Titre : Underground Ch.11 - Indice.
Auteur : Nandra-chan
Disclaimer : La plupart des personnages sont à CLAMP, le reste est à moi, le monde d'Argaï aussi. Le boulot aussi. La connerie aussi (malheureusement...). Les fautes d'orthographe et de français sont à quelqu'un d'autre.
Note : Bon, désolée, je suis très très très en retard mais hier était une journée spécialement pourrie et contrariante, donc voilà. On ne fait pas toujours ce qu'on veut. Du coup, un chapitre plus court et puis je me rattraperai sur le prochain, que je pense poster dans la soirée.
Réponse aux reviews :
Riri : Il est pourtant mignon Loé :) Tu vas voir tu vas l'adorer !
Lily : Merci pour cette review qui est un modèle de concision :)
Lily(2) : Oui, normalement, je devrais effectivement reprendre et terminer Sept Royaumes, sauf que je ne sais pas quand je vais être capable de faire ça. En tout cas, c'est prévu. Quand j'aurai retrouvé mon vrai rythme d'écriture et toute ma capacité de concentration, je m'y mettrai, mais pour l'instant j'ai déjà du mal à faire les 3000 mots quotidiens d'Argaï, alors s'il faut y ajouter les 8 ou 9000 mots de sept royaumes ça va être compliqué.
Pour reviewter, c'est en bas au centre !
Vingtième jour – le 21 février – Indice.
- Je ne sais pas trop ce que tu espères trouver là-dedans, dit l'inspecteur, en ouvrant la porte de l'appartement de Philome Derulo.
Il s'effaça pour laisser le ninja franchir le seuil avant lui.
- A vrai dire, moi non plus, avoua ce dernier, mais c'est la seule piste qu'il me reste. La bande de l'église ne me donnera pas d'autres informations, et je risque ma peau si je retourne là-bas. On sait que Derulo fricotait avec des vampires alors peut-être qu'il y aura un indice, ici.
- Comme quoi ? Le numéro de téléphone de Spermula dans son agenda ?
- Je veux même pas savoir de qui tu parles...
- Ben rougis pas, c'est qu'un nom, et puis Sp...
- Ta gueule !
Pour se détourner de cette conversation qui prenait un tour embarrassant, Kurogane pénétra dans le salon et commença à fureter, à la recherche d'un indice susceptible de le conduire sur la piste de vampires. Derulo n'était pas vraiment matérialiste, et il ne s'encombrait pas de beaucoup d'affaires. Ses placards et rangements contenaient le strict nécessaire pour une personne vivant seule et recevant plutôt confidentiellement. A voir sa vaisselle, on devinait qu'il n'avait jamais dû inviter plus de deux personnes à manger en même temps, et qu'il ne se mettait pas en grands frais de présentation dans ce genre de circonstances.
En revanche, il lisait beaucoup. Il était amateur de vieux polars. Des livres de poche usés, aux pages jaunies et aux couvertures cornées et pliées, signés de noms comme Patricia Highsmith, Mary Higgins Clark, Agatha Christie, Exbrayat ou Sir Arthur Conan Doyle, traînaient partout dans l'appartement, accompagnés d'un nombre surprenant de revues de la presse féminine. Apparemment, l'homme s'intéressait à la cuisine, à la mode et aux secrets de beauté. Le ninja feuilleta quelques ouvrages au hasard, avant d'aviser une pile de romans posée sur un guéridon, et dont la tranche portait le titre Twilight. Intrigué, il tendit la main pour en attraper un, mais Depestre fut plus rapide, s'empara du lot et jeta tout dans une corbeille à papiers.
- Qu'est-ce que tu fous ? demanda Kurogane.
- Hum... Je... Tu devrais faire attention à ce que tu touches. C'est sale.
- Hein ? C'est juste des bouquins, et ils avaient l'air neufs en plus.
- Oui, ben... écoute, pourquoi t'irais pas voir du côté du canapé là-bas ?
Le ninja lui lança un regard soupçonneux mais obtempéra et reprit sa fouille. Une bonne vingtaine de minutes plus tard, ils se retrouvèrent dans la cuisine, les mains vides.
- Ton idée n'était pas mauvaise, dit Depestre, mais on dirait qu'on a fait chou blanc...
- Ouais...
- Alors qu'est-ce que tu vas faire ? Je dois retourner travailler. Au fait, l'autopsie a confirmé que la mort de Derulo était naturelle, il a fait un infarctus. Par contre, l'analyse des fioles qu'on a trouvées l'autre jour avec les lettres a révélé que c'était bien du poison. Un mélange très spécifique à base de vitriol et d'arsenic...C'est un truc utilisé par les prêtres vaudous pour les zombifications.
- Les quoi ?
- Changer les gens en zombies. Avant on pensait qu'ils mouraient et revenaient ensuite à la vie. On sait désormais qu'ils ne meurent pas vraiment mais qu'on leur fait absorber une drogue qui ralentit leur métabolisme jusqu'à simuler la mort, et qui détruit leur volonté. De nombreuses personnes ont été zombifiées et ensuite envoyées travailler comme esclaves dans des propriétés. Très peu ont réussi à retrouver par la suite suffisamment de personnalité pour pouvoir vivre à nouveau de façon autonome.
- Et ça vous prend souvent, de zombifier des gens ?
- C'est une pratique assez rare dans le vaudou classique, mais ça peut arriver. C'est un peu l'équivalent d'une condamnation à mort par un prêtre vaudou, pour une personne qui a commis un crime impardonnable. Par contre, parmi les pratiquants du vaudou « maléfique », oui, c'est relativement répandu, malheureusement.
- Et ce type, Derulo...
- On dirait qu'il était en relation avec le vaudou, d'une façon ou d'une autre, mais avec lui l'affaire prend une autre dimension. Les lettres d'amour de Maricia Boisrond et ses reconnaissances de dettes, ajoutées à la découverte de poison rangé au même endroit, ça fait beaucoup. Le père de Maricia, qui était Ministre des Finances, est mort il y a quelques années dans des circonstances suspectes, ainsi que ses deux frères. J'ai demandé à ce que l'enquête soir rouverte, et j'ai lancé un avis de recherche contre cette femme.
- Tu penses que cette nana a fait assassiner son vieux et ses frères et que Derulo s'est chargé du contrat ?
- J'en mettrais pas ma main à couper mais...
- On dirait que tu vas avoir pas mal de boulot.
- Pour l'instant, on n'a aucune idée de l'endroit où se trouvent les Boisrond. Mais j'ai un autre souci. L'autre personne qui a signé des reconnaissances de dettes, Félix Péan, on ne sait pas trop dans quelle histoire louche il a trempé. Je dois ouvrir une enquête sur lui également, sauf que c'est un ami personnel du Ministre de l'Intérieur, et un type très riche et très influent.
Kurogane siffla entre ses dents. Il avait bien senti, l'autre jour, que Depestre était en train de se fourrer dans un joli petit pétrin, et son intuition était bonne. L'inspecteur allait être très occupé, dans les jours à venir, et sans doute aussi très ennuyé.
- Tu as eu des nouvelles de Fye ? On sait jamais...
- Aucune, désolé, répondit le policier, avant de s'interrompre, les sourcils légèrement froncés, en se mordillant la lèvre inférieure. Tu es sûr que tu m'as tout dit à propos de ton pote ?
- Comment ça ?
- Je ne sais pas. C'est bizarre. Un de mes agents m'a raconté qu'il avait montré la photo à un groupe de jeunes, et qu'ils avaient eu l'air effrayé. Ils ont refusé de lui répondre et ils se sont enfuis en courant. C'est plutôt curieux.
Ce fut au tour de Kurogane de froncer les sourcils. La première chose à laquelle il pensait, était que Fye était un vampire et qu'il devait être affamé, surtout après les blessures qu'il avait reçues. Il avait pu se montrer et effrayer un groupe de gosses, cependant, c'était absurde. Le mage ne pouvait se nourrir qu'auprès d'une seule personne, et il n'était pas du genre à abuser de son pouvoir pour s'amuser à foutre la trouille à des mioches. Et puis, aux dernières nouvelles, il était prisonnier d'un chasseur de vampires alors il n'était pas censé traîner dans les rues. Il n'avait posé la question que pour s'assurer de ne rien négliger.
- Ces gamins devaient avoir un truc à se reprocher, et quand ils ont vu les flics, ils ont détalé.
- Oui, sans doute...
Il était temps de quitter l'appartement. Juste avant de sortir, le ninja avisa un prospectus, collé sur la porte du réfrigérateur à l'aide d'un magnet. Il s'en empara, et suivit l'inspecteur dans les escaliers. Les deux hommes se séparèrent dès qu'ils furent dans la rue.
Kurogane regarda le policier s'éloigner, puis alla se poser à la terrasse d'un café et commanda une bière bien fraîche, qu'il sirota tout en examinant le papier. Il s'agissait d'une publicité pour un restaurant de cuisine traditionnelle, qui proposait des livraisons à domicile. Un prénom, Taina, et un numéro de téléphone étaient griffonnés au stylo sur la feuille. Ce n'était rien, mais c'était pratiquement la seule chose vraiment personnelle qu'ils avaient dégotée dans le logement de Derulo et, à court d'idées, le ninja décida qu'il n'avait rien de mieux à faire que de se rendre sur place.
De nombreux détours, demi-tours, et grognements plus tard, il s'arrêtait devant l'entrée d'un établissement d'allure très modeste, baptisé Kalulu. La façade ne comportait qu'une entrée et deux fenêtres opaques, et il n'y avait apparemment pas de salle. Les repas étaient servis sur une terrasse, sous une pergola, de l'autre côté de la rue. Kurogane pensa tout d'abord qu'à cette heure, en fin de matinée, c'était encore fermé, mais la porte s'ouvrit soudain et un homme sortit, l'air éméché. Le brun le remplaça sur le seuil et pénétra dans une salle longue et étroite. Il dut s'arrêter un moment pour laisser à ses yeux le temps de s'habituer à la pénombre qui y régnait, et à sa peau celui de se faire à la fraîcheur, agréable mais surprenante, de l'air. Lorsqu'il se sentit mieux, il put examiner le décor qui l'entourait.
Des murs couverts d'un tadelakt aux teintes caramel chaleureuses, un sol carrelé de faïence aux tons variés, allant du sable bleuté à un marron violacé, de lourds rideaux bruns tirés sur les fenêtres pour empêcher le soleil et surtout la chaleur d'entrer, et un long bar en bois exotique patiné par le temps et les coups de torchon. L'endroit avait une apparence agréable, soignée et propre, qui surprit un peu le ninja ; en connaissant Derulo, il s'était attendu à quelque chose de plus négligé.
Une forte odeur de poisson grillé et d'épices flottait dans l'atmosphère, et on entendait quelqu'un siffloter un air joyeux. Un homme de grande taille était occupé à essuyer des verres tout en discutant avec une jeune femme. Il sembla à Kurogane qu'il s'agissait de celle qu'il avait aperçue dans la ruelle, le soir de sa rencontre avec Depestre, mais il n'aurait su en jurer. Il l'avait vue dans le noir, avec d'autres vêtements, et seulement pendant un instant, et il était possible que, s'attendant vaguement à la trouver là, il reporte sur la première fille qu'il voyait son envie de retrouver la suspecte. Lorsqu'ils prirent conscience de sa présence, les deux occupants du bar se tournèrent vers lui et l'accueillirent avec des sourires.
Il commanda une boisson à base de jus de fruits, et se renseigna sur les prix des plats, tout en cherchant un moyen d'entamer la conversation. Il n'était pas certain qu'évoquer le nom de Derulo, qui n'était pas un personnage très sympathique, soit le meilleur moyen de se faire des amis.
Au bout de quelques minutes de réflexion, il réalisa qu'il en avait assez. Il n'était dans ce pays que depuis trois jours, mais tout ce qu'il avait vécu depuis son arrivée allait à l'encontre de sa personnalité. Tomber dans les pommes et perdre le mage, se faire ramasser par une bande de folles à tambour en boubou blanc, se laisser droguer et saouler, se faire ensuite arrêter et soupçonner de meurtre, puis récupérer comme un chien errant, reculer devant les menaces d'une bande de vampires qui, pour ce qu'il en savait, pouvait tout aussi bien n'être composée que de deux membres, et être obligé d'user de diplomatie, d'arrondir les angles, de prêcher le faux pour savoir le vrai, tout cela l'agaçait prodigieusement, pour ne pas dire que ça le mettait hors de lui. En plus, il avait toujours aussi mal au crâne.
Il fallait que tout ça s'arrête. Il voulait retrouver son mage et il voulait le retrouver tout de suite. Les intrigues politico-vaudouisantes locales ne l'intéressaient absolument pas, et il n'en avait rien à foutre des éventuelles guerres des gangs vampiriques, quand au séisme, à la pauvreté, au soleil qui tapait trop fort, et aux zombies, c'était bien triste, mais franchement, actuellement, c'était le cadet de ses soucis. Il était Kurogane, un guerrier ténébreux venu du Japon féodal, et la patience n'était pas exactement son point fort. Aussi décida-t-il de prendre le taureau par les cornes, et de poser des questions directes, pour obtenir des réponses précises.
Il tira de sa poche la photo du magicien qu'il avait gardée par-devers lui – pour les besoins de ses recherches, bien sûr, qu'on n'aille pas s'imaginer que c'était parce que l'absence de son compagnon lui faisait comme un gouffre, à l'intérieur – et il la déposa sur le comptoir.
- Je suis à la recherche de cet homme, dit-il. Est-ce que par hasard l'un de vous deux l'aurait aperçu ? Il était blessé la dernière fois que je l'ai vu. Nous avons eu un... accident.
La fille prit le cliché, le regarda, pâlit, ouvrit de grands yeux, et le tendit au barman. Ce dernier fronça les sourcils, et darda sur le ninja un regard sombre.
- C'est un bon ami à vous ? demanda-t-il.
- Oui, un très bon ami.
- Attendez ici, je reviens.
L'homme disparut par la porte des cuisines, le laissant seul avec la cliente. Celle-ci s'amusa pendant quelques secondes à touiller le contenu de son verre avec une paille tout en se trémoussant sur sa chaise comme si elle avait une envie pressante, puis finalement, n'y tenant plus, elle ramassa son sac, bredouilla un « au revoir, bonne journée » qui prouvait juste qu'elle avait de bonnes manières, et quitta le restaurant en trottinant.
Bien conscient que l'atmosphère avait totalement changé, et qu'il avait sans doute commis un impair, sans savoir exactement de quoi il s'agissait, Kurogane récupéra la photo restée sur le comptoir, et attendit sagement, tout en se préparant à toutes les éventualités.
Au bout de quelques minutes, le barman revint et lui fit signe de le suivre. Il le précéda pour traverser les cuisines et sortir de l'autre côté. Lorsque la porte de fer se referma derrière lui, et qu'il découvrit qu'il se trouvait dans une arrière-cour fermée d'un mur, où une dizaine de personnes l'attendait, le ninja sut que sa nouvelle stratégie diplomatique avait échoué. Quand il réalisa qu'en plus, il avait affaire à une bande de vampires renfrognés, un immense sourire naquit sur ses lèvres.
Manifestement, ces types savaient quelque chose à propos de Fye, et ils n'avaient pas l'intention de le lui dire bien gentiment. Il ne s'y attendait pas en franchissant la porte du restaurant, il avait sorti la photo un peu comme ça, pour tenter sa chance, sans grande conviction, et voilà qu'il avait fait une touche, la première vraiment intéressante – car il n'avait guère confiance dans les dires de ce garçon, ce Loé -. Son cœur battait plus vite à l'idée que peut-être, il détenait enfin une piste sérieuse, qui allait le mener jusqu'à son compagnon. Seulement, s'il voulait des résultats, il apparaissait comme évident qu'il allait devoir casser quelques nez, faire sauter quelques dents, et plus si affinités. C'était tout de même dommage ! Abîmer de si jolis minois ! Les paumes de ses mains le démangeaient, d'impatience.
Cependant, il n'était pas naïf. Il se souvenait parfaitement de son affrontement contre Kamui, à Tokyo, et il avait pu constater à de multiples reprises lors de ses entrainements que prendre le dessus sur Fye, quand ce dernier voulait bien être un peu sérieux, n'était vraiment pas de la tarte. Il ne savait rien des dix hommes qui lui faisaient face, mais potentiellement, chacun d'entre eux pouvait être du même calibre que le blond ou les jumeaux. Il avait Sôhi et Ginryû comme atouts cachés dans le creux de sa main, mais il ne fallait pas se voiler la face ; même ainsi, il n'avait pas la moindre chance.
Il se mit en position de combat, et attendit la première attaque.
