vers lui avant de lui voler un baiser passionné, la coupant en pleine tirade. Elle rougit légèrement mais s'accrocha à ses bras, avant de se lover tout contre lui non sans cesser de l'embrasser.
Resha fut la première à réaliser la situation dangereuse dans laquelle ils se trouvaient. Un frisson d'horreur lui parcourut l'échine alors qu'elle tournait la tête vers l'escargophone pour bafouiller.
- Enfin voilà quoi !
L'escargophone resta silencieux, sans sourire, la fixant de ses yeux roses. Elle crut un instant que Doflamingo avait compris et redoutait qu'il soit déjà parti pour Punk Hazard, lorsqu'un rire s'éleva, froid et cruel.
- Je suis le premier à ne pas accepter qu'un autre homme te touche, t'embrasse ou te parle tout simplement ? Tu as raison… Il m'a déjà arraché ton premier baiser, si il avait osé aller plus loin je l'aurais traqué pour l'écorcher vif. Et crois-moi que ce n'est pas l'envie qui m'en manque, aujourd'hui encore.
La jeune femme retint un soupir, soulagée qu'il ait mal interprété son brusque silence. De son côté, Law tendit son majeur vers l'appareil, avant de se glisser dans le dos de Resha pour passer ses bras autour d'elle. Elle en fut de nouveau troublée, mais tenta de garder une voix égale alors qu'elle s'adressait de nouveau à Doflamingo.
- Qu'est-ce que ça peut vous faire, maintenant ? Vous avez gagné, vous m'avez retrouvé et vous gardez auprès de vous la seule personne qui me fera toujours revenir à vos côtés.
- Et plus jamais Law ne pourra te toucher…
L'interpellé eut un petit sourire, déposant un baiser sur la joue de Resha. Elle se retint difficilement de rire et frissonna longuement lorsqu'il descendit lentement dans son cou, prenant le temps de lui faire apprécier ses petites marques d'affection.
- Bon, si on a fini d'évoquer le désert de ma vie amoureuse, je vous laisse à vos occupations et je retourne à mes livres hein !
Sans attendre la réponse du pirate, elle raccrocha l'escargophone et pinça la main de Law qui s'était aventurée sur sa taille.
- Non mais t'es fou ?! Tu te rends compte s'il avait fini par comprendre que tu te tenais là avec moi ?!
- Et alors ? répliqua le capitaine du Heart en haussant les épaules. Il serait venu, je l'aurais affronté et tué, tout simplement.
Elle retint un rire amusé, plongeant son regard dans le sien, un peu moqueuse.
- Parce que maintenant, tu penses qu'il sera facile à supprimer ? C'est qui qui met au point tout un plan super compliqué pour le faire chuter de son piédestal, rappelle-moi ?
- Avec la meilleure motivation du monde, personne ne peut me vaincre, rétorqua Law sourire sadique aux lèvres.
Et les mois s'écoulèrent « paisiblement », sur Punk Hazard. Entre les expériences de César, les brèves visites de Monet et les coups de fil de Doflamingo – durant lesquels Law prenait un malin plaisir à être présent –, les journées de Resha se suivaient et se ressemblaient. Puis vint le jour redouté où le souverain de Dressrosa commença à parler sérieusement de son retour. Selon lui, César Clown pourrait très bientôt se passer de la présence de la jeune femme, et elle devait sans aucun doute être fatiguée du froid et de la neige. Elle eut beau prétexter que la neige, elle ne la voyait pas beaucoup vu qu'elle était enfermée en permanence et donc que ça ne risquait pas de la lasser, Doflamingo ne prit pas en compte ses remarques et fixa une date. Il ne lui restait plus qu'une semaine.
- Mais tu seras contente de retrouver Dressrosa, lui expliquait un soir le pirate avec amusement. Une surprise t'attend, et je suis persuadé qu'elle ne pourra que te faire plaisir.
- Si vous l'dites, je vais faire semblant de vous croire, répondit Resha d'un ton morose.
Lorsqu'elle raccrocha comme à son habitude sans penser à lui souhaiter une bonne nuit, elle se tourna vers Law qui patientait tranquillement, assis sur le lit à ses côtés. La jeune femme ne voulait pas se l'avouer, mais l'idée de retrouver Doflamingo la terrifiait au plus haut point, car elle savait bien ce que cela signifiait pour elle. Le capitaine du Heart sentit sa peur et n'hésita pas avant de la prendre contre lui, déposant un baiser sur sa tempe pour essayer de l'apaiser.
- Je vais trouver une solution, Resha. Il ne me manque qu'un déclencheur pour lancer mon plan… et lorsque celui-ci sera en route, il sera bien obligé d'avoir d'autres priorités que toi et ton frère. Il nous suffira alors de le sortir de Dressrosa, et d'attendre que les choses se passent.
La jeune femme aux cheveux rouges hocha doucement la tête, légèrement soulagée. Elle était au courant du plan de Law et trouvait qu'il était suffisamment tordu pour pouvoir marcher. Avec un peu de chance, elle regagnerait définitivement sa liberté d'ici la fin du mois.
(..)
Le laboratoire de César Clown était en proie à une agitation inhabituelle ce matin-là. Monet avait tout juste pris le temps de balancer un paquet de brioche à Resha en guise de petit-déjeuner avant de s'enfuir à tire d'ailes, sans prendre la peine de répondre aux interrogations de la prisonnière. Le calme sembla revenir un instant, puis elle entendit de nouveau des cris résonner dans le bâtiment. Au même moment, son escargophone sonna. Elle grimaça mais décrocha tout de même. Le message fut aussi bref qu'inattendu.
- Aujourd'hui, tu ne sors pas de ta chambre.
Même pas le temps de se montrer insolente que la tonalité lui indiqua que la communication avait été coupée. Elle reposa donc le combiné, l'esprit plein de questions qui ne trouvaient pas de réponse.
Quelques heures s'écoulèrent sans que personne ne semble se soucier de son sort. Enfin, la poignée de la porte s'abaissa, et elle leva les yeux pour découvrir qui de Monet ou de Law venait lui rendre visite. Elle fut surprise de se retrouver face à un inconnu vaguement familier, grand, aux cheveux noirs coupés courts, portant des lunettes de soleil et ayant un beignet à peine entamé collé à la joue. Elle ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit tant elle était choquée par cette apparition. A vrai dire, elle doutait même d'être éveillée et se pensait en plein rêve.
- Elle est bien là, Joker, dit l'énergumène en s'adressant au petit escargophone posé à plat dans sa paume. Elle a l'air plutôt calme, je ne pense pas qu'elle soit au courant.
Sans attendre de réponse, il rangea la bestiole dans sa poche et s'inclina devant Resha, mains croisées dans le dos.
- Je suis enchanté de faire officiellement votre connaissance, mademoiselle. On m'a beaucoup parlé de vous, et en bien. Veuillez d'ailleurs accepter ce bouquet pour… tiens, mais qu'ai-je fait des fleurs ?
- Tu n'en as pas acheté, Vergo.
Le regard de la jeune femme passa du beignet accroché à la joue de l'inconnu à sa poche, éberluée. Son rêve était apparemment en train de tourner au cauchemar.
- Tiens, tu as raison, marmonna le dit Vergo en se redressant. C'est bien dommage, je ne me présente pas sous mon meilleur jour-là. En tout cas, elle est aussi charmante que tu me l'as décrite, Joker.
- N'est ce pas ? Mais je te rappelle aussi qu'elle est à moi, alors évite de trop flirter….
- Ce n'est pas dans mes intentions. Vous formez un joli couple après tout.
Ce fut trop pour Resha qui se laissa tomber en arrière sur le lit, les bras écartés et le regard fixé sur le plafond.
- Ok maintenant c'est sûr, tout ceci n'est pas en train de se passer. Ou alors je fais une grosse poussée de fièvre et je délire totalement. Ce qui expliquerait pourquoi y a un type louche avec un beignet sur la gueule et qui n'a pas l'air de s'en rendre compte.
A ces mots, Vergo se passa la main sur le visage et parut presque étonné de trouver le-dit beignet sous ses doigts. Puis il haussa les épaules et jeta la friandise entamée dans la poubelle, avant de parcourir la chambre du regard.
- Bien, vous avez peu d'affaires ici. Nous n'aurons pas de problème à partir demain.
Elle redressa la tête pour le fixer, yeux plissés.
- Demain ? Où est-ce qu'on va demain ?
- A la maison, Resha, à la maison, lui répondit la voix de Doflamingo à travers la poche. Encore un peu de patience, Vergo a une dernière mission à accomplir sur l'île puis vous pourrez faire tranquillement le voyage.
- Ah ouais ? C'est quoi comme mission, tailler les cornes de César pour être sûr qu'il n'embroche personne à la saison des amours ?
Un rire cruel lui répondit, et Vergo tourna les talons, refermant à clé derrière lui. Intriguée, la jeune femme se releva pour coller son oreille à la porte, essayant de capter des sons lui indiquant ce qu'il se passait dehors. Est-ce que Law avait mis son plan en route ? Pourquoi ne l'avait-il pas averti alors ? Et pourquoi Doflamingo s'était senti obligé d'avancer la date de son départ de deux jours ?
Lorsque Law était revenu au laboratoire avec Chopper caché au fond d'un sac, il avait prévu de faire un saut à la chambre de Resha avant de rejoindre la salle où était fabriquée le SAD. La jeune femme n'était pas au courant que tout son plan se retrouvait précipité à cause de la présence de l'équipage de Chapeau de paille, et ces derniers ne se doutaient pas non plus qu'en plus de la capture de César et la destruction du SAD, le corsaire avait un autre objectif tout aussi important à ses yeux…
Malheureusement, sur le chemin, il croisa Monet et Vergo, ce dernier en possession de son cœur dont il se servit bien-sûr pour mettre K.O. le capitaine du Heart. Il ne sut pas que la femme-harpie avait trouvé ça suspect de le retrouver dans le couloir menant au lieu de détention de Resha, et elle avait fait part de ses doutes à son collègue, qui s'était empressé d'appeler leur patron. Bien sûr, cela pouvait tout aussi bien être un hasard… Néanmoins, Doflamingo ne voulait pas se contenter d'hypothèse. Vergo fut chargé d'aller vérifier que Resha était toujours bien sage dans sa chambre, et pas sur le départ, comme elle aurait dû l'être si Law et elle avaient manigancé toute cette histoire ensemble. Rassuré par le rapport de son homme de confiance, le souverain de Dressrosa lui donna l'autorisation d'assister à l'expérience de César Clown, se réjouissant à l'idée de voir disparaître un si grand rival.
- Dis-moi Vergo, fit soudain Doflamingo. Lorsque tu es parti avec le tanker, tu as pensé à mettre ton petit prisonnier en lieu sûr ?
L'homme s'arrêta, une main glissée sous le menton alors qu'il réfléchissait.
- Oh… Je l'ai embarqué avec moi par mégarde. Et comme il m'agaçait, je l'ai enchaîné dehors pour voir si le froid allait lui faire fermer sa grande gueule.
Son patron rit à l'autre bout du fil.
- Un sale gosse hein… Mais vu notre dernière conversation via escargophone, je peux te comprendre… C'est étonnant qu'un gamin aussi vulgaire fasse partie de la même famille que mon petit chat.
- En effet, répondit Vergo, imperturbable. Mais dans toutes les familles, il y a des ratés après tout.
- Oh je crois savoir à qui tu penses. C'est vrai… Heureusement, s'il nous emmerde, nous pourrons toujours lui régler définitivement son compte. Après tout je crois avoir assez d'un otage, pas besoin de s'encombrer de trop.
L'ancien Corazon l'approuva, puis mit fin à la communication alors qu'il rentrait dans la salle où l'attendait une cage remplie de bien des célébrités…
