Titesouris : Tu trouves ? Eh bien, vu les avancements faits dans les derniers chapitres, il y a peut-être un peu de quoi.
Pour la comparaison vieux Merlin/Dumbledore, je ne peux que te donner raison.
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Chapitre 21 : Un choix de Destin ~Partie 2~
Le lendemain, Merlin disparut dans son atelier, ayant prétendu être joyeux tant qu'il était en présence du roi, ayant été invité à petit-déjeuner avec lui. Mais ici, avec la seule compagnie de sa vouivre, le magicien s'assit et broya du noir en repensant à ce qui le hantait depuis la nuit précédente.
Arthur le traiterait d'idiot, et Gaius le traiterait d'inconscient, pour avoir délibérément cherché une telle vision. Mais le choix avait été sien, et il avait dit qu'il accepterait le prix du savoir. Et même si c'était un prix lourd, avoir vécu le chagrin de la mort d'Arthur et savoir qu'un jour il devrait le vivre à nouveau, il y avait également une sorte de récompense... Kilgharrah avait raison... Un homme sage ne se laissait pas intimider par le savoir.
Merlin soupira, tirant son bol de vision à lui. Il invoqua alors une image de Mordred, avant d'étendre sa magie pour parler dans la tête du jeune homme.
'Mordred, il faut que je te parle. Descends les escaliers principaux qui mènent aux niveaux inférieurs, et prends le passage opposé à celui qui mène aux cachots. Je te guiderai de là.'
Il vit Mordred froncer les sourcils à la demande, hésiter, puis se tourner pour se diriger vers l'endroit indiqué. Ce froncement de sourcils resta en place lorsqu'il fut guidé dans le labyrinthe des niveaux inférieurs, et il ne fit que s'accentuer lorsqu'il reçut ordre de s'arrêter dans un couloir apparemment vide.
Enfin, jusqu'à ce que Merlin aille à la porte de son atelier, jette le sort qui la débloquerait pour laisser un individu qui n'était pas membre de la Fraternité entrer, et sorte dans ce couloir.
Mordred sursauta de surprise lorsqu'il apparut soudainement, et fronça les sourcils.
« Qu'est-ce que tu veux ? »
Le magicien recula dans le mur apparent, et fit signe au sorcier plus jeune de le suivre.
« Entre, et je te le dirai. »
Mordred le suivit avec réticence, seulement pour s'arrêter de surprise à la vue de toutes les étagères de livres de sorts, les boîtes de matériaux, et la collection d'outils et d'équipement magiques. Merlin remarqua cette surprise, et haussa les épaules.
« Mon atelier. Je ne suis pas encore publiquement le Sorcier de la Cour, donc je dois encore garder tout ça ici pendant un moment. Le nom de la vouivre est Geleaffriou ; je l'ai élevée lorsqu'elle n'était qu'un bébé. Son fils, Scilderether, est probablement dans la grotte. »
Friou sentit l'agitation de son maître, et gronda doucement en guise d'avertissement mais ne montra pas d'autres signes d'agression envers le visiteur.
Mordred l'observa pendant un moment, puis croisa les bras sur son torse.
« Donc, tu vas me dire de quoi tu voulais parler ? »
Merlin soupira, se tourna et s'assit dans la chaise la plus proche. S'il voulait que cette seconde image de la vision soit celle qui se réaliserait, alors cette conversation devait arriver. C'était l'unique indice de l'Ancienne Magie, l'unique occasion, de changer les choses pour un futur avec un peu de chance plus brillant pour le jeune homme et les personnes autour de lui.
Mordred était peut-être destiné à tuer Arthur d'une façon ou d'une autre, mais son chemin n'était pas gravé dans la pierre. Il y avait une chance de le sauver de l'obscurité, et après avoir échoué à sauver Morgane, Merlin la saisissait.
« Tout d'abord, je veux t'expliquer quelque chose. Je veux te dire pourquoi j'ai hésité à l'époque, à venir enlever la grille lorsqu'Arthur t'a fait sortir des cachots pour te ramener chez les Druides. »
Mordred eut l'air décontenancé.
« C'était il y a longtemps. Qu'est-ce que ça a à voir avec maintenant ? »
« Tout. »
Merlin le regarda, solennel.
« J'ai hésité à venir, à cause de quelque chose que le Grand Dragon, Kilgharrah, m'avait dit sur ton futur. Mais un homme sage ne devrait pas se laisser gouverner par peur de ce qui est à venir, et c'est quelque chose que je n'ai pas réussi à faire à l'époque. J'ai échoué à nouveau, en reprenant le Cristal de Neatid, et avant que tu dises quoi que ce soit, j'aimerais te faire remarquer qu'Alvarr est un manipulateur notoire. Si tu avais demandé à quiconque dans la communauté magique des renseignements sur lui depuis, ceux qui le connaissent auraient pu te le dire. Il vous utilisait, Morgane et toi, pour ses propres gains, et il devait être arrêté... mais je ne vais pas utiliser cela comme une excuse pour ce que je t'ai fait. J'ai utilisé ma magie pour essayer de t'empêcher de t'enfuir, et si tu avais été capturé à cause de moi ta mort aurait été par ma faute... J'accepte ma responsabilité pour cela, Mordred, et même si je sais que tu pourrais ne jamais me pardonner, tu as ma parole que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour me racheter. »
Mordred retrouva enfin sa voix. S'il avait ressenti de la colère à cause de cette conversation, elle était maintenant noyée sous sa confusion.
« Pourquoi est-ce que tu me dis ça ? »
Merlin attendit un moment, puis sourit tristement.
« Parce que tu peux encore choisir où ta vie te mènera... Ta destination est prévue, tout comme celle d'Arthur et la mienne le sont, mais comme nous, tu peux encore décider comment tu veux y arriver. Je sais qu'un lien existe entre Morgane et toi, un lien du destin. Je crois que tu es destiné à l'aider au moins pour un moment, mais ça ne m'importe pas. Je ne tenterai pas directement de changer ton sort, parce que ce n'est pas mon droit de le faire... Mais je sais que c'est mon droit de te donner la chance d'un chemin différent pour l'atteindre... C'est à toi de choisir d'accepter ce don ou non. »
Mordred semblait maintenant complètement décontenancé.
« Au nom de l'Ancienne Magie, mais de quoi parles-tu ? »
Merlin regarda Mordred comme quelqu'un regarderait un petit frère, pensant à tout ce qu'il avait appris de lui-même à la Cave de Cristal.
« Un don de prophétie, et un futur que j'ai vu... J'ai durement appris il y a quelques années, que certaines choses ne peuvent pas être changées et qu'on ne devrait même pas essayer. Si on tente de le faire, le destin trouvera toujours un moyen, tout comme avec Morgane. Elle cherche à être Reine de Camelot, et à chaque fois qu'elle saisit le trône, il lui est arraché peu de temps après. Elle se bat contre le destin ; elle qui voit plus le futur que n'importe lequel d'entre nous, et pourtant elle ne comprend rien aux règles des prophéties. Si l'aperçu de son futur, que j'ai vu dans ses rêves, est une quelconque indication, alors elle ne comprendra jamais. Elle combattra le destin, et échouera, jusqu'à la fin de ses jours. Pour cela, j'ai pitié d'elle, mais pour toi, ma main de l'amitié attendra toujours, jusqu'au jour où tu feras ton choix. »
Il s'assit à nouveau, pendant que Mordred le regardait dans un silence pensif. Puis il s'assit aussi, après avoir tiré une chaise à l'opposé de celle où le magicien était assis.
« Je pense que je comprends ce que tu dis, que tu as vu le mal dans mon futur mais que tu sais que je peux toujours m'en détourner... Mais pourquoi le devrais-je ? Pourquoi devrais-je faire confiance à quelqu'un qui m'a trahi, qui a trahi toute la foi que j'avais en lui lorsque j'étais un enfant ? »
Merlin soupira, mélancolique.
« Parce que quand je te regarde, je me souviens encore de ce petit garçon effrayé qui appelait à l'aide. Le petit garçon dont j'ai répondu aux cris, et que j'ai fini par choisir de sauver en dépit de savoir à quoi tu étais destiné... Je ne regrette pas ce choix. Pas à l'époque, pas maintenant, et pas avec ce que j'ai appris. Si tu décides d'être l'ennemi de Camelot et de t'allier avec Morgane, alors c'est ta décision. »
Son sourire s'adoucit.
« Mais même ainsi, je choisis quand même de te sauver, en ce moment... »
Merlin regarda Friou, qui vint se faire caresser à la requête non formulée.
« Je continuerai de choisir cela, et de te prouver que je suis digne de ta foi, aussi longtemps qu'il le faudra. »
Mordred regarda ce moment de calme, Merlin caressant Geleaffriou, sachant que l'homme devant lui avait dit tout ce qu'il avait à dire.
Le chevalier-sorcier quitta l'atelier, entendant le sort de verrou s'activer dès qu'il fut à nouveau dans le couloir, et retourna dans les niveaux supérieurs. Retournant à ses appartements, où, comme Merlin le faisait dans l'atelier, il réfléchit aux nombreuses pensées qui occupaient maintenant son esprit.
Qu'allait-il faire ? Qu'est-ce que Merlin avait vu du futur exactement ? Qu'est-ce qui le poussait à offrir la main de l'amitié à quelqu'un qui, il le savait parfaitement, pourrait devenir son ennemi ?
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Le temps s'écoula dans le silence de son atelier, jusqu'à ce que Merlin soit obligé de sortir pour assister à l'annonce dans la cour central. Il resta distrait pendant tout le discours d'Arthur selon lequel il avait été prouvé maintenant que ceux qui possédaient la magie pouvaient vivre paisiblement avec des lois pour les gouverner, et qu'il était temps que Camelot accepte leur retour. Il y avait eu un mélange de cris et de silence incertain parmi les citoyens qui s'étaient rassemblés en-dessous, mais pas de protestations. Arthur avait bien travaillé pour amener le peuple à accepter à nouveau la magie au lieu de la craindre.
Lorsque l'annonce fut terminée, Merlin se retira à nouveau, cette fois dans ses appartements. Et il y resta pour le restant de la journée, perdu dans ses pensées, jusqu'à ce qu'à l'approche du soir la porte s'ouvre et Gaius entre.
Le médecin donna à Merlin un regard entendu, et s'approcha pour s'asseoir avec lui près du feu dans l'âtre.
« Qu'y a-t-il, Merlin ? Arthur a peut-être été trop occupé pour remarquer que tu broies du noir, mais pas moi. Tu caches quelque chose. »
Merlin lui rendit son regard et envisagea de le nier, mais un sourcil levé de son mentor le fit céder avec un soupir.
« J'ai eu des visions du futur, celui de Mordred et d'Arthur. La première m'a été montrée par un vates mourant en chemin vers Ismère, et les autres, je les ai vues lorsque j'ai été à la Cave de Cristal la nuit dernière. »
Gaius le fixa.
« Tu as été à la Cave chercher une vision du futur. Quel futur ? »
« Le jour où Arthur est destiné à mourir... »
Un silence complet s'abattit, alors que Gaius fixait Merlin, horrifié.
« Tu... Pourquoi ? Pourquoi chercher cela, Merlin ? Est-ce que Mordred est une menace ? »
Merlin resta étrangement calme, ayant déjà accepté ce qu'il avait vu.
« Oui et non. C'est lui qui finira par tuer Arthur, dans environ vingt ans, mais s'il le fait par haine ou si ça arrive par accident, c'est à moi de le choisir. Si je réinstaure sa foi en moi, ou si je l'abandonne à l'obscurité, parce que si je le traite comme un ennemi, alors il en deviendra un. C'est ce qu'on m'a dit. C'est ce que l'homme que j'ai rencontré à la Cave m'a dit, lorsqu'il m'a expliqué ce que j'avais vu. Que c'était à moi de forger Mordred, et que je suis le pivot autour duquel le chemin de Mordred évolue. »
Gaius commença à froncer les sourcils.
« Tu as rencontré quelqu'un à la Cave ? Qui ? »
Merlin prit une profonde inspiration avant de répondre.
« Moi-même... venant de suffisamment loin dans mon futur pour qu'Arthur ait accompli sa destinée et soit mort. »
Gaius le fixa, consterné.
« Toi-même ? Comment est-ce possible ? Tu en es sûr , »
Merlin acquiesça.
« J'en suis sûr. Il était vieux, aussi vieux que moi quand je déguise mon âge, et il savait exactement ce qui m'a amené à la cave et ce que j'ai vu. Sa magie était mienne et la mienne était sienne, je pouvais le sentir, et au plus profond de moi je savais qu'il était vraiment un écho de moi dans le futur... Comme la façon dont j'ai rencontré cet écho de Taliesin du passé. Mon futur moi a dit que je saurai lorsque le jour viendra, où je serai lui et je serai celui qui parlera au moi que je suis maintenant, mais je ne sais pas comment je saurai. »
Gaius poussa un long soupir, réfléchissant.
« Est-ce qu'il a dit quelque chose d'autre ? »
Merlin fronça les sourcils.
« Il a dit qu'il ne pouvait pas parler plus longtemps, parce qu'il attendait une visite d'une partisane de la magie nommée Katia, mais je ne vois pas qu'est-ce que ça a d'important. »
Gaius hocha la tête.
« Alors tu sais, ou plutôt tu le sauras lorsque viendra le jour où tu sauras qui elle est et quand elle croisera ton chemin. »
Merlin le fixa, avant de laisser échapper un grognement.
« Une énigme... Est-ce que je vais finir aussi mal que Kilgharrah si je ne donne pas une réponse claire ? »
Tous deux restèrent immobiles, jusqu'à ce que Gaius secoue la tête, émerveillé.
« Je trouve toujours cela incroyablement étrange, que tu aies rencontré ton propre toi du futur. Ça semble aller à l'encontre de toutes les lois de magie que j'ai jamais connues... Mais là encore, quand les règles habituelles de la magie se sont-elles appliquées à toi ? »
Cela fit sourire Merlin.
« Jamais. »
Il soupira.
« Mais il y avait quelque chose d'autre sur ce futur moi, la façon dont il me regardait. C'était presque comme s'il savait quelque chose que je n'ai pas encore appris, qu'il m'enviait parce que je ne le savais pas. »
Gaius plaça une main rassurante sur le bras de Merlin.
« Ne t'attarde pas là-dessus. Aucune personne n'atteint un grand âge sans expérimenter des choses qui font qu'elle envie sa version passée parce qu'elle ne le sait pas. Cela fait partie du vieillissement. »
Merlin soupira.
« Mais pourquoi est-ce que j'ai l'impression que, lorsque je vieillirai, j'aurai plus à envier à ma version passée que quiconque ? »
Gaius se leva et tira Merlin sur ses pieds.
« Et je t'ai dit de ne pas t'attarder là-dessus. »
Il sourit.
« Eh bien je ferais bien d'y aller, et il faut que tu saches qu'Arthur veut que tu rendes visite aux camps de Druides proches dans la matinée. Quelques-uns auront reçu des nouvelles quant à la fin du ban aussitôt, mais le reste a besoin de le savoir. Je pense qu'entendre cela de la bouche d'Emrys, les rendra très heureux. »
Merlin sourit et acquiesça.
« Oui, en effet. »
Il regarda vers la fenêtre, et vit qu'il commençait à faire sombre. Warren irait bientôt aux cuisines.
« Voulez-vous dîner avec moi ? Vous serez tout seul autrement, à moins que Liam décide de passer la nuit au château. »
Cette dernière partie fut dite avec un sourire, et Gaius gloussa.
« Et si par là tu veux dire qu'il veut rester suffisamment loin de son fils pour ne par l'entendre, alors il utilise souvent ma chambre libre ces derniers temps, mais c'est seulement parce qu'Elias ne fait pas encore ses nuits. L'art de la médecine est très précis, et travaillant en souffrant de manque de sommeil le laisserait prompt à faire des erreurs. Hana comprend, et non, Liam n'est pas là. Hana voulait célébrer le changement de la loi avec Alan et sa famille, donc Liam dînera là-bas ce soir. »
Merlin acquiesça, comprenant, et se leva pour aller chercher un anneau de bronze sur son bureau. Il était classique, et il ne le portait que dans le château, mais le Sort de Parole qui le connectait à l'anneau identique que Warren portait rendait la tâche d'entrer en contact avec le serviteur exceptionnellement facile.
Merlin enfila l'anneau et parla doucement, ayant appris que Warren était facilement surpris par des instructions désincarnées même s'il portait son anneau depuis des mois, et c'était après avoir passé trois semaines à le convaincre de le porter tout court.
« Warren, j'ai besoin que tu amènes un dîner pour deux dans mes appartements. »
Merlin soupira alors tandis qu'il mettait fin au sort, et retournait s'asseoir à côté de Gaius.
« Même si je ne voulais pas de serviteur à l'époque, je ne nierai pas que ça a ses avantages. Au moins maintenant Warren est habitué à ma magie. »
Gaius se renfonça dans sa chaise, pensif.
« En parlant de cela... Je sais que tu as dit aux Chevaliers que tu avais des pouvoirs, mais as-tu l'intention de le dire à tout le monde ? »
Merlin grimaça et secoua la tête.
« Un pas à la fois, Gaius. Je le dirai probablement au Conseil dans quelques jours, et quand ils y seront habitué alors je laisserai le peuple me voir utiliser la magie. Une fois qu'un des serviteurs me verra l'utiliser, il ne faudra pas longtemps pour que la nouvelle se répande, et ce serait mieux ainsi plutôt qu'une annonce formelle qui en ferait tout un plat. »
« C'est vrai. »
Tous deux continuèrent de parler après que Warren soit arrivé avec leur dîner, et bien après le moment où il enleva les assiettes et alla se coucher. Mais au moment où Gaius partit et où Merlin finit par se coucher, il se sentait beaucoup mieux, même si les visions de la mort d'Arthur se reproduisaient toujours devant ses yeux dans son sommeil. C'était une chose avec laquelle il allait devoir vivre, comme une partie du prix pour avoir cherché ces visions.
