Chapitre 20. Ma vie sans lui
18 Février 2001 : (2 ans après le départ de Draco)
Confortablement installé dans l'alcôve de la fenêtre de son appartement Londonien, Harry tenait entre ses mains une tasse de café brûlant, et, recouvert d'un plaid chaud, il observait la capitale anglaise s'éveiller doucement. Les premiers rayons de soleil de cette belle journée d'hiver filtraient à travers l'immense fenêtre à travers laquelle il avait maintenant pris l'habitude de s'évader, chaque matin, pour un moment privilégié qu'il pouvait passer avec lui-même.
Même si un journal était étalé devant ses yeux, sur le petit banc de bois arrondi qu'il avait fait fixé à sa fenêtre peu après avoir emménagé ici, il ne le lisait pas, préférant laisser ses pensées s'échapper à travers la fenêtre plutôt que de laisser celles-ci se fixer sur les nouvelles peu probantes de ce matin.
Depuis le départ de Draco, tout était allé très vite, politiquement parlant. Lucius, grand orateur et joueur d'échec talentueux, avait rapidement réussi à aplanir la réputation de sa famille et de ses amis auprès de la population sorcière. Il avait enchaîné les diners mondains, les mea-culpa publics et les donations gargantuesques aux associations des familles touchées par la guerre. Petit à petit, il avait retrouvé sa place d'homme respecté, bien que toujours peu digne de confiance, dans le cœur des sorciers. Harry, qui n'était pas aussi doué pour les stratégies politiques, avait dû se faire expliquer une bonne centaine de fois par Severus comment Lucius avait réussi ce coup de maître. Selon l'ancien professeur de potion, il était facile, dans des temps de reconstruction, de prendre avantage sur une population qui, sans repères et sans véritable point d'ancrage avec une réalité qu'ils ne connaissaient plus, auraient pu gober n'importe quoi, et surtout des excuses formulées avec une aisance et un talent d'acteur inné.
Bien entendu, Harry avait tenté, par tous les moyens, de pousser le bureau des Aurors à faire avancer l'enquête concernant Lucius, celle sur les crimes de guerres, crime contre l'humanité sorciers, et, bien que cette qualification n'ait pas été acceptée de par le nombre de mort « trop restreint » pour la définition officielle, de génocide. Malheureusement pour lui, il semblait que tous les témoins des atrocités commises par le clan Malefoy et par leurs amis n'avaient été vues par personnes. Les personnes qu'ils comptaient interroger étaient soit clairement rangé du côté de Lucius, ou avaient tout simplement « oublié » cette partie de l'histoire, étant « trop traumatisés » pour revivre ces moments. Bien entendu, les sommes d'argents versées à des associations diverses par Lucius n'étaient pas étrangères à ce retournement de situation, et bien qu'Harry en soit persuadé, encore une fois, rien ne pouvait le prouver.
Dès lors, ils avaient été bloqués, souvent. Même Severus, qui semblait déterminer à continuer à enquêter sur les Malefoy de l'intérieur, avait dû rapidement ralentir le rythme de ses visites au clan Malefoy, de peur d'être trahi par son filleul.
Draco…
A la pensée de son ancien amant, Harry ferma douloureusement les yeux, massant ses paupières avec son pouce et son index. Juste après son départ, le Survivant s'était, pendant quelques jours, enfermé dans un mutisme profond, persuadé qu'il allait perdre la vie en même temps qu'on lui avait arraché le cœur. Malheureusement, il n'était pas mort. Mais il était passé par bien pire que ça.
Comme Severus l'avait prédit au moment de la création du lien qui unissait les magies des deux princes, la séparation de ces deux entités intimement liées fut chaotique. Harry leva les yeux au ciel en se corrigeant intérieurement. Il ne savait en réalité pas si cette séparation avait été chaotique pour la magie de Draco. Il ne pouvait parler que de son expérience.
Après le départ de sa Némésis, mais surtout après qu'il se soit rendu compte que cette dernière avait abattu toutes les passerelles qu'ils s'étaient créés pour pouvoir communiquer lorsqu'ils étaient l'un de l'autre, la magie de Harry s'était rebellée. Oh, rien de spectaculaire, pas d'explosions ni de maisons détruites. Simplement, une fatigue profonde s'était abattue sur le jeune adulte, qui n'avait eu d'autres choix, sur les conseils –les ordres- de son ancien professeur de potion, de rester allité pour une durée indéterminée. 3 mois. 3 putains de mois, allongé dans un lit froid, à recevoir les visites d'amis déprimés et chagrins. 3 mois à se voir dépérir, à voir les kilos disparaître sur la balance et à voir Mrs Pomfresh et Severus s'affairer jours et nuits pour tenter de le sauver. Durant ce laps de temps, il était passé par toutes les humeurs. Il avait commencé par la haine, pure et profonde. Il était celui qui avait accepté de se lier à Draco pour le sauver, et aujourd'hui, c'était lui qui se retrouvait sur le fil à cause de ce fils de pute ingrat. Puis la peine, d'avoir perdu la seule personne dont il était jamais réellement tombé amoureux. Il avait ensuite été fatigué, harassé par cette vie qu'il voyait défiler tout en se demandant si elle était réellement la sienne.
A cet instant là, tout ses amis s'étaient demandés s'il n'avait pas perdu la tête. Il les entendait, à travers la porte dine de la chambre du Square Grimmaud, s'inquiéter à son sujet et se demander s'il ne valait mieux pas demander à des « professionnels » de se charger de lui. Il se souvenait aujourd'hui distinctement du nombre impressionnant de vaisselle qu'il avait brisé, les envoyant valser à travers la pièce.
Puis finalement, le calme. Le retour d'une étincelle, qui, cachée au fin fond de son être, renaquit de ses cendres, lui remémorant les phénix appartenant au défunt directeur de Poudlard. Cette étincelle, aussi infime fut-elle, réussit à pousser Harry vers une guérison lente et fastidieuse, durant laquelle il dut se forcer à manger plus que de raison, à s'empêcher de tenter de recréer un pont entre lui et sa némésis et, avant toute chose, à fermer toutes les portes sur un possible retour de Draco.
Son retour à la réalité fut, si c'était possible, encore plus difficile que sa convalescence. Après ces trois mois passés dans un univers aseptisé et plat, il avait dû faire face à la reconstruction du clan post guerre sans Draco. Il avait retrouvé une Sophia moins souriante, plus renfermée et clairement plus adolescente, à une Hermione plus arrondie et fatiguée, à un Ron constamment à fleur de peau. Une nouvelle dynamique s'était créée au sein du groupe, Molly et Arthur reprenant le clan en main d'une poigne de fer afin que celui-ci ne sombre pas. Harry avait bien vu que le ocuple paraissait affaibli et fatigué, mais a aucun moments ils ne l'avaient laissé paraître face au reste du groupe, qui les avait laissé bien volontiers prendre ce rôle de parents de substitution pour toute ne bande de gamins esseulés et perdus. Au fil des mois, cela avait bien entendu changé à nouveau, le groupe se reformant, plus soudé que jamais, autour de cette absence qui devenait de moins en moins douloureuse, même si elle restait gravée dans la chair de chacun. Il avait aussi assisté à une présence de plus en plus à l'aise d'Anthony au sein du groupe, que chacun semblait avoir adopté comme un ami éloigné que l'on avait pas vu depuis longtemps, que l'on ne connaît plus mais à l'égard de qui l'on garde des sentiments affectifs forts. Seule Sophia ne semblait pas vouloir créer de lien avec le Grec, ce que le reste du groupe ne comprenait pas, mais personne ne pouvait forcer la presque adolescente à agir selon leurs envies.
Il avait dû, en outre, faire face aux nouvelles abondantes du monde extérieur. Des nouvelles essentiellement concentrées sur le clan Malefoy. Mis à part le retournement de situation avec Lucius, Harry avait dû supporter, sur chacun de ses journaux, les nouvelles de la nouvelle vie de l'Héritier Malefoy, plus heureux que jamais avec sa petite amie, puis épouse, Astoria. Il avait cru qu'on lui arrachait le cœur le jour de leur mariage, mais rien ne fut plus douloureux que d'apprendre la grossesse de la jeune femme. Il avait dû alors sortir du manoir afin de ne pas sombrer devant tous ses amis.
C'est à partir de cet instant précis que tous remarquèrent un changement chez le survivant aux yeux de jade. En effet, après la bombe que venait de lâcher le journal quotidien, Harry avait disparu. Pendant quelques jours, personne n'avait réussi à le joindre, et il ne donna plus aucun signe de vie. Hermione, qui était devenue moins patiente avec les sautes d'humeur du Survivant, avait tenté pendant quelques heures de le chercher, un peu partout dans Londres sorcier, avant de rentrer au manoir bredouille et attristée. S'en suivit une longue discussion entre le noyau dur du groupe, qui en vint à une conclusion simple : Harry allait revenir. Il avait besoin de temps pour digérer cette nouvelle, comme toutes les personnes présentes dans la pièce. Ils lui laisseraient donc le temps nécessaire avant d'aller le ramener à coup de pied dans le derrière. Il était exclu de le laisser disparaître à nouveau pendant une année entière.
Ce fut donc trois jours plus tard qu'un nouvel Harry Potter réapparut au manoir Zabini. Tout en retenue et en finesse, celui-ci semblait avoir pris 10 ans en quelques jours. Barbe impeccablement taillée, chemise d'un blanc immaculé portée près du corps et mains nonchalamment enfouies dans un pantalon à pince mettant son magnifique derrière en valeur. Il était entré dans la maison, s'était servi un café sous le regard médusé des personnes présentes dans le salon, et avait ensuite daigné se retourner vers eux, un léger sourire ornant ses lèvres :
« Oh, ne faites pas cette tête-là. Il était grand temps que je me sorte la tête du cul et que je prenne les choses en mains, n'est-ce pas ? » Il provoqua une vague de petits rires, Blaise et Sophia hochant vigoureusement la tête tandis qu'Anthony, qui avait promis à Blaise de l'aider à faire une chose quelconque, s'approchait de Harry et lui pressait doucement l'épaule :
« Content que tu sois de retour. Je commençais à me demander combien de temps ils allaient mettre avant de remarquer que j'avais rien à foutre ici sans toi » Murmura-t-il avec un petit sourire, qui déclencha un rire chez Harry :
« Ne t'inquiète pas, je pense que tu commences à avoir autant de légitimité que moi à être ici ».
Cette phrase déclencha un soupir de la part de Sophia, qui détourna les yeux vers l'extérieur, l'air ennuyé. Harry rit à nouveau :
« -Bon, pas pour tout le monde en fait. » Il se tourna vers le groupe, en s'éclaircissant la gorge. « J'ai… Désolé d'être parti. J'avais besoin de mettre un peu d'ordre dans tout ça. Maintenant que c'est fait… »
Sophia s'était levée. « Mettre de l'ordre dans tout ça ? Tu as fait quoi ? » Elle s'approcha de lui. Harry sourit.
« J'ai… Bon, autant être honnête. J'ai acheté un appartement. Dans le Londres moldu. Bien sûr, je garde le Square, je ne pourrais jamais m'en séparer, mais j'avais besoin de changer d'horizon. Ca ne changera bien entendu absolument rien puisque je suis tous les jours que Merlin fait ici, mais j'avais besoin de reprendre tout ça en main. J'ai eu l'impression de le faire. »
Il tourna le regard vers Ron et Hermione, qui, silencieux jusqi'ici, le regardaient avec un air dubitatif. « Changer d'appartement, et aller chez le coiffeur. Eh bien, on peut dire que tu aies le don pour faire des changements drastiques dans ta vie. » S'autorisa à prononcer Ron au bout de quelques secondes. Après un long moment de silence, cette réponse secoua la pièce d'un fou rire général. Harry était de retour, c'était l'essentiel.
A partir de cet instant, les changements chez Harry furent nombreux, assez discrets pour être remarqués de tous. Au cour de l'année qui suivit, le jeune homme semblait reprendre sa place naturelle de leader au sein du groupe. Il apparaissait, aux yeux des autres, plus calme et plus posé. Plus mature. Plus rien ne semblait pouvoir l'atteindre profondément. Il s'était jeté corps et âme dans les entraînements avec Severus, qui s'était montré déterminé à vouloir le faire apprivoiser cette nouvelle forme de magie qui coulait dans ses veines.
Ce que les membres du groupe ne savait pas, c'était que Severus, peu avant le rétablissement du Survivant, avait, après des mois d'expériences ratées, de potions abandonnées et de prises de tête en tout genre, réussit à concocter un remède à Harry. Le jeune homme ne savait pas si l'on pouvait qualifier la potion de remède. En effet, elle servait réellement à masquer les effets néfastes de la séparation des magies des deux Némésis. Comme Severus l'avait prévenu, la liaison des deux magies était irrémédiable, mais, après des recherches approfondies, le maître des potions avait réussi à trouver un subterfuge, confiné dans une fiole qu'Harry vidait tous les soirs consciencieusement.
Il pouvait encore se souvenir de la conversation qu'il avait eue avec Severus, un soir où, comme tous les précédents depuis le départ de son ancien ennemi, il avait compté les minutes en observant le plafond craquelé de la chambre dans laquelle il avait été placé chez les Zabini. Le silence, toutes ses soirées en étaient remplies, et Harry savait alors que ses amis avaient peut-être raison lorsqu'ils affirmaient qu'il serait peut-être bon de l'envoyer dans une clinique spécialisée dans la guérison des enchantements ratés. Il devenait fou, simplement fou.
Mais alors, quelqu'un avait frappé à sa porte. Et, après qu'il ait soufflé son consentement à ce que la personne entre et qu'il ait pu se redresser non sans peine sur son petit lit, il avait vu apparaître Severus, un léger sourire flottant sur le visage de l'ancien maître des potions.
« Bonsoir, Mr Potter. Comment vous sentez-vous ? » Harry avait simplement grogné. Comment il se sentait ? Vidé, triste, nauséeux et imupuissant. Devait-il formuler ses symptômes devant l'homme qui le soignait depuis plusieurs mois déjà ? Il lui sembla que Severus avait compris sa réponse approximative, alors que le potionniste se rapprochait de son lit et s'installait dans un fauteuil posé à côté de celui-ci. Harry observait l'homme en silence. Il lui semblait que celui-ci avait l'air fatigué, épuisé mais heureux. Il demanda :
« -Que me vaut le plaisir de votre visite, Monsieur ? Dois-je vous offrir mon bras, ma jambe ? Qu'est-ce que ce sera, cette fois-ci ? »
Severus avait jeté en regard torve à Harry, les lèvres pincées.
« -Monsieur Potter, ce n'est pas parce que je ne suis plus votre professeur que vous devez être insolent avec moi. Je suis sûr que je peux toujours trouver n moyen de vous faire payer votre insolence.
-Ah oui ? Comment ? Qu'est-ce qui pourrait être pire que ma situation actuelle, monsieur ? »
Severus ricana. Il se leva dans un geste presque théâtral, se mit de dos à Harry, avant de sortir de la poche intérieur de sa cape une fiole. Petite, minuscule, et remplie d'un liquide rosé et brillant. Il lança un regard à Harry avant de se tourner complètement vers lui :
« -Je pourrais par exemple m'abstenir de vous donner ceci.
-Qu'est ce que c'est ? » Demanda Harry, se redressant un peu plus sur son lit, l'air plus enjoué que ce qu'il aurait bien voulu laissé paraître. Severus, lassé de ce petit jeu, retourna s'asseoir près du jeune homme. Et il commença :
-J'ai… Je pense avoir trouvé la solution à vos problèmes. Je ne sais pas si vous vous souvenez de notre conversation juste avant la création du lien avec Draco, mais je vous avais alors dit que celui-ci était irrémédiable. » Harry hocha la tête, laissant le professeur continuer. « Eh bien, j'ai le regret de vous annoncer que je n'ai pas réussi à changer cela. Cependant, après des recherches plus poussée, je pense avoir réussi à trouver une solution qui pourrait nous convenir à tous. En effet, dans cette fiole, j'ai réussi à extraire de l'essence de Lys, ainsi que du… » Devant la moue peu engageante d'Harry, le professeur se tut une seconde. « Bref, je pense avoir réussi à trouver un remède qui, sans pouvoir totalement briser le lien qui unit votre magie à celle de Mr Malefoy, pourra vous rendre la totalité de vos pouvoir et contrebalancer l'instabilité de votre magie. Laissez-moi m'expliquer. La magie de Mr Malefoy était instable à la base, dès lors que son père a prononcé ce maléfice contre sa marque. Mais la vôtre ne l'est devenue qu'à partir du moment où elle a été liée à celle de Draco. Dès lors, le fait que Draco ait vraisemblablement réussi à masquer ce lien de son côté a rendu votre magie instable. Celle-ci tente de puiser toute la puissance qu'elle trouvait auparavant dans le mélange de vos deux magie dans votre propre corps. Ce qui vous affaiblit. Cette potion renforcera votre organisme, qui pourra alors supporter le pompage de votre énergie par votre magie, qui pourra se sustenter durablement, avant de s'apaiser et de trouver un équilibre par elle-même. »
« -C'est un espèce de pansement » Conclut Harry, ce qui lui valu un hochement de tête de l'ancien professeur. Harry se mordilla la lèvre.
« -Je ne comprends pas. Si Draco a réussi à masquer le lien aussi facilement avec un sort, ne pourrait-on pas trouver un sort à notre tour ? Et me débarasser complètement du lien ? » Rogue soupira.
« -J'avais peur que vous me posiez cette question. Je vais devoir être totalement honnête avec vous. » Il s'éclaircit la gorge. « Je ne cherche pas à briser le sort. Je ne cherche pas à briser le lien qui unit votre magie à celle de Draco. Pour la simple et bonne raison que ce lien, une fois que vous aurez trouvé votre équilibre, même seul, vous renforcera. Je ne pense pas que vous ayez conscience de la force que vous donne le fait d'avoir prononcé ce sort. Votre magie trouvera toujours une source inépuisable de force et pourra ainsi toujours s'étendre et devenir plus forte. Je suis certains que dès que la potion aura rempli sa mission auprès de vous, et surtout dès que nous pourrons nous remettre à vous entraîner à canaliser votre magie, vous deviendrez encore plus fort que vous ne l'êtes déjà… Enfin, façon de parler. » Conclut-il avec un petit sourire, qui fit rire Harry.
« -J'ai compris ce que vous vouliez dire. » Il hocha la tête, et tendit la main. « Allons-y alors ! »
Rogue le dévisagea une seconde :
« -C'est tout ? Je n'ai pas besoin de vous en dire plus ? »
Harry observa une seconde l'ancien professeur, et passa une main fragile dans sa crinière corbeau, avant de secouer la tête :
« Professeur, vous m'avez toujours aidé. Même sans pouvoir en tirer de crédit, même en me laissant être persuadé que vous me vouliez du mal, vous m'avez aidé, et vous m'avez à de très nombreuses reprises empêché de finir mort. Comment pourrais-je aujourd'hui douter de vos talents ?Je sais que si vous me présentez cette fiole, c'est que vous êtes sûr qu'elle m'est nécessaire. Je vous fais confiance. »
Pendant sa courte tirade, Harry avait détourné les yeux. Il était gêné d'avouer tout ça à son ancien professeur, celui qui le rendait fou quelques années auparavant, avait aujourd'hui. Il l'avait maintes fois protégé, aiguillé et même conseillé dans sa vie personnelle, passant outre sa haine pour son père, et réussissant à séparer le paternel du fils. Rogue, tout aussi gêné que son cadet, se racla la gorge encore une fois et posa la fiole sur la table de chevet de Harry.
« -Très bien alors. Nous pouvons commencer. Vous devrez vider le contenu de cette fiole tous les soirs, sans aucune exception. Je me permet d'insister sur ce point, Potter. Il ne faut jamais, jamais que vous oubliez de la boire. Elle se remplira automatiquement au cour de la journée, et vous la viderez le soir. Un seul oubli pourrait avoir des conséquences catastrophiques sur votre rétablissement. »
Harry ronchonna pour la forme en hochant la tête, avant de prendre la fiole entre ses doigts. Alors, c'était ça qui allait lui sauver la vie ? Cette toute petite chose à la couleur rassurante et vive ? Il sourit avant de déboucher la fiole dans un petit pop ! et de la porter à ses lèvres. Après une petite hésitation, il la souleva et en vida le contenu. Le goût était sucré, comme du miel, et agréablement chaud. Il se lécha les lèvres.
« -C'est plutôt bon. Merci professeur. »
Rogue se leva. Avant de quitter la pièce, il se tourna vers Harry, et hésita, avant de dire :
« -Monsieur Potter, je tiens à m'excuser pour ce pétrin. Je sais que c'est moi qui vous ait mis dedans jusqu'au cou. Je ne pensais pas que cela pourrait se terminer ainsi. J'en suis désolé. » Harry l'observa, se rendant encore plus compte de la fatigue du potionniste.
« -Je suis désolé moi aussi, Monsieur. Je sais à quel point vous tenez à Draco. »
L'ancien professeur émit un petit sourire triste, hocha la tête et remercia Harry du bout des lèvres, avant de quitter la pièce. Ainsi, Harry, dés le lendemain, fut remis sur pieds, même si la convalescence fut longue et que ses capacités complètes ne revinrent que deux bonnes semaines après cette entrevue.
Lui et Severus, depuis le retour de Harry de ses trois jours loin de tout, avaient organisé de nombreux entraînements durant lesquels Harry avait dû faire preuve d'une force sans égale. Il s'était alors rendu compte de l'étendue de la force que la potion lui avait donnée. A chaque entraînement, il avait pu sentir l'énergie couler à travers son corps, le picotant par endroit, au bout des doigts. Au fil des mois, il avait réussi des prouesses jusqu'ici inégalées. Il n'avait désormais plus besoin de sa baguette magique, parant et envoyant tous ses sorts grâce à la paume de sa main, ce qu'il préférait largement. En effet, cela lui donnait l'impression de pouvoir ressentir les fibres de son corps interagir avec la magie qui l'entourait. De plus, il savait que s'il se retrouvait en situation de bataille, le fait de se retrouver sans baguette lui apporterait un avantage indéniable.
En dehors de ses entraînements, Harry avait l'impression constante que le temps filait à toute vitesse entre ses doigts fins. Il avait vu filer la première année telle une comète, marchant à travers les épreuves du quotidien comme si sa vie avait finalement pris un goût de normalité, même si un nuage obscur régnait constamment au-dessus de sa tête, comme une épée de Damoclès qu'il s'attendait à voir tomber et briser son quotidien du jour au lendemain. Cette épée semblait se rapprocher de jour en jour dès lors qu'il ouvrait le journal et tombait sur une nouvelle concernant Draco. Son mariage avait été pour Harry une épreuve bien plus difficile qu'il n'aurait pu le songer. Il avait eu cette impression, malheureusement familière, qu'on le vidait de ses entrailles lentement, tandis que ses yeux parcouraient l'article relatant dans tous les moindres petits détails le mariage du prince des Serpentards, la somptueuse robe de la future mariée ainsi que les rires de ses ennemis. Il n'avait même pas eu le courage de regarder les photos, et avait refermé le journal comme s'il était en feu. La naissance de Scorpius, en mars de l'année suivante, fut moins douloureuse que ce qu'il pouvait imaginer. Il avait cru qu'il mourrait en voyant les photos du portrait craché de Draco étalé sur les pages du journal, et ses amis, qui avaient eu la même idée, s'étaient tous précipités chez lui avant même qu'il ne soit éveillé afin de l'accompagner dans cette épreuve, mais, contrairement à ce à quoi il s'était attendu, il avait longuement regardé les photos avec une certaine tendresse. L'enfant avait l'air heureux. Bien entendu, il ressemblait comme deux gouttes d'eau à Draco, et Harry ne pouvaient que l'en féliciter, tout en ayant dans les yeux une petite étincelle malicieuse qui ne serait qu'à lui.
Bien entendu, cette période fut rythmée par des évènements heureux au sein du groupe : La naissance de Rose, en mai 2000, qui était à elle seule un rayon de soleil capable de réchauffer le cœur de n'importe quel glacier présent sur terre. Elle avait évidemment hérité de la chevelure rousse de son père, agrémenté des taches de rousseur et des yeux noisettes d'Hermione. Harry avait passé des soirées entières avec la petite fille, permettant au couple épuisé de se retrouver ou tout simplement de dormir dés qu'ils se sentaient trop épuisés pour pouvoir tenir une conversation normale. La jeune fille avait apporté un bonheur incommensurable à Arthur et Molly, qui passaient aussi des moments merveilleux avec elles. George et Dean vaient décidé de s'unir, sous le regard tendre et aimant des membres de leurs familles respectives, et Severus et Blaise filaient toujours le parfait amour, le tout saupoudré de touches de mélodrames dont eux seuls avaient le secret. Sophia avait finalement, en Septembre, rejoint les bancs de Poudlard, après avoir juré à son frère qui retenait à peine ses larmes de lui écrire tous les jours. Ce qu'elle ne fit bien entendu pas.
Ce fut à cette période que sa relation avec Anthony commença à changer. Depuis le départ du Prince aux yeux orageux, le grec était devenu pour Harry d'abord un ami. Un ami très cher, qui passait plus de temps avachi dans son canapé somptueux plutôt que dans son propre appartement. Et puis, dans les mois qui suivirent la naissance de Scorpius, Harry se souvint qu'Anthony avait commencé à se faire plus entreprenant, plus… Présent dans sa vie. A chacun des moments où Harry se sentait seul ou déprimé, Anthony était dans le coin, prêt à dégainer une bouteille de Whisky pur Feu ou un joint afin de détendre le jeune Survivant. Un soir de mai, alors qu'Harry et lui avaient entamé leur deuxième bouteille en partageant un joint, affalés sur le tapis de son nouvel appartement, Anthony l'avait embrassé. Et Harry s'était laissé faire. Il n'avait pas su déterminer s'il ressentait vraiment de l'attirance pour Anthony ou si c'était simplement de la tendresse, mais ce baiser, et tout ce qui s'en suivi, fut agréable et le fit replonger dans des souvenirs heureux.
Anthony et Harry étaient aujourd'hui amants. Bien que le brun savait que son amant grec espérait une relation plus élaborée, il se sentait bloqué et dès qu'Anthony emmenait le sujet d'une mise en couple, Harry trouvait un subterfuge afin de changer de sujet. Cela faisait maintenant un an que ce manège durait, et le jeune homme savait que le grec allait finir par se lasser, mais il ne pouvait pas se résoudre à lui dire clairement que jamais, jamais il ne le considérerait comme plus d'un amant. Il n'avait pas envie de lui briser le cœur, et n'avait pas non plus envie de perdre son amant attitré.
Il se souvint avec un rire avoir découvert, un matin d'octobre, la mine déconfite du jeune grec en découvrant la une du journal matinal. Une photo des deux amants, passablement défoncés, s'amusant à se rouler des patins sur les bords de la tamise, puis rentrant chez lui en se tenant l'un à l'autre, et continuant à s'embrasser sur le palier de la porte de son immeuble sous le regard horrifié de son portier, avant de disparaître ensemble dans l'enceinte de l'immeuble. Maintenant, tout le monde était au courant, ce qui évitait à Harry de devoir se justifier sur le fait de ne pas avoir d'histoire de cœur auprès de ses amis
Retour au 18 février 2001 :
Ce matin-là, Harry avait rendez-vous avec Kingsley, ministre de la magie et accessoirement atout de poids dans la guerre froide sous-jacente entre le clan des Survivants de la guerre et le clan de Lucius Malefoy. Ils avaient rendez-vous au Ministère, en compagnie de Severus, et Harry remarqua en grimaçant qu'il était déjà en retard. Il se mit donc directement en route.
Une fois arrivé devant l'immense portail en fer forgé, Harry s'arrêta une seconde. Il était en train de réaliser que la dernière fois qu'il s'était rendu au ministère, il avait failli perdre la vie, ou perdre l'un de ses amis les plus proches. Automatiquement, il avait sorti une cigarette du paquet dissimulé dans la poché de sa chemise blanche, et tirait dessus en observant les alentours, tentant de reprendre une respiration calme.
Au milieu de la foule présente, qui sortait et entrait du ministère dans un flot continu, il était le seul à être arrêté, comme si quelqu'un avait pressé le bouton pause sur lui seul. Il se fit la réflexion que l'endroit avait changée. Kingsley avait, dès son élection, fait changer la décoration, fait changé la décoration afin que l'institution perde son côté terne et vieillot. Mais surtout, il avait tenu à renforcer la sécurité des lieux. Aujourd'hui, tout visiteur devait obligatoirement passer à travers ce portail qui, utilisant une technique développée par Alastor Maugrey, reconnût Harry en s'approchant, pouvait automatiquement détecter dans les pupilles de n'importe quel passant si celui-ci avait des intentions néfastes à l'encontre du ministère.
Le jeune homme savait, bien entendu, que ce procédé était encore expérimental et qu'il pouvait facilement être dupé, un simple sort pouvant vous faire montrer patte blanche sans que cela ne soit réellement le cas. Mais, depuis la fin de la guerre, personne n'avait plus envie de tester la patience du ministère et personne n'avait jamais encore tenté de passer au travers des mailles du filet.
Lorsqu'il finit sa cigarette, Harry la jeta sur le côté, ce qui lui valut un regard courroucé de la part d'une vieille dame qui passait par là. Pourtant, le jeune homme vit clairement son visage changer d'expression et devenir violacé alors qu'elle reconnaissait en ses traits fins le visage du survivant. Elle se mit à tirer frénétiquement sur la manche de la cape de son mari en le pointant du doigt, poussant de petits cris excités. Le jeune homme fit un sourire gêné et se passa une main dans les cheveux avant de reprendre sa route d'un pas rapide, toujours aussi peu habitué à ce genres de réactions à son apparition, et surtout peu enclin à déclencher une émeute devant les portes du ministère alors qu'il était censé se faire discret.
Dans l'immense hall qui servait d'accueil, le jeune homme croisa Arthur Weasley, qui avait, après la guerre, décidé de reprendre son poste au sein du service de contrôle des détournements de l'artisanat moldu. Bien entendu, il s'était vu offrir un poste avec plus de responsabilités à la fin de la guerre, mais le père de famille avait promptement refusé, peu disposé à profiter de son rôle dans l'anéantissement de Voldemort pour prendre des gallons au sein du ministère, et avait ainsi retrouvé son poste, par lequel il était toujours aussi passionné.
Il était actuellement en grande conversation avec un homme petit, replet et joufflu. Alors qu'Harry s'approchait d'eux, il remarqua le comportement étrange des deux hommes. Ils se tenaient face à face, proches l'un de l'autre, et semblaient avoir une dispute à voix basse, tout en retenue, comme s'ils ne voulaient pas être entendus par les gens autour. Arthur ne cessait de jeter des coups d'œil autour d'eux, et, avant même qu'Harry n'ait eu le temps de s'approcher discrètement pour savoir de quoi la conversation retournait, Arthur se redressa promptement :
« -Tiens, Harry, quelle surprise ! Tu viens rendre visite à Kingsley ? »
Le survivant vit l'homme joufflu sursauter et se tourner, avant de sourire, découvrant ainsi des dents jaunes et beaucoup trop nombreuses au goût d'Harry. Celui-ci ne pouvait pas s'empêcher de ne pas apprécier cet homme, même s'il ne le connaissait pas, et l'apprécia encore un peu moins lorsque celui-ci s'avança vers lui, une de ses grosses mains tendue devant lui :
« -Mr Potter, quelle suprise ! Quel honneur, vraiment, de rencontrer le survivant en personne ! » Dit-il en serrant la main d'Harry vigoureusement de ses deux grosses mains. Avant que le jeune sorcier n'ait pu répondre, il continua « Quelle honte, quelle histoire tragique, vraiment… Oh, Mr Potter, nous ne pourrons jamais vous remercier assez pour les sacrifices que vous avez fait au nom de la communauté sorcière… Et aujourd'hui, c'est comme cela que l'on vous remercie… En recevant «ce genre » de personnage ici même… Quelle honte, vraiment… »
Devant l'air coupable du père Weasley, Harry fronça les sourcils, et, se souvenant de ses anciennes rencontres avec les gens du ministère, prit son air mielleux en demandant :
« -Je crains de devoir vous demander d'en ajouter plus, Monsieur… Je ne suis pas au courant, qui est reçu ? »
Trop content de faire la commère, le vieil homme enchaîna :
« -Oh, mais Mr Malefoy fils bien s… » Avant de lâcher un glapissement, étonné par le coup de coude que venait de lui donner Arthur dans les côtés, avant de se rendre compte de la bêtise qu'il venait de commettre. Il émit un rire gêné. « Oh, euh, eh bien, j'en ai trop dit, me semble-t-il… Je vais m'en aller avant de commettre plus de maladresses. Au revoir Mr Potter, ce fut un plaisir, vraiment… »
Il tendit de nouveau sa main vers Harry, avant de la reprendre et de se retirer en pestant lorsqu'il vit que le Survivant ne prenait même pas la peine de tendre la sienne en retour.
Harry, quant à lui, ne pouvait détacher ses yeux d'Arthur. Il sentait ses oreilles bourdonner sans discontinuer et les battements de son cœur s'accélérer. Il murmura :
« -Qu'est-ce que Malefoy fait ici, Arthur ?
« -Je… Honnêtement, Harry, je n'en sais rien du tout. Il est arrivé ici il y a une heure de cela, et il a demandé à voir Kingsley… Pour tout te dire, ce n'est pas la première fois. Je crois qu'il… » Devant l'hésitation d'Arthur à continuer s phrase, Harry serra les poings. Il se sentait bouillonner à l'intérieur, et ne voulait en aucun cas exploser ici, face à cet homme qu'il considérait depuis bien longtemps comme un père de substitution. Il se força au calme et demanda calmement :
« -Vous croyez qu'il quoi ? »
Arthur soupira, et, décidant d'être honnête, souffla :
« -Je crois qu'il est là pour son père. »
Harry ne comprit pas tout de suite. Malefoy, ici, pour son père ? Que faisait-il au juste ? Etait-il possible que tous les pions qui avaient été avancés par le père Malefoy depuis maintenant deux ans sur un plan politique l'aient en fait été par son fils ? N'y tenant plus, Harry se retourna pour se mettre en route pour le bureau de Kingsley, mais Arthur le tint par le bras :
« -Attends Harry. Je sais que c'est dur, surtout pour toi, de comprendre ce qu'il se passe en ce moment. Mais aujourd'hui, la guerre n'est plus comme nous l'avons connue. Il va falloir que… Non, il faut que tu te calme. Maintenant. Tu ne peux pas débarquer là-bas et anéantir tous les efforts de Kingsley en agissant sur un coup de tête. Fais lui confiance. Il est très intelligent, et je pense que nous devons tous avoir foi en sa capacité de ne pas laisser les Malefoy gagner. »
Malgré le fait qu'Harry ait envie de tout détruire, ici et sur le champ, il prit une profonde inspiration, tentant de discerner les paroles d'Arthur au milieu du bourdonnement désagréable qui résonnait dans ses oreilles. Une fois que le père Weasley eut terminé sa petite tirade, Harry hocha la tête, et se tourna vers lui, posant sa main sur celle de son aîné :
« -Ne vous en faites pas Arthur. J'ai grandi aujourd'hui, je ne ferai pas de scandale, je vous le promets. »
L'homme roux eut un léger sourire et hocha la tête :
«-Bien, je te laisse y aller dans ce cas. Et, Harry… Je sais que tu as grandi. Bien plus que tu ne veux bien le croire. »
Lui lâchant le bras, Arthur se retourna pour retourner vaquer à ses occupations, même s'il savait qu'il aurait un mal fou à continuer cette journée de travail. Le Survivant, quant à lui, resta sur place une seconde, encore une fois immobile au milieu du brouhaha du hall principal du ministère, tentant de rassembler ses idées. Il allait revoir Malefoy, ici et maintenant. Il prit une profonde inspiration et se remit en route.
Une fois arrivé devant le bureau de Kingsley, Harry stoppa sa route. Malgré le tumulte des couloirs du ministère, il avait l'impression d'entendre, de l'autre côté de la porte, des éclats de voix. Une dispute. Il se mordilla la lèvre en s'approchant le plus discrètement de celle-ci, et, pour ne pas se faire repérer en train d'espionner le Ministre de la magie lui-même, s'agenouilla devant la porte, le plus près de celle-ci, pour refaire ses lacets.
Il était maintenant évident qu'à l'intérieur du bureau, une dispute avait éclatée entre le Ministre de la Magie et, Harry reconnut cette voix entre mille et sentit son cœur se serrer, Draco Malefoy lui-même. Harry pinça les lèvres, tellement fort que celles-ci ne formèrent qu'une fine ligne, afin de se concentrer pour pouvoir entendre ce qui se disait. Cependant, malgré ses efforts, il n'entendait que des éclats de voix sans pouvoir distinguer de quoi celles-ci parlaient.
Au moment où il se mit à réfléchir à une astuce pour entendre la conversation, celle-ci cessa. Avant qu'il n'ait eu le temps de se redresser, la porte s'ouvrit à la volée, faisant sursauter le jeune homme, qui se retrouva face à des jambes. Des chaussures en cuir, d'une grande marque française, cirées à la perfection. Un pantalon sombre, cintré et plié sur le devant, bien comme il fallait. Un pantalon qui laissait entrevoir des cuisses dessinées. Draco. Harry leva la tête d'un coup, et se redressa, se retrouvant, en un dixième de seconde, face à la personne qu'il pensait ne plus jamais recroiser. Sa némésis, son amant, son ennemi. Qui avait un sourcil dressé et observait le Survivant d'un air ennuyé :
« -Potter. Encore à trainer par terre. On pourrait presque croire que c'est une habitude. »
Harry bouillonnait. Pourquoi Malefoy n'avait-il pas l'air plus décontenancé que ça ? N'était-il pas le moins du monde touché par le fait de le voir ? Il fronça les sourcils et rétorqua :
« -Une habitude ? Comme celle de faire le sale boulot pour papa ? Ah, non, excuse-moi, c'est plutôt ton rôle à toi, celui-là, Malefoy. »
Et voilà. Il leur avait suffi de quelques secondes à peine face à face pour redevenir ennemis. Harry n'en revenait pas du calme dont il faisait preuve. Pourtant, à l'intérieur, une tempête sévissait. Il ne pouvait pas détacher son regard de celui du prince des Serpentards. Ce regard orageux, d'un bleu gris profond, qui l'observait avec dédain, et maintenant colère. Le Survivant décelait enfin une pointe de colère chez Draco, et se rappela que chez le prince des glaces, il suffisait parfois de prendre le temps d'observer ses iris pour découvrir ses vrais sentiments. En cet instant, l'orage sombre qui faisait rage dans ses paupières laissait deviner qu'il bouillonnait intérieurement. Il murmura :
« -Comment oses-tu, Potter ? Retourne faire joujou avec tes amis et laisse les grandes personnes discuter de choses vraiment importantes, veux-tu ? »
Harry ricana : « -Les grandes personnes ? Si on m'avait dit un jour que Malefoy fils, le roi des pantins, me traiterait de gamin, je ne l'aurais pas cru. Il semble que tu ais oublié à qui tu faisais face. Cela ne m'étonne pas de toi, qui ose retourner vers ton père après tout ce qu'il t'a fait subir. J'espère que ton fils ne souffrira pas de la même amnésie que toi. »
Aussitôt qu'il eut prononcé sa dernière phrase, Harry la regretta immédiatement. Mais il n'eut même pas le temps de prononcer une excuse qu'il sentit la main de Draco l'empoigner par le col de sa chemise et se senti plaqué contre la chambranle de la porte du bureau du ministre. Draco s'approcha de lui et siffla :
« -Ne t'avise pas de parler de mon fils, Potter. La prochaine fois que tu daigne prononcer le simple mot sur lui, je te fais bouffer ta langue, compris ? »
Puis, d'un coup, il le lâcha, et, saluant froidement le Ministre qui s'apprêtait à intervenir, il se retourna sans un regard pour Harry et s'éloigna dans les couloirs. Après quelques secondes de flottement, Harry entra dans le bureau, tentant tant bien que mal de retrouver sa respiration et de calmer sa magie, qui semblait vouloir exploser hors de son corps pour aller rejoindre Malefoy. Il prit plusieurs profondes respirations, puis s'autorisa à ouvrir les yeux, qu'il avait fermé :
« -C'est quoi ce BORDEL ? Qu'est-ce que Malefoy fils foutait ici, Kingsley ? Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer ce qu'il se passe ici au juste ?! »
Ce ne fut pas Kingsley qui répondit à Harry, mais Rogue, qui était installé dans un canapé dans un coin du bureau, et qu'Harry n'avait pas remarqué jusqu'ici :
«-Nous allons tout vous expliquer, Potter… Mais d'abord, et c'est bien la première fois que je dis ça, laissez-moi vous dire que cette fois, vous auriez mieux fait d'être en retard. »
A suivre...
Note de fin : Ah, le retour. Quel bonheur absolu. Je ne peux pas vous dire à quel point je suis heureux d'avoir fini ce chapitre. Pour être honnête, j'ai galéré, et je n'ose même pas le relire, de peur de me rendre compte d'énormités que j'aurais pu mettre dedans. Je l'ai écrit, effacé, recommencé, puis encore, pour finalement trouver une trame qui tient à peu près debout tout en emmenant les personnages là où j'avais envie qu'ils soient. Ce chapitre a été le plus difficile à écrire, peut-être parce qu'il ne sert que de transition avant d'arriver dans la réelle troisième partie de l'histoire, que je trouverai beaucoup plus facile à développer. En attendant, je suis heureux de revenir, et il ne me tarde qu'une seule chose, c'est d'avoir vos retours, qu'ils soient positifs ou négatifs !
Merci à tous d'avoir lu et n'hésitez pas à commenter !
