Chapitre 21

The tear heals


- Eh bien alors, on a du mal à se réveiller ? Plaisanta Flynn en voyant entrer Anna suivit de son aînée dans la pièce.

- Je… Euhm… Balbutia Anna, mal à l'aise.

- Tout va bien, je disais ça pour rire, assura le prince lorsqu'il vit que sa remarque touchait un peu trop au but.

- Bonjour, sourit Elsa en arrivant à son niveau.

- Bonjour, vous deux ! Salua Raiponce d'un air jovial en arrivant par une porte menant à une salle qu'Anna n'avait jamais vue.

- Oh, bonjour. Tu as l'air en forme, nota Anna.

- Raiponce est extrêmement matinale, sourit douloureusement Flynn, qui se massa les tempes. Un vrai rayon de soleil.

Elsa perçut l'ironie et grimaça. Raiponce ignora sa pique.

- Comme il n'y a que nous, on ne mange pas dans cette salle ce matin, mais à côté. Suivez-moi !

Les trois altesses royales lui emboîtèrent le pas et ils pénétrèrent dans une pièce deux fois plus petite, toutefois toujours grande, qui donnait directement sur les cuisines. Au centre, une table avec quatre couverts et plusieurs plats les attendaient.

Ils s'assirent suivant toute logique, c'est-à-dire Elsa et Anna d'un côté et Flynn et Raiponce de l'autre. Ils commencèrent à manger, souriants, et la rouquine fut ravie de reconnaître sur la table ses mets préférés des matinées à l'auberge. Elle se lança dans une conversation avec Flynn sur le confort incroyable de leur lit, et Elsa remerciait en parallèle Raiponce pour leur accueil.

- Je t'en prie, c'est normal, insista la princesse. C'est naturel pour nous de vous inviter, vous n'alliez pas dormir dans la rue le temps que le problème soit réglé.

Anna poussa une exclamation fière.

- Ha ! Tu vois, je te l'avais dit.

- Mmh, murmura simplement Elsa.

- Dit quoi ? s'étonna Raiponce.

- Rien, rien, assura Elsa en coupant dans son élan la cadette par un geste de la main.

Anna se contenta de sourire en avalant une autre bouchée de brioche.

- Au fait, c'était vraiment chouette votre anecdote sur les abeilles, hier !

- Sympa, hein ? Sourit Flynn.

- Une chose est sûre, c'est que je n'aurai plus peur des abeilles désormais.

- Oui, enfin, ne vas pas te fourrer tête la première dans une ruche non plus, marmonna Elsa, qui savait sa sœur capable de bêtises pareilles.

Les deux époux ricanèrent.

- Même si tu arrivais à suffisamment les embêter pour te faire piquer, ne t'inquiète pas, je te soignerais avec ma magie, assura Raiponce en clignant de l'œil.

Les autres sourirent et continuèrent à manger, mais Anna ne parvenait pas à se reconcentrer sur son assiette après cette phrase. Toujours fascinée que quelqu'un d'autre que sa sœur possède et maîtrise la magie, le désir frémissant de la princesse à en savoir plus sur Raiponce se lisait sur son visage. Maintenant qu'elles étaient restées à Corona, elle pouvait enfin poser la question qui la taraudait.

- Au fait, comment est-ce que ton pouvoir fonctionne ? Interrogea Anna.

La brunette leva la tête vers elle, et sourit avec tendresse. Mais bien vite, son visage s'inquiéta lorsqu'elle visualisa la longueur qu'allait prendre son explication.

- Oh, euh... À vrai dire, c'est un peu compliqué, grimaça Raiponce. J'ai peur que cela prenne du temps...

Anna haussa un sourcil plaisanté.

- Ne t'inquiète pas, j'ai passé une journée entière à écouter Elsa me raconter en détails comment sa magie marche. Prends tout ton temps.

Raiponce gloussa.

- Oui, enfin, je disais ça comme ça, je ne pense pas que je prenne la journée à vous expliquer non plus ! Ricana-t-elle.

- Ah, mais, la seule raison pour laquelle Elsa a mis autant de temps, c'est parce qu'elle s'endormait sans arrêt.

Flynn eut une expression amusée.

- Comment ça ?

Elsa voulut se défendre pour ne pas être ridiculisée, mais sa bavarde de sœur enchaîna trop vite.

- On était sur un sofa du salon, tranquillement assises pour qu'elle me raconte, et elle n'arrêtait pas de fermer les yeux, c'était assez pénible.

- Oui, bon, ce n'est pas important... Insista Elsa en balayant l'air.

Elle voulait surtout qu'elle n'en dise pas plus.

- Si, c'était pénible, car pour moi, c'était intéressant que tu m'expliques, poursuivit Anna. Mais tu étais trop épuisée pour faire deux phrases de suite sans t'assoupir.

Elsa roula les yeux au ciel tandis que les époux riaient discrètement.

- En même temps, j'avais vécu une journée un peu fatigante, si tu vois ce que je veux dire.

Anna continua de sourire au plaisir de se moquer, mais brusquement, son visage se figea car elle avait raison.

En moins d'une journée, Elsa s'était réveillée enchaînée et enfermée dans un donjon, les mains piégées dans des menottes sur-mesure qu'Hans avait fait faire au cas où, ce qui, pensa Anna, n'était certainement pas le plus réjouissant des réveils. Heureusement, elle était parvenue à s'échapper et à s'enfuir à grands efforts de magie.

Néanmoins ce n'était que le début : une fois hors de la cellule, elle avait dû faire face à sa propre tempête de glace, qui représentait son angoisse à son paroxysme, et s'était retrouvée ensuite face à face avec Hans, qui lui avait déchiré le cœur en lui faisant croire qu'elle avait tué Anna. C'est donc effondrée et en sanglots que celle-ci retrouva son aînée écroulée sur le sol, couverte de l'ombre menaçante de l'épée de l'homme qui s'apprêtait à lui trancher la tête.

Instinctivement, Anna s'était donc jetée entre lui et elle pour la sauver, tout en se changeant en glace. Ainsi, cerise sur le gâteau, et ce avant même que sonne midi, Elsa avait rouvert les yeux sur le corps d'Anna, sans vie, gelé par sa faute. On pouvait donc dire, effectivement, et c'était un euphémisme, que la reine n'avait pas passé une journée des plus joyeuses.

Le visage de la rouquine s'assombrit alors brutalement, et elle ne souriait plus du tout.

- Oui, excuse-moi, Elsa. Pardon. J'avais oublié.

Elsa fixait toujours le mur et déglutit pour empêcher sa gorge nouée de lâcher un possible sanglot. Elle tourna néanmoins vite les yeux et pardonna sa sœur d'un simple coup d'œil. Honteuse, celle-ci baissa le regard et rougit.

Raiponce et Flynn se regardèrent un instant, ne comprenant pas pourquoi l'ambiance amusante avait tout à coup été plombée. Un ange passa et Elsa finit par sourire.

- Donc, Raiponce ? Comment fonctionne ton pouvoir ?

La princesse se reprit, voyant qu'Anna relevait la tête à cette question, et débuta avec enthousiasme son récit.

- En fait, il s'active d'une certaine manière... Expliqua-t-elle.

- C'est une histoire de pleurs, ajouta Flynn.

Les deux Arendelloises haussèrent des sourcils synchronisés.

- Euh... Quoi ? Bredouilla Anna.

- Non, non, ce n'est pas ça ! S'empressa de corriger Raiponce avec de grands gestes des mains. Enfin... pas que ça, sourit-elle avec suspens.

Elsa se pencha vers elle, toute ouïe. Elle remarqua qu'Anna portait la même attention.

- Ce n'est pas seulement une histoire de larmes. Je peux guérir toutes les blessures, mais seulement en versant une larme sur celles-ci après avoir chanté l'incantation.

- "Une larme" ? Répéta Anna.

- "Chanté" ? Fit Elsa à son tour.

Les deux sœurs, en plus de leur incompréhension générale, s'étonnèrent de la réaction de l'autre. Elles n'avaient pas les mêmes priorités.

- Oui, euh...

Raiponce ne sut pas à quelle question répondre en premier.

- Depuis que ses cheveux ont été coupés, ses larmes sont la source de son pouvoir, aida Flynn avec un sourire.

- Oui, voilà ! S'exclama sa femme en le remerciant d'un geste.

Mais en se tournant vers les sœurs, elle vit que la phrase de Flynn les avaient encore plus perdues.

- Tes cheveux ? Tu t'es coupé les cheveux ? S'éberlua Elsa.

- Eh bien, j'étais blonde, à la base.

Elsa et Anna froncèrent les sourcils d'incompréhension. L'aînée ouvrit la bouche, et Raiponce s'attendait à ce qu'elle fasse une remarque sur cette incohérence, mais elle était en fait une étape plus loin.

- Attends, tu es en train de nous dire que tes cheveux étaient la source de ton pouvoir ?

- Oui ! Enfin... Non. À la base il vient d'une fleur...

Elsa resta bouche bée, tandis que Anna gardait plutôt une expression de réflexion.

- Je ne comprends absolument rien, souffla Elsa, déclarant forfait.

Les deux époux échangèrent un rire, bien conscients de la complexité de sa magie.

- Imagine ce que ça a été quand j'ai dû l'expliquer à mes parents, soupira Raiponce.

Elsa grimaça par compréhension. Le silence émanant d'Anna, cependant, signifiait probablement qu'elle était d'autant plus perdue, Elsa connaissant mieux que quiconque sa simplicité d'esprit occasionnelle. Mais à la grande surprise des trois autres, Anna avait toujours cette même moue réflexive qu'elle affichait depuis quelques minutes.

- Donnnnc...

Elsa fronça un sourcil, redoutant le pire.

- Du coup, si tu coupes des oignons, tu peux remplir des fioles et les distribuer comme remèdes ?

Il y eut un énorme blanc, tombant net avec le poids d'une enclume. La blonde platine dévisagea sa sœur avec des yeux ronds.

- Anna... Tu es sérieuse ?

- Quoi ? Fit la cadette en se tournant vers elle, innocente.

Elsa réalisa à son expression qu'Anna n'avait pas du tout prononcé cette phrase pour les faire rire. La rouquine venait vraiment d'avoir cette idée, si culottée soit sa phrase. L'aînée ravala donc son sarcasme, impressionnée par le génie de sa sœur.

- Je... Murmura Flynn, éberlué également.

- J'avoue que je n'y avais jamais pensé avant, souffla Raiponce.

Anna arbora un sourire fier, voyant qu'elle avait fait bonne impression. Flynn eut un pouffement nerveux.

- C'est soit du génie pur, soit une idée folle, déclara-t-il. Peut-être même les deux.

Raiponce était bouche bée par sa remarque. Elle n'aurait également jamais pensé que soit une princesse de dix-huit ans qui lui donne cette idée farfelue en premier.

- Oh mes dieux, Anna… Murmura Elsa en ricanant doucement. Je t'adore.

Elle secoua la tête les yeux clos, mi impressionnée, mi moqueuse de l'originalité de sa sœur.

Son caractère ne cessait de l'étonner. Elsa avait beau l'avoir suivie du regard de loin pendant treize ans, croisée dans les couloirs, et vu grandir par intermittences, elle fut sidérée de son toupet. Et aussi un peu émue de voir que c'était ce vers quoi sa cadette avait mûri : un génie involontaire.

Elle tourna la tête vers sa cadette et son sourire s'élargit, gloussant. Anna ne le manqua pas et ses joues se gonflèrent en souriant à son tour.

- Et toi, Elsa ?

La blonde sursauta à son nom.

- Euh, oui, moi ?

- Comment fonctionnent tes pouvoirs ? Je veux dire, d'où viennent-ils… Puisque, hum… On sait déjà tous ce qui les déclenche et de quelle manière ils se manifestent.

Elsa grimaça en comprenant ce qu'elle devait omettre dans son récit.

- Eh bien, nous n'avons jamais su… Selon mes parents, j'aurais eu mes pouvoirs depuis ma naissance, tout comme toi. Mais… Ils n'ont eux-mêmes jamais compris d'où ça venait exactement.

Ses auditeurs acquiescèrent, même Anna, par soutien.

- Tu sais que tes pouvoirs viennent d'une fleur magique connue dans le folklore de votre pays, mais pour les miens, il n'y a rien. Pas même une seule légende.

- Pas même un… Flocon ou quelque chose du genre ? Tenta Flynn.

- Non, rien. Rien du tout, trancha Elsa.

Elle n'aimait pas du tout dire cela, car si elle avait un objectif dans sa vie, autre que protéger Anna plus que tout au monde et de s'occuper de son royaume, c'était de découvrir la source réelle de ses pouvoirs.

- Et Anna, tu as une théorie ? Demanda Flynn en lui adressant un clin d'œil.

- Oh, ne comptez pas sur moi, je pourrai encore moins vous aider. J'ai tout oublié des premiers moments où j'ai vu Elsa utiliser ses pouvoirs.

Raiponce haussa un sourcil, tandis qu'Elsa se mordait les lèvres en détournant les yeux.

- On m'a effacé la mémoire, dit Anna.

Les autres échangèrent un regard.

- Les trolls, rappela-t-elle.

Il y eut un "Ah" général, où les Coroniens se souvinrent du récit insolite qu'elle avait fait durant le repas en présence des parents de Raiponce.

- Il y a eu un accident lorsque nous étions petites, et ils ont supprimé tout souvenir de la magie d'Elsa de mon enfance, pour ma propre sécurité.

Les autres remuèrent la tête, conscients qu'il ne fallait pas en demander davantage.

Soudain, la température de la pièce chuta de plusieurs degrés en un instant. Réalisant sa bêtise, Anna s'empressa d'empoigner discrètement la main gauche de sa sœur sous la table. Mais à son grand étonnement, elle était tiède et il n'y avait donc aucune alerte. Confuse, la rouquine tourna la tête vers son aînée.

- Quoi ? Demanda la reine, le sourcil levé, avec un petit sourire sarcastique en coin.

- Oh, euh, rien, je croyais simplement qu'en évoquant ce souvenir, tu…

- C'est la porte derrière toi qu'on vient d'ouvrir, nigaude, pouffa Elsa en souriant.

Anna se retourna et vit qu'en effet, un majordome venait d'ouvrir la porte menant à la cuisine pour commencer à débarrasser, provoquant un courant d'air.

- Pardon, je… Hum, je croyais que tu l'avais mal pris, chuchota Anna.

- Le passé est passé, tu sais bien, murmura Elsa sur le même volume.

- Oui, exactement, soupira Anna avec soulagement.

Elle lui sourit subtilement en lui lâchant la main, tandis que les servants commençaient à débarrasser la table. Les quatre jeunes gens se levèrent et sortirent finalement prendre l'air sur les balcons du château.


Un garde Coronien accourut depuis les escaliers extérieurs et se dirigea droit vers Raiponce, pantelant et couvert de sueur. Anna ne put déterminer si cela était dû à la chaleur locale ou au stress de l'homme qui susurra aussitôt quelque chose à la princesse. Puis il prit congé d'eux après une courbette générale et repartit dans le sens inverse.

- Euh… Que se passe-t-il ? S'inquiéta la rouquine, échangeant un regard anxieux avec les autres.

- Sûrement une mauvaise nouvelle, hélas, grimaça Flynn. En principe, quand un garde vient en personne et qu'il ne chuchote quelque chose qu'à Raiponce, c'est très mauvais signe.

Elsa, qui était appuyée sur la rambarde en pierre du balcon, se redressa et une marque de panique naquit sur son visage.

- Comment ça ?

Aussitôt, elle se tourna vers Raiponce qui approchait, et elle confirma le pronostic de Flynn d'un hochement de tête grave.

- Qu'est-ce qu'il t'a dit ? S'inquiéta Elsa.

Raiponce eut un rictus, hésitant à lui dire.

- C'est probablement confidentiel, marmonna Anna, mais on pouvait entendre dans sa voix qu'elle disait cela pour ne pas connaître sa réponse.

La brunette prit une inspiration de courage.

- Le propriétaire de l'auberge dans laquelle vous logiez… Il est porté disparu.

Anna, exagération naturelle oblige, haleta de peur et de surprise. Elsa, quant à elle, crispa sa main gauche sur son avant-bras droit, et ferma les yeux pour ne pas que sa panique lui fasse geler le balcon entier.

- Depuis quand ? Demanda-t-elle, s'efforçant de rester calme et posée.

- Depuis exactement le même nombre de jours que vos deux gardes du corps, confirma Raiponce, le regard désolé.

De colère, Elsa frappa du poing la balustrade de pierre derrière elle.

- Dritt. Anna, je crois que tu avais raison. Ils ont bien été enlevés.

Les deux époux levèrent leurs mains pour apaiser leurs invitées.

- Non, attendez, inutile de paniquer, assura Flynn.

- Oui, ce n'est peut-être pas lié, enchaîna Raiponce.

Mais la reine savait analyser une situation critique.

- C'est trop pour une simple coïncidence. L'hôtel a clairement été pris pour cible. Tout a été planifié. Le maître d'hôtel a été enlevé, on lui a pris le double des clés, et Lloyd et Warren ont ensuite été capturés directement dans leur chambre.

Il y eut un blanc, car la voix d'Elsa avait tranché l'air.

- Mais… Il n'y a eu aucune trace de lutte dans la pièce… Nota Flynn.

- Et vous nous aviez dit qu'ils étaient très musclés… Ajouta Raiponce.

Elsa secoua la tête, rejetant ces détails qu'elle considéra sans importance. Face à son air fermé, Raiponce et Flynn tournèrent la tête vers Anna, qui était toujours optimiste. Néanmoins, à leur effarement, la rouquine baissait la tête, abattue. Si sa sœur disait qu'ils avaient été enlevés, c'est qu'ils avaient été enlevés.

- C'est fichu, murmura-t-elle, atterrée. S'ils ont disparu les trois ensemble, c'est pour une raison.

Raiponce, ébahie, n'en revint pas qu'elle puisse aussi vite baisser les bras.

- Non. Une minute, vous deux.

Elles relevèrent la tête, et Flynn vit dans le regard de son épouse une des caractéristiques qu'il aimait le plus chez elle : ses yeux couleurs sauge s'emplissait de cet espoir et cet entêtement gigantesques qui lui étaient familiers. La brune aux cheveux coupés courts ne laissait jamais tomber.

- Écoutez-moi bien. Aussi longtemps que je serai vivante, et en tant que Princesse Raiponce de Corona, je vous jure qu'on va découvrir ce qu'il s'est passé. Nous allons continuer à mener l'enquête et mobiliser davantage de monde pour comprendre.

Les visages des deux sœurs changèrent et devinrent plus sereins.

- Je vous promets qu'il ne leur est rien arrivé de grave et qu'on va les retrouver. Je vous en donne ma parole.


Le reste de la journée fut placé sous le signe de l'agitation générale.

On s'activa de tous côtés, dans chaque département du château, dans chaque recoin de l'île, et Elsa et Anna se hâtèrent autant que chaque membre du personnel sollicité. Elles cherchèrent à leur tour des indices, des rumeurs permettant de retrouver leurs deux gardes du corps.

Cet intitulé alarma d'ailleurs plusieurs des personnes interrogées : comment deux jeunes femmes de famille royale d'un autre pays pouvaient-elles se promener sereinement dans les rues de Corona sans gardes du corps ? Elles devenaient alors des cibles faciles et n'importe qui pourrait les agresser.

"Qu'on essaye seulement", avait répondu Elsa d'un air très sérieux, en plaçant inconsciemment une main protectrice devant Anna. Celle-ci s'était amusée de sa réaction, mais aussi de celle des habitants, étonnés par l'assurance et la témérité de la reine.

Elsa avait désormais préféré, pour des raisons évidentes, de ne plus porter sa couronne. Initiative qu'elle considérait maintenant comme dangereuse, mais aussi un peu inutile. À vrai dire, durant tout le séjour, elle n'avait conçu le doublon en glace que pour le repas en présence des parents de Raiponce, et de temps en temps avec celle-ci et Flynn.

Quand, enfin, le soleil se coucha sur l'horizon et que le royaume ne fut éclairé que par une ligne orangée, ils étaient tous les quatre épuisés par leurs recherches incessantes et ravis de revenir s'assoir sur les chaises de la terrasse du jardin du château.

- Je n'en peux plus, gémit Anna en étendant ses jambes lourdes sur les cuisses d'Elsa, posée sur la chaise perpendiculairement à elle.

La blonde ne soupira pas à son geste, mais se promit avec humour de lui faire subir le même sort à une prochaine occasion. Raiponce s'étira à son tour, vidée aussi.

- Idem, on a enchaîné les allers-retours et je ne sens plus mes pieds…

- C'est pas un travail de princesse, sourit Anna en fermant les yeux, la tête appuyée contre un des poteaux de la varangue.

Raiponce ricana à sa référence. Un silence de relaxation s'en suivit, où Elsa observait les étoiles qui commençaient à se montrer dans le ciel, Raiponce regardait les fleurs du jardin et les canards de la petite fontaine au centre, et Flynn somnolait avec ses bras repliés derrière sa tête. On leur servit le repas directement où ils étaient, et le roi et la reine passèrent même se joindre à eux, apportant optimisme et soutien pour retrouver les deux matelots.

Finalement, trop éreintés pour discuter après le repas, ils se séparèrent tous relativement tôt pour aller se coucher.


- Tu arrives à garder ton sang froid pour ne pas paniquer, c'est super ! Complimenta Anna, tandis qu'Elsa revenait de derrière le paravent où elle avait enfilé sa robe de nuit.

- Oui, j'essaie de rester calme. Inutile de stresser, de toute façon. Ils ont raison. On va tout faire pour les retrouver.

Les oreilles d'Anna furent reliées par un large sourire, ravie de la sérénité de sa sœur.

- Je garde mon sang froid pour ne pas tout geler, ajouta Elsa en gloussant.

La princesse pencha la tête et la fixa d'un regard blasé.

- Ha-ha-ha.

L'aînée ne répliqua rien mais sourit, trop fière de son jeu de mots.

- C'est toi qui as commencé en me disant que j'avais un quota de blagues à faire sur le froid, s'amusa-t-elle.

- Pitié, ce n'est pas ce que je demandais ! Supplia Anna, ricanant.

Mais avant-même que sa sœur ne se froisse, elle assura qu'elle plaisantait.

- Non, je rigole. J'adore tes jeux de mots. Surtout que ça faisait très longtemps que je ne t'avais pas entendue en dire.

Elle posa sa main sur l'épaule de la blonde en passant devant elle pour aller se changer à son tour derrière le paravent.

- Je pense qu'avec tout ce que nous avons cherché aujourd'hui, nous les retrouverons vite, lança Elsa après un moment de silence, s'asseyant sur le lit, d'une voix assez forte pour qu'Anna l'entende derrière le panneau. Et puis, même si je tiens beaucoup à ce que Warren et Lloyd soient sains et saufs, au moins nous sommes ensemble, c'est l'essentiel.

Anna passa la tête sur le côté pour la regarder tendrement. Lorsqu'elle retourna derrière le paravent, Elsa fut soudainement marquée d'un souvenir.

- Bon ! Surgit Anna quand elle eut fini. On devrait vite dormir. Demain va être une autre longue journée.

- Attends !

Anna s'arrêta dans son mouvement.

- Quoi ?

- En fait… Je suis en train de réfléchir à ce que tu m'as demandé l'autre jour… Pour la couronne, ajouta-t-elle en voyant l'expression confuse de sa sœur.

Le visage d'Anna se figea un instant, le temps de comprendre de quoi elle parlait, puis elle rayonna soudainement de joie et se précipita vers elle.

- C'est vrai ?! Alors ?

- Eh bien… Je me dis que tu n'as pas besoin d'attendre que l'on soit revenues à Arendelle, sourit Elsa.

Elle se leva du lit pour la prendre par les épaules et la diriger devant le miroir, placé à côté de la fenêtre. Elle sourit à Anna dans le reflet puis plaça ses mains au-dessus de la tête de sa cadette.

- Euh... Qu'est-ce que tu..?

- Il est temps de te couronner, Anna.

La surprise et l'émotion s'emmêlèrent, et sous le choc, la rouquine resta muette. Elsa s'exprima alors en vieux norrois, la langue traditionnelle des couronnements de leur royaume.

- "Digne princesse de la bonté ; Dont le cœur d'or brille ; Nous vous couronnons avec espoir, foi et amour."

Elle citait le chant intronisant le prochain souverain fidèlement à la coutume, le même qu'elle avait entendu pour elle dans la chapelle du village quelques semaines plus tôt. Mais elle en modifiait légèrement les paroles, l'adaptant pour Anna.

- "Magnifique, unique, pays foyer d'Arendelle ; Suivez la princesse de la lumière."

Elsa agita délicatement son poignet, et en quelques assemblements de flocons, un splendide diadème de glace se forma dans les airs au-dessus de ses boucles rousses. Il avait une forme et des tracés similaires à sa propre couronne, mais était plus grand et plus large.

La blonde platine fit ensuite descendre le diadème dans ses doigts et le glissa délicatement et solennellement dans les cheveux de sa petite sœur.

Elsa s'écarta pour qu'elle puisse admirer sa cadette de face, et il y eut un silence. Anna, ébahie de joie tout en fixant son reflet, recula de plusieurs pas. Des larmes silencieuses se mirent à couler sur ses joues et elle se laissa tomber sur le lit.

Encore incrédule de ce qu'elle portait, elle ne prononça pas un mot, et Elsa l'observa en silence, un sourire tendre naissant sur ses lèvres. Mais brusquement, le visage d'Anna s'assombrit tandis qu'elle réalisait quelque chose.

- Tu sais… Je n'ai jamais vraiment su comment imaginer mon couronnement, murmura-t-elle.

La blonde haussa les sourcils, inquiète de son soudain changement d'état.

- La façon dont je voyais cette possibilité… Poursuivit Anna. J'ai toujours été partagée entre la joie et la tristesse. Parce qu'en fait, si un jour, je suis officiellement couronnée, ça pourrait facilement être le plus beau jour de ma vie, mais…

À la grande surprise d'Elsa, Anna ôta le diadème de ses cheveux et l'observa dans sa main.

- Ça voudrait aussi dire que tu…

Elle s'interrompit, trop émue pour continuer. La gorge serrée, la rouquine déglutit et ferma les yeux amèrement. Elsa comprit où elle voulait en venir : le seul moyen pour Anna de devenir un jour reine du royaume serait qu'elle-même meurt.

Frappée par la tristesse que cette vision devait provoquer chez Anna, l'aînée vint s'assoir précipitamment sur le lit à côté d'elle et passa en douceur une main dans son dos. Immédiatement après ce contact, Anna fondit en larmes. Il y eut un tintement résonnant lorsque la couronne de glace tomba sur le sol de marbre et se brisa. Anna se blottit contre son aînée, qui dans un silence, appuya sa tête sur la sienne, qui tremblait contre son cou.

- Chhh… Anna… Tout va bien…

Elle caressa lentement ses cheveux tandis qu'Anna l'enlaçait.

- Je ne sais— Pas— Je—

La rouquine, dont la voix était tordue par l'émotion, peinait à respirer entre deux sanglots. Prenant une inspiration, elle expliqua ce qui la faisait pleurer.

- Je ne veux pas avoir à faire le choix entre ces deux sentiments. Je n'ai même pas envie d'y penser. Je n'ai pas envie que ça m'arrive. Elsa…

Elle releva la tête et sa sœur baissa la sienne pour la regarder dans les yeux, luisants de larmes. Le cœur d'Elsa manqua un battement à ce qu'elle vit. Les iris couleur turquoise de sa petite sœur étaient emplis de la plus profonde tristesse qu'elle n'avait jamais vu s'y loger de toute sa vie, et ce constat lui brisa l'âme.

Elsa comprit donc en cet instant, bien qu'au fond, elle en avait toujours eu l'intuition, que la plus grande angoisse d'Anna était la mort de sa sœur.

- Elsa, je n'ai pas envie de devenir reine. Jamais. Pas avec ce que cela implique, avoua-t-elle d'une voix tremblante.

- Je comprends, Anna, je comprends. Tout va bien, je suis là, l'assura la blonde en la resserrant contre elle.

Il y eut un long silence, seulement entrecoupé de leurs reniflements, car Elsa s'était mise à pleurer à son tour en saisissant ce qu'elle éprouvait. Anna leva ses jambes du bord du lit pour les plier sur les draps et venir se blottir complètement, recroquevillée, contre son aînée. Elsa s'allongea tout en gardant Anna dans ses bras, qu'elle ne voulait plus quitter.

Lorsqu'elles eurent fini de pleurer et que leurs joues étaient creusées par les larmes, la blonde fit s'évaporer les morceaux du diadème brisé sur le sol et déposa un baiser sur le front de sa cadette, puis lui caressa de nouveau les cheveux. Elle savait que cela la calmait.

- Je ne t'abandonnerai jamais, Anna. Je te le jure, chuchota-t-elle. Je serai toujours là, à tes côtés. Rien ne pourra jamais nous séparer maintenant, je te le promets.

Anna acquiesça faiblement et, épuisée et émue, commença à s'endormir contre son ventre. Elles restèrent un moment lovées l'une contre l'autre en silence, allongées sur les draps du lit.

- Je t'aime, Elsa, murmura-t-elle.

- Je t'aime aussi, Anna, répondit la voix maternelle de son aînée au-dessus de sa tête. Plus que tout au monde.

Elsa sentit sa sœur sourire contre son ventre et elle sourit à son tour. D'un mouvement de l'index, elle créa quelques flocons qui allèrent s'envoler dans la pièce pour éteindre les bougies allumées, puis elle referma sa paume. Doucement, elles s'endormirent toutes les deux à la lueur de la Lune.


NDLA :

J'espère que la conversation sur la magie de Raiponce vous a bien fait rire (le coup des oignons c'est un headcanon que j'ai depuis longtemps haha)

Et pour la scène du diadème… Sorry. Il fallait que Anna fasse cet aveu. ;v;

Pour info, ce que cite Elsa est totalement officiel : ce sont aussi les paroles chantées par le choeur lors de la scène de la chapelle dans le film. Légèrement modifiées pour aller à Anna bien sûr. The more you know ;)