Avertissement : Cette fic contient un slash (relation entre hommes), plus précisément un Threesome (SS/DM/HP). Relations sexuelles détaillées dans divers chapitres mais tout sera avertis en temps et en heure. Pas d'inquiétude. Présence de violences et de viol dans certains chapitres. Langue légèrement vulgaire aussi (^^), MPREG, personnages OOC.
Disclaimer : Personnages d'après J.K. Rowling, tout lui appartient sauf Yolan (pas touche à mon bébé ^^) et l'histoire !
Bêta-Reader : Chipuliara !
Reviews anonymes : Merci à Flo (je suis vraiment contente que le chapitre précédent t'ait plu, surtout la partie lettre-narration que j'ai adoré écrire !) et Julie13verseau (Ooh c'est gentil, je suis heureuse que tu l'aies bien aimé) pour leur review ! Je suis souhaite une bonne lecture et j'espère qu'il vous plaira tout autant que les précédents chapitres.
Merci à celles (ou ceux ?) qui ont ajouté mon histoire dans leurs Favoris et en Follows. Et pour toutes vos reviews.
Bonne lecture : )
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Chapitre 20 - … A la lumière.
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Des bruits de pas réveillèrent Harry. Il n'eut pas la force de lever les yeux, gardant son menton reposer sur sa poitrine nue qui peinait à s'élever et à s'abaisser. Sa respiration s'était faite lourde et erratique alors que la faim lui tordait l'estomac et que la douleur avait élu domicile dans tous les membres de son corps.
Une éternité plus tôt, l'Auror était venu dans sa cellule pour le faire boire. Depuis rien ne s'était passé. Seulement le noir qui continuait à l'entourer. Il sentait parfaitement que son corps avait beaucoup de mal à supporter ces tortures. Être assoiffé et affamé réduisait ses forces et sa magie. Rester dans le noir complet détraquait son métabolisme.
Quel jour était-il ? Cela faisait combien de temps qu'il se trouvait ici ? Il peinait de plus en plus à rester conscient. Sa fin était pour bientôt. Il en était certain. Comment aurait-il pu en être autrement ? Les jours passaient, impitoyables à sa douleur. Et plus les jours passaient plus il se sentait partir. Ses forces s'évanouissaient rapidement. Trop, sûrement, pour pouvoir penser à un happy-ending. Sa vie prendrait fin dans des cachots froids, humides et obscures.
Sans l'humidité – et sans les chaînes qui lui bouffaient la chair – Harry aurait pu se croire dans son placard après qu'Oncle Vernon l'ait puni. La fièvre qui faisait trembler son corps depuis un moment déjà le faisait délirer. Et il devenait de plus en plus fréquent qu'une vision de son oncle en train de planifié sa mort avec Lucius n'apparaisse quand il était conscient. Ou plutôt à demi-conscient.
Les bruits de pas se firent plus forts. Harry papillonna des paupières. Il captait difficilement le son caractéristique d'une canne frappant contre le sol. Il fronça les sourcils. Lucius avait-il décidé de lui rendre visite aujourd'hui ? Depuis le temps qu'il était enfermé ici, jamais l'aristocrate déchu n'était ne fut-ce qu'entré dans sa cellule. C'était étrange. Mais Harry ne s'en plaignait pas. Bien au contraire. Plus il restait loin de son geôlier, mieux il se portait.
Cependant, cette fois, il ne pourrait que l'affronter. Déjà la grille s'ouvrait. Le grincement qu'elle laissa échapper alors qu'on l'a forçait à s'ouvrir en grand, tira une grimace à Harry. Ça tournait tout autour de lui et le bruit lui vrillait les oreilles. Merlin, Lucius venait-il mettre fin à son existence ?
- Bonjour Harry, dit Lucius en entrant dans la cellule.
Harry releva doucement le visage pour le dévisager. Il ne voulait pas paraître plus faible qu'il ne l'était en réalité. Son ravisseur ne devait pas voir que son corps baissait les bras et abandonnait. Il devait être fort et montrer qu'il n'avait pas peur de lui. Même si… Même s'il avait un peu peur quand même. Lucius était fou. Ne pas avoir peur de lui aurait été stupide et suicidaire. Et d'après ce qu'il savait, il n'était ni l'un, ni l'autre. Pas encore en tout cas.
- 'jour, 'cius.
Il aurait aimé lui répondre comme lui l'avait fait. Avec grâce et classe. Mais sa gorge sèche, sa fièvre et son corps douloureux l'empêchaient de le faire. Devant lui, Lucius fit le tour de la cellule, claquant parfois sa langue contre son palais dans un geste de dégoût. Canne en main, il se tourna vers lui pour le fixer de ses yeux perçants. Harry se retint de toutes ses forces de ne pas détourner le regard. Il avait l'impression que l'autre pouvait lire en lui comme dans un grimoire ouvert, qu'il pouvait voir combien il était faible et combien il puait la mort. Il détestait ça.
Lucius pencha la tête sur le côté, ses longs cheveux blonds glissant sur son épaule. Il le fixa encore. Harry se mordit la langue pour s'empêcher de lui faire une remarque acerbe. Ce type, il le détestait. Comme jamais il n'avait détesté quelqu'un. Il voulait qu'il meurt de façon douloureuse et que sa mort soit tout sauf rapide.
Harry serra les mâchoires.
- Alors comment vas-tu Harry ?
- Bien, ça se voit non ? réussit-il à dire avec difficulté.
Ses cordes vocales trop peu utilisées ces derniers temps semblaient se détendre au fils des mots qui sortaient de sa bouche. Elles brûlaient légèrement. Conséquence des trop nombreux cris qu'il avait lancés sous la pluie de Doloris qui s'était abattue sur lui au Manoir Snape.
- Toujours impertinent, à ce que je vois, cracha Lucius avec dédain.
- Toujours quand je te vois, répondit Harry sur le même ton.
Il ne pouvait s'en empêcher. C'était plus fort que lui. Tout son être exécrait le blond. Dans sa totalité. Sa posture, sa voix, sa foutue canne, ses propos. Tout ça l'énervait, le mettait en rage. Il n'y avait que la beauté de l'homme qu'Harry ne détestait pas. Fallait pas se mentir, Lucius Malfoy était beau. Indéniablement et irrémédiablement. Après tout, Draco lui ressemblait beaucoup physiquement et il était tombé amoureux de lui, même si ce n'était pas sa beauté qui l'avait d'abord charmé.
Lucius s'avança à grand pas vers lui. D'une poigne forte, il lui attrapa le menton et releva son visage vers lui.
- En voilà, une bouche bien insolente. N'as-tu donc pas appris la leçon ?
Harry trembla en repensant au moment où, des années plutôt, Lucius l'avait embrassé et qu'il avait tenté de le violer, comme son oncle l'avait fait. Il trembla mais ne détourna pas le regard. Il devait à tout prix ne pas montrer son trouble. Le pouce du blond s'enfonça douloureusement dans sa joue. Un frisson d'horreur lui traversa l'échine quand il vit les yeux orages de l'autre rester fixer sur ses lèvres sèches. Son vis-à-vis se pencha sans jamais quitter ses lèvres des yeux.
Il va m'embrasser, pensa Harry en voyant Lucius se rapprocher dangereusement de lui.
Alors il fit la seule chose qui lui vint à l'esprit. Avant que le blond ne l'embrasse, il cracha à son visage. L'effet fut immédiat. Il se recula, la haine tordant son visage pâle. D'un revers de la main, il gifla violemment le prisonnier. Puis avec un cri de rage, il sortit la baguette cachée dans le pommeau de sa canne et lança un puissant Doloris.
Des milliers de petites aiguilles transpercèrent la peau d'Harry. Son crâne menaçait d'exposer à tout moment. Son sang devint rapidement de la lave. Ses nerfs se mirent à trembler sous la sensation de douleur, ses terminaisons nerveuses maltraitées par le sort. Sa tête bascula en arrière et un long râle s'échappa de ses lèvres. Merlin ! Qu'il avait mal ! Il sentit bientôt le sang commencer à couler de son nez et de ses oreilles. Si Lucius continuait ainsi, il irait rejoindre les parents de Neville avant d'avoir eu le temps de dire « Quidditch ». Ses yeux se mirent à rouler dans leurs orbites. Et Harry se sentit partir vers l'inconscient qui lui tendait les bras. Mais avant qu'il n'ait pu se laisser aller, son geôlier stoppa le sort.
Harry sentit son corps trembler encore même si la douleur était partie, sa tête tomba en avant sans qu'il ne puisse la retenir, ses jambes le lâchèrent. Tout son poids reposait désormais sur les menottes autour de ses poignets. Il peina à reprendre sa respiration et batailla avec son corps un long moment pour essayer de se remettre debout. Mais il perdit la bataille et se serait écrouler misérablement au sol sans les chaînes. Cependant il aurait préféré, parce que l'acier mangea sa peau déjà abîmée, engendrant une montée de larmes inopinées.
Son état était pitoyable. Il ne ressemblait plus à rien. Une loque, voilà ce qu'il était devenu. Et Lucius qui semblait se réjouir du déplorable spectacle qu'il offrait. Enfoiré. Un fin sourire effleurait les lèvres de l'homme alors que ses yeux pétillaient de bonheur de le voir en si faible position devant lui.
- Tues-moi, souffla Harry, sans force. Qu'on en finisse.
Le fin sourire se transforma en véritable sourire sardonique. Lucius s'avança de sa démarche fière. Il leva sa baguette et Harry ferma les yeux en attendant l'inévitable. Seulement, aucun sort ne fut lancé, et le bout du morceau de bois vint se poser sous son menton et, à l'aide d'une pression, le Mangemort lui releva le visage. Il ouvrit lentement les yeux. Il remarqua vaguement que l'autre avait essuyé sa salive et que son visage reflétait une joie malsaine. Qu'allait-il se passer maintenant ?
- Te tuer ? Harry Potter, héros du monde sorcier, voudrait-il que je le tue ? Que dis-je, supplierait-il que je le libère de ce monde ? Redis-le, Potter. Que j'ai le plaisir de voir la résignation dans tes beaux yeux verts.
- Tues-moi, répéta-t-il sans le quitter du regard. Cette mascarade a assez duré. Finissons-en.
Un rire froid sortit de la bouche du blond, le son se répercutant contre les murs de pierres de la cellule jusqu'aux tréfonds de l'âme du prisonnier. Tout cela ne prendrait pas fin, ici et maintenant. Harry le savait. Il le savait à la façon dont l'homme le regardait. Il n'allait pas le tuer. Il venait simplement s'amuser avec lui. Comme on s'amusait à lancer la balle à un chien. On le voyait alors courir derrière l'objet comme lui venait de courir après la fin de son calvaire.
- Je ne compte pas te tuer aujourd'hui, Harry, assena-t-il presque tendrement en passant le bout de ses doigts sur la joue bleuie par la poigne précédente. Ne t'ai-je pas promis d'écorcher vif ton fils avant cela ?
Et ce salaud sourit de toutes ses dents trop blanches. Il sourit comme si cette pensée équivalait à son cadeau de Noël. Comment pouvait-il avoir une telle expression alors qu'il venait de penser à son fils écorché vif ? Quel genre de malade aimait de telles choses ?
- Ne t'avises pas de toucher à ne serait-ce qu'un cheveu de mon fils, menaça Harry qui défendait bec et ongle son enfant.
- Sinon quoi ? Tu vas me tuer ? répondit Lucius ironiquement.
Il se rapprocha un peu plus, collant son corps à celui toujours tremblant d'Harry. Ce dernier ferma les yeux. Merlin ! Il commençait sérieusement à en avoir assez. Assez de cette mascarade. Assez d'être loin de ses deux amours. Assez de ne pas avoir pu voir son petit garçon. Assez de souffrir. Et il ne voulait pas – Oh non Merlin, s'il-vous-plaît – que Lucius entreprenne des… choses avec lui. Pas maintenant alors qu'il arrivait à surpasser tout ce qui s'était passé dans sa vie.
Les yeux toujours fermés, il sentit le souffle chaud de son ravisseur sur la partie sensible de son cou, puis une langue vint goûter sa peau. Et Harry gémit parce que ça ne pouvait pas réellement arriver. Peut-être cauchemardait-il. Ce serait un cauchemar particulièrement long, horrible et réaliste mais un cauchemar quand même qui s'évanouirait en même temps que le jour se lèverait. Oui, ce devait sûrement être ça. Ça devait être ça. Il n'aurait pas le courage de faire face si Lucius le touchait. Il avait déjà donné. Trop donné.
- Ça fait tellement longtemps que je n'ai touché personne, gémit Lucius à son oreille avant qu'il n'attrape entre ses dents le lobe d'Harry.
- Non, s'il-te-plaît, fais pas ça… supplia le prisonnier en ouvrant précipitamment les yeux.
Comme si ça empêcherait son bourreau de faire ce qu'il voulait. Lucius avait toujours été un homme qui prenait ce qu'il désirait, il le savait de part Draco et les quelques fois où il l'avait croisé quand il était plus jeune. L'autre gémit un peu plus en accentuant sa pression contre le corps fin du brun. Harry ferma les yeux en le sentant se frotter contre sa hanche. Tel un chien méprisable.
Le calvaire ne dura pas longtemps. Trop de pression. Trop de temps sans contact intime. Après un râle plus puissant que les autres, Lucius se recula puis à l'aide de sa baguette lança un sort de nettoyage sur ses vêtements poissés. Son visage ne reflétait pas le plaisir qu'il venait de prendre, seulement une détermination sans borne.
- N'es-tu pas curieux de savoir pourquoi je t'ai emprisonné ici ?
L'homme blond lui tourna le dos le temps de venir s'adosser au mur face à lui. Tentant d'oublier la sensation de Lucius se frottant contre lui, Harry releva lentement le visage pour le suivre du regard. Ses jambes et ses bras continuaient de trembler sans qu'il n'y puisse rien. Face à la question de l'autre, il garda le silence. Il voulait tellement l'énerver, le pousser au bout de ses limites pour qu'enfin il le libère de ce monde trop compliqué.
Bien sûr, il pensait à la peine de ses deux amours et de son fils. Comment aurait-il pu les oublier ? Mais qu'est-ce qui était raisonnable ? Vivre comme ça avec, sûrement, des séquelles du nombre de Doloris qu'il avait reçu et devenir un boulet pour sa famille. Ou mourir et les laisser refaire leur vie, sans lui et son hypothétique faiblesse. Peut-être était-ce égoïste mais dans son esprit embrumé par la fièvre, tout était parfaitement logique et totalement charitable.
- Ne veux-tu pas savoir pourquoi je ne t'ai pas encore tué ?
Harry garda une nouvelle fois le silence et ne bougea pas d'un pouce. Avec un sourire heureux et un peu fou, il vit passer une lueur de colère dans le regard gris braqué sur lui. Le Doloris qu'il reçut le surpris à moitié. Il gémit simplement quand le sort le toucha mais il fut rapidement levé et Harry put respirer normalement de nouveau.
- Alors, ça ne t'intéresse pas de savoir pourquoi ?
- Non, dit-il difficilement. Je m'en fous.
- Tant pis, je vais te le dire quand même. Je voulais me venger. Bien sûr que je le voulais, mais outre la vengeance pour mon Maître, je devais me venger de la trahison de mon fils, du sale traître et de la nuisance qu'est votre fils, cracha Lucius de dégoût.
L'homme garda le silence, peut-être désirait-il faire plus de suspense. Harry n'en savait rien et réellement, il s'en fichait pas mal. Il préférait se concentrer sur les paroles de son beau-père pour savoir ce que son cerveau tordu avait bien pu mettre au point pour se venger d'eux tous.
- Alors j'ai imaginé ce plan. Lancer un imperium à deux Aurors pour qu'ils m'ouvrent votre Manoir et m'introduire chez vous. Je savais que Severus serait à Poudlard. Ensuite que ce soit toi ou Draco, je m'en fichais, j'avais juste besoin d'un d'entre vous. Parce que si je vous enlevais, le reste de la famille serait complètement détruite.
- Comme un château de carte, souffla Harry.
- Quoi ? râla Lucius d'avoir été coupé.
- Non, rien, continue…
Il commençait à être las de tout ça et devint complètement blasé quand un énième Doloris le toucha. La fièvre le faisait délirer complètement et il n'avait même plus peur de son geôlier, ni des Doloris. Il s'en foutait royalement. Il voulait juste dormir et savoir si sa famille allait bien. Point final.
- Bien, dit le blond en levant le sort. Qu'est-ce que je disais ? Ah oui, il s'est avéré que c'était toi qui étais au Manoir ce matin là. Je ne savais même pas que mon fils travaillait à Sainte-Mangouste, encore une déchéance pour les Malfoy. Je t'ai donc enlevé, bien que j'aurais apprécié torturer mon petit fils avant. Et je suis sûr qu'à l'heure actuelle, Severus et Draco te cherchent avec la rage du désespoir. Ils doivent mettre leur santé de côté : dormir très peu et manger que le minimum. Pauvres, pauvres petites choses qui n'auront bientôt plus d'énergie pour combattre qui que ce soit.
Harry releva rapidement la tête – quand l'avait-il baissée ? – et fixa Lucius avec des yeux verts étrangement lucides. Sa gorge se serra quand il comprit finalement le véritable sens du plan. Ce n'était pas lui qui était visé personnellement. Lucius cherchait à atteindre les deux autres par lui. Comment avaient-ils pu tous tomber dans son piège ? C'était tellement logique quand on connaissait l'aristocrate.
- Je vois que tu as compris, félicita faussement le blond. Je vais aller leur rendre visite, à tes deux chers amants et je vais les tuer. Très, très lentement. Ensuite je dépècerai vivant mon petit-fils et je te ramènerai la peau. Ma vengeance sera complète quand tu seras totalement détruit. Tellement détruit que tu me supplieras de te tuer avec beaucoup plus de conviction que tu l'as fait précédemment. Et moi, tu sais ce que je ferai, Harry ?
L'homme se rapprocha d'un pas félin. Le brun déglutit difficilement, les larmes qu'il avait tenté de retenir coulant librement sur ses joues. Il préférait qu'il le tue maintenant et qu'il laisse sa famille tranquille. Par les quatre fondateurs, Merlin et Morgane ! Ayez pitié et sauvez ma famille ! Laissez-les vivre !
- Je te laisserai vivre avec ce poids sur les épaules et tu resteras à mes côtés, pour toujours. Jusqu'à ce que je te tue de mes propres mains. J'accrocherai les têtes de ton fils et des deux autres dans ta cellule pour que tu voies combien tu brises tout ce que tu touches. Et je te baiserai tous les jours, comme ton oncle le faisait. Tout sera merveilleux.
Oh oui, il avait définitivement perdu son combat contre les larmes qui ne cessaient de couler sur son visage. Sa vue déjà floue se brouilla un peu plus. Les pleurs lui firent davantage mal à la tête. Mais merde, tout ça ne pouvait pas réellement se passer. Rien de tout ça ne devait arriver. Ils devaient vivre, oublier son fantôme et s'aimer. Comme avant qu'il ne s'incruste dans leur couple. Pourquoi avait-il accepté ça ? Il aurait dû savoir qu'il n'apportait que le malheur et la destruction sur son chemin.
Il venait de condamner les deux personnes qu'il aimait de tout son cœur et son tout petit ange, innocent et merveilleux. Tout était de sa faute. Il baissa la tête et pleura.
- Souhaites-tu que je dise quoi que ce soit à ta famille de ta part avant que je ne les exécute ?
Et le sourire dans la voix qu'il discerna lui fit serrer les poings. Dès qu'il arriverait à se défaire de ses liens, il le tuerait de ses propres mains. Pas d'un vulgaire sort. Non, il le ferait avec ses mains. Il l'étranglerait de toutes ses forces et il prendrait plaisir à voir la vie s'envoler de ses yeux et son visage se figer dans un masque de peur. Harry se savait petit et pas bien musclé pour ce genre d'exploit mais la rage donnait des ailes et pour défendre sa famille ou venger leur honneur, il se sentait prêt à tout. Absolument tout.
- Non ? Tant mieux, je n'aurais pas aimé devoir leur rapporter une preuve dégoulinante d'amour, grimaça-t-il en s'éloignant.
Le menton reposant sur sa poitrine, Harry ferma les yeux et écouta, la mort dans l'âme, les pas du blond s'éloigner. Il l'entendit discuter avec quelqu'un, sûrement un Auror, avant qu'il ne parte définitivement des cachots. Le Survivant se permit de respirer un peu avant que son esprit ne s'envole vers ses amants. Pourraient-ils battre Lucius ?
- Je l'espère, murmura-t-il dans la cellule froide et silencieuse. Je l'espère de tout mon cœur.
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Yolan regardait avec des grands yeux ses deux papas se disputer. Il n'aimait pas ça. Vraiment pas. Leurs cris résonnaient tout autour de lui et il essayait de se faire le plus petit possible parce que la dernière fois que son papa Dray avait crié comme il le faisait maintenant, il avait eu le droit à sa première et unique fessée. Et jamais il n'en voulait une nouvelle.
Dans ses mains, le petit garçon tenait un grand verre de lait froid chocolaté. Il avait déjà bu de nombreuses gorgées et une toute mignonne moustache de lait se dessinait sur sa lèvre supérieure. Il bougea un peu ses jambes, les balançant dans le vide. Il n'aimait pas rester là à rien faire quand ses papas se disputaient mais il ne savait pas quoi faire d'autre.
Son parrain était parti pendant la nuit pour aller se reposer et il était seul. D'habitude quand il s'ennuyait, il pouvait aller faire un câlin à son papa Ry ou faire un dessin mais son papa Ry n'était toujours pas revenu et il ne pouvait décidément pas demander une feuille à un de ses autres papas. Ils étaient trop énervés.
Yolan tourna la tête vers eux. Son papa brun avait croisé ses grands bras sur sa poitrine et son visage fermé le fit doucement frissonner. Il n'aimait vraiment pas ça. Son papa blond, lui, faisait des gestes avec ses bras. Le garçon se dit que n'importe qui d'autre aurait été complètement ridicule mais son papa Dray, il était jamais ridicule.
- Pourquoi ?
- Pourquoi ? Mais c'est plutôt moi qui devrais dire ça ! Pourquoi tu t'entêtes, ainsi ? Je te dis que ce n'est pas possible.
- Mais explique-moi, pourquoi, répéta une nouvelle fois Severus.
Un silence tendu se fit entre les deux. Yolan n'osait plus bouger un seul de ses doigts de peur que la colère qu'ils ressentaient ne se retourne contre lui. D'habitude, ses deux papas étaient très gentils avec lui. Mais depuis que le pendule avait annoncé « Manoir Malfoy » ils étaient tous sur les nerfs. Le garçon ne savait pas pourquoi. Il n'avait pas compris et quand il avait demandé à son Parrain, celui-ci lui avait répondu simplement « ce sont des problèmes de grands ». Mais si ça avait un rapport avec son papa Ry alors c'était aussi son problème, d'abord. Après tout, c'était lui qui, depuis une semaine, se réveillait en sursaut et en pleurs après avoir cauchemardé sur la matinée de l'enlèvement.
- Ils ne peuvent pas être là-bas, tout simplement parce qu'il n'est plus Lord Malfoy. Le Manoir lui est fermé.
- Comment ça, il n'est plus Lord Malfoy ? demanda son papa brun en fronça les sourcils.
- Officiellement, Lucius Malfoy a été déshérité de son titre, il y a de cela cinq ans.
- Mais est-il ne serait-ce qu'au courant ?
- Il doit l'être, répondit vaguement Draco. Quand ils ont signé, la bague de la famille Malfoy a dû disparaître directement de son doigt. Il n'a pas pu passer à côté.
Yolan savait que Lu-ci-us – et c'était un nom compliqué pour un petit garçon de quatre ans – était son grand père. Le méchant qui avait fait du mal à son papa. Il ne l'aimait vraiment pas parce qu'il avait fait voler en éclat sa jolie petite vie et que son papa lui manquait vraiment beaucoup.
- Et où se trouve la bague ? demanda Severus en détendant ses bras.
- Quoi ?
- La bague. S'il n'est plus Lord Malfoy et que la bague a disparu de son doigt, où était-elle ?
- J'en sais rien ! s'écria Draco qui se sentait agressé par son mari.
- Il y a quelque chose de pas net dans cette histoire.
Le petit garçon regarda son papa tout habillé de noir faire les cent pas dans le salon sous l'œil consterné de son autre papa. Ils paraissaient tous les deux très fatigués mais ne voulaient pas aller dormir. Il le savait parce qu'il avait fait la remarque à papa Dray, qui lui avait dit que tout allait bien et qu'ils devaient encore chercher.
- Je te dis que c'est impossible qu'ils soient au Manoir Malfoy ! Je te le répète depuis deux jours !
Comme le disait le blond, ça faisait deux jours qu'ils avaient utilisé le pendule et depuis, les disputes étaient monnaie courante. Yolan n'avait pas compris pourquoi son papa Sev n'avait pas été vérifié ledit Manoir vu qu'il était persuadé que son grand-père et son papa y étaient. Mais il n'était qu'un petit garçon alors il ne pouvait pas comprendre toutes les choses que faisaient les adultes. Ou en l'occurrence, qu'ils ne faisaient pas. C'était trop compliqué.
- Je sais mais…
Son papa Sev se fit couper par le feu de la cheminée qui vira au vert. Yolan se laissa glisser le long du canapé pour se mettre debout et être prêt à accueillir son parrain qui pourrait sûrement stopper la dispute entre ses deux papas.
Cependant, ce ne fut pas Blaise qui sortit des flammes. C'était un homme blond, grand de stature, pâle comme un fantôme. L'homme de ses cauchemars. L'homme qui avait enlevé son papa Ry. Son grand-père.
Yolan sentit un de ses pères l'attraper par les aisselles pour le porter loin de l'homme qui avait détruit leur vie. Son père blond essaya de passer la porte du salon mais celle-ci était fermée et aucuns moyens leurs permettaient de s'échapper.
Son papa Dray le porta jusque dans un coin isolé de la pièce pendant que derrière lui, il voyait son papa Sev dégainer sa baguette. Allait-il se battre comme son papa Ry l'avait fait ? Son papa Sev disparaîtrait-il comme son autre papa ?
- Reste ici, ordonna Draco avec une urgence dans la voix qui l'obligea à lui obéir. Ne bouge surtout pas, d'accord, mon cœur ? Je t'aime.
- Moi aussi, murmura-t-il mais déjà le blond partait à la rescousse de son mari.
Yolan se colla au mur et se tassa sur lui-même. Le monsieur blond et l'autre qui l'accompagnait lui faisaient peur. Ils étaient méchants et ils pourraient lui faire du mal comme ils avaient fait mal à Ryry.
- Alors, ravis de me voir ? demanda Lucius.
Il eut à peine fini sa phrase que Severus lança un Sectumsempra que l'autre bloqua aisément. Yolan put sentir d'où il était la colère de son grand père lui brûler la peau. Il espérait de tout son petit cœur que tout se passerait bien.
- Je ne m'attendais pas à ce genre d'accueil, soupira l'homme blond.
- Et à quel genre d'accueil pensais-tu ? Tu as enlevé notre mari, le père de notre enfant, tu as fais de notre vie un enfer, tu ne mérites pas mieux, cracha son papa Dray.
- Que d'honneur.
Le méchant s'inclina ironiquement, l'air content de lui. Pour Yolan, il donnait l'impression d'être un peu fou et d'être sûr de lui. Comme s'il n'avait pas peur. Et c'était angoissant comme idée.
- Où est Harry ? demanda Severus qui ne perdait pas de vue l'essentiel.
- Harry, Harry, Harry, vous n'avez que ce mot à la bouche, ma parole !
- C'est parce que c'est mon papa ! s'exclama Yolan qui n'avait pas pu s'empêcher d'intervenir.
Il savait que ce n'était pas bien et que son papa Dray lui avait dit de faire attention mais son père lui manquait tellement. C'était nul sans lui et il voulait le retrouver. En plus il n'aimait pas du tout la façon que son grand-père avait de prononcer le nom « Harry ».
- Ah mon cher petit fils, dit Lucius en se tournant vers lui. J'ai promis à Harry que je lui rapporterai ta peau après t'avoir écorché vif et je vais me faire un plaisir de tenir ma promesse, pour une fois.
Yolan ne savait toujours pas ce « qu'écorché vif » voulait dire mais il savait que ça ferait mal. Surtout que l'autre avait parlé de peau qu'il rapporterait. Une grimace de dégoût passa sur ses lèvres. C'était dégueu. Le garçon se retint de poser précipitamment ses deux mains sur sa bouche. Si ce mot sortait de ses lèvres, il était bon pour mettre une noise dans le pot des « mauvais mots ».
- Ne t'approche pas de lui, Malfoy !
Papa Sev se mit devant lui pour le protéger de son corps, comme Harry l'avait fait une semaine plus tôt. Penser à cela embruma les yeux du garçon qui retint comme il put ses larmes.
- Mais avant je vais m'occuper de vous-deux ! Avada Kedavra !
Le sort vert fila comme le vent vers Severus qui l'évita gracieusement. Il rappliqua par un sort violet mais c'était trop rapide et trop compliqué pour que Yolan comprenne ce que c'était. Il vit son autre père commencer à se battre avec l'Auror. Comparé à son grand-père, ce dernier ne lançait jamais de sort vert, seulement des rouges, des oranges ou des jaunes. Le garçon se rappelait que Parrain lui avait dit que les verts étaient les plus méchants sorts qu'il puisse exister et qu'on n'avait pas le droit de les utiliser.
Décidément, son grand-père faisait vraiment n'importe quoi…
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Severus commençait sérieusement à fatiguer. La sueur coulait sur son front et il n'avait pas le temps de l'essuyer. Lucius était beaucoup trop rapide. Le combat durait depuis de longues minutes maintenant et Lucius ne faiblissait pas. Malheureusement. Severus avait l'impression que ce combat pourrait durer des heures et il n'était pas sûr de pouvoir tenir. A ses côtés, Draco se démenait contre l'Auror mais il avait l'avantage. Heureusement.
- Confingo !
Le sort partit vers Lucius qui le bloqua d'un énervant coup de poignet. Comment faisait-il pour bloquer tous les sorts qu'il lui lançait ? Dans ses souvenirs, son adversaire avait la même puissance magique que lui, pourquoi alors aujourd'hui lui paraissait-il plus fort que jamais ? Etait-ce à cause de l'absence d'Harry ? Sa magie avait-elle diminué car ils n'avaient pas eu de contact entre eux depuis des jours ? Etait-ce un effet secondaire de leur lien ? Il ne s'était jamais demandé s'il y en avait mais en y réfléchissant bien, un tel lien ne pouvait pas ne pas avoir d'effets secondaires.
- On fatigue Severus ? sourit Lucius.
Et Severus eut envie de lui faire ravaler son sourire à grand coup de poing dans son visage pâle. Il voulait tellement lui faire regretter tout ce qu'il avait fait. Après tout, c'était sa faute si à la base il avait rejoint le Seigneur des Ténèbres. C'était lui encore qui avait « élevé » Draco et encore, on ne pouvait pas appeler punir son enfant de cinq ans avec des Doloris réellement élever. Et c'était lui qui avait possédé Harry, le détruisant par ses paroles et violant ses souvenirs.
- Dans tes rêves, cracha-t-il.
Connard, ajouta-t-il en pensée. Son fils n'était pas très loin de lui et il ne voulait pas qu'il entende un tel mot. Si Harry l'avait entendu, il l'aurait forcé à mettre une Noise dans ce satané pot-à-mauvais-mot. Penser à Harry le déconcentra légèrement. Assez pour que Lucius perce ses défendes et le touche d'un sort de Découpe. Une plaie s'ouvrit sur son torse, coupant en passant sa chemise et la teintant de sang. Il fut déséquilibré un instant alors que l'hémoglobine jaillissait subitement.
- PAPA ! hurla Yolan en s'approchant de lui.
Il eut envie de lui crier de rester en arrière, de s'éloigner de cet homme complètement fou. Mais il n'en eut pas le temps. En arrière fond il vit Draco mettre hors service l'Auror contre lequel il se battait alors que son attention était fixé sur Lucius.
Lucius qui levait sa baguette, le regard complètement dément, le visage figé dans une expression de joie malsaine. Et cette satanée baguette visa Yolan – leur si petit garçon – sans que personne ne puisse faire quoi que ce soit. Severus vit, impuissant, un Sectumsempra – un sort qu'il avait lui-même créé – filer comme le vent vers son fils.
- NON ! hurla Draco en voyant le sort se diriger vers Yolan qui fixait la lumière avec des yeux écarquillés.
Et alors – à la surprise de tout le monde – le petit leva simplement une main comme s'il voulait stopper le rayon de couleur. Au moment où ce dernier l'atteignit, une grosse bulle violette – semblable au bouclier qui surgissait du ventre d'Harry quand il était enceint – l'entoura. Le sort rebondit sur la surface et fut retourné à l'envoyeur.
Lucius n'eut pas le temps de parer, trop surpris par ce qui venait de se passer, et se prit le sortilège en plein dans la poitrine. Le choc le projeta en arrière et bientôt des dizaines de marques apparurent sur son corps.
Pendant que Draco se précipitait vers Yolan qui n'avait pas bougé, les yeux fixés sur Lucius qui peinait à respirer, Severus s'avança vers lui. Il ne savait pas exactement ce qui venait de se passer mais son fils lui avait sans doute sauvé la vie. Le professeur ne se voilait pas la face, il était clairement en train de perdre le combat avant que son fils ne se fasse attaquer.
La main crispée sur son torse ensanglanté, il s'agenouilla près du Mangemort. Le sang quittait rapidement son corps et bientôt, la Mort viendrait le prendre. Ce n'était plus qu'une histoire de minutes, ça se voyait dans ses yeux gris voilés.
- Où est Harry ? demanda Severus qui ne perdait pas de vue le plus important.
Lucius rit. Rire qui se transforma rapidement en toux grasse. Du sang coula au coin de ses lèvres. Avec peu de forces, l'homme attrapa le poignet de Severus et serra fort, l'invitant à se rapprocher.
- Tu… ne… le… trouveras… jamais…
Severus s'éloigna, la mâchoire serrée. Allongé, l'aristocrate sourit de toutes ses dents teintées de rouges. Sadique. Il lui attrapa le visage à deux mains et le frappa contre le sol, se fichant du bruit sourd qui se fit entendre. Il devait avoir une réponse. Harry devait être retrouvé. A tout prix. Ils ne pouvaient pas échouer si près du but.
- Lord Malfoy restera dans les mémoires pour avoir tué le Sauveur Harry Potter, chuchota Lucius avant de fermer les yeux et de rendre son dernier souffle.
Ne voyant plus sa poitrine se lever et s'abaisser, Severus s'assit sur ses genoux et baissa la tête. Le sang continuait de dégouliner sur son torse mais il n'en avait cure. Il devait réfléchir. La vie d'Harry était en jeu. Les paroles de Lucius tournaient dans son esprit. Lord Malfoy restera dans les mémoires pour avoir tué le Sauveur Harry Potter.
- Lord Malfoy, chuchota-t-il pour lui-même.
Un cri retentit derrière lui et il se retourna, sa baguette brandie en avant. Mais il n'y avait aucun danger. Et le cri venait simplement de Draco qui regardait sa main tout en tenant dans ses bras Yolan. Ahuri. Severus fronça les sourcils, qu'est-ce qu'il y avait encore. Il espérait qu'il ne s'était pas laissé toucher par un sort quelconque et qu'ils n'allaient pas avoir de mauvaise surprise. Sérieusement, ils n'avaient pas besoin de ça.
- Draco, qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il.
Pour toute réponse, le blond tourna sa main vers lui. Une bague. Une bague ornait l'index de son mari. Verte, un petit serpent s'enroulait autour d'un M stylisé et argenté. La bague des Malfoy.
- Ton père était encore le Lord de ta famille.
- Mais c'est impossible, répéta Draco les yeux dans le vague.
Severus savait à quoi il pensait. Si Lucius était encore le Lord de la famille Malfoy alors il avait toujours l'accès à son manoir et les elfes de maisons lui étaient encore fidèles. Si Lucius avait encore accès au manoir alors Harry y était peut-être retenu prisonnier. Et ils l'avaient su. Salazar, ils l'avaient su depuis deux jours. Deux jours où ils auraient pu retrouver leur mari. Le sauver, l'aimer.
- Faut que j'aille voir, déclara Severus en se levant difficilement.
Il se dirigea à grands pas vers la cheminée avec la ferme attention d'aller récupérer Harry.
- Attends papa ! appela la voix cristalline de leur fils.
Le susnommé se retourna vers eux. Il regarda sans bouger son blond de mari s'avancer vers lui avec le bonhomme dans les bras. Arrivés près de lui, Severus crut qu'il voudrait un bisou ou un câlin mais l'enfant se contenta de poser deux doigts sur son front. Il fronça les sourcils, ne comprenant pas ce que Yolan cherchait à faire.
- Ferme les yeux papa ! demanda l'enfant.
Sans chercher à parlementer, il obéit docilement à son fils. Il ferma les yeux et quelque seconde plus tard, une délicieuse chaleur envahit son corps. Des picotements au niveau de la plaie. Puis plus rien. Quand il rouvrit les yeux, il tomba à pieds joins dans le regard pétillant de Yolan qui semblait bien content de lui.
Severus baissa la tête vers son torse. Abasourdi, il remarqua tout de suite que la blessure n'était plus visible. Complètement cicatrisée.
- Comment as-tu fait ça ? demanda-t-il en relevant les yeux.
- Je sais pas, c'est comme avec la magie. Je savais que je pouvais le faire.
Severus glissa tendrement sa main derrière le crâne du petit et déposa un baiser reconnaissant sur son front. Ce petit bout de chou ne cessait de l'étonner. Il repoussa violemment la peur qu'il ressentit face à se débordement de pouvoir. Leur fils était puissant. Trop ? Sûrement pour le reste de la population sorcière qui crierait certainement à la venue d'un nouveau mage noir en voyant l'étendu de pouvoir de Yolan. Ils devraient faire attention.
Quand il s'éloigna, il remarqua tout de suite le visage décomposé de Draco. Délicatement, il l'embrassa sur les lèvres en fermant les yeux. Ça allait être difficile. Tellement difficile de lui faire comprendre que ce n'était pas de sa faute.
- Je m'en veux, chuchota le blond contre ses lèvres.
- Je sais, répondit-il sur le même ton. Mais tu avais tes raisons de croire que Lucius ne pouvait pas aller dans le manoir Malfoy.
Il l'embrassa une nouvelle fois. Délicatement. Tendrement. Amoureusement. Après une caresse sur sa joue, il s'éloigna et lui sourit doucement. Harry comprendrait. Severus en était persuadé. S'il y avait bien une personne qui pardonnait tout c'était bien le brun.
- Faut que j'y aille.
- D'accord, murmura Draco en serrant un peu plus Yolan contre lui. Fais attention à toi et ramène-le-nous en vie. S'il-te-plaît.
Severus hocha la tête et s'insinua dans l'âtre de pierre. Après avoir prit une grosse poignée de Poudre de Cheminette, il la jeta et lança un tonitruant :
- Manoir Malfoy.
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Harry laissa sa tête reposer en arrière quand le sort de Doloris fut – enfin – levé. Il ne pouvait plus crier depuis trois sorts déjà mais cette torture ne semblait pas prendre fin. Son corps ne cessait de trembler et ses idées n'étaient plus très claires. Il se raccrochait tant bien que mal à la réalité et passait son temps à prier les divinités qui le regardaient pour qu'ils épargnent sa famille.
- Arrêtez, supplia-t-il sans regarder son tortionnaire.
L'homme – l'Auror sous imperium – était entré très peu de temps après que Lucius soit parti. Depuis, il lui lançait Doloris sur Doloris. Jamais il n'avait eu aussi mal. Même quand son oncle le battait. C'était une douleur bien au-delà de tout ça. Ça se passait dans sa tête, touchait ses fibres nerveuses, son cerveau. Son corps lui criait de mettre fin à son existence alors qu'une petite voix dans sa tête lui chuchotait de tenir bon. Et c'était dur. Tellement, tellement dur. Parce que – merde ! – il avait mal et il ne savait pas s'il était en possession de tous ses moyens. Peut-être était-il déjà fou.
Harry rit silencieusement.
Ça ne l'aurait même pas étonné. Il avala difficilement plusieurs fois d'affiler le peu de salive qui coulait dans sa bouche pour essayer de soulager sa gorge en feu. Mais ça ne servait à rien. A rien du tout. En ouvrant douloureusement les yeux, il vit tout de suite les chaînes attachées au plafond.
Un peu d'espoir s'insinua en lui comme une douce brise chaude.
Peut-être… Peut-être qu'il pourrait mettre KO l'homme. Il ferait tout pour arrêter les Doloris. Absolument tout. Même puiser dans ses dernières forces. Si ça l'aidait, il n'hésiterait pas. Pas un seul instant.
Ayant l'impression que sa tête était une chape de plombs, il la redressa tant bien que mal et, avisant l'Auror près de lui, calcula rapidement la distance qui les séparait. Un mètre cinquante ? Deux mètres ? Harry n'avait jamais eu le compas dans l'œil comme disait sa Tante. Mais ça se tentait.
Avec les dernières forces qui lui restaient, il réussit à attraper de ses deux mains les chaînes suspendues. Il se hissa à la force de ses faibles bras et leva les deux jambes vers l'avant. Ça devait marcher. Absolument. S'il-vous-plaît.
Quand ses pieds touchèrent de plein fouet le torse de son tortionnaire, il en pleura de joie. L'homme fut déséquilibré en arrière et sa tête se fracassa contre le mur en pierre de la cellule. Évanoui, il tomba au sol dans un bruit mat. Harry sourit, les larmes coulants sur ses joues et laissa tout son corps s'affaler. Une grimace de douleur traversa son visage fatigué quand son épaule luxée encaissa difficilement la chute.
Mais enfin, il était tranquille. L'homme était maintenant dans les vapes et ne pourrait plus lui faire du mal. Du moins pour l'instant. Restait plus qu'à espérer de toutes ses forces qu'il resterait inconscient un long moment. Très, très long moment. Même s'il en doutait fortement, Harry pouvait toujours rêver. C'était tout ce qu'il lui restait ici. Rêver. S'évader. Partir dans divers endroits, imaginer sa famille autour de lui. Et leurs rires résonnaient à ses oreilles alors qu'il laissait son menton tomber en avant et fermait les yeux.
Quel meilleur moyen de survivre à l'enfer qu'en imaginant le paradis ?
Au loin des bruits de pas retentirent mais Harry était parti trop loin dans les méandres du rêve pour prendre conscience de la réalité. Il les entendait mais ça ne lui faisait rien. Pourquoi cela aurait-il du être différent ? Après tout il commençait à s'habituer à l'idée que Merlin devait le détester. Il mettait KO un Auror et un deuxième revenait.
C'est que ça se reproduisait vite, ces petites bêtes… pensa-t-il, un sourire un peu délirant se dessinant doucement sur son visage marqué par la fatigue et les coups.
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Les dédales des cachots ne ressemblaient pas au souvenir que s'en faisait Severus. Il était vrai que cela faisait quelques années qu'il n'était pas venu mais il ne se rappelait plus qu'ils étaient aussi grands.
Il ne savait pas par où commencer. Il avait déjà croisé des dizaines de cellules vides ou seulement habité par d'anciens cadavres décomposés. Mais pas de traces d'Harry. Le plus étrange était sûrement le calme qui l'entourait. Silence de mort.
Severus frissonna. Arrivait-il trop tard ? Harry avait-il trépassé avant qu'il n'ait eu le temps de venir le secourir ? C'était horrible à dire, mais si c'était réellement le cas, Severus ne savait pas s'il arriverait à pardonner à Draco. D'accord ce n'était pas totalement de sa faute mais il l'avait quand même empêché de venir vérifier le Manoir. Et – Salazar ! – deux jours c'était énorme. En deux jours, il pouvait arriver tant de choses. Harry avait pu mourir en deux jours.
Il accéléra le pas.
Il regarda à gauche puis à droite. Rien. Il en aurait hurlé. Le sentiment d'impuissance qu'il ressentait grandit en lui. Qu'avaient-ils donc fait pour mériter ça ? Quelqu'un ne pouvait-il pas lui envoyer un signe ? Il ne demandait pas grand-chose, juste une lumière, un indice ou…
Severus se figea.
Un bruit mat.
A quelques mètres de lui, vers le fond des cachots.
Il se mit alors à courir comme jamais il n'avait couru de toute sa vie. Baguette en main, il était prêt à toutes les éventualités. Mais ce qui comptait était de retrouver Harry. Tant pis s'il devait tuer trois personnes pour y arriver. Tant pis s'il perdait un membre ou deux. Rien d'autre ne comptait plus qu'Harry et son sauvetage.
Arrivé au fond du cachot, son regard fut attiré par une masse informe au sol. Il lança un lumos et s'avança prudemment vers elle. Ses sourcils se froncèrent quand il remarqua l'identité de la personne inconsciente. Un Auror.
Il y eut un gémissement dans son dos. Severus se figea. Ce son. Il le reconnaîtrait entre mille. Rauque, douloureux, épuisé. Harry. Mais il avait peur de se retourner. Peur de ce qu'il allait découvrir.
Presque au ralenti, il pivota sur lui-même. Sa baguette tomba au sol, un halètement sortit de sa bouche muette d'horreur. Harry était là. Nu, attaché, tremblant. Ses jambes ne le portaient plus et tout son poids reposait sur ses poignets retenus prisonniers par des bracelets en métal. Sa tête reposait sur sa poitrine qui s'élevait laborieusement. Ses cheveux formaient une cascade noire autour de son visage. Du sang coulait d'il-ne-savait-où et tombait au sol dans un dérangeant « ploc » qui lui glaça le sang.
En trébuchant, il se dépêcha de rejoindre le brun qui ne bougeait pas. Le seul signe qui permettait de savoir qu'il était en vie était cette poitrine qui s'abaissait et se levait en rythme avec sa respiration lourde. Il ne savait pas s'il devait être soulagé de le voir vivant ou être inquiet de le voir plus mort que vivant.
Avec des mains tremblantes, il attrapa le visage pâle entre ses longs doigts et le remonta vers lui. Ses cheveux glissèrent en arrière, sa bouche s'ouvrit dans une action involontaire. Les yeux restèrent obstinément clos.
- Harry ! appela-t-il avec une sorte d'urgence dans la voix. Harry, réveille-toi ! Ouvre les yeux ! S'il-te-plaît, Harry…
La tête du brun entre ses mains dandinait dangereusement. Sous les paupières closes, il voyait parfaitement les mouvements oculaires. Pourquoi ne répondait-il pas ? Severus lui donna de petites tapes sur les joues pour le faire revenir à lui.
- S'il-te-plaît, Harry, ouvre tes putains d'yeux, siffla-t-il entre ses dents serrés.
Ses paupières papillonnèrent jusqu'à ce qu'il se retrouve devant deux émeraudes, floues et perdues. Severus retint sa respiration quand elles s'immobilisèrent sur lui. Moment de vérité. Harry allait-il le reconnaître ou était-il devenu fou comme les parents Londubat ?
- Sev ? souffla le brun.
Severus se permit de respirer de nouveau librement et de fermer les yeux. Merlin, Harry le reconnaissait. Il n'était pas mort, il n'était pas fou. Tout allait bien. Ou plutôt, tout irait mieux. Avec le temps, des potions et une bonne dose d'amour.
- Je suis là, Harry, ça va aller. Je vais te détacher, d'accord ?
- T'es réel ? Dis-moi que t'es réel, supplia le prisonnier en fermant à nouveau les yeux.
- Je suis bel et bien là, Harry. Je te quitte plus. On va rentrer à la maison, maintenant.
Severus passa un bras puissant autour de la taille du plus petit puis, d'un mouvement de baguette – qu'il venait de récupérer – ouvrit les menottes. Il retint difficilement le corps d'Harry qui s'affala sur lui de tout son poids mais ne fit aucune remarque. Le plus important maintenant, c'était de le sortir d'ici.
- Maison ? marmonna le jeune homme. Rentre à la maison ?
- Oui, on va retrouver Draco et Yolan. Tu leur manques beaucoup, comme tu m'as manqué, chuchota Severus.
Il se pencha légèrement et passa un bras sous les genoux de son mari pour finalement le porter contre son torse. Il le serra contre lui, un long moment avant de partir en direction de la sortie. Il allait le sortir de cet enfer. Le jeune brun avait gardé les yeux fermés comme s'il voulait s'endormir. Mais Severus savait qu'il devait rester éveillé, s'il ne voulait pas risquer de le perdre. Ses jambes tremblaient tout comme ses bras alors qu'ils étaient au repos. Severus le serra un peu plus, les sourcils froncés.
- Salazar, qu'est-ce qu'ils t'ont fait…
- Doloris, gémit l'héritier Potter entre ses bras.
- Combien ? Harry ouvre les yeux, c'est important, il faut que tu restes éveillé, tu m'entends ? Combien de Doloris ils t'ont lancé ?
Severus se dépêcha de monter les marches en se débrouillant pour que le corps qu'il tenait précautionneusement contre lui ne soit pas trop malmené.
- J'ai arrêté, chuchota difficilement le brun. J'ai arrêté de compter au bout de trente…
Oh Merlin ! Severus manqua de trébucher quand il entendit la phrase à peine plus audible qu'un souffle. Trente ? Comment Harry avait-il pu survivre à ça ? Surtout qu'il connaissait les Doloris de Lucius. Ses bras se resserrèrent autour de lui, sûrement trop fort pour le corps fragile, mais il avait tellement peur qu'on lui fasse encore du mal. Une nouvelle fois, il n'avait pas sut le protéger.
- Il… voulait… Il voulait vous… faire du… faire du mal, haleta Harry en essayant de garder les yeux ouverts. Il… il ne voulait pas… de moi. Mais seulement… vous affai-affaiblir…
- Calme-toi, ça va aller. On va bien. On va tous bien.
Harry esquissa un sourire soulagé. Il leva une main tremblante jusqu'au visage de Severus qui baissa les yeux vers lui. La main sur la joue lisse du professeur de potion, Harry le regarda bien dans les yeux, la respiration lourde.
- Je savais… je savais que tu viendrais… me chercher.
Oh Salazar, c'était tellement dur de le voir peiner à chaque mot. Voir sa faiblesse et sa fragilité. Et le regarder bien dans les yeux en se disant qu'il aurait pu le sauver beaucoup plus tôt. Et que cette faiblesse, cette fragilité, elles étaient un peu de leur faute, à lui et à Draco.
- Arrête de parler, Harry, garde des forces. S'il-te-plaît.
Il voulut se détourner, regarder droit devant lui pour ne plus voir ces yeux un peu fou qui brillaient de reconnaissance. Il ne la méritait pas, putain, cette reconnaissance. Il n'avait pas été à la hauteur, il ne l'avait pas sauvé suffisamment tôt. Et il s'en voulait tellement. Harry méritait tellement mieux que ça. Il en avait tellement vu, il n'avait pas besoin de ça. Mais la crispation de la main sur sa joue l'empêcha de se soustraire à ce regard.
- J'ai cru que… que j'allais mourir ici… souffla l'autre impitoyable à ce qu'il ressentait intérieurement.
- Tais-toi. Harry, tais-toi.
- Et mon seul regret… continua le susnommé. Mon seul regret… était de pas… avoir eu le te-temps de vous… dire à quel point… je vous aime.
Severus le nierait jusqu'à sa mort mais en cet instant, il sentit sa gorge se serrer et une larme s'échapper du coin de ses yeux. Merlin, il n'y avait vraiment que Draco et Harry pour le faire pleurer ainsi. Pourtant il n'était pas un gosse ou encore une vulgaire midinette pré-pubère. Il était un homme. Froid, âgé, impitoyable. Mais ses deux amours et son fils, dégelaient son cœur de glace. Et par les Fondateurs, qu'est-ce qu'il pouvait les aimer.
- Je… t'ai-me Sev. Ne l'oublie pas. Ja-jamais.
Le corps se fit plus lourd dans ses bras. La main glissa de sa joue et tomba lourdement sur le ventre du brun qui ne bougeait plus, ne parlait plus.
- Harry ? appela l'homme en noir, nerveux. Harry ? Parle-moi ! Moi aussi je t'aime, tu m'entends ? Réveille-toi !
Mais Harry ne répondit pas et Severus eut peur que le nombre de Doloris qu'il avait reçu ait été trop violent pour son corps fatigué. Peut-être qu'il était mort. Là, dans ses bras. Peut-être que ses derniers mots avaient été pour lui et rien que pour lui, son sauveur qui ne l'avait pas délivré assez tôt.
La panique prit peu à peu possession de son être jusqu'à ce qu'il sente un souffle chaud dans son cou. Il s'arrêta, prit le temps de respirer pour reprendre son sang-froid. Pendant quelques instants, il avait eu tellement peur. Putain.
- Imbécile, grommela-t-il dans sa barbe inexistante en reprenant son chemin vers le salon.
Quelques minutes plus tard, il entra dans la cheminée, son fardeau toujours contre lui. Après avoir crié Manoir Snape, le monde autour d'eux devint vert. Il ne restait plus qu'à espérer pouvoir le soigner maintenant. Peut-être que Yolan pourrait le faire avec ses pouvoirs.
Hum… Idée à méditer, pensa-t-il en se faisant aspirer par le réseau.
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Yolan jouait doucement avec les cheveux blonds de son papa qui fixait la table basse d'un regard vide. Il ne savait pas exactement pourquoi il était dans un tel état mais la culpabilité qui picotait sa peau lui apprit que son papa Dray allait mal. Alors tout en jouant avec les mèches blondes, il posa sa petite menotte sur la joue pâle et toute douce. Il fit passer tout l'amour qu'il ressentait pour lui dans sa paume et vit avec plaisir les paupières de son papa papillonner comme s'il se réveillait d'un mauvais rêve.
- Papa Sev il va ramener papa Ry ? demanda-t-il doucement en emmêlant ses petits doigts aux cheveux.
- Oui, je t'assure qu'il va le ramener.
- Cool ! Et je pourrais lui faire un câlin ?
- Tout ce que tu veux, souffla son père.
Ce dernier lui caressa doucement la joue et Yolan lui sourit de joie. Enfin sa famille allait être complète. Enfin, ils allaient être heureux, comme avant que le méchant grand-père - dont les Aurors étaient rapidement venu chercher le corps entretemps - ne vienne leur faire du mal.
- Dis papa, pourquoi grand-père il voulait nous faire du mal ?
Son père plissa le nez. L'enfant le regarda faire et essaya de l'imiter. Même comme ça son papa, il était classe. Il n'était pas sûr que ça donne le même effet sur lui. L'index du blond vint tapoter contre son nez retroussé et Yolan lui sourit simplement en détendant les muscles de son visage.
- C'est compliqué.
- Pourquoi papa Ry et toi vous dites toujours ça ?
- Comment ça ?
- Bah, papa Ry, il a dit que c'était compliqué aussi quand je lui ai posé des questions sur le méchant pas beau et sur ses ci-ca-tri-ces. Il a dit : je te le dirai quand tu seras plus grand. Mais je suis grand !
- Pas assez Microbe, sourit son père.
L'enfant laissa couler en posant doucement sa tempe contre l'épaule de son père. C'était long. Et il commençait à être fatigué. Il voulait faire dodo mais voulait aussi revoir son papa Ry qui lui avait tant manqué. Un bâillement lui échappa.
- Il faudrait peut-être que tu ailles au lit, jeune homme.
- Non, je veux…
Le feu devenu vert le coupa dans sa tirade et les deux présents dans le salon se turent pour se tourner vers l'âtre de pierre. Son papa Sev sortit de la cheminée, tenant contre son torse son papa Ry. Il ouvrit la bouche pour crier un tonitruant « Papa » quand des mains pâles recouvrirent ses yeux. Dans le noir complet, il se tortilla pour se défaire de l'emprise de son père. Pourquoi il faisait ça ? Pourquoi il ne pouvait pas voir ?
- Est-ce qu'il est… demanda Draco avec une voix tremblante.
- Non, il est vivant. Salement amoché mais vivant.
Yolan entendit clairement le soupir de soulagement de son père blond avant qu'il ne retrouve subitement la vue. Il sauta sur ses pieds et courut rapidement vers les deux bruns. Il encercla les jambes de son papa professeur et pleura doucement de soulagement en ressentant l'amour qui se dégageait de tous les habitants du Manoir.
- Yolan lâche Severus ! gronda gentiment Draco.
- Faut qu'on soigne Harry, lança l'homme plus âgé en se dégageant délicatement de l'étreinte de son fils.
Yolan commença à le suivre avant que son papa Dray le prenne dans ses bras et le porte à l'étage jusqu'à la grande chambre de ses parents. Papa Sev déposa son autre papa dans le lit, sans faire attention au drap qui se teinta de rouge. Sur son perchoir, le garçon regarda son papa brun lancer un sort de diagnostic sur l'endormi.
- Qu'est-ce qu'il a ? demanda son porteur. Qu'est-ce qu'ils lui ont fait ?
- Il a reçu plus de trente Doloris, répondit Severus sans vraiment y penser.
Dans les bras de son père, Yolan se tortilla pour qu'il le pose à terre. Il voulait faire quelque chose. Aider. Soigner. Tout son être se tendait pour qu'il fasse ce qui pouvait être fait en un claquement de doigt.
- Je peux aider ! s'écria-t-il quand son père resserra son emprise sur lui. Je peux le soigner !
- Vraiment ? C'est sans danger ? demanda le professeur de Poudlard en se tournant vers lui.
- Oui, assura-t-il de son mieux.
Après tout il n'était qu'un petit enfant de quatre ans. Comment pouvait-il être vraiment convainquant face à des adultes ? Surtout qu'on parlait quand même de sa santé et ses papas étaient très protecteurs envers lui. Mais il se rapprocha quand même du lit et monta difficilement dessus.
A quatre pattes, il rampa vers son papa endormi et posa deux doigts sur son front comme il l'avait fait avec son papa Sev un peu plus tôt. Ce n'était pas la première fois qu'il utilisait ce pouvoir mais d'habitude c'était des petits bobos tout simples. Par exemple, Maël s'était écorché le genou et il l'avait soigné instantanément. Mais là c'était beaucoup plus compliqué.
Yolan ferma les yeux et se concentra pour voir tous les dégâts. Et Morgane, il y en avait beaucoup. Son papa devait souffrir énormément. Pauvre, pauvre papa. Ne voulant pas qu'il souffre plus, le garçon fit passer beaucoup de magie dans ses doigts et la sentit passer dans le corps de son père qui cessa peu à peu de trembler.
Quand il ressentit que tout était enfin arrangé, il rouvrit les yeux et se laissa tomber sur le matelas. Il passa un petit bras autour de la taille étroite de son papa et posa sa tête sur le torse chaud. Avec un sourire, il sentit une caresse dans ses cheveux.
- Mon ange ? demanda son papa Ry.
Yolan tourna sa petite bouille vers lui et sourit simplement. Sans faire de geste brusque. Son papa était assez fatigué comme ça, pas besoin d'en rajouter.
- Je t'aime, papa. Tu m'as manqué.
- Toi aussi, mon ange, souffla doucement son papa. Tu devrais dormir, tu es fatigué.
Le petit hocha la tête. Son papa savait toujours quand il était fatigué ou triste ou qu'il avait faim. Il était trop fort. Et plus jamais il ne le quitterait. Yolan posa à plat sa joue sur le torse de l'adulte et ferma les yeux.
Il entendit parfaitement ses deux autres papas se rapprocher puis des bruits mouillés. Une grimace déforma ses traits. Ils devaient s'embrasser. Il aimait bien quand ses papas s'embrassaient ça voulait dire qu'ils s'aimaient très fort mais parfois c'était vraiment trop dégoûtant. Petit à petit, il laissa le sommeil l'emporter, bercé par l'odeur entêtant de son papa qu'il aimait très fort.
Harry sentit le moment où son fils tomba dans les bras de Morphée. Ce ne fut qu'à ce moment là qu'il autorisa les larmes à couler de ses yeux. Draco et Severus lui tenaient la main et le couvaient du regard.
- C'est fini, maintenant ? demanda-t-il entre deux sanglots.
- C'est fini maintenant, assura Draco pendant que Severus lui caressait le poignet à l'aide de son pouce.
Oui, tout était fini. Bellatrix était morte. Lucius était mort. Goyle et Crabbe croupissaient à Azkaban. Tous les Mangemorts avaient été arrêtés et mis hors circuit. Plus rien, ni personne ne pouvaient leur faire du mal. La vie pouvait enfin commencer réellement. Ils étaient ensemble et le resteraient aussi longtemps qu'on le leur permettait. Et bien plus encore.
- Je vous aime, chuchota-t-il en souriant de joie de les avoir retrouvés.
Draco l'embrassa avec toute la délicatesse du monde puis alla se blottir contre Severus qui déposa tendrement ses lèvres sur le dos de la main qu'il tenait toujours.
- Nous aussi, assurèrent-ils d'une même voix.
Et doucement, tout doucement, Harry ferma les yeux. Le poids de son fils sur sa poitrine le rassurait, la main serrée dans celle de Severus le réconfortait, la caresse délicate dans ses cheveux le tranquillisait. Sa vie n'était pas finie, elle venait de commencer mais enfin – enfin ! – après toutes ces années, il la présageait tranquille et aimante. Plus aucune ombre, plus aucun démon ne viendrait les déranger. C'était leur vie et ils comptaient bien la prendre en main dès maintenant.
Après tout, ils étaient ensemble. Pour le meilleur et pour le pire. Ils avaient connu le pire, restait à vivre le meilleur.
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Et voilà le dernier chapitre. Comment vous le trouvez ? La fin ? Le Happy End ?
J'espère que cela vous aura plu autant qu'à moi de l'écrire et que finalement ça valait le coup d'attendre tout ce temps pour avoir cette histoire (parce que mine de rien j'ai commencé cette fiction en mai 2013, une éternité avant aujourd'hui donc…)
Sinon, je vous dis à mercredi prochain soit le 12 novembre pour l'épilogue de « Sans vous… » qui marquera sa fin (si vous ne compter pas les OS-séquelles évidemment !)
Merci à tous, j'attends vos avis avec impatience et bonne journée les gens. :)
