Si la douleur avait un visage, ce serait sûrement celui de John J. Winchester en cet instant. Le regard voilé, les traits creusés plus que jamais par la peine, et la mâchoire raide pour empêcher en vain son menton de trembler. Sam, lui, faisait nettement mois d'effort pour retenir les sanglots et tout son corps était secouer par ses pleurs. Dean avait un regard rempli de haine diriger vers le démon, ne regardant surout pas dans la direction de sa famille. Surtout ne pas regarder. Surtout pas.
Seul le démon souriait de toutes ses dents. Les trois Winchester ne pensaient même plus à s'échapper, trop englués qu'ils étaient dans leur propres douleurs... Et ils avaient tant à exploiter dans la mémoire du plus agé...Il avait depuis longtemps appris que la douleur physique n'était que très superficiel et ne marchait pas de manière optimal sur des chasseurs entraînés, et certainement pas sur John Winchester. La douleur psychologique, ça, c'était autre chose... Le point faible monumental de Johny étant, bien entendu, ses enfants; il avait trouvé là le meilleur moyen de venir à bout du chasseur.
-Alors, johny? Satisfait? Railla-t-il.
-Tu n'est qu'un putain d'enfoiré! Cracha Dean, en gesticulant contre le mur.
-Dean... Souffla le démon avec une moue contrariée... Faut-il vraiment que je réclame le silence? Lança-t-il en pointant Sam.
Le visage de Dean ne refleta rien d'autre qu'une haine immense mais il ne broncha plus. Se contentant de foudroyer l'enfoiré du regard...John eut un pincement au coeur quand il réalisa que Dean agissait encore et toujours sur le mode « protège Sam » après toutes ces années et il ne savait pas s'il devait ou non s'en réjouir...
-Ca faisait un mois qu'il était dans les rues, siffla le démon, et c'était la deuxième fois qu'il tentait de se rendre chez ton ami...La première fois il avait tenu trois semaines et en était sortit avec une altération de l'état général...Cette fois-là, je n'en parle même pas...Tu ne le trouvait pas un peu maigre? Renchérit le démon, ne cachant nullement sa joie.
-Arrêtes...
Cette fois-ci ce n'était Dean qui avait parlé mais bien John qui n'en pouvait plus. Il avait littéralement l'impression qu'on écorchait son coeur avec une petite cuillière. Evidement, le démon fit comme s'il n'avait rien entendu.
-Deux mois et trois semaine, john. Dont plus de la moitié dans la rue. Lança le démon. C'est le temps qu'il lui a fallu pour comprendre que son papa chéri ne viendrait pas...Siffla-t-il avec un sourire mauvais.
Une énième larme coula sur la joue de John alors qu'il relevait la tête pour regarder son aîné. Celui-ci avait la tête baissée mais John était sure d'avoir vu quelque chose de scintillant sur sa joue...Deux mois et trois semaine. Il se souvenait bien. Un mois après l'accident, il était plus saoul qu'un pilier de bar. Deux mois après, il se donnait à fond dans la chasse sans plus penser à autre chose. Trois mois après, il avait compris que son fils était sûrement mort même s'il ne l'avait pas accepté...Il avait eu tord. Et putain, ce que ça faisait mal...
-Je te croyais mort... Souffla John en direction de son aîné.
-Je sais. Soupira Dean en un murmure à peine audible.
-Après ça, John, il a été plaçé dans une famille d'acceuil tout à fait charmante... N'est-ce pas Dean? Siffla le démon en se dirigeant vers lui et en traçant du doigt la balafre qu'il avait sur sa joue.
John ne veut même pas penser à ce que cela veut dire. Il ne veut plus voir son fils souffrir mais un affreux présentiment lui enserre les entrailles. Ce n'est pas fini...Une image appârait de nulle part et John voudrait plus que tout ne pas regarder...
Un garçon est étendu sur son lit. La chambre semble normal, dans les tons bleu, un bureau en bois dans un coin, une petite bibliothèque pas très garnie, un lit juste au centre... Seules les murs vides et vétustes montrent que le lieu n'habitait pas beaucoup de vie, surtout pas celle d'un adolescent... Et le garçon. Le garçon étendu simplement sur le lit. Le regard dans le vide. Le teint blafard. Des cernes sous les yeux. Et le regard éteint. Ses émeraudes sont ternes et éteintes. Aucune étincelle. Le gosse tourne légerement sa tête vers son réveil. 18H43.
-Putain! Lance-t-il en se redressant vivement.
Il porte un jeans troué par endroit et un T-shirt brun d'un aspect plus que douteux. Il enfile rapidement ses basket d'une couleur grise délavée et sa veste usée. Il a l'air pressé mais au moment où il veut sortir, un homme le repousse dans sa chambre.
Le gosse n'a pas l'air surpris, même, on dirait qu'il est blasé. Il regarde l'homme avec une neutralité éffrayante. Celui-ci fait bien dans les un mètre nonante, il porte une barbe hirsute et son regard est vague. Il est bourré. Totalement. Violement, il attrape Dean par le col de sa veste et le lance de l'autre côté de la pièce. L'enfant retombe lourdement sur un coin de son lit mais aucun son ne sort de sa bouche. Au contraire, il releve la tête et plante son regard morne dans les yeux noir de son agresseur. Il aurait du se dépêcher, le père Baver rentrait tout les jours vers 18h30 complétement beurré et rapliquait presque illico presto dans sa chambre pour passer ses nerfs...
Dean se redresse. N'importe qui serait resté à terre en priant pour que cela passe le plus vite possible... Pas Dean. Et certainement pas avec l'état d'esprit dans lequel il était depuis qu'il avait atteri ici.
-Combien de fois, j'te l'ai déja dit, Rick, s'pèce de bon a rien...Maugréa l'homme en s'avançant vers lui.
Il n'y avait rien à comprendre dans les paroles de l'homme, juste de la frustration, de la colère et la satisfaction de pouvoir les déverser sur quelqu'un...
-Ne m'regarde pas comme ça! Tonna l'homme.
Mais l'enfant ne baisse pas le regard et Baver lui asséne un coup de poing dans le ventre. Le gosse tombe à genoux et se recroqueville autour de sa douleur sans pour autant laisser échapper un son. Et un autre coup arrive, et un autre, et un autre...
Dean n'a pas fier allure cloué au mur et les joues trempées de larmes. Revoir cela ne l'enchantait guère, ce n'était pas une période dont il aimait se rappeler...Les idées noires qui l'assaillaient alors portaient vraiment bien leur nom.
John avait tout simplement fermé les yeux au premier coup. Il ne voulait pas voir cela. Il ne voulait pas voir son enfant se faire battre. Il ne voulait pas voir Dean souffrir. Mais les bruits sourds des coups étaient bien suffisant pour qu'il devine ce qu'il se passe et pour que les larmes continue de dévaler ses joues. Sam regardait la scène avec de grands yeux effarés. Dean se faisant frapper était sûrement quelque chose qu'il n'arrivait pas à concevoir... Et pourtant. L'enfant qu'il avait sous les yeux semblait résolu à faire face à la brute malgré la cruauté de la morosité de son regard.
-Je vous présente Tommy Baver...Siffla le démon. Il a certainement toute ma gratitude pour un bon moment... Rajouta-t-il. Ton fils est resté un an aux mains de cet homme, Johny...
-Non...Souffla celui-ci en ravalant le flot de larme.
-Si. Martella le démon. Il est responsable de plus de cicatrice sur son corps que toutes ses chasses réunies...Siffla-t-il, vicieusement. Heureusement, qu'il y a eu celle-ci, n'est-ce pas? Rajouta-t-il gaiement en pointant la fine cicatrice sur la joue de Dean. N'est-ce pas Dean?
-Je te hais. Fut la seule réponse, énnoncée avec une voix grave et basse.
-Je n'en doute pas. Répondit le démon. Tu t'en souviens, Dean? C'est celle-ci qui a mit la puce à l'oreille des sercvices sociaux...
-Non...Souffla Dean, d'une voix presque suppliante. Il ne voulait pas que sa famille voit ça. Il ne voulait pas qu'ils voient ça. Et cette fois-là en particulier. Il se souvient encore de la peur s'emparant de tout son être quand Baver s'était penché sur lui avec un bout de verre de la bouteille qu'il venait de briser... Il se souvenait d'avoir cru que l'heure de sa mort avait sonné. Et par-dessus tout, il se souvenait que l'idée ne l'avait pas plus dérangé que cela...
Mais le démon sourit de plus belle alors qu'une autre image apparaissait...
