Hello tout le monde ! Quel plaisir de vous ''revoir'' aha ! Voici donc un nouveau chapitre ! Comme je l'avais annoncé dans le chapitre précédent (enfin je crois) voici venir la fin de "Malchance ou maladresse ?" ! Oui, le prochain chapitre sera le dernier. Je réfléchis encore quant à l'écriture d'un éventuelle prologue mais bon, ce n'est pas encore la fin hein ? Merci à tous pour vos reviews auxquelles je m'en vais répondre de ce pas ! :D

Peneloo, merci pour ton travail, ta gentillesse et plus encore !


You've got a warm heart,

you've got a beautiful brain.

But it's disintegrating...

/

Vous avez un coeur chaud,

Vous avez un beau cerveau.

Mais tout deux se désintègrent...


Un mal de tête récurrent, ma cinquième cigarette, Nina Simone hurlant sa peine, la déchirure dans son trémolo, les plaintes assourdissantes de son piano giflant la quiétude de la pièce vide, ses échos assourdissants raisonnant dans mon crâne. ''With your kiss my life begins...'' Je m'empare lestement de mon violon, vide mon verre de cognac d'une traite avant de me joindre à Simone.

''You're spring to me, all things to me...''

Une lente mélodie s'élève de mon instrument avant de se joindre aux vrilles incessantes du piano, presque anarchiques, représentant les sentiments fiévreux d'un bipolaire, la douleur lancinante d'un désespéré, un grand huit de tristesse agressive et de notes langoureuses. Fermant les yeux avec férocité, je tente de me perdre dans cet accent grave, cette voix d'une épaisseur étourdissante. Je ne suis plus, je n'existe plus. Il n'y a que ces notes sous mes doigts, ce chant mélodieux.

« Sherlock. »

Les notes, se focaliser sur les notes. Oublier le reste, vendre mon existence pour un morceau de jazz.

« Sherlock, je te parle. »

« Eh bien arrête ! » Je m'écrie subitement, ne cessant pas de jouer pour autant.

« Ne fais pas l'enfant, le procès débute dans deux heures, il faut que tu te changes. » Persévère mon frère.

Le procès, Sherlock Holmes contre Richard Brook. Quelle mascarade, je ne suis pas plus sûr de gagner que de me découvrir un frère jumeau âgé de quatre ans et demi.

« C'est une procédure à faire. Ne pars pas perdant. » Renchérit Mycroft comme s'il était capable, avec ses maigres capacités intellectuelles, de suivre le cours de mes pensées.

Le morceau s'achève. Après une minute de silence pour ce chant défunt, je range mon instrument, glisse une cigarette entre mes lèvres et l'allume nonchalamment. Ne pas partir perdant, quelle ânerie.

« Tu t'apitoies sur ton sort comme une jeune adolescente. Watson te mentait depuis le début et bien que je t'aie prévenu, tu t'es entêté à faire infuser ta confiance dans la soupe de votre relation. Me laisser prendre les choses en main était une décision d'adulte, persiste sur cette voie et va donc enfiler une tenue décente afin que nous puissions nous rendre à cette audience. » Déclare le gouvernement, ses grosses joues tremblant sous le flot de ses paroles.

J'inspire une longue bouffée de nicotine, appréciant l'amertume sur ma langue, le poison dans mes poumons avant de laisser s'échapper mon plaisir au-dessus de mon crâne, loin du commun des mortels.

« Une décision d'adulte, dis-tu ? Ma foi, tu es un expert dans ce domaine avec tes caprices gouvernementaux aux conséquences apocalyptiques, non sans faire référence à ces assises classées pompeusement ''secrètes'' où le plus fort est propriétaire du dernier jouet à la mode. En outre, je n'ai pas d'ordres à recevoir d'un homme incapable de contrôler jusqu'à son propre poids. Seigneur, d'aussi loin que je me souvienne, tu as toujours été obèse. » Fais-je avec emphase, resserrant mon peignoir autour de ma taille.

« Je ne m'aventurerai pas avec toi sur ce terrain. »

« Tu as raison, tu risquerais de t'y perdre, elle est bien vaste l'étendue de tes kilos en trop. » Je rétorque, m'allongeant sur mon canapé sans plus de cérémonie.

Feu coupole-spatiale a été remplacée le week-end précédant le départ de Watson, les pommes sont déjà couvertes par endroit d'auréoles noirâtres, leur odeur entêtante de pourriture glucosée m'atteignant par vagues. Le roux, toujours au centre de la pièce, ajuste son costume, tournoie son parapluie dans un sens puis dans l'autre avant de confier, songeur :

« Tu l'aimais donc réellement, qui l'eut cru ? Il te trahit de la pire des façons, blesse ton ego ainsi que ton cœur, vu qu'apparemment, tu en possèdes un, pourtant tu ne cesses de le chérir. L'amour est sans pitié, pathétique, vulgaire et extraordinairement laid. J'en viendrais presque à te plaindre. »

« Contente-toi de sortir. »

Je n'étais pas sûr de l'aimer, son absence est retranscrite quelque part sur la trame de mon existence, marquée au fer rouge à la surface même de mon âme. Une absence qui ne s'oublie pas, un malaise étrange, un manque en soi. Je n'étais pas certain de l'aimer cependant, à présent que ce fait devient aussi inutile que pitoyable, j'ai conscience que mes efforts, mon souhait déchirant, désespéré d'être dans l'incertitude, n'annihileront pas ces sentiments que je sais porter à son égard.

« Tu ne changeras donc pas d'avis ? » Rit moqueusement mon frère, son visage tordu par ce simple acte qu'il n'a jamais su effectuer sans déformer inhumainement ses chairs tandis qu'il pose sur moi une œillade vicieuse.

« Je ne le poursuivrai pas en justice, tu perds ton temps. »

« Allons, ne dis pas cela. Je m'amuse beaucoup ici. » Rit-il froidement.

«Amuse-toi hors de mon champ de vision vu que ta grosse tête est incapable d'enregistrer une information autre que son envie compulsive de gras. » Je clôture, âpre, les yeux clos, les mains rassemblées sous mon menton.

Un coussin couine, un bruit de papier froissé. Mycroft a pris place dans un fauteuil, nonobstant sa présence, une sensation de solitude m'envahit. Les murmures de la ville s'entremêlent aux percussions humides de la pluie contre les fenêtres, les roues des voitures crissent sur le bitume trempé, des voix s'entrechoquent sur les trottoirs, s'immiscent au travers des vitres sales et ce cœur bat toujours dans cette poitrine affreusement lourde qu'est la mienne. Watson m'a trahi, il m'a juste trahi, sans mois de préavis, sans hésitations ni froncement de sourcils. Je l'ai compris, je l'ai accepté, mon cerveau a si bien assimilé cette donnée qu'elle semble à présent surplomber toute autre forme de réflexion ou informations extérieures. Tout a été si rapide, si odieusement imprévu. Je l'ai pris pour acquis et comme toute chose que je pense garantie, il ne l'était pas. Il ne m'aimait pas plus que je n'aime le monde entier, il ne m'aimait simplement pas. Et ce fait alourdit ma poitrine plus qu'une terre peuplée d'imbéciles. J'ai eu tort, je me suis trompé. Ma foi, c'est douloureux quand j'y pense. Trop douloureux même. Comment peut-on feindre ce sentiment avec tant de génie ? Comment ai-je pu me laisser prendre aussi facilement ? De la poudre aux yeux et j'étais assis, tel un spectateur avide de magie, de mensonge, de subterfuge et de prestidigitation à supplier de me faire entourlouper.

Lorsque j'ignorais tout de la réalité, lorsqu'en sa compagnie, je me surprenais à oublier le monde dehors, j'avais le cœur léger, j'étais si humainement humain, indubitablement idiot et somptueusement heureux de l'être. Parce que c'était juste et bon, parce que c'était juste si bon.

À présent que tout est terminé, je réalise mon idiotie, je me souviens de ma cécité et je ne peux que me dire, derechef, que c'était agréable, simplement délicieux. Aujourd'hui il ne reste que la douleur d'être resté trop longuement assis à me gaver de mensonges, j'ai les membres tout engourdis, le rideau s'est abaissé, le spectacle s'est terminé pourtant j'ai toujours la tête emplie de magie, le cœur lourd d'émotions insensées. C'est idiot. Tout est si idiot. Une perte de temps. Tout ce temps que j'ai adoré perdre et qui me torture à présent lorsque je ferme les yeux. Car je n'étais pas sûr de l'aimer la veille au soir et qu'au matin je l'aimais. Je l'aimais tellement que je me dis que je l'aime encore. Je me dis que je l'aime à en pleurer, à en pleurer toutes les larmes de mon corps.


XXX


POV JOHN

« Richard machin était donc Jim Brook, c'est ça ? » S'enquit Mike, les doigts posés sur ses tempes, une ride barrant son front sous la force de la vaine concentration dont il tente de faire preuve.

« Non, mais presque. Au final, c'est du pareil au même. L'un était l'autre. » Éclaircis-je, monocorde, lançant un regard empli d'un sentiment étrange à Rosie assise sur le canapé, un livre posé sur son petit ventre d'une adorable rondeur.

« Ouais m'enfin, je pige toujours pas. » Soupire mon meilleur ami, buvant une longue gorgée de cidre (Il a pris la décision de baisser sa consommation d'alcool pour son enfant à venir. Une personne saine d'esprit se moquerait sûrement d'une logique si insensée cependant, selon Mike, le cidre est plus ''biologique'' de ce fait, c'est une camelote pas fichue de rendre ivre le plus déterminé des militants en sandales).

« Qu'est-ce que tu ne comprends pas ? » Je demande, pas irrité pour un sous bien que cela fasse près de deux heures que je raconte sans omettre le moindre détail, ma scabreuse aventure de faussaire au brun.

« Pourquoi tu ne m'en as pas parlé plus tôt, voilà ce que je pige pas. »

Je reporte mon regard sur le brun, ses sourcils broussailleux froncés au milieu de son front, son regard intense, d'une incompréhension totale. Il a raison. Comment ai-je pu garder cela pour moi aussi longtemps ? Mentir sans relâche à Sherlock, jouer les voyous avec Richard et tout cela sans en glisser un mot à mon meilleur ami malgré la difficulté, l'incertitude et la douloureuse épreuve que cette comédie représentait pour moi.

« Tu n'aurais rien pu faire. » J'avoue instinctivement.

Il était dans l'impossibilité de m'aider, à l'instar de moi-même qui restait incapable de stopper la machine destructrice que j'avais huilée de mes propres mains.

« C'est là que tu te trompes, vieux. J'aurais pu être là pour toi. La joue pas solo, on est une équipe, toi, Rosie et moi, on s'entraide. Tu vois ? Comme quand cet imbécile de Stephenson avait raté son tir lors du tournoi national, à dix minutes de la fin. Moi, derrière mon écran, je l'aurais haché menu, tout le Pays-de-Galles aurait tué ce type, mais son équipe, elle l'a soutenu, ils ont continué à jouer en se serrant les coudes. Ils ont quand même perdu ces bons à rien. Un bel exemple de ratés, si tu me demandes mais une équipe soudée. » Déclare le brun en de grands gestes, manquant de renverser son verre, faisant naître un sourire sur mes lèvres fatiguées.

«Merci, Mike. » Je ris.

« De rien mon gars. Puis, on est genre à dix minutes de la fin de ton histoire avec l'autre rigolo. Si tu veux mon avis, il est temps de se serrer les coudes. » Renchérit-il.

« Ne traite pas Sherlock Holmes de rigolo. » Intervient Rosie d'une voix chantante, son intonation réprobatrice s'étant égarée sur le chemin entre la cuisine et le salon.

Stamford grimace grossièrement, répondant à contrecœur :

« D'accord, ma douce. »

Inspirant difficilement, je questionne :

« Que veux-tu dire par se serrer les coudes ? »

Il m'a suffi d'entendre son nom. C'est tombé si abruptement, Sherlock Holmes. Seigneur Dieu, comment peut-on ressentir autant de dépendance pour un être vivant ? Son visage, le souvenir de cet ensemble, un nez, une bouche et une paire d'yeux, m'étourdit de malheur, de tristesse et d'accablement. Ce sera toujours plus fort que moi, je l'admire, je le chéris, je l'aime.

« Le procès est aujourd'hui si j'ai bien compris, le gars sait même pas que Richard est pas Richard. Il serait temps d'être honnête, de lui avouer toute cette putain d'histoire de dingue et de le reconquérir. »

Un rire jaune me traverse avant de franchir sèchement la barrière de mes lèvres.

« On ne reconquiert pas Sherlock. On l'a ou on ne l'a plus. » Je siffle froidement.

« Dis pas de conneries, tu vas me donner mal à la tête. Il faut que vous arrêtiez tous d'idéaliser ce mec. Rosie et toi vous en faites juste des caisses. Ce n'est pas un ange, ce n'est pas une statue, c'est un homme. Il t'aime ou il t'a aimé selon toi, sauf qu'il l'a fait, c'est ce qui compte. Quand on aime, les sentiments ne se tirent pas bagage à la main juste parce que le grand Sherlock Holmes a décidé que c'était terminé. Alors tu vas aller te laver le visage parce qu'entre nous, t'as l'air d'un mourant et même si sa sainteté Sherlock côtoie des cadavres, ça m'étonnerais qu'il veuille s'en taper un. Moi je vais faire chauffer le moteur de la voiture. » Cingle Stamford comme il se lève, reliant le geste à la parole non sans un dernier regard réprobateur.

Je l'observe quitter la pièce décontenancé. Sherlock est un homme, mais un homme Sherlock. Ça veut tout dire. Demeurant silencieux, j'observe mes mains tremblantes. Je ne peux plus m'empêcher de les observer, elles ont fait tant de choses ! Toutefois, c'était moi qui les guidais. J'étais maître de moi-même tout au long de cette tragique aventure. J'ai détruit mon bonheur de mes poings. Un soupir qui n'est autre qu'une expiration douloureuse franchit mes lèvres. Quelle horreur.

« Mon chéri, viens t'asseoir. » Appelle Rosalie Stamford.

Surpris, je me redresse et allais saisir ma canne lorsque celle-ci choie à terre, roulant sur le carrelage. Satané bâton de malheur. M'avançant à l'encontre de mon support, je trébuche et tombe sur ma jambe malade un râle de douleur vrombissant dans ma gorge.

« Fais chier ! Marre de cette saloperie ! »

Je reste à terre, incapable d'attraper ma canne, la jambe trop lancinante pour que je puisse m'y appuyer. Rosie apparaît alors sur le seuil de la cuisine me consultant d'un regard d'une chaleur maternelle où, grâce à Dieu, la pitié n'a pas sa place. Elle s'avance de ses pas légers, ses pantoufles ponctuant sa démarche de petits bruits feutrés. Depuis mon arrivée, elle n'a rien dit de particulier, elle ne m'en veut pas sans pour autant tolérer mon comportement, je l'ai déçue.

«Tu étais devenu moins maladroit, il avait changé cela aussi. » Note-t-elle de sa voix mélodieuse et je sens monter toutes ces émotions que je retenais jusque-là.

« Je déteste cette canne Rosie..., je me déteste, je suis si désolé... » Je me décompose, baissant les yeux sur ces horribles mains accrochées à mon corps tandis que ma vue se floute, se déforme et que de longs sillons salés font leur chemin sur mes joues.

« Je sais mon chéri, ça va aller. » Déclare la brune en un souffle, s'agenouillant péniblement afin m'entourer de ses bras frêles.

« Il ne me pardonnera jamais. »

« Bien sûr que si, tu es un homme fantastique et il est assez intelligent pour s'en apercevoir. » Souffle-t-elle avant d'embrasser mon front.

« Ce n'est pas aussi facile. » Je rétorque, reprenant peu à peu mes esprits.

« Je veux bien croire que les choses ne sont pas toujours faciles dans la vie mais parfois, il faut arrêter de tout compliquer. Un plus un égale deux, on l'apprend, on l'assimile et cela devient aisé. Un enfant peut le faire, pourquoi pas toi, diplômé en médecine et un homme d'un génie à peine concevable ? »

Je contemple ses yeux d'un bleu ciel vaste et scintillant où brillent une confiance et une foi indéfectibles. Quel ange cette femme-là, un petit bout de paradis, ma Rosie...

« Vous n'êtes pas croyables ! Je vais allumer mon truc, deux secondes à tout casser que ça m'a pris et je reviens, PAF ! Tout le monde est par terre ! » S'écrie Mike, abasourdi.

Un regard complice plus tard, la future maman et moi ne pouvons nous empêcher de rire.

« Aide-nous au lieu de dire des bêtises ! »


XXX


«Son frère ne nous laissera jamais approcher. » Gémis-je comme Mike braque durement la voiture afin de négocier son entrée sur l'autoroute.

« Il y a pas que de la bière dans ce gros bide, qu'il tente un peu de m'arrêter pour voir. Il devinera jamais où son parapluie va finir... » Menace-t-il d'une voix que je ne lui connaissais pas.

Ahuri, je fixe son profil baigné par la douce lumière bleutée d'un après-midi pluvieux.

« Tu aurais été un très bon soldat. » Dis-je, sourire aux lèvres.

« C'est ce que j'ai dit au service de recrutement ! Réformé qu'ils m'ont répondu les salauds. » Se gausse-t-il, sa bedaine se secouant au gré des soubresauts produits par son hilarité.

Arrivé au tribunal, une angoisse terrible s'abat sur moi et j'aurais changé d'avis si Stamford ne m'avait pas tendu ma canne presque plus décidé que moi face à l'épreuve sans pareille qu'est celle de reconquérir Sherlock Holmes.

« On doit bien avoir trente minutes de retard. Va falloir la jouer fine pour trouver la salle d'audience. »

« Ou pas. » Je rétorque, une berline noire se garant sous nos yeux, à une place de toute évidence réservée pour l'occasion, l'homme au parapluie, aussi roux qu'un brasier incandescent, en descend guindé dans un costume d'une splendeur époustouflante, Sherlock le suivant, aussi beau qu'à l'accoutumée, le trench-coat dont il était rentré vêtu un soir de canicule, déposé négligemment sur ses épaules. Ils progressent tous deux vers le Tribunal, montant les marches avec une lenteur si prononcée, qu'ils paraissent vouloir se mettre plus en retard qu'ils ne le sont déjà.

« Il faut qu'on les rattrape. Il ne peut pas aller à cette audience sans être au fait de la réelle identité de Richard. » Je souffle, me mettant en marche.

« Tsss, tu me diras pourquoi les riches ont toujours les meilleures places de parc ! » S'essouffle Mike, me suivant d'un pas irrégulier.

Bien que l'on traverse la rue à la vitesse que l'on peut attendre d'un handicapé et d'un homme légèrement en surpoids, les frères Holmes sont déjà sur le seuil du Tribunal lorsqu'il nous reste encore une cinquantaine de marches à gravir.

« Tant pis. » Se secoue Stamford avant de hurler, manquant de me faire chuter de surprise :

« Gentlemen ! Messieurs Holmes ! »

« Jesus… Mike que crois-tu être en train de faire ! » Je souffle, paniqué.

« Ils n'allaient pas s'arrêter et moi je ne veux pas crever sur ces marches avant d'avoir vu mon gamin. » Chuchote-il tandis que les deux silhouettes noires pivotent sur elles-mêmes et que le regard du PDG croise le mien.

« Monsieur Holmes, Sherlock mon pote. » Salue Mike tout sourire lorsque nous arrivons enfin à leur niveau.

« Vous n'abandonnez donc jamais. » Note dédaigneusement le roux, ses rétines ne contenant que très peu leur lueur de colère quand elles se posent sur moi.

« Il faut le comprendre, la défaite n'est pas inscrite dans son ADN. » Sourit derechef mon meilleur ami, goguenard.

« Sherlock, il faut qu'on parle. » Dis-je fermement sans pour autant parvenir à affronter proprement ses rétines fixées sur moi.

« Il n'a plus rien à vous dire. » Crache l'homme au parapluie.

«Toi, mon gars, on va se trouver un petit coin tranquille en amoureux et tente même pas de me mettre en colère, je ne suis pas d'humeur. » Proclame mon meilleur ami, manifestement aux frontières de son sang-froid.

« Vous n'oseriez pas menacer un homme de loi ? » Susurre le frère Holmes, méprisant tandis que ses intonations gagnent en froideur.

« J'ai l'air d'un type que ça dérange ? Maintenant bouge un peu, on va rentrer se mettre au chaud. » Réplique Stamford, désignant la porte du Tribunal d'un grand mouvement de bras.

Le roux émet un sifflement sec de haine pure puis s'exécute d'un pas noble, d'une classe génétique.

Nous nous retrouvons donc seuls sur le palier dantesque d'un Tribunal d'une bonne centaine d'années, Sherlock gardant le silence et moi haletant piteusement. Rassembler son courage, choisir les bons mots car ce sera peut-être la dernière fois que j'aurai le loisir de m'exprimer face au brun.

« Pour un génie, tu as été bien stupide ces derniers temps. » Je débute, rêvant à l'instant même où ces mots franchissent mes lèvres, de pouvoir m'administrer la raclée du siècle.

Bien au contraire, je me regarde poursuivre sur ma lancée, ébahi lorsqu'un maigre sourire parvient à s'étendre sur mes lèvres :

« Et ça se dit ''détective''. Jim Moriarty que nous nommons communément Richard est l'un de mes anciens clients avec qui j'ai sympathisé car avant toi, il a été le seul à daigner m'acheter mes photocopieuses qui, quitte à être honnête, auraient été mieux vendues dans un entrepôt insalubre infesté de drogués pour autant que le vendeur fusse un autre que moi. Richard était gentil, il était beaucoup plus jeune et je me suis surpris à vouloir le protéger, je me suis retrouvé à me prendre pour son grand frère. Dieu, j'ai été bête ! Comment te dire qu'il m'a bien eu ? Ma foi, je viens de le faire ! Il est arrivé en sang et moi je me suis pris pour un soldat, je l'ai aidé car il m'a promis d'agir convenablement. Richard l'a fait, Moriarty, non. Il n'y avait pas de plan, vérifie, utilise ton cerveau dernier cri et tu verras. Tu as osé me dire que tu ne me connaissais pas, mauvais menteur. Tu me connais sur le bout des doigts et que tu aies eu l'audace de me croire attiré par ton argent me sidère ! Dans cette optique, pourquoi me cramponnerais-je à un homme sans le sous ? Si mes sentiments n'étaient que poudre aux yeux, pourquoi suis-je ici à essayer de te faire entendre raison ? Parce que je me suis pris au jeu ? Parce que je me suis surpris à t'aimer alors que ce n'était pas mentionné dans le script ? Bon Dieu eh ben si c'est le cas, je voudrais tout de même ma part du magot ! »

Le brun ne pipe mot avant de relever indifféremment :

« Lorsque tu te mets en colère, tes origines campagnardes ressortent. »

« Tu te moques de moi ? »

« Non, ça c'est ton boulot. » Objecte le scientifique, bravant la distance entre nos deux corps, rapprochant nos figures à un point où nos souffles ne forment plus qu'un amas d'air chaud et moite baignant la délicate membrane de nos visages à chaque expiration.

Son regard est toujours aussi lointain, ne donnant pas sur l'âme comme on pourrait le penser mais bien sur les ténèbres. Il pose une main sur ma joue, la caressant avec douceur, semblant égaré dans ses pensées, ses traits perdant infinitésimalement de leur substance comme s'il s'était arrangé pour disparaître dans les tréfonds de son âme, comme si cette esclandre ne le concernait en rien.

« Je peux oublier. Oui, il semble que ma mémoire peut se défaire des événements précédant cette fâcheuse séparation. »

« Qu'est-ce que... » M'entends-je questionner avec effarement.

« Je parle. » M'interrompt le détective, poursuivant sans plus d'humanité que préalablement :

« Lorsque tu reviendras, je ne permettrai pas que ce genre d'événement se reproduise. Il n'y aura plus de confiance, pas une fibre de foi. Comprends-tu ce que je te dis ? »

« Oui. » Lâchais-je malgré moi, malgré l'étau enserrant ma poitrine.

« Bien. Médite sur ta décision car il n'y aura pas de retour en arrière possible. À présent je dois me retirer, j'ai un procès à perdre. » Clôture-t-il, son masque facial entrouvrant les lèvres, une expiration lente composée de gaz carbonique aux relents de nicotine et de cassis atterrissant sur mon visage.

Il se détourne dans un bruit de tissus froissé, la pluie frappe toujours le bitume, la terre continue de tourner toutefois je ne saurais décrire la dimension parallèle dont je viens d'apercevoir l'ébauche, une peur farouche me clouant sur place. Ce n'est pas un ange, ce n'est pas une statue cependant je doute que cela soit encore humain.


Voilà ! J'espère vraiment que ça vous a plu parce que, pour être sincère avec vous, je veux que ces derniers chapitres soient les plus beaux, je veux que cette histoire soit aussi saisissante qu'elle a été pour moi.

Le prochain chapitre sera le dernier mais en attendant, donnez-moi votre avis !

Bisous

A.