Bonjour, voici le nouveau chapitre ! Il est un peu plus conséquent que les autres, j'essaie d'en faire des plus longs puisque je publie moins régulièrement. N'hésitez pas à me faire part de vos impressions, bonne lecture

Hermione était lucide. Elle tombait éperdument amoureuse de son bourreau de toujours. Elle ne l'aurait jamais avoué à qui que ce soit, certainement pas à l'intéressé, ni à personne d'autre même sous la torture. Ce sourire ironique et froid, ornant à peine ses lèvres fines la faisait tomber par terre, sa voix douce la faisait chavirer, et ses phrases élégamment tournées la faisaient rougir. Ses cheveux blonds, sa démarche aristocratique, ses yeux d'un gris hypnotisant, son corps athlétique qu'elle pouvait parfois deviner à travers son uniforme ne la laissaient pas indifférentes. Hermione devait l'avouer, son regard s'accrochait bien trop souvent et bien trop longtemps sur le Serpentard, et cela n'échappait pas à son ami qui se méprenait toutefois sur les raisons de cette attention.

Lorsqu'il lui posait la moindre question, Hermione se tendait comme un arc sur sa chaise, fuyait son regard, rougissait et bégayait. Et Hermione ne bégayait jamais, Harry le savait. Malefoy devait faire de sa vie un enfer, et Hermione refusait de lui dire de peur qu'il aille chercher la bagarre avec ce serpent.

Il était loin de la vérité, et Hermione en était mortifiée. Son ami semblait comprendre le contraire de ce qu'elle essayait de lui expliquer. Elle voulait simplement l'éloigner de Malefoy, qu'il ne devine pas ce qui pouvait bien se passer entre les deux Némésis de toujours. Malheureusement, toute sa haine se concentrait toujours plus sur Malefoy.

- Harry, tu fais une véritable obsession sur Drago. C'est ridicule, nous ne sommes plus des enfants.

- Depuis quand c'est Drago ? fulmina Harry en regardant mauvaisement Malefoy. Tu refuses de me dire ce qu'il te fait subir, mais je ne suis pas dupe, Hermione.

- Tu te fais des films ! dit-elle irritée, en ignorant la chaleur de ses joues.

Il bougonna en plantant sa fourchette dans son blanc de poulet.

- Je suis sûr que c'est un mangemort, il est une menace plus que jamais, et toi tu crois qu'il y a encore quelque chose à tirer de cette fouine. C'est lui qui a ensorcelé Katie, j'en suis certain ! Elle ne s'en rappelle pas, mais il la fuit depuis les vacances de Noël, tu n'as rien remarqué ?

- Non, Harry, parce que je ne le traque pas sur la carte du maraudeur nuit et jour ! dit-elle en roulant des yeux en buvant une gorgée de jus de citrouille.

Harry resta mutique, ruminant et marmonnant. Hermione alla chercher un énième livre dans les rayons de la bibliothèque et se replongea dans ses devoirs. Lorsqu'Harry était ainsi, il valait mieux le laisser se calmer. Hermione savait que sa théorie du complot n'avait jamais été si proche de la réalité, et elle s'en voulait de lui faire croire qu'il était fou de penser à une chose pareille. Il était son ami, et elle se devait de le soutenir, pourtant elle le détournait de la piste mangemort qu'était Drago Malefoy. Pour protéger son ennemi de toujours. Elle se rassurait comme elle le pouvait, après tout Dumbledore était tout à fait capable de gérer la situation. Cela apaisait quelque peu sa conscience.

- Comment va Ron ? demanda Hermione pour changer de sujet.

- Plus ou moins bien. Il reste dans son lit toute la journée, et ne mange pas grand-chose mais ses séances avec le psychomage lui font du bien, je crois.

A vrai dire, Hermione ne voyait plus le rouquin depuis plusieurs semaines. Le seul moment où elle l'apercevait, c'était en cours et il n'avait jamais été aussi discret. Parfois il venait dans la Grande Salle, mais il n'y restait jamais bien longtemps, assis à un bout de table, le nez plongé dans une assiette à moitié vide. Hermione s'inquiétait un peu pour lui, mais pas assez pour aller le voir et lui poser la question.

- Les matchs de Quidditch lui remontent un peu le moral, c'est déjà ça, soupira Harry.

- D'ailleurs, tu te sens prêt pour le match de samedi ?

- Plus que jamais, on va les exploser ces petits serpents.

Hermione leva les yeux au ciel, exaspérée. Il était irrécupérable. Elle attrapa la pile conséquente de livres qu'elle devait ranger dans leur rayon respectif et s'attela à la tâche. Elle ne faisait pas beaucoup de sport, mais porter les épais bouquins de la bibliothèque lui permettait d'entretenir sa masse musculaire, elle en était certaine.

- Salut, Grangy.

Elle sursauta en poussant un petit cri, manquant de s'assommer avec le livre qu'elle tentait de ranger, sur la pointe des pieds.

- T'es vraiment un sale con, Malefoy !

- Ça me fait plaisir venant de toi.

Il s'appuya nonchalamment contre l'étagère, un sourire vicieux accroché aux lèvres. Ah, qu'il l'énervait !

- Tu devrais t'en aller avant qu'on nous voit.

- Pff. Il n'y a que toi pour te perdre aussi profondément dans la bibliothèque, Granger.

Il l'attrapa par le bras et l'attira contre lui.

- Qu'est-ce que tu mijotes avec Saint Potter ? Il a l'air très en colère contre moi ces derniers temps.

- Peut-être parce qu'il croit que tu es un mangemort.

- Et il a raison, ricana Malefoy.

Elle l'assomma d'un coup de livre sur le crâne, et Malefoy grogna en se frottant le crâne.

- Il n'y a pas de quoi en être fier, Drago. Il pense que c'est toi qui as ensorcelé Katie.

Le visage de Drago se referma aussitôt et ses doigts se crispèrent sur le bois de l'étagère. C'était quasi imperceptible, très discret, mais cela n'avait pas échappé au regard d'Hermione.

- Dis-moi que ce n'est pas toi, Malefoy.

- Je t'ai déjà dit que tu ne voudrais pas savoir ce que je fais, Granger. Alors ne pose pas de question.

- Sauf que je te le demande. Dis-moi que tu n'as pas ensorcelé Katie Bell.

Il ne répondit rien. Et Hermione s'arracha à lui, douloureusement, heurtée en plein cœur.

- Le collier était pour Dumbledore. Alors c'est ça ta mission ? Tuer Dumbledore pour Tu-sais-qui ?

Elle s'en voulait. Elle s'en voulait d'avoir dissimulé sa vrai nature alors que lui s'attelait chaque jour pour tuer Dumbledore, aidant Voldemort sans aucun remord, endormant tout doucement Hermione en jouant de la flute de Pan.

- Et moi qui pensais que tu pouvais être sauvé…

- Je n'ai pas besoin d'être sauvé, Granger.

- Je commence à le comprendre.

Elle tourna les talons et avant qu'elle ne tourne les talons, elle entendit dans son dos :

- Je suis quoi pour toi, Granger ? Une œuvre de charité ? Si tu es là pour ça, tu fais bien de partir.

Elle ne répondit rien, au grand damne de Malefoy qui avait espéré attiré son attention.

- Ça va ? demanda Harry en fronçant les sourcils.

Elle hocha de la tête et se rassit. Harry fronça les sourcils, perplexe. Hermione semblait relativement de bonne humeur quelques minutes plus tôt, et à présent, elle semblait avoir vu un fantôme. Hermione prétexta un mal de ventre et rejoignit ses appartements où elle s'engouffra sous sa couette, peinée. Elle ne savait pas pourquoi elle appréciait tant le Serpentard. Personne ne lui avait jamais fait autant de mal, il sa vie semblait emplie de peines de cœur et de douleur depuis qu'elle le côtoyait régulièrement. Et c'était un mangemort qui ne désirait qu'une chose : la mort de son meilleur ami.

Elle s'efforça à ne rien laisser paraitre devant ses amis, et n'adressa plus la parole au Serpentard, qui de toute façon, n'essayait pas non plus de venir vers elle, à son plus grand bonheur. Ou malheur, elle ne savait pas trop, cela dépendait des moments de la journée. Ron descendait plus régulièrement manger avec eux à l'approche du match, mais Hermione savait qu'il disparaitrait à nouveau lorsque celui-ci serait passé. A vrai dire, elle n'en avait pas grand-chose à faire. Toute son attention, sa rancœur et sa colère était dirigées vers Drago Malefoy, et Ron n'éveillait pas même un peu Hermione. Elle consentit même à l'encourager pour le match qui devait se dérouler dans une petite heure. Elle se rendit dans les gradins avec Luna et Neville, tous deux enveloppés dans les couleurs rouge et or. Malefoy n'était plus attrapeur cette année, et il avait rejoint les gradins avec ces imbéciles d'amis qui n'avaient pas deux neurones, leurs deux cerveaux réunis.

Elle le reconnaitrait entre mille, bien qu'il soit de l'autre côté du terrain, ces cheveux blonds étaient parfaitement reconnaissables. Elle lui fit un doigt d'honneur qu'il ne devait pas avoir vu à cette distance, mais cela avait au moins l'avantage de la soulager. Le match se déroula à merveille, et comme depuis qu'Harry était attrapeur, ils gagnèrent le match contre Serpentard.

- Tu sais, Granger, si tu veux me faire croire que tu me détestes, il faudrait arrêter de me regarder à longueur de journée.

- La ferme, Malefoy, le rembarra-t-elle en le bousculant de l'épaule.

- Tu n'arriveras jamais à me faire croire que tu me détestes, Granger. Je lis en toi comme tu lis dans tes foutus bouquins, Grangy.

- Je ne te permets pas de m'appeler comme ça.

Elle marchait rapidement, mais Drago la suivait de près, amusé par son comportement boudeur.

- Tu préfères que je t'appelle Hermione peut-être ?

Elle manqua de rater une marche, et elle frappa Drago en rougissant. Il n'y avait personne dans les couloirs, tout le monde avait rejoint sa salle commune en cette journée de weekend et il en profitait pour se permettre des choses qu'il ne faisait jamais en dehors des murs de leurs appartements habituellement.

- Va faire tes trucs de mangemort, et laisse-moi tranquille.

- Je n'ai pas envie de faire mes trucs de mangemort aujourd'hui.

- Eh bien moi je n'ai pas envie de passer du temps avec toi !

Elle lui claqua la porte de sa chambre au nez et Malefoy ricana.

- T'es qu'un sale con, Malefoy !

Elle lui arracha un sourire. Il avait cru comprendre qu'il était un sale con depuis le temps qu'elle lui répétait. Pourtant, il comprenait le contraire. Il savait la mettre à bout de nerf, Hermione fulminait, les oreilles rouges, incapable de penser à autre chose qu'au Serpentard qui refusait de quitter sa tête. Elle était mortifiée, elle n'arrivait pas à le détester. Il la mettait en colère, en rogne, mais le soir venu, elle repensait à cette tête blonde, le sourire aux lèvres et plongeait dans un sommeil empli de Drago Malefoy. Elle devait y mettre toute sa volonté pour s'éloigner de lui, faire preuve de lucidité. Il n'était pas quelqu'un de bon, elle devait l'accepter, elle jouait contre Harry en se rapprochant du Serpentard. Le temps passait et Hermione ressentait toujours plus de culpabilité. Elle cachait des choses à son meilleur ami, elle lui mentait effrontément. Elle ne pouvait pas se résoudre à revenir sur ses mensonges qu'elle maintenait depuis des mois. Elle avait fini par trouver un compromis : s'éloigner du Serpentard, ne plus se mêler de ses affaires pour en savoir le moins possible, et détourner le sujet dès qu'Harry lui parlait de Malefoy.

Oh Merlin, il la rendait folle.

- HERMIONE !

Harry la sortit de son devoir de potion qu'elle rédigeait dans la salle commune Gryffondor.

- Je vais le tuer ! hurla-t-il.

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Ce qui se passe ? Je suis allé voir Slughorn avec Ron parce qu'il avait ingéré un filtre d'amour, et on a bu du vin. Un vin empoisonné, Hermione ! Ron a failli y passer, sa bouche écumait, j'ai cru qu'il allait mourir, tu te rends compte !

Harry faisait les cent pas, la tête entre les mains.

- Où est-il ? souffla Hermione.

- A l'infirmerie, il est inconscient.

- Mon dieu. Je vais aller le voir. Il va s'en sortir ?

Hermione avait posé la question, mais elle avait peur de la réponse. Elle en avait voulu de tout son cœur à Ron, mais elle avait l'impression que cela faisait des mois qu'elle ne fréquentait plus Ron à présent. Elle ne souhaitait pas sa mort, il était son ami.

- Normalement. Je lui ai donné un bézoard. C'est un coup de Malefoy, j'en suis sûr. Ce vin était destiné à Dumbledore, encore une fois.

- Ne fais pas de bêtise, Harry, le prévint Hermione en voyant l'état de son ami fou de rage.

- Je vais m'occuper de son cas. Crois-moi, il ne m'échappera pas.

- Harry …, soupira-t-elle.

Elle n'en pouvait plus de jongler entre son ami et Malefoy. Elle abandonna Harry à sa colère et se rendit à l'infirmerie. Ron était là, pâle comme un linge, inconscient dans un lit. Elle s'approcha doucement, profitant de l'absence de l'infirmière. Elle attrapa sa main. Elle était glacée.

- Je suis désolée, Ron.

Il gémit dans son sommeil, et Hermione resserra un peu sa prise sur sa main.

- Qu'est-ce que tu fais là, toi ?

Hermione sursauta alors que la voix nasillarde de Lavande lui striait soudainement les oreilles.

- Il n'a pas besoin de toi, rajouta-t-elle sèchement en s'asseyant à côté de Ron.

- C'est mon ami, siffla Hermione.

- Tu ne lui parles plus depuis des mois, ne fais pas comme si son sort te préoccupait.

- Tu ferais mieux de te taire, Lavande. Je ne vais pas te le voler, ton Ronron.

Lavande rougit face au ton moqueur d'Hermione. Elle se languissait d'amour pour Ron depuis un an ou deux, Hermione ne savait pas quand cela avait commencé, mais Lavande était vite devenue envahissante, tournant tout autour de Ron, même lorsqu'il était avec ses amis. Cela en devenait gênant. Hermione resta encore un peu, dans le silence, chacune d'elle entourant Ron qui était toujours inconscient, ignorant que deux jeunes filles étaient à son chevet.

Elle finit par quitter l'infirmerie, rejoignant sa chambre sans croiser Malefoy, et cela lui convenait bien. C'était sa faute si Ron avait frôlé la mort, encore une fois il ne semait que mort et désolation tout autour de lui. Il avait blessé Katie, manqué de tuer Ron, et il ne semblait pas avoir le moindre remord cherchant toujours à atteindre son sombre but, la mort de Dumbledore. Voilà la mission secrète dont son père avait parlé dans la mystérieuse lettre.

Le lendemain, elle fut réveiller par un tintamarre impressionnant. Une musique sourde émanait de leur salle commune. Un profond mal de tête s'ancrant dans son crâne, Hermione se leva de mauvaise humeur. A moitié habillée, elle ouvrit la porte et d'un coup de baguette éteignit la musique du Serpentard qui faisait ses devoirs.

- De quoi tu te permets, Granger ?

- Tu n'as personne à tuer aujourd'hui ? Envoyer des bouteilles de vin empoisonnés, ou des colliers maudits ?

Son visage se ferma, sa mâchoire se carra, et il manqua de briser sa plume entre ses doigts.

- Ron est à l'infirmerie par ta faute. Parce que tu as encore manqué ton coup, et cette fois c'est lui que tu as touché. Tu te rends compte de ce que tu as fait ? Dumbledore n'est pas stupide, il ne se fera pas avoir avec tes pièges minables.

- Ferme la, Granger, et occupe-toi de tes affaires.

- J'aimerais bien, mais tu mets le bordel partout où tu passes. Je vais te dénoncer, Dumbledore sera au courant aujourd'hui. Je ne peux plus me taire après ce que tu as fait.

Il se leva si vite que sa chaise bascula en arrière. Il attrapa Hermione par le cou avec une brusquerie rare, cognant sa tête contre le mur.

- Si tu parles, je te tuerais, Granger.

- J'espère que tu seras plus doué que pour tuer Dumbledore, sinon ce n'est pas près d'arriver, dit-elle le souffle difficile.

- Ne me provoque pas, gronda-t-il en resserrant sa prise. Ce n'est pas un jeu.

Il la lâcha brusquement, comme brûlé et passa une main dans ses cheveux. Ses yeux gris tourbillonnaient, laissant entrevoir ses émotions et son état d'esprit.

- Tu as failli le tuer, souffla-t-elle.

- Pourquoi tu joues la mijorée ? Tu es surprise ? Je ne t'ai jamais menti sur ce dont j'étais capable, mais toi tu as continué de me tourner autour, à me chercher des noises, à vouloir m'aider, dit-il avec dégout. Et maintenant, tu veux me balancer.

- Tu es dangereux. Tu as failli tuer trois élèves cette année, Malefoy, ça ne t'inquiète pas ?

- Tais-toi, Granger, gronda-t-il.

Il passa une main tourmentée dans ses cheveux et s'en alla dans un coup de vent.

Hermione se laissa glisser contre le mur, ramenant ses genoux contre sa poitrine, et s'effondra. Les larmes lui brûlaient les joues et ses yeux lui semblaient pourtant plus secs que jamais. Elle ne savait plus pourquoi elle pleurait. Elle avait l'impression que le poids du monde pesait sur ses épaules. Elle ne se sentait pas bien dans son corps, entre l'anxiété d'Harry qu'il transposait sur elle, la peur de la guerre, la peur de mourir, et la peur de la mort de Dumbledore, dernier bastion face à Voldemort. La presque mort de Ron ne l'aidait pas, ni le comportement de Malefoy. Elle pleurait pour tout. Elle pleurait parce qu'elle souhaitait seulement que tout s'arrête, qu'on oublie la guerre, qu'Harry n'ait plus à risquer sa vie pour sauver le monde, que Drago n'ait pas à obéir à Voldemort, et que Dumbledore ne soit pas mourant. Elle aurait tout donné pour revenir à ses jeunes années, lorsqu'elle venait de faire sa rentrée à Poudlard, lorsque Voldemort n'était qu'une menace pâle et fragile, quand il s'agissait simplement de le repousser lorsqu'il était à l'état de fumée désincarnée. Elle et ses amis n'étaient que des enfants à l'époque, mais tout était plus simple. Il lui semblait que rien n'aurait jamais pu leur arriver, et dans sa chaine de priorités, le plus important était d'être la meilleure de l'école. Cela avait bien changé, à présent, tout en haut, il y avait « échapper à la guerre ».

Lorsqu'elle eut fini de déverser ses larmes, son corps lui semblait vide et sa tête la faisait souffrir. Elle n'avait plus la moindre goutte d'eau dans son corps, toute s'était échappée par ses yeux rougis à force de pleurer. Elle se traina jusque dans son lit et s'y fourra sans aucune grâce. Sa tête posée sur l'oreiller, elle s'endormit aussitôt. Elle plongea dans un sommeil sans rêve, lourd et pesant. Le lendemain, elle se réveilla plus fatiguée encore, et elle ignorait comment cela était possible.

Pour dire, le cours d'histoire de la magie faillit l'achever tout comme ses camarades. Seule la volonté de sauver sa réputation l'empêcha de s'écrouler sur son parchemin. Finalement, elle comprenait ses amis qui lui quémandaient ses notes. M. Binns était vraiment soporifique. Elle aurait aimer pouvoir se reposer sur les notes de quelqu'un d'autre elle aussi, pouvoir dormir sur sa table sans retenue. Elle jeta un rapide coup d'œil sur les autres Gryffondor et Poufsouffle. Les rares qui avaient encore les yeux ouverts peinaient à maintenir leur tête sur leur coude, fixant un point invisible à travers le professeur Binns. A part Hermione, plus personne ne tenait une plume et Harry ronflait doucement à ses côtés.

Frustrée, Hermione lui enfonça son coude dans les côtes avec un regard meurtrier alors qu'Harry se redressa d'un bond, paniqué.

- Ce n'est pas l'heure de dormir, Harry !

- Tu me donneras tes notes de toute façon, dit-elle en se lovant entre ses bras lui servant d'oreiller, fermant les yeux, les lunettes de travers.

- Je ne te les donnerais plus !

Il marmonna quelque chose qui ressemblait à un « oui, oui », et replongea dans le sommeil. A cet instant précis, Hermione était certaine que l'idée de redoubler et avoir de mauvaises notes ne le dérangeait pas le moins du monde du moment qu'il pouvait dormir.

Lorsque le cours prit fin, elle ne put retenir un soupir de soulagement. Une minute de plus, et elle en mourait. Elle rejoignit Neville et Luna à la bibliothèque. Ils devaient faire ensemble un devoir de botanique, et Hermione n'avait vraiment pas le cœur à se plonger dans de profondes recherches, bien trop épuisée. Neville était suffisamment doué en botanique pour qu'elle fasse confiance à ses connaissances en la matière. Elle n'aurait sans doute pas pris le risque s'il avait été question d'un devoir de potion.

- Qu'est-ce que tu fais dans tes appartements, Hermione ? demanda Luna. On ne te voit plus très souvent, depuis quelques temps.

- Oh. Je ne sais pas trop, je bouquine.

- Tu dois passer beaucoup de temps avec Drago. Il te regarde beaucoup.

Elle croisa le regard transperçant de Luna. Elle avait l'air complètement perchée, le nez dans les nuages, mais son regard était intelligent, Hermione ne pouvait pas le nier, et elle se sentit rougir.

- On se voit beaucoup, oui, bredouilla vaguement Hermione en lâchant sa plume dans son encrier.

- Peut-être qu'il pourrait devenir gentil.

- Qu'est-ce que tu racontes, Luna ? On parle de Drago Malefoy, rit nerveusement Neville. La seule chose qui lui procure du plaisir, c'est de faire du mal.

- Je ne crois pas, dit-elle de sa voix fluette. N'est-ce pas, Hermione ?

Le feu finit de prendre ses joues, et elle devait avoir l'air d'un animal traqué. Le regard inquiet que lui portait Neville la confortait dans l'idée qu'elle était suspecte. Elle pensait s'être améliorée pour le mensonge, mais visiblement elle n'était capable de mentir correctement qu'à son meilleur ami. Elle se gifla intérieurement, désespérée par elle-même.

- On fait nos devoirs ensemble parfois, concéda finalement Hermione.

- Avec Malefoy ? Il ne peut pas te voir parce que tu es… une née module, lâcha finalement Neville, mal à l'aise.

- Il est moins fier dans nos appartements. Il me faudrait des heures pour vous expliquer la vie avec Drago Malefoy, éluda Hermione avec un petit rire nerveux.

Luna sourit simplement, et Hermione se sentit plus mal à l'aise encore, tandis que Neville replongeait dans son devoir, les sourcils froncés, perplexe, sans comprendre comment Drago Malefoy pouvait être « moins fier ». Ils rejoignirent ensemble la Grande Salle, et Hermione ne s'aperçut pas tout de suite des murmures rapides qui traversaient les longues tables.

- Où est Harry ? demanda Hermione en le cherchant du regard.

Seamus se pencha par-dessus la table, baissant le ton pour ne pas être entendu, alors que tous les élèves en discutaient. Les secrets n'existaient pas à Poudlard, Hermione avait fini par le comprendre. Tout se savait.

- Harry s'est battu avec Malefoy dans les toilettes. Harry a lancé un sort de magie noire, et il a blessé grièvement Malefoy d'après ce qui se dit.

Hermione pâlit sérieusement, prise d'un soudain vertige.

- Quoi ?

- Ils se sont disputés à propos de Katie, et Harry a lancé un sort étrange… il y avait du sang partout d'après Mimi Geignarde.

- Est-ce que … Malefoy, il va bien ? osa-t-elle demander.

- Il est à l'infirmerie, Rogue est arrivé à temps, un peu plus et il se vidait de son sang dans les toilettes. Ça aurait été moche. Mais il le mérite bien.

- Arrête, Seamus, on parle de la mort d'un de nos camarades d'école depuis 6 ans. Je ne souhaite la mort de personne, siffla Hermione. Où est Harry ?

- Avec Dumbledore.

Hermione quitta la table sans même avoir toucher le moindre couvert. Elle grimpa les quatre étages et déboula dans l'infirmerie sans faire fit des protestations de l'infirmière qui s'agitait dans tous les sens. Malefoy était dans le lit le plus éloigné, le plus dissimulé.

Hermione s'approcha, le cœur réduit en miettes. A chaque pas, son inquiétude grandissait. Il était là, allongé, à deux lits de Ron qui dormait profondément mais qui semblait en meilleure forme. Il était pâle comme la mort, les joues étonnement creuses. Elle couvrit sa bouche de sa main, horrifiée. il était couvert de bandages, et des tâches rougeâtres traversaient le tissu blanc. Elle s'assit précautionneusement sur le bord du matelas, terrifiée à l'idée d'aggraver son état. Il aurait pu être mort. Ses lèvres étaient bleues, ses paupières rougeâtres, le bout de ses doigts étaient glacées. Elle pressa la main de Drago dans la sienne, tentant de l'irriguer de sa chaleur.

- Que faites-vous ici, Miss Granger ?

La voix trainante de Rogue lui glaça le sang. Elle lâcha la main de Drago, comme brûlée. Aucun d'eux n'avait besoin que Voldemort apprenne leur proximité, et bien que Dumbledore ait confiance en Rogue, Hermione partageait les doutes d'Harry. Elle tentait de garder les idées claires malgré son émotion. Il avait l'air mort, et cela la perturbait plus qu'elle ne l'aurait pensé.

- Je… je venais voir s'il allait bien. On devait avoir une réunion entre préfets en chef, ce soir, mentit-elle.

Elle sentait le regard perçant de Rogue dans son dos. Il se rapprocha sans autre bruit que le froissement de sa robe.

- Mr. Malefoy va s'en sortir. Il est fort.

Hermione ne répondit pas. Il n'y avait rien à dire. Elle tourna doucement le poignet de Drago, découvrant le blanc de son bras. Un bandage blanc couvrait la marque noire qui couvrait son bras. Elle était invisible à présent.

- Je me suis occupé des bandages. Personne n'est au courant… de sa condition.

- Je ne vois pas de quoi vous parlez.

- Ne me prenez pas pour un imbécile, Miss Granger. Mr. Malefoy est très mauvais menteur, je ne suis pas dupe, et le Pr. Dumbledore est loin d'être un vieux fou sénile, je suis au regret de le dire. Vous savez pour la marque.

Hermione ne répondit toujours pas. Dire quelque chose était risqué, elle ne savait pas ce que le Pr. Rogue voulait tirer d'elle, et parler, pourrait la trahir. Elle passa une main nerveuse sur son visage. Elle était effrayée. Rogue soutenait qu'il allait s'en sortir, pourtant elle ne pouvait y croire, il avait l'air tellement mal au point. S'il mourrait ? Que ferait-elle ? Elle ne le supporterait pas. Ils s'étaient disputés la dernière fois qu'ils s'étaient vu et Hermione s'en voulait. Elle ne pourrait jamais lui dire à quel point elle regrettait, à quel point elle voulait qu'il aille bien. Elle voulait entendre sa voix trainante et moqueuse, ses petites piques, et sentir ses mains la titiller. Elle voulait revoir ses yeux gris tourmentés. Ses explosions de colère, ses méchantes attentions à son égard, ses regards mauvais, et même son verre de whisky qui la dégoutait profondément, lui manquait.

- Vous devriez regagner vos appartements avant que l'on ne vous retire des points. Le couvre-feu est passé.

Hermione le fusilla du regard. Il était détestable.

- Bonne nuit, professeur Rogue.

Elle jeta un dernier regard plein d'effroi sur le Serpentard inconscient, et sortit de l'infirmerie. Au lieu de rejoindre la porte dérobée dans le mur du quatrième étage pour rejoindre ses appartements, elle grimpa les marches quatre à quatre pour rejoindre la salle commune Gryffondor. Elle était bouleversée par la vision d'horreur que Malefoy renvoyait. Harry n'était pas là. Il était toujours avec Dumbledore d'après Seamus. Elle ne resta pas à l'intérieur de la pièce qui semblait trop exiguë, tous les regards convergeaient vers elle. Une chape de plomb pesait sur ses épaules, elle avait besoin d'air.

Assise contre un mur, elle ne savait pas combien de temps elle avait attendu. Cela aurait pu être des heures comme des minutes. Son esprit était hanté par des images d'un Malefoy mourant, et de scénarii plus terribles les uns que les autres. Elle ne pouvait penser à autre chose. Elle avait essayé de réciter ses cours d'herbologie pour se détendre, mais très vite ses pensées retournaient à Drago Malefoy. Encore et toujours.

Elle ne s'échappa de sa torpeur que lorsqu'elle entendit de lourds pas dans la cage d'escalier. Elle se redressa d'un bond, marchant d'un pas furibond vers l'individu qui ne pouvait qu'être Harry. Au sommet des marches, Hermione semblait dans une colère noire tandis qu'Harry montait péniblement les marches, l'air morose.

- Comment as-tu pu ?! hurla-t-elle.

Toute la peur qu'elle avait contenu en elle s'extériorisait dans la colère qu'elle ressentait contre Harry.

- Un sort de magie noire, toi qui es censé combattre Tu-sais-qui, comment as-tu pu en arriver là ?

- Je …

- Tu n'as aucune excuse ! Tu as failli le tuer, si Rogue n'était pas arrivé…

Sa voix se brisa et son regard se voila. Harry était bien trop chamboulé pour se rendre compte de l'état anormal d'Hermione. A vrai dire, il semblait mal au point, pâle et nauséeux.

- Je ne savais pas que c'était un sort de magie noire… il était dans le livre et…

- Et tu utilises un sort sans même te renseigner à propos de son effet ? Tu l'as vu à l'infirmerie ? Moi, je suis allée le voir, figure-toi, il a l'air au bord de la mort.

Harry passa une main nerveuse dans ses cheveux et même Hermione ne pouvait ignorer la lueur de douleur dans ses yeux verts fatigués. Il regrettait, Hermione le savait. Harry n'était pas de ceux qui faisaient souffrir. A vrai dire, elle connaissait peu de gens aussi bon qu'Harry, qui avait pourtant souffert plus que n'importe qui. Il n'aurait jamais tué son pire ennemi.

- Il va s'en sortir ? demanda-t-il dans un souffle.

Hermione se calma, reprenant son souffle, se forçant à se calmer. La sollicitude d'Harry l'aida à se contenir. Elle se laissa choir sur une marche, la tête entre les mains. Une violente migraine sévissait dans son crâne, elle ne s'en rendait compte qu'à présent.

- Rogue dit que oui.

- De quoi il a l'air ? Est-ce qu'il… il a des marques sur son corps ?

Elle pouvait sentir la peur d'Harry dans sa voix, il appréhendait la réponse. Elle savait qu'il ne supporterait pas l'idée d'avoir blessé grièvement Malefoy. L'avoir marqué à vie d'immondes cicatrices, le marquer par la guerre qui meurtrissait déjà le monde et qui s'invitait dans Poudlard, sanctuaire impénétrable aux yeux des élèves y suivant leur scolarité. Il n'avait jamais voulu de la guerre, il n'avait jamais souhaité que d'être un enfant normal depuis toujours, et on lui avait mis le poids du monde sur les épaules. Il ne voulait pas d'un poids de plus sur la conscience.

- Je ne veux pas devenir comme Tom, Hermione.

Cette idée glaça le sang d'Hermione. Harry lui avait déjà parlé de cette idée folle. Celle qui pourrissait son esprit lorsqu'il tentait de s'endormir et qui l'empêchait de plonger dans un sommeil apaisé. Son pire cauchemar était de ressembler à Voldemort. La malchance faisait qu'il lui ressemblait vaguement physiquement, et le destin avait voulu lui faire suivre la route du jeune Tom Jedusor, en l'envoyant à Serpentard, ce qu'il avait fermement refusé. Plus, il en apprenait sur Tom, plus il voyait des similarités avec lui.

- Tu ne seras jamais comme Tu-sais-qui, Harry. Tu regrettes ton geste, lui, il a tué sa propre famille à 14 ans. Tu n'es pas une mauvaise personne.

- Je n'en suis pas si sûr.

Un lourd silence s'installa entre les amis, plein de peur et d'appréhension. C'était une atmosphère empoisonnée, qui ne laissait aucune place au bonheur et à la joie. C'était cette atmosphère là que les détraqueurs étaient capables de créer. Il semblait que l'esprit humain était également capable de faire ressentir un tel malheur.

- Il a des marques ? demanda-t-il à nouveau.

- Je ne sais pas, il était couvert de bandages.

- C'était un sort de magie noire. Il aura des cicatrices. Comme moi.

Hermione regarda mécaniquement la fine cicatrice en forme d'éclair sur le front de son ami. Ses mains étaient crispées sur ses genoux noueux et son visage était crispé dans une expression douloureuse.

- Rogue est doué, il saura effacer les marques.

Harry ne répondit pas. Hermione ne surenchérit pas. L'atmosphère pesante se réinstalla, chacun ayant le regard fixé en bas des escaliers, plongés dans leurs pensées les plus sombres, celles qui vous font vous sentir mal jusqu'aux tréfonds de vos entrailles.

- Tu me détestes ?

- Je n'en ai pas la force ce soir, soupira-t-elle. Peut-être demain.

Il sourit. Un peu.

- On ferait mieux d'aller dormir.

Hermione hocha de la tête, et ils se quittèrent sans un mot. Aucun d'eux n'allait dormir, trop tourmenté.