.JulieFanfic: Pas grave ma grande ! Tu lis quand tu le peux, je peux aisément comprendre que tu sois prise par d'autres choses hein ! ;) Oui la bague est une bonne initiative, et tu verras à quel point! Et merci ... tu sais pour mes histoires, j'essaye toujours de faire au mieux, mais ça fait toujours réellement plaisir de lire ce genre de review ! :)
.Milyi: Bah maintenant tu me fais les choses e n double ? *rires* Oui, quand on part comme ça dans tous les sens, faut pas se perdre et garder la ligne conductrice que l'on se fixe dès le début, autrement ça part en sucette ! ^^ Oui pour la pina, mais elle n'en avait pas sous la main ! XD
.Eilonna: elle a un passé assez surprenant en effet, tu comprends mieux pour quelle raison je devais faire mon héroïne d'un certain âge ... il en faut des années pour effectuer tant de choses ! Après, ce sont des actions à proportions humaines, je suis certaine, que nous serions tous capable de le faire, si nous nous en donnions les moyens ! :)
.Saru l'Homme Singe: Haaa désolée pour la rapidité de publication, mais j'avais ris un peu de retard sur mon avance, et, chose notable, le site a grave bugué pendant un jour, ce qui nous a tous ralentis etc ... mais je suis pas contre une tournée quand même hein ! *rires*
.Toutouille: T'inquiètes pour le retard ;) Oui Idhril a son caractère, mais comme dit en MP, elle n'est pas aussi "guerrière" qu"Isil ... tu le verras par la suite ... ^^ Merci pour tes lectures et ta fidélité!
.Erwynia: J'espère que la suite calera ta faim ! ^^ Oui je crois que concernant Thranduil, elle est foutue ! *rires*
.Grenache01: Ola Petit Raisin ! Pas épargnée certes, mais on se forge dans les épreuves :) Oui tous ceux que vous croisez dans l'histoire (à part les personnages de fond) vous les retrouverez ... tôt ou tard ... ;)
.Megane49: Et siiiii cette fin ! *sourire sadique* ;p Merci pour le thème, j'avoue que je prends plaisir à le faire ^^
Et voilà ! Après moult péripéties sur les chaos "internautiens", j'ai pu enfin mettre en ligne!
Merci à vous Toutes/Tous !
Bonne Lecture!
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Il l'avait entendu ! Il en était certain ! Assis sur son trône, comme à son habitude depuis trop d'années, il avait relevé la tête, s'attendant à la voir apparaître dans la salle d'audience. Mais non, le couloir et le chemin qui menait à son auguste personne, demeuraient effroyablement déserts. Une griffure lui chatouilla le coeur, et la sensation de démangeaison devint de plus en plus cruelle, au point de lui procurer une angoisse qu'il n'avait que rarement connu dans sa longue existence. Ses oreilles elfiques frémirent en entendant un son des plus singuliers. Des pleurs. Lointains, étouffés, mais bien réels, eux. Ils se leva, et descendant lentement les marches tout en regardant dans tous les sens d'où ça pouvait bien provenir, il s'engagea dans les couloirs, toujours guidé par ces sonorités qui le touchèrent malgré lui. Il arriva dans un large couloirs, près de ses appartements, et sur un des bancs, se tenait Gladhwen, effondrée, toute en pleurs, recroquevillée et solitaire. Ses longs cheveux non nattés tombaient sur son visage courbé, cachant ses magnifiques traits. Thranduil vint vers elle, et s'asseyant à ses côtés, il n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit, ou de faire un seul geste, que l'elfine se jeta sur lui et pleura à rompre l'âme tout contre sa tunique royale. Il serra ses bras sur son corps frêle lentement, et murmura « Gladhwen … que se passe-t-il ? Pourquoi tant de tristesse alors que dehors les premiers flocons virevoltent avec grâce ?
- Les … les arbres .. articula-t-elle péniblement entre deux sanglots. Ils ont mal à nouveau .. si mal … je les entends hurler de si loin à présent. Et .. et .. elle hoqueta de chagrin, ayant du mal à exprimer ce qui la faisait tant souffrir, puis elle reprit vaillamment après avoir avalé sa salive avec difficulté, et .. et Alexandra ….
- Alexandra ? Fit Thranduil saisi, resserrant malgré lui ses doigts sur le corps tremblotant de la jeune elleth contre lui. La peur lui vrillant les entrailles. Quoi Alexandra ? Demanda-t-il d'une voix pressante.
- Sa lumière … sa lumière s'éteint dans la forêt ... » gémit Gladhwen, se remettant à pleurer de plus belle.
Son coeur manqua un battement. Les dires de la petite elfe ne faisaient qu'appuyer ce qu'il ressentait depuis des jours. Il prit l'elfine dans ses bras, et murmura :
« Je suis désolé Gladhwen …
- Dame Aerlinn me manque, et Angrod … et Alexandra … mes parents ... pourquoi tout le monde doit partir ainsi, et me laisser seule ? » demanda Gladhwen d'une toute petite voix qui froissa le coeur du souverain. Il lui caressa le dos tendrement tout en l'amenant dans ses appartements.
« La pauvre … il est vrai que je n'y ai pas pensé, mais elle se retrouve seule à présent. Aerlinn est partie en Lothlórien, Angrod est mort, Alexandra si loin de nous, et Brilthor, avec ses nouvelles obligations, ne peut plus lui donner autant de temps et de considération qu'avant …. Elle doit se sentir si délaissée depuis quelques temps. J'ai été injuste et maladroit avec cette malheureuse enfant ... elle qui a déjà tant perdu dans sa jeune vie» pensa-t-il sombrement.
Il la posa au sol devant les portes, et ouvrant, il l'invita :
« Tu viens partager un thé avec moi Gladhwen ? »
Les yeux larmoyants de l'elfine brillèrent de reconnaissance, et un mince sourire étira ses lèvres tremblantes. Elle hocha la tête, et elle entra. Tandis qu'elle passait le seuil, Brilthor arriva en courant, et voyant son visage, Thranduil sut déjà que les nouvelles qu'il rapportait, n'étaient pas bonnes. Il salua le roi prestement, et déclara la voix alarmiste « Roi Thranduil ! C'est Dame Alexandra ! Des elfes l'ont retrouvé aux abords de la Lothlórien ! Les hommes du Seigneur Haldir l'ont ramené à Caras Galadhon, ce dernier a fait parvenir une missive. Elle …. elle est au plus mal Seigneur, et là ce n'est pas un mensonge ... » appuya le jeune Capitaine, les joues creusées par l'inquiétude. Il tendit ladite lettre, et le roi la prit presque sèchement. Il l'ouvrit et commença sa lecture. Tout ce qui le rongeait depuis des jours à présent, tout se dévoilait de la pire des manières. Ils l'avaient trouvée inconsciente dans la neige, et c'était l'anneau passé à son doigt, qui les avaient pressés de la ramener auprès d'Haldir et des Seigneurs de la Lothlórien. Il se salua d'avoir était aussi prompt à la réflexion quand il le lui avait donné. Les Elfes savaient ce que ce genre de présent voulait dire. Car il était impensable qu'un humain puisse le lui voler. Il froissa la lettre entre ses doigts, presque rageusement, et son regard polaire se posa sur Brilthor. Le tourment qui l'assaillait devenait trop grand, et il fallait qu'il bouge, qu'il fasse quelque chose pour l'apaiser.
« L'heure est grave, je ne peux rester éloigné d'elle. Si cette lettre dit vrai, je ne suis même pas certain de la trouver en vie là-bas …. mais je me dois d'y être … elle a fait ce voyage pour moi également. Sans parler de ce qui me trouble et que je ne peux m'avouer ….. je ... » il fronça les sourcils et vint à bannir ce qui était pourtant d'une évidence affligeante. Il glissa un regard vers Gladhwen qui s'était déjà assise dans le grand canapé de son salon, et ses paroles lui revinrent « Sa lumière s'éteint dans la forêt ... ». « Non je le refuse ! Purement et simplement ! Pas avant de savoir ! Pas avant d'en être certain ! » hurla son esprit rebelle.
« Gladhewen, prépares tes affaires nous partons pour la Lothlórien ! Déclara-t-il soudain la voix ferme.
- Seigneur ?! S'exclama Brilthor plus que surpris par cette décision inattendue, bien que compréhensible par le jeune Capitaine.
- Oui, je vous confie le palais en mon absence Brilthor ! Si vous voyez qu'il vous faille concours, faites mander Aredhel ou Gloredhel ! Ils sont les seuls en qui j'ai une confiance aveugle. Et si ça tourne réellement mal, faites quérir le Prince Legolas au plus vite! Compris ?!
- Oui ! Répondit Brilthor fermement, ne laissant pas ses appréhensions transparaître dans sa voix.
- Je vous laisse les lieux le temps que cette histoire se clarifie. Faites honneur à notre défunt Capitaine, Brilthor ! A présent, allez aux écuries, et que l'on prépare mon cerf ! Je m'en vais de ce pas rejoindre cette humaine inconsciente ! ».
Brilthor salua le roi comme il se devait, et il alla au pas de course donner les ordres. Thranduil vit Gladhwen passer devant lui. Elle avait attendu patiemment que les adultes finissent. Le roi lui conseilla alors « Prends des vêtements chauds, mon cerf va fendre les airs comme une lame, et le vent sera glacé ! ». L'elfine hocha la tête, et fila chez elle, toute excitée par le voyage qui l'attendait. Thranduil entra dans ses pièces de vie, à grands pas et avec maints gestes brusques, en fit tout autant. Une colère sourde animait tout ce qu'il était. Une rage contre le monde entier, contre celle qui martyrisait son coeur, contre lui-même. « Cette existence ne va-telle donc jamais me laisser de répit ?! N'ai-je pas droit moi aussi à un peu de ce calme, et de ce bonheur que tous goûtent avec autant de facilité ?! ». Mais plus que tout, couronnant toute cette haine presque viscérale face à tout ce qui lui échappait, la peur de LA perdre. Cette option était devenue bien trop impensable pour lui. Car il savait, après avoir vécu ce qu'il venait de vivre ces dernières heures, que d'une façon ou d'une autre, leurs âmes étaient liées. Fermant son paquetage de voyage léger, il se rembrunit, et le visage d'Idhril passa sur le fil de ses pensées. « Si c'est vraiment elle … alors … » il balaya ce souvenir qui parasitait ses gestes. Il prit sa couronne de mithril, fine et parfaite pour les déplacements, se munit du strict minimum, sachant pertinemment que Celeborn et Galadriel ne lui feraient pas l'affront de lui soustraire le moindre confort. Il s'arrêta un moment, lorgnant le livre qu'il y avait de posé sur sa table de chevet, et allant lentement vers lui, il l'empoigna presque fébrilement. « Les Fleurs du Mal, Spleen et Idéal …. je crois que ce seraient les résumés parfaits de ma vie …. toi tu viens avec moi ... » il fourra le livre dans une poche intérieure de sa tunique de voyage, puis il sortit d'un pas ample. Un lion en chasse n'aurait pas pu donné un tel sentiment de puissance en cet instant.
Son cerf et Gladhwen étaient déjà prêts quand il arriva dans les écuries. La petite elfe avait l'air engloutie par son manteau de fourrure, et quand elle mit la capuche, ce fut bien pire. Thranduil, malgré l'urgence de la situation, ne put réprimer un sourire. Elle ressemblait à un petit animal sortit des bois, et sa frimousse, totalement avalée par son couvert en poils de renard, devait faire des efforts pour émerger afin de regarder le roi. Le Cerf sentant le trouble du souverain racla le sol de son antérieur, et Thranduil lui flatta l'encolure en prononçant des paroles réconfortantes, qui l'apaisèrent de suite. Prenant son sac et celui de l'elleth, il les fixa convenablement de part et d'autre, essayant d'équilibrer au mieux les charges, puis il hissa Gladwhen sur le devant de la selle. Il monta derrière, et donnant les dernières consignes à Brilthor qui se tenait à leurs côtés, il déclara :
« Je vous tiendrai au courant quant à mon retour. N'oubliez pas, nos frontières son fermées Brilthor ! En mon absence, n'ayez aucun scrupule, et si vous rencontrez de la résistance, vous saurez quoi faire ! Je ne veux aucune excuse, aucun regret ou remord ! Avec ce qui se trame à l'Ouest, je ne veux aucune infiltration dans ma forêt ! Est-ce clair ?
- Oui Seigneur, je ferai ce qu'il se doit d'être fait, confirma Brilthor le poing sur le coeur.
- Au revoir Brilthor ! J'espère qu'on se reverra vite ! Tu vas me manquer … » fit la petite voix de Gladhwen, tandis qu'elle tendait ses petits doigts emmitouflés dans des moufles chaudes vers lui.
Le jeune Capitaine eut un tendre sourire, et prenant les petites phalanges recouverte de fourrure dans les siennes, il lui promis :
« Oui Gladhewen, ne t'inquiètes pas, nous allons nous revoir. N'oublies pas, tu m'as dit que nous devions nous marier ! » déclara-t-il avec un aimable sourire et un clin d'oeil appuyé.
La jeune elleth hocha vigoureusement la tête, et Thranduil fut charmé par ce tableau des plus innocent et pur. Attendant patiemment que ces deux-là se disent au revoir convenablement, il fit enfin avancer son cerf dans le couloir central des écuries. Une fois dehors, il se pencha vers Gladhwen, et lui ordonna « Quoi qu'il se passe Gladhwen, tu ne lâches pas le cerf tu entends ! Je te calerai au mieux, mais ça va remuer Je sais que tu as l'habitude de le monter, mais pas comme je vais l'élancer ! D'accord ?! Quoi qu'il arrive, tu t'agrippes ! ».
L'elfine hocha la tête, tremblant un peu d'appréhension, sentant que le roi ne disait pas ça à la légère. Elle planta ses mains dans la pelisse dense de l'animal, et se colla presque à son encolure massive. Thranduil cala Gladhwen entre ses bras puissants, et en symbiose avec sa monture, il n'eut qu'à donner un frôlement de mollets pour que la bête parte dans un bond fort et agile, qui extirpa un petit cri de surprise à l'elfine, qui s'arrima fermement à la toison du majestueux animal.
Gladhwen se souviendra de cette étrange chevauchée, toute sa vie. Elle ne vit pas grand chose des paysages qui défilèrent. Le front souvent collé à la nuque de l'animal puissant qui les portait tous deux, elle osa de temps à autre tourner le visage pour voir où ils étaient. La neige recouvrait tout. Ils passèrent nombres de bosquets, de souches, de sous-bois. Traversèrent des cours d'eau dans des bonds prodigieux, qui arrachèrent à chaque fois des petits couinements de surprise à la jeune elfe. Le souffle de l'animal était la seule chose qui arrivait à recouvrir de son bruit les pas agiles et légers qui martelaient le sol. Le voyage n'était pas des plus confortable, Thranduil en était conscient, mais il fallait se hâter à tout prix ! Tout alla tellement vite, en une nuit et une journée, ils furent aux portes de la Lothlórien. Les arbres étaient parés de rouilles et d'or sous l'automne présente, et Gladhwen trouva le lieu magnifique. Ils furent tous les deux soulagés que le cerf arrête sa course folle. L'elfine tombait littéralement de fatigue, et le roi faisait des trésors d'habileté pour la maintenir contre lui.
Les flancs de l'animal s'agitaient lourdement sous l'effort qui lui avait été demandé. Des panaches blancs suintaient de son mufle quelque peu asséché. Il passa de nombreuses fois la langue dessus pour l'humidifier. Et les pattes flageolantes, il s'enfonça dans le sous-bois dense. Le roi pouvait remercier les Valar de lui avoir offert, à lui et sa famille, des êtres aussi magiques que ceux de son espèce. Aucun destrier à travers les Terres du Milieu, n'était aussi rapide et aussi résistant. Son cerf pouvait, à pleine course, avaler des centaines de lieux, et mettre quelques heures, là où d'autres montures mettraient plusieurs jours.
Thranduil ne fut pas surpris de voir un des guetteurs atterrir devant eux, le saluant très courtoisement. L'elfe à la chevelure d'un blond presque châtain, déclara solennellement « Roi Thranduil ! Nous vous attendions. Suivez-moi s'il vous plaît.
- Et s'il ne me plaît pas ? Je connais l'endroit, je n'ai nul besoin d'escorte ! » Répondit-il désagréable.
Il n'avait pas envie d'être escorté, ou chapeauté, ou quoi que ce soit d'autre. Il voulait mettre Gladhwen en sécurité et retrouver son humaine. Il n'en demandait pas plus. Le Sinda se figea sous ses paroles peu avenantes, et rétorqua tout aussi froidement :
« En ce cas vous savez où sont vos appartements. Les mêmes que ceux qui accueillaient votre venue, au temps de feu vôtre père.
- Merci, répondit simplement Thranduil. Je veux juste qu'une dame de compagnie soit dépêchée aux écuries, afin qu'elle puisse mener cette enfant chez elle, et lui prodigue toute l'attention dont elle a besoin ! » ordonna Thranduil en désignant Gladhwen qui avait toujours les doigts fermement attachés aux poils de leur monture. Ses articulations eurent d'ailleurs du mal à se déplier, là que Thranduil lui faisait signe de relâcher la pression sur la fourrure du serviable animal. L'ellon hocha la tête, puis partit devant.
« Vous n'aimez pas les elfes de cette forêt ? Demanda la voix de Gladhwen qui avait vu clair dans le comportement du souverain.
- Disons que nous ne sommes pas toujours d'accord sur la manière de gérer les choses. Et que ces elfes ont beaucoup moins de coeur qu'ils veulent le prétendre.
- Je pensais que tous les elfes étaient gentils …. annonça Gladhwen innocente.
- Pas tous hélas Gladhwen … certains font passer leurs intérêts bien avant le reste. Et je crains être devenu comme eux au fil du temps ….
- Pourquoi ? Osa demander l'elfine ne voyant pas de mal à questionner le souverain ainsi.
- Parce que je crois avoir perdu de vue le principal dans ma longue existence Gladhwen, finit par murmurer Thranduil à contre-coeur.
- C'est quoi le principal ? Insista l'elleth perplexe, ne comprenant pas les sous-entendus.
- Beaucoup trop de choses … tu comprendras en grandissant. Pour le moment, je veux que tu te tiennes bien, et que tu obéisses sagement aux elfes qui vont venir s'occuper de toi ! D'accord ? Je ne veux pas que tu me fasses honte ! » intima Thranduil un sourire en coin, sachant pertinemment l'affection qu'elle avait pour lui.
L'elfine hocha la tête vivement, et promit très sincère « Je vous le jure Roi Thranduil ! ». Et le roi sut qu'elle ne se parjurerait pas. Sauf bien évidemment, si les elfes du coin venaient à un peu trop la transformer en parfaite elleth digne de la Lórien. Gladhwen était, comme toutes les elfes, douée pour nombre de tâches, mais son lien avec les arbres était si grand, qu'elle musardait souvent dans la nature, avec ceux qu'elle considérait comme faisant partie de sa famille. Si ils comptaient l'enfermer de trop, ça risquait de partir dans tous les sens. Mais, présentement, il avait d'autres choses à penser.
Ils arrivèrent enfin à Caras Galadhon, la nuit était déjà bien présente, et le froid investissait peu à peu les sous-bois. Thranduil laissa son cerf aux bons soins des palefreniers, et Gladhwen fut amenée de son côté. Il ne put pas lui refuser l'étreinte qu'elle lui quémandait, et c'est avec un certain pincement à la poitrine, qu'il la vit s'éloigner de lui. A croire que toutes les présences féminines dans sa vie, ne faisaient que ça, s'éloigner, prendre de la distance, pour disparaître par la suite. Des serviteurs étaient déjà venus prendre son paquetage, et il savait que tout serait prêt quand il arriverait à son nouveau lieu de vie. Il regarda les alentours, des souvenirs très anciens venant caresser le fil de ses pensées. Ses parties de chasse, les banquets, les parties fines qu'il s'accordait avec les jeunes elfes sans cervelle qui succombaient si aisément à son charme ….. et sa rencontre avec Elle. Celle qui, par la force des choses, avait bouleversé sa vie et celle de son père. Il secoua légèrement la tête, et voyant l'ellon qui l'avait intercepté à leur arrivée, il demanda :
« Menez-moi à l'humaine que vous avez trouvé!
- Sire, elle est dans un état plus que préoccupant, elle ne doit pas recevoir de visites pour le moment, osa objecter l'elfe devant lui ».
Les muscles de la mâchoire de Thranduil se contractèrent dangereusement, et ses yeux devinrent deux blocs de glace tandis que son visage devenait presque minéral.
« Je vous ai dit : menez-moi à elle ! Ce n'est ni une demande courtoise, ni un souhait ! C'est un ordre ! » sa voix était devenue tranchante, et tout dans son attitude trahissait son manque de patience. Le Galadhrim déglutit avec effort, il savait la réputation de ce souverain, et il ne savait plus trop comment réagir. Cependant, les Seigneurs Galadriel et Celeborn lui en voudraient sûrement si il n'obéissait pas aux ordres d'un roi. Il hocha la tête avec raideur, et commença à avancer dans les allées boisées, où la neige n'avait pas encore réussi à percer.
Ils marchèrent longuement, traversant un nombre incalculable de marches, de couloirs et d'allées suspendues. Thranduil commençait à se demander si le Galadhrim ne le faisait pas exprès pour se venger de son comportement envers lui. Finalement, ils gravirent un mallorn un peu à l'écart, assez en retrait pour ne pas être dérangé par les chants continus, et l'agitation, bien que pondérée, des elfes qui résidaient encore en ces lieux. Au fur et à mesure qu'ils gravissaient les marches, un doute affreux s'empara du roi. Voire une fébrilité qui lui était méconnue.
« Est-ce que je fais réellement ce qu'il faut ? D'ailleurs, à bien y réfléchir, qu'est-ce que je fais exactement ici ? Elle est mortelle par les Valar …. mortelle …. je me fourvoie en venant ici. Je sais que notre accord tacite repose d'abord sur une entraide, mais …. et c'est ce mais qui me perturbe. Bien que je tienne à elle, que vais-je faire par la suite ? Même si je m'accorde le droit de vivre quelques années à ces côtés, elle disparaîtra de ma vie. Ne me l'a-t-elle pas dit dans cette auberge ? Ne me l'a-t-elle pas si bien dépeint ce qu'il va se produire ? Alors que je gravis ces marches …. jamais de ma vie je n'ai pu sentir en moi un tel sentiment de doute …. d'incertitude …. ». Arrivé sur le palier du modeste Talan alloué à l'humaine, il arrêta ses pas devant la porte. Un garde se tenait sur le parvis, et le salua courtoisement. Tandis qu'il allait cogner sur la surface close en inspirant un grand coup, la peur de découvrir une morte derrière le saisissant, la porte s'ouvrit et il se trouva devant la dernière personne qu'il pensait rencontrer ici. Le Seigneur Elrond.
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Les deux Seigneurs se toisèrent quelques secondes, et ni l'un, ni l'autre, n'osa bouger en premier. Thraduil aperçut la blanche robe de Dame Galadriel à l'intérieur, mais il ne put voir Alexandra. Elrond, visant ce qu'il essayait de faire, s'avança et ferma la porte. Ce qui naturellement, appliqua sur le visage du souverain, un mécontentement non dissimulé. Elrond regarda les deux Galadhrim présents, et demanda « Laissez-nous ». Les deux ellons obéirent de suite, et quittèrent la place. Elrond bougea de quelques pas, invitant Thranduil à le suivre, l'éloignant de ce fait de l'entrée. Venant près de la balustre qui limitait la petite terrasse entourant le Talan, il se tourna vers Thranduil, et de sa voix grave et posée, il expliqua :
« Je ne sais ce qui vous lie à cette humaine, bien que le don de votre anneau, soit assez significatif. Il est évident qu'elle est sous votre protection. Cependant, vous connaissant, nous sommes en droit de nous poser certaines questions. Celle qui nous pousse à nous interroger, par exemple, sur votre attachement soudain pour une mortelle … voyant que Thranduil allait lui répondre vertement, il lui coupa l'herbe sous le pied en continuant. Cela ne me regarde pas Seigneur Thranduil. Ce genre d'interrogation peut attendre des réponses par ailleurs. Quand ils l'ont trouvé, avant qu'elle ne sombre définitivement, elle leur a donné ceci, en précisant bien que vous deviez en être le seul destinataire, que vous comprendriez. Elle a également parlé d'une dette payée …. »
Elrond sortit de sous sa longue tunique verte en velours, un carnet rouge, et la bague du souverain. Le fait que ces deux objets lui soient rendus par une autre personne qu'elle, lui vrilla les tripes.
« Une dette payée …. n'y avait-il donc rien d'autre pour elle ? » se demanda le roi en récupérant son anneau, cette pensée lui faisant plus de mal qu'il aurait pu le soupçonner. « Non ! Non il y a autre chose … elle me l'a dit dans cette chambre … dans cette auberge ! Il … il faut que je la vois … que je lui parle ! Par les Valar !» s'emporta-t-il intérieurement.
Elrond avait l'air soucieux, et Thranduil, mettant ses rancoeurs de côtés, demanda ce qui le taraudait tant depuis son départ :
« Va-t-elle s'en sortir ? »
Elrond fronça les sourcil, une ride d'inquiétude plissant son front. Il appuya ses avant-bras sur le parapet en bois de la terrasse, et posant ses yeux gris vers la forêt qui se dénudait peu à peu, il dit le timbre grave :
« Elle est mal en point. Nous pensons qu'à la base elle a dû attraper un rhume des plus bénins, mais un manque de repos certain a déclenché un mal plus grand. Voyager dans l'humidité et le froid d'automne, a aggravé son état …. elle lutte depuis des jours et des jours contre une pneumonie des plus virulente …. Nous avons dû lui donner beaucoup de sédatifs pour calmer les douleurs, et éviter qu'elle ne tombe dans une angoisse respiratoire, qui ne ferait qu'accentuer les lésions. Les premiers jours furent les plus durs. Cependant, le virus semblait ne pas vouloir céder du terrain. Ils m'ont appelé d'urgence quand ils ont vu dans quel état elle se trouvait. Il caressa distraitement Vilya de ses doigts, et continua, il perd en pouvoir, d'ici quelques temps, il ne demeurera plus de sa puissance, qu'un mince souvenir. J'ai fait ce que j'ai pu pour l'aider, à présent, son organisme fera le reste. Parfois … fit Elrond en coulant un regard pénétrant à Thranduil qui se tenait légèrement en retrait. Parfois il arrive que les corps perde le combat engagé, car l'âme ne veux plus tenir …. j'ai vu des cas semblables, même chez des humains. Elle a l'air combative cependant, où elle serait déjà morte. Je n'arrive pas à me satisfaire de l'évolution de la maladie. Je ne suis arrivé qu'hier cependant, il lui faudra plusieurs jours pour guérir, et peut-être des mois pour totalement récupérer. Qu'est-ce qui a pu la pousser à risquer ainsi sa vie ? C'est insensé ! » pesta presque Elrond en regardant à nouveau les mellyrn dorés qui donnaient une lumière particulière à l'atmosphère, presque argentée sous les rayons de la lune.
Thranduil eut un petit rictus qu'Elrond ne s'expliqua pas, et il l'entendit murmurer « Insensé ! C'est bien un qualificatif qui la caractérise bien !». Le Seigneur Noldo se tourna pour lui faire face, ses longues tresses noires glissant sur sa tunique sombre, puis, calant ses hanches sur la balustre, il détailla Thranduil de longues secondes. Bien que ne se côtoyant plus depuis longtemps, ils avaient été assez proches à une époque, notamment lors de la grande guerre contre Morgoth. Dagorlad leur avait, à tous, laissé d'effroyables souvenirs. Thranduil, il le savait, avait quand même bien plus souffert que la plupart de ses semblables. Il avait eu du mal à le voir s'enfoncer peu à peu dans les ténèbres, au point de devenir celui qu'ils connaissaient tous à présent. Pourtant, ses yeux d'elfes ne le trahissaient pas, la lumière du roi Sinda s'était ravivée. Quoi que soit cette humaine pour lui, il devina qu'elle en était la cause. Il inspira à fond, et expira tout aussi longuement, il demanda en exécutant un mouvement de menton vers le journal en cuir rouge
« Qu'est-ce ?
- Je vais le découvrir … mais si elle a tenu à ce point à revenir, malgré sa maladie, je suis certain que c'était plus qu'urgent. Elle est insensé il est vrai … mais d'une rare intelligence. Je ne l'ai jamais vu prendre une décision à la légère, même si je le concède, de prime abord cette mise en danger a l'air des plus aliénée » répondit Thranduil d'une voix morne.
Il caressa le rectangle de peau sous ses doigts, et son âme elfique reconnu la magie qui y grouillait à l'intérieur. Cela lui fourmilla dans les phalanges et remonta jusque dans ses poignets. Il fronça les sourcils, et ouvrit le carnet. Ses yeux bleus s'ouvrirent en grand, et son visage devint plus dur que la roche la plus résistante d'Arda. Il referma d'un coup sec, et rivant son attention sur Elrond, il rumina presque :
« C'était bien plus important que ce que je pensais. Si elle s'en sort, elle vous expliquera, ou je serai obligé de le faire au mieux. Mais croyez-moi Elrond, il vaut mieux qu'elle vive, car nous allons avoir besoin d'elle, d'une façon ou d'une autre. Pouvez-vous attendre avant de repartir en Imladris ?
- Oui, rien ne m'attend plus là-bas, vous savez que je quitte ces terres bientôt ….
- Oui .. répondit simplement Thranduil, affecté par leur décision à tous.
- De toutes façons je ne comptais pas la laisser ainsi, je me sens à présent responsable de sa santé, je ne veux pas la délaisser, elle a tellement souffert, et souffre encore …. ses poumons sont dans un triste état … rien que de respirer lui demande un effort considérable ».
Une quinte de toux effroyable s'éleva du Talan, et le roi des elfes sylvestres sut à quel point Elrond ne minimisait pas les choses. Ses doigts se crispèrent sur le journal clos, et il pria comme rarement il l'avait fait. La voix rassurante de Galadriel s'éleva, et parlant en Sindarin, ils surent qu'elle la calmait en usant de son pouvoir Sinda. Les toussotements résiduels se succédèrent un peu, pour enfin se taire. Elrond se redressa, et posant une main amicale sur l'épaule de Thranduil, qui se raidit de suite à ce contact, dit doucement :
« Si vous voulez qu'elle vive, il va falloir lui en donner de bonnes raisons …. Si son attachement à votre égard est si grand, espérons que cela suffise à lui donner la force de continuer …. je vais me reposer un peu. Je vous déconseille de la voir maintenant, même si je sais que vous ferez tout le contraire …. Garo daw vaer, aran Thranduil (bonne nuit, roi Thranduil)….
- Garo daw vaer , Elrond … hannon le ... (Bonne nuit Elrond, merci)» souffla Thranduil alors que le Seigneur Noldo prenait la direction des escaliers.
Après quelques secondes, Thranduil se retrouva seul. Seul face à cette porte close, seul face à lui-même … seul face à tout ce qui le rongeait. Face à sa dualité. Sentant le cuir du journal si étroitement accolé à sa peau, il se décida enfin à entrer. « Je lui dois au moins ça … elle a tout fait pour nous avertir … » se dit-il, affirmant par cette pensée, sa décision. Il cogna doucement à la porte, et l'on vint lui ouvrir. La lumière de Galadriel passa le seuil avant même qu'il la voit elle. Leurs yeux bleus se rencontrèrent, et Thranduil la salua courtoisement.
« Je me demandais si vous viendriez … cela est resté confus en mon esprit durant de longues heures …. mais vous voilà » annonça la voix feutrée et neutre de Galadriel, qui l'invita à entrer.
Thranduil pénétra alors dans le Talan chauffé, et ce qu'il vit le saisi d'effroi. En effet, Alexandra n'allait pas bien du tout. Le spectacle de son corps amaigri, couvert de sueur, et creusé par la douleur, lui rappela comme une gifle cinglante, sa condition si humaine et mortelle. Il se figea, paralysé par une chose autant déraisonnable que fâcheuse … la frayeur. Son teint était cadavérique, sa poitrine se soulevait de façon anarchique par moment. Elle luttait pour ne pas tousser, luttait pour ne pas gémir. Les sifflements qui s'extirpaient de sa gorge, témoignaient de sa difficulté à avaler assez d'air pour le bon fonctionnement de ses poumons. Ses lèvres étaient d'une nuance bleue désagréable sous le manque d'oxygène, et ses cheveux courts, éparpillés en de mèches collantes sur son visage, accentuaient la vision funeste qui se dégageait d'elle. La première chose qui le frappa, fut le dégoût presque instantané qui se dévoila à lui face à ce spectacle cauchemardesque. Voir ses doigts se crisper sur les draps et les couvertures, les articulations saillant sous sa peau blanche, trahissant la force qu'elle y mettait, tandis que son corps se contractait sous des élancements tyranniques. Tout cela lui insuffla une envie brutale de tourner les talons et de fuir. Puis, au fil des secondes, cette image de désolation se para progressivement d'autres choses. De messages invisibles mais poignants, qui lui dévoilèrent toute la magnificence de la lutte acharnée qui avait lieu dans cette pièce.
« La beauté ne se voit pas … elle se dévoile … c'est ce qu'elle m'a dit un jour. Ainsi, en ces minutes cruelles, je crois que j'en saisi infiniment le sens. Car, alors que son corps se démène entre la vie et la mort, je ne vois plus que son âme, brûlante de fièvre et de survie. Petite lumière ténue, elle qui semblait si vivace il y a peu … flamme sur le déclin, que je ne veux voir s'éteindre …et qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour m'exaucer. ». Il avança, lentement, l'atonie qui lui ceignait les muscles, se délia peu à peu. A son visage marqué, ce superposa celui qu'il lui avait connu. Pleine de vie, d'ardeur, d'audace …. puis … bien plus loin, surgissant des ombres de son passé millénaire, celui d'Idhril. Il osa tendre le bras, et de son index, caresser la joue brûlante qui s'offrait à lui. Elle poussa un soupir léger dans son pseudo sommeil, comme consciente de qui venait d'ainsi la toucher. Thranduil se tourna vers Galadriel, et à son sourire, il sut de suite qu'elle était au courant de tout, et ce, depuis le début.
« Vous le saviez n'est-ce pas ? fit-il sombrement, tandis que la colère venait habiller ses traits.
- Je l'ai deviné à l'instant même où j'ai pu lire vos coeurs ….
- Mais c'est impossible Galadriel ! s'emporta-t-il presque en venant vers elle, afin de lui faire totalement front. Les âmes des elfes se réincarnent chez Mandos ! Et celles des mortels disparaissent ! »
Galadriel eut un autre de ses mystérieux sourire. Elle alla près d'une des fenêtre du Talan, et déclara de sa voix doucereuse mais vibrante :
« Éru ne nous met pas dans le secret le plus total, Seigneur Thranduil. Comment le pourrait-il ? Ses facultés dépassent notre entendement. Il a accès à de nombreux univers, de nombreux paliers de conscience ..
- Mais .. Mais cela voudrait dire …
- Oui Seigneur Thranduil, qu'il y a des mondes à travers les mondes, des espaces cachés, des lois universelles qui prennent le dessus sur certaines établies. Il est tout-puissant, les choses se plient à sa volonté. Elle vous l'a déjà dit, cette humaine …. je me trompe ?
- Je … je ne sais pas .. je ne sais plus … elle m'a parlé de tellement de faits, de théories venant de son monde …
- Monde pas si éloigné du notre roi Thranduil. Il pourrait même faire figure de jumeaux tout deux. Mais à des époques différentes, des évolutions différentes …. comprenez-vous ? » demanda-t-elle en tournant gracieusement la tête vers lui.
Thranduil se sentit pris d'un vertige. Ho que oui il comprenait ! Et il n'était pas certain d'être satisfait d'entendre cela. Toutes ces informations, remettaient en question, et de façon directe, tout ce qu'ils savaient depuis la nuit des temps. Sans pour autant les remettre fondamentalement en cause, car tout était lié.
« Oui … fit simplement Galadriel en lisant dans ses pensées. Tout est lié, roi Thranduil. Pour cela que nos âmes ne reviennent pas forcément ici. Il choisit où les envoyer, suivant l'évolution qu'elles doivent faire, ou ce qu'elles doivent accomplir. Alexandra, fait partie de ces vieilles âmes qui voyagent depuis presque la création de l'univers. De ce fait, elle n'est pas si différente de la nôtre …
- Idhril … émit faiblement le roi en serrant le poing.
- Egalement, Thranduil. Je vous l'ai dit, lors du Solstice d'Eté, mais vous n'étiez pas près à écouter. Je vous ai clairement dévoilé qu'il n'y avait pas de hasard …. mais vous étiez aussi buté qu'un jeune ellon croyant tout connaître de la vie ... » dit-elle la voix légèrement plus dure. Le reproche était cinglant, et il ferma les paupières sous le coup porté.
Pour une des rares fois de sa vie, il dut prendre une chaise et s'asseoir. Se sentant aussi faible et désemparé que quand il l'avait perdu, ainsi que son père. Puis bien plus tard, sa femme.
« Ma femme …. murmura-t-il.
- Est dans les Cavernes de Mandos, où elle attend sa nouvelle vie. Et bien que vous vous soyez aimés, vous savez déjà, qu'elle n'était pas votre âme-soeur ...
- Jamais je ne la reverrai …. chuchota-t-il comprenant toute l'ampleur des révélations de Galadriel.
- Si, dans une autre vie, peut-être, dans d'autres circonstances ….. mais vous savez depuis des milliers d'années, celle qui vous était destinée ….
- Silence ! Je ne veux pas en parler maintenant ! Vous essayez de m'embrouiller l'esprit avec vos insinuations ! Si tel avait été le cas, elle me serait revenue ! Éru me l'a enlevé ! Il m'a trahi !» Grogna Thranduil en cognant du plat de la main, la surface plane de la table qui était à son côté.
Galadriel se tourna complètement vers lui. Droite, et bien plus froide et distante, elle posa ses yeux bleus pénétrants sur le roi presque brisé qui se tenait devant elle. Elle alla vers Alexandra, et lui déposant un baiser maternel sur le front, elle murmura en se redressant lentement:
« Trahi ? Qui a trahi l'autre en premier, Thranduil ? Alors qu'à peine Idhril morte, vous avez épousé celle que votre père avait choisi pour vous. Sans attendre, voulant de se fait, honorer la mémoire d'un des plus grands roi des Elfes Sylvestres ? Qui a manqué à son devoir en premier ? Devait-il la ramener, alors que vous aviez pris épouse ? Que serait-il advenu d'elle ?
- Alors il a préféré me faire souffrir encore et encore ! M'enlevant peu à peu ce que j'avais …. s'exclama Thranduil, blessé dans son orgueil comme rarement il l'avait été. Lui qui se pensait en tout point intouchable après tout ce temps, se prenait une sacrée gifle.
- Ce qui est advenu par la suite, n'est pas du fait des Dieux … mais du vôtre. Tous vos choix, toutes vos actions, ont déterminé ce qui est advenu …
- Pourquoi la faire revenir maintenant ? Pourquoi à cet instant précis alors ?! N'a-t-il donc aucune clémence ? Ragea Thranduil qui avait de plus en plus de mal à se contenir.
- Elle est là pour Nous, roi Thranduil. Pour ce monde, même si tout ceci m'échappe encore un peu. Éru sait ce qu'il fait, même si nous ne le comprenons pas. Posant un regard plein de mansuétude à l'humaine endormie, elle eut un pale sourire, et continua, elle a déjà tellement souffert, que j'aimerai lui accorder le repos …. mais il ne viendra pas …. pas avant un long, très long moment …. ».
Elle se redressa et allant vers Thranduil, elle passa une main chaleureuse sous son visage grave, et lui redressant délicatement le menton dans un toucher presque aérien, elle ajouta, ancrant ses yeux magnifiques dans les siens :
« Cessez de fuir, la solution est là. Mais vous ne la voyez pas, vous vous y refusez. De plus .. Roi Thranduil … laissant sa phrase en suspens, elle se dirigea vers la porte, et dit avant de sortir comme si c'était l'évidence même, les âmes-soeurs ne sont véritablement liées, qu'une fois leur amour consommé ….joignant de ce fait, Esprits et Matières».
Puis elle sortit sans un bruit, laissant le souverain à ses tortures, tandis qu'elle allait donner des ordres pour qu'on s'occupe de l'humaine.
Thranduil se pinça l'arrête du nez, soumis à une migraine soudaine. Tout se bousculait dans sa tête, dans son corps. En quelques phrases, Galadriel venait de balayer toute une partie de sa vie, de ses croyances. Il enleva sa couronne, et la déposa sur la table. Sortit le livre de Baudelaire, et en fit tout autant avec lui. Son visage fatigué se tourna vers l'humaine qui se débattait entre la vie et la mort, et il sentit son coeur se tordre.
« Si c'est vrai … si ce qu'elle m'a dit est vrai ….cela expliquerait ce désir que nous avons eu l'un pour l'autre, avant même de nous connaître. Moi le premier, je me suis trouvé la proie de pulsions qui m'étaient, depuis des siècles, passées. Dès que je l'ai vu, que je l'ai jaugé, que je l'ai découverte peu à peu, inconsciemment, mon âme a reconnu la sienne. Bien avant que toute autre partie de mon corps ou de mon psychisme, le fasse. Et cette première nuit …». Il frissonna sous cette réminiscence délicieuse. Puis il soupira très longuement, la poitrine harassée d'angoisses. « J'ai pleuré la mauvaise personne pendant ces siècles. Bien que …je sois bien hypocrite envers-moi même au point de m'aveugler si fortement . Je l'ai toujours su. Je le sais depuis qu'elle a expiré son dernier souffle entre mes bras, et je m'en souviens comme si c'était hier. Cette perte, m'est restée, marquée au fer rouge dans l'âme, autant que celle qui m'a enlevé un père …. ». Des larmes acides lui agressèrent les cils, et il déglutit avec effort, tandis que de funestes souvenirs vinrent à l'assaillir.
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Il pleuvait depuis des jours, et les régiments avaient enfin percé les défenses de leurs ennemis. Les grands Seigneurs lui ont interdit d'aller plus avant. Mais Oropher n'écoute que lui même ! Porté par leur victoire, il part à l'assaut des portes de la Morranon. Dans son sillage, il emmène les siens, dont son fils, et Idhril, qui le suivait comme son ombre. L'affrontement fut violent, alors qu'ils se brisaient littéralement sur le mur ennemi. Oropher, encerclé, était mis à terre sous ses yeux. Son cerf et lui chutant lourdement sur le sol boueux, tandis qu'Idhril s'élançait vers lui, arme au poing, hurlant le nom de son roi. Les ennemis la séparant de lui sont bien trop nombreux. A à peine quelques mètres, ils la firent chuter en tuant son cheval, et Thranduil hurla son nom. Sa voix déchirée par le désespoir fracassant même l'orage qui tonnait au-dessus d'eux. Il essaye de la rejoindre, évoluant avec rage parmi les orques qui lui barrent le passage. Une lame la transperça alors qu'il n'était plus très loin. Le regard dans le vide, elle porta une main tremblante à son abdomen, et la plaqua dessus. L'épouvante se dévoila sur son beau visage couvert du sang noir de ses ennemis. Elle chuta à genoux, l'air hagard, avant de totalement s'effondrer. Thranduil accéda jusqu'à eux, et déchiquetant avec hargne tout ce qui se trouvait sur son passage, il arriva à rejoindre le corps gisant de celle qui comptait tant pour lui. La soulevant avec vigueur, il la vit trembler de partout. La pluie et la boue obstruaient sa bouche, et ses yeux perdaient peu à peu de leur divin éclat. « Thranduil ... » chuchota-t-elle avant de devenir inerte entre ses bras. La douleur qu'il ressentit à cet instant, fut soufflé par la fureur qui s'empara de lui, comme la rage s'abat sur une bête. Il se releva, et aux côtés du corps de son père, il lutta avec acharnement, se jurant de pourfendre l'armée ennemi à lui tout seul si il le fallait. Il en devint fou. Aredhel et Glordhel vinrent le ceinturer et le sortir du guêpier dans lequel ils étaient. Réussissant à lui faire entendre raison, le nouveau roi sonne alors la retraite, et réussit de ce fait, à sauver un tiers de ceux qui l'avaient suivi. Les peuples unis avaient gagnés, mais cette victoire pénible et effroyable, resta pour tous, avec l'amertume de pertes incalculables et traumatisantes.
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« Thranduil ... » ce soupir-ci était bien présent, et le souverain leva des yeux rougis sur le corps de l'humaine en souffrance. Il ne sait plus que faire, son âme n'est que brûlures. Il a la certitude, avant même toutes choses, que si Éru lui a rendu celle qui avait tant compté pour lui, ce n'était que pour la lui reprendre. Mortelle, tôt ou tard ils seraient à nouveau séparés. Il maudit leur dieu pour cela, le rejeta même de toutes ses forces. Comment pouvait-on si décemment faire souffrir ses enfants ? N'étaient-ils pas ses fils et ses filles ? Il serra la mâchoire, et se leva. L'hésitation était tenace. Partir ou rester ? Jamais cette situation n'avait été pour lui si cornélienne. Observant ce corps mortel qui suintait par tous les pores sa survie, la pitié et la colère s'offrirent son coeur. Puis vint l'amour, en dernier lieu. Comme un invité indésirable, essayant de s'incruster dans une fête où il n'est pas convié.
« Je n'ai pas pu être là la dernière fois …. dois-je répéter les mêmes erreurs … si je n'avais pas si facilement baissé les bras …. si ... » les incertitudes passées refaisaient surface avec cruauté. Puis, délaissant toute méthode lui insufflant la logique et la raison, il se dirigea enfin vers elle. Il vint s'asseoir sur le rebord du lit, et prenant un linge humide posé sur le rebord d'une bassine en céramique sur la table de chevet, il lui épongea le front doucement. Elle bougea faiblement sous ce baiser frais qui lui faisait tellement de bien. Elle en vint même à légèrement sourire. Fissurant pour quelques secondes, ses lèvres gercées, et ce masque taillé par les maux qu'elle offrait. Les sifflements poussifs due à sa respiration difficile, firent grimacer le roi. La gravité de la situation lui faisait mal.
« Firieth ….. vous m'aurez vraiment tout fait ... » Lâcha-t-il dans un chuchotement, finalement vaincu.
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Un maelström d'images, de douleurs, de ressentis. Tout s'entrechoque comme un orage cosmique dans sa tête. Des voix, des visages, des situations passées sur Terre, faisant des pieds-de-nez à sa nouvelle vie sur Arda. Les lieux, les gens, tous se mélange, lui donnant un sentiment de vertige affreux, qui, bien qu'elle eusse les yeux fermé, n'arrive pas à se détacher de son crâne. Elle gémit longuement, sent son corps se disloquer sous la géhenne, tandis que l'oxygène manque cruellement dans ses poumons malades. Rien n'aurait pu la préparer à un tel supplice, une telle envie d'en finir. Tout lui semble vain, perdu d'avance. Dans sa demi conscience, elle ne reconnaît rien du tout le lieu où elle se trouve. Ne connaît pas non plus les gens qui l'entourent et se penchent sur son cas. Il lui semble entrapercevoir le doux visage d'Aerlinn quelques fois, mais c'était impossible. Elle implore souvent pour en finir, car tout devient trop insupportable. Puis, après des jours et des nuits, l'accalmie arrive, tandis qu'un elfe aux cheveux sombres et aux yeux gris, lui soulève les paupières et l'ausculte. Elle perçoit la radiance de la Dame de la Lórien à côté de lui. Leurs voix s'élèvent dans un Sindarin apaisant et magique, qui finit de la faire céder. « Détendez-vous, les remèdes feront plus vite effet ainsi …. vous êtes entre de bonnes mains …
- Thranduil … » réussit-elle à articuler dans un gémissement plaintif et inconscient.
Les voix se remettent à discuter, le nom du roi revenant souvent. Mais elle est trop faible pour pouvoir se concentrer. Les palabres deviennent murmures, et tous s'efface comme dans un rêve. Les heures qui suivent semblent plus calmes, ses maux s'apaisent lentement sans pour autant totalement disparaître.
Elle est trop faible pour bouger ou dire quoi que ce soit. On la force à boire divers breuvages, qu'elle n'a même plus l'énergie de refuser. Les liquides tantôt chauds ou froids, coulent en elle sans résistance, apportant dans leur sillage des promesses de vie. Puis elle l'entend, enfin. Celui pour qui elle a fait ce périlleux voyage. Celui pour qui elle serait prête à donner sa vie de mortelle. Dans le brouillard de ses pensées, le réconfort de le savoir ici, se heurte à une défense de survie âpre et animée par la maladie. Son psychisme voulant la protéger au mieux, prenant les rênes de ses réflexions anarchiques. « Il est immortel … roi .. elfe … pauvre humaine, pauvre petite chose sans intérêt …. il retrouvera sa femme, et toi, tu resteras ou tu mourras à ses côtés … est-ce donc ce que la vie t'a appris ? ». Une faible lamentation s'élève de sa gorge, les observations chaotiques qui emplissent son cerveau fiévreux, lui donnent des élancements dans le corps. Conscient et matière intimement liés dans une course contre la mort et l'abattement. Elle devine la contrariété du roi dans le timbre de sa voix. Même si ils parlent en Sindarin, elle peut le percevoir. Puis quelqu'un s'en va. Il n'y a plus aucun bruit, si ce n'est, une respiration qui n'était pas aussi sereine qu'elle le paraissait. De légers à-coups, d'infimes tremblements. Les mouvements discrets d'un corps se mouvant avec raideur. Puis, ce parfum … les fragrances du souverain qui, prenant leur essors, vinrent lui effleurer les narines, et emplir son corps d'un espoir fou. Elle murmure son nom, elle voulait être sûre, elle voulait qu'il lui parle. Être certaine que ce qu'elle entrevoyait dans son délire, n'était pas qu'illusions désespérées. De longues secondes passes, puis l'impensable arrive. Quelqu'un s'assoie tout près d'elle, et lui éponge le front. Son palpitant menace de la lâcher alors qu'elle entend la voix grave et bienveillante du roi. Ce qu'il lui dit la fait sourire malgré elle, alors qu'en cet instant, elle aurait voulu purement et simplement pleurer toutes les larmes de son corps. Elle n'arrive pas à ouvrir les yeux, sa tête est lourde, et elle a sommeil. Elle déplace juste faiblement sa main gisante sur les couvertures, pour pouvoir toucher la tunique de voyage du souverain. Une fois ses phalanges dessus, elle l'agrippe avec les maigres forces qu'elle détient, ne pouvant exprimer tout le bien que sa présence pouvait lui apporter. Il cessa de lui éponger le front, et prenant sa main brûlante dans la sienne, il la serra tendrement, tout en lui chuchotant « Je suis là Alexandra. J'ai bien eu ce que vous avez ramené …. n'ayez crainte. Nous verrons tout ceci quand vous irez mieux …. Reposez-vous à présent, vous l'avez mérité. Je viendrai vous voir, ne vous inquiétez pas. Mais présentement, je ne demande que votre repos et votre rétablissement. Bonne nuit firieth … mon humaine insensée …. » . Il fit une pause, et avoua tendrement « Mon fol Amour ... ». Ces trois derniers mots furent murmurés sous le couvert d'un souffle ténu, chaleureux et douillets. Mais elle les entendit, et cela injecta en elle cette envie de continuer, qui ne cessait de s'étioler au fil des dernières heures. Il lâcha ses doigts lentement, comme voulant repousser l'instant de leur séparation, puis il la laissa. Elle s'accorda enfin le droit de se reposer.
Elle dormit d'un sommeil sans rêve et réparateur qui dura des jours. Plongeant même Elrond dans un état de perplexité profond. Puis, voyant que la fièvre finissait enfin par tomber, il finit de lui accorder son aide avec les dernières bribes de pouvoir de son anneau. Déclarant qu'à présent, elle pourrait s'en sortir sans son assistance. Elle somnolait longuement, et Thranduil vint la voir tous les jours, même si elle ne faisait que se reposer et ne quittait pas le lit. Il feuilletait le journal de Saroumane le plus souvent. Analysant, réfléchissant à ce qu'il voyait et découvrait. Puis en une fin d'après-midi, un mouvement attira son attention. Levant sa concentration studieuse vers le lit, il la vit se frotter les yeux longuement, la lumière du jour déclinant, filtrant par la fenêtre, devait l'incommoder apparemment. Quand elle laissa tomber ses mains sur le lit, elle braqua un regard surpris vers le roi, et déclara :
« Je pensais avoir rêvé tout ce temps … mais non, vous êtes bien là …. Elle inspira à fond, un sourire de bien-être étirant ses lèvres en sentant qu'elle n'avait plus de gêne pour respirer. Puis elle continua facétieuse en dépit de son état. Bon ! Je pense que l'on est bons pour le mariage vous et moi ! Car y a pas à dire, je crois que vous ne pourrez jamais voir pire me concernant ! ».
Le coin de la bouche de Thranduil s'étira, et malgré son visage creusé et ses cernes légèrement rouges, la lumière de son âme reprenait en vigueur, et il ne put s'empêcher de la trouver radieuse en cet instant. Les premiers froids de l'hiver, se parant pour lui, de la plus délicieuse des chaleurs.
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Dans le prochain chapitre : un peu d'eau dans le gaz, des retrouvailles, et un "mini conseil" qui parlera d'un futur proche !
Alex n'a pas fini d'en voir, et notre Thranduil adoré également! Sans parler de leur passé respectif qui ... ben vous le verrez bien ! ;)
BISOUUUUUUUUUS sous la pluie aujourd'hui !
Tous avec moi : I'M SINGIN' IN THE RAIIIIIN ! JUST SINGIN'IN THE RAAAIIN !
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