Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.

Chapitre 21

Immobile près des grandes portes, une ombre noire attendait patiemment que les élèves montent les escaliers et disparaissent dans les entrailles du château avant de reprendre son observation de la cour et du chemin poussiéreux qui s'en éloignait. Intérieurement, Severus Snape bouillait d'inquiétude et seule la volonté de ne pas attirer l'attention l'empêchait de descendre les marches et d'aller récupérer sa fille par la peau du cou si c'était nécessaire.

L'énorme marteau de la cloche commença à égrener les heures et, finalement, Snape distingua les cheveux courts, le pull orange et le sac à dos de toile bleue d'Emilie, qui s'avançait tranquillement en compagnie de deux de ses voisines de dortoir. Rassuré, le Maître des Potions rentra dans le hall et se dirigea vers l'escalier en colimaçon menant aux cachots.

Emilie fronça les sourcils et plissa les yeux, mais le soleil qui commençait à s'approcher de la ligne d'horizon l'aveuglait. Elle avait cru apercevoir son père en haut des marches, mais n'en était maintenant plus très sûre. Un bref coup d'œil à la grande horloge lui confirma qu'elle était à l'heure et avait le temps de monter tranquillement à la tour de Serdaigle pour déposer ses affaires et prendre quelques livres.

Cet après-midi au Pré-au-Lard n'avait pas été la fête qu'elle avait espérée. Oh, le village ne l'avait pas déçue et elle aurait été ravie de faire du lèche-vitrine dans un autre contexte, mais elle n'arrivait pas à secouer l'épaisse vague de mélancolie qui la submergeait depuis la matinée. Alors qu'elle avait envisagé de laisser ses amies dès son arrivée au village pour explorer seule, quitte à les retrouver plus tard pour rentrer ensemble, comme si de rien était, elle avait au contraire recherché leur compagnie toute la journée. Sans participer activement aux conversations, elle avait suivi, répondu quand on lui posait des questions, sourit aux plaisanteries et attendu avec patience que cette journée finisse enfin.

Gravissant l'escalier en soupirant elle remarqua à peine les groupes d'élèves qui restaient à discuter dans la cour. Dans le hall, il y avait un attroupement du côté des portes de l'infirmerie. Elle ralentit, mais renonça à s'arrêter : Alessandro devait être de permanence et elle n'avait pour une fois pas envie de le voir. Parvenue enfin dans son dortoir, ayant laissé Ann et Belinda quelque part en chemin sans trop y prêter d'attention, elle laissa tomber son sac et s'affala sur son lit, les yeux rivés au plafond. Elle ne pouvait pas prétendre qu'elle avait été surprise, car elle attendait ça depuis l'année dernière, mais cela n'atténuait pourtant pas l'amertume et la déception qu'elle ressentait. Quand elle était sortie de la bibliothèque en fin de matinée pour descendre à la grande salle peu avant le repas de midi, elle était tombée sur Alessandro et Oriana Blegounovsky au détour d'un couloir. Pas de quoi en faire une maladie, pas de quoi hurler au scandale (même si elle avait espéré méchamment un instant que Snape arrive et retire quelques points), elle avait juste mal au cœur. Voilà. Le pire était qu'elle n'avait pas envie de pleurer, mais qu'elle ressentait une profonde tristesse, comme si Alessandro et elle avaient passé un point de non retour. Elle aurait pu s'accrocher au rêve de sortir plus tard avec lui, quand ce serait fini avec Oriana mais, assez curieusement, elle préférait tourner la page et cela allait devoir comporter une phase d'« évitement » du couple pour un laps de temps indéterminé.

« Emiliiiie ! »

Emilie releva la tête pour découvrir une Ann surexcitée piétinant à côté de son lit et une Belinda à l'air inquiet non loin de là. Ann devait lui parler depuis un moment et, devant son manque de réaction, s'apprêtait à la secouer. Emilie se cala sur ses coudes en soupirant :

« Que se passe-t-il ?

-Katie Bell ! cria presque la petite blonde.

-Gryffondor, une Poursuiveuse en septième année, blonde, avec des nattes, précisa Belinda.

-Ah oui, je vois, et bien ?

-Elle a été victime d'une malédiction ! cria Ann.

-Ah bon…

-Pas un sortilège très commun, Emilie : elle avait un objet maudit, de la Magie noire. Il paraît qu'elle s'est mise à hurler et à léviter », expliqua calmement Belinda avec une expression un peu inquiète.

Emilie s'assit et secoua un peu la tête, tentant de disperser complètement sa torpeur.

-ça va ? Tu as été bizarre toute la journée, lui demanda Belinda.

-Non, non, ça va, mentit Emilie sans pour autant convaincre son amie. Où avait-elle trouvé cet objet, qu'est-ce que c'était ?

-Pour l'instant on n'en sait rien. Ça s'est passé au Pré-au-Lard…

-Non, sur le chemin du retour, corrigea Ann. Je ne sais pas ce que c'était, mais on m'a dit qu'on le lui avait donné.

-Qui ?

-On n'en sait rien, soupira Belinda. En fait, tout ça n'a aucun sens, mais Katie est à l'infirmerie, il paraît que c'est Hagrid qui l'a ramenée : elle était inconsciente.

Emilie ne trouva rien à répondre, trop préoccupée par ses propres tourments et incapable de se rendre compte de la gravité de ce qui s'était produit. Au bout d'un moment, sans avoir rien ajouté, elle vérifia l'heure, prépara son sac et sortit, sous les regards un peu perdus de ses camarades.

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Quand elle pénétra dans le salon, son père sortit rapidement de son laboratoire en s'essuyant les mains, une vieille robe sur le dos.

« Si tu veux, tu peux retourner à la tour de Serdaigle et ne redescendre que pour 20 heures, j'ai du travail.

-Je peux attendre », déclara Emilie avec un air indolent, indécise.

Snape s'interrompit et la regarda avec attention sous ses sourcils froncés. La gamine n'était pas dans son état habituel, mais ne semblait pas inquiète non plus. Le Maître des Potions se demanda un instant si elle ignorait encore ce qui s'était passé, mais écarta cette idée : il y avait eu un assez grand nombre de témoins et une histoire aussi incroyable avait déjà eu le temps de circuler et de faire naître autant d'hypothèses qu'il y avait d'élèves.

« Est-ce que je peux rester dans le laboratoire ? finit par demander sa fille.

-Je préfère que tu remontes, répondit laconiquement Snape qui ajouta, sans bouger du seuil de la pièce : je te ferai parvenir un mot pour te dire de revenir.

-Très bien, soupira Emilie en baissant les yeux à terre. Elle s'apprêtait à partir en trainant des pieds, quand elle se retourna et demanda : que s'est-il vraiment passé avec Katie Bell ? »

Enfin, on y venait, pensa Snape qui s'interrogea tout de même sur cette curiosité un peu tardive avant de répondre :

« Elle a été touchée par une malédiction apposée sur un objet qu'on lui a confié.

-Qui le lui a donné ?

- Nous l'ignorons encore. Pris d'une inspiration subite, il poursuivit : j'aimerais que tu maintiennes un léger bouclier d'Occlumencie à l'avenir. Pas une véritable forteresse, Emilie, l'avertit Snape : juste un… filtre. »

La jeune fille acquiesça et tourna des talons, les yeux fixés au sol. Pourquoi désirait-il qu'elle renoue avec l'usage de l'Occlumencie, alors qu'il avait veillé à ce qu'elle ne l'emploie jamais en dehors de son contrôle ? Pourquoi maintenant ? Avait-on manipulé Katie Bell ? Emilie s'arrêta un instant dans les escaliers : une telle possibilité, à Poudlard, était effrayante.

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« Faut-il le lui faire avaler ? demanda avec étonnement madame Pomfresh en prenant le bol rempli d'un liquide grisâtre fumant, à la consistance un peu huileuse, des mains de Severus Snape.

-Non, Poppy. Contente-toi de placer cela à la tête de son lit. Il est confiné, n'est-ce pas ? Bien, répondit-il en voyant la vieille femme hocher la tête : les effluves de cette potion pourraient aider à affaiblir la malédiction.

-Mais pas la briser.

-Non, Poppy. Malheureusement, cette malédiction est très puissante et il faut espérer que mademoiselle Bell n'a pas tenu en main ce collier trop longtemps, soupira Snape.

-Tu as identifié le sortilège, n'est-ce pas ? intervint Minerva McGonagall.

-En effet, mais briser la malédiction excède mes capacités. Crois-moi, Minerva, assura l'homme en noir d'une voix ferme : il me faudrait du temps et plusieurs essais avant de réussir, peut-être, à l'aider. Nous n'avons malheureusement pas le temps : il faut contacter d'urgence un briseur de malédiction à St Mangouste. Où est Albus ? demanda-t-il d'une voix agacée, après un court silence en regardant autour de lui : nous ne pouvons pas nous permettre de tergiverser ! »

Tandis qu'elle rajustait les courtines abritant le lit où avait été placée Katie Bell, madame Pomfresh examina brièvement les deux chefs de maison. Minerva, comme à chaque fois qu'elle était confrontée à des faits d'une certaine gravité, semblait prendre dix ans d'un coup mais l'éclat de ses yeux verts trahissait toujours une détermination sans faille. Debout dans l'allée centrale qui séparait les deux rangées de lits métalliques, Severus Snape disparaissait dans des mètres de tissu noir, ses cheveux obscurcissant son visage fermé. Contrairement à ce que l'on imaginait, le Maître des Potions n'était pas un homme d'un naturel patient et la frustration qu'il ressentait était trahie par une myriade de petits détails que la guérisseuse avait fini par apprendre à déchiffrer : les poings serrés, l'expression de plus en plus coléreuse de ses traits ou encore ses yeux noirs qui, elle aurait pu le jurer, auraient été capables de percer un trou allant du mur de la salle jusqu'au bureau de Dumbledore.

Quelque chose de grave s'était produit. Poppy Pomfresh avait soigné les conséquences d'innombrables blessures, de sorts ratés, tous plus stupides les uns que les autres, mais la Gryffondor avait été victime de Magie noire dans une école. Apprendre en outre que l'un des meilleurs spécialistes de la matière ne pouvait la guérir n'avait fait que accroître son appréhension.

Le bruit du frottement d'une semelle sur le sol de pierre leur fit à tous l'effet d'une bombe et les trois adultes se retournèrent d'un même mouvement pour découvrir un grand jeune homme maigre à l'expression gardée, debout près d'un lit où se trouvait un malade. Snape fut le premier à réagir :

« Monsieur Gabelli, où en est monsieur Nott ? Il dort ? Très bien, vous pouvez le laisser un instant : il ne s'en ira pas. Je vous ferai chercher quand votre présence sera requise. »

Surveillant le départ du Slytherin, Snape s'approcha à grands pas du seul lit occupé de la salle, utilisa quatre petites tables de chevet qu'il fit léviter et transforma hâtivement en courtines avant d'y placer un Silencio.

« Je constate que malgré les rumeurs que tu propages sur l'inutilité de certaines matières, tu es encore capable de métamorphoser avec brio lorsque tu le désires », remarqua avec une aigreur feinte Minerva McGonagall qui profita pour rectifier un léger manque d'alignement dans les supports des rideaux.

Les courtines virèrent d'un seul coup du marron au vert.

« De toute évidence », laissa tomber Snape d'un ton indifférent.

Madame Pomfresh leva les yeux au ciel, mais n'eut pas le loisir de répondre : la voix d'Albus Dumbledore s'échappant de la grande cheminée de l'infirmerie venait de retentir.

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« Peux-tu me dire ce que c'est ? »

Emilie garda les yeux au sol et débattit un court instant afin de savoir si elle avait vraiment le courage de se comporter comme si de rien n'était, ou bien si elle ferait un esclandre, poussée par la rancœur, avant de planter là Alessandro et courir à l'autre bout du château. Le Slytherin lui avait fait passer discrètement un objet en verre dans la main, une fiole, si elle se fiait à la forme. Elle glissa un œil vers sa main droite puis, au mépris des recommandations de son père, bâtit en vitesse un grand mur de briques dans son esprit avant de plonger ses yeux dans ceux d'Alessandro.

« Je vais voir », finit-elle par répondre dans un murmure en s'éloignant rapidement.

Alessandro la laissa partir en fronçant les sourcils, se demandant qu'elle mouche avait bien pu la piquer. La ressemblance avec Snape avait toujours été évidente, mais pour la première fois ses yeux avaient pris tout d'un coup le même caractère impénétrable que ceux du Maître des Potions.

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De la Pepper-up. Une version très concentrée, ce qui expliquait que les restes de liquide jaunâtre aient pu troubler Alessandro, mais l'odeur était caractéristique et le petit test qu'elle avait réalisé dans l'ancienne salle commune des Serdaigles, profitant d'un peu de calme, avait confirmé ses soupçons. Ce qu'elle avait aussi remarqué immédiatement, mais qu'elle se garderait bien de communiquer à qui que ce soit, était que la fiole de verre translucide provenait des stocks de Snape. Elle avait suffisamment manié les jarres, pots et fioles en tous genres de sa réserve pour les reconnaître.

Alessandro ne lui avait rien dit sur les circonstances de la découverte de l'objet, ni pourquoi il désirait savoir ce qu'il avait contenu. En soupirant, elle observa que malgré leur amitié (elle renifla un peu à ce mot) ils se cachaient néanmoins un certain nombre de choses. La fiole ne venait pas de l'infirmerie, car Snape employait toujours des récipients de faïence de plus grande taille pour les potions qu'il destinait aux élèves et Alessandro n'avait pas encore mis les pieds là-bas lorsqu'il l'avait contactée ce dimanche matin. Elle ne l'imaginait pas non plus gardant cette fiole qui l'intriguait toute la soirée et toute la nuit, sans la contacter avant. Ce qui signifiait qu'il avait trouvé cette fiole ce matin, sans doute à Slytherin. Mais dans ce cas, que faisait cette potion chez les serpents ? Jamais Snape n'aurait laissé la fiole sur place.

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Alessandro se pencha et saisit Nott sous les aisselles afin de l'aider à se relever. Avec l'arrivée de Katie Bell dans l'infirmerie, madame Pomfresh lui avait demandé de revenir exceptionnellement le lendemain : les deux patients requéraient une attention soutenue et la guérisseuse lui avait confié le Slytherin dont le cas, étrange mais pas complexe, évoluait tranquillement au gré des remèdes qu'on lui faisait ingurgiter.

La réaction de Nott aux potions antitussives et revitalisantes que lui avait données madame Pomfresh entre deux cours mercredi après-midi avait surpris tout le monde. Depuis quelques jours le jeune homme se plaignait de toux et sa voix, déjà un peu rauque, avait viré au croassement. Alessandro ne pensait pas qu'il avait eu le temps de prendre froid après avoir été malade le week end dernier, mais toujours est-il qu'il l'avait sommé d'aller trouver madame Pomfresh et que deux heures après, Nott, pris de nausée et sa température atteignant des sommets, avait ensuite dû rejoindre l'infirmerie en urgence, en plein cours de Botanique. A moitié délirant, Nott avait pourtant assuré la guérisseuse qu'il n'avait rien pris pouvant interagir avec les remèdes qu'elle lui avait prescrits.

Pendant toute la fin de la journée et la soirée, madame Pomfresh et Alessandro s'étaient relayés à son chevet, la vieille femme clamant qu'elle n'avait encore jamais vu quelqu'un faire une telle réaction à des potions bénignes. Snape était venu dans la soirée, avait examiné Nott, écouté le diagnostic de la guérisseuse et récité une longue litanie d'effets secondaires, tous rarissimes, qui pouvaient survenir sur certains sujets. Snape n'avait pas été le seul à venir s'enquérir de son élève : Malefoy avait littéralement fait le siège de l'infirmerie jusqu'au moment où la guérisseuse l'avait mis à la porte en lui interdisant de revenir. Après s'être assurée qu'effectivement le jeune homme ne courrait aucun danger, madame Pomfresh l'avait donc gardé à l'infirmerie, en lui administrant ses remèdes et en attendant qu'il reprenne des forces suffisantes. Alessandro avait assisté la guérisseuse toutes les fin d'après-midi depuis ce mercredi et une bonne partie de son samedi. Plaçant un oreiller dans le dos de son voisin de dortoir en soupirant, il se dit qu'il était bien parti pour passer à l'infirmerie son dimanche aussi.

« Merci, tu peux y aller, je vais mieux, chuchota Nott, luttant pour garder ses yeux ouverts.

-Avale », se contenta de dire Alessandro en lui tendant un verre contenant une nouvelle potion.

Nott s'exécuta en en lui lançant un regard en biais, mais en se gardant de faire la moindre observation. Après quelques jours à l'infirmerie, il était en mesure d'établir que deux carrières principales s'ouvraient pour les êtres dotés de tendances maniaco-violentes : Mangemort ou guérisseur. Madame Pomfresh, sous ses airs de petite grand-mère bienveillante, était en réalité capable de cracher des flammes et l'Italien ne cherchait même pas à dissimuler qu'il n'hésiterait pas à lui arracher les yeux s'il renversait ne serait-ce qu'une goutte d'eau par terre. En outre, il savait que le Slytherin se doutait de quelque chose, mais pour l'instant il préférait éviter le sujet de sa maladie.

A l'autre bout de la salle, madame Pomfresh émergea d'un petit l'enclos protégé par des courtines blanches en portant un petit plateau. Theodore Nott chercha à disparaître dans les profondeurs de son oreiller et du matelas, mais ne put échapper à la vigilance de la guérisseuse qui se dirigea vers son lit d'un pas énergique quelques minutes après.

« Tu es réveillé, mon garçon ? Bien », constata-t-elle tout en lançant rapidement quelques sortilèges destinés à vérifier son état de santé.

Les minutes qui suivirent furent employées à l'examiner sous tous les angles, Nott décidant prudemment de garder le silence après avoir été pincé et traité de « petit garçon douillet » quand il avait protesté en accusant la guérisseuse de lui avoir mis les pouces dans les yeux pour regarder le blanc de son œil. Evidemment, la présence d'un Gabelli cachant à peine son amusement à deux pas de là n'aidait guère les choses. Pour la première fois depuis trois jours Nott était lucide, mais épuisé, et madame Pomfresh en profita pour le harceler de nouveau de questions sur ses antécédents médicaux et savoir s'il n'avait pas eu d'autres symptômes que ce mal de gorge avant de venir la trouver. L'élève nia tout en bloc et la guérisseuse s'éloigna enfin, regagnant son bureau à l'autre bout de la salle.

Resté seul en présence de Gabelli, l'atmosphère devint progressivement irrespirable : chacun savait en effet qu'il cachait quelque chose et son voisin avait gardé le silence, alors qu'il aurait été en mesure de déclarer à la guérisseuse qu'il avait menti, au moins de manière partielle, et que son état de santé cette semaine là n'avait pas été aussi correct qu'il avait bien voulu le dire. N'en pouvant plus, Nott prit la parole et tenta lâchement d'amorcer une conversation sur un terrain plus anodin :

« Qui est là-bas ? demanda-t-il en désignant de la tête le lit caché par les rideaux.

-Katie Bell, répondit Alessandro qui l'examina attentivement lorsque Nott ne parut pas replacer cette élève. Une septième année à Gryffondor, joueuse de Quidditch, poursuiveuse, je crois, précisa-t-il : tu devrais savoir ça mieux que moi.

-Oui, peut-être, répondit de façon évasive le Slytherin qui ajouta après coup en fronçant les sourcils : mais il n'y avait pas de match, non ? »

Alessandro resta un instant sans répondre : Nott paraissait complètement déconnecté et était même incapable de se rappeler que la saison de Quidditch n'avait pas commencé. Le jeune homme avait les traits tirés, les joues creuses, un teint un peu jaune, des yeux qui brillaient encore d'une lueur fiévreuse et des cheveux collés par la transpiration. Il n'y avait pas de possibilité qu'il eut pu simuler sa surprise, jugea-t-il.

« Non, mais elle a eu un accident au Pré-au-Lard : elle a apparemment été victime d'une malédiction. De la Magie noire. Elle n'a pas encore repris connaissance », expliqua-t-il.

En face, le visage de Nott avait pris la teinte de ses draps et ses yeux écarquillés fixaient un point sur le mur opposé. Quand il se mit à frissonner, Alessandro, alla chercher une couverture qu'il posa sur le lit.

« Je ne peux pas te donner grand-chose, vu ton état, mais je peux te faire une tisane, si tu veux. Quand Nott secoua la tête, Alessandro ajouta avec un peu de pitié : essaye de dormir. »

Peu avant le dîner, après que l'on eut transféré Katie Bell à St Mangouste, Alessandro croisa Emilie qui lui rendit subrepticement la fiole en murmurant « Pepper-up concentrée ». Quelques minutes après, profitant du dortoir déserté, le jeune homme désarma plusieurs sortilèges et replaça soigneusement la fiole où il l'avait trouvée : dans l'armoire de Theodore Nott.