Bonjour,

Voici le 21ème chapitre et on en apprend plus sur l'homme qui a sauvé la vie de Dean. Prochain chapitre : les retrouvailles (enfin diront certains !).

Merci de me lire, de m'écrire, ... et merci comme toujours à Elyrine qui fait un super boulot pour cette histoire.

Bonne lecture

A lundi

Sydney8201

Musique du chapitre :

The Static Age de Green Day

Chapitre 21 : Sauveur

« Je sais que je ne suis pas le seul à croire qu'il existe encore du bon dans ce monde. Qu'il y a des gens qui sont encore prêts à tendre la main pour en aider d'autres. Parfois, il est difficile de s'en souvenir quand on ne voit que la mort et la destruction autour de soi. J'ai perdu la foi plus d'une fois depuis le début de ce cauchemar. Mais ensuite, je te regarde, Dean. Je te regarde et je vois que tu es quelqu'un de bien. Et je me dis que tu ne peux pas être le seul. Qu'on ne peut pas être uniques. Il suffit d'ouvrir les yeux. Il suffit d'ouvrir son cœur aussi, sans doute. Tu devras apprendre à regarder autour de toi, Dean. Parfois, l'aide dont on a besoin vient de ceux en qui on n'aurait jamais cru avant. »

Journal de Sam Winchester. 28 mai 2016

Dean pleura pendant ce qui lui sembla être une éternité. Il n'avait que rarement pleuré avec autant de force dans sa vie. Il avait toujours été du genre à laisser les larmes couler en silence. A contrôler ses sanglots. Généralement, une larme solitaire roulait d'un de ses yeux et c'était tout. Quand il avait du achever les souffrances de Sam, il avait longuement sangloté. Il avait ensuite pleuré durant des jours sans pouvoir s'arrêter. Mais ça n'avait pas été aussi violent. Cette fois, les sanglots secouaient tout son corps. Ils étaient trop bruyants. Ils étaient sans doute pathétiques. Mais Dean ne parvenait pas à s'en soucier. Peu importait qu'un inconnu soit là pour assister à son effondrement. Il ne pouvait rien faire pour s'arrêter.

Ce ne fut que lorsque son corps fut trop fatigué pour qu'il puisse continuer qu'il cessa enfin. Il se passa ensuite une main sur le visage pour l'essuyer puis se frotta longuement les yeux. Ils le brûlaient et ses paupières semblaient gonflées.

Pendant de longues secondes, il ne fut rien de plus. Il ne prit même pas le temps d'étudier son environnement. Il ne chercha pas son sauveur du regard. Il prit de grandes inspirations. Laissa la douleur de sa blessure s'atténuer quelque peu. Il était encore étonné de voir qu'il n'était pas mort. Qu'il n'était même pas paralysé. Gordon avait miraculeusement évité toutes les parties vitales. C'était surprenant.

Quand il fut enfin sûr d'avoir repris le contrôle sur ses émotions, il leva sensiblement la tête pour regarder autour de lui. Il était toujours au milieu de la forêt. De toute évidence, son sauveur n'avait pas pu l'emmener ailleurs. Le sol était froid et humide sous son dos. Sa chemise était couverte de sang. Il avait probablement des hématomes sur le visage et peut-être même une ou deux côtes cassées. Mais il était en vie. Il soupira longuement puis chercha Red du regard.

Son chien se tenait non loin de lui, couché, la tête entre les pattes. Il ne dormait pas. Il se contentait de regarder Dean avait une tristesse et une inquiétude palpable. Celui-ci était conscient d'avoir terrifié son chien. Une fois de plus. Il se demanda combien de fois encore il pourrait agir ainsi et le trouver proche de lui à son réveil. Il se demanda quand Red finirait par se lasser de devoir toujours veiller sur lui. Il chassa toutefois ces questions de son esprit. Il ne voulait pas exploser en sanglots à nouveau.

Il leva la main et claqua des doigts pour signifier à Red qu'il pouvait approcher. Presque aussitôt, son chien se leva et vint se coucher à côté de lui. Il posa sa tête sur son ventre le plus délicatement possible. Il semblait conscient qu'il était blessé et qu'il devait agir avec douceur. Dean referma son bras autour de son corps pour le garder auprès de lui. Quand sa main se posa sur le bandage qui entourait le ventre de Red, il renifla et dut retenir un nouveau sanglot.

- Je suis désolé, mon grand, souffla-t-il.

Red se passa alors la langue sur les babines avant de fermer les yeux. Il n'avait pas probablement pas pu se reposer depuis que Dean avait été blessé. Il avait très certainement tenu à veiller sur lui jusque-là. Le jeune homme se sentait incroyablement humble face à l'affection évidente de son chien. Il n'était pas sûr de la mériter.

Mais il n'avait pas pour autant l'intention de s'en priver. C'était une des choses qui lui avaient permis de tenir bon jusque là. Une des rares choses à laquelle il avait pu se raccrocher alors que tout s'effondrait autour de lui. Il était peut-être égoïste, mais il ne repousserait jamais Red. Pas même s'il avait la certitude que son chien serait probablement mieux loin de lui.

Quand il fut évident que Red dormait enfin, Dean tourna la tête et chercha son sauveur des yeux. Il était occupé à ranger des affaires dans un sac. Sans doute ce dont il s'était servi pour soigner Dean et Red. Le jeune homme ne comprenait pas ce qui avait pu le motiver à les aider. Il ne savait rien d'eux. Ne pouvait pas deviner si Gordon était le gentil ou non dans cette histoire. Il avait pris un risque pour un inconnu et un chien qui en effrayait plus d'un. Il l'avait fait sans même réfléchir. Dean savait bien qu'un « merci » ne suffirait pas à lui faire comprendre combien il lui était reconnaissant pour son immense générosité.

- Pourquoi ? Lança-t-il sans préambule.

Parler était douloureux après les longues minutes passées à sangloter. Il avait la gorge à vif et sa voix était rauque. Il espérait que son sauveur ne le lui ferait par remarquer. Il avait eu le tact de s'éloigner pour le laisser pleurer en silence. Dean espérait qu'il aurait aussi le tact de ne pas lui faire remarquer qu'il l'avait entendu.

- Pourquoi quoi ? Demanda l'homme sans lever les yeux de son sac.

Dean soupira longuement. Comment son sauveur ne pouvait-il pas comprendre la question qu'il lui posait ? Il ravala toutefois sa colère. Il ne voulait pas s'emporter contre l'homme qui lui avait sauvé la vie. Mais il avait tout de même besoin de comprendre ce qui l'avait poussé à le faire.

- Pourquoi m'avoir sauvé la vie ? On ne se connaît pas. Vous ne savez rien des circonstances qui ont conduit Gordon à me poignarder. Je pourrais l'avoir agressé... je pourrais être le méchant dans cette histoire.

Son sauveur releva finalement le nez de son sac et se tourna vers Dean. Il ne semblait ni inquiet ni réellement perturbé par ce qu'il venait d'entendre.

- Écoute, mon garçon... je ne sais peut-être rien de toi mais je ne suis pas idiot. J'ai croisé suffisamment de personnes foncièrement mauvaises depuis le début de tout ça... et même avant, d'ailleurs, et il est évident que tu n'en fais pas partie. Le type qui t'a agressé, en revanche... lui, c'est une autre histoire.

Dean devait reconnaître qu'il avait lui-même eu une impression similaire en posant les yeux sur Gordon, la première fois. Mais s'il avait été à la place de son sauveur, il n'aurait peut-être pas agi de la même manière. Il n'était même pas sûr qu'il n'aurait pas tourné le dos à la scène et prit ses jambes à son cou. Cela faisait sans doute de cet homme une meilleure personne que lui.

- Et puis, honnêtement, soyons réalistes une seconde... même si je me suis trompé, tu n'es pas en état de tenter quoi que ce soit. Ce n'était pas un gros risque.

Dean hocha doucement la tête avant de reporter son attention sur Red. Il dormait paisiblement, sa tête toujours posée sur son ventre. Il semblait enfin totalement détendu. Rassuré, Dean sourit faiblement malgré lui.

- Tu vas me donner ton nom ou tu vas attendre que je le devine tout seul ?

La question de son sauveur lui fit relever la tête pour le regarder à nouveau. Il était à présent assis sur le sol froid de la forêt. Il semblait bizarrement à l'aise dans cet environnement. C'était étrange à voir.

- Dean. Dean Winchester.

- Enchanté de te connaître, Dean. Moi, c'est Rufus.

Dean regarda à nouveau autour de lui. Il n'y avait pas pensé jusque-là, mais il ne savait toujours pas ce que Rufus avait fait de Gordon. Il était évident qu'il l'avait tué. Mais il ne voyait son corps nulle part.

- Je l'ai enterré, si c'est que tu te demandes. Et j'en ai fait de même avec son petit copain. Ton chien et toi en avez fait de la charpie. Crois-moi... ce n'était pas beau à voir.

Dean n'avait pas vraiment prêté attention à l'état dans lequel se trouvait le compagnon de Gordon au moment où il l'avait abattu. Il n'avait pas réfléchi une seconde avant de lui tirer dessus à trois reprises. Il espérait sincèrement qu'il avait souffert.

- Est-ce que je peux te demander pourquoi ces deux types t'en voulaient autant ?Je sais bien que ce monde a tendance à faire ressortir les pires aspects des hommes mais... ça m'avait tout l'air d'un règlement de compte.

Dean ne savait rien de Rufus. Il n'avait aucune idée du genre d'homme qu'il était. Il lui était impossible de savoir comment il réagirait si toutefois il lui disait toute la vérité. Il pourrait avoir la même réaction que Gordon. Mais Rufus lui avait sauvé la vie. Il l'avait fait sans se poser de questions et sans le connaître. Il avait le droit de savoir la vérité.

- Gordon faisait partie d'un... disons d'un camp, en périphérie de Sacramento. Il était chargé de trouver des survivants pour les ramener là-bas et... quand je l'ai rencontré, j'étais avec... j'étais avec deux autres personnes... deux frères. Ils…. ils voulaient le suivre, même si je savais que quelque chose clochait chez lui. Et... disons qu'ensuite... alors qu'on était en route pour son camp, il m'a surpris... il nous a surpris dans une situation qui ne lui plaisait pas. Il nous l'a fait savoir mais je pensais qu'en repartant... une fois mes amis en sécurité, il me laisserait tranquille. De toute évidence, je me suis trompé.

Rufus fronça les sourcils une seconde, visiblement en pleine réflexion. Il avait probablement besoin de quelques minutes pour comprendre ce que Dean cherchait à lui dire par là. Il finit par secouer la tête.

- Si tu veux mon avis, c'est une bonne chose qu'il soit mort. Ce type ne méritait clairement pas de vivre s'il a choisi de s'en prendre à une personne juste parce qu'il n'était pas d'accord avec ses choix de vie.

Dean se mordilla la lèvre inférieure une seconde. Il aurait été préférable de ne pas insister. De ne pas donner de précisions et de prier pour que Rufus n'ait pas réellement compris ce qu'il entendait par une situation qui ne plaisait pas à Gordon. Mais il allait devoir rester quelques temps avec lui. Et s'ils réussissaient à retrouver Castiel et Gabriel entre temps, il ne pourrait pas lui cacher la vérité. Il était préférable de savoir d'emblée ce qu'il pensait de lui.

- Je ne suis pas sûr d'avoir été suffisamment clair. Ce que je voulais dire par là, c'est que l'un des deux frères et moi sommes... enfin, nous... ce qu'il a vu...

Il était surpris de voir à quel point il était difficile pour lui de mettre des mots sur ce qu'il partageait avec Castiel. Le plus étonnant était sans doute le fait que ce ne soit pas son homosexualité qui était difficile à révéler. Il l'avait accepté. C'était mettre un terme précis sur ce qu'il y avait entre Castiel et lui qui lui semblait totalement impossible. Heureusement pour lui, Rufus sembla comprendre ce qu'il cherchait à lui dire.

- Je sais ce qu'il a vu. Et rassure-toi, fiston, je me fiche totalement de ça. Personne ne mérite ce que ce type t'a fait.

Dean ne put s'empêcher de se sentir soulagé de l'entendre. Il avait envie de faire confiance à Rufus même s'il ne le connaissait pas. Son instinct lui criait qu'il s'agissait de quelqu'un de bien. Qu'il pouvait compter sur lui. Et le fait que Rufus s'adresse à lui en l'appelant « fiston » ou « mon garçon » lui rappelait Bobby. Il avait été le seul à employer de tels mots en s'adressant à lui.

- Merci, souffla-t-il finalement parce qu'il ne voyait pas quoi dire de plus.

Une nouvelle fois, ce n'était pas suffisant. Mais c'était un début. Rufus lui adressa alors un petit sourire.

- Comment est-ce que tu sens ?

Dean ricana une seconde. Il avait mal partout et du mal à respirer. Tous ses muscles étaient douloureux, son dos le lançait affreusement et son visage lui semblait enflé. Il était vivant, mais il doutait de pouvoir se lever de si tôt. Il n'allait pas bien. Mais il irait mieux rapidement. Il devait absolument se remettre sur pied et retrouver Gabriel et Castiel. Maintenant que Gordon était mort, ils n'étaient probablement plus en danger. Mais il ne pouvait tout de même pas ignorer la possibilité que des hommes comme lui se trouvent toujours au camp, prêts à s'en prendre à eux. Il devait les prévenir.

- Comme si on m'avait frappé et poignardé, répondit-il finalement.

Rufus hocha la tête puis se leva. Il sortit ensuite une bouteille de son sac. Dean fut surpris en reconnaissant l'étiquette. Du whisky. Et pas une bouteille bon marché. Il regarda Rufus en boire une longue gorgée mais refusa d'en boire quand l'homme tendit la bouteille dans sa direction. Il devait garder l'esprit clair. Il était important qu'il reste alerte.

- Ta blessure au dos est sérieuse mais pas mortelle. Tu n'as pas été touché à la colonne et le couteau a heureusement évité tes reins et tes autres organes. Franchement, tu es un miraculé, si tu veux mon avis.

Dean se garda bien de lui dire qu'il avait été à deux doigts de mourir. Qu'il avait vu son frère mort et qu'il avait eu le choix entre le suivre ou revenir pour aider Castiel et Gabriel. Il ne voulait pas avoir l'air d'un fou. Il n'était de toute façon pas sûr qu'il n'avait pas halluciné. Il était fort probable que son cerveau lui ait joué des tours quand il était inconscient.

- Et pour Red ? Demanda-t-il en baissant les yeux sur son chien.

- Il a pris une balle. Mais comme pour toi, elle n'a rien touché de vital. Je ne suis pas vétérinaire mais il devrait se remettre assez vite. C'est une force de la nature, celui-là.

Dean sourit en hochant la tête. Red était effectivement bien plus fort que ce que la majorité des gens pouvait penser en le voyant. Cela faisait de lui un allié précieux et un compagnon indispensable. Dean savait qu'il n'aurait jamais pu s'en remettre s'il l'avait perdu.

- Tu aurais dû le voir quand tu étais inconscient. Il me laissait à peine t'approcher. Il ne voulait pas que je le touche tant que je n'avais pas examiné ta blessure. Ce n'est que lorsque j'en ai eu fini avec toi qu'il m'a laissé m'occuper de lui. Il est extrêmement protecteur vis-à-vis de toi.

- Je ne sais pas ce que j'ai fait pour mériter ça, commenta Dean sérieusement.

Il continuait de se demander pourquoi Red était aussi attaché à lui quand il n'avait jamais rien fait pour mériter qu'il l'aime autant. Il le nourrissait, bien sûr, mais il savait que son chien serait parfaitement capable de chasser et de trouver des proies s'il n'était pas là. Il n'avait rien à lui offrir de vraiment essentiel à sa survie. Il n'avait fait que le laisser monter dans sa voiture.

- Il y a une chose dont je suis sûr, c'est que les chiens sont sans doute bien plus doués que nous pour juger du caractère d'une personne. Et le simple fait qu'il reste avec toi et veille ainsi à ta sécurité me prouve que tu ne peux pas être foncièrement mauvais.

- Ça ne veut pas dire que je suis quelqu'un de bien non plus.

Rufus ne dit rien et Dean lui en fut reconnaissant. Il ne le connaissait pas suffisamment pour accepter qu'il le contredise sur ce point. Il n'y avait que Sam qu'il autorisait à le désapprouver à ce sujet. Castiel aussi, sans doute.

- Où est-ce que tu allais comme ça, mon garçon ? Avant que ce Gordon ne te tombe dessus ? Pourquoi avoir quitté le camp si c'est là que ton homme se trouve ?

Dean était surpris de la facilité avec laquelle Rufus parlait de Castiel comme de son petit ami. Il ne semblait absolument pas gêné par l'idée qu'ils puissent former un couple. Cela en disait long sur le genre d'homme qu'il était.

- Castiel n'est pas mon homme... il n'est pas... nous ne sommes pas ensemble. Et... je suppose qu'on cherchait tous les deux quelque chose de différent. Il voulait se poser quelque part et reprendre un semblant de vie normale. Moi, je préfère rouler... je préfère être dehors et libre.

Rufus semblait du même avis que lui s'il s'en tenait à la façon qu'il eut de hocher la tête. Il était probable qu'il soit comme lui. Incapable de se poser quelque part. Incapable d'arrêter de rouler. Il aurait aimé savoir ce qui poussait cet homme à voyager ainsi seul. Mais il estimait ne pas avoir le droit de poser la question. Il n'aurait pas voulu que Rufus le fasse à sa place.

- C'est dommage, si tu veux mon avis. Je comprends ton choix mais je trouve tout ça plutôt triste. Il est difficile de trouver quelqu'un en qui on peut avoir confiance dans ce monde... et quand on a cette chance, il est idiot de la laisser filer.

Ce n'était pas réellement un reproche. Juste une affirmation que Dean partageait. Il aurait aimé pouvoir rester avec Castiel. Mais ils étaient trop différents pour que cela fonctionne entre eux. Il avait choisi de ne pas se montrer égoïste. Et puisqu'il ne pouvait pas renoncer à son mode de vie, il avait estimé ne pas avoir le droit de l'exiger de Castiel. Il comprenait son choix et le respectait. Bien sûr, il souffrait de son absence. Mais il l'avait acceptée.

- Parfois, on n'a pas le choix. Parfois, il faut savoir prendre la décision la plus raisonnable même si elle est aussi la plus douloureuse.

- Tu es plein de bon sens, mon garçon.

Dean ricana à nouveau. C'était bien la première fois qu'on lui disait quelque chose de ce genre. Sam lui avait souvent reproché de se voiler la face. De refuser de voir ce qui était évident pour tout le monde. Il était content de voir que Rufus était de son avis. Il n'avait pas la force de s'expliquer avec lui et de tenter de le convaincre.

- Donc tu as choisi de partir... et où est-ce que tu comptais te rendre comme ça ?

Dean prit quelques secondes pour observer à nouveau Red. Il n'avait toujours pas bougé. Mais Dean pouvait le sentir respirer. Il supposait qu'il avait besoin de reprendre des forces à son tour.

- Nulle part en particulier... juste... je pensais rejoindre la côte. Peut-être aller voir l'océan.

Rufus but une nouvelle gorgée de son whisky avant de venir s'asseoir à côté de Dean. Il prit place de l'autre côté du jeune homme, sans doute pour mettre de la distance entre Red et lui. Dean pouvait le comprendre. C'était l'effet que son chien avait sur beaucoup de personnes. Il était impressionnant et avait un côté effrayant. Et même s'il était adorable, les gens restaient méfiants.

- J'en reviens, tu sais. J'ai longé la côté depuis Seattle et il n'y a rien à voir là-bas. Rien de plus qu'ici. Tu risques d'être déçu.

Dean aurait pu dire à Rufus qu'il ne cherchait pas à trouver quoi que ce soit là-bas. Qu'il n'attendait rien de son voyage. Qu'il refusait juste de quitter la Californie. Mais c'était encore trop tôt pour lui confier quoi que ce soit d'aussi personnel. Il finirait peut-être par le lui dire avec le temps si Rufus restait avec lui plus de quelques jours.

- Et toi ? Qu'est-ce que tu cherches exactement ?

Il estimait avoir le droit de poser la question, puisque son compagnon l'avait interrogé sur ce point. Il supposait qu'il n'était pas le seul à tourner en rond sans réel but à atteindre. Mais il était également possible que Rufus soit à la recherche de quelque chose ou de quelqu'un. Si c'était le cas, il lui faisait clairement perdre un temps précieux.

- Je possède une petit cabane en Louisiane... quelque part en plein Bayou. Si l'endroit n'est pas envahi par les contaminés, j'aimerais assez m'y installer. C'est isolé et parfait pour une vieux grincheux comme moi.

Dean ne put s'empêcher de penser à quel point Rufus et lui se ressemblaient en fin de compte. Il pouvait facilement s'imaginer cherchant quelque chose de similaire quand il aurait l'âge de son compagnon. Un endroit au calme, loin de tout et de tout le monde. Un endroit où il pourrait passer le reste de sa vie sans qu'on vienne le déranger. Bien sûr, il doutait d'atteindre la quarantaine. Il n'aurait donc probablement jamais l'occasion de vérifier sa théorie.

- Et alors quoi ? Tu es prêt à passer le reste de ta vie seul ?

- Pourquoi pas ? Je ne suis pas vraiment facile à vivre... demande à mon ex-femme, elle te le dira volontiers. Et franchement, je me débrouille bien mieux seul. Toi, quelle est ton excuse ?

Dean fronça les sourcils, surpris par la question. Il aurait probablement dû la voir venir. A force d'interroger Rufus sur ses motivations, il était inévitable que l'homme en face de même en retour.

- Mon excuse pour quoi ? Demanda-t-il toutefois pour gagner un peu de temps.

Il n'avait aucune réponse à fournir. Il ne pouvait pas justifier son choix sans parler de Sam. Et il refusait de le faire. Il n'avait pas discuté de son frère avec Castiel et Gabriel. Il ne le ferait certainement pas avec Rufus. Peu importait qu'il lui ait sauvé la vie et qu'il soit visiblement quelqu'un de bien. Le sujet restait tabou.

- Pour choisir de rester seul. Je te le redis, il est difficile de rencontrer des gens de confiance dans ce monde et tu avais visiblement eu la chance d'en croiser deux. Et même si visiblement, vous ne cherchiez pas la même chose, ça ne change rien au fait que tu les as laissés sans te retourner. Et je suis sûr qu'il y a une autre raison que celle que tu viens de me donner.

Rufus lui avait déjà posé une question plus ou moins similaire quelques minutes plus tôt. Mais de toute évidence, sa réponse ne l'avait pas satisfait. Il n'en avait toutefois aucune autre à lui apporter.

- Je te l'ai dit. On n'avait pas les mêmes envies. Il ne pouvait pas vivre sur la route et je ne peux pas la quitter. Fin de l'histoire.

Il ne voulait pas se montrer désagréable avec Rufus ou agressif dans sa réponse. Mais son ton avait été froid et dur malgré lui. C'était plus fort que lui.

- Tu sais, Dean... loin de moi l'idée de te faire des reproches ou de t'énerver. Je ne remets pas en doute tes raisons. Mais tu ne m'enlèveras pas de l'esprit qu'un garçon de ton âge ne devrait pas être seul. Regarde ce qui t'est arrivé aujourd'hui. Je comprends mieux que quiconque le besoin de rouler et d'être libre. J'ai été coincé dans un mariage malheureux bien trop longtemps pour ne pas respecter ceux qui refusent de s'engager. Mais j'ai la sensation que tu n'es pas seul uniquement par choix. Que c'est quelque chose qui t'a été imposé... que tu subis.

- T'es psychologue ou quoi ?

Une nouvelle fois, Dean avait dit cela sur un ton froid. Il ne comprenait pas pourquoi Rufus semblait autant se soucier de son bien-être. Il paraissait sincère et réellement inquiet pour lui. Ce qui n'était définitivement pas logique puisqu'ils ne se connaissaient pas. Bien sûr, Rufus n'était pas la première personne qu'il rencontrait et qui se montrait ainsi aussi concerné par son bien-être. Castiel en avait fait de même peu de temps après leur rencontre. Sam était pareil également. Il se souciait toujours des gens qui l'entouraient même quand il les connaissait à peine.

- Non, j'étais un simple garagiste.

- Oh, lâcha Dean, surpris par la coïncidence. Je l'étais aussi. J'étais spécialisé dans les voitures anciennes.

Rufus sourit avant de boire une longue gorgée de son whisky. A ce rythme, il finirait rapidement ivre. Dean se garda toutefois de lui conseiller de ralentir. Il supposait que ce n'était pas son rôle. De surcroît, il était perturbé par le fait que Rufus ait exercé le même métier que lui dans le passé. S'il était du genre à croire au surnaturel, il y aurait probablement vu un signe. Ou peut-être l'intervention d'une quelconque force divine. Ou de Sam. Mais il ne voulait pas y penser, pour le moment.

- Drôle de coïncidence, commenta Rufus d'un air absent.

Peut-être était-il aussi perturbé que Dean par leurs similitudes. Il reporta son attention sur Red qui dormait toujours. Ses yeux bougeaient sous ses paupières et il avait les pattes avant qui remuaient sensiblement. Dean sourit. Il était presque sûr que son chien coursait une proie dans son rêve. Ça l'amusait à chaque fois.

- Tu sais, je ne suis pas forcément quelqu'un de croyant. Je n'aime pas l'idée qu'on soit destiné à quelque chose dont on ne peut pas s'échapper. Mais j'ai bien envie de croire que notre rencontre n'est pas un hasard. C'est un peu comme dans cette histoire pour enfant... tu sais, celle qui se passe à Noël et où le personnage principal reçoit la visite de trois fantômes.

Dean ne connaissait pas ce conte et était surpris de voir que Rufus semblait bien plus calé que lui sur le sujet. Il était toutefois possible qu'il ait eu des enfants à qui le raconter.

- C'est un peu comme si j'étais le fantôme du futur pour toi. Celui qui te montre à quoi ton avenir pourrait ressembler si tu ne changes pas pendant que tu en as encore le temps.

Dean ne put s'empêcher de rire. Il avait pensé quelque chose de similaire quelques minutes plus tôt. Rufus ressemblait définitivement à une version plus âgée de lui.

- Je croyais que tu étais bien, seul. Que tu ne voulais pas de compagnie. Ça ne me dérangerais pas de finir comme toi. Tu m'as tout l'air content de ton sort.

Il tourna alors le visage vers Rufus et vit quelque chose qui ressemblait à de la tristesse voiler son regard pendant une seconde. Il se reprit toutefois rapidement et secoua la tête.

- Ce n'est pas parce que je suis bien seul que je suis heureux de l'être. Et je sais que ça doit te sembler parfaitement illogique. Mais ce que je veux te dire par là, c'est que je ne suis pas seul uniquement par choix ou parce que c'est comme ça que je veux finir ma vie. Je le suis parce que j'y suis contraint. Parce que les seules personnes avec qui j'aurais pu envisager de continuer ne sont plus là pour moi. Et que je ne me sens pas la force de tenter de les remplacer.

Dean fut une nouvelle fois sidéré de constater à quel point Rufus était lui avaient vécu des choses similaires. Bien sûr, comme Castiel le lui avait dit, ils n'étaient pas les seuls à avoir perdu quelqu'un. Après l'apocalypse, ils étaient des centaines, peut-être des milliers à avoir perdu quelqu'un de cher et à tenter de continuer seul. Mais Dean se retrouvait totalement en Rufus. D'une manière différente de Castiel. Son ancien compagnon avait toujours son frère auprès de lui. Dean était seul. Et Rufus aussi, visiblement.

- Je sais ce que je sais... sans doute comme des centaines d'autres personnes. Rufus, écoute, je sais que je te dois la vie et je t'en suis reconnaissant. Ne pense pas une seule seconde que je n'ai pas conscience de la générosité de ton geste. Mais il y a des sujets que je refuse d'aborder. Dont je refuse de parler. Et les raisons qui me poussent à tourner en rond en Californie en fait clairement partie.

Rufus hoche la tête. Il ne semblait pas vexé.

- D'accord, je respecte ça. Dis-moi juste, Dean... une seule chose et ensuite on pourra passer à autre chose... c'était qui ?

Dean se mordilla la lèvre inférieure une seconde. Il pouvait donner cette information à l'homme qui lui avait sauvé la vie. Juste celle-là. Pas plus. Il ne donnerait pas de prénom ou quoi que ce soit de vraiment précis. Juste un début d'explication en témoignage de sa reconnaissance.

- Mon petit frère.

- Eh bien, si tu veux mon avis, fiston, même si je doute de pouvoir te comprendre puisque j'étais fils unique, je suis convaincu que ton frère aurait voulu ce qu'il y a de mieux pour toi. Et ce qu'il y a de mieux pour toi dans ce monde, c'est de ne pas finir comme moi. Aigri, acariâtre et profondément désagréable. Réfléchis-y bien avant de faire une bêtise.

Dean devinait chez Rufus un chagrin immense. Un chagrin qu'il cherchait à cacher pour se protéger, comme Dean le faisait. C'était un réflexe pour tous ceux qui voulaient continuer à survivre. Ils devaient enterrer leur douleur pour avancer. Ne jamais regarder en arrière. Mais peu importait le nombre de kilomètres qu'ils parcouraient ensuite, elle n'était jamais loin. Elle attendait juste de pouvoir refaire surface.

- Honnêtement, Rufus, je ne m'estimerai pas malheureux si je finis comme toi. Je ne dis pas que ce sera toujours pareil. Juste que pour le moment, c'est trop tôt.

- Ça le sera toujours. Trop tôt je veux dire. On dit que le temps guérit toutes les blessures, mais si tu veux mon avis, c'est des conneries. Il y a certaines plaies qui ne se referment jamais... du moins, jamais totalement.

A cet instant précis, plus qu'à lui-même, Rufus lui faisait penser à Bobby. Dean avait toujours vu l'ami de John comme un second père. Il avait souvent fait appel à lui quand il n'allait pas bien. Bobby savait toujours quoi lui dire. Il ne cherchait jamais à lui faire plaisir ou à déguiser la vérité pour lui donner ce qui serait le moins douloureux à entendre. Il était franc et direct. Et Dean l'aimait plus encore pour ça. Bobby lui avait été d'un grand soutien. Parfois personnellement, mais aussi professionnellement. Dean avait tenté de le contacter après le début de l'apocalypse. Malheureusement, il n'avait pas survécu. Dean avait préféré voir cela comme une possibilité pour son père de cœur de retrouver sa femme, morte avant lui d'un cancer. Il lui manquait atrocement. Et encore plus maintenant qu'il avait Rufus en face de lui.

- Tu parles en connaissance de cause, hein ? Qui as-tu perdu ?

Il n'était pas sûr d'obtenir une réponse à sa question mais il avait envie de savoir.

- Je suppose qu'il n'est que justice que je te réponde puisque tu en as fait de même.

Dean n'insisterait pas si Rufus refusait de répondre. Il se contenta donc d'attendre patiemment que son compagnon reprenne la parole. Le silence n'était pas réellement inconfortable. Ils ne se connaissaient peut-être pas vraiment mais ils étaient à l'aise ensemble. Même sans rien se dire. Ce qui était clairement une nouveauté pour Dean. Il n'avait jamais rien vécu de tel, sauf avec Sam et Castiel.

- Mon fils, finit par déclarer Rufus d'une voix grave.

Dean ne savait pas vraiment à quoi il s'attendait mais ce n'était clairement pas à cette réponse. Il avait pensé que Rufus avait perdu un ami ou peut-être une petite amie en chemin. Mais c'était pire encore. Perdre un enfant était sans nul doute la pire épreuve au monde. Il était admiratif de voir Rufus encore en vie après un tel enfer.

- Il n'est pas mort tout de suite. Quand tout a commencé à dérailler, il m'a rejoint à Seattle. Et pendant plusieurs semaines, on a réussi à survivre ensemble. Ce n'était pas parfait mais on s'en contentait tous les deux. Et puis il a voulu quitter la ville parce qu'il la trouvait trop dangereuse. On en avait à peine franchi les limites quand il a été mordu. La suite... je suppose que tu la connais.

Dean acquiesça. Il ne la connaissait que trop bien. Les premiers symptômes. L'espoir fou que ce ne soit qu'une mauvaise grippe tout en sachant parfaitement que ce n'était pas le cas. Puis les derniers jours. Les dernières heures. Les adieux. Et le moment où il faut abréger la souffrance de la personne que l'on refuse de perdre. Il avait vécu tout cela avec Sam. Il se souvenait du moindre détail.

- Je suis désolé pour ton fils... et désolé d'avoir posé la question, aussi. Ça ne doit pas être facile d'en parler. Je sais que pour moi... c'est impossible.

- Ne t'excuse pas, Dean. Tu ne pouvais pas savoir. Et franchement, ce n'est plus aussi difficile de parler de lui. Je crois même que ça me soulage. Je veux que les gens se souviennent de lui même s'ils ne l'ont pas connu.

Dean le voulait aussi pour Sam. C'était une des choses qui l'inquiétait le plus. Il savait qu'après sa mort, il ne resterait plus personne qui avait réellement connu son frère. Il ne voulait toutefois pas qu'il disparaisse. Il voulait que le monde se souvienne de Sam Winchester. Parce qu'il était sans nul doute la personne la plus extraordinaire au monde. Il espérait que son journal suffirait à faire vivre son souvenir. Même quand Dean ne serait plus là pour le préserver.

- Si tu veux me parler de lui... enfin, je sais qu'on ne se connaît pas mais je veux bien t'écouter. De toute façon, pour le moment, je doute de pouvoir me lever, alors...

Rufus sourit tristement avant de boire une énième gorgée de whisky. Il se racla ensuite la gorge puis se passa une main sur le visage.

- C'était quelqu'un de bien. Un garçon intelligent et qui avait tout pour réussir. Je ne dis pas ça parce que c'était mon fils... juste parce que c'est vrai. Il était en passe de devenir ingénieur dans l'informatique. Il avait une petite amie. Un bel appartement. Tout lui souriait. Il était plein de vie et drôle. Beau garçon comme son père.

Dean rit une seconde en l'entendant. Il était évident dans la façon dont Rufus lui parlait de son fils qu'il l'aimait énormément. Il se demanda alors si les gens ressentaient la même chose quand il parlait de Sam. Il l'espérait.

- Il a eu une belle vie même si elle a été bien trop courte.

- J'en suis convaincu, affirma Dean.

Red bougea alors sensiblement et pendant une seconde, le jeune homme crut qu'il allait se réveiller. Mais il se contenta de tourner sa tête sur le ventre de son maître sans ouvrir les yeux.

- Et tu sais, Dean... il est évident que tu ne me parleras pas de ton frère mais je serais ravi d'entendre ce que tu as à me dire sur ce garçon que tu as laissé à Sacramento. Et peut-être sur son frère, aussi. Histoire de passer le temps. Je pense que tu pourras te lever d'ici quelques heures. J'ai vu ta voiture sur la route. Je pourrai t'y installer et te conduire quelque part pour que tu reprennes des forces.

Dean savait parfaitement où il voulait aller dès qu'il serait en mesure de bouger. Il allait retrouver Castiel et Gabriel pour les prévenir et s'assurer qu'ils allaient bien. Il aviserait ensuite. Pour le moment, il n'était pas trop sûr de ce qu'il voulait faire une fois Castiel et Gabriel prévenus. Il reprendrait sans doute sa route vers la côte. Vers le nord, pour éviter Palo Alto. Et quand il serait enfin prêt, il irait rendre visite à Sam. Il avait juste besoin d'encore un peu de temps. Mais pour le moment, il était immobilisé. Et l'idée de parler de Castiel et Gabriel avec Rufus lui plaisait.

Il commença donc par lui raconter comment il les avait rencontrés. Ce qui les avait poussé à voyager ensemble. Il expliqua combien Gabriel pouvait être drôle et agaçant. L'attitude extrêmement protectrice qu'il avait envers son frère. L'affection qu'il avait instantanément développé pour Red. Il lui parla ensuite de leur dispute. Du désir farouche de Gabriel de s'installer quelque part. Puis quand il fut temps de parler de Castiel, il s'interrompit et prit une grande inspiration.

- Cas est... il est difficile à décrire. C'est quelqu'un de génial. Quelqu'un de gentil et de généreux. Parfois, il est incapable de comprendre les plaisanteries qu'on lui fait et il prend alors tout au premier degré. Il est drôle et il m'a lui aussi beaucoup aidé sans même me connaître. J'ai l'impression... ça va sans doute te paraître dingue, mais c'est comme si je le connaissais depuis toujours. Comme si on s'était rencontré avant et que je savais tout de lui. Il me fait me sentir bien. Je pense... je crois qu'on aurait pu devenir de très bon amis avec le temps.

Il s'interrompit à nouveau avant de dire quelque chose qu'il regretterait ensuite. Quelque chose de trop personnel et de stupide. Comme le fait qu'il aimait la façon que Castiel avait de l'embrasser comme si sa vie en dépendait. Combien il avait adoré sentir son sexe dans sa bouche ou ses doigts à l'intérieur de lui. Rufus était peut être quelqu'un d'extrêmement tolérant mais il n'avait définitivement pas besoin d'avoir les détails de leur ébats. Rien que l'idée de lui en parler suffit à faire rougir le jeune homme. Si Rufus s'en aperçut, il ne dit rien.

- Je suppose que tu vas vouloir les rejoindre, maintenant que tu sais ce que Gordon avait en tête les concernant.

- Je suis convaincu qu'ils ne sont pas en danger... ou du moins, plus maintenant qu'il est mort. Mais je ne veux pas prendre de risques. Et dans tous les cas, ils ont besoin de savoir ce que certains au camp pensent de tout ça. Histoire d'être encore plus prudents.

Rufus hocha alors à nouveau la tête puis referma sa bouteille après en avoir bu une dernière gorgée. Il s'essuya ensuite les mains sur ses jambes et se releva.

- Parfait. Repose-toi, Dean. Dès que tu seras sur pied, je te conduirai auprès d'eux. Tu pourras reprendre des forces au camp. Et ensuite... je suppose qu'il sera temps pour toi de faire un choix entre rester et partir.

- Et toi ? Tu pourrais rester là-bas, tu sais. Ou faire un bout de chemin avec moi. Je ne serais pas contre l'idée d'avoir un peu de compagnie pendant quelques temps.

Il fut surpris de se l'entendre dire. Et Rufus semblait tout aussi surpris de l'entendre. Dean savait toutefois qu'il ne s'agissait pas là d'une parole en l'air ou d'une proposition uniquement destinée à faire plaisir à son compagnon. Il n'était définitivement pas contre l'idée de voyager un temps avec Rufus. Il avait réalisé en laissant Castiel et Gabriel que leur compagnie lui manquait. Bien sûr, être avec Rufus serait clairement différent. Mais Dean savait qu'ils pouvaient s'entendre.

- Commençons par retrouver tes deux amis et on avisera ensuite. Je ne dis pas «lnon » mais je ne dis pas « oui » non plus.

Dean savait qu'il n'obtiendrait rien de plus de Rufus. Il choisit donc de ne pas insister. Il allait lui laisser le temps de voir si, oui ou non, il était prêt à mettre son projet de côté pour quelques temps.

- Je vais aller stocker mes affaires dans ta voiture en attendant. Tu te sens de rester seul ?

Dean ne voulait pas paraître trop vulnérable, et même s'il ne se sentait pas de taille à se défendre s'il était attaqué, il hocha la tête pour donner le feu vert à Rufus. Ce dernier déposa alors une arme dans sa main puis lui adressa un clin d'œil avant de s'éloigner. Dean le regarda disparaître parmi les arbres avant de reporter son attention sur Red.

- On dirait bien qu'on a eu de la chance, vieux, souffla-t-il.

Son chien ne réagit pas, toujours endormi. Dean soupira alors puis leva les yeux au ciel. Il se força à ne pas repenser à Sam et à tout ce qu'il lui avait dit quand il était encore inconscient. Il ne s'autorisa pas non plus à penser au danger potentiel que Castiel et Gabriel étaient susceptibles de courir au camp. Il se concentra sur ce qu'il avait à faire et sur ce qui l'attendait dès qu'il pourrait se lever. Il souffrirait du dos pendant de nombreux jours. Il allait devoir composer avec cette blessure. Il ne pourrait pas être à pleine capacité avant plusieurs semaines. Et il savait qu'il était nettement plus vulnérable dans son état. Peut-être serait-il plus judicieux de rester au camp le temps de se remettre. Malgré lui, il se souvint alors de ce que Sam lui avait dit quand il était inconscient. Il lui avait expliqué que Castiel et Gabriel étaient en route pour le rejoindre. Dean doutait toutefois que c'était réellement le cas. Il n'imaginait pas les deux frères courir un tel risque juste pour lui venir en aide. Pas après avoir passé autant de temps à trouver un endroit où s'installer. Non. Ils étaient très certainement au camp à l'heure qu'il était. Confortablement installés et prêts à affronter leur nouvelle vie. Dean ferma les yeux. Ils allaient sans doute être surpris de le revoir aussi rapidement. Il espérait toutefois qu'ils seraient contents. Car même s'il refusait de l'admettre et si les circonstances n'étaient sans doute pas parfaites, il devait reconnaître qu'il avait lui-même hâte de les revoir. Sam avait peut-être raison, en fin de compte. Il était sans doute temps pour lui d'admettre qu'il s'était attaché aux deux frères. Et d'agir en conséquence.