Disclaimer : La Quête d'Ewilan ne m'appartient pas.
21
Le soleil était depuis longtemps couché déjà et Sil' Alfian décida de conclure la journée. Lui et son maître d'armes reprendraient les affaires le lendemain. Un bon dîner et puis il irait se coucher. Mais avant cela, l'Empereur souhaitait revoir Ewilan et savoir comment son apprentissage auprès des maîtres dessinateurs s'était passé.
– J'ai hâte de revoir la petite, commenta Sil' Alfian. Je suis bien content que tu l'aies retrouvée.
– Camille ! s'alarma Edwin. Je l'ai encore oubliée.
– Comment ça encore ? demanda l'Empereur qui ne savait pas s'il devait rire.
D'habitude, Camille faisait en sorte de ne pas être oubliée. Mais d'habitude aussi, elle se baladait assez librement dans le camp et se débrouillait toute seule.
– Enfin, ne t'inquiète pas. Je vais aller la chercher, proposa l'Empereur. Finis donc de regarder ces documents et nous nous retrouverons avec la petite dans la salle topaze pour dîner.
Son travail pour la soirée conclus, Edwin se rendit dans la salle à manger pour découvrir que le couvert était prêt mais que ni l'Empereur ni Ewilan n'était de retour. Le premier réflexe d'Edwin fut de s'inquiéter, imaginant qu'un incident soit survenu. La probable raison lui apparut bien vite. Il avait ordonné à Camille de ne partir avec personne d'autre que lui. Edwin ne doutait pas une seconde que Camille se refusât à suivre contre ses indications Sil' Alfian, tout Empereur qu'il était.
Edwin rit en imaginant la tête de l'Empereur devant une gamine qui refusait sans doute obstinément de le suivre.
X X X
Ewilan avait passé une fin de journée épouvantable. D'abord, les maîtres dessinateurs ne comprenaient pas ses questions, ou alors ils n'avaient pas de réponse satisfaisante à lui donner.
– Comment fait-on pour ne pas être repéré quand on dessine ? demanda-t-elle presque de but en blanc.
Ewilan ne se souvenait que trop bien du Ts'lich qui était apparu alors qu'elle dessinait. Maître Elis lui répondit :
– Il est vrai que les dessinateurs débutants laissent toujours traîner une part de leur esprit dans l'Imagination. Ils semblent en effet attirés par le pouvoir…
Ce n'était pas la question qu'Ewilan avait posée mais cela soulevait un problème dont elle ignorait l'existence. Maître Elis continua de discourir sur les raisons qui faisaient qu'un débutant ne savait pas masquer son don mais ne semblait pas près de lui fournir la solution. Ewilan le mit donc en sourdine et se concentra.
Elle devait sortir complètement de l'Imagination. Pénétrer dans les Spires… Entrer… Sortir… Pour accomplir ces actions, il fallait une ouverture. Pour bloquer cette ouverture, il fallait une porte. La réponse lui apparut en toute simplicité. Ewilan, plongée dans l'Imagination, imagina refermer une porte. Un lien dont elle ignorait l'existence se rompit. Elle était sortie entièrement de l'Imagination.
Elle coupa court au discours qui n'avait pas cessé et qui n'avait pas plus avancé.
– Mais comment faire pour dessiner sans se faire repérer ? insista-t-elle en espérant avoir une réponse concise cette fois.
– C'est impossible. Dessiner est un acte bruyant et, plus le dessin est important, plus le bruit qui en résulte est important.
– Mais le bruit doit-il forcément conduire à la personne qui a dessiné ? Ne peut-il être redirigé ?
– Non, c'est impossible.
Ewilan s'essaya à d'autres questions, comme la possibilité de guérir par le dessin mais elle fut renvoyée aux Rêveurs. Très rapidement, elle comprit que les professeurs étaient fixés et rigides dans leurs certitudes et qu'elle n'obtiendrait que des réponses négatives de leur part.
Ewilan cessa donc assez rapidement de leur poser des questions. Ils passèrent à la partie pratique, sceptiques. Les professeurs ne pensaient pas obtenir grand-chose de la petite fille malgré les assurances du maître d'armes.
Ewilan s'ennuya très rapidement et se demanda si cela valait vraiment le coût de passer du temps auprès de ces hommes qui n'étaient même pas capable de répondre à ses questions par autre chose que « impossible ». Alors quand ils lui demandèrent de dessiner une flamme, la petite fille sut que l'après-midi allait être très longue…
Finalement, après de longs et fastidieux exercices, les maîtres reconnurent qu'Ewilan avait un certain talent. Mais ils n'appréciaient guère de reconnaître qu'une petite fille de sept ans sache dessiner mieux qu'eux. Aussi décidèrent-ils de tester la Volonté et de lui imposer un défi en premier exercice.
– Je vais colorer cette sphère en rouge, et vous vous efforcerez de la rendre bleue, expliqua maître Elis bien décidé à s'affirmer.
Ewilan, bien qu'exaspérée par le programme, n'avait pourtant montré aucun signe de rébellion et s'était soumise aux ordres de ses professeurs comme elle l'aurait fait pour Edwin. Bien qu'elle n'éprouvât pas le même respect pour eux que pour le guerrier. Elle fronça légèrement les sourcils devant le ton employé mais ce fut la seule expression de son mécontentement. Elle ne pouvait savoir que les professeurs étaient mal à l'aise face à un élève beaucoup plus jeune que d'habitude, qu'ils ne savaient pas gérer, et que son manque d'expression passait pour de l'impertinence.
La sphère blanche qui avait été apportée, prit rapidement une couleur vermeille. Ewilan n'eut aucun problème à reprendre le contrôle du dessin. La boule prit une jolie couleur turquoise. En vain, maître Elis tenta d'imposer sa volonté. Ewilan avait besoin de ne faire aucun effort pour contrer la tentative du professeur au front perlant de sueur. Il se tourna finalement stupéfait vers ses collègues qui se jetèrent à leur tour dans l'Imagination. Ewilan savait que tout effort de leur part était inutile. Jamais cette sphère ne serait autre chose que bleue à moins qu'elle ne le souhaite.
Elle en avait assez. Devant la persistance des professeurs refusant d'admettre qu'ils avaient perdu, Ewilan décida de modifier son dessin. La sphère vira du turquoise au marine puis inversement. Une inscription s'étala sur sa surface en lettres dorées : « Tricher n'est pas jouer ! ».
