Bonjour bonjour !

Chose promis, chose dû, vous voilà rapidement avec un nouveau chapitre - l'avant-dernier, si c'est pas beau ça -.

Bonne lecture !


Ace ne savait pas ce qui était pire en fin de compte. Se ronger d'angoisse pour les siens ou supporter deux longs mois dans l'attente d'un procès ? Il avait compté les jours qui le séparaient de son témoignage sur un calendrier et il était devenu de plus en plus sombre au fur et à mesure que le procès, pourtant commencé, prenait du retard. Il n'avait toujours pas témoigné et cela le tuait à petit feu.

Il était à la fois si proche de la liberté, de revoir sa famille, et en même temps si loin…

Il tournait comme un lion en cage dans la petite chambre qu'il occupait, passant une main dans ses cheveux mille fois trop longs, mille fois trop blonds. Il rêvait d'abandonner cette fausse identité qu'il endossait encore tous les jours. Il pouvait toucher du doigt la fin de sa vie de criminel, mais elle s'effaçait à chaque retard. Une pièce à conviction que l'on ne retrouvait pas, des magistrats n'arrivant pas à l'heure… Kaido usait de toute l'influence qu'il lui restait pour sauvegarder un peu plus longtemps son empire.

Mais l'empereur était fini. Ace était le dernier témoin à passer, le plus important. Kaido ne pourrait pas échapper à sa peine après cela.

Le brun sursauta lorsqu'on frappa à sa porte et se redressa. La porte s'ouvrit et, en voyant Dragon dans l'embrasure, Ace sut que le jour J était venu. Il prit le gilet de femme qui traînait sur son lit, le regard déterminé et dur, avant de rejoindre le policier. Dragon ne souffla mot, mais ses yeux brillants d'anxiété étaient plus parlants que tous les mots. L'ancien voleur savait que l'homme craindrait jusqu'à la dernière seconde l'incident qui mettrait à terre le procès et par extension, qu'il s'inquiéterait pour lui.

- Alors… On y va ? souffla Ace.

- Oui. Plus que quelques heures et tout sera fini, normalement.

Quelques heures qui semblèrent s'étirer à l'infini pour le jeune homme tout le long du trajet, de l'attente au tribunal et de son témoignage.

Son cœur battait de plus en plus vite, de plus en plus fort alors que l'horloge du tribunal égrenait ses minutes, ponctuées par le tic-tac incessant et assourdissant de la trotteuse. Sa liberté était de plus en plus tangible et il avait si hâte de revoir sa famille…

Pourtant, des doutes incessants ne cessaient de tourmenter son esprit déjà excité alors qu'il affrontait le regard de Kaido, assis sur le banc des accusés. Ace savait qu'il aurait dû s'y trouver. Il aurait dû être à la place de l'empereur, à entendre sa sentence tomber pour ses vols. Et il l'aurait mérité.

Pourtant, il était un témoin, sous les traits d'une secrétaire originaire d'Argentine. Ses cheveux tombaient au creux de ses reins, d'un blond éteint, et surtout abîmés par les teintures successives. Un corset modelant de fausses courbes féminines enserrait son torse, frottant contre sa peau rougie. Du maquillage masquait sa fatigue et ses espoirs sur sa figure émaciée. Il avait envie d'effacer le fard sur ses paupières et ses joues d'un revers de la manche, se délivrer de cette énième fausse identité qu'il endossait. Il voulait redevenir Ace Heartbreaker, espérant ne pas s'être perdu entre ses multiples visages.

Ses mains tremblaient alors qu'il attendait le verdict du juge, comme toute la salle. Tous étaient suspendus aux lèvres pincés de l'homme qui déterminerait le sort de l'empereur. Toute la vie d'Ace se jouait à cet instant. Soit Kaido allait en prison et Velasco Carmen disparaissait définitivement de la circulation, soit tout était à recommencer.

Lorsque le juge daigna enfin rentre son jugement, l'ancien voleur réussit à comprendre un seul mot. Tout le reste n'avait pas d'importance.

Coupable. Kaido était reconnu coupable de tous les chefs d'accusation qui lui pesaient dessus. Et lui était libre. Libre de ses doubles vies, de ses mensonges. Enfin.

Ses épaules se détendirent et il se redressa subtilement alors que son cœur battait à mille à l'heure. Il se demanda un instant avec effroi comment il fera face à sa famille, après un an à s'être fait passer pour mort. Mais la joie de les revoir et de les serrer contre lui fut plus forte que toutes ses inquiétudes.

Le retour à la planque se fit dans un brouillard de béatitude, Ace ayant toujours du mal à appréhender les choses. Cela lui semblait encore si irréel… Puis il rentra dans sa chambre et trouva des vêtements d'homme, ainsi qu'une paire de ciseaux de coiffeur et de la teinture noire, puis ses papiers. Il manqua de pleurer en voyant "Ace Heartbreaker" marqué sur sa carte d'identité. Ce n'était plus un rêve. Il pouvait reprendre sa vie.

Le passage à la salle de bain fut long et libérateur. Ses vêtements féminins au sol, éparpillés, le jeune homme se fit un plaisir de se débarrasser de tout ce qui l'éloignait de ce qu'il était vraiment. Au fur et à mesure qu'il effaçait son maquillage, Ace se sentait redevenir lui-même. Son visage retrouvait son naturel, son masque se fissurant à chaque passage du coton couvert d'eau micellaire. Il rinça sa figure, souriant au miroir alors qu'il retrouvait ses traits masculins, ceux de son enfance. Depuis le temps qu'il n'avait pas pu se retrouver... Il ne restait plus qu'un détail. Ses cheveux de Barbie.

Il empoigna la paire de ciseaux et commença à se débarrasser de sa tignasse indésirable. Sa tête se redressait à chaque mèche coupée et il se sentait presque renaître alors que la longueur diminuait. Il s'arrêta au milieu de la nuque, comme il avait toujours aimé. Il secoua ses cheveux, avant qu'un rire de joie ne s'échappe de sa gorge. Tant pis pour l'asymétrie, il assumait. Il n'eut plus qu'à les teindre, incapable d'attendre qu'ils retrouvent leur couleur naturelle.

Son sourire fut le premier aussi joyeux et sincère depuis longtemps. Il respirait mieux en étant lui-même, libéré de ses masques et des vêtements inconfortables. Son torse avait souffert du corset et il nota mentalement de soigner ses rougeurs alors qu'il ressortait nu de la salle de bain pour enfiler ses nouveaux habits masculins.

Ace se figea néanmoins. Sur le perron de la chambre se trouvait Marco, qui ne loupait pas une seule parcelle de sa nudité. Il rougit légèrement sous son regard, ayant soudain chaud. Son cœur sembla vouloir s'échapper de sa poitrine et le brun pria pour que son corps ne réagisse pas à la présence du policier.

Le blond se retourna cependant pour lui laisser le temps de s'habiller, puis Ace s'assit sur le lit lorsque cela fut fait.

- Qu'est-ce que tu fais ici ? Je croyais que Dragon ne te voulait plus sur l'affaire.

Marco se retourna et soupira, passant une main dans ses cheveux avant de s'adosser contre le mur.

- Je suis chargé de te ramener chez toi après qu'ils aient fait passer Carmen Velasco pour morte. Tu pourras rentrer seulement demain.

L'ancien voleur ne réussit pas à déchiffrer l'expression sur le visage du policier. Lui en voulait-il d'avoir échappé à la justice ? Ou de lui avoir offert une deuxième chance ? Il parcourut à la fois du regard son corps et son visage, essayant de trouver le moindre indice lui permettant d'affirmer le ressenti de Marco à son égard. Et de se régaler de sa beauté, même s'il aurait préféré mourir plutôt que de l'avouer. Il ne pouvait plus que rêver de son vieil amant, il en avait bien conscience. Il n'avait aucun espoir que les choses changent entre eux.

Ace souffla cependant, se demandant s'il ne serait pas dévoré par ses angoisses avant demain. Comment sa famille allait-elle réagir ? Accepteraient-ils tous qu'il reviennent, ou le jetteraient-ils dehors pour la douleur qu'il avait semée ? Il espérait tellement que ce soit la première option… Il cacha sa tête entre ses mains, passant ses doigts dans ses cheveux à nouveau noirs. Il tressaillit quand le lit grinça et que le matelas se creusa. Il n'eut pas besoin de bouger pour savoir que Marco s'était assis à côté de lui, son odeur et s présence l'entourant.

Son cœur battit plus vite et plus fort alors que le blond se saisissait de son menton pour l'obliger à croiser son regard céruléen. Les lèvres de l'ancien voleur s'asséchèrent, avant que son vis-à-vis ne murmure :

- Je connais bien ta famille Ace, c'est aussi la mienne depuis que Papa s'est mis en couple avec Kishi. Tu n'as rien à craindre pour demain, alors détends-toi. Law a dit que tu avais déjà bien trop exposé au stress pour en rajouter une couche.

Marco relâcha le menton du brun et celui-ci ne put s'empêcher de souffler :

- Et toi ? Comment tu le prends ? Je t'ai trahi, je t'ai fait souffrir, je me suis joué de toi… Tu as beau m'avoir laissé une seconde chance, je…

- Ace Heart m'a menti. Ann Heartbreaker aussi. Je ne leur pardonne pas. Mais Ace Heartbreaker… Il ne m'a rien fait. Je ne pense pas que tes masques soient entièrement toi, sinon tu ne serais pas rongé par la culpabilité, le coupa le blond.

Le brun fronça les sourcils alors qu'il cherchait à comprendre ce que voulait dire Marco. Puis ses yeux s'écarquillèrent et il eut envie de sourire jusqu'aux étoiles. Le policier ne lui proposait pas une seconde chance, il lui proposait de reprendre à zéro. Alors il lui tendit la main, avant de déclarer avec aplomb :

- Ace Heartbreaker. Enchanté de te rencontrer.

Marco le fixa avec surprise, avant de sourire doucement, Il saisit sa main, avant d'attirer ainsi Ace contre lui et de l'entourer de son bras libre, afin de chuchoter à son oreille :

- J'ai eu le temps de faire le point ces deux derniers mois, Ace. Et j'en suis arrivé à la conclusion que j'étais encore amoureux de toi. Alors ne te loupe pas, rends-moi heureux et ne me fais jamais pas regretter ce que je suis en train de faire.

Il l'embrassa ensuite avec toute la passion qu'il contenait depuis un an, toute sa rage, sa colère, sa frustration, sa tristesse. Ace agrippa les épaules du policier et se laissa faire, des gouttes rondes coulant sur ses joues alors qu'il n'en revenait pas de sa chance insolente et immérité. Il ferait tout pour ne pas blesser à nouveau Marco, il se le promettait. Rien que l'idée le tuait.

Le blond essuya du revers de la main ses larmes et l'ancien voleur se fondit dans son étreinte, comme pour être certain qu'il ne s'agissait pas d'un rêve.

- Je t'aime, balbutia-t-il contre son épaule. Et je voudrais tellement ne pas t'avoir fait de mal…

- Tu ne peux plus rien faire pour le passé, alors concentre-toi sur l'avenir, rétorqua Marco plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu.

Néanmoins, Marco embrassa à nouveau le brun avec empressement et avidité. Il lui semblait qu'il n'en aurait jamais assez, il se sentait revivre. Il n'avait plus le cœur lourd ou encombré de cet amour envers Ace, il se sentait comme sur un petit nuage avec son ancien petit-ami dans ses bras. Il savait que leurs blessures respectives mettraient à guérir, aussi longtemps voir même plus que la maigreur alarmante d'Ace. Il pouvait sentir ses côtes saillantes sous ses doigts. Mais, s'ils étaient tous les deux déterminés à reconstruire une relation sur des bases saines cette fois, ils y arriveraient.

- Je t'aime, lâcha-t-il à son tour.

Ace l'éblouit d'un sourire lumineux qui déclencha un frisson et une vague de désir chez Marco. Il avait réussi à oublier à quel point le sourire de son amant pouvait lui faire de l'effet. Mais ils ne franchiraient pas le pas ce soir. C'était trop tôt, Le brun avait besoin d'être réellement remis sur pied et lui ne se sentait pas prêt mentalement. Leur dernière fois lui laissait encore un goût amer en bouche.

Cela ne l'empêchait pas d'embrasser encore et encore l'ancien voleur, comme s'il risquait de s'évanouir à nouveau dans la nature ou comme s'il voulait rattraper tout le temps perdu. Puis, à bout de souffle, Ace posa sa tête sur son épaule et lui demanda :

- Est-ce que… tu peux… me dire ce qui… s'est passé à la maison cette année ?

Marco sourit et l'installa plus confortablement contre lui avant de le mettre au courant des dernières nouvelles. Il lui parla de son amie Lola, de Thatch et de Lumia qui discutaient à nouveau ensemble, des jumelles qui grandissaient, de Sabo toujours aussi amoureux et soumis à son petit bout de femme, de Luffy qui rendait chèvre Law et surtout, surtout de leurs deux parents qui se comportaient comme deux jeunes amoureux à tel point que c'en était parfois niais.

Ace s'endormit dans ses bras, exténué par le procès, et le blond le déshabilla pour le glisser ensuite sous les draps. Il se leva pour regarder son portable, l'éteignant après avoir lu le message de Dragon qui indiquait que Carmen Velasco mourrait durant la nuit, abattue par un sniper. La dernière fausse identité du voleur disparaîtrait bientôt et cela rassurait Marco, d'une certaine façon.

Le policier vérifia que son arme était bien chargé, avant de s'asseoir sur une chaise, dans la petite chambre d'Ace. Il ne dormirait pas de la nuit pour assurer sa sécurité, même si cela serait long et dur. Mais il n'y avait plus que quelques heures à tenir pour que les doubles vies du brun ne soient plus qu'un souvenir.

Il dut boire plusieurs cafés pour tenir jusqu'au matin, avant que la personnalité explosive de l'ancien voleur ne remplace la caféine pour le maintenir éveillé, même si Ace semblait s'être assagi. Il ne tenait néanmoins pas en place et ce ne fut que parce que le policier avait fait une nuit blanche qu'il céda la place du conducteur au brun. Ce dernier connaissait encore le chemin qui menait à l'orphelinat, puisqu'ils y furent en quelques heures.

Marco lui épargna la peine de sortir pour ouvrir la grille et ils se retrouvèrent sur le perron de la maison d'enfance d'Ace trop vite au goût de ce dernier. Il hésitait à appuyer sur la sonnette, à nouveau en proie à ses inquiétudes, avant que le policier ne pose une main sur son épaule en soutient silencieux.

Ace prit alors une grande inspiration et enclencha avec résolution le petit bouton blanc.


Moi ? Sadique ? Noooon, j'vous jure, j'm'étais toujours promise de couper là. X)

La fin sera normalement pour les vacances, alors une petite review et à peluche !