«Ce qu'on appelle nos beaux jours
N'est qu'un éclair brillant dans une nuit d'orage,
Et rien, excepté nos amours,
N'y mérite un regret du sage.»
-Lamartine
«À chaque jour suffit son mal.»
- Miguel de Cervantès
« Dimanche 1er décembre – 8:00»
La neige était encore tombée aujourd'hui, le parc était recouvert de blanc les arbres paraissaient disparaître sous la poudreuse, formant ainsi un paysage immaculé et mystique. Le ciel quant à lui s'était fait gris pour les funérailles. Tous les élèves étaient présents, en silence, autour des cendres de Taglia. L'urne était disposée sur un piédestal en marbre non loin du Saule Cogneur pour la cérémonie.
Il avait été signalé qu'il n'avait plus de parents en vie, seuls les élèves et les professeurs de l'école étaient ses proches. Cette information renforçait l'injustice qu'avait connu Taglia.
Selon son désir et par obligation, aussi, il avait été brûlé : c'était la seule façon dont on pouvait être sûr que le vampire n'infecte pas le sol aux alentours et ne condamne pas toute vie dans un rayon de cent mètres. Comme toutes les personnes mortes à Poudlard, il aurait dû être enterré dans le petit cimetière dans un coin reculé du parc. Celui-ci s'était bien rempli après la bataille. N'ayant pas précisé où il voulait que ses cendres soient dispersées, il fut convenu qu'elles soient disposées dans une tombe et enterrées auprès des autres.
La minute de silence fut longue et pesante. Les visages fermés de l'assemblée traduisaient une même pensée, unique, et même universelle à Poudlard : il y avait eu assez des morts. Ils n'auraient jamais voulu avoir à s'asseoir à cet endroit à nouveau après avoir enterré tous ceux de la bataille de Poudlard. C'était un mort de trop à rajouter sur la longue liste des décès. La neige était tombée après la minute donnant l'impression que le ciel s'était retenu le temps d'un recueillement.
Les élèves étaient repartis en silence pour certains, en pleurs pour d'autres qui avaient été obligés de revoir la tombe de leur proche. Le mois de décembre commençait ainsi sur une note bien sinistre.
Le château était très silencieux aussi, seul Peeves, qui restait fidèle à lui-même, essayait de faire réagir les élèves en leur lançant des objets divers. Personne ne réagissait. L'ensemble des sorciers étaient comme dans une bulle hermétique. Cette journée de deuil semblait encore plus dure que celles d'avant.
Une pensée bien bête mais pourtant réelle s'était imposée dans l'esprit de tous avant ce funeste jour : il y avait eu tant de morts que personne ne pouvait à nouveau succomber. Pas après l'hécatombe de la guerre. C'était improbable qu'on puisse encore mourir après avoir survécu à Voldemort.
Le soir venu, après une journée baignait d'incompréhension et tristesse, McGonagall prononça un discours à la fin du dîner, tandis que la Grande Salle était vêtue de ses banderoles noires.
« – Nous avons été témoins d'un crime abominable. Mr Taglia était un collègue agréable, un professeur performant, mais surtout un ami fidèle et loyal. Il avait ses défauts, comme tout le monde, mais je pense avoir raison de dire qu'il était apprécié de tous. Il n'aurait pas voulu que la vie s'arrête avec lui. Paix à son âme. »
**
«Jeudi 5 décembre»
Le temps continuait à défiler, comme pour affirmer les dire de la directrice. La terre ne s'arrêterait pas de tourner, qu'il y ait un mort en plus ou non. Les élèves avaient été informés que les cours de Métamorphose seraient tenus par McGonagall jusqu'à ce qu'elle trouve un remplaçant pour le reste de l'année scolaire.
Ce jeudi-là, les Gryffondor avaient soin des créatures magiques avec Hagrid et les Serdaigle. Ils se trouvaient tous non loin de la forêt interdite devant un grand enclos vide. Tout le monde était d'humeur morose, alors pour leur donner un peu de vie et pour raviver leur curiosité, Hagrid leur avait fait une petite surprise qui, il l'espérait, aurait du succès.
« – Alors les enfants, aujourd'hui, nous allons parler de créatures très spéciales, dit-il en pointant l'enclos vide »
Tout le monde s'était penché pour voir ce qu'il s'y trouvait, mais ils durent se rendre à l'évidence : il n'y avait rien. Un murmure parcourut les rangs, tous les élèves se questionnant face à cet enclos. Cependant, un Serdaigle se tenait en retrait à l'arrière du groupe : il tremblait comme une feuille et ce n'était pas dû au froid mordant de ce décembre. Hagrid qui l'avait remarqué sourit fièrement.
« – Qui a déjà entendu parler des Morceleurs ? »
Tous les sangs purs et certains sang mêlés qui avaient été élevés avec les coutumes magiques levèrent leur main. Le Serdaigle qui tremblait levait sa main avec peur tout en observant d'un regard vide l'enclos.
« – Bien, qui peut me dire ce que c'est ? »
La main d'un Serdaigle fusa dans l'air et Hagrid lui donna la parole.
« – Les morceleurs sont très présents dans les contes pour enfants. Ils jouent le rôle des méchants. Ce sont des créatures ressemblant à des yétis -pour que les nés-moldus aient un repère- galeux. Ils n'ont pas d'œil et une bouche béante laissant voir deux langues râpeuses qui, dans ces histoires, suffisent à découper la matière la plus dure. En un coup de langue les morceleurs démembrent leur victime -d'où leur nom- et leurs dents sont si tranchantes et aiguisées qu'elles s'enfoncent dans la chair de la dite victime aussi facilement qu'un couteau dans du beurre. Mais je ne vois pas ce qu'une créature fictive vient faire dans un cours de soins aux créatures bien réelles. »
D'autres Serdaigle et certains Gryffondor -dont Ron- comprirent rapidement le lien et blanchirent aussi vite que tremblait le Serdaigle.
« – Pour pouvoir voir un morceleur, il faut y croire, précisa Hagrid. Ils vous voient tous en ce moment même, mais si vous n'y croyez pas, ils n'apparaîtront jamais. Tant qu'il y aura une personne qui croira aux Morceleurs, ceux-ci continueront d'exister, si personne au monde n'y croit leur espèce risque de disparaître, sans pouvoir s'en empêcher, Hermione fit la comparaison avec la fée Clochette.
– Hagrid, vous voulez dire qu'ils existent réellement ? questionna Ron d'une voix basse.
– Oui, Ron. Je vais vous demander pour ce cours d'imaginer un Morceleur. Il faut qu'il soit le plus réel possible. Pour ceux qui ont déjà entendu les contes, vous devez les croire le plus possible. Alors vous pourrez les voir. »
Hermione ferma les yeux, imagina cette étrange créature dont elle entendait pour la première fois parler. Son imagination étant débordante, et Hagrid aidant, il lui était facile d'admettre qu'ils étaient réels. Ce n'était pas le cas pour tout le monde, surtout pour les enfants baignés dans ces contes : ils s'étaient déjà faits à l'idée que ces créatures n'étaient qu'inventions de leurs parents au même titre que père Noël.
Lorsqu'Hermione ouvrit les yeux, la peur prit possession de son corps et elle cria en tombant dans la neige. Elle était la première à les avoir vus, sans compter le Serdaigle du début.
En face d'elle, dans l'enclos auparavant vide se trouvaient ces « Morceleurs ».
Elle n'avait jamais vu de pareilles atrocités. Elle trouvait que les détraqueurs ou les inferis faisaient pâle figure à côté d'eux.
Leur peau était réellement galeuse, des croûtes et des boursouflures parsemaient leur corps. Ces boursouflures semblaient infectées et prêtes à exploser laissant sortir leur pu.
Les touffes de poils éparses étaient crasseuses, mais ils paraissaient blonds de nature. Le visage de ces bêtes était aussi horrible que leur corps difforme. Ils avaient bien des yeux, mais ils étaient crevés et pendaient lamentablement sur leur joue, pupilles vers le sol. Leur nez était recouvert d'un liquide poisseux et verdâtre. Leur bouche était ouverte et semblait aussi dure que la pierre pour supporter les assauts répétés de leurs langues tranchantes.
A chaque fois qu'ils léchaient leurs babines, celles-ci se fendaient pour se ressouder dans des bruits de sucions. Ils avaient une posture de gorille, de ce fait des bras plus longs que leurs jambes.
Hermione ne voulut plus s'attarder sur le physique de cet animal répugnant : elle détourna la tête et était persuadée qu'elle en ferait des cauchemars. Au vu de la réaction d'Hermione, les élèves voulaient vraiment voir ces bêtes. Ils prirent en tout et pour tout plus de vingt minutes pour se convaincre que les monstres de leur enfance existaient bel et bien. Après que toute la classe ait pu assister à ce si joli spectacle qu'offraient les Morceleurs, Hagrid s'écria enfin, laissant exploser son enthousiasme alors contenu.
« – Ne sont-ils pas a-do-ra-bles ?! Des créatures merveilleuses et siii intrigantes. »
Tout le monde le regardait bouche-bée. Il toussa de gène et essaya de se reprendre, cette fois-ci, il avait compris qu'on le prenait pour un fou.
« – Non, c'était de l'humour ! fit-il en riant jaune. Mais ils sont vraiment merveilleux et intrigants ! »
Ils n'osèrent faire rappeler à Hagrid que ces monstres étaient tout sauf merveilleux.
Tout le reste du cours s'était déroulé sans problème jusqu'à ce qu'un drame survienne : en effet, pour montrer la docilité de ces créatures -et malgré l'entrain que mettaient les élèves à refuser ce que le demi-géant allait faire-, Hagrid ouvrit l'enclos, alla près d'un des Morceleurs et détacha la chaîne magique qui lui retenait et les pieds, les bras et le cou.
« – Hagrid, je ne voudrais pas paraître désagréable, loin de là, mais si ces chaînes retiennent ce Morceleur, je pense qu'il y a une bonne raison.
– Voyons Ron, qui est-ce que tu crois qui a réussi à enfermer ces bêtes-là ? Si j'ai pu le faire une fois, je saurai les refermer une seconde fois. »
Tous les élèves reculaient peu à peu, puis assez vite lorsqu'il détacha le cadenas magique. Tous retenaient leur souffle. Comme ils l'avaient craint, tout dérapa en moins d'une seconde. Un puissant rugissement se fit entendre, le Morceleur assomma Hagrid -ce qui est en soi un exploit sachant qu'il était demi-géant.- C'est d'ailleurs à ce moment-là que ceux qui ne connaissaient pas les Morceleurs prirent conscience de la puissance, de la force de la férocité, mais surtout de la malveillance de ces bêtes.
Ils étaient attirés par la peur, ils la sentaient et c'était cette odeur qui les conduisait vers leurs victimes. Aussi, le gros tas de viande tourna sa tête vers son nouveau repas. L'hiver était dur en écosse. Encore plus lorsqu'on était enchaîné magiquement dans la neige sans moyen de protection autre qu'un banal sort de réchauffement qui n'arrivait même pas à faire fondre un flocon.
« – Courez vite avant que le Morceleur ne vous attrape ! cria Harry le plus fort possible. Ron à ses côtés lui répondit bien vite.
– Harry, si tu voulais nous calmer, ça ne marche pas, surtout que c'est cette phrase à peu de choses près que les victimes se lancent entre-elles dans les histoires que Maman nous racontait.
– Ron, tais-toi et cours ! Hermione prit le bras du roux et l'entraîna.
– Mais nous devons faire quelque chose avant qu'il ne s'attaque au château, ou pire, qu'il libère les autres Morceleurs !
– Tu as raison. »
Hermione s'arrêta brusquement, provoquant la chute de Ron qu'elle tenait toujours et qui avait continué de courir et la chute d'Harry qui était juste derrière eux.
« – Vite relevez-vous, il arrive. »
Sans qu'il ne s'y attende, le Morceleur fit un bond gigantesque et vint atterrir à quelques centimètres de Ron. La bête hurla, et le rugissement du lion qu'Hermione avait une fois pu entendre au zoo faisait pâle figure à côté de ce cri-là.
Elle tourna sa tête pour ne pas sentir son haleine fétide, c'était un réflexe. Ron lui était tétanisé. Il voyait là, devant lui, quelque chose qu'il n'aurait jamais pensé voir un jour.
Lorsque l'une des langues du Morceleur vint caresser son visage tout près des yeux, menaçant toujours un peu plus de les crever, il n'eut même pas le réflexe de crier, de réagir, de s'enfuir. Il resta là, laissant couler son sang des marques douloureuses causées par les langues..
Elle n'entendit plus rien, les tympans sans doute percés à cause du cri. Mais la douleur n'avait pas pris possession d'Hermione, pas encore une fois. C'était la peur qui régnait et elle détestait avoir peur. Elle regarda Ron et vit avec horreur qu'il allait être victime du Morceleur, elle leva discrètement sa baguette, mais d'un mouvement rapide : le sort Confrigo fusa dans l'air froid et vint toucher la bête en plein thorax.
Les élèves qui s'étaient enfuis étaient revenus sur leurs pas -pas tous, mais c'était déjà ça. Ils vinrent prêter main forte à la Gryffondor et à ses deux amis.
Ils bombardaient la chose de milliers de sorts qui le faisaient peu à peu perdre du terrain. Il tomba, fesses dans la neige, mais rugit une nouvelle fois. Dans l'enclos, les autres morceleurs se débattaient voulant aider leur congénère.
Et puis un élève dépassa la ligne invisible qui contenait tous les Gryffondor et les Serdaigle présents : c'était celui qui semblait déjà croire du plus profond de son être aux Morceleurs avant même que le cours ne débute. Il avançait, se rapprochant de plus en plus de la bête qui elle-même se relevait en râpant ses lèvres de ses langues. Elle devait déjà saliver sur son prochain goûter.
Et elle avait de quoi rêver, cet élève était chétif, tremblant et bien que la détermination l'avait fait avancer comme ça, il avait tout de même peur. Si peur qu'on aurait pu apercevoir l'aura de frayeur autour de lui.
Avant que le Morceleur n'ait pu faire un geste, il leva sa baguette et cria le sort interdit.
« – Avada Kedavra ! »
Le trio n'avait pas entendu à proprement parlé, mais la couleur verte était claire.
Le morceleur tomba. S'il avait eu le moindre sentiment, la moindre émotion, on aurait pu lire sur son visage la stupéfaction et la peur aussi.
Les rôles étaient inversés.
Le Serdaigle tomba à genoux sur la neige et commença à pleurer.
Hermione fut la seule à réagir : dans un premier temps elle alla voir Ron le cas le plus urgent. Il s'était relevé pour les aider à combattre la chose malgré la douleur lancinante sur son visage, adrénaline aidant. Elle essaya tous les sorts qu'elle connaissait pour stopper les saignements, mais se résolut à crier à qui voulait l'entendre d'aller chercher Pomfresh.
Dean et Seamus s'en chargèrent et coururent dans le château. Elle demanda à Harry de surveiller son ami pour voir si son cas s'aggravait. Pendant ce temps, elle alla voir le Serdaigle qui était lui aussi touché, plus psychologiquement que physiquement.
Elle avait fait toute sa scolarité avec ce garçon et pourtant elle ne lui avait jamais porté une attention particulière. Hermione l'enlaça et le berça pour que ses pleurs cessent.
« – C'est fini, il est mort. Tu as réussi à aller outre ta plus grande peur et tu nous as tous sauvés. C'est fini, maintenant. »
Le garçon semblait parler, mais elle n'entendait pas toujours sourde à cause du cri perçant du morceleur.
« – Si tu t'inquiètes pour l'Avada, ne t'en fais pas, je dirai que c'était un cas d'extrême urgence. Sans toi, qui sait ce qui aurait pu arriver.»
Elle savait que la bête était faible due à sa condition, mais pas assez pour mourir. Quant aux élèves, ils étaient tous fatigués par cette lutte dans la neige, l'esprit embrumé et gelé par le froid. Cette attaque fut si soudaine qu'ils n'auraient jamais pu tenir très longtemps.
Elle laissa le Serdaigle lorsqu'elle entendit la voix de Pomfresh.
Elle alla vers Ron et lui serra la main droite tandis que la gauche était dans celle d'Harry. Il serrait la paume d'Hermione comme pour partager la douleur qu'il subissait. Pomfresh le soigna le plus qu'elle put, le sang ne coulait plus, les blessures n'étaient plus à vif et s'étaient refermées.
« – Vous avez de la chance, une seconde de plus et ses langues auraient - »
Hermione désigna leurs oreilles et Pomfresh après un temps de réflexion comprit ce qu'elle voulait dire. Elle examina d'un coup de baguette le tympan. Un sort et une potion plus tard, ils étaient agressés par le fond sonore.
« – Comme je disais à Mr Weasley, elle se tourna vers Ron, vous avez de la chance, une seconde de plus et ses langues auraient crevé votre œil.
– J'aurais préféré ne jamais le savoir, finalement, dit-il amèrement.
– J'ai une mauvaise nouvelle cependant.
– Quoi ?! Je vais devenir aveugle ? Sourd ?!
– Muet si vous ne m'écoutez pas ! cria-t-elle.
– Oui, Madame..., murmura-t-il, penaud, tandis qu'Harry et Hermione riaient silencieusement à côté.
– Les cicatrices ne vont jamais s'en aller, le bon côté de la chose est que les langues d'un Morceleur sont si bien synchronisées et règnent dans une harmonie si parfaite que paradoxalement elles font des formes d'une beauté incroyable, dit-elle en touchant les joues de Ron encore brûlantes.
– C'est une blague, j'espère ? Ils ne peuvent pas faire quelque chose de joli ! Vous avez vu leur tête ?!
– Non, demandez à vos camarades. »
Hermione regarda de plus près Ron et y vit en effet de magnifiques arabesques. Pomfresh, elle, s'en était allée retrouver le Serdaigle pour l'examiner à son tour.
« – Elle a raison, Ron, c'est magnifique.
– Magnifique mais ça ne couvre pas la douleur.
– Arrête de râler, pour une fois, j'ai eu si peur pour toi, Ron ! dit Hermione en le prenant dans ses bras, ne se souciant pas du râle de souffrance qu'il poussa.
– Si tu n'avais pas été là, j'aurais été aveugle. »
Il serra à son tour Hermione, murmurant une unique phrase.
« – Je suis désolé de t'avoir causé tant de peine. »
Et Hermione se sentait bien. Aucun sous-entendu dans ses gestes, elle n'attendait pas plus. Elle n'avait pas senti les frissons qui la prenaient avant lorsqu'ils étaient ensemble. Il prit sa main et oublia le reste de la troupe.
La neige crissait sous les pas des deux amis, l'atmosphère s'était faite plus légère, plus chaleureuse. Ron s'arrêta sur un banc.
« – Ron, ce n'est pas prudent de faire ça, tu es encore sous le choc, tu devrais aller à l'infirmerie.
– Je suis tellement, désolé, Hermione, tellement, continua-t-il en l'ignorant superbement. Si tu savais à quel point je m'en voulais de t'avoir fait tout cela. Ça me tuait de voir que tu m'ignorais, tu es comme ma sœur et je ne le supporterai pas si Ginny me reniait de cette façon d'un jour à l'autre. J'ai conscience d'avoir brisé ton cœur et comme tu me l'avais dit j'aurais dû te prévenir plus tôt, beaucoup plus tôt, je m'en veux tellement.
– Et je t'en veux. Mais je suis passée à autre chose. Mon meilleur ami me manque aussi. »
Hermione voyait que Ron était sincère, elle ne pouvait que le pardonner, mais elle n'oubliait pas. Elle avait pensé qu'elle aurait réagi en le sentant si près d'elle, qu'elle aurait réagi quand il l'avait touchée, mais rien. Elle ne ressentait rien qui puisse s'apparenter à de l'amour. Elle l'avait oublié sur le plan sentimental sans même s'en rendre compte.
Elle l'enlaça une nouvelle fois, contente d'avoir pu se délier de lui et d'avoir retrouvé une amitié qu'elle pensait perdue à jamais.
« – J'avais si peur quand ce morceleur allait t'arracher un œil
– Et moi donc ! »
Ils rirent et rejoignirent Harry qui s'était isolé de la classe tout en leur laissant leur intimité. Lorsque Ron et Hermione se trouvèrent près de lui, il ouvrit ses bras pour les accueillir.
« – Je suis content de vous retrouver, le trio est de nouveau complet. »
Ses bras se refermèrent sur ses deux meilleurs amis.
« – Et alors qu'est-ce qu'il va arriver à Hagrid ?
– A ce que j'ai compris, tous les Serdaigle ont été tout de même solidaires, ils ont dit qu'Hagrid avait entendu du bruit dans l'enclos qu'il était allé vérifier et que les liens qui retenaient le morceleur avaient été rompus et qu'il n'avait pas eu le temps d'agir. »
Hermione déposa sa tasse de chocolat chaud sur la table basse se trouvant entre le canapé et la cheminée. Les Gryffondors et les Serdaigle avaient eu leur journée, Ron et Harry étaient partis faire un tour tandis qu'Hermione s'était de suite rendue dans la salle des Préfets où elle avait trouvé Drago qui séchait gentiment les cours.
Elle s'était assise à côté de lui, avait pris le chocolat chaud que Drago lui avait tendu. Elle lui avait tout expliqué.
« – Vous êtes trop gentils avec lui, il ne mérite en aucun cas son poste !
– Je pense qu'il a compris la leçon !
– Il aurait dû la comprendre depuis l'épisode de Buck.
– Buck n'était, en aucun cas, dangereux ! Tu étais le seul idiot pour oser insulter un Hippogriffe !
– Ne me traitez pas d'idiot, petite inconsciente !
– C'est pourtant ce que vous êtes ! »
Il prit une mine indignée et il commença à la chatouiller comme il l'aurait fait avec quelqu'un de proche. Et après les éclats de rire et suppliques d'Hermione, Drago s'assit comme quelques minutes avant, mais avec sa main posée sur la cuisse d'Hermione, de manière tout à fait naturelle. Hermione tourna la tête, choquée, mais Drago gardait ses yeux sur la cheminée.
Voilà où étaient passés ses frissons. Ce ne fut pas un choc si violent de s'en rendre compte. Elle avait l'impression que ce qu'elle avait vécu avec Ron était multiplié par dix avec le jeune homme qui se tenait à ses côtés. Et pourtant, ce n'était qu'une main, sur elle, qu'un pouce qui se mouvait sur le tissu de sa jupe. Et il lui semblait qu'elle n'avait jamais été aussi sensible.
Elle rougit, ces réactions étaient-elles réciproques ? Avait-il l'esprit embrumé ? Se sentait-il comme dans un cocon, loin de tout ? Ressentait-il le changement qui s'opérait entre eux ?
Encore une fois, la petite bulle fut éclatée par un intrus.
Pansy entra en furie dans le salon. Faisant battre le tableau de l'entré contre le mur. Le Dragon à l'intérieur rugit et Hermione se tendit en se souvenant du morceleur. Drago l'ayant senti appuya sur sa cuisse dans le but de la rassurer avant de retirer sa main et de se lever pour voir Pansy.
« – Voilà, c'est officiel ! Millicent sera envoyée à Azkaban ! »
Hermione mit une main devant sa bouche, sincèrement choquée tandis que Drago prenait Pansy dans ses bras.
« – Une autre victime de cette guerre ! Elle n'avait jamais demandé à ce que sa famille se fasse transformer ! Elle n'avait jamais demandé à ce que cette enflure arrache le bras de son père ! C'est à cause de lui que Millicent va se retrouver en prison ! Il est mort et continue à répandre son venin dans la société, c'est incroyable ! »
Elle cria encore l'injustice. Prenant un moment le parti de Taglia, criant que lui non plus n'avait jamais demandé à mourir, puis prenant le parti de Millicent et tout cela dura bien dix minutes avant qu'elle ne tombe de fatigue dans le canapé aux côtés d'Hermione.
Elle s'allongea, mit sa tête sur les jambes de la Gryffondor et celle-ci par réflexe passa ses mains dans ses cheveux noirs pour la calmer. Elles restèrent en silence et finirent par s'endormir.
Drago regarda avec attention Hermione, seule une pensée était restée depuis l'arrivée de Pansy : il n'avait pas senti une once de dégoût en la touchant. Il ne le ressentait plus. Comment le pourrait-il ? Après avoir été aussi proche d'elle, il ne pouvait plus se faire à l'idée qu'il la détestait. Il énumérait tout ce qui faisait qu'elle sortait par ses yeux, mais malgré cela il ne la haïssait plus, il ne le pouvait tout simplement plus.
Drago sentit une tape sur son dos et il se retourna. Blaise sourit et s'en alla dans la chambre. Drago le suivit rapidement laissant les deux filles après avoir lancé un dernier regard à Hermione et après s'être traité d'égoïste en regardant Pansy dont les cernes mangeaient tout le visage.
EDIT 30/12 : Je suis passée de 4000 à 4240 mots
