Hello !
Après un mois de juillet passé sous le signe des rencontres, je me remets au travail pour vous offrir un chapitre un peu plus long que d'habitude et plus ennuyeux et plein de blabla... pauvres lecteurs. Sur le plateau, le retour d'un vieux pote de café, les préparatifs de nos deux agents doubles, mdr, une relecture des quatrains de Nostradamus, une ballade sur un ferry et pour finir, le retour de l'aîné. Je pense que comme menu, c'est déjà pas mal. Ça vous permettra de tenir jusqu'au prochain dîner ou sinon, venez vous faire rembourser pour indigestion, lol.
Et une question crucial : plutôt mousse au chocolat ou Shaolan dans un bain ? lol (ce sera un gros dilemme pour Mando, lol.)
Bonne lecture !
OoO
Chapitre 21 : Cheval de Troie
Elle poussa la porte - faisant ainsi tinter joyeusement la clochette - et aussitôt l'odeur de café titilla son odora, l'enivrant et la replongeant dans ses souvenirs. Cela faisait un bon moment qu'elle ne s'était pas aventurée ici. Elle se mit sur le côté, permettant ainsi au client, derrière elle, de passer. Rien n'a changé, se dit-elle alors que le rire de son patron l'informait de sa bonne humeur.
Penché à une table, oncle Bill conversait - comme à son habitude - avec des étudiants. Sakura fit quelques pas dans leur direction. La conversation semblait porter sur les religions du monde, certainement un sujet d'exposé. Quoi qu'il en soit le débat était bien entamé et chacun y allait de son point de vue. Sakura toussa, sachant qu'elle s'attirerait les foudres des étudiants en s'accaparant "oncle Bill" pour quelques malheureuses minutes.
Le vieil homme leva les yeux et, sans surprise, un sourire étira ses lèvres. Il s'excusa auprès de son cercle de discussion puis combla la distance qui le séparait de sa serveuse dont la présence manquait cruellement à nombre de ses clients. Mais malgré cette désertion passée, la fleur de cerisier leur revenait encore plus rayonnante que jamais. Le regard pétillant, la mine radieuse ; tout indiquait qu'elle avait surmonté la tragédie.
- Comment vas-tu ? demanda oncle Bill en la menant au fond de la boutique, près d'une plante verte.
- Vous savez donc pour…
- Oui, les étudiants parlent et... Eriol et Meilin étaient si jeunes… Quelle tragédie !
- Oui...
Mentir ainsi à oncle Bill était assez cruel mais elle ne pouvait guère se permettre de dévoiler la moindre information, susceptible de ruiner leur mission. Elle tenta tant bien que mal de prendre une mine chagrinée. Ce qu'elle aurait dû faire plus tôt au lieu d'entrer dans le cybercafé en affichant un large sourire. Tant pis, songea-t-elle. On va essayer de faire au mieux.
- Vous savez, je ne les connaissais pas aussi longtemps que Shaolan. C'est lui qui est... Il est beaucoup plus touché par leur brusque disparition. Moi, je ne peux que le réconforter, ce qui n'est pas une mince affaire.
- Sois courageuse dans cette épreuve et ne faiblis pas. Shaolan t'en sera reconnaissant.
- Je le serai.
- Tu aurais tout de même dû rester chez toi.
- Non... Je suis là pour vous donner ma démission. Vous comprenez, à quoi bon garder une serveuse toujours absente ? Autant embaucher quelqu'un de plus disponible.
- Voyons ! Je n'imagine pas une autre personne à ta place. Prends ton temps et reviens ici quand tu voudras. Il y aura toujours un poste pour toi, ma petite Sakura.
- Merci... Et mes condoléances pour votre ami. J'aurais dû vous les présenter plus tôt.
Le visage du vieil homme s'assombrit.
- Ces derniers temps, la mort semble être sur nos pas. Mon ami Chen, sa femme Erin et puis Eriol et Meilin... Fais attention à toi.
Sakura eut l'impression qu'oncle Bill en savait beaucoup plus sur le pourquoi de tous ces décès, mais qu'il se taisait en attendant un aveu de sa part. Mais c'est impossible, pensa-t-elle. Il ne sait sûrement rien du Céleste Empire, de la Clow Read ou de ce qu'on peut faire en réalité. Ne sachant quelle attitude adopter, Sakura amorça une retraite stratégique.
- Vos clients attendent vos conseils et votre savoir, dit-elle. Je vais donc vous laisser.
- Il est hors de question que tu quittes mon havre de paix sans avoir dégusté un café ou goûté au moins à mes muffins.
- Je suis réellement désolée, mais j'ai vraiment une journée chargée.
- Un café pour ton départ, tu me dois bien ça.
- Entendu, concéda-t-elle.
Oncle Bill l'installa à une table, proche des fenêtres. Le coude sur la table, son poing contre sa joue, Sakura se plongea dans la contemplation de la rue bruyante, s'attardant plus qu'il ne le fallait sur les deux enfants qui se chamaillaient près de leur mère. La larme à l'oeil, elle détourna les yeux et, croisant les mains, se promit de ne pas économiser ses forces durant son infiltration dans l'organisation du Céleste Empire.
OoO
Posant sa tasse de thé sur la table - translucide et semblable à du cristal -, il contempla le bouquet de pivoines blanches que Nakuru avait, comme chaque matin, arrangé dans le vase. Elle seule savait à quel point il appréciait cette fleur.
« Richesse et honneur, ne sont rien sans l'amour. »
Il croisa les jambes et s'enfonça dans son siège tout en fermant les yeux afin de goûter à cette quiétude retrouvée après une réception bruyante. Il aimait ces matins qu'il passait dans son salon chinois, rempli de plantes de son pays. Le seul endroit qui lui rappelait sa chine natale, ses racines, sa famille...
Les voix de quatre petites filles se répandirent autour de lui. Il leur ouvrit les bras, bien qu'il sût qu'il ne parviendrait jamais à étreindre en même temps cette petite tribu. A l'écart, un petit garçon, les lèvres pincées et les poings serrés, le regardait d'un oeil accusateur. Puis sa voix, pleine de rage et de reproches brisa sans remords celle de ses sœurs.
Son seul et unique héritier devenu un homme aujourd'hui mais surtout un ennemi...
Il rouvrit les yeux en sentant un poids sur ses genoux.
« Spinel ! Reviens ici ! »
Nakuru s'immobilisa devant l'homme et souleva le chat noir. Celui-ci, comme toujours lorsqu'on le délogeait de sa place, sortit les griffes et punit la responsable.
- Je suis désolée d'être entrée, monsieur Li, s'excusa la demoiselle, qui malgré la douleur infligée par le félin ne cilla pas d'un cil.
- Ce n'est pas grave.
- Oh que si ! Monsieur Li n'aime pas être dérangé quand il se trouve dans le salon chinois ! (Il rit.) Quoi donc ?
- Tu me rappelles mes filles, avoua-t-il avant que son sourire ne s'estompe. T'ai-je félicitée pour ton travail ?
- Oui ! Monsieur Li a offert une paire de boucles d'oreilles à Nakuru !
- Tous les prototypes devraient aussi être agréables que toi. Au fait, comment se porte notre fuyard, ce cher 512 ?
- Il est retourné auprès de Monsieur Toya.
- Bien... Cette fois-ci, je ne pense pas qu'il faille s'inquiéter d'une nouvelle évasion.
- Et pour monsieur Hewitt ?
- Laissons-le donc croupir quelque temps loin de la lumière du jour. Le Grand Maître a été fâché d'apprendre qu'Hewitt a pu permettre à la Clow Read de récupérer le prototype Rachel, et encore plus qu'il ait cherché à tuer cette Kinomoto... cette maudite obsession pour la fille après la mère, ajouta-t-il pour lui-même.
La porte s'ouvrit sur une domestique chinoise. Cette intrusion déplut à son employeur dont les traits s'assombrirent brusquement. Quant à Nakuru, les poils hérissés telle une chatte en colère, elle était prête à sortir les griffes contre celle qui venait de fâcher son monsieur Li.
- Désolée de vous interrompre, monsieur, mais on désire vous voir, bredouilla la domestique face à toute cette pression.
- Ne vous ai-je pas dit que je refusais toute visite ? répliqua-t-il mécontenté.
- Oui, je sais, mais il s'agit de monsieur Nichols.
- Installez-le dans le salon, et vous nous servirez du thé.
- Bien monsieur.
Elle s'inclina brièvement puis s'enfuit tout aussi vite, ravie d'avoir pu éviter les foudres de la petite protégée de son patron.
- C'est grave, monsieur Li ? s'inquiéta Nakuru, lorsque la porte se fût refermée.
Il se releva puis passa une main sur les cheveux de la jeune femme.
- Je ne pense pas. Allons le voir.
De larges fenêtres baignaient le salon d'une douce lumière, rehaussant l'éclat des différentes teintes brunes et vertes du tapis qui décorait le milieu de la pièce. Dans le fond, un large tableau, représentant Diane dans une de ses parties de chasse en compagnie de ses amazones, décorait le mur devant lequel étaient installés ses deux visiteurs.
L'un, vêtu dans des vêtements bon marché, n'avait rien d'un hôte important. Le vieil homme portait sur la tête un chapeau beige et rond, sûrement hérité d'un grand-père explorateur. L'autre, en revanche, plus jeune, avait tout d'un moine tibétain. Crâne rasé et drapé dans une longue robe grenat, agrémentée par une ceinture de laine plissée, il ne cessait de faire rouler entre ses doigts les perles de son collier. L'un comme l'autre détonnait dans ce luxueux salon mais plus que leur accoutrement, s'était sans aucun doute l'étrange duo qu'il formait qui donnait à sourire.
- Je vous salue, Grand Maître, dit-il en joignant ses paumes puis en baissant la tête.
- Salutation, Maître d'Asie, répliqua le vieil homme en l'imitant.
Monsieur Li prit place sur un des nombreux fauteuils en velours agencés dans le salon - signe qu'il recevait souvent des convives. Nakuru se plaça légèrement en arrière, gardant un oeil inquisiteur sur les deux nouveaux venus.
Ils débutèrent une longue conversation sans intérêt, parlant de la pluie et du beau temps pendant que la domestique chinoise leur préparait leur thé. Lorsqu'elle eut terminé son service, elle s'inclina respectueusement puis quitta le salon, refermant lentement les battants de la porte.
- Que me vaut cette agréable visite ? demanda enfin Li alors que monsieur Nichols, le Grand Maître, humait le couvercle afin de vérifier le résultat de l'infusion, tel un connaisseur.
Ce dernier, consciencieusement, filtra les feuilles de thé à l'aide du couvercle puis avança ses lèvres de sa tasse - très fine -, but une gorgée, appréciant le goût de cette boisson exotique.
- Il s'agit de certains membres des loges bleues et blanches ; autrement dit celles qui relèvent de nos compétences.
- Quel est le problème ?
- Une infiltration, répondit-il en reposant sa tasse.
- Le coupable ?
- Je l'ignore encore, mais un frère a attiré mon attention sur la possible traîtrise d'un Compagnon. J'ignore lequel mais il va falloir se montrer vigilant. Il semblerait que la Clow Read ne soit plus seule à vouloir empêcher le Grand Chef de gouverner.
- Cela risque de lui déplaire. D'autres nouvelles, heureusement, lui plairont davantage. Nakuru amène-moi l'enregistrement, ordonna Li.
Excitée comme une puce, elle sortit du salon tout en sautillant - Spinel dans ses bras s'agitait dans l'espoir de quitter cette prison bien mouvementée. Quelques minutes plus tard, elle revint, avec dans les mains, un disque rond métallique qu'elle inséra dans le lecteur. Elle saisit ensuite la télécommande et, s'écartant enfin de l'écran de télévision, elle la tendit à Li qui l'en remercia d'un sourire.
L'oeil attentif, le Grand Maître ainsi que son accompagnateur se plongèrent dans l'observation de la vidéo. Les images défilèrent jusqu'à ce que Li interrompe la lecture, stoppant l'image sur un homme brun. Les traits crispés, la colère enflammant ses iris, on ressentait plus que de l'amertume chez lui.
Un sourire étira les lèvres du Grand Maître qui, satisfait, s'enfonça dans son fauteuil avant d'entrecroiser ses doigts.
- Parfait... Le scarabée est prêt et le moment venu le Dragon Rouge enflammera l'orient et l'occident. Ne vous l'avais-je pas dit, il y a de cela des années alors que vous n'étiez encore qu'un Compagnon ? Le temps sera toujours notre alliée et non notre ennemie. Si nos prédécesseurs ont été incapables de réveiller le Dragon, ce n'est pas seulement à cause de la Clow Read. Coïncidences et hasards ne sont pas à ignorer et lorsqu'ils vous font défaut, sachez les créer. La route a été longue pour les anciens mais aujourd'hui nous voyons enfin cette lumière au bout du tunnel. Vous comprenez dès lors que le grand Chef ne tolérera plus aucun faux pas de notre part.
- Au moindre soupçon, il nous faudra abattre les suspects... après interrogatoire, cela va s'en dire. Comptez-vous avertir l'Oriental et le Mendosus de ces infiltrations ?
- Je ne tiens pas à déranger l'Oriental alors qu'il est en pleine campagne, je verrai à son retour. Quant au Mendosus, il profiterait de cette faille dans nos loges pour nous discréditer encore plus aux yeux du Grand Chef. Tenons-le à l'écart pour le moment.
Le vieil homme se releva, ajustant son chapeau sur sa tête, tandis que le moine tibétain qui l'accompagnait lui ouvrait les portes coulissantes.
- Les Frères auront-ils le privilège de voir deux Maîtres, côte à côte, lors de ce séminaire ?
- Je verrai si mon emploi du temps me permet de passer sur l'île, répondit Li. Il est temps pour moi de rejoindre la Chine.
Il salua le vieil homme qui tourna les talons.
OoO
- Lui ?
Attentivement, Sakura étudia la photo. Hélas, depuis ces trois derniers jours, tous les visages et les noms se brouillaient dans sa tête. Elle voulut plonger son doigt dans sa mousse au chocolat mais Shaolan, d'un air mi-agacé mi-furieux, donna une petite tape sur le dos de celle-ci.
- Pas avant que tu n'aies répondu.
- Euh... Je sais plus. Parker Koïzumi ?
Tout d'abord sidéré par la réponse, Shaolan finit par perdre son sang-froid.
- Remixe pas le nom du premier ministre japonais avec celui de Spiderman ! s'énerva-t-il.
- Ma réponse est donc si mauvaise que ça ?
La plaisanterie fut loin de plaire à Shaolan qui dardait sur elle, un regard noir.
- Un peu de sérieux, c'est trop demander ? On ne va jamais y arriver si tu n'y mets pas du tien ! T'imagines si tu te trompais dans les noms des Frères ? Ce sera foutu pour nous !
- On a qu'à dire que j'ai un mal de...
Brusquement, Shaolan posa la photo sur la pile qui trônait sur la table près de son assiette vide, puis saisit un verre d'eau qu'il but d'un trait avant de la reposer avec fracas.
- Je te signale que c'est toi qui tenais à tout prix à m'accompagner.
Touchée par cette remarque qu'elle ressentait comme un reproche, Sakura baissa la tête, honteuse. Soudain, Shaolan se releva.
- Où vas-tu ? s'étonna-t-elle en levant les yeux.
Les deux mains sur le dossier de sa chaise, il se pencha sur elle.
- Nous allons prendre un bain, susurra-t-il à son oreille.
- « Nous » ?
- Oui, « nous ». Tout seul, j'ai peur de me noyer dans la baignoire. Et puis, on continuera le questionnaire au milieu des petits canards flottants.
- Mais ma mousse au chocolat !
- J'en crois pas mes oreilles ! s'exclama-t-il sidéré. Comme dessert, tu me préfères à une vulgaire mousse au chocolat !
- Hé bien...
Elle considéra à tour de rôle son dessert et Shaolan puis soupira. Elle lorgna une nouvelle fois, sur sa mousse au chocolat avant de se relever, à contrecoeur, et de la placer dans le réfrigérateur qu'elle referma tout en poussant un nouveau et long soupir désespéré.
- Je reviens dans quelques minutes, ne bouge pas d'ici, implora-t-elle, la main posée sur cette paroi qui la séparait de l'un de ses mets favoris.
- Complètement cinglée, railla Shaolan. Franchement, tout ce chocolat ne va rien t'apporter, mis à part des kilos en trop qui vont...
Il se maudit intérieurement de cette remarque en apercevant les deux iris verts qui s'enflammaient. Se mettre entre une femme et un dessert était déjà un risque en soi, mais lui signifier en plus que ledit dessert pouvait nuire à sa ligne était une véritable folie passible de la peine de mort. Et en cet instant, Shaolan se demandait quel compliment serait capable d'apaiser les foudres de sa dulcinée. Finalement, la seule idée qu'il trouva en un temps record, fut celle qui consistait à prendre ses jambes à son cou pour s'enfuir le plus loin possible du danger, en l'occurrence quitter la cuisine et mettre une certaine distance entre lui et Sakura.
- Li Shaolan, reviens ici me dire en face que je suis grosse ! hurla-t-elle.
Son cri retentit dans toute la pièce, et se répercuta dans le salon.
D'un pas furieux - les éclats se répercutaient dans les escaliers -, elle le poursuivit. Atteignant l'étage, elle le découvrit accroupi devant le balcon, les mains accrochées aux barreaux de bois blanc, avec un air ahuri collé sur le visage.
- Tu sais que tu ferais fuir un troupeau de dinosaures ? fit-il remarquer tout en se redressant. On dirait un Godzilla qui...
Il pensait la faire sourire, ce fut tout le contraire qu'il provoqua, malgré lui. Sakura inclina tristement la tête. Ses cheveux glissèrent vers le devant, dissimulant ainsi ses traits.
Il me reste encore une personne à retrouver et là... Je pourrai enfin vivre ce bonheur qui m'échappe depuis trois ans. Il faut que je retrouve Toya et pour ça, Shaolan a raison. Je dois m'y mettre sérieusement... Sans ça, je risque de tout gâcher.
A l'abri de sa forteresse, dont les murs venaient soudainement de s'ériger autour d'elle, Sakura s'affaiblit avec ravissement, profitant de cette main posée sur le sommet de son crâne, tandis que l'autre bras la serrait davantage contre lui.
- Ne fais pas attention à toutes les conneries que je peux dire, dit-il. Mon intention n'était pas de te blesser...
Elle leva prestement la tête.
- Tu ne m'as pas blessée, opposa-t-elle, désolée qu'il ait mal interprété son comportement.
- Alors pourquoi cette mine chagrinée ?
- Disons que je repensais juste à mon frère... et surtout de la sale manie qu'il avait de m'appeler « Godzilla » juste pour m'irriter, c'est tout, ajouta-t-elle.
Le sourire feint qu'elle lui adressa par la suite ne parvint pas à rassurer Shaolan qui, le coeur serré, l'enserra plus fortement. Surprise, Sakura chercha à comprendre ce qui avait pu provoquer cette soudaine tendresse chez le chinois.
- Je vais bien, tu sais. Ce n'est pas parce que je pense à Toya que je vais me mettre à pleurer. Je vais le retrouver, je le sais. J'en suis même certaine.
Il accentua la pression de ses bras autour d'elle.
- Shaolan, tu me fais mal.
- … Pardonne-moi, murmura-t-il à son oreille.
Un pardon pour lui avoir infligé cette douleur en la serrant aussi fort ? Sakura le pensait mais malheureusement son instinct lui disait que ces deux mots concernaient une toute autre affaire. Est-ce qu'il croit que je ne lui ai pas entièrement pardonné pour notre séparation d'il y a trois ans ? se demanda-t-elle. Ou est-ce qu'il pense que je lui en veux pour Rachel ? Il reste encore une épine mais où ?
L'incertitude la gagna.
Sakura releva la tête. La douleur qu'elle crut percevoir dans les yeux de Shaolan s'estompa au profit de cet éclat malicieux qui annonçait une bonne humeur retrouvée.
C'est peut-être moi qui cherche à tout compliquer alors que les choses sont claires, désormais, songea-t-elle alors que les mains du chinois passaient délicatement sur son visage. Je ne vois rien qui pourrait nous séparer... rien sauf mes craintes injustifiées.
- A quoi penses-tu ?
- Je médites sur ma folie. (Il fronça un sourcil.) Je ne m'expliquerai pas dessus mais... Sache quand même que je ferai tout pour que ses deux ambres gardent toujours leur éclat. Je deviens trop romantique, se reprocha-t-elle en collant son visage contre son torse.
- Je ne m'en plaindrai pas, promis. Mais revenons donc à notre...
- Finalement, je serai romantique pour deux, décréta-elle en s'écartant de lui.
D'un regard affectueux, il suivit Sakura jusqu'à ce qu'elle s'introduise dans la salle de bain. Soupirant, il passa une main dans ses cheveux. Les yeux clos, il entendait l'eau du bain couler sans fin alors que la voix de Sakura chantonnait une comptine japonaise.
Il se laissa bercer par la douceur de ces mots et la beauté de son chant. Ce petit rossignol qu'il avait miraculeusement saisi, sans toutefois devoir l'emprisonner, se tairait un jour, sûrement un soir de tempête. Un soir où la cruauté de ses aveux détruirait sa joie de vivre. Seuls des cris mêlés au pleurs demeureraient ; ce qu'il craignait plus que tout. Ce qui les séparait depuis le départ était bel et bien cette confession qu'il n'osait lui faire.
Oui, mais pour le moment, ce n'est pas le plus urgent, pensa-t-il. Elle doit avoir l'esprit clair pour cette mission. Lui parler de ses parents se serait un suicide.
Encore une feinte pour ne pas lui dévoiler cette vérité. Or plus il la reportait à plus tard, plus les chances que Sakura l'apprenne par un certain membre du céleste Empire se faisait grande. Shaolan balaya toutes ses réflexions puis, reprenant constance, marcha vers la salle de bain.
Assise sur le rebord de la baignoire, Sakura étudiait d'un air critique les bains moussants à sa portée.
- Et si je te demande le nombre de personnes composant une loge ? dit-il après avoir ôté son sweat, révélant ainsi son torse nu.
- En fait, répondit-elle tout en ouvrant le flacon de bain moussant à la senteur fraise, il y a quatre grandes loges : Occident, loge bleu ; Asie, loge blanche ; Orient, loge verte et Russie, loge jaune. Chacune dirigée par un Maître qui délègue son pouvoir à des Compagnons qui gèrent des loges comportant sept personnes chacune. Et tout ce beau monde est mené par le Grand Chef, qu'ils appellent aussi « Gensis Khan ». Voilà !
- Bonne réponse, dit-il en lui prenant le flacon des mains.
Perplexe, elle le dévisagea.
- J'aurais l'air de quoi à sentir la fraise, hein ?
Elle éclata de rire puis rangea le flacon avant d'en saisir un autre, moins fruité.
- Voici ta récompense...
Il la déshabilla alors qu'elle pestait sur cette récompense qui n'en était pas véritablement une, sauf pour lui qui contemplait sa nudité. Lorsqu'il termina son effeuillement, il la plongea dans le bain puis se dévêtit à son tour avant de la rejoindre dans la baignoire.
- Bien profité du spectacle ?
- Pas assez, mais ça ira pour le moment. Une autre question, professeur ?
- Le nom du supérieur de notre loge ?
- Tien Lin.
- On dirait que t'es bien plus inspirée par moi dans un bain que par ta mousse au chocolat, ironisa-t-il. Li Shaolan gagne encore la partie !
Agacée, Sakura frappa la surface de l'eau, éclaboussant le présomptueux.
- Sale vantard !
Amusé, il saisit son bras et l'incita à venir se coller à lui. Son torse contre son dos, il referma ses bras autour d'elle.
- Je me sens bien, comme ça.
- Moi aussi.
Il écarta ses cheveux de sa nuque et y déposa un baiser. Ils restèrent un long moment à profiter de cette étreinte sensuelle.
- Dis-moi, Shaolan, tu ne me parles jamais de ta famille.
Sentant qu'il se crispait, elle pivota la tête. Les traits du chinois étaient subitement devenus plus graves.
- J'ai dit quelque chose qui... ?
- Oublie ça.
- Oublier quoi ? Ma question ou ta réaction ?
- Les deux, ça vaudra mieux.
Il l'enlaça à nouveau mais elle s'y opposa.
- Shaolan !
- Quoi encore ?
- Dis-le si je t'agace, s'irrita-t-elle.
- Tu m'agaces.
Offusquée par cette réponse, Sakura se leva prête à enjamber la baignoire. Promptement, il lui saisit le poignet.
- Pardon.
- Je ne mérite pas que tu me parles de ta famille ?
- Ce n'est pas ça.
- Alors pourquoi ?
- Trop long à t'expliquer.
- J'ai le temps.
- Pas moi.
- Tu ne perdras donc jamais ce côté blessant quand quelque chose te tracasse ? Je cherche juste à te connaître davantage, c'est si grave que ça ?
- Non... bien sûr que non.
- Alors pourquoi ce refus ?
- Je t'ai déjà parlé de ma famille, non ?
- Oui, tu m'as dit que tu avais une mère et quatre soeurs. Point barre. Je ne sais pas leur prénom ni ce qu'elles font, ou encore si ton père...
A ce mot, Shaolan relâcha la main de Sakura.
- Mon père nous a abandonnés, lâcha-t--il sans émotion. C'est un souvenir que je ne veux pas partager.
- Même avec moi ?
Il l'observa puis baissa les yeux. Bien que ce comportement la blessait, Sakura prit sur elle. Elle se rassit entre ses bras.
- Et toi, tu crois que tu seras un bon père ?
- Je ne sais pas... je crois que oui. Du moins, je l'espère.
Un silence s'installa tandis qu'il caressait son ventre puis une exclamation s'éleva.
- Tu es enceinte ?
- Bah, non.
- Sure ?
- Oui. C'était juste une question comme ça. Ça te soulage, avoue-le.
- Disons que si tu l'avais été, j'aurais trouvé un moyen de t'éloigner de cette mission. En fait, j'aurais beaucoup aimé que tu le sois. J'aurais eu une famille que j'aurais pu préserver mieux que je ne l'ai fait avec l'autre.
- A ce propos, comment les parents de Mike ont-ils pris la nouvelle de sa mort ? le questionna-t-elle en pensant à la veille où Shaolan s'était rendu dans le New Jersey pour présenter ses condoléances à la famille.
- Très mal. Après Chris, ils ne pensaient pas que Mike succomberait aussi vite, à son tour. A un moment, j'ai même cru que leur mère me tenait responsable de leur décès. Tu aurais dû voir son regard quand je lui ai parlé... celui d'une mère qui a perdu ses enfants... à cause de moi.
- Shaolan...
- C'est vrai quoi ! Si on y regarde bien, ce n'est pas totalement faux, dit-il en tentant de garder un ton détaché alors que sa voix se brisait. Elle attendait une explication à la mort de ses deux enfants et moi... moi, j'ai rien pu lui dire à part « je suis désolée ». Ca sonnait faux, c'était même pas sincère parce que si j'avais voulu vraiment l'être, je lui aurais dit la vérité pour qu'elle se venge au moins. Mais qu'est-ce que j'aurais dû dire au juste à cette femme ? Que j'aurais pu sauver son fils Chris mais que je ne l'ai pas fait pour une question de fierté. Quant à Mike, j'aurais dû deviner son implication. Après tout, je savais qu'il était attiré par Rachel et la connaissant... (Il soupira.) Je n'ai jamais su être à la hauteur dans les vrais moments qui demande du courage et je n'ai jamais été assez attentif envers qui que ce soit.
- Si, envers moi !
- Pas même envers toi, affirma-t-il, puisque tu as souffert par ma faute. Ne réplique pas, c'est la vérité - de nombreuses familles souffrent et tout ça à cause de mon père, ajouta-t-il pour lui-même. Il faut que je les apaise en mettant fin à son règne.
- De qui parles-tu ?
- Je sais plus, le parfum de lys me monte à la tête...
Sakura se contenta de respecter son silence, espérant que les nuages gris finissent par déserter le ciel de leur nid douillet.
- Tu crois que Toya est l'enfant de la prophétie ?
- Il y a des chances, pourtant...
- Oui ?
- Je sais que les vers sont sujets à diverses interprétations, mais ça ne collerait pas avec les quatrains de Nostradamus. Alors qu'avec la superbe théorie qu'on avait établi avec Eriol grâce aux statuettes, ça allait dans ce sens. Quoi qu'il en soit, mettons la main sur les quatre Maîtres, et nous verrons.
- Peut-être que l'un d'eux était présent lors de la fête que donnait Chen Zhin.
- Non, trop évident.
- Les choses les plus évidentes passent toujours sous votre nez, souleva-t-elle.
- Quoi par exemple ?
- Ben... Le fait que tu m'aimais, mais que tu refusais de voir la vérité en face.
- Je te trouve bien sure de toi, dit-il en tirant légèrement sur ses cheveux.
- Je ne fais que prendre exemple sur toi, répliqua-t-elle en tournant la tête.
Ils s'observèrent longuement.
- Sakura.
- Oui ?
- J'ai envie de toi.
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- Donc, ta démarche doit être plus assurée et correspondre à cette sensualité qui émane d'Eileen Graham.
- Je ne vais tout de même pas me changer en femme fatale ? opposa-t-elle après avoir visuellement contraint Shaolan à étouffer son fou rire.
- C'est hélas la description de miss Graham, approuva Ben. D'ailleurs, tes hauts seront rembourrés à défaut de pouvoir te poser des implants mammaires. Et tes talons seront légèrement revus à la hausse.
Cette fois-ci, Shaolan éclata d'un rire qui hérissa les poils d'une Sakura rougissante. En plus de devoir subir cet examen qui pointait tous ces défauts les plus visibles, elle devait endurer toutes ces critiques devant Shaolan, l'homme qui n'avait aucun mal à se fondre dans ses divers personnages et qu'accessoirement, elle aimait. Il finirait célibataire s'il continuait à persévérer sur ce chemin qu'était la moquerie. Je suis certaine qu'il veut me pousser à bout dans l'espoir que je jette l'éponge, songea-t-elle en pivotant la tête. Assis devant le poste informatique, le chinois lui dédia un signe de la main qui lui fit grincer les dents. Il se moque de moi, cet idiot.
- Moi au moins, j'use pas d'artifices pour plaire aux hommes, marmonna-t-elle en croisant les jambes.
- Concernant ta voix, reprit Ben, ce gadget (il lui montra un micro appareil sur la table) va t'aider à la rendre moins aiguë mais ton parlé doit être plus autoritaire. N'oublie pas qu'Eileen est une femme d'affaire qui sait ce qu'elle veut. N'ais donc pas peur de regarder tes interlocuteurs droit dans les yeux, sauf bien sûr s'il s'agit des maîtres du Céleste Empire. Avec eux, le respect prédomine. Quant à toi Shaolan, n'oublie pas les notes que je t'ai faites sur Martin Lee Graham.
D'un air dégagé, Shaolan allongea ses jambes, s'enfonçant confortablement sur le dossier de sa chaise, puis croisa les bras sur sa poitrine.
- C'est déjà assimilé... contrairement à certaine, sourit-il.
- Oh, ça va, marmonna-t-elle. Je fais de mon mieux.
- Il faudra plus que ça, objecta-t-il. Les époux Graham sont plus âgés que nous. Leur conception de la vie et du couple est différente de la nôtre. Si tu veux être crédible dans un rôle, ce n'est pas en faisant de ton mieux que tu tromperas leur monde. Ce que tu fais depuis quatre jours, c'est tenter de copier un personnage en gardant ta personnalité. Si Rachel a su se faire passer pour Tanya, et vis versa, ce n'est pas seulement en lui prenant son visage mais en intégrant tous ce qui faisait d'elle la personne que nous connaissions. Et ça passe de ses petites manies qu'un tiers trouverait insignifiantes mais qui sans ça ferait douter ses proches.
- Et bien sûr, toi qui t'es fait avoir, tu es bien placé pour me dire tout ça, railla-t-elle.
Piqué au vif, Shaolan se rembrunit sous le sous-entendu. La tension entre les deux jeunes gens s'accrût subitement au grand désespoir de Ben qui rapidement se sentit gêné. Décidé à mettre un terme ou du moins atténuer ce futur conflit qui couvait dangereusement, il toussa bruyamment.
- Je pense que la séance "make-up" vous amusera beaucoup, dit-il sur un ton badin. Les prouesses de nos concepteurs vous éblouiront. Je peux vous l'assurer. Transformer deux jeunes loups en adultes matures sera époustouflant. Par contre, il vous sera certainement demandé de... Comment dire ? Pour les cheveux...
Le bruit d'un crayon que l'on brise en deux l'interrompit. Déglutissant, Ben n'eut pas besoin de tourner la tête vers Shaolan pour comprendre que ce dernier refusait cette solution. Doutant de pouvoir convaincre le chinois – Kakei s'en chargerait -, Ben se leva, s'approcha du téléviseur, sortit le disque du lecteur puis le replaça dans son boîtier. Il rangea ensuite la pagaille qu'il avait mise sur la table basse, dans son sac.
- Vous devriez passer après-demain pour les essayages et les éventuels retouches. Et pour la prise de vos fonction...
- Belle façon de dire qu'on va aller risquer nos vies pour satisfaire môssieur Kakei, persifla Shaolan.
- Tu trouves aussi ? Bref, vous recevrez vos consignes chacun de votre côté, ensuite à vous de jouer.
Après avoir mis son sac en travers de son épaule, Ben saisit sa longue veste puis se dirigea vers la sortie.
- Je vous souhaite, une bonne fin de journée.
Et sur ce, il referma la porte. Il inspira une grande bouffée d'air, heureux de ne plus se retrouver entre Shaolan et Sakura, puis replaça lentement ses lunettes sur son nez. Il avisa rapidement un vieux break dont il se méfia aussitôt. D'un pas nonchalant, il continua sa route, arpentant les trottoirs du Village. Il s'arrêta alors devant une galerie d'art dont il considéra la vitrine avec attention. Finalement, il y pénétra.
D'un blanc immaculé, les murs portaient quelques toiles d'inspiration contemporaine. Nul ne lui prêta attention jusqu'à ce qu'une présence se fasse ressentir derrière lui. Sans un mot, il suivit l'homme à l'étage. Lorsque ce dernier lui pria d'entrer dans la pièce, Ben s'exécuta.
Lui faisant dos, Kakei étudiait une toile avec intérêt. Il s'approcha du mur, tout aussi blanc que le reste, puis l'y accrocha, recula de quelques pas, et caressant son menton, considéra de nouveau le tableau.
- Je pense qu'il sera parfait ici. Qu'en dis-tu, Saiga ?
L'homme allongé sur le canapé de cuir noir - agencé dans le coin gauche de la pièce, à son extrémité - se redressa légèrement et souleva ses lunettes avant de regarder ce que lui montrait sa moitié. Quelques secondes plus tard, il se rallongea, ses lunettes sur son nez.
- C'est parfait, jugea-t-il finalement.
- J'étais certain que tu approuverais, sourit Kakei. Comment se portent nos cobayes, Ben ?
L'homme ainsi interpellé sursauta et cessa d'observer Saiga, toujours aussi flemmard. Devant le tableau, nulle trace de Kakei. Percevant un bruit, il reporta son attention sur le bureau derrière lequel s'asseyait le patron.
- Dois-je faire part de mes craintes ? demanda-t-il en se rapprochant.
- Pourquoi ce manque de confiance ?
- Ce n'est pas que je n'ai pas confiance, objecta-t-il, presque courroucé que Kakei ait pu penser cela. Je connais leur sérieux et je ne doute pas que Shaolan saura jouer de prudence lors de cette mission.
- Dans ce cas, où est le problème ?
- La rapidité avec laquelle vous avez mis ce plan en place et surtout le délai plus que court pour leur permettre d'entrer totalement dans leur rôle respectif.
Kakei sourit.
- Vous n'avez donc pas confiance en moi, dit-il plus sous forme d'affirmation.
Un frisson lui parcourut l'échine. Ben était certain qu'en cet instant, Saiga devait incendier son dos. Il n'était pas bon de critiquer ou de sous-entendre quoi que ce soit concernant Kakei. Et il avait beau savoir que Saiga n'allait pas intenter à sa vie, il connaissait suffisamment les pratiques sadiques de ce dernier.
- Je n'ai pas l'intention de critiquer vos méthodes ou de remettre en cause votre façon de diriger, tenta-t-il de se rattraper. Il se trouve seulement que... Je m'inquiète. Malgré nos artifices pour les transformer en un couple d'une trentaine d'années, je crains que cela ne soit pas assez pour tromper certains membres du Céleste Empire.
Kakei posa ses coudes sur la table et entrecroisa ses mains sous son menton, soutenant le regard de Ben.
- Que vous sous-entendiez que mon plan ait été pris à la légère, cela me déçoit de votre part. (Ben ouvrit la bouche mais il lui fit signe de se taire.) Oui, je suis déçu... extrêmement déçu. Surtout lorsque l'on songe que vous n'ignorez pas les efforts que j'ai dû fournir pour effacer les erreurs de mon prédécesseur. Rien ne vous prouve que tout cela a été monté avec "rapidité", comme vous l'avez si bien dit. Une ancienne connaissance m'a dit, un jour : « Rien ne sert de courir avec le Céleste Empire, il faut partir à point » ; loin de moi, l'idée de l'oublier. Savez-vous pour quelles raisons, j'ai opté pour le couple Graham ? Bien sûr, leur statut de Compagnon au sein de la hiérarchie est un atout mais cette décision est surtout due au fait que, l'un comme l'autre, ils n'ont aucun signe distinctif flagrant, aucun trait qui ne fût pas copiable. Leur physionomie est semblable sur bien des points à celle de nos deux agents, ce qui facilite le travail de nos concepteurs... Cessez donc de vous inquiéter, Ben. L'échange se fera sans mal et les sosies seront plus vrais que nature. Croyez-moi, Shaolan est conscient de ce qu'il perdra à la moindre petite erreur.
- J'espère que vous avez raison.
- Si chacun agit comme il a été prévu, tout ira bien, déclara Kakei posément alors qu'un sourire étirait les lèvres de Saiga.
Ainsi congédié, Ben se releva et sortit. A l'instant où la porte se referma, Saiga quitta son canapé, s'avançant vers les fenêtres disposées derrière Kakei.
- Pourquoi atténuer les doutes d'autrui est plus faciles que d'atténuer ses propres craintes ? souleva Kakei.
- Peut-être parce que voiler la vérité aux autres est plus facile que de se mentir à soi-même, répondit l'homme aux lunettes noires.
- Où est la vérité et où est le mensonge dans cette histoire, dis-moi ?
- J'en sais rien. Après tout, si chacun sait ce qu'il perd, y'a pas de problème.
- Donc servons ce mensonge, conclut Kakei, et gardons la vérité en notre sein.
OoO
Sakura entoura à nouveau ses mains autour de sa poitrine et, sourcil froncés, en vérifia la rondeur.
- C'est pas bientôt fini cet examen stupide ! s'énerva Shaolan.
- Ce n'est pas un examen stupide ! Je vérifie seulement si les rembourrages sont vraiment nécessaires.
- A moins que tu ais subitement pris en bonnet, ces quarts d'heures passés, je ne crois pas que ta poitrine puisse rivaliser un jour avec celle de cette Eileen Graham.
- Comment peux-tu me dire ça comme ça ? larmoya-t-elle. Je complexe déjà assez dessus et toi... Toi, tu me reproches de ne pas avoir assez de poitrine !
- Quand ai-je dis une chose pareille ? s'étonna-t-il en levant les yeux de son écran.
- Là, y'a pas deux secondes ! Dis-le, si tu veux que je devienne comme ces bimbos !
Soupirant, il passa une main sur son visage.
- Je dirai que t'as un vrai complexe vis-à-vis des blondes siliconées.
- Normal, puisque mon copain semble les apprécier.
- Sakura, tu me fais chier, tu le sais ça ?
- Je te déteste !
Boudeuse, elle croisa les bras.
- Allez, viens ici qu'on fasse la paix.
- Tu crois que je suis une gamine ? rétorqua-t-elle avec une subite envie de le frapper.
- Des fois, c'est l'image que j'ai de toi. D'ailleurs, en ce moment, j'ai beaucoup d'images de toi dans ma tête. Y'a celle où t'es dans un costume de serveuse hyper sexy, ajouta-t-il rêveur. Sans parler de celle où t'es en costume de bunny, ou bien encore celle où...
A bout de nerf, Sakura se releva, s'approcha de Shaolan puis sans crier garde lui assena un coup sur la tête.
- T'es folle ou quoi ? hurla-t-il en se maintenant le crâne.
- Je rentre dans mon prochain rôle de femme fatale et castratrice.
- Ouais, hé bien calme un peu ton jeu ! Je suis fragile, moi.
Attendrie, elle entoura ses bras autour de son cou et déposa un baiser sur sa joue.
- Finalement, je t'aime bien.
- Ça se voit, ronchonna-t-il.
Souriant, elle leva les yeux.
- Qu'est-ce que tu calcules ?
- Calcule ?
- Oui, là, dit-elle en pointant l'écran.
- Oh, ça ! Rien de sérieux, dit-il en avançant sa main vers la souris dans l'espoir de refermer la page.
Précipitamment, Sakura l'y empêcha.
- Réponds ou je fais en sorte de ruiner tout ton travail, menaça-t-elle.
- Oulà ! A coup sûr, c'est Eileen Graham qui parle, là, plaisanta-t-il.
- Parle ou je le fais sans regrets.
L'assurance de la japonaise, le contraignit à plier, sans quoi il perdrait ses précieuses données récoltées à la sueur de son front.
- J'essaie de rendre plus claires les vers de Nostradamus.
- Avec des calculs ?
- Je pensais pouvoir situer plus précisément les évènements de la prophétie, expliqua-t-il.
- Je croyais que c'était trop aléatoire que de tenter de faire correspondre à tout prix une date et un évènement. Toi, tu essaies pourtant de le faire.
- Je ne suis pas le seul à tenter ce casse-tête ; c'est le mot !
- Qu'est-ce que tu cherches à situer, au juste ?
- La naissance de l'enfant.
- Qu'il soit né tel ou tel jour, qu'est-ce que ça change puisqu'il est né, que ce soit spirituellement ou au sens littérale du mot. C'est ce que tu m'as bien dit, non ?
- Oui. Disons que je ne veux pas me limiter à un seul chemin.
- Tu penses que Toya n'est pas celui dont on parle dans les vers ? releva-t-elle pleine d'espoir.
- Je n'en suis pas certain... Et ça pour plusieurs raisons, principalement à cause du lieu de naissance de celui que Nostradamus appelle l'Antéchrist. Ton frère est né au Japon, pays qu'il n'a quitté qu'il y a trois ans. Alors que l'enfant est supposé "apparaître" durant une éclipse solaire sur le 48 ème parallèle, nota-t-il en maniant la souris.
- Comment tu sais ça ?
- J'ai fait des recherches pour confirmer certaines notes de Chris. Regarde ça, l'invita-t-il en lui montrant les statistiques ainsi que des diverses coordonnées dont les latitudes et longitudes. Le 11 août 1999, l'éclipse solaire passait par Paris, qui selon Nostradamus abritera un jour le foyer de la résistance, si je puis dire, situé sur le 48 correspondant à la capitale de la Mongolie, là où se trouvent les Monts Altaï...
- D'où est censé venir le Dragon Rouge, termina-t-elle. Dans ce cas, l'élu ce ne serait pas mon frère, autant par sa naissance que par son éveil puisque en 99 nous étions encore ensemble au japon et pas en Mongolie.
- Oui, mais ce que je ne m'explique pas, c'est la raison pour laquelle ils retiennent ton frère s'il n'est pas celui dont on parle dans les Centuries. Est-ce qu'ils cherchent à t'attirer à eux ? (Sakura toucha machinalement son pendentif.) Et si oui pourquoi puisque le Céleste Empire aurait pu t'enlever à la place de Toya. Y'a un truc qui cloche et c'est ce qui m'énerve ! Mais le pire, c'est dans doute tous ces calculs qui rendent faux ma théorie.
- Les dates qui posent problèmes ?
- Oui... D'ailleurs, tu te souviens du quatrain dont tu as prit connaissance lors de ton arrivée ?
- Euh... pas trop, désolée.
- Il parlait d'un grand chef qui viendrait d'Asie et qui ressusciterait le roi des Mongols. Et ce quatrain situait cette arrivée en juillet 1999. Si on n'en croit le sens premier, celui que nous sert la Clow Read, cette date devrait être la naissance de l'enfant que recherche le Céleste Empire mais... Je n'en suis pas si sûr.
- Explique-toi
- Cette date concerne notre calendrier mais pas celui qu'utilisait Nostradamus. A son époque, l'année débutait en mars, ce qui fait que le septième mois était non pas juillet mais septembre. Donc, en comptant cent quatre-vingt dix sept jours depuis mars, la date approximatif qui devrait être retenue devrait être la quinzaine de septembre.
- Approximatif ?
- Oui, soupira-t-il. Faut aussi tenir compte de la réforme grégorienne de 1585 qui a ajouté 10 jours au calendrier. Bref, à force de tenir compte de tous ces détails, ça rend moins précis les dates. Quoi qu'il en soit, mes calculs rejoindraient ceux de certains experts, et ça n'aurait rien à voir avec la naissance de l'Antéchrist. Je commence à me demander si la Clow Read est vraiment au courant de tout ce qui se trame chez son ennemi... Parce que cet argent qu'il récolte de chez les plus riches, je ne pense pas qu'il finisse seulement dans leur budget "recherche et développement". Et je ne pense pas non plus que ce soit leur seule source de revenus.
- Selon toi, qu'est-ce qu'ils font d'autre ? Trafics de drogues ?
- Trafics d'armes, répondit-il. Tu sais, cette date de quinzaine de septembre, tu sais à quelle année elle correspond ?
- Non. Le fan des maths, c'est toi.
- Ça nous donne septembre 2001. (Le visage de Sakura se marqua par la peur.) Ouais, tu as bien compris. L'évènement dont parle ce quatrain, certains spécialistes le font correspondre aux évènements du onze septembre. J'ignore si le Céleste Empire est impliqué dans tout ça, mais ce qui est certain, c'est que même si on mettait fin à cette organisation, on ne pourrait rien faire pour atténuer les tensions qui règnent déjà entre l'Orient et l'Occident. Ce que Nostradamus avait prédit...
- Je ne comprends pas... Cette histoire d'enfant, de prototypes... c'était des leurres ?
- Non, je ne pense pas. Mais le Céleste Empire se pose sur deux front, politique et religieux. Les prototypes et l'élu seront peut-être un moyen pour le Céleste Empire de prendre le pouvoir sur l'esprit de ceux qui les verront alors en dieu tout puissant.
- D'une simple organisation qui utilisait des enfants à des fins scientifiques, on arrive à ça... un conflit mondial qui implique les croyances.
- Dis-moi Sakura.
- Oui ?
- Tu ne m'as toujours pas dit de quelle manière tu t'étais débarrassée des hommes dans le studio. Les résultats de l'autopsie, que Ben m'a passés, montrent que leur cage thoracique a été broyée. Ça aurait pu être la pression de l'eau que tu aurais déployée mais... c'est une force encore plus forte. Tu ne saurais pas laquelle ?
- Non, j'ai juste fais comme d'habitude. De toute façon, je ne peux pas être cet enfant que recherche le Céleste Empire puisque Hewitt voulait me tuer. Avec la panique, le stresse, j'ai sans doute... Shaolan, je t'en prie ne parlons plus de ça.
Son regard suppliant le fit céder. Il soupira puis lui sourit.
- Entendu, n'en parlons plus.
OoO
Ils descendirent enfin de leur voiture après un long itinéraire dans les rues encombrées de New York. Dans un geste étudié, la femme passa la main dans ses longs cheveux blonds qui ruisselaient dans son dos, tandis que l'homme derrière elle, conversait avec leur chauffeur, un homme dont les muscles saillaient sous son costume sombre. Ce dernier s'éloigna peu de temps après pour se charger des bagages encore dans le coffre.
Le terminal de Whitehall était peu encombré en cette fin de journée. Les quelques touristes observaient les heures de départ et d'arrivée du ferry tandis que les habitués montaient déjà sur le navire. Ce qui était le cas de la blonde qui, sans attendre son compagnon - certainement son époux vu l'alliance qu'il brillait à son annuaire gauche -, y monta, attirant l'attention sur son passage, surtout celle des hommes qui demeuraient rivés sur sa démarche sensuelle. Sur la berge, son mari, l'oreille collée à son portable, s'irritait contre son interlocuteur, ne prêtant aucune attention aux badauds dont les regards en biais et les chuchotements intempestifs étaient loin d'être discrets. Une casquette - frappée de l'écusson des Lakers, son équipe de basket favorite - sur la tête, il portait sur son nez, tout comme sa femme, une paire de lunette noire (celle de son épouse lui mangeait pratiquement le visage). Un bouc terminait sa panoplie de personnalité. Agacé, il mit fin à sa conversation téléphonique puis tout en rangeant son portable dans la poche de sa veste, il rejoignit à grands pas sa femme qui patientait à l'arrière du ferry.
Les mains sur la balustrade, cette dernière observait le paysage. Contrairement à elle, son mari tourna le dos aux grades ciel. Un étudiant l'accosta, hésitant.
- Désolé de vous déranger, mais je voulais savoir si vous étiez bien Martin Lee Graham, le réalisateur, baragouina-t-il.
- Oui, mais ne dites rien aux autres, répondit-il soudainement plus calme qu'il y a quelques minutes. Je suis supposé n'être là que pour ma femme, sourit-il, visiblement ravi qu'on ait pu le reconnaître.
- Heureusement que la femme comprend que son mari a besoin de ses fans pour son ego, ajouta ladite femme, avec un sourire qui ne présageait rien de bon.
- Je suis désolée, je...
- Martin offre vite un autographe à ce futur réalisateur qui te surpassera sans doute un jour.
- Vous... Vous avez deviné que...
- Que vous étiez un étudiant en cinéma. Voyons, j'ai l'oeil pour les détails. Il faut dire que seuls ceux qui connaissent le travail de mon cher mari connaissent sa tête même lorsqu'il est camouflé comme un espion, dit-elle sans le moindre soupçon de plaisanterie.
Après avoir obtenu le nom du jeune homme, Martin lui signa rapidement un autographe, la lui remit puis le pria de s'éloigner.
- Tu es un amour, Eileen, ironisa-t-il.
- Je le sais.
Cinq minutes plus tard, le ferry quitta le terminal. Martin enlaça sa femme alors que le navire s'éloignait de Manhattan, longeant l'île où se dressait la statue de la Liberté. Les douces teintes du crépuscule coloraient la couronne de la dame solitaire, tombant lentement sur les épaules de cette dernière tel un doux manteau bleuté. La vue d'un tel spectacle fascina Eileen qui poussa une exclamation. Aussitôt, elle porta sa main à la bouche puis la rabaissa et prit un air moins intéressé, sous l'oeil noir de son époux.
Après vingt minutes d'une traversée qui se déroula lentement (sans être pénible), sous le regard vigilant de la nuit, ils accostèrent sur l'île de Statent Island. Un bras sous celui de Martin, Eileen se laissa guider hors du ferry - lorsque tous les passagers furent descendus. Sur le quai, leur chauffeur commençait à ranger leurs bagages dans le coffre d'un 4x4 à l'intérieur duquel attendait un homme métissé. Malgré les lunettes, les deux époux se comprirent après un rapide coup d'oeil. La femme s'introduit à l'arrière de la voiture, suivie de son mari.
Leur nouveau chauffeur changea la position du rétroviseur intérieur, son regard tomba sur Eileen qui frissonna. Elle se ressaisit rapidement et, sûre d'elle, plongea sa main dans son sac à main et en sortit son paquet de cigarettes.
- On ne fume pas ici, madame.
- Plus vite nous arriverons à destination, objecta Eileen en allumant la cigarette, plus vite vous pourrez oublier l'odeur de la fumée. Pour un chauffeur vous êtes bien impoli de parler sans notre permission.
- Peut-être ignore-t-il à qui il a affaire, rajouta Martin. Allez mon brave, conduisez-nous vite au manoir, et cela sans nous abreuver de vos revendications inutiles.
Le chauffeur grommela sur le sans-gêne des riches au moment où son collègue lui apprit que les bagages étaient enfin rangés. Sans un merci, il poussa sur le bouchon d'accélération.
Ce fut un autre trajet qui fatigua Eileen, mais elle s'obligea tout de même à étudier les lieux qu'ils traversaient - ses yeux ne quittaient plus le paysage plongé dans la nuit. Les maisons aux toits de briques rouges finirent par n'être plus qu'un lointain souvenir lorsqu'ils quittèrent la route principale pour une plus petite qui menait vers les bois. Heureusement, aucune bête sauvage ne se mit en travers de leur route, pensa Eileen quand la voiture s'arrêta enfin devant un immense manoir qui datait du XVII ème siècle. Rien n'aurait donné à penser que cette bâtisse abritait les agissements d'hommes et de femmes peu scrupuleux.
Sortant de la voiture, Eileen monta le perron. La porte s'ouvrit brusquement sur un homme d'une cinquantaine d'année, élégamment habillé.
- Les époux Graham sont enfin là ! Je ne vous attendais plus.
- Nous sommes navrés de ce retard, s'excusa Eileen en sortant une autre cigarette, mais vous connaissez Martin. Il n'est pas aussi habile que moi pour faire céder les exigences des studios. Il est plus doué pour se les mettre à dos, c'est bien connu. Ne nous étonnons donc pas si les tractations sont plus longues.
- Vous devriez lui apprendre vos secrets.
- Sachez que je ne dévoilerai jamais rien de mes petits secrets et cela même à mon mari.
- Qu'as-tu dis, Eileen ? demanda Martin qui se détachait à nouveau de son portable.
- Je te laisse discuter de tout cela avec le frère Tien. Pour ma part, je n'ai qu'un souhait : m'étendre sur un lit après avoir profité d'une bonne cigarette. Faites-moi monter le dîner. Martin, ne tarde pas ou tu dormiras devant la porte de notre chambre. Bonsoir, messieurs.
Elle pénétra dans la demeure sans prêter la moindre attention aux mobiliers ainsi qu'aux trésors qu'elle recelait.
- Eileen est toujours... Eileen.
- A qui le dites-vous ! Mais je l'aime ainsi. Que puis-je y faire ?
- Rien, mon ami ! s'exclama-t-il tout en lui donnant une tape dans le dos. Rien lorsqu'il s'agit d'une femme aussi ravissante que la vôtre. D'ailleurs, vous pourriez sans doute vous décider à me présenter quelques unes de ses amies.
- Et votre femme ? Que dirait-elle ?
- Comment osez-vous m'écarter du chemin de l'adultère ? Sachez que tous les hommes n'ont pas la chance d'avoir une femme telle que la votre dans leur lit.
Et sur ce, il éclata de rire. Le chauffeur passa près d'eux avec les bagages de madame.
- De toute façon, si j'osais vous présenter à une des amies d'Eileen, ce serait moi qui devrais trouver un autre lit où dormir.
- Et aussi un toit. Je doute fort qu'Eileen vous laisse quoi que ce soit si vous divorciez.
- Aurais-je dû réfléchir à deux fois avant d'accepter de l'épouser ?
- Vous auriez dû, Martin ! Vous auriez dû !
Et riant, les deux hommes pénétrèrent dans le manoir.
OoO
La porte de la chambre s'ouvrit sur Martin qui trouva sa femme, en peignoir, assise en tailleur au milieu du lit. Il avait tardé dans le minibar en compagnie de Tien Lin, un beau parleur qui ne jurait que par le saké. Ôtant sa caquette, qu'il laissa tomber au beau milieu de la pièce, il alla s'effondrer sur le lit - près de sa femme qui dut légèrement s'écarter - puis passa ses mains sur son visage.
- J'ai eu trop de bavardage pour la soirée, soupira-t-il.
- Et surtout trop de saké, ajouta-t-elle en se penchant sur lui.
Il écarta ses mains de son visage puis dévisagea celle qui le regardait de ses yeux verts.
Verts ?
Il se releva brusquement puis empoignant sa femme par le bras, la tira hors du lit, l'obligeant à la suivre dans la salle de bain. Il ouvrit les robinets de la douche puis revint se planter devant elle.
- Tu as ôté tes lentilles, lui reprocha-t-il à voix basse.
- Oui, ça me démangeait les yeux.
- Tu n'as pas pensé que cette chambre pouvait être surveillée ?
- J'ai vérifié et c'est non. Par contre, y'a bien des micros dans la chambre mais pas dans la salle de bain. Donc, évite de faire couler l'eau pour rien. Y'a des pays qui...
Il posa brusquement sa main sur sa bouche.
- T'es impossible comme fille.
- Tu parles d'Eileen que je suis aujourd'hui ou de la Sakura que j'étais hier ?
Il soupira. Il lui tourna le dos, se tenant face au miroir qui lui refléta une image autre que la sienne. Cette couleur brune était déjà un vrai changement surtout lorsqu'il songeait que ses beaux cheveux châtain foncés avaient dû être teints... teints comme une fille ! Mais le pire était sans aucun doute les extensions. Il soupira à nouveau, désespéré. Et ses lentilles bleues... Le seul changement qu'il appréciait était ce bouc qu'il envisageait sérieusement de garder après la mission.
- Sa Majesté Shaolan s'admire, ironisa Sakura.
Il croisa son regard dans le miroir.
Les cheveux trop longs, trop blonds, les iris bien plus bleues et... un décolleté absent pour le moment mais qu'il avait eu loisir de contempler durant la journée, il ne reconnaissait plus sa fleur de cerisier.
- Tu sais que je passe - Martin plutôt - pour un mec qui se laisse diriger par sa femme, dit-il en lui faisant face. C'est un comble pour quelqu'un qui est arrogant et borné envers les autres.
- Ce n'est pas de ma faute si Martin aime Eileen au point de changer de personnalité dès qu'il s'agit d'elle.
- Amoureux, je commence à croire que non. Il a surtout peur de perdre la moitié de ses biens en divorçant.
- T'es une mauvaise langue.
- Mauvaise langue ou pas, j'espère que tu ne prendras pas goût à ton rôle. Je ne tiens pas à me faire diriger par une femme, moi.
- Ah, bon ?
Elle s'avança vers lui, sans que ce dernier ne sourcille. Ses mains demeuraient agrippées aux rebords du lavabo. Doucement, elle passa ses doigts dans ses cheveux, mais il saisit ses poignets. Ils demeurèrent ainsi en silence à se juger du regard.
- Promets-moi que tu feras vraiment plus qu'attention.
- Je t'ai déjà dit que je ferai plus que mon mieux. Tu devrais me...
Il la fit taire sous un baiser. Alors qu'il l'affolait avec sa langue, ses mains s'appliquèrent à défaire le noeud de son peignoir.
- Shaolan...
- Quoi ?
- L'eau coule encore et tu ne comptes pas offrir nos ébats au Céleste Empire ?
- Alors, laisse cette eau couler.
- Tu ne penses même pas aux pays qui...
La fin de sa phrase se perdit dans un brouillard de plaisir.
OoO
La tête emmitouflée dans des turbans semblables à ceux que portaient les hommes de l'oasis qu'ils venaient de quitter, il y a une demi-heure de cela, les deux voyageurs - chaussés d'espadrilles et vêtus d'une tunique ample blanche ainsi que d'un pantalon beige - s'arrêtèrent enfin. L'un d'eux, légèrement plus grand de quelques centimètres, épuisé par cette longue marche sous un soleil de plomb, s'écroula à genoux puis, ouvrant sa gourde, épancha sa soif. Dos courbé, il serra ensuite les poings puis leva les yeux vers le ciel bleu, dénué de tout nuage. Désespéré, il hurla un nom qui se perdit dans les mirages qu'il percevait à l'horizon.
L'homme au turban bleu demeura un long moment dans cette posture tandis que son compagnon de route, debout à ses côtés, attendait. Finalement, il se releva pour faire face à son ami qui souriait (comme toujours, bien que d'un air plus attristé que d'accoutumée) puis, doucement, posa sa tête contre l'épaule de ce dernier.
- Il n'y a que dans le silence de ce désert que je peux me permettre de hurler son nom, pourquoi ? Pourquoi est-ce que je suis obligé de l'étouffer dans mon coeur ?
- C'est autant pour son bien que pour le vôtre, répondit son compagnon d'une voix douce.
Il leva la tête pour découvrir le bandage qui couvrait les yeux de son ami.
- Et pour ton bien, j'aurais dû me taire. Tu as sacrifié ta vue pour moi...
- Peu importe puisque je saurai toujours me diriger si vous êtes là.
- Il faut que je mette fin à tout ça... tout ce sang qui souille mes mains...
- Vous ne...
- Même si je ne tue pas, je ne les empêche pas... pire je les aide. Je suis aussi coupable que ceux qui t'ont fait ça. Je suis désolé, Yukito, dit-il en prenant son visage entre ses mains. Lorsque je vois ce qui se trame ici, je me dis que le céleste Empire progresse de plus en plus vers son idéal. Et moi...? Qui suis-je dans tout ça ?
- Un Maître.
- Oui, un Maître... Le Maître Oriental. Et je le resterai jusqu'à ce que je mette la main sur ce Li...
- Il ne m'avait pas l'air...
- Tais-toi ! coupa-t-il violemment. Li Shaolan mourra après m'avoir supplié à genoux de lui laisser la vie sauve !
La rage au coeur, il rebroussa chemin vers l'oasis où l'attendait ses hommes, laissant Yukito derrière lui.
- Maître Toya n'est plus ce qu'il était, soupira-t-il avec tristesse.
A suivre...
J'ai enfin pu introduire Toya dans cette fic ! Mon Dieu, merci ! J'ai cru que le moment ne se présenterait jamais avant le dernier chapitre. Alors soit ça veut dire que c'est bientôt la fin, soit que bah, j'avais tellement rien d'autre à écrire que j'ai introduit le grand frère pour combler les trous. A mon humble avis, je dirai 50-50 pour les deux options, lol. Enfin, bref ! Voilà que je me mets à mettre des faits réels dans une fic avec des persos d'anime... le remix de la mort qui tue, mdr ! Je voulais rester dans l'esprit de Nostradamus, j'y suis restée mais à quel prix ? J'espère que ça paraîtra pas trop irréel, ou je sais pas quoi. A vous de juger, m'sieur, dame ! lol.
Bref, merci de continuer à lire cette fic qui s'éternise à cause de ma lenteur scénaristique, et merci pour le soutien ; j'aime trop écrire !
Akeri la malicieuse, Ryu64li, Princesse d'Argent (t'inquiète, je suis dans le même cas que toi, mais les sorties avec les amis qui restent ou qui viennent de loin pour vous voir, c'est pas si mal. C'est super pour se taper des journées et des soirées de folies ! Par contre, côté finance, ça vous tue... la rentrée sera dure, snif... Tu devrais mieux le dresser le Shao, lol), Kashachan (et oui, détail croustillant qui fait qu'on m'a pardonné mon long retard, lol. Bon ce chapitre était long à venir mais moins que le précédent et il est surtout plus long. Je suis pardonnée ?), Laumie (T'es pardonnée, miss la Tortureuse, Vitamine à moi, lol ! Ça y est tu les as rangé tes instruments de tortures ?), Ombre et Lumière (là, je pense que tes questions ont trouvé des réponses, même si elles sont pas trop précises, lol), Lana51 (lol), Lil'Ashura (ça doit être trop bien de vivre sur une île comme toi... le ciel doit pas être le même que le mien soupir Quelle chance ! Bref, revenons à ta review : je me suis régalée) Asahi Shin'ju (non, on peut pas faire plus avancée comme relation, mdr !), La secte de rogue et SanzonGirl (sa majesté la copine de Sanzo, ou de tout bishônen, est trop sympa. Dis-moi, par hasard, est-ce que tu m'as envoyé tes chapitres ? J'ai voulu faire un ménage dans ma boîte mail et j'ai un peu fait n'importe quoi, tu me connais. Donc, si tu m'as envoyé un mail avec tes chapitres en juillet, renvoie-moi les, please. Je suis désolée d'avance.)
Bisou et à bientôt (j'espère !)
