1er avril 2016
- Toma…
Je secoue la tête. Parler est au dessus de mes forces.
Depuis le premier live il y a plus de quinze jours où on avait presque pas de public, tout est allé de mal en pis. Et les gars ont beau passer leur temps à me dire que ça va s'arranger, j'en crois pas un mot. Et je sais qu'au fond, eux non plus et qu'en prime ils souffrent de voir le groupe boudé simplement à cause de ma présence à leurs côtés (même Kato ferme sa gueule en ce moment, ce qui est miraculeux), mais j'ai surpris plusieurs fois les regards tristes qu'ils échangeaient. Et même si je savais que ça se passerait comme ça… bah j'ai mal aussi parce que je me donne vraiment à trois cent pourcents et que rien de ce que je fais trouve grâce aux yeux des fans. Entre le onze et maintenant on a fait six lives, tous boycottés par la majorité du public ; on a du passer à travers des manifestations anti-Toma dans lesquelles j'ai reçu plusieurs coups (pas violents mais l'idée y était) ; on m'a jeté des trucs divers à la fin d'une émission à laquelle j'étais invité seul ; un tas conséquent de mon tout premier magazine a été retrouvé dans une poubelle devant l'agence… et bien sûr les commentaires ont continué sur les réseaux sociaux et les mails de protestation ont aussi continué à pleuvoir à l'agence. Bref, elles veulent ma peau… et franchement, elles sont en train de l'avoir. Surtout que la tournée commence dans quelques jours. Je sens que le pire est à venir.
7 avril 2016
07h
La première date de la tournée, c'est ce soir et c'est au Dome. Alors là, le problème est plus tellement la salle vu que j'ai fais le Countdown il y a trois mois, mais plutôt ce qui risque de se passer. Qu'est ce qui arrivera si, en plus de boycotter les lives, les fans décident en masse de plus aller aux concerts non plus ? J'ose même pas imaginer le désespoir de Keiichiro pour qui le groupe représente tout. Et celui des autres aussi. Moi, ce groupe, j'ai appris à l'aimer pour les trois hommes formidables (je compte volontairement pas Kato), mais ce serait très exagéré de dire qu'il représente tout à mes yeux. Si demain je devais ne plus en faire partie, j'en mourrais pas de chagrin même si je serais déçu. Mais pour eux, c'est différent. Ca fait plus de dix ans que News existe et que ses membres sont ensemble quasi h24.
Bref, même en essayant d'être positif… j'y arrive pas. C'est plus fort que moi, je me dis que la situation déjà catastrophique va encore empirer d'une façon ou d'une autre.
13h
Je suis concentré à mort sur la répétition générale, au point que je suis presque surpris quand Keiichiro décrète la pause déjeuner. J'ai même pas faim en fait. Et si je fais mine de penser à ce soir, je crois que je vais même carrément être malade tellement j'angoisse comme un taré après tous les événements anti-Toma de ces derniers jours.
- Respire, Toma, ça va bien se passer, me dit soudain Tesshi en posant une main sur mon bras.
- J'aimerais avoir ta confiance…
- Tu as la nôtre. Sans réserve.
- Même après tout ce qui s'est passé ?
- Oui. Parce que tu fais tout ce que tu peux et au-delà pour News, me répond mon petit ami.
- Les fans finiront par être touchées de tes efforts, c'est sûr.
20h55
On est tous en place sur les plateformes qui nous feront apparaitre aux yeux du public… et mon cœur cogne tellement fort dans ma poitrine qu'il va finir par en sortir.
Je m'oblige à inspirer longuement. Ca va aller Keii, tout va biens se passer. Tout. va bien. se passer.
La musique de "Quartetto" démarre et j'entends une giga clameur dans la salle.
A notre arrivée sur scène, je constate que mes craintes étaient infondées : la gigantesque salle est pleine à craquer et, dans l'obscurité qui l'enveloppe, des forêts de penlights battent la mesure. Du coup, je prends confiance, chante de tout mon cœur les refrains… et c'est à moi.
Alors que j'ouvre la bouche pour chanter la partie que les gars m'ont laissée, je remarque immédiatement qu'une grande partie des penlights s'est éteinte et qu'un silence de mort s'est fait. En dehors du petit nombre de personnes qui chante avec moi, j'ai l'impression qu'on me plante un couteau dans le cœur et qu'on appuie dessus. Cet océan presque totalement noir, c'est presque pire pour moi que si le concert avait été boycotté. Ca veut clairement dire "pour nous c'est comme s'il n'existait pas". Pourtant le spectacle doit continuer et je termine ma partie, constatant avec douleur que tous les penlights se sont rallumés dès que je me suis tu. Je sens la boule de chagrin revenir dans ma gorge, un poids me compresser le cœur… et les larmes me monter aux yeux. Non Keii, ne craque pas, c'est ce qu'elles veulent. Tiens bon. Pense au concert. Juste au concert.
8 avril 2016
00h15
- Toma…
Je lève une paume pour faire taire Tesshi avant qu'il ajoute quoi que ce soit. J'ai aucune envie de parler de l'humiliation cuisante qu'a représenté ce concert et d'ailleurs, j'en aurais pas le courage. Que j'ai tenu les trois heures sans flancher tient d'ailleurs du miracle tellement je suis intérieurement ravagé. Les penlights éteints et le silence uniquement quand je chantais et dansais ont duré tout le concert sans temps mort. Et aucun de mes amis n'a pris ma défense, même pendant le MC, alors qu'ils ont fait que ça, parler aux fans. J'étais seul. On était cinq sur scène, mais j'étais seul avec la haine du public.
Toujours sans un mot, je repousse Keiichiro qui essaye de me prendre dans ses bras et esquive Massu qui tentait un truc aussi. Quant au regard de Kato… je sais pas si je préfère pas y lire son hostilité habituelle, que la pitié qui y est inscrite en ce moment.
Je vais donc dans les douches et là, sous l'eau chaude, je laisse enfin mes larmes couler. Que ma simple présence déclenche une telle hostilité alors que je fais plus que me défoncer pour surtout pas pénaliser le groupe, me dépasse complètement et me fait beaucoup de mal.
Quelques minutes plus tard, les gars me rejoignent et je sors rapidement pour me sécher et me rhabiller, avant qu'ils tentent de se justifier. Parce que c'est ce qu'ils vont essayer de faire. Et j'ai pas envie de les écouter. Aucun d'eux.
Je récupère mes affaires et appelle un taxi en ignorant Keiichiro qui m'appelle.
- Toma !
J'ouvre la porte de la loge sans répondre et l'entends courir dans ma direction.
- Toma, attends ! fait-il encore en m'attrapant le bras.
- Laisse-moi, je rentre, dis-je d'une voix sourde en me dégageant, sans le regarder.
- Toma, je suis…
- Tais-toi. Vraiment, finis pas ta phrase. J'ai besoin de la pitié de personne. Et ça va juste m'énerver.
- Mais c'est pas de…
Je tends la paume dans sa direction pour l'empêcher de parler et sors pour de bon sans l'écouter. De toute façon, il peut pas me suivre, il est pieds nus et en serviette.
Ils ont eu beau dire et répéter sur tous les tons qu'ils me soutiendraient, ils se sont juste écrasés devant les fans. Encore une fois, même mon propre petit ami m'a pas défendu. J'ai mal… Vraiment… Vraiment mal…
8h
Je me suis levé. Parce que j'avais pas le choix. Et que je suis pas un lâcheur. Mais toute joie m'a quitté. Honnêtement… j'ai pas envie d'y retourner. Parce qu'après la débâcle d'hier soir, j'ai bien compris que ce serait la même chose littéralement à chaque concert. Et j'en ai mal d'avance. En plus, revoir les gars…
Je pousse un soupir à fendre un arbre et mets mes chaussures la mort dans l'âme pour descendre prendre le taxi qui m'emmènera sur le lieu de mon exécution. De mon exécution quotidienne.
08h45
J'ouvre la porte de la loge et trace juste jusqu'au fond de la pièce sans regarder autour de moi. Je veux pas leur parler, je risquerais de dire des trucs que je regretterais ensuite. Et surtout… je suis pas remis. Est-ce qu'on se remet d'une telle vague de haine injustifiée ?
- Toma… Il faut qu'on parle de ce qui s'est passé hier soir, fait la voix de Keiichiro.
- Bon, on s'y met ? fais-je sans tenir compte de sa phrase.
- Toma, regarde-moi.
- Si on s'y mets pas, on sera pas nickel carrés pour ce soir, ajouté-je en mettant mes baskets de répète.
- Toma !
Je soupire et lève la tête.
- Keii… je vais être TRES clair : j'ai AUCUNE envie d'en parler. Maintenant on peut bosser ?
- Peut-être que toi tu ne veux pas parler, mais tu vas nous écouter, parce qu'on a des choses à te dire. Assieds-toi.
- J'ai pas envie.
- Toma… j'ai dis… assieds-toi.
Je soupire.
- Bon… alors déjà, on a été aussi surpris que toi par la violence de leur réaction. On avait aucune possibilité de savoir qu'elles allaient faire ça. Ensuite… Non, tu me laisse parler s'il te plait. Ensuite, je sais ce que tu pense à propos d'hier. On a tous compris ce que tu ressentais avec ce qui s'est passé et on sait ce que tu aurais voulu. Mais un MC n'est pas le lieu pour un sermon aux fans. Ca aurait été le meilleur moyen pour qu'elles fuient le concert avant la fin. C'est ce que je voulais te dire hier soir mais tu m'en a pas laissé le temps.
Il s'accroupit devant moi et pose les bras croisés sur mes genoux.
- Toma… on sait que c'est dur mais s'il te plait, endure-le pour le moment. Les choses vont s'arranger, c'est juste le début.
- Justement, c'est que le début.
- He ?
- C'est que le début, donc ça peut empirer. Et ça VA empirer, je le sais. Et si vous faites pas front commun avec moi, elles m'accepteront jamais. Maintenant, on peut se remettre au travail ? Qu'en plus du reste elles trouvent pas que mon niveau laisse à désirer.
Je sais, je suis sombre, défaitiste, pas aimable, pas sociable et tout le bataclan… mais j'ai peut-être des raisons après hier soir.
Je me lève et me dirige vers la porte. Dans mon dos, je les entends murmurer. Ils ont pitié. Tout le monde a pitié de moi et je déteste ça. Je serre les poings.
9 juin 2016
06h30
Cette fois c'est trop. Le concert d'hier à Sapporo a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Ok, dans les petites villes la haine à mon encontre était moins marquée, il y avait un peu plus de fans qui me soutenaient… mais globalement, après deux mois de haine intensive… la coupe est pleine. Je peux plus supporter ça, ça fait trop mal. Et il y a pas cent façons d'en finir avec cette souffrance…
J'ouvre mon armoire, sors une de mes valises de sous le lit et y jette pêle-mêle tout ce qui peut y entrer. Cette fois c'est terminé, je rentre à Paris par le premier vol disponible.
Je laisse un mot à Tomo super court : "Je rentre en France. Merci pour tout" avant de sortir. Guillaume, attends-moi.
08h30
J'ai bien fais de partir aussi tôt. Au moins j'ai pas été embêté pendant le trajet. Je m'étais déguisé avec lunettes de soleil et masque, mais bon vu la haine que je suscite, je me méfie.
Maintenant faut que je retrouve le comptoir de Qatar Airways pour acheter mon billet de retour. J'espère que ça va pas me coûter un bras, parce que… j'aurais pas les moyens. J'ai touché que dalle ou presque depuis que je suis un Johnny's et c'est pas les quelques pauvres jours où j'ai bossé au resto qui m'ont rendu riche. J'espère que Koyama-san m'en voudra pas trop de partir comme un voleur sans lui dire adieu ni la remercier de tout ce qu'elle a fait pour moi.
09h10
Putain… d'aéroport… de merde ! Si je tenais le con qui l'a fait si grand… Ca fait quarante minutes que je tourne et je viens seulement de repérer le comptoir de Qatar. Et d'apprendre que le premier vol, je l'ai loupé et que le plus proche, qui m'a coûté un œil, je dois encore attendre presque deux heures pour le chopper. Deux heures, merde ! Vu que Tomo est une balance, il a déjà du prévenir Keiichiro de ma fuite et mon leader a déjà du se mettre en route. Conclusion, il sera probablement là avant que je puisse embarquer. Et faut que je me planque, parce que si je le revois, je risque de pas tenir ma résolution et de rester. Et si je reste, je continuerais à souffrir.
10h25
Je suis dans la salle d'attente de mon vol depuis un quart d'heure et je regarde mon portable genre toutes les deux minutes, en sursautant comme un taré à chaque bruit que j'entends derrière moi. Et en me retournant systématiquement, craignant d'entendre la voix de mon petit ami. Mais je suis juste parano en fait parce qu'il y a personne à part des passagers lambda.
Je soupire. Il me manquera infiniment quand…
La voix d'une hôtesse de l'aéroport, résonnant dans tous les recoins, me coupe dans mes pensées.
"Ceci est un message pour Onigiri-san. Je répète, ceci est un message pour Onigiri-san : Onigiri, si tu prends cet avion, je te jure que je viendrais te rechercher à Paris et que je te ramènerais par la peau du cou."
J'entends les gens autour de moi chuchoter avec animation, se demandant qui est le Onigiri en question. Moi j'ai pigé que c'était moi, parce que Keiichiro sait que j'adore les onigiri. Merde il m'a retrouvé plus rapidement que je pensais. Non, pas de panique Keii, c'est que du bluff. Il a pas le temps de s'offrir le luxe de faire l'aller-retour à Paris avec le planning de News. En attendant, son annonce risque d'attirer l'attention sur moi, le seul de la "pièce" à porter des lunettes et un masque. Faut que j'embarque en vitesse sinon je suis foutu.
Heureusement le sort semble être avec moi pour une fois, parce que les hôtesses commencent à vérifier les cartes pour faire passer les gens. Plus que quelques mètres et je suis sauvé. Sauvé… Qui aurait cru qu'un jour je tenterais par tous les moyens de fuir mon propre petit ami…
Je suis arrivé devant l'hôtesse et lui tends ma carte d'embarquement en soupirant intérieurement de soulagement, quand un grand cri se fait entendre derrière moi, faisant se retourner tout le monde.
- NON !
Cette voix, je la reconnaitrais entre mille. Keiichiro.
Mon petit ami (méconnaissable sous une affreuse perruque et d'énormes lunettes en cul de bouteille) me rejoint en quelques enjambées et, d'autorité, attrape mon poignet pour m'entrainer loin de ce que lui doit considérer comme la zone de danger, alors que je la voyais plutôt comme celle de mon salut.
- Heureusement que ton colocataire m'a prévenu et que je suis arrivé à temps . Qu'est ce qui t'as pris de t'enfuir comme ça ?! m'engueule-t-il à mi voix. Pourquoi tu es parti comme un voleur ?! Pourquoi tu voulais repartir en France ?!
- Je ne "voulais" pas, je vais rentrer. N'essaye pas de me retenir, fais-je du même ton sans le regarder.
- Ne compte pas là-dessus. Tant que je serais vivant, je t'empêcherais de fuir comme ça. Ca suffit les bêtises maintenant, on rentre. Viens.
- Keii, je…
- Non je ne veux rien entendre. Tu viens, c'est tout, dit-il encore en m'entrainant à sa suite.
- Ma valise…
- Pour le moment, je m'en fiche complètement. Tout ce qui compte c'est que je te ramène. Maintenant, tu arrête de discuter et tu me suis, point.
Ouuuuuuh il est super sexy quand il fait son autoritaire… Rrrrrr…
Nan nan, ressaisis-toi, te laisse pas déconcentrer. Rappelle-toi pourquoi tu as fui.
- Non Keii, je peux pas. Je peux plus supporter ça. Toute cette haine gratuite, c'est trop pour moi. Faut que ça s'arrête. Je suis un mec sans histoire moi à la base.
- Ca va s'arrêter, il faut juste être patient.
- Mais patient combien de temps ? Ca fait des semaines que ça dure sans répit. J'ai…
Mon portable sonne dans ma poche et soupire en voyant s'afficher le nom de mon correspondant, mais je décroche quand même.
- Qu'est ce qu'il y a, Tomo ?
« Keii ! Dieu merci, il est arrivé à temps pour l'empêcher de prendre l'avion ! »
- Tu voulais quoi ? le coupé-je, pas tellement enclin à discuter.
« Heu oui… Il y a un problème… Tes… Tes détracteurs… ils ont trouvé notre adresse et écrit "Koyama Toma", démission sur le mur devant l'immeuble… Et je… j'ai pris des coups parce que j'ai refusé de dire où tu étais… »
- Quoi ?! Mais tu vas bien ?!
« Ca va mais… Keii, jusqu'à quand ça va durer ? »
- Si je le savais… Merci de m'avoir prévenu. Fais attention à toi.
Je raccroche et, à mon air, Keiichiro comprend qu'il s'est passé un truc.
- Ca va beaucoup trop loin cette fois, lui dis-je avant de lui rapporter ce que mon coloc vient de me raconter. Là, ça dépasse la simple haine envers moi, elles se mettent à brutaliser mes amis, c'est super grave. Jusqu'à quand on va rester les bras croisés ?! Il faut qu'il se passe quoi pour qu'on réagisse ?! Qu'elles envoient quelqu'un à l'hosto ?!
- Calmes-toi, on va y réfléchir. J'ai demandé à Massu, Tesshi et Shige de nous rejoindre au resto de ma mère pour discuter de tout ça.
Je hoche la tête et le suis sans plus discuter.
Je suis désolé que Tomo ait eu à subir des dommages collatéraux. Je me sens mal vis-à-vis de lui, même s'il paraissait pas m'en vouloir.
On sort donc de l'aéroport et on monte dans un des taxis stationnés à proximités, direction, le Ryuutaro.
A notre arrivée, les autres sont déjà là… et je me fais incendier direct.
- Toma ! T'es sérieux là ?! T'allais vraiment partir comme un voleur ?! me tombe dessus Tesshi.
- Il allait embarquer quand je l'ai arrêt, précise mon petit ami.
- Y'a des paires de baffes qui se perdent, ne, ajoute Massu.
- Je croyais qu'on était amis… reprend Tesshi.
- Bien sûr qu'on l'est, c'est pas la question…
- Bien sûr que si puisque tu partais sans nous prévenir, espèce de… de… méchant !
Son "insulte", trop mignonne, me fait rire.
- Rigole pas ! C'est pas marrant ! Je suis en train de t'engueuler là !
- Je sais mais… ta bouille de chaton en colère cadre pas avec le contenu de tes paroles, rigolé-je de nouveau.
- Mouuuuuu ! Keii-chan, Toma se moque de moi !
- Allez allez, on se calme. On a à discuter sérieusement maintenant qu'on est tous réunis.
- Mou… J'étais sérieux…
- Bon, les gars, il s'est passé des trucs graves qu'on ignorait, reprend mon petit ami. Apparemment, les anti-Toma ont découvert où il vit et ont écrit un message devant son immeuble. Et elles ont aussi frappé son colocataire qui refusait de dire où se trouvait Toma.
- Quoi ?! Mais il est pas blessé, ne ?!
- Pas à ce qu'il m'a dit, réponds-je. Mais il n'empêche qu'elles vont trop loin.
- Mais qu'est ce qu'on peut faire ?
- Oui on peut pas laisser cette situation se poursuivre, sinon la prochaine fois, elles pourraient carrément s'en prendre physiquement à lui. On doit agir avant qu'il soit trop tard.
- Tu as raison, Massu. Qu'est ce que tu propose, Keii-chan ?
- De leur mettre métaphoriquement le couteau sous la gorge : on ne fera plus aucun concert, live ou émission, tant qu'elles ne cesseront pas tout type de persécussion envers Toma. Mais pour que ça marche, il faut absolument qu'on soit solidaires. Massu, Tesshi, vous êtes avec moi ?
- Comme si la question se posait ! répond Massu.
- Si elles font du mal à l'un de nous, elles nous font du mal à tous, ajoute Tesshi en hochant vigoureusement la tête.
- Shige ?
Mais bien sûr, Kato reste silencieux. Pas étonnant, il me hait au moins autant que toutes ces filles, alors pourquoi il aiderait à sauver ma peau ?
- Je vais être franc, je suis fortement tenté de passer mon tour sur ce coup-là. Parce qu'un mec qui a pas assez de couilles pour affronter quelques fans qui lui en veulent…
- "Quelques" ?! bondis-je alors. T'as pas la moindre idée de ce que tu…
- STOP ! intervient immédiatement Keiichiro avant que les choses s'enveniment encore entre nous deux. Bon, Shige, viens-en au fait s'il te plait.
- Hum ouais. Donc je passerais bien mon tour en le laissant se démerder, mais comme j'ai aucune envie que tu m'en veuille (il regarde son meilleur ami) et que vous (il regarde le Tegomass) me fassiez la gueule pendant des jours, voir plus… ok, je marche avec vous.
Un grand sourire éclaire alors le magnifique visage de mon petit ami.
- Génial. Dans ce cas on ira au siège demain après-midi.
10 juin 2016
Je me sens un peu plus léger ce matin en allant à l'agence. Comme si la prise de décision collective des membres du groupe pour me soutenir avait retiré de mes épaules tout le moids accumulé par la haine de mes détracteurs.
Du coup, je suis même sorti de la maison plus tôt, ce qui fait que j'arrive sur le trottoir face à l'agence en même temps que les gars arrivent devant la porte. Du coup, tout content, j'interpelle mon petit ami.
- Keii !
Il tourne la tête, me sourit… et je me sens brutalement poussé sur la chaussée. La seule chose que j'entends c'est "débarrasse le plancher !" et j'ai juste le temps d'entendre Keiichiro hurler "TOMAAAAAA !", avant de ressentir l'impact et de sombrer.
