- C'est ça votre plan, protesta Solidy, on étouffe là-dedans.
Le docteur et Solidy se cachaient de l'agence dans la même boîte où le docteur avait été piégé au début de toute cette histoire. À deux, ils y étaient vraiment à l'étroit et sans aucun éclairage, ça devenait angoissant. Au moins, c'était assez haut pour qu'ils puissent s'y asseoir, sinon, ils se seraient crus dans une tombe.
- Je vous rappelle que j'y ai passé au moins trois semaines ou peut-être cinq heures, certainement une éternité. Nous ne faisons que nous cacher de l'agence en attendant qu'Etma se trouve un manipulateur de vortex fonctionnel et qu'elle revienne nous chercher.
- Et ça va être long?
- Elle voyage dans le temps. Elle peut passer des semaines à attendre son nouveau manipulateur de vortex et quand même venir nous chercher la minute suivante.
- Alors pourquoi est-ce si long?
- Elle doit revenir après que l'agence soit repartie. Ils sont présentement en train d'inspecter les environs, sans doutes à ma recherche, mais en attendant, nous pouvons discuter.
- De quoi?
- De l'attraction que le danger a sur vous.
- Nous n'allons pas recommencer cette dispute.
Le docteur soupira.
- Je n'ai pas été honnête avec vous, Solidy. À chaque fois que vous être entrées en hibernation, je vous ai déposées quelque part et quand je suis revenu vous chercher, j'ai inventé une explication. Aucune de ces explications n'étaient vraies.
- Ça, je m'en doutais.
- À chaque fois que je vous ai déposées, c'était dans le but de vous abandonner, mais quelque chose en moi me ramenait toujours vers vous. Je crois que c'est l'amitié, ou la culpabilité, ou un mélange des deux.
- Mais pourquoi? Pourquoi voulez-vous vous débarrasser de moi?
- Parce que le danger vous attire trop et ça m'inquiète. Le danger a le même attrait sur moi, et c'est pour ça que j'ai des compagnons de voyage. Enfin, une des raisons. Quand je vais trop loin, ils savent me modérer. Mais vous, vous allez plus loin que moi, tout droit vers le danger, sans aucune modération. Et même si vous avez la force et la résistance de votre peuple en vous, vous êtres plus fragiles que moi, vous ne vous régénérez pas.
- Régénérer? De quoi parlez-vous?
- J'aurais du vous parler de ça, mais ce n'est pas le moment. Quand nous sortirons de cette boîte, nous devrons prendre des chemins séparés. Je pourrais vous ramener sur Mésos.
- Jamais! Si je vais là-bas, je vais mourir! Pas d'un coup, mais à petit feu : de la pire façon. Je préfère courir vers le danger et en mourir que de retourner là-bas! Vous voulez savoir pourquoi je suis attirée par le danger je vais vous le dire. C'est... c'est à cause de ma mère.
Ça y est, elle l'avait dit. Le docteur resta silencieux, attendant la suite. Elle ne se sentait pas capable de lui raconté tout en détail.
Sa mère est morte quand elle avait cinq ans. Elle venait d'un clan ennemi. Son père l'avait rencontrée lors d'un tournois qu'il a remporté contre son clan. Ils tombèrent amoureux. Il la ramena avec lui, mais même en étant marié et avec un enfant, elle ne fut jamais acceptée par clan de son époux. Certains croyaient qu'elle était une espionne et s'en prenaient tout le temps à elle. Solidy était seule avec sa mère quand elles furent attaquées dans un tunnel publique tout près des distributeurs de nourriture. Ils étaient trois. Sa mère aussi était une bonne combattante, elle était forte et agile et elle aurait pu tous les maîtriser; mais elle devait aussi protéger sa fille et c'est ce qui leur a donné l'avantage. Alertés par les cris de l'enfant, des gens ont accouru, mais trop tard pour sauver sa mère.
Solidy sera les poings et ravala douloureusement sa salive et parla.
- C'est à cause d'elle que j'ai décidé que je ne voulais plus être un boulet pour personne et je ne voulais plus jamais avoir peur. Quand quelque chose m'effrayait, je fonçais vers le danger; au début, pour l'apprivoiser, mais j'y ai pris goût. Je ne reviendrai jamais en arrière. Il n'est pas question que je me cache pendant que les monstres m'entourent. Jamais plus!
Il y eut un long moment de silence.
- Solidy, commença alors le docteur, mais avant qu'il ait pu continuer, trois coups frappés au sommet de la boîte l'interrompit.
Le docteur se leva en poussant le couvercle. Etma se trouvait sur le bord du trou.
- C'est fait, demanda le docteur?
- Oui, répondit l'agente du temps. De plus, je suis prêtre à griller mon tout nouveau manipulateur de vortex pour vous.
- Celui-là, je pourrai le réparer quand vous nous aurez ramenés à la bonne époque. J'ai ce qui faut dans le Tardis pour ça.
- Au moins, je n'aurai pas à expliquer ça une seconde fois à mes supérieurs.
Elle tendit la main vers le docteur pour l'aider à sortir, mais avant que quiconque n'ait pu aider Solidy à sortir du trou, elle s'y était extirpée par elle-même. Etma tendit à nouveau son bracelet au docteur pour qu'il le modifie. Tout en le faisant, il questionna Etma.
- Dites-moi, est-ce que vous recrutez dans votre agence?
- Je ne crois pas qu'ils vous prendraient, docteur, sinon dans une cellule.
- Je ne parlais pas de moi, dit-il en se tournant vers Solidy.
- Moi? Vous voulez que je me joigne à eux.
- Ce serait mieux ainsi. Vous aurez ce que vous voulez : de l'action, de l'aventure et une petite dose de danger, mais sous une meilleure supervision que celle que je pourrais vous donner. Si vous arrivez à discipliner vos pulsions dangereuses, vous resterez en vie longtemps tout en vivant la vie que vous avez choisie.
Etma examina Solidy du regard.
- Elle est frêle, il faut savoir se défendre.
- Mais, commença Solidy...
- C'est une guerrière née, répliqua le docteur en l'ignorant. Les mésossiens le sont tous. Elle est plus coriace qu'elle en a l'air.
- J'ai mon mot à dire, reprit la mésossienne.
Cette fois, ce fut Etna qui l'ignora.
- Elle a tout de même de l'expérience dans ce domaine. Je dirige une équipe, j'ai le droit de recruter par moi-même. Je peux la prendre avec moi et la tester. Si elle passe les tests, elle fera partie de mon équipe.
- Vous ne serez pas déçues, reprit le docteur.
- Est-ce que je peux dire quelque chose, coupa enfin Solidy?
Etma et le docteur se tournèrent vers Solidy qui hésita tout à coup.
- Heu... C'est d'accord. Je veux bien joindre votre agence.
