Titre : Tu pourrais…

Auteur : Courtepointe

Petite note : Quel retard affreux ! J'ai eu beaucoup à faire dernièrement alors je reconnais que j'ai pris plus de temps pour rédiger cette suite… (et finalement, elle est même postée de France !) En espérant qu'elle vous plaira quand même…


Réponses aux reviewveurs masqués

Pandamustang : Merci d'apprécier cette histoire et de la suivre avec autant d'enthousiasme ! J'espère que tu n'as pas trop attendu la suite ! Bonne lecture^^ !

Uriel 7 : Oui^^ ! Blaise fait la même chose que Ron avait fait pour lui… Mais je doute qu'il compte les points. Lol Ni même qu'il se rende compte de ça… Melville est pénible oui. Mais bon, Millicent l'a un peu poussé aussi alors forcément… Et c'est vrai qu'ils ont été ensemble pendant un an donc bon, il y a de quoi tenter un rapprochement. Blaise lui a déjà dit qu'il ne voulait pas se remettre avec lui. Le message n'est pas très bien passé apparemment. (logique si Milli passe derrière et dit le contraire). Pour la séduction… à voir^^ ! Bisous et merci pour tes remarques !

Jessica : Hello^^ ! Aha, j'étais vraiment pas sûre de pouvoir rendre ce match intéressant ! Et j'avais peur qu'il soit trop long !Mais bon, il fallait que je fasse une petite description et ça permet de mieux comprendre ce que ressent Ron à la fin… ^^ Je suis si contente que tu aies ressenti toutes ces émotions en le lisant ! Et je suis rassurée de voir que tu n'as pas trouvé ennuyante cette succession d'actions et de buts ! XD On stresse avec Ron, pas vrai ? Bon, c'était un peu le but ! Et oui, Melville est un connard mais un connard qui assure ! (ok, ça le rend encore pire !) Hihi,la deuxième partie est sympa hein ?^^ Tu devrais voir la photo d'un colibri féérique sur wiki, c'est tout chou^^ ! et puis c'était marrant de laisser ce petit oiseau être le patronus de Blaise^^ ! Blaise sait bien le réconforter, c'est vrai, il est délicat et sait s'y prendre avec lui…^^ Bref, comme tu le dis, il est parfait. Ron a bon goût hein ? XD Mais c'est vrai que Blaise est un soutien important pour lui. En tout cas ça fait du bien de les voir réunis tous les deux, sans se battre ni rien. Petite pause douce avant les prochains événements… Bonne lecture ! J'espère que tu apprécieras tout autant ! Merci pour tes encouragements !^^ Bisous !

Wonderwall : Aha, Blaise est parfait, hein ? C'est dingue qu'il sache ce qu'il faut dire quand il n'a pas la moindre idée de la manière dont il faut procéder pour séduire quelqu'un. Il fait ça très bien tout naturellement. Pour l'affaire qu'a défendue Hermione et le 11 octobre… tu as le nez fin !^^ Il y a bien un petit lien entre les deux ! Eh oui, Melville est culotté. Très sûr de lui et tout. Maintenant, reste à savoir si c'est de la vanité ou pas. Pour la technique de déstabilisation… Non, c'est juste Melville en fait, il est pas calculateur à ce point, juste arrogant. Bonne lecture à toi pour ce match!

Umiko : Tu as reviewvé le chapitre 8 alors je ne sais pas si tu es arrivée jusqu'ici mais si c'est le cas je tenais à te remercier pour ta review et te dire qu'elle m'a fait très plaisir. Contente que cette histoire te surprenne et ne soit pas trop prévisible ! Et super ravie que tu élabores des scénarios possibles pour la suite mouahhaha tu verras bien…^^ ! Bonne lecture en tout cas !

BlaiseRonaldina : L'attente a été longue mais devant tant d'empressement, vous voilà servie !


Chapitre 21 : À propos de séduction…

Ron changea de position, laissant ses jambes glisser sous les draps dans un froissement imperceptible. Ses bras vinrent remonter autour de son visage tandis que ses yeux papillonnaient doucement au réveil. Encore étourdi par le sommeil, il s'étira lentement, profitant de la langueur du matin.

Il était sur le point de se rendormir, relâchant ses muscles, quand le souvenir du match et de la défaite lui revinrent en mémoire. Sa mâchoire se crispa à ce souvenir et il serra les poings, cette fois tout à fait réveillé. Il se leva lentement, progressivement assailli par un sentiment de défaite. C'est à ce moment-là qu'il se rappela la fin de sa soirée et le réconfort que lui avait apporté Blaise. Il fit rapidement le tour de sa chambre des yeux mais ne trouva aucune trace du brun.

Rentré chez lui ? pensa-t-il en fixant la porte distraitement. Il fronça les sourcils en constatant que son absence le contrariait et il se morigéna intérieurement lorsqu'il se rendit compte qu'il aurait préféré qu'il reste avec lui pour se réveiller à ses côtés. Juste pour pouvoir se blottir contre un corps chaud et se sentir protégé et consolé comme la veille.

Il avait vraiment un problème d'égoïsme.

Demander ça à Blaise, c'était lui donner de faux espoirs quant à leur relation. Ron commençait à regretter d'avoir laissé le jeune homme le réconforter la veille, il avait l'impression de profiter de lui. Parce qu'il ne retournerait probablement pas la faveur.

Le pire, c'est qu'il n'avait aucune idée de l'avenir qu'il avait avec Blaise. Il ne savait pas s'il était capable de lui faire à nouveau confiance, et à l'heure actuelle, la réponse était plutôt non. Non il ne lui pardonnait pas, non, il n'oubliait pas le sentiment de trahison qu'il avait ressenti en découvrant ses mensonges et en encaissant sa réaction désinvolte.

Le voir rouvrait quelques blessures qu'il n'avait pas guéries, s'imaginer sortir à nouveau avec lui était au-dessus de ses forces. Au-dessus de son courage, au-dessus de ce qu'il pouvait accepter. Parce que s'il s'abandonnait à nouveau dans leur relation… et s'il lui mentait encore, alors Ron savait qu'il ne s'en remettrait pas. Mais c'était facile de laisser Blaise le consoler, c'était facile de le laisser prendre soin de lui et le distraire.

Ca lui faisait pourtant probablement autant de mal que de bien.

Il pourrait glisser dans leur ancienne routine si aisément… Mais Ron s'y refusait.

Il retint un bâillement et passa sa main dans ses cheveux, se décoiffant machinalement. Prise de tête. Il ne voulait pas y penser. C'était trop compliqué, il ne voulait pas réfléchir à tout ça. Il laisserait les choses se faire et il verrait jusqu'où il pouvait aller.

Le jeune homme pénétra dans le salon, frottant ses yeux fatigués. Son regard fut attiré par la table basse où trônait un bouquet de fleurs. Pas celui de l'avant-veille, il l'avait déjà mis dans un vase et posé quelque part par acquit de conscience… Un léger sourire s'empara malgré lui de son visage quand il se rapprocha du bouquet.

Il s'était trompé, il ne s'agissait pas de fleurs : au bout des tiges volaient doucement de petits oiseaux colorés en verre, animés par un sort.

Il observa le bouquet enchanté, se laissant charmer par les oiseaux de verre. Il n'avait pas oublié le spectacle de la veille et le côté merveilleux que lui avait offert le brun. L'espace d'une soirée, il avait mis de côté son sentiment d'abattement… Blaise était capable de tellement de belles choses…

Une carte accompagnait le présent et Ron secoua la tête en la lisant, amusé :

Ils peuvent aussi se fixer au plafond

et tourner indéfiniment pour te ramener à ta tendre enfance…

-Crétin ! rit-il en jetant la carte sur le canapé où il se laissa tomber peu après.

Après un moment passé à regarder les petits oiseaux colorés voler autour des tiges qui ployaient sous leur poids, il se décida à préparer son petit-déjeuner et se leva pour rejoindre la cuisine. Il vit en passant plusieurs messages sur sa boîte vocale clignoter mais choisit de les ignorer pour passer une matinée tranquille. Sûrement des messages de réconfort de ses proches, des mots inutiles pour le consoler, des plongées dans la déprime assurée.

Honnêtement, il n'était pas au meilleur de sa forme et certaines scènes du match ne cessaient de lui tourner dans la tête mais… Blaise avait raison. Il devait avancer. Au moins, arrêter de broyer du noir, ça ne servait à rien.

Il rendrait bien une petite visite à sa famille pour le déjeuner… Oui, il allait faire ça. Rien de mieux que la tarte à la mélasse de sa mère pour lui remonter le moral…

Et putain, il en avait besoin.

Ou peut-être qu'il ferait ça dans la soirée… Pour le moment, il n'avait envie que d'une seule chose, c'était se blottir sous sa couette et attendre que le temps passe inexorablement. Avalant lentement son café, ses yeux se perdirent dans le vague, se remémorant le match inlassablement. Il finit par aller se recoucher dans son lit, décidant de regarder un film pour se changer les idées.

&&RWBZ&&

Blaise lisait les rapports financiers d'une de ses filiales en Amérique du Sud, parcourant rapidement les graphiques, son regard analysant d'un œil aiguisé les courbes qui s'alignaient sur le mur en face de lui. Il allait agrandir un graphique lorsqu'une lumière sur son bureau clignota. D'un geste, les courbes disparurent des murs et il fit pivoter son siège de manière à faire face au nouvel arrivant.

Geoffrey referma la porte de son bureau en s'y adossant, lui dédiant un sourire.

-Qu'est-ce qui t'amène ? demanda Blaise en étendant ses jambes devant lui, s'étirant nonchalamment.

-Je viens chercher ma récompense, bien sûr.

-J'ai l'air d'avoir un ruban autour du cou ?

-Oui, c'est exactement ce que je dis, approuva Geoffrey en lui rappelant d'un geste qu'il portait une cravate.

Blaise sourit, jetant un rapide coup d'œil à la pièce de tissu qui tranchait sa chemise blanche d'une touche de couleur.

-Approche, assieds-toi, l'invita le brun en désignant du menton un siège qui lui faisait face.

Geoffrey obéit, son sourire s'agrandissant. Il passa une main derrière son dossier, prenant ses aises.

-Qu'est-ce qui t'amène vraiment ? demanda à nouveau Blaise, amusé par son attitude désinvolte.

-Tu me déçois, je suis là pour toi, bien sûr, répliqua le joueur avec une petite moue.

-Moi ?

-Eh bien, je voulais fêter notre victoire avec toi… Je me suis dit qu'on pourrait tenter un nouveau record…

-Notre victoire ? releva le brun en haussant un sourcil sceptique.

-Tu es fâché parce que ton équipe a perdu ? Allons, tu sais tout comme moi que ça ne fera qu'attiser la valeur des Canons… Une défaite de temps en temps rend les compétitions moins… ennuyantes. Et les prix plus intéressants et sujets à variation. Ce n'est pas à toi que j'apprends ça quand même.

-Effectivement, admit Blaise. Je ne suis pas fâché, tu sais que j'ai un faible pour les Flèches… sourit-il.

-Et donc, à propos de notre record…

Le brun émit un léger rire, secouant la tête.

-Tu ne l'as pas encore cassé avec un autre ? interrogea-t-il distraitement.

-Oh mais qu'entends-je, Blaise ? Serait-ce de la jalousie dans ta voix ? se moqua Geoffrey alors que le brun levait les yeux au ciel.

Il le fixa un moment dans les yeux avant de faire un signe négatif du doigt.

-Non, je n'ai pas cassé notre record, affirma le jeune capitaine. Ce jeu-là, c'est entre toi et moi, c'est sacré. 23 positions en une nuit, je dois reconnaître que je n'ai rien expérimenté de tel depuis…

-Tourne la page, Geoffrey, ce n'est pas bien de vivre dans le passé, ironisa Blaise.

-Tu insinues que tu as trouvé mieux depuis ? Impossible.

Blaise haussa les épaules, laissant un léger sourire flotter sur ses lèvres.

-Je voulais t'inviter à dîner, reprit Geoffrey d'un ton assuré. Et ne crois pas que j'ai oublié cette histoire de dégustation de vins…

-Je ne pense pas que ce soit une bonne idée…, répondit franchement le brun en penchant légèrement la tête de côté.

-Pourquoi ? Maintenant que la coupe a été remportée, je vais avoir du temps. Beaucoup de temps. Et je compte te le consacrer, Blaise.

Blaise ne répondit que par un sourire, haussant les sourcils.

-J'avais cru comprendre que tu étais libre… s'avança Geoffrey.

Cette fois-ci, le brun prit une lente inspiration, esquissant une moue ennuyée.

-Ce n'est pas vraiment de mon fait, finit-il par déclarer. Ca ne signifie pas que je veux qu'on revienne ensemble…

-C'est parce que tu as oublié comment c'était quand on était ensemble, affirma Geoffrey.

-Non. Je n'ai pas oublié. Je ne…

-Alors comment peux-tu dire ça ? l'interrompit le jeune sportif. On est des prédateurs, on est fait pareils. C'était sauvage entre nous, il y avait un truc, tu ne peux pas le nier, s'anima-t-il. Une passion pareille, ça laisse des traces. Tu le sais, Blaise.

-Non, je…, reprit le brun.

-Tu as eu peur de ce qui pouvait arriver entre nous. Tu as peur de ce qui nous relie. Ne le sois pas, murmura Geoffrey en se penchant par-dessus le bureau, collant quasiment son front au sien.

-Je n'ai pas peur. Geoffrey ! s'exclama le brun, exaspéré, le repoussant d'un geste vif lorsqu'il tenta de l'embrasser. C'est fini, tu l'avais compris alors pourquoi tu reviens maintenant ?

-Parce que je me suis laissé dire que tu regrettais la manière dont ça s'était fini entre nous, lui répondit sérieusement le jeune homme, le fixant droit dans les yeux.

-Tu t'es laissé dire… répéta lentement Blaise.

-Tu sais que je suis resté en contact avec tes amis d'enfance…

-Je suis au courant, oui, répondit le brun, agacé.

-Il semble qu'ils prennent soin de toi et veulent te voir heureux… Si tu regrettes de m'avoir quitté, n'aie pas peur de revenir me voir. J'ai toujours eu un faible pour toi et ma porte te sera toujours ouverte.

-Rends-moi service, oublie ce que mes amis ont pu te dire, visiblement, ils se sont trompés. Je suis désolé de cette situation, je ne…

-« J'avais tort à l'époque de vouloir le quitter. » C'est bien ce que tu as dit, non ? l'interrompit le sportif.

Blaise ne répondit rien, ouvrant la bouche sans prononcer un mot. Il cligna des yeux, troublé. Sa réaction évidente fit sourire Geoffrey.

-Tu vois ? murmura-t-il tendrement. Tu le reconnais toi-même… Mais je ne t'en veux pas tu sais ? Je ne t'en ai jamais voulu.

-Je…

Blaise prit une lente inspiration, tentant de rassembler ses idées.

-Qui t'a rapporté ces paroles ? demanda-t-il finalement.

-Millicent.

-Millicent, répéta Blaise pensivement. Millicent. Ce n'est pas ce que tu crois, déclara-t-il abruptement. Je veux dire, oui, j'ai bien dit ça mais c'est complètement sorti de son contexte et…

-J'ai du mal à imaginer un contexte dans lequel cette phrase voudrait dire autre chose, le taquina Geoffrey en s'asseyant sur son bureau, lui jetant un regard peu dupe.

Blaise resta silencieux, baissant les yeux sur son bureau. Il se mordit la lèvre inférieure et finit par relever la tête, ses yeux rencontrant ceux pénétrants du joueur de quidditch.

-Ce que je vais te dire ne va pas te plaire, le prévint-il sérieusement. Je suis désolé pour ce que tu as cru comprendre, c'est un malentendu…

Le regard pétillant de Geoffrey s'éteignit et il recula d'un pas.

-Non, ne…tenta-t-il de l'arrêter en levant une main défensive.

- Je n'ai pas fait d'erreur en te quittant. Et aujourd'hui encore, je…

-Blaise, laisse tomber, j'ai compris, l'interrompit-il encore, cette fois d'une voix plus ferme.

Devant le haussement de sourcil du brun, il lui adressa un sourire dérisoire, laissant un silence inconfortable s'installer tandis qu'il reprenait contenance.

-Tu as pris exactement le même ton le jour où tu m'as largué, expliqua-t-il tristement. Cette même voix, ce même foutu regard… Désolé mais pas assez pour ne pas être franc…

Il passa une main dans ses cheveux, reprenant son attitude désinvolte.

-Je me suis complètement planté, hein ? Avec ce que m'a dit Millicent, j'ai cru… Mais en fait, tu as vraiment tourné la page.

Blaise fit pivoter son fauteuil pour se dérober à sa vue, ses yeux se fermant brièvement tandis qu'il serrait les dents.

-Je suis désolé… finit-il par dire lentement.

-Non… C'est moi, j'ai insisté comme un con en plus…

Geoffrey émit un léger rire désabusé.

-Elle m'a bien eu, fit-il. J'ai cru…

Il garda le silence un instant avant de secouer la tête.

-Ca m'apprendra à être trop sûr de moi ! s'exclama-t-il d'un ton faussement enjoué. Wahou, retour efficace, je m'en suis pris plein la gueule quand même.

-Je voulais pas que ça se passe comme ça, intervint Blaise en se levant, lui jetant un coup d'œil à la dérobée.

-Non, mais je me disais bien que tout allait trop bien dans ma vie, la coupe remportée, nous deux… Tu sais que j'ai toujours eu un faible pour toi alors j'ai sauté sur l'occasion mais… Et dire que même Weasley m'avait prévenu…

-Pardon ?

-Réactif ! se moqua le sportif. Il t'intéresse toujours, constata-t-il soudain. Je me suis vraiment ridiculisé, là… Je lui ai dit qu'on se remettrait ensemble pour ne pas qu'il s'accroche mais… À ce que je vois, c'est plutôt toi qui t'accroches…

-Très fort.

-Trop franc ! protesta le jeune homme. Ah, je voulais pas vraiment savoir ça, soupira Geoffrey en s'adossant à un mur. Tu me déprimes chéri là… J'ai plus aucune chance, hein ?

Blaise fit non de la tête, ne lâchant pas son regard. Ses yeux détaillèrent le visage droit du joueur, la déception se peignant sur ses traits.

-Bon… Je vais y aller. Je crois que je vais finalement rester un peu plus avec mon équipe et prolonger la fête…

-Tu méritais cette victoire…

-Ouais, je sais, meilleure équipe, tout ça… Mais pourquoi j'ai l'impression d'être perdant, là ?

Blaise ne répondit rien et Geoffrey s'éclipsa sur un dernier sourire, fermant la porte derrière lui. Le brun poussa un long soupir avant de laisser sa tête reposer sur son bureau. Sa respiration devint brusquement plus accélérée jusqu'à devenir saccadée et résonnant trop fortement à ses oreilles, comme un bourdon incompréhensible et impossible à entraver. Une seconde plus tard, il se relevait brusquement et se dirigeait en direction de l'ascenseur les yeux noircis par la colère.

&&RWBZ&&

Une sonnerie stridente sortit Ron de son sommeil et il cligna des yeux plusieurs fois avant de lâcher un juron. Visiblement, il s'était endormi devant son film. Repoussant sa couverture au pied de son lit, il se leva, poussant un soupir.

Harry ou Hermione, devina-t-il alors que le silence l'entourait. Ils n'avaient besoin que d'un coup de sonnette…

Il ouvrit la porte de son appartement et esquissa un léger sourire en réponse à celui que lui adressait sa meilleure amie.

-J'ai apporté de la glace. Et le déjeuner, ajouta la jeune femme en brandissant un sac devant elle.

-Tu ne travailles pas ? s'étonna Ron en s'effaçant pour la laisser entrer, la débarrassant au passage de son colis.

-Premier jour de congé mater, expliqua brièvement Hermione en retirant son foulard et son imperméable, les faisant léviter d'un coup de baguette jusqu'au porte-manteau.

-C'est bien, répondit le roux en hochant la tête. Tu vas pouvoir te reposer et…

Il s'interrompit quand la jeune femme se jeta dans ses bras, l'étreignant fort.

-Ne fais pas semblant devant moi, je sais que ça doit être dur, murmura-t-elle sans le lâcher.

Ron voulut la contredire mais seul un bruit étranglé sortit de sa bouche et il garda le silence, incapable de prononcer un mot. Quand Hermione s'écarta légèrement de lui, elle esquissa un rapide sourire et haussa les épaules.

-Puisque tu ne viens pas à César, César vient à toi, fit-elle d'un ton léger. Donc, si j'ai bien compris le programme de la journée, c'est…

Elle détailla rapidement la tenue de Ron, toujours en pyjama.

-Journée télé et grignotage. Je ne sais pas pour toi, mais ça me tente déjà ! enchaîna-t-elle en le tirant par le bras en direction de son salon.

Quelques minutes plus tard, ils étaient confortablement installés dans le large canapé, une couverture chaude les réchauffant tandis qu'ils regardaient l'un de leurs films favoris.

-Où tu étais hier soir ? interrogea Hermione en croquant distraitement dans une nouvelle frite, sans quitter l'écran des yeux.

Ron sourit à demi avant de laisser échapper un rire fataliste.

-Avec Blaise, finit-il par répondre.

-Avec Blaise ? répéta la jeune femme, surprise. Ah, j'aurais dû m'en douter, conclut-elle en secouant la tête.

-C'est pas ce que tu crois, on a juste discuté… Il m'a réconforté, conclut-il pensivement, ralentissant sur le dernier mot.

-Tu sembles surpris, observa Hermione, haussant un sourcil.

-Honnêtement, je ne pensais pas qu'il en était capable.

Il saisit une frite et l'avala à son tour, regardant vaguement l'action qui se déroulait sous ses yeux.

-Tu sais, c'est une drôle d'impression, mais j'étais persuadé qu'il… n'était pas sérieux. Je veux dire, si, il l'est, mais je ne pensais pas qu'il était capable de réconforter quelqu'un sans chercher à fuir ou à éviter le sujet. Enfin, je ne sais pas, je ne le pensais pas capable de comprendre ce que je pouvais ressentir ou de trouver les mots justes…

-Ne jamais sous-estimer l'ennemi, hein ?

-Ouais, sourit Ron dérisoirement. Il m'a fait comprendre quelques trucs, l'air de rien… Il a un esprit combatif, c'est… effrayant. Je pensais être verni de ce côté mais… Là, il me bat à plates coutures.

-Ca promet pour la suite…

-Quelle suite ?

-Son plan, c'est bien de te reconquérir, non ?

Ron haussa les épaules.

-Il va se lasser.

-Qui, l'esprit combatif ? se moqua Hermione. Allez, raconte-moi. Qu'est-ce qu'il a fait comme démarche jusqu'ici ?

Ron plaqua ses mains sur son visage, poussant un soupir exagéré.

-Allez, ne me dis pas qu'il a pas bougé, je ne te croirais pas.

-Il a… Il m'a écrit un mot pour la demi-finale, déclara Ron d'un air engageant. Et il a joint une bouteille aussi.

-Une bouteille ? De quoi ?

-Hum…

Du bout des doigts, Ron attrapa sa baguette et lança un sort d'attraction pour faire venir le présent. Un bruit sourd leur parvint aux oreilles et il se figea sur une grimace.

-Le placard est fermé, marmonna-t-il en se dépêtrant dans les couvertures pour en sortir.

Il se leva tant que bien que mal et revint moins d'une minute après avec la bouteille à la main.

-Fissurée, constata Hermione en riant, évitant ostensiblement son regard noir.

-Ouais, et ben du coup, il va falloir la boire, fit Ron en débouchant la bouteille.

-Fais voir l'étiquette ! Qu'est-ce que c'est ? Un Riesling 1998, un Château Latour 1990 ?

-Un Beaujolais 2011 ! lut Ron en haussant les sourcils.

Hermione éclata de rire, suivie de peu par le jeune homme.

-Il est si radin que ça ? s'esclaffa-t-elle quand elle put reprendre son souffle. C'est ça, sa détermination ?

Ron fit apparaître un verre de vin et fit couler le liquide carmin dans le récipient, observant la couleur.

-Pas l'air mauvais, marmonna-t-il avant de porter le vin à sa bouche.

Il reposa son verre, écarquillant les yeux en voyant la jeune femme l'imiter.

-Mais… qu'est-ce que tu fais ? souffla-t-il scandalisé.

-Ah, tu vas pas t'y mettre aussi ! râla Hermione. Un verre, ça va pas me tuer, tu sais ?

-Mais et ton bébé…

-T'es passé docteur quand ? grogna-t-elle en lui jetant un regard noir. Pas de discours bien-pensant ou je t'assomme, le prévint-elle.

Il allait protester quand il croisa son regard et décida de ne pas insister.

-Juste un alors, soupira-t-il en s'autorisant une grimace pour lui montrer qu'il désapprouvait.

Hermione lui fit les gros yeux, se moquant clairement de son attitude.

Elle trempa ses lèvres dans le liquide et fronça les sourcils.

-Définitivement pas un Beaujolais, dirent-ils en même temps alors que Ron reposait sa coupe près de lui.

-Tant mieux pour nous, conclut Hermione en haussant les épaules, savourant une nouvelle gorgée. Bon continue. Qu'est-ce qu'il a fait encore ?

-Hum, réfléchit Ron en jouant distraitement avec le bouchon de la bouteille. Il est venu faire du jogging avec moi. Avec un discours type : « je ne suis pas capable de tenir ton rythme mais ça me permet de te voir sans te gaver ».

Ron finit son verre et se resservit aussitôt, sans prendre la peine de regarder sa voisine.

-Il m'a envoyé un bouquet de fleurs après notre entrevue… Et hier, il m'a… réconforté.

-Tu es sûr qu'il n'a fait que te réconforter ? Vous n'avez pas…

-Non ! protesta Ron vigoureusement. Il m'a juste pris dans ses bras et je me suis endormi… Quand je me suis réveillé, j'étais ici. Et il avait encore laissé un bouquet de fleurs derrière lui. Enfin, c'était des oiseaux cette fois…

-C'est trop chou ! Il est romantique !

-Non, Hermione, non. Les bouquets, c'était des blagues entre nous… Enfin, le deuxième, c'était plutôt un souvenir sympa de la veille… Mais je suis pas une nana ! Les bouquets, je m'en tape un peu ! S'il prend l'habitude de m'en envoyer tous les jours, il va vite le comprendre, crois-moi !

-T'y connais rien, c'est mignon. Et c'est tout ?

-Je…

Ron s'interrompit en voyant un reflet étrange dans la bouteille de vin. Il fit apparaître plusieurs verres d'affilée et les remplit à la suite, sans tenir compte des protestations de sa meilleure amie.

-C'est du gâchis ! Ce vin est excellent, Ron !

Elle se tut quand elle aperçut aussitôt le vrai contenu de la bouteille. Un léger sifflement perça entre ses lèvres.

-Comment tu crois qu'il a pu faire ça ? souffla-t-elle en admirant les jeux de lumière qui scintillaient dans le récipient.

-J'en ai une vague idée, marmonna Ron sans quitter des yeux les petites formes brillantes. Il est doué avec sa baguette, expliqua-t-il brièvement, sans vouloir chercher à s'étendre sur le sujet.

-Ah oui ? J'ai plutôt le souvenir qu'il était particulièrement nul à Poudlard, moi, remarqua Hermione en penchant la tête pour apercevoir de plus près les formes qui se mouvaient. Il s'est peut-être fait aider pour cette réalisation… C'est toi, là ?

Ron sourit en reconnaissant également sa silhouette qui volait à l'intérieur de la bouteille transformé en véritable petit terrain de quidditch.

-Oui, je crois qu'il a entièrement reconstitué le match de la demi-finale… Là, c'est Aline qui file vers les buts… Oh, j'avais oublié cette action ! s'enthousiasma-t-il en regardant le détail de la partie qui se déroulait sous ses yeux.

Il ne protesta pas en voyant Hermione attraper une nouvelle coupe de vin et commencer à la vider tranquillement. Il l'imita même, sans quitter la bouteille enchantée qui jouait un spectacle familier.

-Ca a dû prendre un temps fou à faire tout ça, déclara la jeune femme après un silence. Je comprends mieux pourquoi l'étiquette ne correspond pas au vin. Il a dû faire des essais et transvaser un meilleur vin à la fin… Regarde, même le détail des capes est respecté… La perspective, les proportions… Et ton visage est vraiment très réaliste !

-Il est doué, je sais. Une fois, il a dessiné les traits de mon visage du bout de sa baguette dans les airs, mentit un peu Ron. C'était d'une précision ahurissante.

Hermione coula un regard dans sa direction sans pouvoir empêcher un sourire de fleurir sur ses lèvres.

-Je me demande si le travail de séduction de Zabini n'est pas déjà accompli en fait, nota-t-elle simplement.

-Si tu insinues qu'il a su me séduire quand on était ensemble, la réponse est oui, répliqua Ron un peu sèchement. Et après, j'ai découvert des trucs qui m'ont pas plus.

-Pourquoi tu continues à accepter de le voir ?

-C'est lui qui me colle, répondit le roux en haussant les épaules. Et… je me rends compte aussi qu'il peut être un bon ami.

-Ce n'est pas ce qu'il veut de toi, le prévint la jeune femme.

-Il attend de moi le pardon absolu, je sais, fit Ron en adoptant un ton mélodramatique. Le retour au passé ou un truc comme ça. En attendant, il me fait du bien…

-Tu profites de lui…

-Où est le mal, hein ? se défendit le joueur de quidditch en finissant sa coupe de vin. Je l'ai prévenu qu'il n'aurait rien de moi, c'est son problème s'il s'accroche.

-Je t'ai connu moins cruel…

-Ouais, c'est parce que tu le connais pas. Il peut être parfait et puis t'annoncer une bombe monumentale sans ciller. Il a plein de défauts caché sous son verni brillant.

-Je suis plutôt contente que tu le reconnaisses…

-Pourquoi ?

-J'avais peur que tu sois aveuglé par ton désir… Honnêtement, c'était le cas au début. Il te menait par le bout de la braguette… J'aime mieux te voir un peu plus lucide.

-Un peu ? releva Ron.

-Je ne me fais pas d'illusion, tu sais. Il t'avait bien accroché et s'il essaie sérieusement de rectifier le tir… Même si tu le nies encore, tu n'attends que ça en vérité.

-Tout ce que j'attends, c'est la paix. Les histoires d'amour, c'est trop compliqué. Je prends ma retraite, bouda le roux.

Hermione éclata de rire, secouant la tête.

-Que fais-tu ce soir ? demanda-t-il soudainement. Je pensais aller manger un morceau chez mes parents… Tu pourrais venir, ils seraient contents de te voir un peu…

-Tu ne joues plus les asociaux ? sourit malicieusement la jeune femme.

-Je ne suis pas asocial, protesta Ron. Je suis avec toi en ce moment. Je compte rendre visite à ma famille pour me ressourcer. J'ai passé toute la soirée d'hier avec Blaise, argumenta-t-il.

-Tu as coupé tes appels. J'ai été obligée de me rendre jusqu'à chez toi et me glisser dans ton lit parce que tu voulais rester en pyjama toute la journée et regarder des films. Je parie que Zabini n'était pas loin de la démarche hier. Et pour tes parents… hésita-t-elle.

-Ah, tu n'as plus rien à dire ! déclara le roux, satisfait.

-Je suppose que c'est une idée soufflée par ton soupirant à une heure tardive de la nuit…

Devant le regard surpris que lui lança le jeune homme, Hermione sourit.

-Je te connais, Ron. Quand quelque chose te contrarie, tu te renfermes, tu ne sors plus jusqu'à ce que tu aies décidé de l'attitude à adopter pour avancer. Tu es insupportable.

-J'ai mûri !

-Grâce à qui ? rit la brune. Il te l'a soufflée, hum ?

-C'est vrai, reconnut Ron en croisant les bras, bougon. Mais ce n'est pas parce qu'il a de bonnes idées parfois que je vais retomber dans ses bras.

-Je suis étonnée qu'il ne se soit pas imposé pour te consoler plus longtemps…

-Il devait avoir du travail, répondit Ron en haussant les épaules d'un air nonchalant.

Devant le regard dubitatif de la jeune femme, il capitula :

-Il m'a dit qu'il était disponible si je souhaitais le voir mais… qu'il ne faisait pas ça pour me séduire. On a fait une sorte de trêve hier. Pas de tentative de séduction tant que je… enfin, tu vois, quoi.

-Très serpentard.

-Pardon ?

-Quelle meilleure séduction que l'attention parfaite et désintéressée ? Il sait ce qu'il fait.

-Tu viens avec moi ou pas ? demanda Ron sans parvenir à repousser un sentiment d'amertume en songeant qu'il s'était presque fait avoir par la manœuvre.

-Je passe la soirée avec Andrew, répondit doucement Hermione.

-Tu lui as parlé ? demanda Ron, intéressé.

-Plus ou moins… Je n'ai pas l'impression qu'on s'est compris… J'ai l'impression de lui imposer ma présence…

-Ben voyons. C'est le père de ton bout de chou, tu ne t'imposes pas à lui, tu es la personne la plus importante à ses yeux… Tu ne veux pas inviter Andrew à la maison ? Ma mère nous préparera une tarte à la mélasse dont elle a le secret…

-L'idée est alléchante, sourit Hermione. Mais je crois qu'il vaut mieux qu'on reste en tête-à-tête, on a encore des choses à se dire…

-Ca ne s'est pas vraiment arrangé entre vous deux…

-Hum, il me dit qu'il a beaucoup de soucis à son travail et qu'il s'inquiète pour la venue du bébé… Il voudrait que tout se passe bien…

-Mais… devina le roux à son ton.

-Je ne suis pas rassurée, Ron. Je sens qu'il y a quelque chose en plus…

Le jeune homme prit la femme enceinte dans ses bras, la berçant doucement.

-J'étais venue pour te consoler et finalement… souffla-t-elle, pleine de dérision.

-C'est normal d'être inquiète avant la naissance… Tu ne t'es pas non plus ménagée ces temps-ci… Rends-toi compte, à vouloir m'aider à comprendre le mystère Blaise…

-Dont je te soupçonne de cacher certains aspects…

-Il m'a confié certaines choses que je ne pense pas pouvoir te dire, reconnut Ron en laissant son regard glisser vers la bouteille enchantée où les joueurs de quidditch s'alignaient désormais pour se saluer.

-Qui améliorent le tableau ou l'obscurcissent ?

-Le compliquent, répondit le roux après une courte hésitation. Cet homme est… Il a une manière de penser et de fonctionner très étrange parfois…

-Très étrange, répéta Hermione dubitativement. Tu m'étonnes ! s'esclaffa-t-elle. La preuve, il te court après !

-Hé ! Je suis un parti acceptable ! Je joue du quidditch et je brille la nuit ! énuméra Ron en montrant la petite forme qui virevoltait toujours dans la bouteille de vin. J'ai une super culture cinématographique…

-À force de regarder des films quand tu es déprimé au fond de ton lit…

-Et je serai le meilleur parrain pour ton enfant !

La dernière réplique déclencha le rire de la jeune femme et Ron s'autorisa un sourire satisfait. Il passa une main tendre dans ses cheveux, laissant sa tête reposer contre la sienne. À cet instant la défaite de la veille ne lui semblait plus si fracassante ni importante.

Son ventre grogna de faim lorsqu'il songea à la tarte à la mélasse de sa mère.

&&RWBZ&&

Millicent sursauta violemment lorsque la porte de son bureau s'ouvrit d'un geste brusque et que Blaise surgit dans la pièce, furieux. Il claqua la porte derrière lui et resta quelques secondes immobile, ses yeux flamboyants de colère la fixant silencieusement, semblant retenir son courroux.

Il pointa un doigt accusateur dans sa direction, ses yeux se plissant dangereusement.

-Toi, finit-il par articuler d'une voix tremblante de fureur. Il me semble que je t'avais dit de ne pas te mêler de mes affaires privées ! éclata-t-il. Je t'avais dit de rester à l'écart !

-Que… tenta de le calmer la jeune femme, se levant quand elle vit l'état dans lequel il était.

Mais sa voix sembla le mettre un peu plus hors de lui.

-Je te l'avais dit Millicent ! Ne rends pas Ron jaloux avec Geoffrey, ne le ramène pas dans les conversations, laisse-le en dehors de ça ! Pourquoi es-tu allée parler avec lui ?

Il passa une main hésitante dans ses cheveux, fermant les yeux.

-Il sort de mon bureau, reprit-il en essayant de reprendre le contrôle sur lui-même.

-Qui ? demanda la jeune femme en fixant attentivement l'expression de son visage.

-Geoffrey, siffla Blaise méchamment, se rendant bien compte que seule la curiosité attisait son amie.

Millicent prit une légère inspiration et finit par se rasseoir lentement.

-Et alors ? Comment ça s'est passé ? demanda-t-elle d'un ton calme.

-À ton avis ? cracha-t-il. Tu lui mets dans la tête que je pense toujours à lui et que je regrette notre rupture, il arrive en confiance et… Comment tu as pu faire ça ? Pourquoi ? s'exclama-t-il, exaspéré.

-Deux solutions, Blaise, répliqua la jeune femme fermement, l'arrêtant d'un geste et choisissant délibérément d'ignorer l'état dans lequel il était. Un : tu acceptais de te remettre avec lui et tu étais heureux, comme il y a un an. Deux : connaissant Geoffrey, il irait se vanter auprès de Weasley et ça le rendrait jaloux… Il reviendrait alors plus facilement vers toi. C'est ce que tu voulais, non ?

-Tu… Ce que je veux peut me rendre heureux ! s'exclama le brun, comprenant parfaitement l'allusion.

-Non. Tu n'étais pas heureux avec Weasley, le contra la jeune femme. Tu lui mentais. Tu te cachais. Tu évitais la vérité et jouais à un jeu connu de toi seul. Tu ne le faisais pas avec Geoffrey. Tu lui montrais qui tu étais vraiment.

-J'étais vrai avec Geoffrey ? Tu veux rire, là ? s'esclaffa amèrement Blaise.

-Plus qu'avec Weasley. Il te rendait plus…

-Mais mêle-toi de tes affaires ! Tu interprètes tout de travers et tu ne fais qu'empirer les choses ! Tu crois que ça me fait plaisir de rembarrer Geoffrey ou quoi ? C'est ton plaisir de l'encourager ?

-Bien sûr que non ! Je pensais que tu céderais à ses avances, c'est tout…

Les yeux de Blaise s'arrondirent à cette dernière réplique et il réprima un nouvel éclat de voix. Quand il récupéra la maîtrise de ses émotions, il ne put que lâcher ironiquement :

- Evidemment. Et quand je t'ai demandé de l'aide pour séduire Ron, c'était…

-Un jeu, un défi que tu te lançais, qu'est-ce que j'en sais ?

-Qu'est-ce que tu… Tu te fous de moi, là ? explosa-t-il sans pouvoir s'en empêcher. J'avais pas l'air sérieux d'après toi ? Et toi tu… tu m'expliques pourquoi tu as accepté de m'aider alors ?

-Je veux t'aider à être toi et à sortir de cette foutue carapace que tu portes en permanence ! s'emporta à son tour Millicent, perdant patience devant l'attitude obstinée du brun. Tu te bloques, tu mens constamment, tu évites de parler de tes émotions et quand tu le fais… Ah, c'est facile de nous convoquer pour nous demander de l'aide quand tu as tout foutu en l'air de toi-même ! Et tu voudrais qu'on ne dise rien ? Qu'on s'écarte ensuite bien gentiment sans s'immiscer ? Mais tu es incapable de reconnaître les personnes avec qui tu es bien !

-Et tu le sais mieux que moi bien sûr ?

-Je t'ai soutenu pour Weasley et je t'ai aidé même si je pense que tu devrais retourner avec Geoffrey ! Ne me fais pas de reproche parce que j'ai suivi bien gentiment et que j'ai été dans ton sens ! Oui, je t'ai conseillé pour séduire Weasley parce que tu t'accroches à lui et que c'est la première fois que tu agis de cette manière, parce que tu n'as même pas bronché quand Geoffrey est sorti de ta vie…

-Je l'ai fait sortir de ma vie, rectifia Blaise d'une voix sifflante.

-Tu l'as quitté parce que tu étais trop heureux avec lui. Tu as eu peur. Et tu veux la vérité ? Tu te fais des illusions avec Weasley. Geoffrey est fait pour toi et si tu n'étais pas aussi borné, tu le verrais toi aussi !

-Je le hais ! hurla soudainement le brun.

Le corps tendu en avant, ses poings serrés tremblaient de rage contenue alors qu'il vidait ce qu'il avait sur le cœur. Choquée par cette réaction inattendue, Millicent resta muette de stupeur, tant par l'éclat de rage et de haine qui perçait dans la voix de son ami que par cette lueur de détresse dans ses yeux.

- Je le hais pour ce qu'il m'a fait ressentir ! Tu n'as pas la moindre idée de la difficulté que ça a été de le quitter ! Et tu me fais revivre ça ?

Les yeux brillants du brun dissuadèrent Millicent de poser la question qui lui brûlait les lèvres. Elle regarda Blaise détourner le regard et fixer le papier peint un instant avant de reprendre d'une voix artificiellement posée.

-J'ai l'air d'être destiné à être avec lui ? Alors tu me le colles à vie juste parce que tu trouves qu'on va bien ensemble ? Ce n'était plus possible, je ne pouvais plus supporter d'être avec lui, tu comprends ? Je n'en voulais plus à mes côtés, plus jamais ça ! J'ai fait tout mon possible pour ne pas le blesser. Je l'ai quitté en douceur, j'ai gardé des liens avec lui alors que le revoir rendait les choses plus difficiles pour moi… Et lorsque je m'en sors, tu me le recolles dans les pattes ? Tu m'obliges à lui infliger ça encore une fois ? Mais à quoi tu pensais ? Tu me…

Blaise eut une moue de dégoût et tourna brusquement les talons, s'apprêtant à quitter la pièce sans un mot de plus.

Millicent se releva brusquement, mue par une impulsion, certaine qu'il ne fallait pas le laisser quitter son bureau comme ça. Avant qu'il ne puisse toucher la poignée, elle avait agrippé sa manche de chemise et le retenait fermement, le tirant vers l'arrière.

-Quoi ? demanda sèchement Blaise.

Elle savait qu'elle ne devait pas le laisser partir sans comprendre sa réaction, sans s'être expliquée avec lui. Ca ou quelque chose se briserait définitivement entre eux.

-Explique-moi, fit-elle doucement.

Elle tira légèrement sur la manche, penchant légèrement la tête de côté, cherchant son regard.

-Explique-moi, répéta-t-elle. « Tu le hais » ? Aussi fort ? Je pensais te comprendre mais… Je n'ai pas vu que ta relation avec Geoffrey t'avait blessé. Tu n'en as jamais parlé. Tu ne l'as pas montré une seule fois… Et tu semblais si heureux… Votre rupture nous a tous surpris. Comment peux-tu abriter des sentiments aussi forts sans en montrer une once ?

-Ouais, je suis fort, je sais, ironisa Blaise avec un sourire hypocrite. Et je viens de le démontrer à l'instant !

-Je voulais vraiment te rendre service… pardon… Tu sais que je ne pensais pas à mal…

Ces dernières phrases semblèrent l'apaiser car il finit par se détendre et prit une lente inspiration.

-Non, laisse tomber. Je ne m'attendais pas à ça… Je ne pensais pas qu'il était sérieux ou que tu l'encouragerais derrière mon dos.

-Blaise… Je pensais que tu tenais à Geoffrey… murmura Millicent, demandant implicitement des explications.

-C'est le cas, soupira le brun en faisant les cents pas devant elle. Pourquoi tu crois que je le ménage autant, hein ? Par pur altruisme ? Je ne voulais pas le blesser plus que nécessaire.

-Pourquoi ?

-Parce que je tenais beaucoup à lui, Millie.

-Pourquoi tu l'as quitté ?

Elle vit la mâchoire du brun se crisper et il finit par hausser les épaules.

-C'est du passé.

-Si tu pouvais revenir en arrière…

-Je ferai la même chose.

-Mais tu as dit que tu regrettais…

-Je n'avais pas les bonnes raisons. Mais aujourd'hui, je me rends compte que j'ai bien fait de le quitter. J'ai bien fait, répéta-t-il simplement.

-Mais tu l'aimais encore quand tu l'as quitté.

-C'est comme ça que ça s'est passé, oui, reconnut Blaise simplement, fixant l'horizon à travers la baie vitrée de son bureau.

-Il t'a trompé ? demanda doucement Millicent.

Le brun se retourna lentement vers elle, la regardant dans les yeux.

-Non, finit-il par répondre. Pas à ma connaissance, ajouta-t-il flegmatiquement.

-Je ne comprends pas.

-Il n'y a rien à comprendre. On était heureux, oui. Mais c'était une illusion. Et je suis sûr que tu peux comprendre le fait que je n'ai pas forcément envie de le voir me courir après, hum ? Pas si ça le blesse. Pas quand je ne veux pas le blesser.

-Mais tu le hais alors pourquoi… Pourquoi ne l'as-tu pas sorti de ta vie tout simplement ? Comme n'importe qui l'aurait fait à ta place ?

-On ne change pas, on reste qui on est… Je ne peux pas lutter contre ça, tu sais…

-Mais c'était plus dur pour toi…

-Ou plus facile, je n'étais peut-être pas assez courageux pour le sortir définitivement de ma vie à cette époque…

Le calme et la soudaine sérénité de Blaise impressionna plus Millicent qu'elle n'en laissa paraître au jeune homme. Elle l'avait vu une minute plus tôt exprimer une colère refoulée depuis trop longtemps, les yeux étincelants de rage et le voilà qui philosophait sans une once de rancune sur le même sujet…

Impressionnant.

-Et Weasley ? demanda-t-elle finalement.

-Ron ?

-Tu étais amoureux de Geoffrey, non ? Mais Weasley, c'est autre chose… Tu lui mentais.

Blaise esquissa un sourire un peu triste, un peu pensif.

-Avec Geoffrey, c'était différent. Je pensais qu'on pourrait… vivre ensemble et s'accorder. Ron, c'est… encore autre chose. J'ai fait les mauvais choix et j'ai peut-être trop cherché à me protéger en comptant sur ses défauts…

Il balaya sa dernière réflexion d'un mouvement de la main nonchalant, comme s'il importait peu d'importance à cette analyse.

-Qu'est-ce qu'il représente pour toi ? interrogea la jeune femme, sentant qu'il se dérobait une nouvelle fois à ses questions.

Il y eut un léger flottement et Millicent crut un moment qu'il ne répondrait pas, la laissant dans l'ignorance. Mais il y avait quelque chose avec Weasley, elle en était certaine. Quelque chose qu'elle ne parvenait pas à définir parce que Blaise gardait tout pour lui, comme avec Geoffrey. Mais Blaise s'accrochait à lui avec détermination.

-Il est… mon rêve, fit le brun d'une voix douce qu'elle ne comprit d'abord pas.

Lorsque l'information arriva à son cerveau, elle fixa le jeune homme sans rien dire, abasourdie.

-Ton… ton rêve, répéta-t-elle finalement en s'humectant les lèvres.

Une question lui démangeait cependant les lèvres et elle ne put s'empêcher de la poser, quitte à ne pas obtenir de réponse du tout.

-Depuis quand ? demanda-t-elle à brûle-pourpoint.

-Qui sait ? sourit mystérieusement Blaise.

-Je ne saisis pas, murmura Millicent en secouant la tête. Ce n'est pas logique, tu…

- Je n'ai pas non plus la prétention d'être un livre ouvert.

Millicent hocha la tête en silence, enregistrant le reproche voilé qu'il lui adressait par cette dernière phrase. « Ne cherche pas à t'immiscer dans mes affaires privées. »

-Pour se permettre d'être secret, il ne faut pas demander des conseils aux autres, remarqua-t-elle finalement, pincée par sa critique. Et s'attendre à…

-C'est ma faute maintenant ? l'interrompit-il en se retournant vers elle, cherchant son regard.

Elle plissa les yeux, croisant les bras pour toute réponse, lui signifiant clairement sa réponse.

-Ah, tu m'as vraiment mis en colère en provoquant tout ça cette fois, Millicent, soupira-t-il en reprenant ses cents pas dans son bureau. Je ne voulais vraiment pas avoir à en arriver là. Et je ne supporte pas…

Son ton se raffermit alors qu'il prononçait ces derniers mots :

-Je ne supporte pas qu'on agisse dans mon dos et qu'on pense à ma place ma vie, tu m'entends ? Comment as-tu osé… Tu me refais un coup pareil et ça se passera mal entre toi et moi. Vraiment mal, je peux te l'assurer, la prévint-il avant de tourner les talons, levant le sort de silence qu'il avait probablement lancé à son arrivée.

Millicent fixa le vide un long moment, ne réalisant pas très bien la scène dont elle avait été l'instigatrice malgré elle. Elle s'attendait à un coup d'éclat du jeune homme après la visite de l'un de ses deux prétendants mais là…

Ca avait été trop loin. Elle l'avait vu dans ses yeux noirs fusilleurs, dans tout le langage de son corps qui se retenait de se jeter sur elle pour l'étrangler simplement.

Et Dieu, elle ne s'attendait pas à ça… Qu'est-ce que Geoffrey avait pu faire à Blaise pour qu'il en garde un aussi mauvais souvenir, pour qu'il ait décidé de le quitter alors qu'il tenait visiblement à lui ? Pour qu'il décide de le sortir à jamais de sa vie privée tout en le ménageant ?

C'était complètement… contradictoire. Et tellement Blaise…

Et cette multitude d'émotions qu'elle avait pu défiler sur son visage comme autant d'aveux et de confessions qu'il n'était pas prêt à livrer… Elle ne parviendrait jamais à comprendre son meilleur ami… Elle se mordit la lèvre inférieure, mortifiée d'avoir pu se planter autant sur ses sentiments et d'avoir créé autant de dégâts entre eux deux. Elle devinait aisément qu'il ne viendrait plus aussi facilement se confier à elle et qu'il ne perdrait plus gaiement face à elle au poker…


&&RWBZ&&

À suivre : Chapitre 22 : La fissure


Une fois encore, merci d'avoir lu jusque là et d'avoir eu la patience si ce n'est l'abnégation d'attendre jusqu'à aujourd'hui! Des bisous tout particulier aux lectrices adorables qui me laissent un petit mot sympa à la fin!^^