Titre : Chasse Gardée !
Source : Gundam Wing AC.
Auteur(e) : Lysanea
Genre : yaoi, romance, UA.

Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Lyria.

Pairing : 1x2, SoloxDuo

Personnages : Heero Yuy, Duo Maxwell, + des personnages secondaires (Solo, Lyria)

Notes : bonsoir à tous ! merci beaucoup à tous pour vos messages sur mon chapitre précédent, qui date d'un mois déjà. Très prise, comme certains en ont une confirmation ces derniers temps, je m'efforce de ne pas mettre trop de temps entre mes posts car mes chapitres sont assez longs et je ne voudrais pas vous obliger à en relire des parties avant de reprendre un nouveau... Vous aurez tôt fait de nous laisser tomber, ma fic et moi XD. J'espère que ce cette suite vous plaira.

Rars :

lilith : comme je suis contente de te savoir toujours présente ! merci pour ta review, elle m'a fait très plaisir. J'espère que ce chapitre te plaira, j'ai pris mon temps, tu as pu le constater. Bonne lecture à toi.

Caro06 : encore merci pour ta review et ton petit passage, dernièrement. Comme promis, j'ai fait de mon mieux pour le poster avant Noël, presque pour Noël, et comme prévu, j'ai dû le couper. J'espère que tu prendras plaisir à le lire. Bonne lecture !

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Je dédicace ce chapitre à Claire, Marilyn et à toutes celles et ceux (même si t'es le seul mec, Darlian XD) qui, comme toi, attendaient un coup de projecteur sur le passé d'Heero, même s'il est pas très gros... et pour les adeptes du couple Heero-Duo.

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Bonne lecture à tous !



Chapitre vingt-et-un : le jour rassemble et chasse le troupeau des ombres...

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Un mois plus tard,
14 - 15 février 204

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Après avoir célébré toute la journée aussi bien le Nouvel An chinois, sous le signe du Tigre, que l'arrivée prochaine d'un nouveau Chang, sous le signe du Dragon, de nombreux couples se sont éclipsés pour fêter leur amour plus intimement, en ce jour qui est aussi celui de la Saint-Valentin pour beaucoup.

Les célibataires et même certains couples sont restés au Cirque, continuant de s'amuser dans les annexes somptueusement aménagées et décorées par les employés de Quatre, qui a offert à Wufei et Sally l'organisation complète de cette magnifique journée.

Le Petit Prince du désert, comme le surnomment tous les artistes à présent, a lui-même fait la fête avec tout le monde jusqu'en début de soirée, où il a pris congé avec Trowa pour une soirée en amoureux.

Duo leur a laissé les clefs de sa maison pour qu'ils puissent être complètement seuls, sachant combien cela peut faire du bien d'être tranquilles, loin de tout, sans aucune autre présence dans les environs.

De la même façon et pour les mêmes raisons, Heero et lui ont été s'isoler dans le désert pour y vivre et partager l'une des soirées les plus romantiques qui soient, en toute simplicité.

Au dîner aux chandelles dans un restaurant chic décoré comme pour un film, ils ont préféré s'installer un petit camp de fortune, allumer un feu et dîner d'un repas cuit sous la cendre dans le sable chaud, blottis l'un contre l'autre et appuyés sur Lowe, couché derrière eux.

Ils ne regrettent pas plus le violoniste qui fait pleurer son instrument au-dessus des tables, lançant des regards énamourés aux clients qui apprécient la musique, certes, mais qui aimeraient surtout un peu d'intimité.

Eux, ils ont bien plus : le chant des dunes, que Duo accompagne parfois dans une sorte de complainte murmurée d'une voix grave et profonde, dans une langue si ancienne qu'Heero, pourtant parfait polyglotte, peine à reconnaître les mots.

Cela lui donne l'étrange impression que le désert et au-delà, la Terre elle-même s'expriment à travers Duo.

- Tu comprends les paroles, remarque-t-il, l'admiration et le respect pointant dans sa voix.

- Oui. C'est justement par les chants que j'ai appris cette langue très ancienne, celle des tribus originelles qui les premières peuplèrent le désert. Je trouve ça absolument incroyable et beau que des millénaires soient passés et que rien n'ait eu raison de cette culture, de cette langue et de ce peuple de tradition exclusivement orale.

- Tant qu'il y aura des hommes pour parler, elle perdurera.

- Et tant que le désert protégera leur existence, ces hommes vivront.

- Je n'ai pas pu comprendre les mots, mais j'ai senti de la tristesse et de la douleur dans ton chant, reprend Heero après un court silence.

- Et pour cause ! C'est le cri déchirant d'un cœur en souffrance. Il dit la douleur des tribus qui vivent dans le désert, la souffrance quotidienne avec laquelle elles ont appris à vivre, mais l'impossibilité pour elles de partir, car c'est tout simplement inconcevable. Ce chant évoque les hommes qui veulent arracher les fils et filles du désert à leur terre. Il est une prière adressée au sable, au vent, au soleil, à tout ce qui compose le désert, leur demandant d'empêcher que ça n'arrive. C'est une vie rude, mais ils n'en veulent pas d'autre.

- Leur prière a été entendue, d'après toi ?

- C'est un chant très ancien, comme je te l'ai dit. Depuis, les hommes du désert ont seuls gagné les grandes villes, puis les grands continents pour s'en sortir, souvent contraints et forcés. Manipulés ou appâtés, le résultat a été le même, les caravanes se sont considérablement raccourcies. Mais tu vois bien que l'homme riche construit des villages depuis des centaines d'années dans le désert, et pourtant, vu du ciel, ils ne sont toujours que de petites tâches dans cet océan de sable. Les caravanes sont toujours là, même plus courtes et moins nombreuses. Les filles et fils du désert également, personne ne renie ses origines. Les gens sont fiers de se poster en haut des murs d'enceinte de la ville où ils habitent et de clamer haut et fort, en pointant un doigt vers le désert « c'est là que sont mes racines ! ».

- Et toi, Duo ?

- Moi ? J'ai des moignons cicatrisés des racines que m'ont données mes parents. Et j'ai celles, greffées, transplantées, appelle ça comme tu veux, que m'ont offert le Père Maxwell et Raberba Sénior. Elles plongent dans le désert, et quelques unes rejoignent sûrement Eldeux, d'une manière ou d'une autre. Qui je suis, d'où je viens vraiment, ce sont des questions trop douloureuses et dangereuses, quand on veut trop creuser. Ce que je sais, ce que je suis devenu, ça me suffit... la plupart du temps.

- Cela devrait te suffire tout le temps.

- J'ai encore un peu peur de ce que je suis capable de faire, honey. Ce qui se passe autour de moi, ce que je peux être… parfois, je me fais carrément flipper. Mais ça s'apaise, depuis que tu es là, le rassure-t-il, alors qu'Heero le serre plus fort contre lui. Être l'homme que tu aimes et avec qui tu veux vivre, ça me suffit. Si je ne pouvais être que ça, je serais plus tranquille.

- Baka.

- Hey !

- Concernant ce que tu es capable de faire, Duo, il ne t'es jamais venu à l'esprit que le Professeur G. pouvait avoir sensiblement modifié ton organisme ?

- Je n'ai jamais permis que lui ou ses laborantins me touchent, Heero. Je n'ai même jamais été soigné à l'Escadrille. C'est le nom de la base de la section G... mais tu le sais déjà.

- Hn.

- Je ne vois pas quand, comment il aurait pu me faire quoi que ce soit.

- Il usent de très nombreuses méthodes et de très nombreux stratagèmes, tenshi. Ils prennent leur temps, ils sont sournois.

- Je doute que le Prof me réponde si je lui pose la question.

- Demande à Sally qu'elle t'examine. Les modifications génétiques n'ont aucun secret pour elle, aussi infimes soient-elles.

- Je lui en parlerai. Mais tout ça, ma force, ma vitesse, ce ne sont encore qu'un aspect de ma personne qui me fait m'interroger. Le lien que j'ai avec la Mort...

- Tu veux bien m'épargner tes théories fumeuses, ce soir, tenshi ? le coupe calmement mais fermement Heero. Je voudrais qu'on profite pleinement de ce moment, alors autant éviter les sujets qui fâchent.

- Tu as raison, honey. Donne-moi ton verre, je vais nous resservir du thé.

- Merci, répond Heero en le libérant de son étreinte.

Une fois réinstallés avec leurs verres à thé brûlant entre les mains, Duo reprend la parole, les yeux rivés au ciel nocturne.

- On y voit presque comme en plein jour.

- C'est la pleine lune.

- Elle est vraiment magnifique, ce soir. Mais ça ne va pas nous aider à dormir…

- Tu veux qu'on rentre ?

Duo tourne son visage vers Heero et l'embrasse, puis lui sourit.

- Pas vraiment. Je suis bien, là. Ca ne me dérange pas de ne pas dormir, cette nuit, je ne travaille pas, demain. Toi non plus.

- Hn.

- Et connaissant Quatre, il a déjà prévu d'envoyer du personnel pour nettoyer et ranger les annexes, pour nous éviter à tous de devoir se lever pour le faire.

- Ca lui ressemble bien.

- Oui ! On pourra donc rentrer demain, s'enfermer dans la caravane, tout barricader et rattraper nos heures de sommeil. Sauf si tu veux rentrer maintenant…

- Non, ça me va.

- Dans ce cas…

Duo se détache d'Heero et se lève, avant de prendre leurs sacs pour en sortir les couvertures.
Heero, debout à son tour, l'aide à leur préparer une couche confortable, douillette et surtout bien chaude ; les nuits dans le désert sont souvent dignes d'un automne russe.

Ils terminent ensuite rapidement leur thé et après s'être assurés que Lowe ne manquait de rien et avait bien chaud, lui aussi, sous sa propre couverture épaisse, ils se couchent dans un enchevêtrement de bras et de jambes.

Le regard perdu tantôt dans la contemplation du ciel au-dessus d'eux, tantôt dans celle du visage si proche de l'autre, ils échangent parfois quelques mots, mais partagent davantage le silence si précieux et apaisant de ces immenses terres d'éternité.

Contrairement à ce qu'il pensait, Duo se sent tellement bien, serein, détendu, heureux, qu'il finit par s'endormir.
Dans le même état d'esprit et de corps, Heero ne tarde pas à l'imiter.

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- On dirait que ta bague glisse, chaton.

Duo lève sa main sans la détacher de celle de Solo pour jeter un œil à sa bague de fiançailles.

- Pas tant que ça. Mais j'ai remarqué aussi qu'elle était un peu plus lâche que d'habitude. T'inquiète pas, je ne vais pas la perdre. Après tout, ça n'est jamais arrivé, en deux ans !

- C'est peut-être un signe, Duo.

- Un signe ?

- Oui. Qui dirait « il est temps de coincer cette bague avec une alliance ! » Ou de la changer de doigt, mais alors il faudrait vite mettre l'alliance pour que celui-ci ne se sente pas tout nu.

- C'est sûr, le pauvre…

- Exactement, le pauvre… T'en penses quoi ?

- Je pense que tu es en train de me redemander en mariage, répondit-il en lui souriant tendrement. Je me trompe ?

- Eh bien, ma demande officielle date de deux ans, déjà, chaton. C'est vrai que tu venais juste d'avoir la majorité, mais ces détails n'ont jamais eu d'importance pour nous. Et nous avons fait notre deuil du Père Andrew, assez pour envisager notre mariage, tu ne crois pas ?

- Si, Solo chéri. Je me sens prêt.

- Vraiment ? s'étonne Solo, qui se préparait déjà à devoir argumenter. Ce n'est pas seulement pour me faire plaisir, chaton, c'est sûr ?

Duo s'arrête, obligeant Solo à faire de même, et se met devant lui pour lui faire face.

- Non, ce n'est pas seulement pour te faire plaisir, l'enjeu est trop important. Je me sens vraiment prêt, parce que je sais que mon père sera heureux pour nous. Il n'aurait pas souhaité que je retarde l'un des moments les plus importants de ma vie parce qu'il nous a quitté. Et puis maintenant, j'arrive à ressentir sa présence sans que le chagrin, la douleur ou la culpabilité ne parasitent cette… communion d'âmes. Alors nous pouvons parler au Père Christopher. Quand tu veux.

- On ira le voir dès qu'on sera rentré, alors. Je suis vraiment heureux que tu aies terminé ton deuil, au-delà de ce que ça signifie pour nous deux.

- Merci de m'avoir tant soutenu.

Solo embrasse Duo sur le front.

- Je serai toujours là pour toi, chaton.

- Moi aussi, assure Duo, alors qu'ils reprennent leur route. Tu as pensé à une date ?

- Oui, celle de notre anniversaire, on en avait déjà parlé. Cela fera cinq ans qu'on est ensemble et ça nous laisse quatre mois pour tout préparer. Ca ira, d'après toi ?

- Largement. Ca freinera les filles pour les préparatifs, même si en quatre mois elles auront bien le temps de nous préparer quelques excentricités.

- Qu'elles nous laissent choisir nos vêtements et ne se mêlent pas de ce qu'on souhaite se dire en public, c'est tout ce que je veux. Elles peuvent bien s'amuser pour le reste.

- Sauf la musique et les invités. Et le repas.

- Tu ne leur laisseras pas grand-chose, chaton.

- C'est notre mariage ! Elles ont qu'à s'occuper de se trouver un mari ou une femme, si elles aiment tant que ça organiser les unions. Si elles mettaient plus souvent leurs nez ailleurs que dans les affaires des autres, elles seraient sûrement déjà fiancées ou mariées. Sauf Hilde, mais c'est une exception qui confirme la règle.

- Je te propose qu'on réfléchisse ensemble à ce qu'on veut et ce qu'on ne veut pas, avant de l'annoncer aux autres. On pourra logiquement mieux imposer nos choix, si nous sommes d'accord tous les deux.

- Ok ! Qu'est-ce que j'ai hâte !

Solo rit et embrasse Duo sur la tempe.

- Tu es incroyable ! Tu te montres impatient, alors que tu ne pensais absolument pas au mariage, il n'y a pas cinq minutes !

- Peut-être, mais tu m'as remis cette idée dans le crâne ! Et puis tu sais, mon Solo, j'y pensais souvent, avant que tu ne m'en parles, aujourd'hui. Mais j'avais seulement du mal à l'envisager sans mon père. J'ai toujours cru que ce serait lui qui nous marierait…

- Je sais.

- Mais quand tu en as parlé, je me suis rendu compte que ça ne me faisait plus autant souffrir. C'est douloureux, mais c'est devenu envisageable. Et voilà que je suis pressé de témoigner devant Dieu et ceux qui nous sont chers, vivants ou disparus, de ce lien puissant et incroyable qui nous unit, toi et moi.

Solo s'arrête et prend Duo dans ses bras pour le serrer fort contre lui.

- Ce que je peux t'aimer, Duo Maxwell, souffle-t-il à son oreille.

- Je t'aime aussi, Solo Vaughan-Cain. Comme un dingue.

Ils se séparent à regrets parce qu'ils sont en pleine rue.
Alors ils grimpent sur les toits et une fois à l'abri des regards, ils s'embrassent longuement, s'étreignant avec cette passion qui les consume, libérée depuis bientôt six ans, et qui ne cesse de croître et d'évoluer.

Duo trébuche soudain, alors qu'il reculait vers le mur, entraîné par Solo, et tombe sur les sacs empilés au sol.

- Outch !

- Je t'ai fait mal ? s'inquiète immédiatement Solo, au-dessus de lui.

- Non, mais y a certainement pas que du grain ou de la farine dans ces sacs, un truc m'a piqué l'épaule…

Solo n'entend déjà plus rien, il vient de voir un serpent filer entre les sacs.
Ni une, ni deux, il arrache littéralement le sweet-shirt de Duo pour découvrir son épaule.

- Qu'est-ce que… ?

Mais Solo a déjà planté ses dents dans la chair de Duo, de part et d'autre des deux points roses suintant déjà, et aspire violemment avant de recracher le venin qui inonde sa bouche.

Comprenant de quoi il s'agit, Duo tente de le repousser.
Mais la peur donne une force insoupçonnée à Solo, alors que Duo sent déjà ses muscles se raidir et sa respiration s'emballer.

- Solo… arrête !

- Laisse-moi faire ! gronde-t-il entre deux aspirations.

- C'est trop tard… tu risques de… toi aussi… halète Duo.

Trop affaibli, il n'a pas la force de lutter et de le repousser.
Il veut hurler, se débattre, sa peur pour Solo plus forte et douloureuse que l'incendie qui parcoure ses veines, tandis que le venin se propage inexorablement.

- Quel serait le sens de la vie, sans la personne que l'on aime ? réplique Solo, continuant son manège, bien que ralenti parce qu'il commence lui-même à ressentir les effets du poison.

- So… lo…

- Quatre… a besoin de toi, chaton… beaucoup… de monde… dépend de toi…

La vue de Duo se trouble, mais il voit encore Solo prendre son portable dans son jean et lui mettre dans sa main, sans jamais cesser d'aspirer dans son épaule qu'il ne sent plus et de cracher aussi loin que son souffle difficile le lui permet.

Dans un ultime effort, Duo appuie sur la touche 4 d'un doigt devenu aussi dur que le granit.
Quatre décroche, mais n'entend d'abord que des bruits étranges qu'il ne parvient pas à identifier.

- Duo ? Allo, Duo ? Qu'est-ce qui se passe ?

« Je t'aime… et je te déteste… pour ce… ce que tu… viens de faire… Solo…

« Tu aurais fait… pareil… Tu es plus important… que n'importe qui… Duo… On se retrouve de… l'autre côté… chaton… Je t'aime… n'oublie pas… jamais… Duo… ? Duo… ?

- Duo, Solo, vous m'entendez ? Qu'est-ce qui se passe ?

- Quatre… ?

- Oui, Solo, enfin ! Rashid est en train de vous localiser, dis-moi ce qui se passe !

- Viens… vite… Duo…

- On arrive, tenez le coup ! Solo… ? Duo… ? Duo !

-


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- Duo ? Duo !

Difficilement, Duo ouvre les yeux et rencontre un regard plus qu'inquiet posé sur lui.

- Heero ? murmure-t-il, encore un peu perdu, tout en se redressant.

- Tu pleures, tenshi. Un cauchemar ?

Duo referme les yeux, qu'Heero embrasse pour effacer les dernières gouttes d'eau salée qui y perlent.

- Un souvenir, finit par répondre Duo, en le regardant de nouveau. Je revis toujours ce moment précis, quand l'anniversaire de la mort de Solo approche. Les nuits qui précèdent, je revois toute la scène, même la fin, alors que j'étais pourtant déjà inconscient.

- Tu ne me l'as jamais raconté. Je ne connaissais même pas la date exacte de sa disparition.

Le regard levé vers la lune ronde, pleine, lumineuse, Duo ne dit rien un moment.
Puis il tourne son visage vers Heero.
La tristesse qu'il perçoit dans son cœur et qu'il lit dans ses yeux lui retourne le cœur.

- Tu veux que je le fasse maintenant ? demande calmement Duo.

- Si tu te sens prêt.

Duo se rallonge, attirant Heero pour qu'il fasse pareil, puis se lance dans son récit, le sourire triste et les yeux secs, racontant cette soirée de cauchemar.

- Quatre a envoyé les maganacs nous chercher, conclut-il son récit. Je me suis réveillé quatre jours plus tard, blotti contre Solo autant que les fils nous reliant aux machines nous le permettaient. Mais je n'ai pas tardé à constater que même si son corps était encore chaud, son cœur, contre lequel mon oreille était posée, était horriblement silencieux. Je me souvenais avoir été poussé vers la lumière et non accompagné. Solo était resté dans les ténèbres les plus totales.

- Après t'avoir ramené, comme tu l'as fait pour moi.

Duo sourit, simplement, avec plus de tendresse que de tristesse, cette fois-ci.

- J'ai compris le geste de Solo dans sa totalité, ce qu'il avait pensé et fait, lorsque tu as été mordu, l'été dernier. Même si je ne voulais pas accepter que je puisse avoir des sentiments pour un assassin, même si tu avais été détestable peu avant avec moi… tout a été balayé d'un coup. Il était simplement hors de question que tu meurs, Heero. Pas comme ça, pas sans que j'ai tout fait pour l'empêcher.

- Tu l'aurais fait pour n'importe qui, Duo. C'est dans ta nature, aider les autres au péril de ta vie.

- J'aurais eu l'impulsion de le faire, certainement, mais je n'aurais pas été au bout pour tous.

- Quatre, devine Heero.

- Oui, Quatre. Parce qu'il avait besoin de moi. Alors j'ai appris, malgré les difficultés que ça engendrait, à laisser d'autres personnes souffrir ou pire, pour ne pas risquer d'affaiblir Quatre. Sans moi pour le protéger, il devenait plus que vulnérable. Mais le fait qu'il y avait Trowa m'a aussi aidé à prendre la décision de te sauver, coûte que coûte. Je savais que si j'y restais, il serait tout de même en sécurité. Mais tu n'as pas du tout réagi comme quelqu'un qui s'est fait mordre par un aspic, il t'a fallu plusieurs minutes avant de t'écrouler.

- Le poison m'avait tout de même atteint.

- C'est pour ça que je suis resté à tes côtés. Quand la fièvre est passée et que je me suis réveillé, Trowa m'a dit que personne ne pouvait prédire comment tu allais réagir au contre poison. Alors j'ai attendu en priant de pouvoir briller un peu, d'avoir un peu de lumière en moi, pour que tu saches où te diriger, si tu cherchais un moyen de nous revenir.

- C'est ce qui s'est passé. Je me suis dirigé vers une source de chaleur qui me faisait du bien et me guidait. En ouvrant les yeux, j'ai cherché cette chaleur et je l'ai trouvé au niveau de nos deux mains entrelacées.

- J'aurais aimé voir ta tête, à ce moment-là ! Dommage que j'étais trop fatigué par le poison pour rester éveillé plusieurs heures d'affilée. En même temps, tu auras sans doute rien laissé apparaître de tes émotions.

- C'est évident. Pourtant, j'étais bouleversé. Tu m'avais complètement bouleversé, précise-t-il contre ses lèvres. Duo, reprend-il après qu'ils aient échangé un doux baiser, tu connais mes capacités, aujourd'hui, n'est-ce pas ?

- Oui.

- Alors promets-moi de ne jamais risquer ta vie pour me sauver, même si tout semble perdu pour moi. J'ai plus de ressources que le commun des mortels.

- Je te promets d'essayer, honey. Quand une personne chère est en difficulté, c'est pas facile de raisonner.

- J'en suis conscient. Mais je te sais aussi capable de réagir plus que rapidement.

- C'est pour ça que je peux te promettre d'essayer sans hésiter. J'ai confiance en toi et en tes capacités.

Heero hoche la tête, puis dépose un baiser appuyé sur son front.

Après un court silence, il reprend.

- Ca a dû être particulièrement douloureux de te réveiller près du corps sans vie de Solo. Excuse-moi, je ne présente pas les choses de façon très délicate.

Duo le rassure d'un sourire et d'une caresse sur sa joue.

- Il n'y a pas vraiment de manière de présenter les choses, c'est la réalité. Pour te répondre, oui, ça a été très douloureux. Je pensais que j'étais devenu sourd, mais le bruit des machines me parvenait. J'avais l'impression que mon ouïe était surdéveloppée, même, j'entendais tout, sauf le seul son que je désirai désespérément entendre. Je l'ai secoué, j'ai frappé sa poitrine pour faire repartir son cœur. J'ai hurlé, me débattant comme un diable pour échapper aux mains qui voulaient m'arracher à lui, quand on nous a rejoints, distribuant des coups sans me rendre compte de mes gestes, de ma force, du mal que je faisais. Je n'étais plus que douleur et désespoir.

Il s'interrompt un moment, perdu dans ses souvenirs, ce que Heero devine face à son regard voilé.
Il attend patiemment qu'il reprenne s'il en a envie, ce qui ne tarde pas.

- Le Docteur Faraki a eu bien du mal avec moi. Quatre a dû demander à Rashid, Auda, Abdul et Ahmed, la force des maganacs, de me stabiliser, le temps qu'on m'injecte un sédatif qui aurait pu assommer Lowe ! C'est seulement à ce moment-là qu'ils ont pu récupérer le corps de Solo.

- Personne n'avait remarqué sa mort, alors que tu étais inconscient ?

- Cela venait d'arriver. Quatre était à notre chevet tout le temps, il s'était absenté un court instant. C'est précisément durant ce laps de temps que je me suis réveillé et que Solo s'est éteint.

Duo pousse un profond soupir.

- Lorsque je me suis réveillé la seconde fois, dans mes appartements au palais, j'étais tellement abattu par la réalité de son absence, de sa disparition, que j'étais comme paralysé. Et puis au fur et à mesure, d'autres sentiments ont profité de ce trou immense dans ma poitrine pour s'installer confortablement. C'était vraiment… horrible. La culpabilité, l'impuissance, la manque, l'injustice. Tout ça m'étouffait, m'oppressait. Je me coupais profondément pour déplacer cette douleur psychologique et intérieure, pour la faire sortir. Quand mon sang coulait, je me sentais libéré momentanément d'une partie de ce poids. La douleur physique était salvatrice, libératrice, comparée à cette autre qui me rongeait et me faisait danser au bord de la folie. Il m'a fallu du temps, beaucoup d'amour et de soutien pour sortir de cet enfer.

- C'était ta façon de vivre ton deuil et de cohabiter avec ta culpabilité.

- Oui. A plus petite échelle, c'était arrivé à la mort de mon père et de Sœur Helen. Mais Solo m'a préservé, à cette époque. Nous étions tellement proches, il savait tout de moi, même des choses que j'ignorais encore sur moi-même… Il a su me prendre en charge avant même que la lame ne touche ma peau. Encore plus loin, avant que je réalise ce que je m'apprêtais à faire, il m'en a empêché, parce qu'il avait su lire en moi. Quatre s'en est terriblement voulu de ne pas avoir pu faire la même chose, quand j'ai perdu Solo. Lui enfermé dans son palais et moi, dans ma douleur, nous ne parvenions plus à communiquer autant. Pourtant, il m'a sauvé, lui aussi. Sans lui, je crois que j'aurais fini par me taillader les veines ou me sectionner la jugulaire, voir me planter la lame dans le cœur et regarder le sang et ma vie couler et se répandre pour de bon.

Heero le serre plus fort contre lui, repoussant l'image dérangeante que Duo a fait naître dans son esprit.

- Tu imagines combien tu l'aurais rendu malheureux ? Sans parler des orphelins et de tous ces gens qui t'aimaient ?

- Sur le moment, je me disais qu'ils s'en remettraient tous. Quatre m'a demandé si j'avais l'air de m'en remettre, moi, de la disparition de Solo. Ca m'a fait réagir comme un électrochoc.

- Il n'est pas nécessaire d'être toujours collé à une personne en souffrance. Il suffit d'avoir les mots justes qui garantissent de pouvoir la laisser seule, sans risques. Amener une personne en détresse à percer le voile de ses souffrances pour réfléchir, c'est déjà une victoire.

- C'est vrai. A partir de ce jour-là, de cette conversation-là avec Quatre, j'ai accepté les mains tendues et commencé à remonter la pente. Même si je pensais être la personne la plus concernée et touchée par la mort de Solo, je savais que de nombreuses autres personnes souffraient beaucoup de sa disparition. J'ai eu du mal à accepter que tout le monde ne m'en voulait pas et ne me jugeait pas responsable. A accepter qu'on puisse trouver cet acte beau. Il m'a fallu du temps pour pouvoir regarder en face sans me fâcher ceux qui m'assuraient que c'était magnifique d'être aimé de cette façon et surtout, que je le méritais. Et il s'en est passé des mois avant que je ne parvienne à calmer cette haine que je ressentais pour moi-même. Et enfin, à accepter d'être celui que j'étais, apportant la mort…

Le doigt d'Heero en travers de ses lèvres l'empêche de poursuivre.

- Celui que tu penses être. Tu n'apportes pas la mort, Duo, mais l'espoir.

- Je commence… à y croire. Grâce à toi, à Graham, à certains orphelins qui s'en sortent et qui viennent me remercier, moi.

- Et tu as raison, tenshi. C'est un bon début, en tout cas.

- Je pense que la prochaine étape sera de me débarrasser du portrait de moi en Faucheuse.

- Ou de me dire que tu m'aimes.

Duo rit.

- Désolé, mon amour, mais c'est un peu trop me demander, encore.

- Je serai patient.

- Tu l'es déjà tellement… Merci, Heero.

- Tu as fais beaucoup d'efforts, Duo. C'est une bonne chose pour toi, mais je n'oublie pas que tu le fais d'abord pour nous. Pour moi. L'atelier est quasiment vide, les chambres aussi. Tu t'es séparé de très nombreuses choses, très rapidement. Notre conversation date seulement d'un mois.

- Je sais que tu ne m'en demandais pas tant, mais je ne peux pas me contenter de seulement déplacer les choses. Cette partie de ma vie est derrière moi. Je n'ai pas besoin d'avoir le décor de mes souvenirs sous les yeux, tout est dans ma mémoire, mais rangé, appartenant au passé. Si je perds des morceaux de ce passé avec Solo, et c'est inévitable, ce n'est pas dramatique. Le meilleur est toujours là. Et lui aussi.

- Tel un souvenir et non plus un fantôme.

- Exactement.

- J'aurais aimé être la première et la dernière personne à avoir une telle importance, pour toi, à avoir partagé ta vie.

- On ne peut pas revenir en arrière, honey. Je ne peux pas changer le passé. Mais nous pouvons faire en sorte que tu sois cette dernière personne.

- Je le serai, assure-t-il avec détermination.

Pas seulement ça, mais aussi une leur de provocation, comme s'il défiait Duo, le destin, le ciel, qui sait ? de se mettre en travers de sa route.

Duo retrouve la le Heero qu'il a rencontré, l'été dernier, si fier et convaincu de son charme, de sa force et d'être dans son bon droit.
Une brusque montée de désir lui cingle les reins, et son cœur rate un battement sous la violence de cette émotion.

Heero la perçoit autant qu'il la voit, dans la rougeur apparue subitement sur les joues de Duo, le pourpre qui a envahi ses pupilles et ses lèvres qu'il mordille.
Il l'entend au travers de sa respiration un peu haletante et de son cœur qui s'est emballé.

Tout ceci lui arrache un sourire qui ne fait qu'aggraver les choses, tant il rappelle à Duo cet Heero-là, encore une fois : le chasseur, le prédateur prêt à fondre sur sa proie.

C'est pourtant Duo qui cède le premier et fond sur sa bouche, sur ce sourire qu'il aime tant, pour lui donner un baiser si profond et intense qu'Heero en a le souffle coupé.

Duo est bien la seule personne au monde à réussir cet exploit et il n'en est pas peu fier.

S'écartant légèrement de lui, il le regarde reprendre sa respiration, une main fourrageant dans ses cheveux, l'autre caressant son visage.
Il aurait aimé poursuivre et céder à son désir de fondre leurs corps en un seul, mais il se force à être raisonnable.

Ce qui est difficile pour lui, ainsi couché sur Heero dont il sent bien à quel point il partage son désir.

- Le ciel se colore, murmure-t-il contre ses lèvres. Le jour rassemble et chasse le troupeau des ombres, le soleil ne va pas tarder à se lever. Il serait temps pour nous de rentrer, honey.

- Déjà…

- Oui. Le désert est très romantique le soir et la nuit, baigné par la lumière de la Lune et des étoiles. Mais au matin, c'est une autre histoire.

- Tu es conscient que le commun des mortels redoute le désert plutôt la nuit que le jour ?

- Nous n'appartenons définitivement pas à cette partie de l'humanité, c'est un fait. C'est aussi pour ça qu'il vaut mieux rentrer, le désert n'est pas aussi peu peuplé qu'on le voudrait, aux abords immédiats d'une ville. J'ai pas envie de croiser qui que ce soit, honey. Je veux qu'on continue à partager ces délicieux moments rien qu'à nous, tranquillement à la maison.

Heero adore entendre ces mots.
Il ne s'explique pas comment une telle joie peut être provoquée par des mots aussi simples, mais c'est à chaque fois le même constat.

- Tu pourras attendre jusque là ?

- Oui, mon Heero. L'attente est un très bon stimulant, même si on en a pas besoin.

- Un baiser comme celui que tu viens de me donner suffirait à me faire exploser dans mes sous-vêtements, comme un adolescent soumis à la dictature de ses hormones.

Duo pouffe contre son épaule, puis se relève en dégageant les couvertures, qu'il commence à plier et ranger.

- Heureusement que tu arrives à te contrôler !

- Il en faut bien au moins un des deux, si on ne veut pas que tout se termine avant même d'avoir commencé, répond Heero, debout à son tour, en attirant Duo dans ses bras, dos contre son torse et lèvres contre sa nuque.

- C'est clairement pas toi, en ce moment… Honey, mets-y du tien, j'ai pas ton self-control, moi ! Je peux contrôler mon désir, mais tu sais très bien que je ne peux pas te résister, à toi.

Heero sourit et s'écarte pour ranger à son tour leur campement de fortune.
Duo le regarde un moment, puis soupire en levant les yeux au ciel.

- C'était seulement ce que tu voulais entendre, hein ?

- De quoi parles-tu ? répond Heero, sans même chercher à tromper son amant.

- C'est ça, fais l'innocent… Des fois, je te jure, t'es pire qu'un ado !

Heero ne répond rien, mais son sourire s'élargit, ce qui fait complètement craquer Duo, qui préfère se détourner en grommelant.

Une fois tout nettoyé et toute trace de leur présence effacée, ils remontent sur Lowe et Heero les mène à vive allure jusqu'aux portes de la ville, puis plus doucement jusqu'au campement du cirque, au Parc central.

Ils n'ont qu'une envie, c'est de s'enfermer dans la caravane et de se couper du monde pour quelques heures encore.

-

-
Un peut plus tard, en fin de matinée,

Caravane d'Heero.

-
-

Tutululu tu tu tutu tulu ! Tutululutu tu…

-

- Duo, téléphone.

- Tu peux répondre, honey, j'arrive tout de suite ! répond Duo depuis la salle de bain.

Heero prend le portable sur la table basse du salon et lève un sourcil en lisant le nom inconnu.

- Oui ?

- Bonjour, mon cœur !

- … … …

- Duo, sweetheart, tu es là ?

- Ce n'est pas Duo.

- Oh, excusez-moi, je me suis trompée de numéro, je…

- C'est bien le portable de Duo, mais je ne suis pas lui.

- Ah, et vous êtes… ?

- Son compagnon. Et ce serait plutôt à vous de vous présenter.

- Oh, pardonnez-moi, je suis…

- Peu importe, la coupe-t-il. Je vous passe votre cœur.

Duo, qui vient d'entrer dans le salon et qui vient le rejoindre, hausse les sourcils.

- Qu'est-ce qu'il y a, honey ? Qui est-ce ?

- A toi de me le dire, répond Heero très – trop – calmement, en lui tendant le téléphone.

Duo le prend, un peu inquiet, et ne pense même pas à lire le nom de la personne sur l'écran, tant son regard est piégé par celui d'Heero.

- Allo ?

- Duo ? C'est Lyria.

- Hey, salut ma grande ! s'écrit-il, complètement rassuré et détendu. Comment tu vas ?

- On fait aller ! Je suis désolée, je crois que j'ai fâché ton compagnon. Je pensais que c'était toi qui répondrais, je t'ai appelé « mon cœur », tu vois, comme d'habitude…

- Tu m'accordes une seconde ? T'es pas pressée ? Je te rappelle sinon...

- Ca va, Duo, pas de souci.

- Ok. Heero, ajoute-t-il en éloignant le téléphone, je t'expliquerai tout dans un petit moment, mais ne te fais pas d'idées, d'accord ? C'est un appel de Grèce, c'est Lyria, une de mes meilleures amies.

- Tu m'en diras tant. Je vais préparer le déjeuner.

- Je te rejoins dès que j'ai fini.

Duo reprend sa conversation et Heero gagne la cuisine, se refusant à écouter leur conversation.

Bien sûr, il entend tout, mais il se force à penser à autre chose.

Une vingtaine de minutes plus tard, Duo le rejoint et l'aide à terminer de préparer le repas.

- Lyria a grandi avec nous à l'orphelinat, commence-t-il sans attendre qu'Heero le lui demande. Nous étions inséparable tous les quatre, avec Solo et Hilde. Et Quatre, par mon intermédiaire. Je lui racontais absolument tout.

- C'est la blonde que l'on voit sur certaines des photos que tu m'as montré.

- Oui. Elle est partie à la mort de Solo. Elle n'a pas supporté sa disparition et encore moins mon état. Comme la trace de ses parents se perdait en Grèce, elle a été s'y installer deux mois après l'enterrement.

- Elle a choisi de partir affronter son deuil seule plutôt que de rester ici, avec vous ?

- En fait, elle n'est pas partie vraiment seule... J'étais un peu avec elle… en quelque sorte…

- Dans l'état où tu étais, tu as réussi à la soutenir et à distance ?

- C'est pas tellement ça. En fait, elle est partie enceinte de moi.

Heero ne doit qu'à son entraînement le fait de ne pas avoir lâché tout ce qu'il tenait dans les mains.
Il lève doucement le regard vers Duo, face à lui, qui l'observe avec un grand sourire.

- Je te demande pardon ? articule-t-il avec un effort visible.

- Désolé, j'ai pas pu résister à la tentation de te le dire comme ça, d'un coup, pour voir ta réaction !

- Et comment suis-je censé réagir ?

- J'en sais rien ! Mais j'aime assez l'expression de ton visage…

- Tu comptes m'expliquer ?

- Tout de suite, honey, répond Duo en se reprenant, car il est bien conscient qu'il ne vaut mieux pas aller trop loin.

La situation n'est pas si légère que ça.

- Ca faisait un moment que Lyria avait le projet d'avoir un enfant, mais toute seule. J'ai accepté de lui donner quelques uns de mes coureurs pour l'insémination artificielle, avant qu'elle parte.

- Pourquoi toi ?

- Je n'exagère pas en disant qu'elle était folle amoureuse de moi. Un peu comme Ethan l'est de Wufei, avec la même impossibilité de se voir retourner ses sentiments. Mais elle était plus proche de Solo qu'Ethan ne l'est de Sally. Pour Lyria, Solo était vraiment un grand frère, elle l'adorait.

- Elle n'a pas tenté sa chance, à sa mort ? demande Heero en reprenant la préparation du repas.

- Non, ça aurait été une trahison d'essayer. Et elle savait que c'était vain, en plus.

- Pourtant, tu lui as fait un enfant.

- J'ai rien fait du tout !

- Duo, cette conversation est sérieuse.

- Trop, en fait.

- Je la prendrai avec moins de gravité lorsque tu m'auras donné tous les éléments pour le faire, réplique Heero calmement, mais avec une certaine tension qui n'échappe pas à Duo.

- Ok, ok. Même si j'étais dans une sale période, j'ai pris cette décision en connaissance de cause. C'était une sorte de cadeau fait à Lyria. J'étais encore capable de rendre quelqu'un heureux, même si ce bonheur était entaché par la mort de Solo. Elle était anéantie, tu sais. Je m'étais dit que cet enfant lui permettrait de tenir le coup et de ne pas sombrer comme moi, tu vois ?

- Hn. Pourquoi tu ne m'en as jamais parlé ?

- Pas l'occasion !

- En deux mois ? Duo, c'est un sujet pour lequel on créé les occasions.

- J'y ai pas pensé, honey, je t'assure. Neliel (1) a eu deux ans en janvier, elle sait que je suis son père, même si je n'ai pas été à ses côtés et que je ne l'ai pas vu grandir. Je l'ai déjà vu plusieurs fois la première année, un peu moins la seconde. Je suis volontairement détaché, pour éviter de trop souffrir. C'est pour ça que je ne t'en ai pas parlé, je n'y pensais plus, simplement.

- C'est difficile à croire.

Duo se fige.

- Tu penses que je t'ai volontairement caché ça ?

- Non, répond Heero en posant sa main sur la sienne pour la presser quelques secondes. Je te parle d'auto-persuasion. Tu t'es convaincu que l'existence de cet enfant n'avait pas d'importance pour ne pas y penser et souffrir. Ce doit être aussi fort qu'un conditionnement, pour qu'un homme tel que toi, si proche de l'univers des enfants et orphelin lui-même, ne prenne aucune nouvelle de sa… fille, n'en parle pas du tout, n'aie aucune photo.

Duo se détend et laisse échapper un soupir.

- Tu me connais décidément vraiment bien, honey.

- C'est une mauvaise chose ?

- Absolument pas, assure-t-il en prenant sa main pour la porter à ses lèvres.

- Est-ce que tu l'as reconnue ? reprend Heero, après avoir récupéré sa main.

- Oui, mais c'est un peu compliqué. Elle est née en Grèce, c'est donc Lyria qui l'a déclarée. Je n'apparais pas dans tous les documents officiels.

Heero va mettre le plat de légumes farcis au four, avant de revenir vers Duo qui est en train de nettoyer le plan de travail.

- Que voulait-elle, aujourd'hui ?

- Elle me prévenait de son arrivée.

- Pour l'anniversaire de la mort de Solo ?

- Oui. Son dernier passage remonte à novembre. Généralement, elle essaie de venir tous les trois ou quatre mois. J'ai toujours cette impression qu'elle finira par revenir s'installer ici définitivement. Il faut juste que les souvenirs qu'elle a de Solo s'apaisent et que ça soit moins douloureux. Le fait que j'ai été célibataire l'a aussi freiné. C'était difficile pour elle, déjà, du vivant de Solo, mais elle se faisait une raison en se disant qu'elle était impuissante face à un tel amour. Vivre près de moi sans qu'il n'y ait plus personne entre nous, mais ne pas pouvoir être avec moi, c'est autre chose.

- Ce n'est pas comme si tu étais aussi intéressé par les femmes.

- Je ne prétends pas comprendre sa manière de voir les choses, remarque Duo en venant entourer la taille d'Heero de ses bras. On en a parlé, elle m'a expliqué, et j'ai rien compris !

- Moi, je peux comprendre que ce soit difficile pour elle. Je ne pourrais pas vivre dans la même ville que toi, si tu ne partageais pas mes sentiments. Même avec des océans et des continents entre nous, ce serait douloureux. Peu importe les raisons pour lesquelles tu ne pourrais m'aimer, le résultat serait le même.

- Présenté comme ça… C'est vrai que je deviendrais fou, si je devais te côtoyer sans pouvoir te toucher, murmure-t-il en passant sa main sous son pull pour caresser la peau nue de son dos. Sans pouvoir t'embrasser, ajoute-t-il contre ses lèvres.

Heero n'attend pas de savoir si la liste se poursuit encore, il entraîne Duo dans un long baiser.
Une fois celui-ci rompu, ils restent front contre front un moment, jusqu'à ce qu'Heero ne reprenne la parole.

- Si Lyria est venue en novembre, Milliardo a dû rencontrer ta… fille.

Duo se recule pour le regarder dans les yeux.
Il savait qu'il finirait par en faire la constatation.

- Oui, confirme-t-il en caressant doucement les petits cheveux sur sa nuque. Et bientôt, c'est toi qui la connaîtras, honey.

Heero ouvre la bouche pour parler, mais le sourire de Duo lui fait oublier ce qu'il allait dire.

- Avec plaisir, finit-il par murmurer, avant de l'embrasser de nouveau.

Ils se câlinent encore un moment, avant de se décider à préparer la table pour le déjeuner.
Ceci fait, ils s'installent au salon, en attendant que le déjeuner soit prêt.

- Elles arrivent quand ? demande soudain Heero.

- Après-demain. Ca me fait penser que d'habitude, elles viennent habiter chez moi. Ca ne t'embête pas qu'on retourne y vivre, le temps de leur visite ?

- Les travaux sont finis et le réaménagement, pratiquement, non ?

- Oui. Il suffit d'enlever les bâches et de ranger un peu pour que ce soit de nouveau habitable.

- On pourra le faire cet après midi, si tu veux.

- Vraiment ?

- Hn. Et puis tu sais, même s'il n'y avait pas eu la visite de ton amie et de votre… de ta fille, on aurait pu commencer à y habiter de temps en temps, à nouveau.

Duo, qui avait sa tête posée sur son épaule, la relève pour le regarder dans les yeux.

- T'es sérieux ?

- Hn. Je sais que tu es attaché à cette maison. C'est aussi plus pratique pour toi d'être près de l'orphelinat, en cas de besoin.

- C'est vrai, mais le cirque n'est pas si loin.

- J'ai été assez égoïste, tenshi.

- Egoïste ?

- Hn. J'ai adoré rentrer à la maison avant ou après toi et qu'on s'y retrouve. La simple pensée que tu étais déjà là et que tu m'attendais, ou celle que tu allais bientôt me rejoindre me faisaient frissonner de bonheur.

- Seulement de bonheur ? demande-t-il, taquin.

- Et de désir, je ne le nie pas.

- Tu n'aurais pas été crédible, vu comme tu t'es jeté sur moi certains soirs, me laissant à peine le temps d'éteindre le feu avant de me faire subir les pires outrages.

- T'as pas aimé ?

- J'ai adoré, mon Heero. Tu pourras continuer, même chez moi.

- Je ne vais pas me gêner. Surtout que chez toi, tu n'auras pas à retenir tes cris.

- Honey… Me dis pas ce genre de choses…

- Pourquoi pas ? Je ne vais pas cacher le fait que… j'adore te faire crier, termine-t-il en soufflant ces mots à son oreille.

- Arrête ça… Je suis pas loin d'oublier la délicieuse odeur qui sort de la cuisine pour ne penser qu'à celle de ta peau…

- Tu crois que je vais m'en plaindre ? réplique-t-il en le renversant sur le canapé.

La minuterie du four les interrompt, alors que Duo était sur le point de s'abandonner totalement.

Ils pourraient laisser le plat tiédir, s'en occuper plus tard, déjeuner après.
Mais ils préfèrent au contraire en finir avec le repas, pour s'offrir une petite sieste coquine qui les détendra entièrement, et les rendra efficace pour l'opération « rangement de la maison de Duo ».

C'est justement alors qu'ils sont allongés l'un contre l'autre dans leur lit, bien plus tard, reprenant leur souffle tranquillement, que Duo revient sur leur conversation.

- Tu sais, honey, je ne t'ai jamais trouvé égoïste. C'est moi qui l'aurais été en te forçant à vivre dans une maison où tu ne te sentais pas bien.

- Tant mieux si tu ne l'as pas ressenti de cette façon.

- Et ça me fait plaisir que tu n'aies plus trop de réticences à passer du temps chez moi.

- C'est parce que c'est vraiment devenu chez toi, tenshi, explique Heero en continuant de caresser son bras nu. On y a travaillé ensemble.

- C'est aussi l'impression que j'ai, en moi et chez moi. C'était bizarre de voir les choses disparaître progressivement, les tableaux, les photos, le chevalet, les meubles… Mais même si j'ai eu un pincement au cœur, c'était de la nostalgie plus que de la tristesse ou de la douleur. Et puis, ajoute-t-il en se blottissant plus fort contre lui mais toujours les yeux dans les yeux, j'ai adoré nos après-midi et soirées bricolage.

- Moi aussi.

Ils se sourient, les souvenirs de ces moments en question flottant entre eux.

Duo se mord la lèvre, gagné par une chaleur familière, avivée par le regard intense qu'Heero pose sur lui.
Celui-ci finit par glisser son index et son majeur entre ses lèvres pour l'obliger à les relâcher, ce que Duo fait pour mieux aspirer et jouer avec la pulpe des doigts à sa portée, sans le quitter des yeux.

Mais Heero retire rapidement sa main pour pouvoir atteindre sa bouche, qu'il embrasse longuement et langoureusement.

C'est Yuki qui les interrompt, en sautant lestement sur le lit avec un long miaulement.

- T'es revenu, toi ! l'accueille Duo en lui grattant le cou. On a dû te nourrir à la cantine, sinon on t'aurait vu plus tôt.

Le petit chaton de deux mois se roule en boule contre Duo, en ronronnant.
Alors Heero n'a d'autre choix que de se réinstaller, s'allongeant derrière Duo, son corps épousant les lignes du sien à la perfection, un bras passé autour de sa taille et son nez contre sa nuque.

Ils caressent tous les deux la petite boule de poils et leurs mains au passage, jusqu'à s'endormir.

Enfin, Duo s'endort, mais pas Heero.
Il reste le plus souvent éveillé durant la sieste, veillant sur le sommeil et le repos de Duo, profitant de sa présence, de sa chaleur, l'observant sans se lasser.

-

-
Le soir-même,
Maison de Duo.

-
-

Heero termine de faire le lit dans la chambre d'ami, alors que Duo est au téléphone.
Depuis vingt minutes.
Avec Milliardo.

Lorsqu'il le rejoint enfin, Heero ne dit rien, mais ne cherche pas à cacher ce qu'il ressent.

- Milliardo veut te parler, honey, lui dit-il en lui tendant son portable.

Heero le prend, puis le rend à Duo après quelques mots échangés.

- Est-ce que je peux utiliser ton ordinateur ?

- Ca sera suffisant ? Il est récent, mais tu as peut-être besoin d'une machine plus performante.

- Si tu me laisses faire quelques arrangements, ça ira.

- Pas de problèmes, honey. Si je peux t'aider…

- Reste avec moi.

Duo sourit.

- Je ne bouge pas.

Il va allumer son ordinateur, puis laisse Heero préparer sa communication ultra-sécurisée avec l'Ile.
Kotori Sunsea a enfin accepté de lui parler, et il ne veut pas attendre, car c'est prendre le risque qu'elle change d'avis.

- C'est prêt, déclare Heero après une dizaine de minutes. Et il y a un retour.

- Génial, répond Duo. Je suis juste à côté, ajoute-t-il en s'asseyant sur une chaise.

Il s'est installé hors champs, mais il voit tout de même l'écran de son ordinateur.
Un écran sur lequel apparaît bientôt un visage froid, pâle, aux yeux gris argent comme la Lune et encadré de lourdes mèches d'un blanc immaculé.

Duo pense immédiatement à la Reine des neiges des contes qu'il lit parfois aux enfants.

- Est-ce que vous m'entendez ? demande Heero, imperturbable.

- Comme si tu murmurais à mon oreille, Ywane Katsuo Mileïvski, répond-elle d'une voix claire, avec un léger accent. Bonsoir.

- Bonsoir. Et merci.

- C'est un plaisir. Un peu douloureux, mais non moins apaisant. Tu ressembles énormément à ta mère. Sauf les yeux. Ce sont ceux de ton père. Leurs visages sont un peu flous dans mes souvenirs, et pourtant je les retrouve en toi. Emi et Jarek. Connaissais-tu leurs noms ?

- Non.

- Odin a refusé de te parler d'eux jusqu'au bout, alors. Il ne les a vraiment jamais mentionnés ?

- Non.

- Quel emmerdeur de première, celui-là ! Il n'a jamais rien compris. J'espère qu'il s'est fait passer un savon digne de ce nom par tes parents, là-haut, avant de plonger définitivement en Enfer et de les laisser couler des jours heureux et paisibles au Paradis.

Si Duo est étonné par ces paroles, Heero ne manifeste aucune émotion.

- Vous étiez contre le fait qu'Odin soit mon tuteur.

- Oui, Ywane. Mais que pouvais-je faire contre les dernières volontés de ton père ? Les dispositions qu'il a prises étaient claires et précises : si Emi et lui étaient assassinés, c'est à Odin que devait revenir ta garde. Car lui seul aurait accepté de t'apprendre le « métier » pour te défendre. La loi russe est formelle, en cas de représailles, c'est le clan tout entier qui doit disparaître. Tu n'aurais pas eu une vie tranquille, « ils » se seraient acharnés jusqu'à te retrouver et te tuer. Mais en cas de mort accidentelle, c'est à moi que devait revenir ta garde.

- J'ai tué les assassins de mes parents quelques mois après leur mort.

- Et Odin et moi nous sommes chargés des autres membres du clan.

- Je ne le savais pas.

- Bien évidemment ! Mais nous ne l'avons pas fait pour les mêmes raisons. Je voulais venger tes parents et m'assurer que tu ne serrais pas poursuivi, que tu pourrais avoir une vie aussi normale que possible, pour un enfant qui a vu ses parents mourir. En as-tu gardé un quelconque souvenir ?

- Aucun.

- Ce n'est pas une mauvaise chose. Malheureusement, malgré cette assurance que nous t'avions donnée de pouvoir continuer à vivre sans être inquiété, tu n'étais déjà plus leur fils, Ywane. Dès l'instant où Odin t'a mis une arme entre les mains, à toi, en qui coulait le sang des Mileïvski, c'en était fini. Tu étais devenu Heero Yuy Lowe. Malgré cela, reprend-elle après un court silence, j'ai souvent tenté de raisonner Odin. J'ai cherché des solutions, mais plus le temps passait, plus tu grandissais et t'affirmais dans le rôle que t'avais assigné Odin. J'étais impuissante et je le regrette, Ywane. Tout comme je regrette d'avoir fui à la mort d'Odin.

- Vous avez été un agent secret.

Duo se dit qu'Heero aurait pu avoir un mot gentil pour cette femme qui a tant de regrets le concernant.
Et si elle-même y songeait, elle ne montre rien de sa déception et répond à la question d'Heero, qui était plutôt une affirmation attendant confirmation.

- Oui. Officiellement Instructeur, officieusement agent secret et exécuteur au service des Kushrenada et du Royaume de Sank. J'ai aussi travaillé pour l'Organisation Mondiale de la Paix. Mais à cause de la nature de ces activités, personne n'aurait pu nous protéger, ma fille et moi, du Docteur J.

- Votre fille ? répète Heero sans témoigner de la moindre émotion, alors qu'il sent l'étonnement de Duo à ses côtés, encore une fois.

Lady Sunsea hoche la tête avec un sourire entre tristesse et fierté.

- Ma fille et celle d'Odin, Iyelina. Elle avait trois ans, à sa mort. C'est l'unique raison pour laquelle j'ai fui, Ywane. Je savais bien que le testament présenté par le Docteur J. était un faux, je connaissais les volontés d'Odin te concernant, s'il devait lui arriver quoi que ce soit. Et je me serais battue pour te récupérer, dussé-je y laisser ma vie, s'il n'y avait pas eu Iyelina. Avant elle, Odin et toi étiez les seuls qui aient une quelconque importance, dans ma vie.

- Etait-il au courant qu'il avait une fille ?

- Je n'aurais jamais accepté de porter l'enfant d'un autre que lui, alors oui, il le savait. Mais à cause de nos activités, nous avons tous deux caché son existence. Il n'a jamais été question de tout arrêter pour nous ranger et vivre heureux, tous les quatre, comme une famille. Ce n'était pas de cette façon que nous concevions notre vie. Avant d'y être forcée, je n'aurais jamais pensé pouvoir vivre autrement, comme c'est le cas ici, depuis près de dix ans.

- Odin voulait de plus en plus souvent que je parle aux enfants de mon âge, que j'essaie de jouer avec eux. Il me disait de prendre ça comme une mission, mais j'ai vite compris qu'il n'en tirait aucun intérêt.

- Tu savais jouer les petits garçons inoffensifs et te fondre dans une masse d'enfants, même si tu évitais le plus possible de trop rester avec eux. Tu arrivais à ne pas attirer l'attention sur toi quand il le fallait, et te faire remarquer aussi lorsqu'Odin te le demandait. Mais Odin savait que s'il devait être tué un jour, c'est à moi que tu serais confié. Alors il te préparait sûrement aussi à avoir une vie normale.

- J'aurais eu une vie normale, avec vous ?

Encore une fois, rien ne perce dans le ton d'Heero.
Il reste neutre et constant dans son attitude, dans sa manière de parler, ne trahissant rien de ce qu'il éprouve, si tant est que ce qu'il est en train d'apprendre ne l'atteigne.

- Pas comme celle des enfants de ton âge, c'est certain, reconnaît Lady Sunsea. Mais elle aurait été normale pour toi qui as grandi dans cette atmosphère de tension et de secret. Etre toujours sur le départ, pouvoir se débrouiller seul si je ne rentrais pas, ce genre de situation. La différence est que je ne t'aurais jamais impliqué, Ywane. Jamais je ne t'aurais envoyé sur le terrain, je ne me serais pas servi de toi comme alibi. Tu n'aurais même pas eu à prendre un message pour moi, tu comprends ?

Heero hoche simplement la tête.

- Odin se savait sous contrat.

- Il l'a toujours été. Tout à tour chasseur et proie, tuant parfois même pour des organisations à qui avait été confié la mission de le tuer. C'est pourquoi Odin était toujours en mouvement. Vous n'assistiez jamais au lever ou au coucher du soleil au même endroit ou alors très rarement.

- Cela m'arrivait. Jamais à Odin.

- C'est vrai qu'il avait ce détestable recours de te laisser parfois seul des journées entières. Ce n'est qu'une des nombreuses choses que je lui reprochais sur la liste déjà très longue…

- Trop longue.

L'intervention d'Heero la laisse un instant sans voix.

- Sachant tout ce que j'ai appris sur toi, je ne pensais pas que tu le défendrais.

- Ce n'est pas ce que je fais.

- Et comment appelles-tu cela ?

- Un simple constat basé sur les données que j'ai.

- Et c'est bien parce qu'il t'en manque que tu souhaitais me parler.

- Hn. Ce constat ne s'appuie que sur mes connaissances actuelles, je ne le prétends pas définitif. Si vous voulez bien poursuivre…

Lady Sunsea le regarde longuement, l'expression indéchiffrable, puis sourit.

- Tu es impressionnant, vraiment. Mais reprenons, que disais-je, déjà ?

- Vous parliez des contrats.

- Oui. Sa dernière année de vie, vous l'avez passé dans la ville d'Hellun, où Odin vous avez installés malgré le risque de rester en un même lieu. Et c'est là que Dekim Barton a fini par l'avoir, sous le commandement du Docteur J.

- Quels étaient les véritables liens entre Odin et le Docteur J. ?

- Odin se méfiait de lui, mais il pensait avoir encore du temps devant lui. Il se doutait bien que le Docteur J. te voulait. Mais il a été pris de cours et tu as été confié au Docteur J. Je connaissais le testament d'Odin. Et j'ai compris que le Docteur J. m'avait pris pour cible lorsque j'ai appris la mort d'Odin. C'était l'après-midi du 16 septembre 193. J'avais reçu par mail et directement sur mon portable une vidéo amateur de son exécution. Une phrase accompagnait le fichier « l'enfant est mien ». Je suis désolée, Ywane.

- Je m'appelle Heero Yuy.

- Non, réplique-t-elle fermement, ses traits se durcissant. Tes parents t'ont donné le nom russe d'Ywane, « le don du Seigneur » et le nom japonais « Katsuo », « le Victorieux », pour t'accompagner dans ta vie ! C'est leur héritage, tu…

- Odin m'a donné le nom d'Heero Yuy, la coupe-t-il tout aussi fermement. C'est le seul… parent dont je me souvienne. C'est la seule personne dont je me sens l'héritier.

- Qu'a-t-il fait de toi…

Un silence pesant s'installe, et Duo décide d'intervenir à cet instant.
Il rapproche sa chaise et pose sa main sur l'épaule d'Heero.

- Heero Yuy était un grand leader du mouvement pacifiste, il y a de très nombreuses années. Odin Lowe est celui qui l'a tué, c'est vrai, mais peut-être qu'en donnant ce nom au fils de vos amis, il a placé un espoir pour le futur. L'homme que vous avez devant vous est quelqu'un de bien, vous savez. Vraiment. Ce qu'on a fait de lui, que ce soit Odin ou Doc J., n'a pas détruit ce bon fond, n'a pas altéré sa nature profonde, sûrement héritée de ses parents.

- Qui… êtes-vous ? demande-t-elle en tournant son regard glacial vers Duo.

- Sans vouloir me vanter, je suis celui qui a réussi à gratter un peu pour révéler le cœur en or d'Heero, sous la glace. Dustin Okba Maxwell, désolé de ne pouvoir vous faire un baise-main, Milady… conclut-il en s'inclinant légèrement. Plutôt connu sous le nom de Duo.

- J'ai entendu parler de vous. Treize m'a expliqué ce que vous avez fait et ce que vous représentez pour Ywane. Vous l'avez sauvé.

- Je n'irai pas…

- Oui, le coupe Heero d'un ton encore plus ferme. Il m'a arraché au Docteur J. et à une vie malsaine.

- J'en suis si heureuse... Bien sûr, j'en veux énormément à Odin de n'avoir pas entretenu le souvenir de tes parents, alors je reste triste par certains côtés.

- Est-ce que c'est vraiment perdu, Lady Sunsea ? demande Duo en prenant la main d'Heero.

- Ce n'est pas à moi de répondre. Est-ce que l'homme qu'a fait de toi Odin veut apprendre à connaître ses véritables parents, Ywane ?

- Cet homme n'est plus vraiment là, depuis la mort d'Odin. Même si j'ai continué de grandir en suivant son enseignement, et en oubliant jamais d'agir…

- … selon ma conscience, termine-t-elle en même temps qu'Heero.

Ils se sourient, et il y a tant dans ce geste que les petites tensions s'effacent complètement.
Duo aussi sourit, soulagé et profondément touché par ce dernier échange.

- L'homme que je suis aujourd'hui, qui s'efforce d'être digne de la confiance et de l'amour que lui porte la seule personne qui a autant d'importance pour lui, est conscient qu'il ne peut se construire qu'en rassemblant les morceaux épars de son passé le plus enfoui. Je veux savoir d'où je viens, qui étaient mes parents, ce que je porte en moi de leur héritage.

- C'est noble et encourageant de ta part. Reprendras-tu tes noms ?

- Je ne sais pas.

Lady Sunsea soutient son regard, mais ne cède pas.

- S'il vous plaît, intervient à nouveau Duo, donnez-lui les éléments pour se décider. Si vous faites en sorte que ses parents ne soient plus des étrangers, si vous rétablissez un lien entre eux, grâce au partage de souvenir et par-delà la mort, alors peut-être l'envie et la fierté de porter leurs noms lui viendra.

Le regard gris glisse une nouvelle fois vers Duo, puis revient vers Heero.

- Ce n'est pas un compagnon, mais un avocat que tu as là, Ywane.

- C'est un tout. Mon tout, répond-il d'un ton neutre, n'adressant même pas un coup d'œil à Duo.

Mais cela fait tout de même naître un sourire sur les lèvres de l'ancienne agent secret.

- D'accord pour un essai. Je te laisse définir un protocole pour nos prochaines entrevues, et me recontacter lorsque tu seras prêt à me le proposer. Cela te convient-il ?

- Parfaitement.

- As-tu d'autres questions, ou en avons-nous fini pour aujourd'hui ?

- C'est suffisant. Je vous remercie.

- Je t'en prie. Puis-je, à mon tour, te demander quelque chose ?

- Bien sûr.

- Où Odin repose-t-il ?

- Pour quelques mois encore, au cimetière central d'Hellun, sous la fausse identité que nous avions « empruntée » au moment de son assassinat.

- Et ensuite ? Vas-tu le rendre à sa terre ?

- C'était son souhait, que Doc J. n'a pas respecté. Je vais remettre les choses en ordre.

- Je suis soulagée.

- Nous pourrons y déposer des fleurs pour vous, propose Duo, s'attirant un drôle de regard de la part d'Heero. Non, on peut pas ? murmure-t-il en se penchant vers lui.

- C'est gentil, est en train de répondre Lady Sunsea. Merci à tous les deux.

- C'est normal.

Duo est rassuré, il a eu peur de s'être trop avancé.

- Encore une chose, Ywane. Ce n'est pas toi qui a tué Dekim Barton, n'est-ce pas ?

- Non. J'y étais et je l'ai même affronté, mais ce n'est pas moi qui l'aie achevé. Ma mission était d'arrêter l'insurrection et même s'il était celui qui tirait les ficelles, ma cible était d'abord Mariemeia. Dekim a été abattu par un de ses gardes.

- C'est ce que m'a expliqué Mariemeia. Le regrettes-tu ?

- Non. Je n'ai jamais ressenti le besoin de me venger. Les sentiments ne sont jamais entrés en ligne de compte, dans l'exécution de mes missions. Une chose devait être faite, je la faisais, point.

- Sans te poser de question ?

- Les questions se posaient avant l'ordre de mission et si je l'exécutais, c'est que j'avais obtenu des réponses satisfaisantes. Dans le cas de Dekim, c'est la personne responsable de l'insurrection du Royaume de Bruxelles qui m'intéressait, pas le meurtrier d'Odin. Ce serait mentir de dire que je n'ai pas songé au fait que c'était une bonne chose que ce soit finalement qu'une seule et même personne. Mais je ne m'en suis pas réjoui pour autant.

- Parce que la personne qui avait tué Odin devait mourir, croit deviner Lady Sunsea. Cela faisait partie des choses qui devaient être faites.

- Non, la détrompe Heero. Odin m'avait dit un jour que s'il était tué, je ne devais pas chercher après son assassin ou son commanditaire. Ma mission était de l'oublier et de continuer à avancer. Ma dernière mission pour Odin.

Lady Sunsea l'observe, cherchant à déceler une quelconque émotion sur le visage ou dans le regard d'Heero… en vain.

Mais elle sait pourtant qu'il est loin d'être indifférent.

- Le Docteur J. t'avait pris en otage quelque part sur ta route, mais à présent que ce jeune homme t'a libéré, tu peux la reprendre et continuer d'avancer. Je tâcherai de ne pas trop m'éloigner, Ywane… Heero. Je pense qu'il est plus que temps de se dire au revoir, pour cette fois-ci. A très bientôt.

- Au revoir, Lady Sunsea.

- Au revoir, Milady ! la salue également Duo. Et merci pour Heero !

- Merci à toi.

- Tout le plaisir est pour moi, et c'est pas peu dire ! réplique Duo en serrant plus fort la main d'Heero.

Il répond à la pression de sa main autour de la sienne, puis coupe la communication sur le visage toujours aussi froid de Lady Sunsea, malgré son sourire.

- Une bonne chose de faite, murmure Duo. Tu as sûrement envie d'être un peu seul, je te laisse, honey

- Reste, le retient Heero en lui prenant le bras, alors qu'il se levait déjà.

- D'accord. On sera peut-être mieux dans le salon, non ?

- Hn.

Ils descendent sans un mot et s'installent dans le fauteuil à bascule, Heero sur les genoux et dans les bras de Duo, qui respecte son silence.

- Je n'ai pas envie de rentrer au cirque, ce soir, Duo.

- Alors on reste ici. Yuki a tout ce qui faut pour la nuit.

- Merci, tenshi.

- Y a pas de quoi. Je suis content qu'on ait réussi à faire de cet endroit un lieu où tu te sentes assez bien pour le considérer comme un refuge.

- Moi aussi.

Le silence se fait de nouveau, simplement entrecoupé du léger grincement du fauteuil qui se balance, sous l'impulsion de Duo.

Il sait qu'Heero aura besoin d'en parler, à un moment ou un autre.
Alors il se tient simplement là, prêt à l'écouter et le soutenir, comme ils l'ont souvent fait l'un pour l'autre, au fil des discussions qu'ils ont pu avoir ces deux derniers mois.

Ce moment est si parfait et familier qu'aucun des deux ne doute plus d'en avoir partagé d'identique par le passé, dans une ou plusieurs autres vies.
Et qu'il en sera de même à l'avenir, dans leur futur proche ou plus lointain.

Quels qu'aient été et que soient leur vécu et leur destin, quel que soit le nombre de personnes qu'ils ont été ou seront amenés à perdre dans chacune de leurs vies, ils ont à présent pleinement conscience de cette vérité : ils seront toujours et à jamais là l'un pour l'autre...

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A suivre…

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Notes

1. Neliel : ce nom vient de Bleach, évidemment, mais pas seulement. Nell (diminutif de Neliel) veut dire « lumière », en grec, et je trouve ça joli et approprié pour Lyria. Duo était sa lumière jusque là, fallait bien qu'elle en trouve une autre.

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Notes de l'auteure :

Merci d'avoir lu ce chapitre, j'espère qu'il vous a plu et apporté certaines réponses.

Je pense que je vais garder ce rythme d'un mois entre chaque post, mon boulot me prend trop de temps et d'énergie pour que je puisse publier plus rapidement.
Les scènes sont écrites mais non tapées et les chapitres ne sont pas encore tous organisés.

J'ai refait mon chemin de fer ce week-end et ça a donné quatre chapitres, épilogue compris, pour conclure cette fic.

En espérant que vous serez au rendez-vous... bonne continuation à vous tous !

Je ne sais pas si je dois vous souhaiter bonnes fêtes de fin d'année, alors qu'on est le 7 décembre, mais je ne suis pas sûre d'avoir d'autres occasions, alors... Bonnes Fêtes de fin d'année pour dans quinze jours ou presque !

Lysanea

N.B : pour ceux qui suivent les os de "une semaine de toi 2", j'essaierai de taper le prochain (ou de le faire taper, tant qu'à faire XD) au plus vite, avant Noël, peut-être. Merci pour votre patience et désolée pour l'attente...