Promise Kept

Clarke écoutait, les yeux mi-clos et une boule inexplicable dans l'estomac, le diagnostic que sa mère lui donnait. Le holter lui avait été retiré, il y a une heure de cela et après avoir pris une douche elle était retournée à l'infirmerie pour tomber sur Abby. La blonde avait attendu que sa mère se décide à lui expliquer ce qui se tramait dans son corps. La réponse se fit prier et la jeune femme devina aisément que, compte tenu de la nature de ses troubles cardiaques et le matériel qui se trouvait à disposition à Exodia, elle était condamnée à mourir. C'était inévitable…

« Le rythme cardiaque normal oscille normalement autour de soixante battements par minute pour un adulte et dépend de facteurs multiples, le plus souvent sans rapport avec une maladie cardiaque : effort physique, anxiété, fièvre, ...

_ Maman, avait soupiré Clarke.

_ Ton rythme cardiaque est plus élevé que la normale, tu fais de la tachycardie. Les effets sont multipliés par le stress, l'activité physique et une récente déshydratation. En plus de ça, ton cœur supporte assez mal ce changement de rythme à cause de cardiopathies sous-jacentes.

_ J'en ai assez entendu », trancha doucement Clarke.

Abby resta un instant bouche bée, puis ses habitudes de médecins reprirent le dessus et elle se ressaisit. Mais la blonde n'écouta pas les exhortations à s'inquiéter pour sa santé et entreprit de remballer ses affaires pour quitter l'infirmerie. En rangeant sa radio, elle remarqua qu'une communication était en cours. Elle leva la main, faisant ainsi signe à sa mère de se taire et pressa le bouton talk.

« Ici Clarke Griffin, j'écoute.

_ Clarke, ravie de voir que tu n'es pas morte, déclara une voix aux accents mécaniques.

_ Épiméthée ? s'étonna l'intéressée. C'est une grave erreur que tu viens de faire là.

_ Mais moins grave que la tienne, je le crains. »


Clarke était évanouie mais elle respirait encore et parvenait à discerner les sons et les mouvements autour d'elle. Des pantins d'A.L.I.E. entrèrent dans la pièce ou la jeune femme blonde gisait, ils échangèrent sur un ton interrogatif et la voix de Daemon répondit avec assurance et sarcasme. Même dans cet état, Clarke ressentit le besoin urgent de lui décrocher un direct à la mâchoire. Des paires de mains la saisirent par les aisselles et les chevilles, elle se sentit être soulevée puis transportée péniblement sur une centaine de mètres avant d'être lâchée. Elle alla s'écraser le nez dans la terre et la rocaille. Une botte fit pression sur ses côtes, elle entendit une nouvelle fois la voix mielleuse et ô combien insupportable de Daemon avant de dévaler en roulant sur le flanc une pente recouverte de pierres et de débris qui lui causèrent quelques hématomes.

Lorsqu'elle s'arrêta, se fut car son crâne épais venait de percuter un tuyau métallique. Le choc lui fit l'effet d'une décharge tonique qui activa ses réflexes, un spasme parcourut tout son corps et Clarke se dressa brusquement, se cognant une nouvelle fois la tête contre de la tuyauterie. Elle leva les yeux, du cuivre de toute évidence, autour, au-dessus et en-deçà d'elle des débris de roches, des plaques de bitume arrachés et de la terre tentaient d'étouffer d'autres résidus de l'humanité comme des éviers, des tuyaux, des armoires et des matières textiles.

Il n'y avait plus ni Daemon ni hommes de main d'A.L.I.E. quand elle parvint à se hisser au sommet de la pente qu'elle avait dévalée plus tôt. Clarke entreprit de trouver son chemin hors de la zone dirigée par l'intelligence artificielle pour aller retrouver le groupe de l'étoile rouge. En marchant, elle sentit une aiguille dans sa poche, elle plongea sa main dedans, de ses doigts elle fit le contour d'une seringue. Elle s'en saisit et la sortit, vide, naturellement. La jeune femme blonde jugea préférable de s'en débarrasser, ce qui venait de se passer devait rester ignoré par l'étoile rouge.

Clarke prit un peu de recul sur sa situation actuelle : elle venait de prendre un produit dont elle ignorait quasiment tout, pour la deuxième fois, risquant ainsi de se désintégrer de l'intérieur. Tout ça parce qu'un ancien allié devenu ennemi avait tenté de créer une armée à partir du sang de la jeune femme et que celle-ci était revenue lui voler un échantillon dans le but d'apporter son aide à un groupuscule rebelle rencontré il y a moins d'une journée. Puis, tout à fait naturellement, ses pensées se tournèrent vers ses camarades d'autrefois. Clarke repensa à toutes les choses imprudentes, dangereuses et inconsidérées que Bellamy, Octavia, Jasper, Finn et Lexa avaient fait avec elle.

« N'est-ce pas effrayant, se dit elle à voix haute, d'être prêt à mourir à un si jeune âge ? »


Clarke serra si fort sa radio que les jointures de ses doigts blanchirent, elle savait que ce moment arriverai mais depuis peu elle n'avait eu de cesse d'espérer qu'Epiméthée ne se rappelle à son bon souvenir qu'après la défection de son cœur.

« Qu'est-ce que tu attends de moi ?

_ Tu m'as fait une promesse, Clarke, te souviens-tu ? Celle qu'ensemble nous reprendrons Paris aux corrompus ! À A.L.I.E. ! Te souviens-tu ?

_ Oui.

_ Je suis venu te réclamer ce que tu m'as promis. »

Epiméthée éteignit sa radio et laissa Clarke dans un silence de plomb, elle sentait sur elle les regards d'Abby, de Jasper, de Phoebe et d'aides médicales présentes. La jeune inspira et fit la seule chose qui s'imposait.

« Ici Clarke Griffin à l'unité Deathstroke, déclara-t-elle en ouvrant toutes les fréquences de communication. J'ai de nouvelles missions à vous confier. »


Clarke parvint finalement à se repérer jusqu'à la station souterraine « Pont Marie », elle s'attarda un moment sur le quai, respirant profondément, s'efforçant d'avoir l'air normale, comme d'habitude. Elle sauta sur les rails, se réceptionna agilement, pliant à peine les genoux, puis elle s'enfonça dans le tunnel. Clarke l'empruntait pour la troisième fois à présent, et cette fois-ci elle était seule, sans personne pour lui expliquer comment les choses allaient se passer. Elle fut bien plus attentive aux bruits environnants, elle remarqua qu'un ventilateur tournait encore et que seul son doux ronronnement venait briser le silence à la fois effrayant et apaisant.

La jeune femme blonde écouta chaque gravillon roulant sous sa semelle, chaque clapotis lorsqu'une goutte d'eau s'infiltre par le plafond et percute les rails d'acier oxydé. Un panneau rouge et usé sur sa gauche crépita, elle sursauta, ne pouvant voir ce qui se passait elle fut parcouru d'un frisson d'excitation face à l'inconnu si séduisant. Un sentiment qu'elle n'avait ressenti depuis des lustres, depuis sa première nuit avec Finn.

Clarke arriva finalement au barrage quel passa en exécutant un saut de chat inversé. Une fois de l'autre côté des barrières, elle ouvrit une porte grillagée, grimpa quelques marches à la volée et se retrouva sous les projecteurs de la station de l'étoile rouge. Illich – a.k.a. l'homme aux haillons- parut content de la voir revenir en pleine forme. Clarke enjamba une gaine en plastique pour aller le saluer.

« Alors, as-tu put te procurer un échantillon du sérum ?

_ Non, hélas .Il m'a été impossible d'approcher suffisamment du laboratoire. Daemon et moi avons un passif et il ne me fait confiance…

_ Je vois, reprit Illich songeur. Il faut pourtant que nous trouvions un moyen.

_ J'en ai peut-être un, lui apprit Clarke, si vous me le permettez j'en parlerais avec Stevens et nous verrons ce qu'il en pensera.

_ Fais donc, ça me paraît être une bonne idée. Mais puisque tu es des nôtres je dois te montrer quelque chose. Suis-moi. »

Illich guida Clarke au plus profond de la station qu'ils occupaient, il dégage quelques roches et se contorsionna pour avoir accès à un escalier. Il invita Clarke à faire de même, celle-ci choisit en revanche de déblayer complètement le chemin. La double injection de Mirakuru lui permit de briser et de soulever les amas de roche comme si de rien n'était. Illich ouvrit de grands yeux avides, l'air d'un enfant qui découvre un tout nouveau jouet, avant de se remettre en mouvement il s'extasia de l'efficacité du sérum.

Finalement, lorsque Clarke atteignit le haut des escaliers, elle tomba nez à nez avec une statue de granite remarquablement bien conservée. L'idole blanche représentait une femme, les yeux recouverts de peinture jaune et portant un vêtement dont son corps était drapé couvrant le bras gauche et laissant le bras droit dégagé. La draperie formait des plis caractéristiques : un pli en demi-cercle sous le bras droit, et des plis produits en relevant une partie du côté gauche de la toge faisant saillie devant la poitrine. Sa main droite reposait sur le pommeau d'une épée tandis que sa main gauche, levée bien haut, tenait fièrement une balance.

Sur son poitrail, l'on avait écrit Dame Justice est aveugle, avec la même peinture qui était barbouillée sur le visage de la statue.

« Qu'est-ce ? demanda Clarke

_ La déesse de la justice, Thémis. C'est son symbole ainsi que les manuscrits que nous avons découvert à ses pieds la première fois que nous venus ici qui nous guident dans notre vie. Dans notre combat.

_ Quel est-il ?

_ Il s'agit plutôt d'une promesse. Celle que nous reprendrons Paris aux corrompus ! À A.L.I.E. ! À ceux qui nous oppriment depuis des générations, qui nous font courber l'échine avec leurs fables sur l'égalité des chances et que nous la rendrons... au peuple. La ville est à nous. Nul ne s'interposera. Nous commencerons par prendre d'assaut Bastille et libérerons les opprimés. Une armée sera levée. Les puissants seront arrachés à leurs nids de décadence et projetés dans le monde froid que nous connaissons et subissons. Les tribunaux seront institués. Et le butin sera partagé. Le sang sera versé. Les autres devront survivre en apprenant à servir la véritable justice. Cette grande ville... saura faire face !

_ Vous êtes l'expiation de la ville lumière ?

_ Peu importe qui nous sommes, seul compte notre plan. La question véritablement importante est : nous accompagneras-tu ?

_ Oui, pour l'instant du moins.

_ J'ai besoin que tu le promettes. »


Clarke fit mine de quitter l'infirmerie mais Phoebe la retint, si elle s'écoutait elle lui aurait déjà brisé la nuque. L'acolyte de Jasper ne causait que des problèmes, son tempérament impulsif et ses opinions la poussaient régulièrement à prendre des décisions inconsidérées. Ce qui, pour quelqu'un ayant un minimum de pouvoir comme elle pouvait en avoir au côté de Jasper, se révélait extrêmement dangereux. Ses expériences auprès du Peuple Sans Nom, de l'étoile rouge et de l'unité Deathstroke lui avaient appris que tout ce qui est dangereux pour la mission doit être neutralisé ou détruit.

« De quel droit te permets-tu de faire payer les autres pour les idioties que tu as faites.

_ Par égard pour Jasper, répondit la blonde, je vais prétendre n'avoir rien entendu et notre conversation s'arrêtera là.

_ Je me souviens d'un proverbe que j'ai entendu sur l'Arche. Trompe-moi une fois, honte à toi. Trompe-moi deux fois, honte à moi.

_ Qu'est-ce que tu essaies de me dire ? gronda Clarke.

_ Tu as berné notre peuple une fois, t'intronisant commandante et lorsque tu as perdu le contrôle tu as fuis. Alors, si certains voient ton retour comme une excellente nouvelle, pour ma part je le vois tel qu'il est.

_ Tu es soit incroyablement brave soit incroyablement stupide pour parler ainsi à quelqu'un qui peut te tuer sans sourciller.

_ Tu ne lèveras pas la main sur moi, assura Phoebe, parce que tu n'as jamais combattu que ceux qui méritaient leur châtiment. N'est-ce pas ?

_ Face à la mort celui qui méritera de vivre et celui qui vivra sont deux choses bien différentes.

_ L'arc n'atteint pas toujours la cible qu'il menace, répliqua Phoebe en battant néanmoins en retraite.

_ Le mien si. »

Clarke fit un pas en avant, arma son bras et alla frapper la compagne de Jasper en plein visage. Phoebe tituba, ses genoux fébriles ne purent la porter plus longtemps et la laissèrent s'effondrer. La blonde passa son bras autour de sa taille et la rattrapa avant que son front ne touche le sol. Clarke aida Phoebe à se redresser, elle croisa son regard embrumé, elle passa son deuxième bras sous les cuisses et la porta dans ses bras. La jeune femme poussa un soupir et confia la garce au bon soin d'un brancard.

Clarke récupéra ses quelques possessions et quitta tout bonnement l'infirmerie, elle attendit à peine que le couloir soit derrière elle pour ouvrir la fermeture éclair de son sac et en sortir sa radio. À peu près au moment où son pied toucha les quelques brins d'herbe au seuil du bâtiment, la jeune femme alluma sa radio et régla le bouton de son appareil sur la fréquence d'Echo. Elle n'appela pas, ne signala pas sa présence, elle se contenta d'écouter ce qui se passait avec Raven. La blonde avait chargé Echo d'apporter son aide à la mécanicienne métisse de quelque manière que ce soit. Maintenant que l'étoile rouge lui sonnait les cloches et venait réclamer qu'elle tienne sa promesse il fallait redoubler d'effort dans la conception de l'anti-missile.

« Pourquoi toi ? interrogea la voix de Raven.

_ Je te demande pardon ?

_ Pour quel motif est-ce que Clarke t'as choisi quand il fallut envoyer quelqu'un m'aider ? Je veux dire, tu n'y connais clairement pas grand-chose en physique nucléaire ou même en mécanique.

_ Je suppose que je n'étais requise nulle part ailleurs et qu'elle a jugé qu'il te fallait une paire de bras supplémentaire.

_ Ça lui ressemble bien, fit remarquer la métisse avec un sourire en coin. Mais comme tu vois, j'ai ce qu'il faut en termes de bras. Même les guerriers optimisés de l'escouade originelle ne pourraient pas rivaliser.

_ Je l'ignorais, Clarke ne m'a rien dit à ce propos. Par contre, elle m'a parlé de quelque chose d'autre.

_ Quoi donc ?

_ Je dois te garder loin d'Abigail Griffin.

_ Sérieusement ? S'offusqua Raven.

_ Non, je te fais marcher », répondit Echo en riant.

Clarke roula des yeux et changea de fréquence, elle venait de capter un appel d'Hilary. Cette dernière devait très certainement vouloir faire son compte-rendu et en profiter au passage pour questionner les récentes décisions que la blonde avait prises. Se préparant au pire venant de sa camarade de longue date, la jeune femme ferma les yeux et compta à rebours en partant de cinquante. En se concentrant sur les nombres et sur rien d'autre, en les égrainant les uns après les autres, sa respiration revint à la normale et elle se sentit bientôt plus détendue.

« Ici Clarke Griffin, j'écoute, débita-t-elle calmement en pressant le bouton talk.

_ Conformément à l'ordre de mission, Roan, Seth et moi-même sommes partis sur la route de la ville des lumières. Le chemin que tu nous as indiqué s'est révélé erroné mais Roan a corrigé le tir et bien que nous nous soyons éloignés de cinq kilomètres vers l'ouest nous avons repris le cap. Nous avons atteint la fin du premier quart et nos montures se reposent. Bien que je me demande toujours pourquoi le droit d'emprunter les véhicules motorisés nous a été refusé.

_ Problème de carburant, vous n'en n'auriez jamais eu assez et vous auriez été contraint d'abandonner les véhicules pour continuer à pied. Les chevaux représentaient la meilleure option. Aie confiance en moi, Hilary.

_ Évidemment… Clarke, il y a deux ou trois choses que j'aimerais mettre au clair. La première étant que je suis amoureuse…

_ Attends, la deuxième équipe m'appelle. On continuera cette conversation tout à l'heure. »

Clarke alluma sa radio sur la fréquence de la seconde équipe, celle qui était composée de Robbie et Elyas et qui avait eu pour tâche de retourner dans le bunker que Finn avait découvert lors de leur premier mois sur Terre. La blonde y avait caché là une boîte qu'Epiméthée désirait. Pour être tout à fait exact, le contenu l'intéressait bien davantage que le contenant lui-même, et ce malgré le temps que la jeune femme avait passé à sculpter et dessiner les arêtes et le couvercle.

« Ici Clarke Griffin, j'écoute. L'as-tu trouvé, Elyas ?

_ Navré de te décevoir mais ce n'est pas lui, fanfaronna la voix de Robbie. Nous sommes entrés dans ta cachette secrète et Elyas a mis la main sur la boîte de Pandore. Je n'arrive toujours pas à croire que tu ais couché avec un mec, ici !

_ Robbie, ça suffit ! Si c'est tout ce que tu as à me dire, je raccroche.

_ Attends, s'il te plait. Je sais bien que je te l'ai trop dit et que tu en as probablement assez de me répondre toujours la même chose, mais voilà. Je peux sembler fou, exalté, hors des réalités, mais je ne peux pas m'arrêter de me tourner vers toi. Mon cœur et mon âme sont pour toi, elles t'appartiennent. Pourquoi ? Tout simplement parce que je t'aime !

_ Moi aussi.

_ Robbie, terminé, répondit-il en souriant.

_ J'ai peine à croire que tu aies simplement oublié de couper ma fréquence, Clarke. J'ai tout entendu et tu le sais.

_ J'espère bien, Hilary. J'espère bien. »