Auteur : Mrs. Papaye

Rating: K+

Genre: Family, Friendship sur les bords

Pairing: Niet, kein, caca maison! uwu

Setting: Avant que Belmer n'adopte Nojiko et Nami.


Thème 84 - Attente

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Belmer se regardait dans le miroir, la poitrine dénudée. Elle caressa son ventre qui s'arrondissait, sourit, le cajola un peu plus, lui parla, ravie. Elle se disait que l'esquisse de vie en elle, l'entendait, que bientôt elle pourrait la tenir contre son sein. Elle n'avait plus qu'à l'attendre, quelques mois. Elle se promit une nouvelle fois que cet enfant serait le plus heureux de cette terre, qu'elle sacrifiera tout pour ça, qu'elle le défendra comme une LIONNE contre les ténèbres qui l'effraieront le soir, lui racontera les contes qu'elle a entendu par les mers, le bercera dans sa tendresse maternelle. Elle avait prévenu ses supérieurs, obtenu un congé. Elle ne savait pas encore si elle continuerait sa carrière dans la Marine, elle ne pourrait plus traverser les océans loin de chez elle. Mais Tsuru lui avait dit d'attendre, de VOIR venir le temps, sans se précipiter.
Alors elle peignait les murs de la chambre du petit, en fredonnant un air joyeux de West Blue. Elle avait pris du bleu, pour qu'il se sente chez lui entre ciel et mer. Elle n'avait pas touché à ses cigarettes depuis trois mois. Heureuse, elle respirait.

Y avait un mousse qui passait souvent la voir. Drake, un bon gamin. Parfois, elle se disait qu'elle aimerait bien que le sien lui ressemble, qu'il ait le même regard clair. Il n'était pas bien grand, il DEVAIT avoir à peine une douzaine d'années. Elle avait l'impression d'être sa mère à lui aussi, et elle condamnait l'étrange lueur dans ses yeux quand il croyait qu'elle ne le voyait pas. Il prenait un pinceau, discutait avec elle en étalant le bleu sur les murs. Il lui avait raconté qu'il avait attendu toute son enfance d'être assez grand pour rentrer dans la Marine, combien c'était insupportable qu'on lui répète qu'il était trop jeune, sa manière de graver le bois pour égrener le temps qui passait. Elle hochait la tête, compréhensive.
Elle se rappelle qu'il lui avait demandé qui était le père de l'enfant. Elle n'avait rien répondu et il n'avait pas insisté, conscient d'avoir fait une bourde. Gêné, il l'avait évitée pendant quelques jours avant de revenir auprès d'elle, avec un bouquet de marguerites dans ses petites mains pour excuses. Elle les avait acceptées et la vie avait repris son COURS .

Et puis, tout s'était accéléré, et elle regrettait de n'avoir pu figer ces moments qu'elle croyait insignifiants. Elle devait en être à son cinquième mois quand son ventre se tordit, qu'elle du faire appeler un charlatan de médecin pour l'aider. Elle accouchait.
Elle sentait son ventre se tordre, hurler comme elle, qui essayait de se débarrasser de l'embryon d'humanité. Elle frémit, repensant à la douleur, la sueur, les cris. Et puis, tout était mort. Le bébé ne respirait plus. D'ailleurs, il n'avait même jamais pu sentir ses poumons se déplier. Étouffé par le cordon, le lien qui l'unissait à sa mère. Elle avait pleuré sur le petit corps entre ses bras le reste de la journée, et toute la nuit qui SUIVIT .

Elle l'avait enterré au cimetière du village qu'elle avait choisi pour vivre avec lui, avait planté un rosier blanc sur sa tombe, qu'elle avait arrosé tous les soirs d'une longue année de deuil. Elle ne voulait plus voir Drake, lui demandait la voix étouffée par les sanglots de la laisser seule. Un jour, enfin, elle avait repris une cigarette, sorti une chemisette bleue, et était retournée voir Tsuru.

C'est comme ça sur le bateau, qu'elle se regardait dans le miroir, nostalgique. Son ventre resterait désespérément plat, en souvenir des roses opalines restées à terre. Elle cherchait un signe, un coup d'éclat du destin, qui lui laisserait bercer son enfant. Mais elle était lasse d'attendre, et elle fumait, accoudée au bastingage.