Coucou, tout le monde !
On est fières de vous présenter l'avant-dernier chap de cette longue aventure -ceci concernant Kity et Etta, donc nos deux fics ^^. Après avoir lu bien des hypothèse sur le PDV de ce chap -passant de Fred à Etta, et même Susan-, nous sommes donc bien contentes de vous avoir gentiment menés en bâteau xD Ce chap est toujours du PDV de Kity :P Mais ne rêvez pas trop, c'est un conseil d'ami...
On veut toute une floppée d'avis donc faites exploser le compteur ;D
Bonne lecture !
Chapitre 21 : Les noyés doivent se réveiller !
Vous est-il déjà arrivé de vivre un cauchemar très réaliste ? Trop réaliste ? Dans lequel vous viviez les derniers instants de votre vie ? Dans lequel la brûlure de l'eau, dans votre trachée, atteignait vos poumons avant de griller votre cerveau ? Le court-circuit qui claque, la lumière qui s'éteint et le néant complet. Vivre la mort. En cauchemar, bien sûr. Puis, le réveil.
Car ce ne peut-être qu'un cauchemar puisque je suis réveillée.
Réveillée, vivante. Les yeux bien ouverts. Allongée sur une surface molle et douce. J'en déduis qu'il s'agit de mon matelas car il ne peut s'agir que de mon matelas mais, ce matin, il me parait bien plus profond que d'habitude. Jamais je n'ai ressenti ça, couchée sur mon matelas. Mais le plus étrange, c'est le ciel au-dessus de moi. Où est passé mon plafond ?
Il y a deux solutions. Soit j'ai décidé, en étant somnambule ou bourrée, de descendre mon matelas et d'aller me coucher dans le parc près de l'immeuble. Soit une tempête très puissante a éclaté cette nuit et le toit, ainsi que les quatre étages au-dessus de notre appartement, se sont envolés.
Alors, bêtement –si, si, ça m'arrive-, je reste là, allongée sur le dos, à observer le ciel sans me lever, ni tourner les yeux. En même temps, j'ai bien envie de tirer cette situation bien bizarre au clair, mais d'un autre côté je me sens fatiguée à l'idée de savoir ce qui s'est encore passé dans ma vie de merde… oui, parce qu'il faut bien finir par admettre que j'ai une vie de merde.
Et soudain, une énorme langue me balaye le visage tandis qu'une gigantesque tête de Saint-Bernard bavant me cache le ciel… Chups ? Chups. Chups !
-Chupinouuuu ! m'écriais-je en me redressant brutalement.
Je le serre du plus fort que je peux dans mes bras tandis qu'il se met en tête de baver sur la moindre parcelle de ma peau. Je me souviens encore du sort vert et meurtrier qui avait frappé Chups dans mon cauchemar. Promis, dés demain, je mène ma nouvelle quête enfermer cette sale garce blonde, j'ai nommé Siopéa, à Azkaban !
-Tiens, tiens, tiens ! T'as fait bon voyage, Kity-l'emmerdeuse ? s'enquit une voix.
Une voix bien étrange. Une voix qui m'a manquée, que je connais plutôt bien mais que je n'ai pas pu entendre depuis ce qui me parait être une éternité. Comme par réflexe, quand je m'étais redressée pour prendre mon chien dans les bras, j'avais fermé les yeux de bonheur. Le lieu et la situation dans lesquels je me trouve ne me faisaient plus ni chaud, ni froid, et j'aurais pu être au Groenland près d'un Igloo, que je m'en serais fiché comme de ma première paire de chaussette trouée. Ce qui fait que maintenant, j'hésite à me risquer à les rouvrir, appréhendant ce que j'ai à découvrir.
Et quand je les ouvre, je me rappelle de tous ceux qui prétendaient que j'étais dérangée… mais j'en étais pas encore à penser que j'étais dérangée même au sein de mes rêves ! On se rend jamais assez compte de sa véritable valeur…
A la vue d'une rousse au regard malicieux et aux cheveux courts, ainsi que celle du décor qui m'entoure, j'en viens à me demander… peut-il y avoir un rêve dans un cauchemar ? Franchement, je serais plus portée à dire que oui.
-Pam ! m'écriais-je, éberluée.
-ça faisait longtemps, hein ? me sort-elle.
-Depuis ta mort, tu veux dire ?
Elle éclate de rire et je me remets à contempler l'œuvre impressionnante de mon imagination nocturne et fertile. Autour de moi, ni parc, ni chambre… non… Vous visualisez un nuage ? Bah, rajoutez-y un canapé qui semble être fait de marshmallow, une porte dorée plantée au hasard dans le sol cotonneux puisqu'il n'y a aucune cloison et un cadre de tableau… mais façon télévision. Et, apparemment, au programme, il y a Grace dormant avec Oliver, dans leur lit. Un peu à l'écart, il y a un vieil et grand homme barbu. Donc, je suis sur un nuage avec une porte qui sert à rien, un canapé et une télé allumée sur Oliver&Grace's Sleepy Channel, qui se déplace lentement dans le ciel.
Mais le plus étrange… oui, le plus étrange, c'est qu'il n'y a pas de vent. Pas un gramme de vent. Comment un nuage peut-il avancer s'il n'y a pas de vent ? Expliquez-moi la logique. Je vais me plaindre au département des rêves ! Ils bâclent vraiment leur boulot, là-bas !
-T'as l'air en pleine forme, dis-moi ! lui fis-je la remarque. C'est qui, lui ? demandais-je, en pointant le vieil homme.
-Saint-Pierre… parait-il mais il est un peu trop tordu… tu trouves pas qu'il a un faux-air de vicieux ?
-Je ne vous permets pas ! s'offusque-t-il avant de se tourner vers moi, un air aimable au visage. Je suis Saint-Pierre et je suis ici pour vous faire passer les portes du paradis quand vous aurez lavé votre conscience et que vous serez prête à laisser derrière vous votre vie, sans remord, ni rancœur qui ne salisse votre âme.
-ça me parait dur… j'en ai pleins des remords…, soupirais-je, lasse.
-Parlez, mon enfant. Parlez, Dieu et Merlin vous écoutent.
Pam lève les yeux au ciel et je me fais la remarque que, bien qu'il manque le vent, le département des rêves a su rendre Pam bien fidèle à ce qu'elle était avant sa mort. Alors, c'est le paradis… ce qui expliquerait la présence de la porte en or, l'entrée pour le Paradis. Mais… où se trouve la sortie pour les Enfers ? Judicieuse question.
-Et ben, tout d'abord, j'aurais voulu ne jamais manqué de sexe et de Nutella, ni d'alcool. Et de ne pas avoir assez fumé. Comprenez-vous ? J'aurais pu faire un effort, quand même, je me déçois ! C'est si facile de se pourrir la santé et de crever jeune… pourtant, il a fallu que ce soit cette pétasse de Malefoy qui me bute ! Non mais, la honte, quoi ! J'ai les boules, c'est rien de le dire ! Je regrette aussi de ne pas pouvoir assister au mariage de James et Lily, et à celui de Paulo et Etta… et peut-être celui de Léo et Dana, ou celui de Grace et Oliver, qui ne devraient pas tarder. J'aurais voulu arriver à oublier Fred, tant qu'à faire. Et puis… trouver un mec vraiment bien à ma mère et un autre pour Peter qui va bien finir par assumer son homosexualité… J'aurais aussi voulu reconstruire la boutique d'Etta et aller faire un tour à un centre de relaxation… Mais bon, la vie est si décevante, si vous saviez, Pierrot… c'en est… invivable, achevais-je, désabusée.
xOx
Il a fallu que Pam vienne s'ajouter à Saint-Pierre dans ses explications répétés et que Chups hoche la tête encore et encore, pour que je sois enfin prête à concéder au fait que ce n'était pas un rêve bloqué dans un cauchemar. Je suis bien morte, Pam est bien morte et Chups est bien mort. Et on pourrait former le club très sélecte des « Victimes de la Poufiasse attitrée de la famille Malefoy ».
Donc, nous sommes tous morts et on est au Purgatoire. Bloqués aux portes du Paradis… je vous dis pas l'ambiance !
-Bon, tu vas me la filer cette télécommande, bon sang de bordel de merde ? m'énervais-je en tendant les bras vers l'objet ô combien désiré mais pris en otage par un monstre roux.
-Nan ! ricane Pam en la gardant précautionneusement hors de ma portée. Regarde son beeeaaau corps d'Apollon ! On aurait presque envie de le croquer…
-Zappe plutôt du côté de ta Zoey et laisse donc Fred où il est ! grinçais-je en évitant du mieux que je peux de regarder le cadre-télé.
Le problème c'est que j'en ai trop envie et que résister m'est de plus en plus difficile. J'entends l'eau de la douche, le jet d'eau qui coule, goutte à goutte, le long de son corps et des souvenirs viennent à la charge… c'est vrai. Il a un corps d'Apollon. Merde, j'ai craqué !
-Rends-moi cette télécommande ! sifflais-je, les joues brûlantes et les nerfs à fleur de peau.
-Bah pourquoi, Kity… ? Tu m'as pas dit, ya cinq minutes, qu'il ne te faisait plus aucun effet ? Que t'avais pas tourné la page, que tu l'avais carrément déchiré avant de la foutre dans la gamelle de ton clebs ? Alors… qu'est-ce que ça peut bien te faire de voir Fredou se prendre une p'tite douche ? minaude-t-elle.
Quoi ? Mais non, j'ai pas menti… j'ai juste… arrangé la vérité ? Bon, ok, j'ai menti ! Et alors ? Elle m'a prise de court, aussi ! Elle a commencé à me parler de Fred et j'ai tout nié en bloc parce que rien qu'entendre son prénom, me fait hérisser le poil… j'en ai marre, marre qu'il s'immisce dans ma vie alors qu'il m'a mise à la porte de la sienne ! J'en ai même oublié que j'avais dit à Pierrot que j'aurais voulu l'oublier avant de mourir et ce, devant Pam… l'amour rend con, c'est pas nouveau.
-Pierrot ! Pam veut pas me repasser la télécommande ! Elle la garde pour elle toute seule ! me plaignis-je au vieil homme qui était toujours à côté de la porte.
-Pamela, donner la télécommande à Catherine…
-Hihi, mon cul !
Un claquement de doigts plus tard et la télécommande s'évaporait des mains de Pam, pour réapparaitre dans les miennes. Je lance un clin d'œil à Pierrot avant de sourire hypocritement à ma voisine, qui me foudroie du regard.
-Fayote !
-Qui obtient toujours ce qu'elle veut, ça change tout ! répliquais-je en pointant la télécommande sur le cadre.
Je zappe du côté de la maison Potter que je trouve paisible puis du côté de mon appartement. Dana essaye de m'appeler sur mon portable avec le fixe. Ça ne répond pas, bien sûr, je suis matériellement parlant au fond d'un lac, ça complique les communications… Elle a un air anxieux collé au visage et j'ai envie de lui dire d'aller se coucher. Il est quatre heures du matin. Non mais franchement, ça peut attendre encore quelques heures. Je voudrais zapper mais… mes doigts ne veulent pas obéir, vilains !
Pam, à côté de moi, reste silencieuse et nous regardons, sans mot dire, Dana qui appelle, attend la mise en route de la boite vocale, raccroche, pousse un juron, fait les cents pas dans la pièce principale puis reprend le téléphone et rappelle. Un long cercle vicieux qui dure encore et encore. Et j'ai l'impression qu'elle ne se lassera jamais… jusqu'à ce qu'elle aille réveiller Sirius sans douceur et lui crier que j'ai disparu.
Je zappe et rends la télécommande à Pam.
xOx
En larme. Je suis littéralement en larme. C'est dingue, ce ne sont même plus des pleurs, c'est carrément les chutes du Niagara sur mon visage ! Et ça ne veut pas s'arrêter, ça continue encore et encore… comme si mon corps n'était qu'une immense bombonne qui n'est pas prête de se vider…
Dans le cadre-télé, se joue une scène assez particulière, je dois dire. La découverte de mon cadavre, dans le salon de ma mère. Siopéa a trouvé de bon goût de ne pas me laisser me décomposer dans le lac mais de me ramener directement chez elle, à la maison… c'est la voisine qui venait arroser les plantes, qui m'a découverte. Ma mère, toujours cachée au Ministère des Etats-Unis, a été presque instantanément prévenue et la voici, me serrant dans ses bras, déchirée de sanglots. Autour d'elle et de mon corps, s'amassent Lily, Dana, Sirius, Grace, James, Paul, Peter, Remus… Et leurs peines, leurs souffrances, leurs cris… chaque soupir, chaque larme, chaque coup au cœur, tout me revient en pleine figure et j'ai envie de redescendre. Juste le temps de leur dire que je suis toujours là, seulement un peu plus haut qu'eux, que je les entends, que je les vois, que je les suis. Que je les aime. Je ne veux pas qu'ils faiblissent à cause de moi. Je veux qu'ils deviennent encore plus forts, je veux qu'ils fassent front, qu'ils se battent ! Ma mort n'est rien, ils ne doivent pas flancher ! Ils n'ont pas le droit !
-Laissez-moi redescendre ! Il faut que je leur parle, ça va pas du tout, là ! lançais-je à Pierrot, derrière mes larmes.
-C'est interdit, je suis désolé, m'informe-t-il.
-Mais…
-Je suis navré, mais la législation est très stricte et il est tout bonnement interdit de retourner sur Terre quelques instants, sans raison valable, me dit-il, en souriant platement.
-Sans raison valable ? Non mais vous vous foutez de moi ? Vous les voyez pas ? Vous voyez bien leur état ! Il faut absolument que je leur dise que je vais bien et qu'ils n'ont pas à s'en faire !
-Vous êtes morte, Catherine... je doute que ça les rassure beaucoup de vous voir réapparaitre pour les prévenir que vous allez bien…
Okay, c'est très juste. C'est même carrément la vérité. Mais je ne peux quand même pas les laisser se lamenter juste parce que… je vais bien ! Je trouve même que je pète la forme ! C'est fortifiant la mort, ça donne un petit je-ne-sais-quoi raffraichissant… Mais j'y pense… je n'aurais plus à travailler… c'est un peu comme si j'étais à la retraite avant l'âge. Bref, je m'égare.
-On peut toujours tenter, non ? insistais-je, prête à refaire sortir mon air de business-woman. Après tout, qu'est-ce que l'on risque ?
-Vos amis pourraient mal réagir… très mal réagir. Et j'aurais quelques retours de bâtons ! Mon métier ne s'exerce pas à la légère, Catherine ! me fait-il remarquer.
-Oh, un petit écart de temps en temps ne peut pas…
-Kity ! Etta est arrivée… euuh, elle est repartie, intervient Pam, l'air perplexe. Je me demande bien où elle va. Et c'est qui, celui-là ?
Je me retourne vers le tableau-télé et vois en effet Etta qui ferme la porte derrière elle, laissant Paul et Grace près de mon corps. L'une secouée de sanglots, le second comme statufié, immobile. Moi-même, je n'en mène pas large… c'est assez spéciale de voir son cadavre, son corps affrreusement blanc et flasque. Déjà, se voir de l'extérieur, ça fait un choc mais en mode pantin désarticulé… ça rajoute une petite touche d'horreur qui n'est pas sans rajouter son petit effet à la scène.
-C'est Paulo. Le copain-fiancé-homme-sa-vie d'Etta, la renseignais-je en haussant les épaules.
-Ooooh, le fameux Paul avec qui Etta s'est envoyé en l'air ! s'écrie-t-elle avec un regard malicieux. Je vois, je vois, je vois… Alors, voyons ça de plus près… Où est le zoom sur cette télécommande, bordel ? Ah voilà ! Donc… oh Par Merlin, vise ses yeux ! Ma-gni-fiques ! Hum, hum… grand, brun, joli cul… hum, hum… un peu guindé mais très classe… hum, hum… très aristo, quand même, hum ?... un truc est certain, me lance-t-elle en hochant le menton, pensive.
-Ah ouais ? marmonnais-je, peu enthousiaste.
-Ouais. Etta a appris de sa catastrophe avec l'autre con de Thomas… elle ira loin, cette petite, très loin !
Oh oui, très loin… mais pour l'instant, j'aimerais surtout savoir où elle va, maintenant ! Je pique la télécommande à Pam qui est toujours à observer sous toutes les coutures Paulo et fais en sorte que… la caméra ? L'œil dans le ciel ? La vision céleste ? Le satellite ? Bref, que le truc-bidule-chouette-avec-une-très-bonne-vue se focalise uniquement sur les pas d'Etta. Ou plutôt sur son transplanage. Dans un très grand manoir. Enorme. Et luxueux. Soit c'est la maison de campagne des Carbury, soit ça sent le roussi…
-C'est quoi cette baraque ? demandais-je à Pam, dans l'espoir qu'elle soit plus renseignée que moi mais…
-Manoir des Malefoy.
-Etta…, soupirais-je, accablée. Bon sang mais regardez le désastre quand je suis pas là ! Faites-moi redescendre tout de suite !
-Non.
-Mais elle va mourir ! C'est une raison valable quand même, ça ? m'écriais-je, tandis que Pam gueulait à la télécommande de faire pause –bien sûr, on y croit tous…
-Oh vous savez, moi, la vie et la mort…
xOx
Elle l'a tuée. Etta a tué Siopéa. Et bel et bien tué. J'étais sidérée. Et Pam, tout autant. J'en ai laissé tomber les pans de l'habit de Sain-Pierre que je secouais comme un prunier, dans le but qu'il finisse par me laisser descendre –notez bien que c'est mal barré et que ça fait maintenant cinq jours qu'on est toujours bloquées dans ce satané nuage ! Au début, quand nous l'avons vu se faire frapper et ensorcelé par sa grande sœur, on était folle de rage avec Pam –surtout à l'idée que ça a pu être elle, etta, qui est allée se foutre dans la gueule de loup de son plein gré- mais, ensuite, quand nous avosn vu la situation s'inversée… on était sécrament fière. Jusqu'à cet Avda Kedavra. Ça nous a scotché, on n'en revenait pas… Etta qui était incapable de faire du mal à un elfe-de-maison. Mais c'est ce qui se passe quand on titille trop une Maman ours en s'attaquant à ses bébés… Etta voulait juste protéger Grace, Oliver, Fred et Paul… les protéger comme on l'a protégé. Et Siopéa méritait la mort, pas pour la mienne en particulier, mais pour toutes les autres et les horreurs qu'elle a fait subir. Il n'y avait aucun autre moyen de l'arrêter.
Et, à présent, Etta est en Ecosse à tenter de se reconstruire, d'oublier ou juste le changement d'air. Elle est dans une chambre d'un hôtel banal et à faibles frais. Elle lit, elle boit du thé, fait un tour dans des parc de fleurs mais la plupart du temps, elle est à sa fenêtre à regarder fixement le ciel. Les longs nuages se succèdant, suivant le cours du vent. Elle ne fait rien de spécial. Elle pense surtout et souvent des larmes silencieuses apparaissent, des murmures sans sens passent les barrières de ses lèvres mais ses yeux restent ouverts, levés vers le ciel. Et les notres, rivés vers le sol.
Je regardais toujours Etta qui elle-même regardait toujours le ciel quand l'image changea brusquement et attérie dans la chambre dévastée de Fred. Ebahie, je sursaute quand le vase qu'il tenait alors dans ses mains alla s'écraser contre le mur. Autour lui, gissaient des débris divers de sa chambre, les tableaux sont de travers et les fenêtres sont brisées. Je ne l'ai jamais vu comme ça. C'est vrai, je l'ai déjà vu en colère, irrité, furieux… et fou de rage. Mais jamais à ce point. Il va et vient, d'une démarche endiablée, dans la pièce puis, enfin, il s'arrête devant la seule photo encore intacte sur les murs. Celle que j'ai remise dans mon tiroir après qu'elle eut mystérieusement apparue sur l'un des murs de mon bureau… la photo de groupe. Etta en avait donné un double à chacun. Je vois le regard de Fred devenir intensément triste et… je me vois, à sa place quelques jours plus tôt, à me demander comment on avait pu en arriver là. Nos vies déchirées, nos amours ensanglantés et nos futurs assombris. On était tous tellement heureux à cette époque. Il effleure le verre du cadre avant de reculer de quelques pas et de s'effondrer sur son lit. Une larme surgit. Unique et roulant sans détour de ses paupières à ses lèvres.
-Il regrette, souffle Pam.
-Quoi ? demandais-je, la voix rauque et la gorge douloureuse.
-Toi. Il te regrette, toi.
-On ne regrette pas ce qu'on a voulu oublier, effacer. Il m'a effacée, bien avant ma mort.
-C'est ce qu'il a cru. Kity, bordel, ouvre les yeux ! s'énerve-t-elle.
-Non, vous, ouvrez les yeux ! Il m'a jetée ! Il m'a remplacée ! Et après, on s'est jamais revus et ça n'a pas eu l'air de le gêner ! ça ne l'a pas gêné ! Alors, arrêtez… arrête…, chuchotais-je en retenant mes larmes.
Tout me revient en pleine figure. Tout. En fait, la mort, c'est pas si cool que ça… les vieilles –ou pas si vieilles…- douleurs ressurgissent. Je revois chaque moment passé avec Fred, je revois nos rires, nos baiser, nos nuits, nos promesses d'amour… mais aussi nos prises de têtes, nos cris, les portes qui claquent, la vaisselle qui se brise. Et notre rupture, ma faiblesse, ma déchéance, mes pleurs. Rien n'est laissé au hasard, chaque débris de souvenir me torture. Et je dois respirer profondément, garder mes larmes prisonnières de mes paupières et me forcer à sourire comme je sais si bien le faire.
-Bon ! Laissons Monsieur faire sa sieste réparatrice et file-moi la télécommande, pour une fois, espèce d'égoïste ! Tu choisis toujours qui on regarde ! l'accusais-je en accentuant mes élans de bonne humeur soudaine.
-Kity, tu sais que t'es en train de me prendre pour une conne et que… ?
-Zappe ! la coupais-je, brutalement.
-Okay, capitule-t-elle. Allons donc voir, ma chérie à moi !
xOx
Avec Pam, nous regardons Grace et Oliver dans leurs recherches désespérées, inlassables et anxieuses d'Etta qui se terre en Ecosse. Ils les mènent activement, ne prenant rien à la légère, ils s'acharnent entre leurs pleurs et leurs soupirs. Fred accompagne leur quête mais il préfère la faire seul, de son côté, comme si la compagnie lui était trop pesante. Et, nous, de là où on est, on fait le peu qu'on puisse faire les suivre et être de tout cœur avec eux. Saint-Pierre nous dit sans cesse d'arrêter de s'accrocher à la vie qui se joue en bas, qu'on ne pourra jamais passer les portes du Paradis, en étant si touchées par les évènements qui s'y déroulent… mais c'est comme demander à un oiseau de ne plus utiliser ses ailes.
Souvent, très souvent même, je zappe du côté de Dana et Sirius. Je ne les vois jamais ensemble, côte à côte, à se parler ou même à se regarder. Ils sont toujours là, dans cet appartement qui n'a pas changé, à s'ignorer, se passer à côté sans même un regard ou alors ils sont dehors Sirius dans ses bars Dana n'importe où, le plus loin possible de tout lieu que j'ai cotoyé. Je me doute que mon souvenir, mon parfum ou chaque objet que j'ai touché doivent les hanter… mais ce que je sais mieux que tout autre chose, c'est que ma disparition a creusé un encore plus profond fossé entre eux deux. La seule fois que Sirius a adressé la parole à Dana, c'était hier et elle ne lui a pas répondu. Il lui a dit qu'il avait trouvé un autre appartement miteux mais qu'il pourrait payer avec son salaire d'auror, qu'il partirait dans une semaine. Et Dana n'a pas réagi, n'a pas eu l'ombre d'un sentiment face à sa révélation. C'est seulement quand Sirius est sorti qu'elle a haussé les épaules, en fixant le mur face à elle.
Lily et James viennent tous les jours pour les voir mais Dana les ignore aussi. Elle ne veut pas parler. Elle ne veut plus rien faire, à vrai dire, et ça abat tellement plus Lily qui, à son contraire, à besoin d'épancher ce qu'elle ressent. Elle a besoin de partager avec Dana, je le sais. Je la connais par cœur. Je sais qu'elle a besoin de Dana pour avancer après ma mort mais je sais aussi que Dana veut être seule. Je sais aussi qu'au fond d'elle, elle m'en veut terriblement. D'avoir disparu comme ça, de l'avoir laissée… de lui avoir fait croire que j'étais forte et que je serais là quoiqu'il arrive pour l'aider. Tout ça pour qu'ensuite je ne trouve rien de mieux que de me laisser tuer par Siopéa. Oui, je sais qu'elle m'en veut… j'étais celle sur qui elle s'appuyait, j'étais celle qui la rassurait, j'en étais bien consciente et je l'ai abandonnée. Après maintenant huit ans d'amitié, pendant lesquelles elle ne m'a jamais trahie, voilà que je lui plante ce poignard dans le dos… Oh, Dana, si tu savais comme je suis désolée…
Sous ses apparences solides, Dana est bien plus fragile que Lily. Remus lui a brisé le cœur et elle n'est pas si sûre d'elle qu'elle le laisse paraïtre. Je sais que Lily surmontra ma mort… ce n'est pas que je ne comptais pas pour elle. C'est qu'elle a James, qu'elle est forte et qu'elle ne m'idéalisait pas comme Dana le faisait. Bien sûr, elle était une excellente amie, je l'adorais et elle va me manquer énormément mais il n'y a jamais eu cette complicité que j'avais avec Dana. Ou avec Etta. Ou Sirius. Si on avait été franches, on se le serait avoué bien avant…
Pam zappe et nous tombons sur une scène bien particulière Peter devant une table de poker qui est en train de perdre tout son fric… c'est bien, mon raton, tu vas vite nous rejoindre, assassiné dans une ruelle par des tueurs à gage payés par des mecs à qui tu dois un bon paquet de billets. Pam ricane et je dois dire que je suis à deux doigts de la rejoindre dans sa moquerie. Il a l'air vraiment touché par nos morts, celui-là… ça a l'air de lui chavirer le cœur, de lui arracher les entrailles et de lui donner des nausées insupportables… ah bah non, c'est juste le nombre phénoménale d'argent qu'il vient de paumer ! Comme c'est balot !
-ça devient trop pathétique, là ! J'zappe ! déclare Pam. Tiens, si on allait voir le Prince Charmant de notre Etta nationale ?
-Oh, Paulo !
Et en effet, voilà que l'on se retrouve dans la voiture de Paulo qui roule à plus de cent cinquante sur une petite route de campagne, sinueuse et étroite. Sa conduite est brutale et la boïte de vitesse de sa Jaguar en pâtit horriblement. Son regard dur est rivé devant lui et rien ne semble réellement l'atteindre. Où va-t-il ? Je n'en sais trop rien mais quand je vois le prochain panneau d'indication de ville, j'ouvre de grands yeux ahuris… en Irlande ? Il est en Irlande ? Une photo d'Etta sur le siège passager me met sur la voie… Il cherche Etta. Le vrombrissement du moteur furieux accompagne son ahurissante avancée… moi-même qui ne respecte pas les restrictions de vitesse, je n'ai jamais dépassé les cent trente.
-Kity, soupire-t-il alors, le regard un peu moins froid. Si tu étais encore là, tu saurais, toi, où la chercher… Tant pis, je ferai le tour de la Terre pour lutter contre mon inutilité, Kity, mais je te promets que je la retrouverai. Je ne la laisserai pas… j'ai trop besoin d'elle. Tu le savais depuis longtemps mais, maintenant, moi, je le sais.
Son pied s'enfonce un peu plus sur l'accélérateur si c'était encore possible et la sublime voiture bondit en avant. Son regard redevient déterminé.
-En Ecosse ! Elle est en Ecosse ! m'exclamais-je, désespérée. Pierrot, ok, je peux pas redescendre mais je peux au moins lui envoyer un petit message ? Juste une lettre ? Un bout de papier ? un signal de fumée ?
-C'est non. Toujours et encore non…
-C'est une poupée qui dit non, non, non, non, non… toute la journée, elle dit non, non, non, non, non…, marmonnais-je en le foudroyant du regard.
xOx
Ma mère est là avant tout le monde. Noire de haut en bas, mais surtout habillée par ma tante de haut en bas. En larme et tenue par sa sœur, maman avance et chaque pas semble être fait au prix d'un effort colossal. Evidemment, je pleure et j'ai tant envie… tant envie de la prendre dans mes bras. Mais je n'existe plus et je ne peux que la regarder me pleurer, débuter mon deuil. Et plus je l'observe, grise et survivant plus que vivant, plus je me vois, moi, pendant toute mon adolescence, m'éloignant toujours un peu plus d'elle. Tout nous opposait. Elle m'irritait et je n'étais pas sa fille complice qu'elle avait sans doute toujours rêvée. Celle avec qui elle aurait fait du shopping, parlé de garçons, regardé des films à l'eau de rose ou... celle qui se serait confiée à elle. Il y a toujours eu ce mur entre nous, cette muraille de Chine infranchissable que nos conversations prolongées et coutumières au téléphone entretenaient. J'aurais dû lui dire à chaque fois que je le pouvais que je l'aimais de tout mon cœur mais… je suis tellement nulle pour ces choses-là. Tellement à côté de la plaque.
C'est alors qu'un murmure scandalisé secoue la foule d'hypocrites et de proches venus à mon enterrement… Etta. Je souris à travers mes larmes que Pam a la bonté de ne pas commenter. Sa tenue est pareille à un arc-en-ciel et elle porte même les lunettes que Pam lui avait offertes avant sa mort. Celles en forme de cœur. Mais, elle… non, elle, elle ne sourit pas. Elle a beau porter des couleures vives, elles resteront toujours grises… couleurs grises. Panage de toute personne endeuillie, de toute vie bousillée… et je sens notre éloignement. Pour la première fois depuis trois ans, Etta n'est plus près de moi. Ces dernières années, on n'a jamais passé plus d'une semaine sans se voir. L'éternité me semble si longue, à présent. Qui aurait cru, avant ma Septième année, que je puisse me lier d'amitié avec cette petite Serpentard que je pensais si… différente ? Il y a toujours ces suprises dans la vie… ces surprises qui changent nos vies. Et d'autres qui vous les brisent. Vos vies.
Elle s'approche alors de Fred qui ne s'est pas retournée, impassible et sourd au monde extérieur. Elle passe une main dans la sienne et enfin, il pivote de son côté. La surprise puis un extrême soulagement passent dans son regard vert… si vert. Oui, toujours aussi vert.
-Je l'ai arrêté, Fred. Cassiopéa, je l'ai arrêté. Tout est fini. C'est fini.
-Etta, Oh Merlin soit loué ! s'écrie Oliver en la prenant dans ses bras. Mais où t'étais passée, bordel ?
Grace pleure de bonheur et se rue sur elle. Et Fred, lui, serre fortement la pression de ses doigts sur les siens. Il a compris et il le lui dit… « je serai là, Etta, comme j'ai toujours été là ». Comme, moi, je ne le serai plus jamais. Je n'ai qu'à porter un seul regard à Pam pour comprendre qu'elle ressent exactement la même chose…
On n'est plus là, on ne sera plus jamais là. C'est fini, Etta a raison, tout est fini. Je suis morte. Pam est morte. Chups, grognant paisiblement à mes pieds, est mort. Mais notre Monde continue de vivre, les fleurs continuent de fâner, le vent de souffler, les Hommes de faire l'amour comme la guerre… les minutes s'écoulent de la même façon. C'est juste nous, laissées sur le banc de touche. On a été distancées. Que ce soit juste ou non, de notre faute ou non, c'est ainsi et rien ne ourra jamais y changé la moindre chose. Pierrot a raison, nous n'avons plus rien à faire parmi eux, tous ceux que nous aimons. Nous y attarder nous ferait plus du mal que de bien. Cet enterrement n'est pas le mien mais le notre. On nous enterre, moi et Pam, nos souvenirs, nos existences et tout ce qui faisait de nous ce que nous étions. En bien et en mal. Et ils nous disent au revoir.
Au revoir, Pam, Kity. Vous avez compté pour nous mais il est temps de vous en aller. Laissez-nous vivre… laissez-nous vous échapper.
Pam et moi, nous nous levons sans parler en plein milieu de ma cérémonie funèbre. De notre cérémonie funèbre. On s'est jamais véritablement comprises de notre vivant mais la mort nous laisse présager une bien autre relation… la mort, je crois que ça rapproche vachement !
-On est prêtes, Pierrot, déclarais-je.
-Ouais, on crève d'envie de voir comment est foutu le Paradis ! Hein, Kity ?
-Oh que oui, Nom de Dieu !
Avec un rictus pour mon blasthème, Pierrot nous ouvre tout de même cette porte dorée. J'allais y pénétrer quand… dans un murmure lointain…
-Je t'ai toujours aimé, Kity…
Je me retourne et la vision, encastrée dans le cadre-télé, de Fred, les yeux baissés sur ma tombe bientôt recouverte, laissant tomber une rose blanche me brûle la rétine. J'en reste muete et figée.
-Alors, Kity, qui avait raison ? minaude Pam.
-JE VEUX REDESCENDRE ! hurlais-je en me ruant sur Pierrot.
Si ce n'est pas trop demander, bien entendu…
On vous a bien eu, hein ? Allez, dites-le, faut l'avouer, on vous a bien eu... Mouhahaha ! Une ptite review, quand même ? *voix implorantes* Après tout, on a quand même mis Kity et Pam au paradis, c'est-y pas beau ? *évite les tomates pourries* Bon ok... rho...
