Les personnages et l'univers appartiennent à Robert Kirkman.

L'histoire est une traduction de « Shattered Memories » écrite par LeighJ11, dont vous trouverez le lien sur mon profil.


Chapitre 21

Embrasser Beth à nouveau, c'est comme rentrer à la maison et toutes les pensées bouillonnantes et enragées emplissant l'esprit de Daryl se dissipent face à l'admiration qu'il a pour elle.

Elle fait glisser ses lèvres sur les siennes comme si elle lui montrait comment les bouger pour la première fois. Embrasser n'était jamais en tête de sa liste de choses à faire quand il arrivait à coucher avec une femme.

Un canapé, une ruelle ou une voiture ne lui ont rien appris non plus. Maintenant, la langue de Beth glisse dans sa bouche et il ne sait plus qui il est, comme si elle était en train de le reconstruire.

L'excitation contracte son ventre comme jamais auparavant. Daryl se rapproche, enfonçant son coude dans le matelas là où se trouvait l'oreiller avant qu'il le donne à Beth pour son épaule, enroulant son corps autour du sien.

Plus il s'approche d'elle, plus elle se tend vers lui, plus sa bouche est impatiente alors qu'il penche sa tête vers elle. Sa peau est si chaude sous sa main et il se demande si c'est à cause de sa blessure et des analgésiques plutôt que de la simple chaleur.

Sa peau est alléchante sous la pulpe rugueuse de ses doigts, mais en pensant que peut-être sa peau est chaude parce qu'elle a été droguée, il s'éloigne. "Gamine, tu as besoin de dormir", murmure-t-il doucement, en écartant sa tête de la sienne.

Les paupières lourdes et la bouche enflée par ses baisers, elle gémit, et cherche encore ses lèvres. "Ne t'arrête pas."

"Beth", murmure-t-il à bout de souffle. "J'essaie vraiment de faire ce qu'il faut. T'es pas sobre. C'est profiter de toi et j'suis pas comme ça.

Elle soupire mais sourit vaguement, les yeux embués de sommeil. "Désolée. Je suis fatiguée ", marmonne-t-elle d'un grognement épais. "Je sais", chuchote-t-il, sa main caressant ses cheveux. "Dors, gamine. J'irai nulle part."

"Juré ?" demande Beth presque désespérément, mais ses yeux se ferment déjà.

"Juré", promet-il.

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"Putain !"

"Beth ?" murmure Daryl, somnolent, son visage enfoui dans un oreiller qui porte son odeur.

"N'entre pas !" crie-t-elle.

Rentrer ? Entrer où ? Il gémit en levant la tête, arrivant à la conclusion qu'il avait son visage enfoui dans l'oreiller de Beth, mais qu'elle n'est pas dans le lit avec lui.

Poussant sur ses mains, il bat des cils pour chasser le sommeil de ses yeux, tout en se frayant un chemin hors du lit. La nuit qu'il a eue, quelque soit sa durée, a été profonde et bienheureuse.

Pas de rêves. Pas de cauchemars. Pas de voix. Ni de fantômes. Juste l'obscurité. La paix.

On dirait que dormir dans le même lit que Beth l'a assommé et maintenant il titube comme si c'était lui qui était dopé aux analgésiques.

"Beth ?" appelle-t-il encore, un peu plus éveillé cette fois-ci.

Après un juron étouffé et un bruit venant de la salle de bain, elle crie : "Un instant !"

"Tu as besoin d'aide ?" demande-t-il à travers la porte.

"En quelque sorte," grogne Beth puis elle soupire profondément, comme si elle avait abandonné. "Entre."

Saisissant la poignée de la porte, il la tourne et laisse ensuite la porte s'ouvrir, dévoilant Beth, étendue sur le sol, recouverte à la hâte d'une serviette entortillée qui recouvre à peine ses parties les plus intimes.

Elle est étendue sur le sol de la salle de bain. A côté d'elle, la baignoire se remplit et la porte du placard à serviettes est ouverte.

"Bon sang, Qu'est-ce qui s'est passé ici ?" demande Daryl en se penchant pour ramasser Beth.

"Oh, aïe, attention. Cette serviette n'est pas attachée", grommelle-t-elle et il grogne parce que c'est un sacré euphémisme.

La serviette glisse dès qu'il passe son bras sous elle pour la mettre en position assise et d'une seule main, elle peut à peine réussir à la maintenir.

Pour l'aider, il saisit les deux bords de la serviette et les serre contre son dos, en grognant quand il passe un bras autour de sa taille pour la relever.

"Pourquoi t'as pas demandé mon aide ?" murmure-t-il sombrement en l'aidant à se lever.

Beth se stabilise sur ses pieds et commence à enrouler la serviette autour d'elle en serrant les bouts qu'il tient fermés. Quand elle les a en main, il les lâche et recule d'un pas pour l'examiner.

Ses cheveux sont un désordre chaotique de boucles tombant le long de ses flancs et de sa poitrine, et ses yeux reflètent un désir sauvage. Il n'aurait jamais cru voir une femme le regarder comme ça et il déglutit, en détournant nerveusement son regard du sien.

Ce faisant, il découvre des empreintes de mains sanglantes, à moitié effacées sur son menton, sa mâchoire, son cou et son épaule indemne. La blessure est pansée, mais a l'air d'avoir besoin d'être nettoyée.

Il va falloir lui enlever le pansement, désinfecter et en mettre un nouveau.

S'éclaircissant la gorge, il ferme le robinet de la baignoire juste pour éviter les yeux de Beth. "Tu penses que tu peux y arriver ?" dit-il en indiquant le bain.

Elle acquiesce lentement, même si son problème avait justement été d'y entrer. Daryl hoche la tête à son tour, ferme la porte du placard à serviettes et s'en va.

Beth ne l'appelle pas et il n'explique pas où il va. Dans le noir, il descend les escaliers en courant en se demandant où est la trousse de premiers secours.

Il ne s'agit pas d'une autre panne d'électricité à en juger par les lumières dans la rue, alors il s'aventure dans la cuisine sombre et appuie sur l'interrupteur. L'ampoule s'allume et il louche sur l'horloge accrochée au mur.

Il est quatre heures du matin. Le soleil va bientôt se lever. Beth et lui ont dû faire une sieste un peu trop longue, mais ils en avaient clairement besoin tous les deux. Tout ce qu'il se demande, c'est ce que les autres pensaient qu'il se passait entre eux là-haut.

Non pas qu'ils aient pu supposer grand-chose puisque Beth était presque zombifiée par ses analgésiques. Peut-être que quelqu'un a passé la tête à la porte et les a vus dormir ensemble.

Un courant d'air froid lui fouette les jambes ce qui lui rappelle qu'il n'a pas de pantalon. Putain, il faut qu'il trouve ce pansement avant que quelqu'un ne se réveille et le voie à moitié nu.

Comment diable pourrait-il expliquer ça ? S'accroupissant devant l'évier, il fouille parmi tout ce qui s'y trouve jusqu'à ce qu'il trouve la trousse de premiers soins.

Ouvrant le couvercle, il récupère le grand pansement dont il a besoin et ferme discrètement la porte de l'armoire. Dans les minutes qui suivent, il appuie sur l'interrupteur, monte lentement les escaliers et retourne dans la chambre Beth; il jette le pansement sur le lit pour plus tard.

Frappant doucement à la porte de la salle de bains, il demande dans un souffle, "Gamine, je peux entrer ?"

Il y a un bruit d'éclaboussures comme si elle avait glissé ou s'était assise et la main de Daryl agrippe la poignée de la porte pendant une seconde avant qu'elle ne crie "OK".

Ouvrant la porte, Daryl entre et la referme derrière lui. Beth lui tourne le dos et étire ses pieds sur les robinets.

Il la contourne lentement et s'aperçoit que sa peau est couverte de bulles. Le robinet d'eau chaude coule toujours, tout s'harmonise parfaitement.

Des pointes humides de ses cheveux et à ses joues rougies, du calme et à la douceur de l'air. Comme dans un autre monde. Juste eux deux, ici, ensemble.

"Tu vas me laisser nettoyer ça ?" dit-il en désignant son épaule.

Beth lui jette un coup d'œil et hoche la tête, utilisant sa main valide pour enlever le pansement et le sparadrap. Dans le mouvement, quelques bulles se déplacent et Daryl sent la chaleur de la pièce imprégner toutes les fibres de sa chair.

Il aperçoit ses cuisses et ses côtes, en de brefs éclairs laiteux, quand elle se tortille dans la baignoire et la bouche de Daryl est plus sèche que la terre craquelée du dessert. Putain, pourquoi maintenant ?

En déglutissant, il prend le pansement qu'elle lui tend et le met à la poubelle, heureux d'être distrait lorsqu'il se penche près de la baignoire.

Il y a une débarbouillette pliée sur le bord, il la prend et la mouille dans l'espace entre le bras de Beth et la baignoire. Aussi doucement que possible, il presse le tissu sur les bords de la plaie.

Les points de suture peuvent supporter d'être mouillés, mais il ne veut pas les tremper, juste les nettoyer un peu. Beth contracte automatiquement la mâchoire, mais se relaxe et se détend peu à peu au fur et à mesure qu'il passe le tissu.

Il regarde ses yeux se fermer, fasciné par l'ombre de ses cils sur ses pommettes. Daryl est à genoux à côté de la baignoire dans laquelle elle est nue, à peine couverte par les bulles. La situation pourrait paraître bizarre, mais ce n'est pas le cas.

Ce n'est pas le cas parce qu'il ne s'agit pas de se déshabiller pour le plaisir des yeux. Toutes ces conneries de moralité se font baiser quand c'est la fin du monde.

Elle est blessée et même si elle ne lui a pas explicitement demandé d'être son infirmier, elle n'a pas refusé son aide non plus. En plus, il veut l'aider.

Longtemps après qu'elle ait disparu, il s'est blâmé pour tout ce qu'il avait fait de mal. Tous ses défauts, à commencer par l'hésitation qu'il a ressentie à son sujet avec son «tu l'sais», même quand elle lui a donné une seconde chance d'être honnête*.

La fois suivante, c'était quand il a laissé cette voiture l'emmener et qu'il n'a pas réussi à la rattraper ou même à la suivre. Il a très souvent laissé tomber cette femme et il ne le fera plus en la laissant souffrir.

Elle ne lui a pas demandé de la laver, mais il est déjà en train de nettoyer la plaie, alors il pousse sa chance et passe lentement de sa clavicule à son autre épaule, nettoyant ainsi la première empreinte de main sanglante.

Un doux grognement monte de la gorge de Beth, ses yeux sont toujours fermés et sa tête repose mollement sur le bord de la baignoire, trempant les pointes de ses cheveux.

Son orteil tourne le robinet pour ralentir le débit de l'eau avant de l'arrêter complètement. Ils se retrouvent alors dans un silence total et soudain, tout ce qu'il peut entendre, c'est à quel point Beth respire profondément.

Daryl se lèche les lèvres et fait remonter le tissu le long du cou de la jeune fille, essuyant sa mâchoire et son menton. Les lèvres de Beth s'entrouvrent et sa poitrine s'élève un peu trop haut, ses mamelons passant à travers leur couche protectrice de bulles.

Putain de merde. Il se racle la gorge, les joues brûlantes. Les paupières de Beth papillonnent et quand elles s'ouvrent, ses pupilles sont complètement dilatées.

Merde. Il se souvient que Merle a dit quelque chose à ce sujet, quelque chose sur les yeux des filles qui permettraient de savoir si elles vous apprécient ou pas.

Il a toujours pensé que c'était des conneries que Merle avait gobées, mais maintenant il commence à y croire.

Sa main lourde et rugueuse, les jointures éraflées, tient encore le tissus, le pressant contre la peau de Beth. Cette dernière ne le quitte pas des yeux et, lui-même ne peut détacher son regard, même si son cœur bat la chamade et que sa tête lui crie de sortir.

Il se passe quelque chose qu'il ne sait pas comment arrêter, qu'il ne sait pas combattre. Il n'a jamais été dans cette position auparavant, ne s'est jamais senti comme ça.

L'air se bloque dans sa gorge et il serre le tissu dans sa main, libérant un filet d'eau qu'il ne peut s'empêcher de regarder couler sur la poitrine de Beth.

Les yeux de Daryl se se détachent des siens lorsqu'elle se lèche les lèvres. "Viens ici", souffle Beth.

Daryl déglutit et se penche vers elle, mouillant le coude de sa chemise. "Qu'est-ce qui va pas ?"

"Rien", chuchote Beth en se rapprochant. Lorsque leurs lèvres se touchent, elle finit par "Rien du tout".


* Saison 4 épisode 13 : leur dernière conversation au funérarium