Chapitre 21 : La relation de la pie et du loup
Dorian continua de fixer Sirius de son regard noir et soudain imposant, empli d'un profond sentiment pour lui. Il demanda à Khamul de laisser son frère, ce qu'il fit, hésitant légèrement cependant. Dorian mit ses mains sur les épaules de Sirius, qui tremblait de encore de fureur, et lança un regard vers la table d'Aelys en hochant la tête, mettant fin aux propos. L'aîné prit alors le Serpentard dans ses bras, dans une courte étreinte fraternelle pour tenter de le calmer.
Puis d'un pas résolu, il l'entraîna, un bras sur ses épaules, dans le couloir du fond des trois-balais. Il fouilla dans sa poche et lança une bourse en peau de dragon à la serveuse derrière le comptoir.
- Prenez tous les gallions nécessaires pour les consommations, lui dit Dorian avant d'ouvrir la porte.
Il la referma derrière Sirius et le conduisit à l'étage, qui faisait maintenant office de chambres d'accueil. Dorian sorti une petite clé, actionna la serrure d'une des portes en bois et rentra dans la pièce, suivi de son frère. Elle était rudimentairement constituée. Un lit deux places, une petite armoire, un bureau et une chaise. Il n'y avait qu'une seule fenêtre, aux vitres légèrement sales et une petite porte blanche menant à une salle de bain.
Dorian referma, rangea la clé, puis prit le parti de défaire lentement sa cape verte, qu'il posa sur le dossier de la chaise. Pendant ce temps, Sirius s'était mis à faire nerveusement les cents pas. L'aîné lui proposa de s'asseoir sur le lit. Avec un soupir, c'est ce qu'il fit, s'installant à côté de son frère.
- Je suis désolé, commença Dorian.
Sirius le regarda, surpris. Mais il répondit à la question qui se formait dans l'esprit du loup avant qu'il ne demande quoi que ce soit.
- Le moment était mal choisit, j'aurai dû attendre. Te demander si le moment était opportun avec tes camarades... Je ne pensais pas que ça prendrait de telles proportions.
Dorian avait fini sa phrase en prenant un regard sévère. Sirius fut quelque peu perplexe d'entendre ces révélations.
- Tu n'as pas à attendre que ça soit mieux pour qui que ce soit, dit-il enfin. Surtout pas pour eux. Tu es libre de faire ta vie et je suis prêt à défendre ta liberté et ton intégrité. C'est à nous seuls de décider quelle voie nous empruntons dans nos vies, pour l'assumer ensuite.
Dorian eut un léger sourire triste. Il prit son frère par les épaules, comme il avait l'habitude de le faire pour lui montrer ses sentiments. Sirius continua sa pensée :
- Personne ne viendra prendre les responsabilités de nos choix à notre place. Mais ils sont nécessaires pour bien continuer nos vies.
- Tu n'as pas à te séparer de tes camarades pour moi.
Le ton était dur. Sirius fonça les sourcils.
- Ce petit con de Lupin et cette folle de Targaryen... Je ne perds rien, avec eux, ne t'en fait pas.
- Qui sait ? Demanda Dorian. Tu ne sais pas de quoi sera fait demain.
Sirius fit une moue dubitative. Il se demandait vraiment ce qu'il pourrait avoir à faire avec eux à n'importe quel moment. Non, vraiment ça semblait impossible qu'un jour ils soient là pour lui.
- Dans tous les cas, je ne supporte pas qu'on nous traîne dans la boue, reprit-il. Ça me démange déjà assez de leur remettre les idées en place...
Dorian s'accroupit devant Sirius et posa ses mains sur les épaules de son frère.
- Je comprends ce que tu as ressenti, mais ça ne m'atteint plus, ce genre de remarque. Je préfère laisser les inconnus rester sur leurs croyances dépassées. Après tout, la bave des crapauds n'atteint pas la blanche et noire pie, justifia-t-il avec un clin d'œil.
Sirius eut un sourire lors de l'image comparative de son frère. Dorian se releva, et se plaça face à la fenêtre, dos au Serpentard.
- Je voudrais que tu fasses pareil, lui dit-il, toujours tourné.
- De quoi ? Prendre Lupin et Targaryen pour des crapauds ? Ironisa Sirius.
- Que tu vives pleinement la vie que tu aurais voulu, non pas celle que d'autres voudraient. Ne te freines ni ne te limites à cause de barrières sociales, physiques ou quelles qu'elles soient.
Il hésita, puis enchaîna.
- Ne vis pas non plus dans le seul but de plaire à père...
Sirius se demanda pourquoi son frère parlait de ce sujet maintenant. Le cadet fronça les sourcils et se remémora son comportement de jadis, ses efforts déployés pour une simple reconnaissance, une simple acceptation de son existence. Il se mordit la lèvre, sachant pertinemment la vérité derrière les paroles de son frère.
Dorian continua en se mettant face à lui.
- J'ai passé plus de la moitié de ma vie à renier ma vraie personnalité. Tu le sais. Ce fut sans doute ma plus grosse erreur.
Sirius hocha la tête, de nouveau perdu. Il se demandait où son frère voulait en venir en réveillant tous ses souvenirs douloureux.
- À cette époque, je ne te voyais, au mieux, que comme une perte de temps, dit Dorian avec un soupir de dérision. Un frein dans ma vie. Tu ne représentais pas grand chose pour moi. J'étais l'aîné de notre famille, celui sur lequel on fondait le plus d'espoirs. Aussi celui avec lequel on passait son temps, plutôt que de partager entre nous. J'ai fait pareil. Je sais que ça a été très dur pour toi...
Sirius déglutit avec difficulté et bougea faiblement la tête en un signe affirmatif.
- Mais tu n'en a jamais gardé la moindre rancœur à mon égard, finit Dorian. Mieux encore, tu es celui qui a montré le plus de brio dans notre famille.
Le jeune Greendal cligna plusieurs fois des yeux, légèrement gêné par le compliment que lui faisait son ainé.
- Tant par les talents magiques, que par les intuitions. Mais aussi par la noblesse d'âme et le soutient que tu manifestes.
Dorian fixa les yeux ambrés de son frère.
- C'était certainement pour prouver ta place parmi nous, mais ne perds jamais ça surtout, le pria-t-il. Contre personne. Mais n'en fait pas trop non plus. Tu as tendance à t'emporter un peu trop rapidement quand on porte atteinte à ceux que tu aimes.
Il le prit dans ses bras, en le serrant contre lui.
- C'est grâce à toi que j'ai ouvert les yeux il y a presque six ans. Que j'ai tenu bon... Tu comptes énormément pour moi.
Sirius ferma les yeux quelques instants. Les images lui revenant en mémoire de son frère qui souffrait, n'osant s'avouer ce qu'il était, ce qu'il aimait renvoyant une image parfaite d'héritier, mais faussée de lui-même. Devenir animagus dans ces conditions n'avait pas été possible. Le cadet l'avait intuitivement deviné. Il avait été l'oreille attentive, le conseiller. Depuis ce jour, son frère avait une immense gratitude envers lui.
- On dirait des adieux, remarqua Sirius étouffé par l'étreinte, qui tenta de relancer un ton plus joyeux à la conversation.
Dorian rigola légèrement, et le libéra. Il se remit debout, lissa sa robe et balança ses cheveux longs en arrière.
- Enfin, en tout cas, remarqua Sirius avec un sourire de loup, tu as pris un sacré aplomb. Devant autant de monde...
- L'Extarie m'a pas mal aidé, avoua Dorian. Mais j'ai décidé de ne plus me cacher. Peu importe au final d'être l'héritier des Greendal, ou renié et chassé par eux. Je dois choisir seul ma vie, comme tu l'as si bien dit tout à l'heure.
- Nous ne te chasserons pas, ni ne te renierons, dit Sirius avec sérieux. Du moins, pas tous... Je ne le ferais jamais, ni Xanthin non plus, j'en suis persuadé : il est ravis de savoir que nous sommes heureux, tu sais, même si tu ne passes plus au manoir, moi je le sais. Et puis, qu'importent donc tes goûts ? Que tu sois bi ou que tu préfères les hommes ? Tu as fait tout ce qu'il fallait pour être un Greendal, au final, non ? Tu ne jettes donc aucune honte sur notre nom. Je me contrefous bien de devenir l'héritier ou le plus respectable socialement parlant. Laisse donc ceux qui ont des balais dans le cul s'envoler avec leurs clichés.
Dorian lui lança un nouveau regard éperdu d'amour et d'admiration. Il eut un petit rire aigüe à la dernière réplique, ce qui remplit de satisfaction Sirius. Ce dernier continua sur un ton goguenard :
- Enfin, en ce qui concerne tes goûts... c'est vrai que tu pourrais avoir mieux quand même. Tes tenues sont toujours un peu …
Il ne put finir qu'il se prit un grosse bourrade affective de son aîné, qui se finit en éclat de rire.
- Je suis content que tu le prennes comme ça, vraiment. Lui confessa Dorian.
- C'est ce que je pense et que j'ai toujours pensé, tu sais. Ça n'aurait tenu qu'a moi, pas mal de monde aurait déjà été au courant, ce ne serait plus un secret depuis bien longtemps. Mais je ne savais pas comment tu le prendrais. Tu as toujours été tellement méfiant et blessé avec ça... Je ne voulais surtout pas que ça soit un blocage ensuite, il fallait que tu l'acceptes par toi même, que ça vienne de toi, comme tout à l'heure. J'étais tellement heureux pour toi après ce moment très... spontané.
Sirius avait sourit repensant au moment où il avait surpris la scène.
Il y eut un blanc, au cours duquel le cadet après avoir hésité, ajouta :
- Tu devrais tout de même l'annoncer à... aux parents.
Dorian, qui repensait aussi au moment où il avait embrassé le jeune étudiant, fut ramené à la réalité. Il réfléchit à la proposition, sceptique.
- Pas pour te faire juger, continua Sirius, mais... ce sont nos parents. Tu continueras d'être leur fils. Ils ont le droit de savoir que tu es différent de ce qu'ils imaginent, et puis la vie en commun serait tellement plus facile s'ils savaient enfin la vérité.
L'homme ébouriffa les cheveux de son cadet, et promis d'y réfléchir sérieusement. Qu'il irait dès qu'il se sentirait prêt. Sirius, se leva, voyant le soleil commencer à descendre à l'horizon. Dorian l'imita, plus lentement, plongé dans ses pensées. Il restait un détail qu'il voulait éclaircir avec son frère.
- Sir' ? Demanda-t-il. Cette fille, la rousse que tu remettais à sa place... Qui est-elle pour toi ?
Le jeune Serpentard sembla surpris par la question. Puis légèrement contrarié.
- Tu m'as dis tout à l'heure que tu ne perdrais rien...
- Oui, répondit Sirius, elle n'est rien qu'une fille que j'ai trouvé bien foutue, mais que je ne me ferai jamais... Elle est étrange et, de toutes façons, elle est étriquée d'esprit vu ce qu'il s'est passé en dessous.
Dorian eut une moue septique, et en hochant la tête ne put s'empêcher de rajouter :
- Bizarre, j'aurais juré qu'il y avait eu quelque chose entre vous... En plus, on aurait dit que tu as été déçu par elle, tout à l'heure.
- Évidemment ! Répondit Sirius, elle t'a insulté, nous a manqué de respect. Elle nous a mal jugés.
Dorian leva ses sourcils, comme s'il avait décelé une information masquée. Volontairement ou pas, son jeune frère avait omis une partie de sa remarque. Il la garda de coté.
- Elle nous a mal jugé... Comment peut-elle faire autrement sans chercher à nous connaître, en même temps ? Il faut reconnaître que tu n'as pas particulièrement été agréable non plus.
Sirius grogna. Dorian marquait un point.
- Mais toi, continua l'aîné, tu es pourtant en même année qu'elle à Poudlard non ? Si ça a de l'importance, pourquoi n'essayes-tu pas de lui montrer qui tu es, qui nous sommes ?
- ça n'a pas d'importance pour moi justement ! Répliqua Sirius piqué au vif. De toutes façons, et ce, depuis le début, elle est hermétique.
- Peut-être alors que c'est toi, qui ne regarde pas qui elle est vraiment. Lança Dorian d'un air malicieux en remettant sa cape.
Il savait que sa remarque piquerait le jeune garçon au vif. Ça ne rata pas. Sirius fit un large mouvement avec sa main, comme pour chasser une idée grotesque. Puis un détail lui revient en mémoire, il baissa la tête et après un silence confessa.
- En fait, oui... elle nous a surpris avec Khamul, la nuit, on était à poil. Résuma Sirius à qui l'événement revint brusquement en mémoire. Elle m'a bien émoustillé sur le coup, mais ne nous a jamais balancé... Aussi incroyable que ça puisse paraître. Et,... heu...
Il hésita, puis voyant le regard condescendant de son frère, il reprit.
- Et puis je l'ai embrassée aussi...
Dorian afficha un air victorieux et radieux. Mais Sirius n'avait pas fini.
- ...Contre sa volonté...
Là, Dorian fronça les sourcils et perdit instantanément son air radieux. Il scruta son jeune frère du regard. Ce genre d'action ne lui ressemblait pas. Il avait toujours une fille s'il avait le besoin de se défouler. De fait, il n'avait jamais eu besoin de forcer la main à l'une d'entre elle.
- Pourquoi as-tu fait ça ? Demanda-t-il perplexe.
Sirius sembla réfléchir sérieusement à la question pour la première fois.
- Je... Je ne sais pas, avoua-t-il franchement, penaud. J'avais envie de lui clouer le bec. Je m'ennuyais. Et... je n'ai pas réfléchi, j'ai agis sous une impulsion soudaine.
Dorian hocha la tête, à moitié condescendant.
- Eh bien, ça explique certainement cette tension électrique entre vous, envers moi aussi quand elle nous a confondus.
- Une tension électrique, tu as vu ça ? S'étonna Sirius.
- Oh c'est parfaitement visible, pour qui sait le voir, dit Dorian avec un clin d'œil. Et crois-moi, quand on est comme moi, on parvient rapidement à déceler ce genre de choses.
Sirius haussa les épaules.
- Et avec Jeyne ? Comment ça va depuis l'autre soir ?
Sirius roula les yeux au ciel. Bon sang, son frère savait tout, et pourtant lui-même n'était pas sûr de savoir ce qu'il voulait vraiment. Parler de ça l'ennuyait.
- On fait aller. Dit-il simplement. Pour le moment, il n'y a rien de plus.
- Ça fait longtemps que je ne l'ai pas vue, remarqua Dorian. Elle doit toujours être aussi belle. Dommage que vous ne soyez pas restés ensembles... Khamul m'a raconté comment il vous avait surpris tous les deux dans la salle commune. Carrément, tu n'as pas froid aux yeux quand tu as envie, en tout cas !
Pour toute réponse Sirius ouvrit la porte. Dorian le suivit, en rigolant et ébouriffant ses cheveux.
- Tu es toujours au courant de tout, sur moi on dirait, pointa judicieusement Sirius en se passant une main pour remettre de l'ordre dans sa tignasse. Un vrai service de renseignements...
- C'est parce que je veux être là pour toi, te conseiller. Comme tu l'as toujours fait pour moi, au final. Déclara Dorian avec émotion, en refermant la porte.
