Salutations! Voici un chapitre qui a été écrit assez facilement. En même temps, je l'avais en tête depuis des mois. J'ai eu le temps d'y réfléchir. Attention, ce chapitre-ci sera très riches en informations. Faites bien attention à lire...

Bonne lecture!


Chapitre 21 : des liens fraternels.

Matthew avait été conduit dans une nouvelle pièce du palais du prince indien. C'était une grande chambre pleine de coussins et de tissus précieux. Il y avait également une grande cage dorée avec des oiseaux exotiques. Le garçon ne se sentait pas rassuré du tout. Ses tuteurs l'avaient régulièrement mis en garde contre les étrangers qui se montraient trop gentils. Ils lui avaient raconté des histoires venant de France avec un loup qui attend les petits enfants dans la forêt, d'un méchant prince à la barbe bleue… Mais ce qui l'inquiétait le plus pour le moment, c'était qu'il avait été enlevé alors qu'il tentait d'aller prévenir ses amis d'un terrible danger et qu'Alfred avait aussi besoin d'être secouru. Il n'avait pas le temps de rester dans ce palais. Il devait retourner au Migratory Bird prévenir les autres. Il devait aider son frère.

Problème, comment sortir de ce grand bâtiment ? Il s'approcha de la fenêtre. Il y avait un grand jardin avec plein de grands arbres et de buissons. Pouvait-il arriver jusqu'au mur d'enceinte sans se faire remarquer ? Alors qu'il y réfléchissait, la porte de la chambre s'ouvrit. Le prince entra avec un plateau remplis de friandises.

- « Tu aimes le jardin ? » demanda-t-il en Danois.

Le seigneur devait penser qu'il venait du Danemark. Après tout, pourquoi pas ? Il était aussi blond que le gouverneur. Mais Matthew connaissait mal cette langue. Il bredouilla un « Jeg taler ikke dansk ». Cela étonna le seigneur. Qu'est-ce que cet enfant faisait à Tranquebar s'il n'appartenait pas à des familles de colons ?

Le garçon enchaîna sur un « je parle le français. » C'était, à la fin du dix-septième siècle, une des langues les plus parlées dans le monde et avec un peu de chance, le prince l'avait apprise. Et effectivement, le prince lui répondit dans cette langue.

- « Et d'où viens-tu ? »

Matthew raconta le plus honnêtement possible son histoire. Il était mousse sur un bateau avec son frère, et ils avaient été attaqués par des méchants pirates dans la ville. Il avait été capturé alors qu'il allait chercher de l'aide et son grand frère était toujours en danger. Et il insista sur le fait qu'il voulait retourner au port pour retrouver ses amis et s'assurer que son frère était tiré d'affaire.

Le prince eut un gentil sourire.

- « Tu sais, moi aussi j'avais un frère. Il avait les mêmes yeux que toi, mais il ne tenait jamais en place… »

Il fit signe au garçon de s'assoir à côté de lui et de se servir dans le plateau de friandise. Matthew hésita encore une fois. Ses tuteurs avaient bien insisté. « N'accepte jamais de nourriture de la part d'un inconnu, et ne l'approche pas. » Ce n'était pas normal que ce monsieur si important se montre aussi gentil avec lui. Mais s'il déclinait, il se montrerait terriblement impoli et il risquait de vexer le seigneur. Il s'assit donc près de lui, mais toujours les sens en alerte.

- « Il était habitué à être fils de maharaja et à ce que tout le monde accomplisse ses quatre volontés. Un jour, il est sorti avec une escorte réduite sans que je le sache. Quand j'ai réalisé qu'il était partit, c'était trop tard. Un serviteur est arrivé en courant. Il m'a annoncé que Pranab avait causé un gros incident diplomatique et avait été arrêté par les soldats du tout nouveau gouverneur Matthias Khǿler… »

Le jeune garçon écoutait l'adulte avec calme. Il ne comprenait pas vraiment où il voulait en venir, mais ce Pranab lui faisait penser à Alfred. Son grand frère avait souvent l'habitude de foncer tête baissée et de se mettre dans de sales draps. Cet idiot ne voulait même pas reconnaître ses erreurs et Matthew devait constamment le surveiller afin qu'il ne commette pas de nouvelles bêtises. Mais son aîné recommençait toujours…

- « La situation était très embarrassante. Pranab était persuadé que le gouverneur ne pouvait rien lui faire car il était le quatrième fils du maharaja et le deuxième de sa favorite. Il était sûr que Khǿler serait obligé de le relâcher et de lui faire des excuses publiques. Cela a beaucoup embarrassé notre père car il tenait à rester en bon terme avec les Danois. La présence des occidentaux servait trop bien ses intérêts. Finalement, Père a décidé que Pranab méritait une punition afin qu'il ne refasse plus ce genre de bêtises. Il a autorisé le gouverneur à garder mon petit frère en prison pour un mois… »

La voix du prince commençait à trembler. Matthew ne pouvait que deviner que quelque chose de terrible s'était passé.

- « Vous n'avez jamais de tremblement de terre en Europe, n'est-ce pas ? »

C'était une bien étrange question auquel l'enfant ne s'était pas attendu.

- « C'est vrai. La première fois que j'en ai senti un, j'étais déjà dans l'océan indien. C'était assez terrifiant. Je ne comprenais pas ce qui se passait. »

Il eut un rire nerveux.

- « Bref, les Danois ignoraient tout de cette menace et n'ont jamais appris à construire des bâtiments résistants aux tremblements de terre. Lorsque cela s'est produit, quatre jours avant la sortie de Pranab, la plupart des bâtiments qui se sont effondrés sont ceux construits par les colons. La prison où était enfermé mon frère en faisait partie. »

Et une larme coula sur sa joue.

- « Il y a eu beaucoup de dégâts et de morts… La disparition de Pranab était une goutte d'eau dans l'océan pour le gouverneur et mon père, mais pas pour moi. Je ne… peux pas leur pardonner d'avoir oublié mon frère aussi rapidement. »

Le cœur de Matthew se serra. Il se sentait désolé pour le prince. Cela avait du être très dur. Il serait également dévasté si les frères Kirkland osaient abandonner Alfred entre les mains de Tonio le dément. Etait-ce donc pour cette raison qu'il avait fait « quelque chose » à Monsieur Emile ?

- « Pouvez-vous m'aider à retrouver mon frère, votre Altesse ? » osa-t-il demander. L'histoire du prince était terrible, mais le garçon ne perdait pas de vue le fait que son propre frère était toujours en danger.

L'Indien le regarda avec un doux sourire.

- « Bien sûr que je vais t'aider. Des frères ne devraient jamais être séparés. »

« Mais cela ne vous a pas empêché de faire quelque chose à Monsieur Emile, n'est-ce pas ?» pensa le jeune européen. Il se dit également qu'Alfred n'aurait pas hésité à le dire à haute voix et que cela lui aurait attiré de nouveaux ennuis. Il soupira. Qu'est-ce qui était arrivé au benjamin Khǿler ?


Quand Emile reprit connaissance, il réalisa qu'il se trouvait dans un lit incroyablement confortable et qu'une douce odeur d'encens flottait dans l'air. Où était-il ? Dans le palais indien de son grand frère ? Cet imbécile de Mathias l'avait sauvé et ramené chez lui ? Il était donc hors de danger ?

Et puis, il entendit des craquements de bois, le bruit familier de l'eau contre la paroi d'un navire. Pourquoi un navire ? Il ouvrit les yeux et se redressa. Il se trouvait dans une cabine de navire qu'il ne reconnaissait pas. Elle était bizarre, remplie de mobilier oriental. Il y avait de la vaisselle de fine porcelaine, il se trouvait dans des draps de soie… tout était bizarre. Il n'était définitivement pas dans le bateau des Kirkland, ni au palais de Mathias, ni même en Inde. Et ensuite, il réalisa qu'il était nu, entièrement nu. Qu'est-ce qui s'était passé ? Qui avait osé le déshabiller ? Et il avait mal à la tête, et au ventre. Il avait des crampes comme s'il avait été malade pendant des jours. Il essaya de se concentrer. Il devait se rappeler de ce qui s'était passé la veille. Il se rappelait avoir pris la terrible décision de s'enfuir de la résidence de son frère pour aller trouver les pirates de Tonio le dément. Mais il avait été capturé en chemin par des indiens. Il avait été amené à une espèce de riche seigneur qui avait ordonné qu'on le drogue. Ses souvenirs étaient confus après cela. Il se rappelait qu'on l'avait forcé à mettre d'autres vêtements, d'une pièce plongée dans la pénombre avec des gens bizarres… C'était vraiment très flou, mais il commençait à réaliser qu'il avait été vendu comme esclave et que son acquéreur était en train de l'emmener vers un pays lointain.

La porte de la cabine s'ouvrit. Un adolescent, non, un jeune homme à la peau dorée, cheveux noir comme le charbon et aux yeux en amandes entra. Il devait avoir plus ou moins dix-huit ans. Il était à peine plus âgé que lui. « Je bent wakker, » dit il en néerlandais. C'était une langue qu'Emile connaissait bien, à son soulagement. Les hollandais étaient d'importants partenaires commerciaux du Danemark et le garçon avait du apprendre la langue pour gérer les affaires depuis le fief familial. Mais s'il parlait le néerlandais, c'était qu'il devait être japonais ou chinois. La république des Pays-Bas était la nation européenne la plus influente dans ces régions-là. Bref, il y avait moyen de communiquer. Il se mit à lui poser une foule de question dans cette langue.

- « Qui es-tu ? Où suis-je ? Pourquoi suis-je nu ? »

Le garçon s'approcha de lui. Il portait une pile de tissus dans les mains. Son regard était vide de toute émotion. D'une certaine façon, il lui rappelait Lukas. Emile se retrancha sur une partie du lit, se recouvrant des draps. Le garçon lui répondit d'un ton monocorde, et toujours en néerlandais : « Je suis Kaoru Wang, frère du patriarche Yao Wang, grand chef du clan Wang. Tu te trouves sur la jonque familiale. Et je t'ai déshabillé cette nuit car tu étais malade. Tu as mal supporté la drogue que les indiens t'avaient fait boire et as tout sali en arrivant sur le navire. »

- « Pourquoi… pourquoi suis-je sur ce navire ? »

- « Parce tu nous appartiens, bien évidemment. Tu as été vendu aux enchères hier soir et mon grand frère t'a acheté. Tu es mon cadeau d'anniversaire. »

Emile n'arrivait pas à en croire ses oreilles. Comment ce Kaoru pouvait-il expliquer ces choses d'un ton aussi neutre ?

- « Comment ça, cadeau d'anniversaire ? Qu'est-ce que ça veut dire ? »

- « Que tu es à moi. Je suis ton maître et tu dois à présent obéir à tous mes ordres. »

- « Pas question ! Je refuse ! »

Le chinois continuait de le fixer avec son regard dépourvu d'émotions. Impossible de savoir s'il avait plaisanté ou s'il était vraiment sérieux. D'ailleurs, il n'avait pas l'air contrarié le moins du monde par sa réaction. Il déposa les tissus sur le lit et se mit à les déplier.

- « J'ai été te chercher des nouveaux vêtements. Les anciens étaient ruinés. Tu peux rester nu si tu veux. Ca ne me dérange pas. Mais si tu veux te couvrir, je te suggère ceux-ci. »

- « Je n'ai pas l'intention de rester sur ce navire et je refuse d'être traité en esclave. J'exige de retourner à Tranquebar ! Je suis le frère du gouverneur de la colonie et il va … »

- « S'il vient te chercher… »

- « Oh, il va le faire. Il est parfaitement capable de mobiliser la flotte danoise tout entière pour me retrouver. Et quand il vous retrouvera, il vous fera payer au centuple tout ce vous m'aurez fait subir. »

- « Tu te méprends sur une chose. Nous n'avons jamais eu l'intention de te traiter comme un objet. Lors de la vente, c'est vrai que tes « ravisseurs » avaient mis l'accent sur la beauté de ton corps et ton « potentiel », mais le vieux maître a tout de suite vu que tu étais plus qu'un simple objet de plaisir. Les autres enchérisseurs en voulaient certainement à tes fesses, mais mon grand frère s'était douté que tu venais d'une importante famille et que tu avais du recevoir une solide éducation. Il t'a acheté pour que tu puisses partager tes connaissances avec nous. Tu ne porteras pas de chaînes, ne sera jamais frappé et personne n'abusera de toi. »

Emile s'enveloppa encore plus dans les draps à l'idée que ces asiatiques puissent effectivement disposer de son corps pour assouvir leurs plus bas plaisirs.

- « La façon dont tu seras traité dépendra entièrement de toi. Essaye de considérer ta nouvelle situation autrement. Dis-toi que ce sera un travail confortable, que tu auras l'occasion d'apprendre plein de choses, que je suis désormais ton nouveau meilleur ami et tout ira bien. »

Le jeune danois resta emmitouflé dans ses draps, fixant son interlocuteur avec colère et méfiance. Pour la première fois, Kaoru esquissa un sourire.

- « Tu ressembles à un animal sauvage qui vient d'être capturé… un mignon petit renardeau… »

- « Sors d'ici! Je veux être seul. Je ne veux parler à personne. »

Le chinois soupira, mais hocha la tête.

- « Je reviendrai dans une heure pour t'apporter de quoi te laver et te restaurer. »

- « Laisse-moi seul ! » cria son protégé.

- « Bien sûr, bien sûr… Mais laisse-moi te dire une dernière chose. Le vieux Maître, mon grand frère Yao Wang, ne sera pas aussi patient que moi. Tu as le droit d'être fâché contre moi. Ca ne m'embête pas car tu es mignon quand tu es en colère. Mais je te suggère de te montrer plus poli avec lui. Il pourrait… prendre des mesures pour te dresser. »

Et le garçon asiatique quitta la pièce. Alors qu'il allait faire glisser le panneau qui servait de porte, Emile lui cria une dernière menace.

- « Mon frère viendra me chercher. J'en suis certain. Il n'y a rien de plus précieux pour lui que sa famille. Il vendrait son âme au diable pour me retrouver ! »

Kaoru eut un nouveau sourire narquois.

- « Cela ne sera pas pour tout de suite. Nous avons quitté Tranquebar il y a six heures, et je ne vois toujours aucun navire à notre poursuite. Je pense que ton frère ne sait pas où te chercher… et le monde est si grand. Nous allons avoir tout le temps de faire connaissance et de devenir les meilleurs amis du monde.»

Et il ferma doucement la porte. Emile lança un oreiller dans sa direction de rage, puis se mit à pleurer de désespoir.


Emma examinait les différents tiroirs de la cuisine à la recherche d'épices. Elle avait préparé une marmite entière de bouillabaisse, mais était encore insatisfaite du résultat. Elle voulait y ajouter des herbes pour en améliorer le gout. Alors qu'elle fouillait un tiroir, elle entendit des pas dans l'escalier. Elle se retourna et vit descendre Arthur. Elle détourna le regard. Elle n'avait pas vraiment envie de le voir pour le moment. Il avait capturé son frère, avait laissé Alistair le malmener et s'était servi d'elle pour obtenir les informations que l'écossais n'avait pas su obtenir par la force. Et pour finir, le capitaine avait décidé qu'elle allait devenir la cuisinière du navire, qu'elle allait assumer seule le travail autrefois préparé par trois personnes. L'estime qu'elle avait commencé à développer pour lui s'était subitement effondrée. L'anglais semblait totalement ignorant de sa soudaine colère.

- « Ca sent bon… C'est définitivement du niveau de la cuisine de Peter. Comment une Lady peut-elle être aussi douée dans ce domaine ? Je veux dire, les gens de ta condition n'ont jamais besoin de cuisiner. Vous avez des serviteurs pour faire ça. »

- « J'ai appris avec Antonio, » lui répondit la jeune femme. Les premières années de notre mariage, nous avons habité à Naples, où nous avions très peu de serviteurs. Nous avons tous les deux appris à cuisiner à cette époque. Un soir, c'était Antonio qui cuisinait, et moi le soir suivant. »

Elle nota que sa réponse avait énervé Arthur. Il avait l'air sensible au fait qu'Antonio puisse être plus romantique que lui. Tant mieux. Elle en rajouta une couche.

- « Antonio est très doué quand il s'agit de cuisiner le riz, le poisson et les fruits de mer. Sa spécialité est la paella. Il passait à chaque fois deux heures dans la cuisine à couper tous les ingrédients et cuire le tout. Puis, il servait le repas lors d'un dîner aux chandelles. C'est à cette époque que Lovino et Féliciano ont été conçus. »

Arthur avait légèrement rougit. Emma sourit, persuadée d'avoir remporté une bataille. Mais le capitaine se reprit et déclara.

- « Cela doit être vraiment dur à admettre, que c'est ton propre père qui a brisé ce bonheur parfait. »

Car cette ordure avait également entendu les explications de Laurent quant à la fausse mort d'Antonio. Il lui avait expliqué que c'était son propre père qui lui avait donné l'ordre d'assassiner son gendre. Il avait enlevé une personne très précieuse à ses yeux et menaçait de le torturer s'il ne lui obéissait pas. Heureusement pour eux, les deux meilleurs amis d'Antonio avaient pris la situation en main. Francis avait aidé ses deux cousins à mettre en scène « l'assassinat » de l'Espagnol pendant que le lieutenant prussien, en pleine ascension militaire, s'occupait de retrouver le japonais. Après, cela devenait un peu plus confus. Laurent ne pouvait pas donner d'explications concrètes quand à la décision de Philipe de Maele d'assassiner son gendre. Antonio aurait alors plongé dans la clandestinité, déterminé à enquêter sur son beau-père et ses obscures motivations. Il était devenu pirate par la force des choses. Il avait besoin d'argent et d'hommes de mains n'ayant pas peur du sang et de la mort pour arriver à ses fins.

- « C'est un vrai miracle, à notre époque, de pouvoir compter sur de tels amis. Mais cela doit être dur pour toi de découvrir à quel point on t'a menti ces dernières années : ton père, ton frère, ton mari, ton cousin… »

Qu'est-ce que cet anglais pouvait être odieux ! Il lui donnait l'impression qu'il était en train de rire de son malheur. Emma ressera son étreinte sur une des spatules de métal. A un instant où à un autre, elle allait l'envoyer valser sur le visage de ce méprisant personnage aux gros sourcils. Mais il changea d'attitude.

- « Je suis passé par cela aussi. Mon père… ne nous a jamais considérés comme ses fils, mais comme des pions. Patrick t'a déjà dit que nous étions tous les trois issus de mères différentes, n'est-ce pas ? »

- « Il en a parlé, » répondit-elle d'un ton sec.

- « En fait, nous sommes tous les trois des enfants bâtards d'un très puissant seigneur anglais. Alistair est né en 1659, Patrick en 1661 et moi en 1663. Je n'ai fait la connaissance de mes frères qu'à l'âge de huit ans. Notre père avait décidé de réunir un maximum de ses fils illégitimes à un même endroit. Nous avons donc vécu dans le même château et avons été éduqués par de bons professeurs. A l'époque, nous pensions naïvement qu'il faisait ça par amour pour nous… »

Emma ne répondit rien. En bonne catholique, elle avait des opinions assez strictes quand aux relations adultères. Mais ce n'était ni l'endroit ni le moment d'exposer ses idées.

- « Notre père nous avait toujours paru distant. Il nous a fallu du temps pour comprendre quels étaient ses réels sentiments à notre égard. Et quand j'ai eu douze ans, tout m'est tombé à la figure. Il m'a mit dans un bateau à la destination de l'Espagne pour que j'apprenne le maniement des armes, mais le jour du départ, une terrible tempête s'annonçait. J'ai supplié les adultes de me laisser retourner à terre, mais ils ne m'ont pas écouté… et moins d'une journée plus tard, notre navire sombrait. »

- « Et comment avez-vous survécu ? » Arthur avait réussit à suscité l'intérêt de la cuisinière.

- « J'ai fait une rencontre qui… a changé ma vie pour toujours, » répondit-il d'une voix mystérieuse. « Quatre ans plus tard, j'étais de retour au pays, mais tout le monde était persuadé que j'étais mort. Quand je suis arrivé au château de mon enfance, j'ai appris que mes frères avaient tous été envoyés dans différents corps d'armée. Et ensuite, certains serviteurs se sont mit à dire des choses… Que notre père nous envoyait délibérément à la mort pour éviter toute crise de succession. Des gens disaient qu'il m'avait envoyé en pleine tempête parce que la famille de ma mère réclamait plus d'argent et de faveurs.»

- « Je vois. Quel genre de père peut oser faire ça à ses enfants ? »

- « Un roi, » répondit le capitaine avec un sourire ironique.

- « Pardon ? »

- « Mon père était Charles II d'Angleterre, ce qui fait de mes frères et moi des candidats potentiels au trône d'Angleterre, Pays-de-Galles, Irlande et Ecosse. »


C'est une bonne façon de terminer un chapitre, n'est-ce pas?

Deux nouveaux personnages dans ce chapitre: Hong Kong dans le rôle de Kaoru Wang et Chine dans celui du vieux maître Yao Wang.