Chapitre 21 :
- Jeudi 11 janvier, 00h03 –
« - Oh, merde ! jura Hermione en manquant son souffle. »
La sorcière dérapa dans sa course et tenta de faire demi-tour, elle se cogna dans un mur en métal et s'aida de ses bras pour se détourner de la porte du fond. Une silhouette venait de surgir. Elle vrilla sur ses pieds et repartit dans l'autre sens, la gorge brûlante. Courant à grande enjambée entre les rayonnages en métal, elle jeta quelques regards par-dessus son épaule, sans cesser sa course. Le bruit de ses pas résonnait dans l'entrepôt, comme celui de son poursuivant.
Regardant à nouveau devant elle, elle faillit entrer en collision avec un chariot de fourniture et se réceptionna de ses deux mains dessus, renversant la moitié du contenu sur le sol dans un grand fracas métallique. La sorcière serra plus fort sa baguette et envoya un sortilège derrière elle, une partie proche des rayonnages s'écroula sur le sol. Elle ne vit pas si elle avait ralenti son poursuivant. Le cœur battant la chamade, elle poussa une autre porte et tomba sur un escalier. Soufflant péniblement, elle dévala les marches à toute allure, regardant une fois de plus par-dessus son épaule. Dans la demi-obscurité de la nuit, elle passa la seule porte qui s'offrait à elle à l'autre bout de l'escalier. Elle referma celle-ci d'un coup de pied et lança un sortilège de protection dessus dans la seconde.
Reprenant son souffle, la bouche à sec, elle lança fébrilement des regards autour d'elle. Elle était dans une sorte de poste de surveillance, elle pouvait en distinguer les moniteurs rangés sur des séries de tables. Cherchant désespérément une sortie, elle traversa la pièce et se retrouva alors dans un vestiaire qui sentait le refermé et la poussière. Des vieux casiers en fer divisaient la pièce en rangées. Et elle ne voyait aucune sortie.
Le sang qui coulait le long de son bras l'empêchait de réfléchir correctement, elle sentait sa tête tourner.
Un bruit à l'autre bout de l'endroit lui appris que la porte de la salle de surveillance venait d'être forcée. Hermione se colla contre une rangée de casiers, réfléchissant le plus vite possible. Des pas venaient dans sa direction, la sorcière se dissimula dans la pénombre, essayant de localiser la position de l'individu. Si elle pouvait l'éviter et faire demi-tour…
6 heures plus tôt…
- Mercredi 10 janvier, 19h30 -
Quelque chose éclata dans un bruit assourdissant à quelques mètres de là tandis que Severus Snape faisait son chemin d'un pas rapide et affirmé vers son objectif. Quelques heures auparavant, une alerte à l'attentat avait éclaté, provenant du match de Quidditch de ce soir. Une panique monstrueuse avait peu à peu envahi les rues, des rumeurs se propageaient. Des Aurors arpentaient les rues, des tas de sorciers les avaient vus. Des questions circulaient à demi voix, puis de plus en plus forte, jusqu'à devenir un hurlement continu. Des détachements d'Inquisiteurs avaient été envoyés sur les lieux du match, pour calmer la foule hystérique tandis que des sorciers et sorcières de plus en plus mécontents commençaient à laisser libre cours à leurs pulsions. On parlait d'un attentat organisé par le Ministère, on parlait d'un coup d'état. Certain disait que les Aurors allaient renverser le Ministère, ce soir. Et pendant ce temps-là, entre les cris et les bruits de batailles, entre les alliés et les ennemies, entre les civils et les membres du gouvernement, Snape passa dans les souterrains et descendit vers le laboratoire secret comme une ombre, prêt à abattre sa proie.
La panique et la confusion semée par Draco Malfoy et ses sbires étaient des plus bienvenues. Personne ne l'entendit lorsqu'il lança deux sortilèges sur les gardiens de l'entrée dérobée. Il se posta devant le mur de brique, cherchant de ses doigts les contours de l'entrée magique. Il avait toujours le mot de passe soutiré à Delson, et si la chance était avec lui il n'aurait pas changé. Il n'y avait pas de raison à cela. Sinon, il risquait d'échouer et alors tout ce qu'il avait fait aurait été vain.
Après cette nuit, le Ministère ne tolérerait pas plus longtemps les remous. Ce serait un massacre.
Soudain, il pensa à Hermione, juste assez longtemps pour l'empêcher de voir le sorcier qui apparaissait à sa droite, prêt à le tuer. Pour la première fois de sa vie, Severus Snape allait se laisser surprendre et il allait en mourir, cela ne faisait aucun doute, pendant que les secondes s'étiraient.
« - Avada Kedavra ! »
L'homme tomba raide mort, sur le sol, les yeux encore ouverts.
Lux Black marchait d'un pas rageur vers l'entrée du laboratoire, sa longue robe noire dansant autours d'elle à chacun de ses pas. Elle tenait sa baguette en main et avait un regard meurtrier sur le visage. Elle se planta à côté du sorcier et le glaça de son regard bleu.
« - Hello dear, on dirait qu'on a voulu faire son malin sans moi, dit-elle en tentant de cacher son énervement.
- Une chance que vous soyez tenace, alors, déclara Severus sans émotions.
- Je ne vous le fait pas dire…, cracha-t-elle. Un peu plus et vous étiez bon pour l'enfer. »
Sans un autre mot, elle se détourna de lui et lui fit signe d'ouvrir le passage, visiblement très énervée. A vrai dire, il aurait préféré ne pas l'avoir avec lui. Il n'était pas encore certain de lui faire totalement confiance, et il ignorait comment elle pourrait réagir face à certaines situations. Mais il devait admettre que si Lux Black n'était pas apparue comme un fantôme quelques secondes avant, il serait mort. Pour de bon. Et certainement en route pour l'enfer, si tant est qu'il y en ait un quelque part.
Le mur se transfigura et bientôt, un passage se dessina dans lequel les deux sorciers s'engouffrèrent dans une tornade de capes noires. Aussitôt, l'ouverture se ferma et l'endroit reprit son apparence ordinaire, comme si rien de tout cela ne venait d'avoir lieu, hormis le cadavre qui gisait maintenant sur le sol.
Severus et Lux marchèrent d'un pas décidé à travers le long corridor, ils n'avaient jamais mis les pieds à l'intérieur du laboratoire. Ils ignoraient donc exactement la configuration du lieu, mais ils savaient dans tous les cas qu'il n'y aurait pas beaucoup d'échappatoire. Lorsqu'on a un tueur en cage, on ne lui laisse pas autant de marge de manœuvre qu'on pourrait le croire. Selon toute vraisemblance, Dermot serait dans l'endroit le plus difficile d'accès pour empêcher toute tentative d'évasion. Cela compliquerait aussi la tâche aux deux tueurs lorsqu'ils devraient fuir loin du Ministère. Si jamais ils fuyaient. Ils n'en avaient jamais parlé explicitement, mais Snape savait que la jeune femme n'espérait guère ressortir en vie de ce clapier à gnomes. Pendant longtemps, il en avait pensé la même chose. Alors pourquoi à cet instant précis, tentait-il de mémoriser parfaitement la configuration des lieux pour pouvoir en réchapper ? Il n'était plus temps de se voiler la face, sa belle résolution du sacrifice commençait à voler en éclats, et ça lui faisait peur. S'il ressentait de la peur, de la peur de mourir, alors il ne serait pas prêt à tout pour effectuer sa mission. Pendant vingt ans, il avait attendu la mort comme une amie et à chaque occasion, elle l'avait fui. Et maintenant qu'il avait toutes les probabilités d'y laisser sa peau, il voulait s'en sortir. Son esprit luttait avec la force d'un adolescent, il ne voulait pas mourir maintenant.
« - Snape ! s'énerva la sorcière à côté de lui.
- Quoi ?
- Je vous jure que si vous ne vous concentrez pas, je vous tue moi-même, menaça-t-elle.
- Je crois vous avoir dit de ne plus me menacer…, gronda-t-il en vérifiant à l'angle d'un mur qu'il n'y avait personne.
- Oh, ne prenez pas ce ton avec moi, la soirée est déjà assez merdique comme ça !
- C'est ici ! commenta le sorcier en s'arrêtant devant une porte.
- Comment le savez-vous ? chuchota Lux avec méfiance.
- Il y a une différence de pression dans l'air qui passe par cette porte. Les laboratoires sont soumis à ce genre de norme pour éviter la contamination. »
Lux n'émit aucun commentaire, elle hocha simplement la tête. Ils étaient soudain tendus à l'extrême, ne sachant ce qu'ils allaient trouver derrière cette porte. Mais il n'y avait qu'un seul moyen de le savoir. Snape pointa sa baguette vers la poignée et tourna le regard vers Lux. Soudain, il sentit une pensée lui effleurer l'esprit, et il savait qu'elle ne venait pas de lui. Il n'aimait guère avoir une conversation de ce genre, mais la sorcière semblait trop crispée pour ne serait-ce qu'arriver à ouvrir la bouche. Et non, en effet, ils n'avaient croisé personne, aucune garde, rien. Ce qui était passablement étrange si l'on considérait la révolution qui se tramait à l'intérieur du Ministère. Ils prirent tous deux une grande inspiration et Snape ouvrit la porte d'un sortilège informulé. Le battant claqua contre le mur opposé, un souffle d'air les balaya, entrainé par la différence de pression. Les cheveux de Lux Black se soulevèrent autours de son visage, elle cligna des yeux presque au ralenti.
En quelques secondes, ils furent à l'intérieur. L'endroit était immense et terriblement bien équipé, de quoi faire pâlir n'importe quel Maitre de Potions. Des centaines de fioles s'alignaient sur des étagères murales, des tables de préparations couraient dans toute l'immense salle. Des sortilèges magiques conservaient des feux au centre des paillasses. Des chaudrons étaient rangés ici et là où bien utilisés. Et par-dessus tout, l'endroit était désert. Il n'y avait pas le moindre bruit.
« - Merde ! cria Lux en tapant du poing contre une table. »
Snape était, lui, tout occupé à détailler la centaine de cartons qui s'entassait contre un des murs du laboratoire. Il s'approcha à pas de loup, et ouvrit un des cartons. A l'intérieur, il trouva tout un stock de seringues, emballées et prêtes à l'emploi. Craignant de comprendre ce qu'il avait sous les yeux, il se saisit d'une des seringues et Lux s'approcha de lui pour s'enquérir de la situation. Il déballa une des seringues et la fit tourner entre ses doigts, observant le liquide ambré à l'intérieur du cylindre en verre.
« - A votre avis ? demanda-t-elle. Est-ce que c'est ça ?
- Non, on n'empoisonne pas les gens avec des seringues. Je pense…, dit-il avec précautions, qu'il s'agit d'un antidote.
- Un antidote ?
- Regardez, il n'y a pas assez de doses pour une population. Mais bien assez pour quelques personnes triées sur le volet… »
Pendant que le sorcier continuait d'observer le liquide et le testait doucement avec sa baguette, la jeune femme fit le tour de l'immense laboratoire, cherchant des preuves, des indices, n'importe quoi. Elle fouilla négligemment dans quelques dossiers, jetant des parchemins sur le sol. Alors qu'elle marchait vers la paillasse du fond, elle heurta soudain un mur invisible et recula instantanément, baguette droit devant elle. Le bouclier se mit à crépiter et des particules violettes apparurent à sa surface, le rendant bien visible dans l'air. Quelque chose cliqueta à ses oreilles, comme un bruit d'horloge et elle distingua un mécanisme bouger dans le fond de la pièce. Un ballon en verre de la tête d'une baignoire bouillonnait d'un liquide de couleur marron à l'intérieur. Les bulles éclataient à la surface avec une sorte de répugnance lente. La sorcière analysa brièvement le mécanisme, cherchant un moyen de supprimer tous dangers, même ceux qu'elle ne connaissait pas. Ce faisant, elle remarqua l'escalier taillé dans le sol qui s'enfonçait vers un niveau inférieur, juste à côté d'un trou béant dans le sol. Elle distinguait à peine quelques rayons lumineux mais elle pouvait presque entendre l'eau qui s'écoulait dans les égouts.
« - Snape…, appela-t-elle. Snape ! »
L'homme apparut derrière son épaule, regardant la même chose qu'elle.
« - Alors là, ça va vraiment être compliqué.
- Vous savez arrêter ça, n'est-ce pas ?
- C'est un filtre à inertie, pour votre information. Et non, je ne peux pas arrêter ça.
- Bien, dit-elle sans émotions. Il va falloir trouver un moyen, sinon Londres va devenir très morbide.
- Laissez-moi réfléchir en silence. »
La tension dans la pièce explosa tous les scores tandis que Snape avait les yeux rivés sur le filtre à travers le bouclier magique. L'homme tentait par tous les moyens d'imaginer une solution. Il n'avait jamais eu à faire directement à ce genre d'équipement, bien trop cher et bien trop rare pour que Poudlard puisse en être doté. Il avait seulement lu quelques rapports à ce sujet. Un mécanisme prodiguant une amplification magique à chaque potion, l'entrainant dans une croissant exponentielle jusqu'à son terme. Le liquide en train de bouillir à l'intérieur du ballon en verre était soumis à des sortilèges très instables qui n'étaient restreints que par la présence du champ d'équilibre construit par le mouvement rotatif perpétuel. Un bouillonnement d'atome et de brins de magie. Si quelqu'un avait mis sa main à l'intérieur, elle aurait été immédiatement rongée jusqu'à disparition. Il y avait des tas de mécanismes de sécurité autour de l'installation, il ne pouvait pas l'arrêter.
Quel que soit le chemin qu'avait pris Dermot pour disparaitre, il avait laissé sa tâche achevée derrière lui. Snape était prêt à parier que tout aller exploser et se déverser dans les égouts, propageant une contamination dans l'eau. Il faudrait des mois pour pouvoir filtrer toutes les particules. Si jamais ils trouvaient que serait-ce la nature de cette mixture marron.
Pendant qu'il réfléchissait à mille choses à la fois, Lux Black se promenait le long du bouclier violet, comme un lion en cage. Elle passa quelques fois sa main proche de l'énergie et sentit le grésillement lui piquer la peau. Elle lança un regard à Snape, qui sembla sur le point de lui dire quelque chose. Mais elle ne pouvait pas regarder et attendre sans rien faire. La jeune femme leva sa baguette et dirigea ses bras vers l'escalier, aussitôt un sortilège jaillit du morceau de bois sombre et vint frapper de toute sa force le bouclier magique. La sorcière recula de quelques centimètres sous l'impact, maintenant le sortilège. L'air chauffa sous la tension, puis soudain, tout explosa et un nouveau courant d'air balaya la pièce. La porte par laquelle ils étaient rentrés se referma en claquant, les documents volèrent dans toute la pièce et la sorcière regarda les étincelles violettes se disperser dans l'air.
« - Pauvre folle, vous voulez nous tuer ?
- Un problème de régler, lança Lux en s'approchant du mécanisme étrange.
- Ne. Touchez. Pas. »
La sorcière brune lui lança un regard brûlant.
« - Puis-je vous rappeler que je suis aussi Maitre de Potions ? Je sais aussi bien que vous ce qu'il ne faut pas faire.
- Votre brillante démonstration m'en fait douter !
- Trouvez un moyen d'arrêter cette chose et économisez votre souffle ! Je n'ai pas été vous chercher au fin fond du monde pour rien ! »
- Mercredi 10 janvier, 21h12 -
Hermione avait tenté de se maitriser, de l'écouter et de ne pas mettre un pied dans cette affaire. Et elle avait tenue, quelques heures… Mais désormais, la jeune sorcière ne tenait plus en place et toutes les nouvelles qui lui parvenaient devenaient de plus en plus inquiétantes. Impossible qu'elle reste à se cacher chez lui, à attendre. Ce n'était pas elle. Ce n'était pas ce qu'elle voulait devenir. Hermione Granger transplanna près du Ministère, sortit sa baguette et s'engagea dans la cohue immense de la foule. Elle courut jusqu'à l'intérieur du bâtiment, plus aucun accès n'était gardé, des personnes entraient et sortaient en courant, bousculant tout sur leurs passages. Le vaste hall était jonché de débris, certaines cheminées étaient closes. La sorcière se plaqua contre un mur, évitant des sortilèges qui ripaient de part et d'autre.
Puis soudain, elle commença à distinguer des choses qui lui étaient familières. Il y avait des urgentistes de Sainte Mangouste qui étaient là, et qui trainaient des sorciers blessés dans des coins pour les soigner. Hermione se rappela ce pour quoi elle était douée. Au diable le Ministère et leur enquête, de toute façon, il n'y aurait probablement plus de Ministère demain matin. En attendant, elle allait sauver des vies ce soir, parce que c'était ce pour quoi elle était faite. Saisissant sa baguette et sans aucun autre équipement, la jeune femme courut entre les obstacles et s'agenouilla près d'un sorcier portant un uniforme d'Aurors.
« - Où êtes-vous blessé ? demanda-t-elle en palpant son abdomen. »
Son visage était couvert de sang mais il était encore très conscient. Partout régnait l'apocalypse, tandis que les Aurors rebelles défiaient les troupes de l'Inquisiton. Cela lui rappelait des souvenirs d'une autre époque. Elle frissonna.
- Mercredi 10 janvier, 21h46 -
« - Alors ? s'impatienta Snape en levant les yeux vers Lux Black.
- Alors rien ! grogna celle-ci, fébrile. J'ai beau éplucher ces torchons, il n'y a rien qui nous aidera dans ces notes !
- Il faut chercher la clef de voûte de la potion pour la ralentir.
- Oh vraiment ? feignit Lux avec ironie. Je n'y aurais jamais pensé moi-même ! Et en attendant ce vortex géant va nous péter à la gueule d'ici peu !
- Et vous suggérez ? siffla Snape. »
La sorcière se tut pendant un instant. Puis elle riva son regard céruléen sur son compagnon d'infortune, terriblement calme.
« - Nous avons besoin de mon père, on ne pourra jamais décomposer la formule à temps.
- Et vous le voyez dans le coin ?
- Il faut que l'un de nous parte à sa poursuite.
- Et que quelqu'un reste ici pour emmurer la potion si cela tournait mal.
- Oui. »
Un autre silence les électrisa.
« - Vous êtes meilleur pisteur que moi…, déclara Lux lentement. Vous devez le retrouver.
- Non. Je dois rester ici, j'ai plus de connaissances que vous sur cette chose, et vous le savez.
- Je ne renoncerais pas au dernier moment, je ne peux pas en dire autant de vous. »
Severus Snape baissa la tête en soupirant, s'appuyant sur le bord d'une table. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas été aussi fébrile. Oui, il était angoissé à l'idée de mourir. Est-ce qu'il serait capable de faire ce qu'il fallait jusqu'au bout ? Il savait pourquoi Lux voulait rester ici. La jeune femme ne faiblirait pas au dernier moment si tout espoir était vain, même si elle devait rester emmurer ici à jamais. Mais il savait également que Lux connaissait mieux son père et était plus à même de le retrouver, elle pourrait réussir à l'anticiper et à le retrouver. Et elle était une bien meilleure pisteuse que lui, ça aussi elle le savait parfaitement. Il fallait qu'il reste là, c'était le choix logique.
« - Inutile de perdre du temps, ordonna Snape, vite ! »
Sur un dernier regard de compréhension mutuelle, Lux Black hocha la tête et il la vit disparaitre par les escaliers en pierre. Soudain, il se retrouva seul dans le laboratoire, contemplant sa propre mort. Le silence l'enveloppa. Il se repencha sur les notes qu'il avait en face de lui, sachant que rien ne l'aiderait à défaire la potion, pendant que le filtre à inertie continuait de bouillir derrière lui.
- Mercredi 10 janvier, 22h21 -
Hermione sentit que les choses s'aggravaient tandis que la lutte devenait de plus en plus violente au sein de l'édifice. Plusieurs fois, elle croisa des visages connus. Elle venait de taper sur l'épaule de Tobby Porter pour lui signifier de transplanner avec un patient jusqu'à l'hôpital. Personne n'avait eu le temps de lui demander ce qu'elle faisait là, si elle faisait partie de l'insurrection ou même si elle comptait se battre. Mais personne n'en avait eu l'envie non plus. Les médicomages qui étaient ici étaient présents de leur propre chef tout comme elle. Personne n'avait donné d'ordre, il n'y avait plus d'ordre en vigueur à cet instant. Il n'y avait plus que des individus avec leurs consciences particulières.
Les combats avaient progressé à l'intérieur du Ministère et désormais, le hall d'arrivée était presque silencieux en comparaison. Il y avait moins de monde et seulement de la poussière qui rendait difficile la visibilité par moment. La jeune femme toussa en s'essuyant les mains sur ses vêtements, déjà tâchés de sang. Prenant son courage à deux mains, elle traversa le hall, puis contourna la fontaine et suivit les bruits de lutte. Au bout de plusieurs mètres, elle dut envoyer un bouclier pour se protéger d'un sortilège. Elle serra les dents, retrouvant tout son courage.
« - Expulso ! »
Sautant sur le côté, la sorcière évita à nouveau un sortilège qui la visait et répliqua aussi sec. Même dans la confusion totale, elle retrouvait ses réflexes, la sortant de sa transe.
Soudainement, elle reconnut Draco à travers la foule de sorciers. Il se battait au côté d'un autre homme que Hermione ne connaissait pas, mais ils menaient la vie dure à leurs adversaires. Elle manœuvra lentement pour les rejoindre, avançant à force de sortilège et de ripostes. A sa droite, un cortège de sorciers déboucha soudainement d'un petit escalier qui menait vers les sous-sols. L'escouade s'arrêta un instant, ne sachant trop que faire. Pendant ce temps, la sorcière eut tout le loisir de constater que les Inquisiteurs escortaient une personne spéciale. Un grand homme au crâne rasé et au regard sévère. Elle réfléchit un instant, consciente que quelque chose était en train de se produire sous ses yeux même si elle n'en était pas certaine. Le groupe de sorciers décida qu'ils avaient trouvé une voie de sortie et se mit en mouvement. Une intuition brulante commanda à Hermione de faire quelque chose.
« - Draco ! hurla-t-elle par-dessus le cahos. Ici ! »
Le sorcier blond tourna la tête vers elle et vit ce qu'elle voyait. Ses yeux s'éclairèrent en un instant et il forma un nom sur ses lèvres. La jeune femme n'eut pas le temps de comprendre de quoi il retournait. Quelque chose la frappa par derrière, l'envoyant voler quelques pas plus loin. Si elle n'avait pas conjuré un demi bouclier par reflexe, elle serait probablement morte. Totalement sonnée, la jeune femme ouvrit les yeux et distingua seulement des formes pendant plusieurs secondes qui lui parurent une éternité. Le bruit environnant lui semblait soudain mis en sourdine, sa tête lui tournait atrocement. Elle chercha à se stabiliser, à comprendre dans quelle position elle se trouvait.
Finalement, elle reprit la maitrise de ses sens et sentit de la poussière contre sa bouche. Clignant des yeux, elle constata qu'elle était allongée face contre terre et roula sur le dos, essayant de distinguer la scène. Hermione se redressa sur ses coudes, se poussant contre un mur pour tenter de rester à couvert. Elle chercha Malfoy des yeux, mais il n'était plus là où elle l'avait vu pour la dernière fois. Combien de temps s'était écoulé ? Elle aurait juré avoir cligné des yeux juste quelques instants.
Sortant comme un diable de sa boite, Lux Black apparut soudainement en haut des mêmes escaliers que le groupe d'Inquisiteurs, un peu plus tôt. La sorcière respirait bruyamment et semblait avoir couru sur une longue distance. Elle tourna la tête en tous sens, cherchant visiblement quelque chose. Elle bondit presque sur ses talons lorsque Malfoy lui attrapa sans ménagement le bras, esquissant un protego au passage. Ils se hurlèrent des choses qui allaient trop vite pour que Hermione en comprenne le sens. Malfoy gesticula alors le bras dans une direction en adressant un ordre à Lux. Cette fois la jeune femme comprit ce qu'il disait.
« - Dermot ! Suis-moi ! »
Hermione fit enfin le rapprochement dans son esprit vaseux. L'homme au crâne rasé qu'elle avait vu passé était le père de Lux, qu'elle cherchait vraisemblablement toujours à tuer. Et il semblait bien parti pour disparaitre dans la nature encore une fois, escorté par des Inquisiteurs. Mais la jeune femme s'en moquait soudain comme de sa première chemise. Une chose lui martelait le cerveau, déjà douloureux. Elle se redressa et s'appuya un court instant sur le mur avant de partir au pas de course vers l'escalier par lequel Lux était arrivé. La jeune femme le dévala sans réfléchir, se retrouvant dans un couloir aux murs de pierres et marcha vivement vers l'autre bout, baguette en main. Où était-il ? Elle savait bien que les probabilités de le retrouver étaient minces, mais elle savait néanmoins qu'il était ici quelque part. Et maintenant que Lux et Draco avaient disparu à la poursuite de Dermot…
Elle marcha de longues minutes, la respiration sifflante. Elle ouvrit certaines portes, constata que d'autres étaient fermées. Elle descendit un autre escalier et se retrouva dans un passage plus étroit. Elle dépassa un conduit d'évacuation et une échelle rouillée. Quelques intersections semblaient conduire à l'extérieur à en juger par les quelques rayons lumineux qui éclairaient le sol humide. La jeune femme continua d'avancer, sentant son cœur prêt à exploser d'appréhension. Elle se retourna soudain, sursautant. Elle scruta le tunnel, jurant avoir entendu quelque chose. Ses yeux se perdaient dans l'obscurité, mais elle ne pouvait rien voir.
Severus était là, quelque part. Il ne devait plus être loin. Elle avait promis de ne rien faire d'irréfléchi, mais elle lui avait déjà sauvé la vie trop de fois pour savoir qu'il avait encore plus besoin d'aide que d'une promesse. Hermione se retourna pour reprendre sa route.
Une silhouette se dressait devant elle, elle se figea.
Un homme était à quelques mètres d'elle, dans la demi-obscurité, et il ne s'agissait pas de Snape. Son sang se glaça, il fit un pas, puis un autre. Elle réfléchit à toute allure, se sentant dangereusement dans la peau d'une souris prise au piège. C'était lui. Il semblait confus, ne comprenant pas pourquoi elle était là. Il n'était pas venu pour elle.
« - Levinski…, souffla Hermione entre ses dents. »
Jetant un dernier regard de regret vers le fond du corridor, elle comprit qu'elle ne pourrait pas continuer dans cette direction. Elle ne savait pas de quoi il était capable, mais elle avait clairement compris les mises en garde de Severus à son égard. Il ne fallait pas qu'elle baisse sa garde.
« - Confringo ! cria-t-elle soudain avant de faire demi-tour en courant. »
- Mercredi 10 janvier, 23h04 -
Quelque chose explosa tout prêt, Severus sentit l'onde de choc dans son bras. Il leva la tête des équations qu'il avait sous les yeux et réfléchit un instant. Si ses calculs étaient exacts il ne lui restait pas beaucoup de temps, peut être deux heures tout au plus avant que tout échappe à son contrôle et qu'il n'y ait plus de solution. Il devait penser à la meilleure façon de procéder. Quel sortilège pouvait-il mettre en place pour réduire les dommages collatéraux au maximum ? Il devrait encloisonner la pièce, piéger la potion à l'intérieur pour éviter que tout ne se déverse dans la nature. Mais avec le souffle que l'explosion produirait, et le degré de volatilité de la solution qu'il ignorait… difficile de prévoir toute les conséquences.
La seule donnée qu'il tenait pour sûr, c'est qu'il n'en réchapperait pas. Il ne survivrait pas à une telle déflagration. Cette fois, plus de tricheries.
Au moins, Hermione était sauve chez lui, et cette pensée l'aiderait à faire ce qu'il devait faire.
- Mercredi 10 janvier, 23h22 -
Hermione inspira à plein poumons, débouchant à l'extérieur sur un sol rendu glissant par la pluie. Elle faillit manquer de tomber mais se rattrapa de justesse. Lançant des coups d'œil de toute part, elle remarqua qu'elle se trouvait dans une petite rue derrière le Ministère. Une de celles qu'ils avaient arpentées avec Harry et Ron le jour où ils s'étaient introduits clandestinement sous une potion de polynectar. Cette pensée lui redonna un sursaut de vitalité et la jeune femme continua de fuir son assaillant, lança un sortilège derrière elle. Quelque chose heurta son bouclier, la faisant vaciller. La magie qui l'enveloppait faiblit un instant, un autre sort la frappa, traversant ses défenses cette fois.
Heurtée par la magie, la jeune femme se réceptionna contre une porte en métal, laissant échapper un cri de douleur tandis qu'elle sentait son bras gauche pendre bizarrement contre elle. Du sang se mit rapidement à couler le long de sa peau, tâchant sa manche. Elle serra les mâchoires comme une damnée et poussa la porte, entrant dans un entrepôt dessert. Courant entre les rayonnages, la jeune femme essaya de regagner son souffle.
Elle s'écarta un instant du rayonnage et envoya un sortilège informulé sur l'homme qui venait d'apparaitre dans l'ouverture de la porte. Il dut reculer et disparaitre un instant de son champ de vision, elle se demanda si elle l'avait touché ou non.
Soudain, il fut à nouveau dans l'encadrement de la porte et courut à l'intérieur. Instinctivement, la sorcière se remit en course, sentant son sang se rependre sur le sol. Elle bondit au sommet d'un petit escalier de quelques marches qui marquait une passerelle vers des bureaux et claqua un autre sortilège avec force en direction de Levinski. Cette fois, l'air vrilla son adversaire et elle vit l'homme s'écraser contre le mur derrière lui. Les secondes passèrent, elle sentit sa tête tourner. Puis il se releva. Impossible ! Il ne s'agissait clairement pas d'un adversaire conventionnel. Sous son apparence inoffensive, le sorcier était un combattant rôdé. Est-ce que c'était ça qui lui avait permis de tuer tant de personnes sans qu'elles puissent se défendre ?
Hermione imagina tous les enfants qu'il avait assassinés lâchement. Elle les imagina sans défenses face à la force de ses sortilèges, sans aucune chance de survie. La colère bouillonna dans ses veines. Elle revoyait le visage de ses patients, des corps en lambeaux qu'elle avait tentés de sauver. Et de ceux qu'elle avait perdus. Elle revit le visage d'Anke, la gamine qui avait failli mourir, par deux fois, tout ça par la faute de ce monstre égocentrique et pervers.
« - Viens, viens, Granger, je t'attends… Hermione… »
Elle l'entendit l'appeler, alors qu'elle dévalait la passerelle de toute sa longueur. La jeune femme descendit les escaliers à l'autre bout et posa de nouveau un pied sur le sol.
« - Oh, merde ! jura Hermione en manquant son souffle. »
La sorcière dérapa dans sa course et tenta de faire demi-tour, elle se cogna dans un mur en métal et s'aida de ses bras pour se détourner de la porte du fond. Une silhouette venait de surgir. Elle vrilla sur ses pieds et repartit dans l'autre sens, la gorge brûlante. Courant à grande enjambée entre les rayonnages en métal, elle jeta quelques regards par-dessus son épaule, sans cesser sa course. Le bruit de ses pas résonnait dans l'entrepôt, comme celui de son poursuivant.
Regardant à nouveau devant elle, elle faillit entrer en collision avec un chariot de fourniture et se réceptionna de ses deux mains dessus, renversant la moitié du contenu sur le sol dans un grand fracas métallique. La sorcière serra plus fort sa baguette et envoya un sortilège derrière elle, une partie proche des rayonnages s'écroula sur le sol. Elle ne vit pas si elle avait ralenti son poursuivant. Le cœur battant la chamade, elle poussa une autre porte et tomba sur un escalier. Soufflant péniblement, elle dévala les marches à toute allure, regardant une fois de plus par-dessus son épaule. Dans la demi-obscurité de la nuit, elle passa la seule porte qui s'offrait à elle à l'autre bout de l'escalier. Elle referma celle-ci d'un coup de pied et lança un sortilège de protection dessus dans la seconde.
Reprenant son souffle, la bouche à sec, elle lança fébrilement des regards autour d'elle. Elle était dans une sorte de poste de surveillance, elle pouvait en distinguer les moniteurs rangés sur des séries de tables. Cherchant désespérément une sortie, elle traversa la pièce et se retrouva alors dans un vestiaire qui sentait le refermé et la poussière. Des vieux casiers en fer divisaient la pièce en rangées. Et elle ne voyait aucune sortie.
Le sang qui coulait le long de son bras l'empêchait de réfléchir correctement, elle sentait sa tête tourner.
Un bruit à l'autre bout de l'endroit lui appris que la porte de la salle de surveillance venait d'être forcée. Hermione se colla contre une rangée de casiers, réfléchissant le plus vite possible. Des pas venaient dans sa direction, la sorcière se dissimula dans la pénombre, essayant de localiser la position de l'individu. Si elle pouvait l'éviter et faire demi-tour…
« - Je suis fatigué de jouer avec toi ! hurla Levinski soudainement.
- Lacarnum Inflamare ! »
Aussitôt, les magazines rangés dans un casier ouvert prirent feu et la jeune femme envoya un deuxième sortilège propulser son adversaire contre les flammes du brasier. Sans se demander si c'était efficace, elle se releva promptement et fit demi-tour vers l'unique sortie. Elle passa l'encadrement de la porte, le cœur battant à tout rompre, entendant des cris de rage derrière elle. Son état émotionnel était vraiment mal en point.
Elle ne put retenir un cri lorsqu'un corps la projeta violemment sur le sol, la faisant heurter son bras blessé, ce qui lui envoya une vague d'électricité dans tout le corps. Elle vit des papillons danser devant ses yeux pendant un instant. Soudainement, il était sur elle, elle s'attendait à recevoir un sortilège impardonnable à tout instant. La sorcière croisa son regard et lut toute la haine qui bouillonnait en lui à cet instant. Puis elle reçut un coup de poing dans l'estomac, vidant tout l'air qui se trouvait encore dans ses poumons. Prise entre la surprise, la douleur et la peur, Hermione écarquilla les yeux, incapable de reprendre son inspiration. La panique la submergea.
« - Personne… Personne… Personne ! hurlait Levinski en la martelant de coups. Personne ne t'aura ! »
Oh mon dieu, aidez-moi. Ce fut tout ce qu'elle put penser avant d'être submergée par la douleur.
NdlA: Eh bien... j'ai eu du mal à m'en sortir avec celui-ci! Vous sentez le bouillonnement de la situation ?
Je vous souhaite une bonne nuit en attendant la suite, 3h20 un dimanche matin, j'ai bien mérité d'aller me coucher pour cette fois! Une petite review ? :)
