Bonjour à toutes. Ca fait un petit moment que je n'ai pas publié pourtant mon esprit grouille toujours autant de ces idées d'adolescentes, du réveil jusqu'au coucher. Je suis actuellement en train de terminer ma thèse alors le rythme est soutenu et le travail dense.

GUEST: J'imagine que ce n'est pas ton vrai pseudonyme mais merci beaucoup pour l'incroyable review que tu m'as laissée. C'est d'autant plus appréciable que l'époque est difficile. Je suis ravie que l'idée de l'amnésie te plaise. Initialement, il n'aurait pas dû y avoir de suite à cette fic, mais j'ai décidé de rebondir parce que j'ai élaboré un autre scénario de fin ^^. Tu n'apprécies pas les fics plus sombres? Tu détesterais tellement Spinner's end ! :D Ton commentaire sur ma "popularité" m'a tiré un sourire et m'a en même temps beaucoup touchée. J'ai eu mon heure de gloire mais le temps passe on va dire. Je songeais il y a quelques temps à créer une page Facebook pour ne pas perdre le contact avec mes lectrices lorsque j'ai des moments d'absence comme ceux-ci. En outre, comme je le répète souvent, il suffit parfois d'un seul mot pour relancer l'imagination et la motivation (bon curieusement, ça marche vachement moins bien pour ma thèse que pour mes fics... je crois que mon directeur ne sait pas trouver les bons mots ;) ). Non c'est bien ça. Il s'est passé environ 6 ans, mais la référence aux dix ans du chapitre précédent faisait allusion à son année d'école. C'est à cette époque qu'il pouvait la faire pleurer d'un simple regard. Après, elle est devenue... tarée. Tes petites blagounettes me font rire ! Houla, ça fait très longtemps que VR ne m'inspire plus. Je crois qu'elle a plus ou moins disparu de la surface de la terre d'ailleurs. En réalité, je cogite tellement sur mes fics que je n'ai pas vraiment besoin de chercher l'inspiration ailleurs que dans ma caboche tordue. Quoi au'il en soit, ton message adorable m'a donné du baume au coeur. J'espère que tu continueras d'apprécier mon travail. Moi j'apprécie vraiment de le partager avec des personnes comme toi.

Keana: PARDONNNNNNNNNNN ! J'adore tes reviews parce qu'on obtient une moyenne de 5 reviews par chapitre environs et rien que pour ça, je pourrais te décerner un prix. Ensuite, j'adore lire tes impressions. Je suis toujours comme une gamine derrière mon téléphone, à glousser comme une imbécile... malgré mon grand âge. Franchement, ça me fait vraiment du bien de lire que rien n'a changé dans ton approche des fics et de cet univers. Parce que c'est tellement pareil pour moi! Me placer près de JKR est un compliment tout à fait immérité, EXTRAORDINAIRE mais immérité... mais EXTRAORDINAIRE (sourire niais). Je suis comblée que mon Snape te paraisse satisfaisant. C'est toujours un challenge d'adopter son point de vue. Dans Spinner's end je suis un peu rôdée maintenant, même si c'était compliqué les premières années (oui je sais, je suis cata T_T), maintenant je me suis totalement appropriée le salopard que j'en ai fait. Il est peut-être OOC par moments mais je pense que c'est un Snape très probable s'il avait rencontré cette nana dans l'histoire... Bref, en revanche, celui de ma trilogie est beaucoup plus... je dirais pas sentimental mais en tout cas, il a laissé parler ses sentiments sans ce voile de salopardise qui caractérise mon Snape de Spinner's end. Le premier a réalisé ses sentiments et s'est mis à désirer le personnage principal. Dans SE, ce serait plutôt ce désir qui lui laisse entrevoir que finalement, il y a peut-être plus que ça, sans quoi il ne se mettrait pas dans des états pareils. BREF! Je divague totalement. Je fais créer une page facebook je pense oui. Je vous tiendrai au courant quoi qu'il en soit. Ne serait-ce que pour garder le contact quand je n'ai pas trop le temps de poster. Merci pour tes encouragements pour la thèse. Je touche au but... enfin j'ose l'espérer. La crevette c'est pour quand? Excellente lecture à toi ma précieuse Keana. Le prochain chapitre fera encore une petite avancée. Il est déjà commencé.

Sandrine: Je suis tellement désolée. Presque deux mois se sont écoulés. Je suis très accaparée par la thèse en ce moment. Mais je pense avoir bientôt un petit répit. J'ai d'ores et déjà entamé le prochain chapitre. J'espère que celui-là ne te décevra pas. Je ne sais pas comment tu as pu lire tout ça 10 fois. Moi quand je le relis... j'ai honte. Mille merci pour ton adorable message qui me fait chaud au coeur. C'est vraiment très important pour moi et tu n'imagines pas ce que ça signifie quand je lis une review pareille. Juste... merci!

Blablabla9: Ravie que l'initiative t'ait fait plaisir! Je suis soulagée que tu ne trouves pas qu'il sonne faux. C'est toujours un challenge d'écrire de son point de vue. J'ai l'impression de marcher sur un fil à chaque mot. Moi aussi, c'est celle que je préfère. C'est la moins pleurnicharde. Elle a grandi j'imagine. ^^ Haha... Dumbledore l'empêcheur de tourner en rond... je l'ai toujours vu comme un manipulateur et je dois admettre que j'ai vraiment donné une dimension presque diabolique à ce penchant dans cette fic comparée à Spinner's end où c'est plutôt Snape l'enfoiré de service. Merci beaucoup pour tes encouragements. J'espère que la suite te plaira.

Bonne lecture à toutes les girls!

- Je peux poser ça dans ta cuisine ?

- Euh… oui oui, bien sûr !

L'équipe était à présent au complet. Sam et Carter étaient arrivés depuis une dizaine de minutes, pourtant, elle peinait toujours à reprendre ses esprits.

Elle avait du mal à comprendre comment et pourquoi elle avait pu s'emporter aussi rapidement. La raison de sa réaction excessive lui échappait. Il avait seulement cherché à l'aider alors qu'elle s'était brûlée.

Certes, il y avait eu les propos insultants, la tentative de découragement et évidemment, les mots qu'elle avait prononcés n'étaient pas sortis sans raison.

Elle lui en voulait de lui cacher une vérité derrière laquelle elle courrait désespérément et dont il n'avait pas même tenté de démentir qu'il la connaissait la première fois qu'ils avaient eu une véritable conversation.

Elle lui en voulait de cette situation inconfortable.

Elle lui en voulait de ce trouble inexplicable qui lui donnait l'assurance d'une petite fille de huit ans chaque fois qu'il posait les yeux sur elle.

Elle lui en voulait mais en temps normal, jamais n'aurait réagi de façon aussi épidermique.

Quelque chose chez cet homme générait en elle un sentiment ambigu qu'elle détestait : un mélange d'exaltation et de malaise. Comment sa présence pouvait-elle à la fois attiser sa curiosité et l'excéder avec une intensité comparable ?

Elle n'arrivait pas à croire qu'elle ait pu lui dire ce qu'elle lui avait dit. Elle n'arrivait d'ailleurs pas non plus à croiser son regard. Elle sentait pourtant le sien peser lourdement sur elle depuis qu'elle l'avait gratifié de sa dramatique tirade. Elle préférait ne pas se demander si elle l'avait intrigué ou avait suscité sa pitié…

Seigneur ! Est-ce qu'elle lui avait vraiment dit que sa présence la torturait ?

Heureusement que la sonnette avait retenti à cet instant parce que pour aussi frontale qu'ait pu être son approche, elle avait bien failli vaciller au dernier moment. Si Samantha et Carter n'étaient pas arrivés à cet instant, elle n'aurait pas pu lui interdire de la toucher en le regardant droit dans les yeux sans qu'il ne se rende compte du trouble sans nom dans lequel le simple fait d'évoquer son contact la précipitait…

Elle préférait qu'il pense qu'elle le détestait plutôt que de le laisser entrevoir l'agitation dans laquelle il savait déjà la plonger. Il était hors de question qu'elle lui donne une emprise supplémentaire pour tenter de l'intimider davantage.

Elle jeta un œil à la peau boursoufflée sous son pansement de fortune. Elle n'aurait su dire qui de la brûlure ou de la décharge qui avait parcouru son échine lorsqu'il s'était emparé de sa main l'avait le plus électrisée.

- Dis donc, ils font la fête de bonne heure les moldus ! lança Samantha en déballant plusieurs petits sachets de thé sur le plan de travail de sa cuisine.

- Je suis désolée, bredouilla-t-elle mal à l'aise. Je suis montée lui demander de baisser le son de sa musique mais c'est un co… une personne un peu difficile.

Elle s'était reprise de justesse quand le qualificatif fleuri avait effleuré ses lèvres. Cet emmerdeur ! Elle savait bien que ça poserait problème. Comment Chris voulait-il qu'ils puissent travailler dans ces conditions ? C'était déjà embarrassant en soi d'introduire de parfaits inconnus sous son toit, elle ne se sentait pas en plus les épaules de devoir gérer une situation aussi embarrassante.

- Je suis désolée, reprit-elle, il n'a pas été là pendant plusieurs mois, j'espérais qu'il avait déménagé…

- Et pourquoi ne pas avoir insonorisé l'appartement ? interrogea-t-elle le plus naturellement du monde.

Elle leva les yeux sur la sorcière et se rendit compte que la remarque ne lui était pas adressée. Elle suivit son regard en direction de l'homme en noir, adossé contre le dossier du sofa.

- Elle ne m'a rien demandé, se contenta-t-il de lâcher sans leur accorder la moindre attention.

Elle fronça les sourcils.

- Sérieusement ? demanda Samantha visiblement désabusée par la teneur de la réponse.

Elle n'aurait pas pu être plus éloquente elle-même face à tant de mesquinerie. Si sur le moment elle n'avait même pas envisagé qu'il aurait pu résoudre le problème à l'aide de la magie, ça lui paraissait maintenant d'une évidence absurde.

- De toute façon, commença-t-elle en lui lançant un regard appuyé, je n'ai pas tellement besoin d'un nouveau comateux sur les bras.

L'œillade qu'il lui adressa lui arracha un frémissement.

Si Samantha semblait trop occupée à terminer de déballer ses achats, l'allusion et l'échange de regards incendiaire n'étaient pas passés inaperçus auprès de Carter qui, toujours en retrait, oscillait du sorcier à la jeune femme.

Si elle pouvait sentir l'insistance de son regard, il le pouvait aussi.

Pourtant, il continuait de la dévisager, ses sourcils charbonneux légèrement froncés.

Tout bien considéré, son expression dégageait moins de colère que de surprise…

Une minute… Il ne pouvait pas ne pas savoir dans quel état il avait laissé ce type !

- Asurdiato ! s'écria Samantha dans son dos, la tirant de ses réflexions.

Elle leva le nez vers le plafond en voyant l'onde légèrement scintillante courir sur les cloisons autour d'elle. La musique se tût presque instantanément.

- Wouahou ! C'est incroyable, marmonna-t-elle en fermant un instant les paupières pour apprécier le silence. Merci beaucoup.

Elle adressa un franc sourire à la sorcière décolorée qui lui répondit d'un clin d'œil complice. Sans qu'elle comprenne bien pourquoi, ce simple signe réchauffa un peu l'ambiance.

- Je peux te donner un coup de main ? proposa-t-elle en observant la sorcière aligner ses acquisitions sur le comptoir.

A bien examiner la taille du sac dont elle les avait extraits, elle ne voyait pas comment il avait pu en contenir autant.

- Je pense qu'on est paré pour les prochaines semaines, lâcha Samantha avec un sourire satisfait en contemplant les pots et sachets qu'elle venait d'étaler sous ses yeux.

- Il n'y en a pas un peu trop ?

- Tu crois ? On est tous de gros consommateurs ici.

Elle se surprit à lancer un regard furtif à l'homme en noir. Elle le détourna rapidement lorsqu'il croisa le sien.

… Qui se souciait de ce que consommait ce rustre ?

- Il y avait plein de trucs que je voulais te faire essayer, précisa-t-elle.

- C'est vraiment gentil mais…

- Je ne savais pas ce que tu aimais alors j'ai visé large.

- Je vois ça, commenta-t-elle en jetant un œil aux étiquettes indiquant la composition de chaque mélange. Ce n'est pas chez Tesco que je pourrais trouver une gamme aussi étendue.

- Chez qui ?

- Une chaîne de supermarchés, expliqua Carter.

- C'est incroyable, continuait la jeune femme. Il y a au moins un ingrédient que je ne connais pas dans chacun. C'est vraiment sans danger ? interrogea-t-elle, perplexe.

- Pas d'inquiétude ! la rassura la sorcière. Tout ce qui est dans les sachets a seulement un intérêt culinaire.

- Tout ce qui se trouve dans les sachets, répéta-t-elle, et… pas dans les pots ?

- Ah, ceux-là, répondit Sam en s'emparant des trois pots en verre dont aucun ne comportait davantage d'indication qu'un nom griffonné à la main, ils ont des effets un peu particuliers. Celui-là, commença-t-elle en pointant du doigt l'étiquette indiquant « animadverto », va booster ta capacité de concentration pendant des heures. Celui-ci, « cura liberatio » va vraiment t'aider à expulser tout ce qui te travaille, lâcha-t-elle avec un sourire. Fais attention par contre avec qui tu bois ça. Ça fait réellement relâcher… toutes tes tensions. Le « placidus somnum » agit sur le sommeil.

- Sérieusement ?

L'empressement dans sa voix trahissait son intérêt soudain.

- Ne vous attendez pas à quelque chose de semblable à ce que je vous ai donné, intervint le sombre sorcier. Ça reste un mélange destiné à une consommation de masse.

Pourquoi ce sale type ressentait-il toujours le besoin de tuer dans l'œuf le moindre espoir qui pouvait germer dans son esprit ?

- Tu as déjà goûté quelque chose de similaire ? demanda la sorcière.

- En aucun cas, répondit rapidement l'homme comme si la question avait pu d'une façon ou d'une autre piquer sa fierté.

- Non, je ne crois pas, répondit la jeune femme en ignorant son interruption. Comment c'était déjà ? tenta-t-elle de se rappeler. Une décoction contre les rêves…

- Une décoction contre… vous avez donné de votre propre chef une potion de sommeil sans rêves à une moldue ?

La vive désapprobation de la sorcière l'interpella. Qu'est-ce qu'une telle réaction signifiait ?

- Tu me disais il y a une heure que Carter et toi étiez neutres concernant la question, ne put-elle s'empêcher de faire remarquer, appréhendant déjà les difficultés auxquelles elle allait se heurter si ceux qui étaient censés faire office d'arbitres exprimaient, avant même que les discussions aient commencé, un tel parti pris sur le sujet.

Elle ne savait pas ce qui l'agaçait le plus : la spontanéité des propos de la sorcière ou la brûlure qui la lançait affreusement sous le torchon humide.

- Je n'ai pas de problème avec le fait de délivrer des potions aux moldus, l'éclaira Samantha. Mais celle-ci est en principe prescrite par un médicomage et ne peut être délivrée que par des apothicaires spécialisés sur avis médical.

Elle adressa un regard suspicieux à l'homme en noir.

- C'est si fort que ça ?

- Plutôt oui, poursuivit Sam.

- Pourtant, il a bien fallu une bonne demi-heure pour qu'elle fasse effet. Certains somnifères ne mettent pas plus de temps que ça à agir.

- Cette potion n'est pas un somnifère, expliqua la sorcière, même si elle précipite l'arrivée du sommeil, c'est dans l'effet suppresseur de rêves que la potion est vraiment puissante.

- Mais… il y a des risques ? s'inquiéta la jeune femme en lançant un regard assassin au sorcier dont elle commençait à supputer qu'il avait réellement pu vouloir réduire son cerveau en purée.

- Pas à usage unique mais les risques d'accoutumance pour cette potion sont très élevés. I Sainte Magouste…

- L'hôpital des sorcier, précisa Carter.

- … tout un département réservé au sevrage des toxicomanes. Un pourcentage important de patients y sont internés pour se désintoxiquer de la PSR.

- Je n'en ai pris qu'une seule fois, je ne devrais pas être inquiétée, risqua-t-elle.

- Je n'arrive pas à croire que celui qui défend bec et ongles la position selon laquelle la communauté non magique ne devrait pas bénéficier des avancées sorcières s'amuse à jouer les dealers avec des cobayes choisis !

Malgré les invectives, le sorcier restait placide, bras croisés sur sa poitrine. Il haussa un sourcil.

- En plus de l'école, je fournis en partie ces apothicaires pharmaceutiques. Mes préparations n'en sont plus au stade expérimental depuis bien avant votre entrée à Poudlard, se moqua-t-il.

- Le fait que vous confectionniez ces potions vous-même ne fait pas de vous un médicomage apte à décider du bienfondé de leur utilisation, pesta la sorcière.

Le rictus moqueur s'élargit sur le faciès blafard.

- Mais peut être qu'en être le concepteur me donne cette légitimité, contra-t-il avec un calme qu'elle aurait trouvé insupportable si elle avait été à la place de Samantha.

- Sam, c'est lui qui détient le brevet sur cette potion, l'informa Carter.

Les joues de la sorcière n'auraient pas pu être plus rouges si elle avait plongé la tête dans le four qui avait cuit le bien-aimé chat de sa mère. Etreinte par un élan de compassion pour la jeune femme dont elle se sentait soudainement plus proche, elle ne put que l'observer tenter de se reconstituer une façade stoïque devant la suffisance écrasante de son interlocuteur.

- Votre connaissance de ses composantes ne vous prémunissait pas d'une réaction indésirable avec son métabolisme. Elle n'est pas votre patiente et vous n'êtes pas médicomage, s'entêta-t-elle.

- Il n'y aurait pas eu de réaction indésirable, se contenta-t-il de répondre calmement.

- C'est facile de l'affirmer après la lui avoir administrée, le railla la sorcière avec une hauteur légèrement triomphante. Vous n'aviez aucun moyen d'être sûr qu'elle la supporterait.

Le regard qu'il posa sur elle à cet instant précis bouscula son estomac. En dépit des contestations légitimes de la sorcière, il lui donnait le pressentiment qu'il ne bluffait pas.

- Il n'y aurait pas eu d'effet indésirable, réitéra-t-il, ses prunelles noires arrimées aux siennes.

Elle se sentit déglutir.

- Tu avoueras que pour quelqu'un qui a adopté une position aussi radicale concernant les débats relatifs à l'ouverture de nos avancées scientifiques à la population moldue, tes actes vont à l'encontre de ton discours, s'interposa Carter en soutien à sa cadette.

L'homme en noir ne sembla pas s'émouvoir de cette coalition. Il continuait de fixer son visage, impassible.

- C'était exceptionnel. J'avais une dette, marmonna-t-il.

- Une dette ?

La surprise exagérée dans la voix de Samatha trahissait tout à fait la sensation dérangeante qui agitait ses entrailles et à la vérité, elle n'était pas tant troublée par la révélation que par le désordre qu'elle suscitait dans son esprit. Sans être tout à fait certaine de ce qu'impliquait l'allusion, elle n'arrivait pas à se décider entre cette satisfaction insensée qu'il reconnaisse finalement ses manquements et un ressentiment tenace pour lui avoir refusé son aide en connaissance de cause. Et cette douleur lancinante qui devenait de moins en moins supportable…

- Je ne crois pas que nous chamailler soit particulièrement productif, coupa soudain Carter, l'arrachant à ses pensées schizophrènes. Il est déjà 5h passées.

- Comme si les heures supp' nous faisaient peur, se moqua gentiment sa collègue en lui assénant un petit coup de coude dans les côtes.

- Ce n'est pas parce que tu es habituée à passer tes nuits au bureau pour rattraper le travail que tu as laissé s'accumuler dans la journée, qu'on aime tous travailler comme ça.

- Ça c'est marrant parce que j'ai justement le souvenir d'avoir partagé un café nocturne avec un certain employé du service de détournement des objets moldus qui avait fui le domicile conjugal pour éviter de croiser sa f…

- Merci de laisser mon mariage en dehors de ça, la coupa le sorcier sans rancune apparente.

- Je vais faire du thé, préféra s'éclipser la jeune femme encore retournée par l'intensité du regard que le professeur de potions avait posé sur elle.

- Je vais t'aider, lança Sam en contournant le comptoir à son tour. Je dis simplement, reprit-elle au cœur de sa conversation avec Carter, que ce n'est peut-être pas si grave si on bosse une partie de la soirée. De toute façon, ça ne s'est pas spécialement arrangé avec ta femme, si ? Et… - elle détourna le regard en direction du professeur de potions et ses lèvres écarlates s'étirèrent en un sourire narquois – il y a ceux d'entre nous que personne n'attend à la maison…

- Oui, surenchérit l'homme avec un rictus mauvais, et vous avez déjà bien fait le tour de la question, n'est-ce pas ?

Le sourire de la sorcière peroxydée se flétrit aussitôt tandis qu'elle s'affairait à remplir le réservoir en aluminium de feuilles de thé. La jeune femme lui adressa un sourire compatissant. Pour aussi acérées que soient ses attaques, son aîné la renvoyait dans ses filets avec une aisance déconcertante.

- En réalité, recentra Carter, je pensais plutôt à Miss Merson. Ce n'est pas parce que nous avons passé une bonne partie de l'après-midi à faire les boutiques dans les rues de Londres qu'elle doit sacrifier sa soirée.

- Oh, non mais ça ne me dérange pas. Je suis plutôt un oiseau de nuit alors j'ai l'habitude de travailler assez tard.

- Pas moi, retentit la voix de velours sur l'acier.

Tous les regards convergèrent sur lui.

- Libres à vous de passer votre nuit à élaborer des arrangements stériles que je n'avaliserai jamais.

- Tu crois que c'est vraiment l'état d'esprit à avoir ? le reprit Carter avec un froncement de sourcils.

- De plus, continua le grossier personnage comme s'il n'avait pas été interrompu, ça vous aura peut-être échappé mais nous ne sommes pas tous payés à faire du lèche-vitrines. Certains cumulent plusieurs activités.

- Oui, railla Samantha, comme si nous ne connaissions pas vos … multiples activités, mais, arrêtez-moi si je me trompe, durant la guerre, vous ne sévissiez pas principalement la nuit ?

- Sam ! la rappela sèchement à l'ordre Carter.

La jeune femme sursauta.

Qu'est-ce que signifiaient ces allusions à peine voilées ?

Elle avait déjà entendu Mérédith vaguement aborder son implication dans cette guerre et au vu de la tournure qu'avait pris l'échange entre ses amis comme de la méfiance qu'il semblait leur inspirer, elle avait eu le pressentiment qu'il n'avait pas forcément œuvré du bon côté. La presque-accusation de Samantha confortait son malaise.

Elle retint inconsciemment son souffle quand elle vit l'homme décroiser ses bras et avancer à pas lents vers la sorcière, un demi sourire vissé aux lèvres.

A la vue du regard qu'il semblait avoir verrouillé sur sa cible, la remarque qu'il lui avait faite une heure auparavant dans le métro résonna presque instantanément dans sa tête. Elle réprima le frisson qui glaçait son échine. Elle songea au malaise qu'elle aurait certainement fait s'il avait posé ce regard-là sur elle au moment où elle s'était moquée de lui en lui demandant s'il se prenait pour un prédateur.

- Bien essayé Miss Hodge, murmura-t-il en approchant son visage à quelques centimètres du sien, toutefois, quelles qu'aient pu être mes activités clandestines durant la guerre contre le Seigneur des Ténèbres, aucune n'aurait pu inspirer autant de terreur dans un cœur d'homme que la perspective de passer toute une nuit en compagnie aussi peu charmante que la vôtre.

- Vous vous prenez peut-être pour une gravure de mode, ne put-elle s'empêcher d'intervenir.

L'irritation qu'avait éveillé en elle la remarque blessante avait pris le pas sur la paralysie qui l'avait frappée au moment où elle avait cru voir les opales noires s'assombrir encore davantage.

Sans esquisser le moindre mouvement, il fit glisser son regard sur elle et prit le temps de la détailler avec une minutie qui lui fit monter le rouge aux joues. Elle sentit son indignation se dissoudre aussi rapidement que son courage.

- Vous êtes jalouse miss Merson ? susurra-t-il.

Elle articula quelques syllabes inaudibles avant que Carter ne vienne à son secours.

- Vous ne pensez pas que tout ça va un peu loin ? Je vous rappelle qu'on est censés travailler ensemble.

Le sorcier vêtu de noir recula de quelques pas.

- Je serai parti dans une heure, précisa-t-il. Mes cours ont été déplacés de sorte à être condensés sur trois jours dans la semaine pour que je puisse assister à cette mascarade ridicule le reste du temps.

- Si le message consiste à nous dire que vous avez école demain matin, minauda Samantha, ne perdez pas votre temps à insulter les gens et aidez donc Carter à préparer les documents sur lesquels nous travaillerons pendant que vous serez tranquillement en train de paresser sous vos draps.

La jeune femme clôt les paupières et se massa énergiquement l'arête du nez.

Ça n'en finirait jamais !

Il gratifia la sorcière d'un sourire méchant en regagnant la table basse sur laquelle son homologue avait commencé à amonceler plusieurs dossiers et lâcha un :

- Soyez assurée que je n'aurais pas une seule pensée pour vous quand ce moment viendra.

- Comme si penser aux autres étaient dans tes habitudes d'ordinaire, marmonna Sam une fois le sorcier hors de portée de voix.

La tension retombée, elle se sentait un peu fébrile. Cette journée aurait raison de sa santé mentale ! En attendant que l'eau bouillît de nouveau, elle engagea la conversation à voix basse.

- C'est toujours aussi tendu avec lui ?

- C'est rarement reposant. Enfin… j'imagine que certains savent le prendre avec plus de philosophie, remarqua-t-elle en lançant un bref coup d'œil aux deux hommes qui semblaient absorbés par leur tâche. En ce qui me concerne, je ne peux plus supporter ses airs supérieurs et ses remarques condescendantes. A croire qu'il est la seule personne compétente ici. Si on a été mandatés par le ministère, c'est qu'on y a tous notre place.

Elle n'osa pas lui révéler à quel point elle n'était pas certaine que le propos se vérifie la concernant.

- J'ai l'impression d'être encore sur les bancs de l'école chaque fois qu'il s'adresse à moi.

- Il a été ton professeur aussi ?

- Aussi ? répéta la sorcière en arquant un sourcil soupçonneux.

- Eh bien, j'ai cru comprendre qu'il enseignait encore, se rattrapa la jeune femme.

- Ouais… je n'arrive pas à croire que ce type a pu traumatiser des générations d'étudiants et continue de sévir, soupira la sorcière en disposant quatre tasses sur un plateau.

Elle réprima un petit sourire en songeant que Mérédith aurait très probablement tenu des propos similaires. Le sifflement de la bouilloire restée sur le feu attira son attention.

- C'est quoi le problème avec ta main ? interrogea la sorcière en pointant du doigt le torchon négligemment enroulé autour de ses doigts tandis qu'elle s'employait à remplir la théière en évitant au maximum de verser l'eau à côté.

- Ah, ce n'est rien, un tout petit accident…

- Un accident, c'est-à-dire ? Tu t'es blessée ? insista-t-elle en faisant mine d'attraper son poignet.

La jeune femme le retira vivement de sa portée, agacée par le geste intrusif.

- C'est vraiment trois fois rien, il n'y a pas de raison de s'inquiéter. Mais je ne serais pas contre un peu d'aide pour le service, tenta-t-elle de botter en touche.

Samantha la dévisagea quelques secondes.

- Ton front est moite et ton visage tout pâle. Si ce n'est vraiment rien, laisse-moi voir.

Cette obstination commençait à devenir franchement pénible.

- Il n'y a rien à voir Hodge, elle s'est ébouillantée. Fin de l'histoire.

Son nez proéminant enfoncé dans les montagnes de papiers qui jonchaient la petite table, il ne s'était pas senti suffisamment concerné pour les gratifier d'un regard alors même qu'il venait de lâcher le morceau. Comment était-elle censée se dépêtrer de « ça » maintenant ?

Elle aurait juré qu'il l'avait fait exprès !

- Comment vous savez ça vous ? interrogea Samantha. Vous l'avez vue et vous n'avez rien fait ? s'emporta de nouveau la sorcière. Là non plus elle n'a rien demandé ?

- Non, c'est moi qui ai décliné, s'interposa la jeune femme de plus en plus mal à l'aise.

- C'est dingue ça ! Rien de vous atteint pas vrai ? continua sa camarade comme si elle n'avait pas entendu ce qu'elle venait de dire.

- Miss Merson a été très claire quant au fait qu'elle n'avait pas besoin de mon aide Hodge. Je vous suggère d'apprendre à vous mêler de vos affaires.

- Si la brûlure est sérieuse, il ne faut pas attendre pour la soigner. Tu veux que je t'accompagne aux urgences ? proposa Carter.

- Non mais ce n'est réellement pas si grave. Je ferai un pansement digne de ce nom lorsque nous aurons terminé.

- Nous pouvons attendre que tu te soignes convenablement.

- Non ! trancha-t-elle enfin, excédée par la douleur et les tergiversations sans fin.

Même l'homme en noir leva sur elle un regard teinté d'incrédulité.

- Ca picote à peine, assura-t-elle avec un petit rire gêné, ça peut tout à fait attendre. On a perdu suffisamment de temps.

A la vérité, elle ne se voyait simplement pas gérer ce problème-là en leur présence. Lorsqu'elle avait essayé de soulever le torchon un peu plus tôt dans la cuisine pour voir de quoi la brûlure avait l'air, le tissu était resté collé à la chair. Et si elle devait terminer roulée en boule dans sa salle de bains pour affronter la chose avec le courage d'une petite fille de cinq ans, elle préférait qu'il n'y ait pas de témoins – et surtout pas celui-là.

Rien que d'y penser, elle sentit une goutte gelée couler le long de sa colonne vertébrale.

D'ailleurs, il faisait de plus en plus chaud dans ce petit salon surpeuplé et en jetant un œil aux piles de dossiers éparpillés sur sa table basse, elle sentit un vertige la gagner.

Non vraiment, elle ne survivrait pas à cette journée.

Vous noterez que le chapitre est un peu plus long que le précédent et que je n'ai pas fini sur un clifhanger. Ca change! J'espère avoir de vos nouvelles très vite. Vous aurez des miennes assez vite cette fois-ci! ;)