Chapitre 21
12ème District, New-York, 13h …
Dans le bureau de Beckett, Esposito et Ryan avaient été briefés sur la situation, dans les moindres détails, depuis les péripéties de la veille avec Doyle jusqu'à la disparition de Castle et Eliott, en passant par les informations du Child Mind Institute où avait séjourné le prétendu voyageur spatio-temporel quand il était adolescent. Debout tous les deux, aux côtés de Lanie, qui avait remisé son travail de côté, pour pouvoir soutenir son amie et aider comme elle le pouvait, ils réfléchissaient, perplexes et soucieux. Kate, elle, n'avait pas quitté son fauteuil, de crainte d'être à nouveau saisie de malaise. L'angoisse qui lui serrait l'estomac la rendait nauséeuse.
- Bon sang, pesta Esposito, Castle a l'art et la manière de s'attirer des ennuis. A toujours vouloir sauver le monde, un jour …
- C'est bon, Javi, on a compris, l'interrompit Lanie, lui faisant signe que ce n'était pas le moment de débattre du cas Richard Castle.
- Tu devrais prévenir la hiérarchie, conseilla Ryan, regardant Kate d'un air grave et solennel.
- Hors de question.
- On aurait plus de moyens d'actions, lui fit-il remarquer.
- Beckett a raison, le coupa Esposito. Ils vont nous renvoyer à la maison et mandater une autre équipe pour enquêter.
- Je sais bien qu'il s'agit de Castle et Eliott, mais il y a d'autres équipes ultraperformantes qui pourront user de tous les moyens …, tenta Ryan, persuadé qu'ils se privaient de ressources importantes en gardant l'enquête confidentielle.
- Il s'agit de mon mari et de mon fils, Kevin …, s'agaça Kate, haussant le ton, et trahissant ainsi sa nervosité. Tu laisserais une autre équipe que nous retrouver Jenny et Sarah-Grace si elles disparaissaient ? J'ai tous les moyens dont j'ai besoin, je me fiche des règles et des procédures, je me fiche des conséquences pour ma carrière. Je vais ramener Rick et Eliott sains et saufs à la maison. Ok ?
Ryan approuva du regard, sachant pertinemment qu'elle avait raison. Il constata aussi qu'elle était à fleur de peau, et prompte à perdre ses moyens. Il l'avait rarement vue si désemparée. Il comprenait, et n'osait imaginer quelle angoisse cette situation pouvait occasionner. Que l'on s'en prenne à ses enfants, à la chair de sa chair.
- Si vous êtes là, c'est parce que je sais pouvoir compter sur votre discrétion, et votre efficacité. Vous êtes notre famille, et je sais que vous ferez tout ce qui est possible pour les retrouver, ajouta-t-elle, tentant de maîtriser les tremolos de sa voix.
Elle avait tellement de mal à gérer cette situation. Elle était capitaine de Police, lieutenant depuis des années, et avait déjà eu à retrouver Castle, à craindre pour sa vie, à redouter de l'avoir perdu à tout jamais. A chaque fois, la ténacité, la rage avaient pris le dessus sur sa terreur. Parce qu'elle savait aussi que même loin d'elle, Castle savait affronter ce genre de situation, qu'il était plein de ressources et d'ingéniosité. Mais aujourd'hui, son petit garçon avait disparu lui-aussi. C'était la première fois depuis le jour où il était né qu'elle ignorait où et avec qui il se trouvait. Il devait être terrorisé, même si, elle n'en doutait pas, son père devait tout faire pour l'apaiser et le rassurer. L'idée que l'on puisse s'en prendre à son enfant, le faire souffrir, lui tordait l'estomac, et la faisait bouillir de rage.
- Evidemment …, répondit Ryan, d'un air convaincu qui se voulait rassurant. On va les retrouver.
- Alors on ne prévient personne d'autre, conclut Beckett. Et dites à tous ceux que vous croisez ici de tenir leurs langues. Les bruits de couloir circulent vite …
- Ok.
- A partir de maintenant, on gère tous les trois, avec Andersen. Donny et Carlos sur Madison Ave. Et c'est tout. Que personne d'autre ne soit informé des avancées de l'enquête, ordonna-t-elle.
Un instant, ils restèrent silencieux, comme pour laisser la pression retomber, et reprendre leurs réflexions sur la situation.
- Je suis perdue, les gars …, avoua finalement Kate, après quelques secondes, les dévisageant l'un et l'autre avec désarroi. Je me sens impuissante. Je ne sais pas par quoi commencer.
Ils n'avaient pas d'élément pour le moment, aucune piste concrète. Un Simon Doyle qui ne donnait plus signe de vie. Une simple image vidéo de Castle et Eliott aux abords de Central Park avec un inconnu dont on ne voyait a priori pas grand-chose. Image qu'elle n'avait pas encore pu observer de ses propres yeux. Et pour finir la véritable identité de Doyle - Noah Blackwell – doublée de la certitude, désormais, qu'il était atteint de schizophrénie depuis l'adolescence. Pas de nouvelles d'Andersen qui était parti enquêter au Child Mind Institute.
- Commençons par ce que l'on sait …, par tout ce que Doyle a raconté depuis hier, répondit simplement Esposito.
- Tout ce que Doyle nous a dit est le fruit du cerveau d'un schizophrène …, rien n'est fiable, lui rappela Kate.
- Il faut penser comme lui …, intervint Lanie. Pour lui, c'est la réalité. Tout est construit, tout est logique.
- D'ailleurs, ça tient étrangement la route … au point que ça paraisse même crédible parfois, constata Ryan.
- Résumons alors, poursuivit Esposito, prenant les choses en main. Doyle pense venir du futur pour empêcher l'accident des Mc Conney, et faire en sorte que Jason ne devienne pas un dangereux terroriste qui assassinera la présidente des Etats-Unis. Assassinat dont Beckett, sénatrice, serait témoin, ce qui entraînerait la mise sous protection de toute la famille Castle.
- Doyle pourrait vouloir se venger de Castle qui n'a pas réussi sa mission ? suggéra Lanie.
- Non …, je ne crois pas, répondit aussitôt Kate. Doyle aime bien Castle, parce que Rick est l'un des seuls à croire plus ou moins à ses délires. Et puis, il est fou, mais plutôt doux. Ce n'est pas un gros bras. La preuve, il s'est fait casser la figure hier.
- Il faudrait savoir par qui d'ailleurs …, continua Ryan.
- Difficile …, voire impossible dans l'état actuel des choses. Il a menti sur cette histoire. On ne sait pas où il traîne. Il y avait bien cette chambre d'hôtel, mais plus personne ne l'y a vu depuis des jours, expliqua Kate.
- Il y a des chances qu'il vive à nouveau à la rue, ajouta Esposito. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin.
- Dès son évasion de l'hôpital, j'ai transmis son signalement à toutes les patrouilles, expliqua Beckett. Et des hommes cherchent une piste dans les foyers d'hébergement ou squats connus. Aucune trace de lui pour le moment.
A nouveau, silencieusement, ils réfléchirent.
- Je pense que l'accident des Mc Conney a eu lieu parce que Castle n'a pas pu les retenir justement, reprit Kate. C'est ce que semble indiquer le timing sur la vidéosurveillance, d'après Donny et Carlos.
- Donc quelqu'un a voulu empêcher Castle d'agir. Mais pourquoi, si Doyle vit dans son propre délire ? Il aurait raconté son histoire à quelqu'un d'autre ? s'étonna Esposito.
- Si Castle était là, il dirait que Doyle a un ennemi venu du futur lui-aussi …, un ennemi qui voulait que les Mc Conney meurent, et que le destin de Jason soit inchangé …, fit remarquer Kate, songeant à son mari et son engouement pour les histoires folles.
- D'autant plus que l'accident a bien eu lieu. Les Mc Conney sont morts … Doyle ne délire pas tant que ça, leur fit remarquer Ryan.
Ils échangèrent des regards un peu perplexes, un peu incrédules aussi.
- Il y a des éléments qu'on n'explique pas pour l'instant, mais il y a forcément une logique, poursuivit Kate.
- Doyle est peut-être à l'origine de l'accident, proposa Esposito. Il l'aurait causé pour que cela colle avec son histoire farfelue.
- Compliqué à mettre en œuvre et comment prévoir la mort des Mc Conney ? demanda Lanie, qui discrètement, réfléchissait elle-aussi à la situation.
- La prévoir avec certitude non, mais c'est une probabilité qui a pu se réaliser …, constata Beckett. Oublions donc cet accident et le pourquoi du comment. Il faut du concret, on doit agir, se reposer sur les faits …
- Vous êtes sûrs que tout cela est lié à Doyle ? demanda Ryan. Je veux dire … ce ne serait pas la première fois que quelqu'un s'en prend à Castle et …
- Oui, mais je suis persuadée que c'est lié à Doyle, assura Beckett qui avait déjà réfléchi à cette éventualité. Trop de coïncidences et de bizarreries avec Doyle depuis hier, qui s'obstine à venir voir Castle et à requérir sa participation. D'abord aux Archives du commissariat, ensuite au loft directement … Et la proximité avec l'accident des Mc Conney n'est pas un hasard non plus. Castle a été enlevé à cause de Doyle et de cette histoire d'accident, peu importe la raison profonde.
- Alors quelqu'un d'autre que Doyle savait pour cet accident, et savait que Castle se trouverait sur place, conclut Esposito.
- C'est forcément un contact proche de Doyle, une de ses fréquentations … Ce gars est un marginal, il doit côtoyer toute sorte de délinquants, poursuivit Ryan. Il a pu raconter son histoire abracadabrantesque à quelqu'un qui aurait décidé de s'en prendre à Castle …
- Mais pourquoi ? Pourquoi un gars lambda s'en prendrait à Castle à cause d'un délire de Doyle ? demanda Kate.
- Je ne sais pas … C'est peut-être quelqu'un d'aussi tordu que Doyle, suggéra Esposito. Il y a beaucoup de détraqués dans les rues …, de gars à même d'adhérer à ce que Doyle aurait raconté. Il s'est peut-être fait des ennemis en racontant l'avenir à qui veut l'entendre. Quelqu'un a pu vouloir déjouer ses plans, simplement.
- On n'a pas à faire à un simple détraqué, leur fit remarquer Ryan. L'enlèvement était planifié. On ne fait pas disparaître un homme et un enfant en pleine rue sans préméditation, sans une organisation minimale pour ne pas être repéré. D'autant plus quand cet homme est Richard Castle, qui travaille pour la Police de New-York depuis des années.
- Ce n'est pas faux … mais un homme armé aurait suffi pour maîtriser Castle. Avec Eliott à ses côtés, il a dû obtempérer facilement, ne pas prendre de risque, expliqua Kate, connaissant par cœur son mari.
- Certes, mais cela nécessitait d'avoir un moyen de transport à proximité, et suffisamment de maîtrise malgré tout, fit remarquer Ryan.
- Donc quelqu'un d'organisé, d'intelligent … qui néanmoins a un rapport avec Doyle, et voulait empêcher Castle d'agir, contrarier les plans.
- Il faudra chercher les noms de tous ceux que Doyle, ou Noah Blackwell, a côtoyés dans les différents hôpitaux psychiatriques où il est passé depuis l'adolescence. Il a pu échanger sur ce délire depuis longtemps. Une telle histoire ne s'est pas construite du jour au lendemain.
- Oui …, entre fous, ils doivent se comprendre …, constata Esposito.
- Vérifier que Garrett Ward est bien toujours sous les verrous également, continua Beckett. Il n'était pas vraiment copain avec Doyle … et aussi dérangé que lui à l'époque.
- Je vais m'en charger, répondit Javier.
- Au fait, comment Castle est-il allé au parc ? demanda Ryan. Il a pu être suivi.
- Un taxi les a pris au pied du loft … C'était Charlie qui conduisait.
Sans avoir un chauffeur attitré, Beckett et Castle, quand ils prenaient le taxi depuis le loft, se faisaient toujours conduire par Charlie ou James. Kate s'étonna elle-même de ne pas avoir pensé à appeler Charlie tout de suite. Elle était tellement sous le choc, qu'elle en avait perdu ses moyens, et ses réflexes d'investigation. Heureusement que les gars étaient là.
- On va le contacter, voir s'il a remarqué quelque chose de suspect pendant le trajet. Je m'en occupe, lança Ryan.
- Et moi, je m'occupe des relations de Doyle dans les différents asiles qu'il a fréquentés, enchaîna Esposito.
- Ok. Merci les gars …, répondit-elle, au moment où son téléphone bipait, indiquant l'arrivée d'un message.
Elle regarda rapidement, sentant la montée d'adrénaline en elle, à l'idée que ce puisse être Rick.
- C'est Carlos, annonça-t-elle à ses amis qui guettaient ses réactions. Ce sont les images de vidéosurveillance de la boutique. Ils ont réussi à les récupérer.
Elle fixa les images qui défilaient, tandis que les gars et Lanie s'approchaient dans son dos pour visionner le petit écran du téléphone.
- On ne voit pas grand-chose …, constata Ryan.
- Non …, murmura simplement Kate, sans quitter des yeux les silhouettes de Rick, Eliott et d'un inconnu que l'on ne voyait que de dos.
Ils étaient filmés de loin, avec un angle transversal, depuis la boutique située sur le trottoir opposé à celui sur lequel ils marchaient. Il y avait du brouillard et la neige, tombant, recouvrait peu à peu la chaussée. Autant dire que la visibilité était minimale. La circulation était sporadique, l'avenue semblait quasi déserte. Pas un passant. Le long du trottoir, quelques véhicules stationnés, que longèrent Castle, Eliott et l'inconnu. Celui-ci était vêtu de noir. Il était aussi grand que Rick, planté dans son dos.
- Il est armé …, fit remarquer Esposito, que la posture des protagonistes ne trompa pas.
- Hum …, marmonna Beckett, son coeur se serrant lorsqu'elle vit Eliott s'agripper à la taille et la cuisse de son père.
Au loin, elle vit comment Rick entourait de son épaule leur fils, et cette image l'apaisa. Il ferait tout pour le protéger bien-sûr, elle n'en avait aucun doute. Eliott avait peur. Malgré la mauvaise visibilité sur cette vidéo, elle ressentait toute la terreur de son petit garçon. Rick et Eliott avancèrent encore quelques instants sous la menace de l'homme, puis la caméra pivota, laissant apercevoir le reste de l'avenue, dans le brouillard, et les quelques véhicules garés plus loin. Elle atteignit finalement un angle qui ne leur était plus d'aucune utilité, et pivota dans l'autre sens, pour revenir vers la gauche de l'avenue. La vidéo prit fin.
- Je transmets les images à Tory, lâcha Beckett. Il faut relever les plaques de tous les véhicules stationnés au loin. Ils ont pu monter dans l'un d'eux.
- Oui … Il y avait une fourgonnette du DOT, fit remarquer Ryan.
- Où ?
- A environ trente mètres d'eux. Avant que la caméra ne pivote, expliqua Kevin.
- Je ne l'ai pas vue …, répondit Beckett, remettant aussitôt la vidéo en marche.
Tous les quatre savaient que le Département des Transports de la ville de New-York ne travaillait pas le dimanche. C'était bien assez compliqué de récupérer des images de vidéosurveillance dont le DOT avait la charge ce jour-là, ou d'obtenir des interventions de leur part un dimanche. Les bureaux étaient fermés, les travaux suspendus. Aucun employé du DOT ne travaillait le dimanche.
- Là. Il a raison, constata Esposito, tandis que Kate arrêtait l'image sur un véhicule blanc flanqué d'un logo vert.
- Des employés ont pu laisser leur véhicule ici hier … pour une prochaine intervention ou des travaux dans le secteur, répondit Lanie.
- Bizarre. Il me semble que le DOT n'est pas du genre à laisser traîner ses véhicules ainsi. C'est assez réglementé, continua Ryan.
- Ouais …, ils stationnent tous au parking de Brooklyn en général, ajouta Esposito.
- On va vérifier ça, conclut Beckett. Quelqu'un a pu leur voler un véhicule.
- Vous voyez une plaque ? demanda Ryan.
- Non …, mais trop loin et trop de brouillard pour avoir la certitude qu'il n'y en a pas ..., répondit Kate.
- Faut demander à Donny et Carlos la suite des images, lança Lanie.
- Je suppose qu'on ne voit rien de plus d'intéressant, sinon ils nous l'auraient envoyée.
- On ne voit plus Castle et Eliott sans doute, mais la caméra de la boutique semble balayer l'avenue à rythme régulier, un coup à gauche, un coup à droite, expliqua Lanie. On pourra voir si la fourgonnette du DOT est toujours stationnée … ou pas … auquel cas, cela confirmerait nos soupçons.
- Excellente idée, répondit Kate, souriant légèrement à son amie en guise de remerciement.
- Sacrée enquêtrice Dr Parish, sourit à son tour Esposito.
- Allez, au boulot …, leur lança Beckett, retrouvant toute sa gravité face à l'urgence de la situation.
Hempstead, Etat de New-York, aux environs de 14 h …
Dans la pénombre à laquelle ses yeux s'étaient maintenant habitués, Castle observait la pièce où il se trouvait, son fils somnolant contre son épaule. L'inconnu les avait fait pénétrer dans cette cave par le côté de la maison. Leur assénant de simples ordres, sans en dire plus, il les avait fait asseoir sur une couverture, étalée à même le béton froid. Castle lui avait demandé de détacher au moins les mains d'Eliott, mais il avait refusé. Il avait requis quelque chose à manger pour Eliott. L'homme avait prétexté qu'il n'avait rien à manger. Puis, il avait ordonné qu'il n'avait pas intérêt de les entendre. Il avait tourné les talons, quitté la cave pour l'extérieur, refermant la porte à clé derrière lui. Rick avait entendu le moteur, puis le bruit du fourgon s'éloignant et quittant l'allée. Cela faisait un moment maintenant qu'ils étaient donc seuls ici.
Eliott avait pleuré quelques minutes à nouveau, effrayé par l'obscurité, tétanisé par le froid. Il s'était plaint d'avoir mal au ventre, parce qu'il commençait à avoir faim. Et puis, la fatigue avait eu raison de lui. Il s'était blotti du mieux qu'il pouvait contre le torse de son père pour s'y endormir.
Rick parcourait du regard les quelques étagères qui l'entouraient. Il n'y avait rien de bien intéressant ici. Pas de réserve de nourriture, pas de matériel de jardinage, pas de vieux objets qu'on aurait entreposés. Juste quelques bâches plastiques et outils, sacs de ciment, et carreaux de carrelage. Un rouleau de linoleum posé dans un coin. Cela sentait la poussière, le renfermé et le froid. Peut-être la maison était-elle en travaux. Était-ce le domicile de leur ravisseur ? Ou bien un lieu désert qu'il avait repéré pour les séquestrer quelques temps ? Que voulait-il exactement ? Peut-être venait-il du futur comme Doyle. Auquel cas il espérait que Simon Doyle s'occuperait rapidement de leur venir en aide. Mais si Doyle était le schizophrène que supposait Beckett, et qu'il leur avait raconté n'importe quoi, quel rapport avait-il avec celui qui venait de les kidnapper ? Cela n'avait aucun sens.
Il réalisa que réfléchir à la question ne les sauverait pas. Ça, c'était le travail que devaient être en train de mener Kate et les gars qu'elle avait forcément appelés à la rescousse. Lui devait s'occuper de protéger Eliott et de les sortir de là.
Leur ravisseur ne lui plaisait pas vraiment. Qu'il vienne du futur ou du présent, il n'avait pas le même caractère que Doyle. Il semblait plus agressif, et arborait un air sévère. Il ne plaisantait pas. Il était peu loquace. Il semblait se méfier de quiconque, même d'un enfant. Il avait l'air de ne pas avoir de cœur ni de sentiment. Il l'avait frappé violemment sur le dessus du crâne, et sa blessure lui tiraillait la tête. Elle ne saignait plus, mais il avait mal.
Le dos en appui contre le mur, il tenta de bouger ses mains, pour desserrer le lien qui les nouait. Sans succès. La corde lui cisaillait la peau. Il observa à nouveau la petite pièce, regarda au fond, contre le mur, l'escalier rudimentaire en bois qui menait à une trappe, et probablement au rez-de-chaussée. Elle était verrouillée et cadenassée.
De toute façon, il ne voyait pas comment il aurait pu tenter de quitter cette pièce, les mains liées ainsi, avec un petit garçon de quatre ans, terrorisé. Il aurait pu crier, appeler à l'aide, mais le voisinage avait l'air calme et silencieux, voire absent. Personne ne l'entendrait depuis le fond de cette allée et de cette cave. Il risquait simplement d'énerver leur ravisseur et d'effrayer Eliott. Il allait falloir trouver un autre moyen d'action. Faire parler cet homme. Espérer qu'il commette une erreur. Parvenir à prendre contact avec Beckett.
Pendant ce temps-là …
Byron remontait la rue à grandes enjambées, le dos courbé et la tête baissée pour mieux affronter le petit vent froid et les quelques flocons de neige. Il avait abandonné le fourgon du DOT à proximité du lac de Hempstead, dans une petite rue peu fréquentée, où les forces de police ne pourraient pas le localiser de sitôt. Il effectuait maintenant le chemin inverse à pied pour regagner la maison où l'attendaient sagement ses deux prisonniers.
Il avait tenté d'appeler Simon pour lui faire part de sa requête et de ses exigences, mais celui-ci avait coupé son téléphone. Pour ne pas se faire repérer sans doute. Toujours est-il qu'il n'avait aucun autre moyen de le contacter. Il ne comptait pas garder Richard Castle et Eliott pendant trop longtemps non plus. Il fallait qu'il rentre, mais pas sans garantie. L'accident avait bien eu lieu, certes, mais Simon et le gouvernement étaient tenaces. Il voulait des certitudes qu'ils abandonneraient toute mission pour changer le cours des choses et empêcher Jason Mc Conney de devenir ce qu'il était destiné à être.
Plus il songeait à la question, plus une idée germait dans son esprit. Simon finirait peut-être par lui donner sa parole, et celle du gouvernement, pour sauver la vie des deux otages. Mais une parole donnée était-elle une garantie suffisante ? Non. Simon lui avait déjà menti bien dès fois. Il l'avait dénigré, rejeté. Trop souvent. Mais s'il éliminait Richard Castle et son fils Eliott, alors il pouvait faire d'une pierre deux coups. Tuer le mari et le fils du Capitaine Beckett, c'était l'anéantir, et par là même l'empêcher de devenir sénatrice un jour. Elle se morfondrait sa vie durant, démissionnerait sans doute, et jamais ne serait témoin de l'assassinat de la présidente par Jason Mc Conney. Celui-ci ne serait pas arrêté, et pourrait occuper la place qui lui était due. Mais il y avait mieux encore, si Richard Castle et Eliott Castle périssaient en marge d'une mission de Simon Doyle, agent d'Etat, alors une enquête gouvernementale de grande ampleur serait lancée. Cela prendrait des mois, voire des années. De plus, les voyages spatiotemporels, et les missions visant à altérer le cours de l'Histoire, étaient soumises à une condition : on ne pouvait ôter la vie à aucun être humain dans le passé. Au risque d'altérer trop grandement l'avenir. C'était interdit, et un tel drame pouvait même conduire à la suspension définitive de tous les programmes spatiotemporels.
Fier de sa réflexion, il se sentit soudain investi d'un pouvoir grandissant. Il pouvait décider qui allait vivre ou mourir. Il pouvait anéantir les programmes gouvernementaux, et assurer à Jason Mc Conney et à leurs alliés une domination éclatante sur les Etats-Unis, voire sur le monde entier. Il allait en profiter pour fanfaronner d'abord un peu auprès de ce cher Simon. Et s'il ne parvenait pas à le joindre, alors il contacterait directement le capitaine Beckett. Il aurait pu éliminer tout de suite Richard Castle et le gamin, mais en tirer un peu d'adrénaline, d'amusement et de gloire, lui ferait du bien.
Sur cette idée, il s'engagea discrètement dans l'allée menant à l'entrée de la cave, déverrouilla la porte, et s'engouffra à l'intérieur.
