Chapitre 21

Le jour de la battue arriva.

Ciel avait souhaité que Sebastian l'accompagne à cheval, comme ce jour où ils avaient découvert la victime dans la forêt. Le jeune noble avait son fusil accroché à sa monture et regardait de droite à gauche.

La forêt de Sutton était très sombre et peu avenante bien qu'il ait un magnifique soleil en ce jour.

_ Ne soyez pas autant sur vos gardes, Bocchan.

Ciel tourna la tête et regarda Sebastian avancer vers lui, sur son cheval. Le majordome détenait aussi une arme, histoire de se mêler aisément aux humains. Néanmoins, il n'arborait pas son ensemble de domestique, juste un ensemble noir mais restant discret et en dessous des habits luxueux de son maître.

_ Je suis calme, répliqua Ciel d'une voix neutre.

Il tourna subitement la tête en entendant des coups de feu. Des aboiements et des plaintes s'élevèrent.

_ Ce ne sont que des loups, informa le démon. Juste des loups banaux et apeurés.

Comme pour interpréter ses paroles, toute une bande passa devant eux.

Ciel et Sebastian ne prirent même pas leur arme, de toute façon, ce n'était pas la bête.

De nouvelles balles sifflèrent et des chevaux leur coupèrent la route, poursuivant les animaux.

Le jeune Comte soupira, grognant limite de mécontentement.

_ Ils chassent juste pour le plaisir et leur fourrure, lâcha-t-il. Nous nous retrouvons avec la même effervescence du Gévaudan : des bêtes tuées par millier, engendrant leur disparition.

_ C'est un trait caractéristique de l'Homme de faire ce genre de chose.

_ Répugnante et insensée, lança Ciel en se retournant vers lui. En plus, je croyais que le Vicomte avait interdit ceci.

Il battit les brides de sa monture et tous les deux reprirent leur route à travers la forêt de Sutton. Parfois, ils entendaient des coups de feu accompagnés des aboiements apeurés des loups ainsi que les cris hystériques des chasseurs.

Ils continuèrent ainsi leur marche, essayant d'être concentrés sur des bruits suspects mais rien d'anormal leur parvint à leurs oreilles. De toute façon, s'il y avait eu quelconque bizarrerie, Sebastian l'aurait signalé.

_ Bocchan, interpella-t-il.

Ciel tourna de nouveau la tête vers lui. Peut-être qu'il avait enfin entendu quelque chose… ah non. Le jeune noble écarquilla son œil bleu en sentant les lèvres du démon sur les siennes. Sebastian se retira doucement et se redressa, un petit sourire moqueur collé au visage.

_ Mais tu fous quoi ! S'emporta son contractant.

_ Vous deveniez bien trop sérieux et tendu, s'expliqua le majordome, je vous aide juste à penser à autre chose.

Ciel fit la moue.

_ Tch. Tu n'avais pas besoin de faire ce genre d'idiotie. Imagine si quelqu'un nous avait vus !

_ Ne vous inquiétez pas pour cela ! Ricana le démon. Nous sommes bien loin de la battue, car si vous n'avez pas remarqué, on n'entend plus les coups de feu, ni les cris perçants. Nous avons juste le droit aux gazouillements des oiseaux et aux écureuils sautant de branche en branche.

Le jeune garçon tiqua. En effet, c'était devenu bien silencieux et reposant. Il fixa de nouveau son majordome.

_ Sommes-nous toujours dans la forêt de Sutton au moins ?

_ Oui bien sur.

Ciel fit calquer les rennes, obligeant sa monture à galoper, sous l'œil surpris du démon.

_ Dire qu'il est encore gêné de tout ça, se blasa le majordome.

Il imita son contractant et se lança à sa poursuite.

_ Bocchan ! Veuillez ralentir !

Ciel tourna rapidement la tête et lança :

_ Tu n'as qu'à me rattraper !

Sur ce, il claqua encore les brides et sa jument s'esclaffa en augmentant sa vitesse.

Sebastian sourit.

_ Qu'il est si rare de le voir jouer.

Le démon le poursuivit alors et il devait avouer que ce genre d'exercice leur faisait du bien. Ils profitaient ainsi de la fraicheur du bois alors qu'il faisait chaud au soleil. Néanmoins, Sebastian restait vigilent au cas où. Il continuait de fixer Ciel, comme s'il s'agissait de sa proie et lui de son prédateur… d'une certaine manière, c'était le cas. Puis, la jument de son contractant se stoppa net.

Sebastian s'approcha de lui en intimant à sa monture d'aller moins vite.

Le jeune garçon fixait quelque chose droit devant lui et le démon l'imita.

C'était une clairière, entourée par les arbres. De nombreux tumulus étaient disposés au centre, de manière pas du tout naturelle*.

_ Qu'est-ce donc ? Demanda Ciel.

_ Il me semble que cela soit des tertres funéraires, informa Sebastian. Les Humains en édifiaient régulièrement à une certaine époque.

Le jeune noble se contenta d'hocher la tête. Puis, il aperçut quelque chose entre deux amas de terre.

_ Sebastian, est-ce que tu peux voir ce que c'est au loin ?

Le démon suivit le regard de son contractant. Ses yeux s'illuminèrent.

_ Des os, Bocchan.

Ciel le fixa.

_ Des os ? Humains ? Serait-ce les membres manquants des cadavres retrouvés ?

_ C'est bien possible.

Le jeune Comte soupira de nouveau.

_ Nous devons les avertir mais ça m'étonne que personne ne les ait trouvés avant.

_ Les autres ne sont peut-être pas allés aussi loin, proposa Sebastian. Je vais signaler notre position.

De sous sa veste, il sortit une petite corne de brume et souffla dedans à intervalle de trois fois. Avant que chaque groupe ne se sépare du point de départ, les participants avaient en plus de leurs armes, une corne de brume avertissant plusieurs choses selon le cas.

Après quelques secondes, les autres cornes sonnèrent, leur indiquant qu'on venait dans leur direction.

_ Encore une macabre découverte, souffla Ciel.


* : Je fais référence au site de Sutton Woo


A suivre...