Yamamoto regardait autour de lui sans savoir ou se mettre. En y réfléchissant bien, il avait déjà traversé par trois fois cette rue commerçante. La première fois avait été avec Tsuna et Gokudera et ses émotions tiraient alors sur l'émerveillement et la curiosité. La seconde fois, c'était quand il avait quitté le manoir des Giglio Nero et s'était mis à errer en ville sans but apparent. Ses émotions alors allaient plutôt vers l'appréhension et le désespoir. Pour sa troisième visite, c'est à dire maintenant en compagnie du Primo et de G, ses sentiments étaient plutôt axés sur le malaise et l'anticipation.

C'était dingue de voir à quel point les Vongola pouvaient être connus. Ils ne pouvaient pas faire un pas en ville sans être assaillis par des passants tous plus assidus les uns que les autres. Étaient-ils une sorte de groupe pop rock populaire pour posséder autant de groupies dans un si petit village?!

C'était vraiment déroutant. Et plutôt gênant du reste ! Il se sentait oppressé et épié jusque dans ses moindres faits et gestes. Il était tellement tendu qu'il avait l'impression que ses nerfs allaient finir par craquer. Comment la première génération faisait-elle pour gérer ça ? A les voir arpenter l'air de rien le marché c'était comme si tout était normal dans le plus normal des monde. Comme si tout cela n'était pas du tout stressant et que leur vie n'était pas du tout en danger au moindre instant qui passait ! Un vrai tour de force selon Yamamoto qui en prime ne comprenait strictement rien à ce que les commerçants et passants qui continuaient inlassablement à le prendre pour Asari pouvait bien lui raconter !

Le nouveau soupir qui passa ses lèvres attira l'attention de l'ancêtre de Tsuna qui tourna la tête vers lui. Remarquant qu'il était le nouveau centre de son attention, Yamamoto se raidit, se préparant instinctivement au pire. Il ne craignait pas que le primo lui fasse du mal. Loin de là. Il avait assez entendu parler de lui pour savoir que ce n'était pas son genre. Non. Ce qu'il redoutait, c'était qu'il parvienne à deviner la vérité le concernant et qu'il se retrouve à exposer sans le vouloir ses amis. Il avait déjà causé bien assez de souci comme cela à Tsuna et Gokudera.

- Tu n'as pas à être si tendu. Ces gens ne te feront pas le moindre mal.

- Je sais, répondit-il en se forçant à sourire avec un semblant de désinvolture qu'il n'avait pas. Je n'aime juste pas être observé comme si j'étais une bête de foire...

En entendant sa réponse, Giotto se partit à rire attirant de fait un peu plus l'attention sur leur étrange procession. Aussitôt, Yamamoto carra la tête dans les épaules dans le vain espoir de se soustraire un peu à cette attention indésirable. Qu'avait-il donc bien pu dire de si drôle?

- Asari m'a dit exactement la même chose ! On voit bien que vous êtes de la même famille.

A ces mots Yamamoto se rembrunit, se sentant soudain coupable. Il essaya alors de faire comme si de rien était pour ne pas éveiller les soupçons mais il devait se rendre à l'évidence, il n'était vraiment pas fait pour mentir.

- Un problème ? releva G qui ne l'avait pas lâché du regard depuis leur départ du manoir.

- C'est juste que nous n'avons pas grandi ensemble et nous ne nous somme vus qu'en de rare occasion. De ce fait, je ne le connais pas vraiment...

Bien sûr c'était un mensonge mais la dernière partie était vraie. Et comme il était réellement désolé de ne pas mieux connaître Asari, la tristesse dans sa voix était assez réel pour faire lâcher prise à G.

- Ne t'inquiète pas, Asari est costaud. Il va s'en sortir, repris Giotto avec un tendre sourire pour le rassurer.

- Oui, répondit Yamamoto en lui adressant un grand sourire.

Il était touché par l'attention que lui portait le primo et s'en voulait un peu de lui mentir. Il était exactement comme Tsuna. Il pensait toujours aux autres avant lui même alors qu'il devait être lui aussi mort d'inquiétude quant à l'état de son gardien.

- Dis moi... Quand es-tu arrivé en ville? s'enquit soudain Giotto l'air de rien.

Surpris, Yamamoto tourna un regard mêlé de méfiance vers lui. Le primo regardait les échoppes autour d'eux sans lui prêter la moindre attention. C'était comme si la question était anodine et qu'il ne l'avait posé que pour entretenir la conversation. Mais l'adolescent n'était pas dupe. Giotto était bien trop tendu pour qu'il ne s'agisse que d'une simple question. Par ailleurs, G ne le regardait pas non plus alors que jusqu'ici il ne l'avait pas quitté des yeux une seconde. C'était bien trop suspect. Un peu comme s'il attendait lui aussi avec impatience sa réponse.

Il en était sûr ! Ils le soupçonnaient bel et bien ! Qui ne l'aurait pas fait en pareil occasion du reste? Yamamoto jouait peut être l'idiot mais il était loin d'être stupide. Il avait bien compris que le primo n'était pas dupe. Il l'avait après tout convié à se trahir la veille lorsqu'ils parlaient de ses compagnons et comme par hasard, peu de temps après il le faisait rencontrer comme si de rien était les trois enfants que Tsuna avait sauvé des flammes. Heureusement pour lui qu'ils étaient inconscients lorsque Tsuna les avait sortis de la chapelle sinon il n'aurait pas donné cher de sa peau !

Maintenant, ce qu'il aurait bien aimé savoir, c'était de quoi exactement ils pouvaient bien avoir connaissance. Peu de chance que cela est un rapport avec son voyage dans le temps. Serait-ce l'implication du trio dans la guérison miraculeuse de Knuckle ? Peut-être. En tout cas il le soupçonnait fortement. D'être lié à l'explosion qu'avait provoquée Gokudera avec sa dynamite ? Il y avait là aussi de grandes chances. Il avait appris un peu plus tôt que c'était pour cette raison qu'ils étaient en ville au moment de l'attaque qu'il avait subi en plein centre-ville. Et il se pouvait aussi que le primo se doute que c'était réellement lui qui était visé et non Asari. Avec son intuition sur-développée, rien de surprenant si c'était effectivement le cas.

Mais tout cela n'était pas pour l'aider. Bien au contraire. Pourquoi le primo ne l'avait pas tout simplement mis en cellule ? Il ne comprenait pas. Pourquoi l'inviter en ville ? Cela n'avait vraiment pas de sens. Que cherchait-il donc à faire ? Plus il y pensait et plus Yamamoto était perplexe. Vraiment, il ne comprenait pas leur logique.

Maintenant qu'il en était là, il ne savait plus vraiment quoi faire. Et puis, quel était le but de cette question ? Qu'espérait-il obtenir à travers elle ? Quoi qu'il réponde, il y avait de grande chance pour qu'ils finissent par se trahir encore une fois il ne savait trop comment et cela lui faisait un peu peur. Mais s'il ne répondait pas, c'était comme s'il leur avouait avoir quelque chose à se reprocher. D'un côté comme de l'autre, il était complètement coincé.

- Nous sommes arrivés il y a quelque jours, répondit-il finalement en adoptant la même tactique qu'eux à savoir, regarder ailleurs comme si de rien était.

- Quelques jours... C'est bien vague ça, remarqua G en plissant les yeux reportant enfin son attention sur l'adolescent arrêtant par la même de faire comme si sa réponse ne l'intéressait pas.

- J'ai perdu le fil des jours, réfuta honnêtement Yamamoto. Trois ? Quatre ? Plus ? Moins ? En tous cas sans doute moins d'une semaine…

Avec tout ce qu'il s'était passé, c'était on ne peu plus vraie. Tout ce qu'il savait avec certitude c'est que cela faisait moins d'une semaine. Ou alors c'était une longue, TRÈS, longue semaine.

-T'est-il donc arrivé tant de mésaventures ? s'étonna Giotto réellement surpris par la réponse de l'adolescent.

- Si on veut. Surtout depuis qu'on a été séparé en fait. Outre le fait qu'on n'arrête pas de me confondre avec Asari et qu'on me parle dans une langue que je ne comprends pas, il y a aussi la barrière culturelle. Je n'aurais jamais pensé que les us et coutume japonais soit si différents de ceux des autre pays.

- C'est vrai. Asari m'en avait aussi fait la remarque. Tu t'y feras vite je pense. Mais dis-moi, tu n'es pas inquiet pour tes amis ? rebondit soudain Giotto en le regardant de nouveau avec un brin de tristesse dans la voix.

-Pourquoi le serais-je ? répondit Yamamoto qui craignait le piège bien qu'il ne parvienne pas à voir où il pouvait bien se cacher dans ces questions sans queue ni tête.

-Tu n'es pas inquiet ? Votre séparation n'était pas volontaire, si ? s'étonna Giotto surpris par sa réponse.

-Je suis parti de moi-même, démentit Yamamoto en regardant les dalles qui pavaient la rue marchande avec insistance. A vrai dire, c'est surtout eux qui doivent être inquiets pour moi en ce moment vu que je suis parti sans rien dire, conclut-il avec un brin de tristesse en songeant à un Tsuna qui devait se ronger les sangs.

-Attend ! Tu es parti de toi-même ? Alors que tu ne savais pas où aller et que tu ne connais pas la langue ? N'es-tu pas un peu simple d'esprit ? s'emporta soudain G en repassant à l'italien dans son emportement.

Yamamoto, bien sûr, ne comprit rien mais il ne lui était pas bien difficile d'imaginer ce qu'avait bien pu dire G. Il n'imaginait que trop bien la réaction qu'aurait eu Gokudera en pareilles circonstances et de ce qu'il avait pu en voir, son prédécesseur au poste de tempête Vongola lui ressemblait sur beaucoup de points.

-Mes amis me disent souvent aussi que je suis un peu trop irréfléchi et simpliste. Pourtant… On ne peut pas toujours suivre la logique. Des fois, on a envie de courir loin, de monter sur les toits pour pousser une bonne gueulante… Ce n'est pas logique. Ce n'est pas raisonnable. C'est insensé. Mais c'est ce qui fait que nous sommes vivants. Je me doute bien que partir comme cela n'était sans doute pas la meilleure chose à faire. Pourtant je l''ai fait… Non. J'avais besoin de le faire. Je ne vous demanderait pas de me comprendre car cela doit vous être impossible. J'aimerais juste…

-Quoi ? s'étonna G alors qu'il s'arrêtait en plein milieu.

Le gardien de la tempête était surpris par la soudaine véhémence de l'adolescent. Il n'avait pas tout compris mais il en avait saisi le principal comme l'adolescent quelques secondes plus tôt avec ses propos en italien.

-Non rien, répondit Yamamoto avec un doux sourire avant de se tourner vers Giotto pour conclure : Ce n'est pas à vous que je devrais raconter tout cela, n'est-ce pas ?

Pour toute réponse, Giotto se contenta de sourire. Il avait bien senti depuis le début que l'adolescent semblait troublé et à présent qu'il venait de s'épancher un peu auprès d'eux, il avait l'impression de le comprendre un peu mieux. Certes, il ne leur disait pas tout, et ce qu'il cachait était justement ce qui l'intéressait au plus haut point, mais il avait toujours la même certitude. Cet enfant ne leur voulait aucun mal.

- Tes amis... Ils comptent beaucoup pour toi n'est-ce pas? s'enquit Giotto d'une voix douce avec le sourire le plus tendre que l'adolescent ne lui est vu.

Surpris, Yamamoto écarquilla les yeux. Pendant un instant, le visage de Tsuna s'était superposé à celui du Primo. Vraiment, la ressemblance était frappante. Mais au moins, là, on savait pourquoi ! Après tout il était son ancêtre alors que les autres gardiens n'avaient quand à eux aucun lien de parenté avec la dixième génération.

-Oui, répondit finalement l'adolescent en lui rendant son sourire. Ils forment ma famille.

- Ta famille? Tu n'as pas de parents?

- Si, bien sûr. Il y a mon père. J'ai perdu ma mère très jeune et ne l'ai pour ainsi dire jamais connu. En fait, je n'ai aucun souvenir d'elle. Sans les photos, je ne saurais même pas à quoi elle ressemble.

- Asari et toi… Vous êtes cousins c'est cela?

- Oui. Du côté de ma mère, inventa sur le tas Yamamoto espérant que le Primo ne pousse pas trop loin l'interrogatoire sur sa famille. Ce qui explique que nous soyons vu qu'en de rares occasions.

- Si c'est vrai, pourquoi être venu jusqu'ici rien que pour le voir ? s'enquit alors Giotto.

Yamamoto la reconnue aussitôt. Cette maudite expression de neutralité qui l'avait déjà amené plusieurs fois à en révéler plus que nécessaire. Cette fois, il ne se laisserait pas prendre. Du moins était-ce son intention.

- Disons que… j'ai mes raisons...

- Tes raisons ? répéta un G à qui la réponse sibylline ne semblait pas plaire. Comment ça tes raisons?

- G, quémanda Giotto en le voyant monter sur ses grands chevaux. Ce n'est pas grave. Il n'est pas obligé de nous le dire.

En effet. Le gamin n'avait pas répondu à sa question mais il était à présent fixé. Malgré ses airs un peu niais, l'adolescent avait très bien compris qu'il le soupçonnait et cherchait à le pousser à la faute. Mais pour lui, cela ne changeait pas grand-chose. S'il ne l'avait pas à travers ses questions, il l'emmènerait à se dévoiler autrement.

Captant le coup d'œil que lui jeta son boss, G perdit son expression boudeuse au profit de celle un peu plus sérieuse. Il était temps de passer au plan B. Passant légèrement en avant, G ouvrit donc la marche, les menant en un lieu bien précis. Point qu'ils atteignirent plus vite qu'il ne l'aurait cru.

Cet endroit, Yamamoto n'eut aucun mal à le reconnaître. C'était la ruelle où Gokudera avait fait exploser ses dynamites en créant ainsi un max de dégâts. Maintenant que les lieux avaient été déblayés de tous ses gravats, il pouvait voir l'étendue des ravages. Le bomboy avait vraiment à sa disposition une arme de destruction massive. En tout cas, maintenant Yamamoto connaissait leurs intentions en l'amenant en ville et le doute n'était plus permis. Il le soupçonnait effectivement d'avoir un lien avec l'explosion.

- Ouhoooo! s'écria-t-il donc en feignant au mieux la surprise. Que s'est-il passé ici?

- Ça, on aimerait bien le savoir, répondit G en le fixant de manière on ne peut plus ostensible.

- Moi ce que je voudrais bien savoir, c'est ce que vous faites ici?

Yamamoto se tendit aussitôt et se retourna avec lenteur. Alors qu'il ne comprenait pas la langue et ne reconnaissait pas la voix, cette intonation lui était plus que familière. C'était la même que le préfet de Namimori. Se pourrait-il que le nouvel arrivant soit...

- Alaude ! s'écria soudain Giotto d'un air ravi.

Bingo ! Il avait deviné juste. Mais devait-il s'en réjouir? A voir l'expression du français, rien n'était moins sûr.

-Je répète : que faites-vous ici ?

Ce disant, son attention se porta plus particulièrement sur l'adolescent qui accompagnait Giotto et G. Il ne voyait pas son visage mais sentait chez lui quelque chose d'intrigant. Son instinct lui disait qu'il savait se battre. Et sans doute pas qu'un peu.

- Ah ah ! Tu nous prends encore une fois la main dans le sac on dirait ! rigola Giotto pas le moins du monde perturbé alors que G se préparait déjà à l'inévitable.

En reconnaissant le premier gardien des nuages, Yamamoto se tendit telle la corde de l'arc. Le fait de ne pas comprendre ne l'empêchait pas de sentir les ennuis. Et là il en avait l'odorat obstrué. Pas bon du tout ça. Il n'aurait pas pu trouver un autre moment pour se pointer celui-là?

-Giotto… grogna Alaude en se rapprochant d'eux avec un air mauvais.

Le gardien du primo était en colère. Pourquoi suivait-il un Boss si téméraire qui se promenait en ville sans aucune protection après les derniers événements ? Qu'on ne s'y trompe pas. Il se moquait bien de ce qui pouvait lui arriver. Ce qu'il redoutait, c'était le travail en plus qu'une nouvelle attaque en pleine ville risquait de provoquer. Qu'est-ce qu'il croyait ? Qu'il n'avait pas assez de boulot comme cela pour lui en rajouter encore une couche ? Destruction multiple de bien public, disparition en chaîne… ce n'était pourtant pas le travail qui manquait !

-Alaude, attend ! s'interposa G comprenant les intentions du nuage rien qu'à voir sa posture raide. Il y a une raison à notre…

G n'eut pas le temps de répondre qu'une paire de menotte sortie de nulle part se retrouvèrent sur son poignet. Visiblement, le gardien n'était pas enclin à la discussion civilisée.

-Il y a un problème ? s'enquit Yamamoto auprès de Giotto en regardant d'un air incertain les deux gardiens qui se faisait face en se regardant d'un air mauvais.

-Non. Non. Aucun. C'est juste leur manière d'être !

Giotto eut beau vouloir paraître sûr de lui, Yamamoto sentit tout de même une certaine tension chez lui. Il n'avait pas beaucoup entendu parler du premier gardien des nuages mais de ce qu'il en savait, il était censé être plus fort qu'Hibari avec un caractère assez semblable à ce dernier. Giotto avait dû faire quelque chose qui ne plaisait pas au premier boss du CEDEF. Il avait beau faire comme si, cela ne semblait pas du tout anodin.

-Vous ne les arrêtez pas ? s'enquit-il alors en décidant de faire comme s'il n'avait rien remarqué.

Sans que rien ne prévienne, Alaude changea soudain de cible. Vif comme l'éclair, il se jeta soudain sur Yamamoto qui s'écarta de justesse en évitant la charge imprévisible d'un cheveu. Dans sa manœuvre d'évitement, sa capuche tomba mais le jeune homme n'y prêta guère d'attention. Il avait bien d'autres problèmes avant celui-ci. En effet, quand il redressa la tête pour fixer avec une surprise non feinte son assaillant inattendu, il constata avec fatalité que ce dernier avait un léger sourire en coin sans conteste ravi tandis que l'expression des deux autres tiraient sur la pure stupéfaction. Il n'était pas bien difficile de deviner ce qu'ils pensaient tous : comment avait-il réussi à éviter aussi facilement l'attaque inattendue ?

-Yamamoto tu… commença Giotto avant de s'arrêter net.

Cette sensation… son hyper intuition venait de s'activer sans prévenir avec une force détonante. A peine réalisa-t-il qu'il s'écria :

-A TERRE !

A peine les mots avaient-ils quitté ses lèvres qu'une grosse explosion retentit soudain au-dessus d'eux. Seul leur instinct de survie et l'avertissement in extremis de Giotto leur valurent de s'en sortir sans trop de dommage.

-Oh ! Il semblerait que la pêche soit bonne ! monta soudain une voix au-dessus d'eux.

Surpris, Yamamoto redressa avec lenteur la tête. Il n'avait pas compris ce qui venait d'être dit mais la voix… Cette voix, elle lui était familière. Mais ou l'avait-il entendue ? Alors que son regard accrochait le dos de Giotto accroupi à quelque pas devant lui, une seconde voix monta en réponse à la première.

-Je t'avais pourtant dit d'y aller doucement ! Le bruit va sûrement ameuter tout le quartier crétin !

-GIOTTO!

Cette fois, c'était la voix de G. Yamamoto gémit en s'appuyant sur un coude pour se relever. Se faisant, il aperçut à son tour G, qui avait finalement rejoint son boss, et Alaude qui demeurait fièrement campé sur ses deux jambes à quelque pas de là. La ruelle qui avait finalement été déblayée était encore une fois envahie par de nombreux débris dus à l'explosion. Qu'est-ce qui avait bien pu la causer d'ailleurs cette explosion ? L'un de leur assaillant userait-il comme Gokudera de dynamites ? Peu probable. Il ne restait donc qu'une seul possibilité.

Son regard monta alors sur le toit à temps pour voir plusieurs silhouettes se jeter dans le vide et atterrir avec souplesse dans la ruelle juste devant eux. Yamamoto le reconnut aussitôt. C'était l'homme de pluie avec la boite coquillage qui l'avait attaqué dans le présent. Mais il n'eut pas le temps de réagir qu'ils reprenaient déjà.

-Bah, c'est pas grave ! repris la première voix comme si de rien était tout en riant d'un rire malsain à gorge déployée. Au contraire, j'adore avoir des spectateurs !

-Idiot ! Le boss nous a dit de rester discret non ?

-C'est impossible de toute façon. Comment veux-tu rester discret avec de tels adversaires, conclut-il en se léchant la lèvre supérieur d'un air ravi en regardant ses proies d'un air torve.

-Adrian tu… commença l'autre en soupirant d'un air fataliste tout en portant la main à son front.

-Il ne tient qu'à toi de réfléchir avant de charger comme un bœuf.

La voix était sèche et mêlée de reproche. Les cinq hommes se retournèrent d'un bloc et celui qui avait visiblement provoqué l'explosion se mis à pâlir.

-Ch…Chef !

-Vous ne nous aviez pas dit que vous vous joindriez à nous, remarqua le second plus posément en inclinant humblement la tête.

-J'ai mes raisons. Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, nous avons un invité supplémentaire. Et un de choix en prime...

Le regard de l'homme se posa alors sur Yamamoto et le jeune homme se tendit. Il n'avait eu aucun mal à le reconnaître lui aussi. C'était celui qui commandait le groupe qui les avait attaqués dans le présent. L'homme d'orage qui avait affronté Tsuna.

-Heureux de voir que tu es toujours en vie, fit-il alors sans quitter l'adolescent des yeux. Comment trouves-tu ce petit voyage ? Instructif ?

Yamamoto se renfrogna aussitôt. Sa couverture était complètement foutue maintenant. Il aurait bien du mal à se faire passer pour un simple civil à présent que ce type venait de s'adresser de la plus directe des manières à lui. Il avait même pris soin de parler japonais pour qu'il puisse le comprendre ! Quitte à voir sa position dévoilée, autant qu'elle le soit complètement.

-Je ne sais pas quelles sont vos intentions mais… nous ne vous laisserons pas faire…

-Ah ? Vraiment ? Et comment comptes-tu nous arrêter hein ? Si je ne m'abuse, ton cher VG ne fonctionne plus, non ? Alors comment comptes-tu te battre sans armes hein ? J'aimerais bien voir ça ?

Comme s'il n'attendait que ce signal, l'homme à la boite coquillage alluma alors son anneau et amorça sa seconde attaque. L'huître sortit de sa boite et ouvrit son coquillage. Aussitôt, Yamamoto compris le danger. Cette attaque, il la connaissait pour l'avoir déjà essuyé. Sans son VG et avec les armes de cette époque, les chances qu'ils en réchappent étaient minces.

-NE RESTEZ PAS LA ! ne put-il que crier tout en se précipitant vers Giotto et G, les plus proches de lui, pour les clouer au sol.

A peine leurs corps rencontraient-ils durement pour la seconde fois le sol qu'une lueur bleu envahi la ruelle suivit de peu par une nouvelle explosion qui acheva le peu de mur qu'il restait. A présent, la ruelle ouvrait en trou béant sur les maisons alentour. Mais Yamamoto n'eut pas le temps de s'en soucier. A quelque pas d'eux, Alaude avait un genou à terre en se tenant le bras. Apparemment, il avait pris pour lui la majeure partie de l'attaque protégeant ainsi les trois autres.

Serrant les dents, le regard de Yamamoto parcouru la ruelle à la recherche d'une quelconque arme. C'est là que son regard accrocha le morceau de bois auparavant poutre qui se trouvait à quelque centimètres de lui. Sans réfléchir, l'adolescent se redressa attrapant dans le même mouvement le bout de bois avant de se planter avec détermination devant Alaude pour faire face à leurs ennemis.

-Qu'est-ce que tu… ?

Alaude ne put finir sa phrase car le rire de l'homme d'orage monta dans le silence ambiant et Yamamoto resserra sa prise sur son arme de fortune. Sans même sans rendre compte, le noiraud se mis alors en position de combat comme s'il tenait à la main une véritable épée. Il ne laisserait certainement pas ces types obtenir une nouvelle fois gain de cause. S'il l'avait vu faire, Tsuna l'aurait certainement enguirlandé mais justement, son ami n'était pas là. Et Yamamoto lui était bien décidé à protéger Alaude et son anneau au prix de sa vie s'il le fallait.

-Que penses-tu bien pouvoir faire avec ce modeste bâton, hein ?

Les rires moqueur des autres n'atteignirent pas Yamamoto. Même si son geste était vint, même s'il n'était que symbolique, pour lui, il était tout. Depuis son arrivée dans le passé, il n'avait fait que subir, rester à la traîne derrière les autres en supportant derrière lui le boulet qu'était son inutilité. La maintenant, il avait enfin trouvé quelque chose à faire. Il n'était plus inutile. Il devait faire face de lui-même. Il ne serait pas éternellement sauvé par les bombes de Gokudera ou les mots de Tsuna. Pour survivre, pour rester auprès d'eux, il devait être à même de se défendre seul et ce quel que soit la situation qui se présentait à lui.

Fort de sa décision, Yamamoto se campa fièrement sur ses jambes et se prépara à la seconde attaque. Sans bouger, l'adolescent fit front et utilisa avec dextérité son shigure soen. Que ce soit à cause de la violence de l'attaque ou de la puissance du contre, son bout de boit n'y résista pas et vola en éclat.

Sans tenir compte des échardes profondément enfoncées dans ses paumes, le noiraud se redressa pour faire face à ses adversaires. La surprise de l'homme d'orage en le voyant toujours debout et bel et bien en vie passa vite en même temps qu'un sourire doucereux ourlait ses lèvres. Voilà qui était amusant.

- Je suis surpris, affirma-t-il alors en plissant légèrement des yeux bien que son expression ne le montre plus. Mais j'imagine qu'il ne fallait pas s'attendre à moins de la part d'un gardien. Toutefois... Je me demande bien comment tu comptes parer cette attaque ci...

Yamamoto regarda avec fatalité l'attaque ennemie lui foncer dessus. Il était coincé. Il aurait certes pu bouger sur le côté et l'éviter mais alors ce serait Alaude qui se prendrait la décharge de plein fouet. Le blond n'avait en effet pas bougé d'un pouce depuis la première attaque. Il était bien trop blessé pour cela.

Alors qu'il se voyait déjà mort et enterré, une vive lumière orangée mélangée de rouge passa devant lui et l'attaque fut repoussée. Quand son regard tomba sur le lionceau et le chat, Yamamoto écarquilla les yeux de surprise.

- Tsuna...

Désintéressé de ses agresseurs, Yamamoto tourna alors la tête de l'autre côté tandis que les deux félins regardaient d'un air mauvais l'homme d'orage et ses sbires. Si Nuts et Uri étaient là, Tsuna et Gokudera devaient certainement être proches. Assez en tout cas pour sentir le danger et envoyer leur boites armes à son secours.

Remarquant pour la première fois l'attroupement à l'entrée de la ruelle, Yamamoto fronça les sourcils. Ils attiraient beaucoup trop l'attention. Mais à peine se faisait-il cette réflexion que son esprit y fit abstraction. Peu importait les badauds, parmi eux devaient se trouver ses amis. Mais où ? Ils étaient si nombreux que son regard ne savait plus où chercher survolant les têtes sans aucune logique.

- Chef! Ce sont...

- J'ai vu ! répondit l'homme d'orage le coupant d'un ton hargneux en fixant les deux félins.

- Que fait-on ?

Gréco laissa son regard passer sur les quatre Vongola pour fixer la foule derrière eux. Les deux autres morveux devaient certainement se cacher parmi eux.

- On se retire...

-Mais...

- Il semblerait que la bonne étoile soit sur toi, Vongola, mais je me demande... Comment vas-tu bien pouvoir gérer cette nouvelle crise...

Avec un rire torve, l'homme d'orage tourna finalement les talons et commença à partir. Surpris et ne comprenant pas ou il voulait en venir, Yamamoto les regarda partir sans chercher à les retenir. Qui aurait cherché à retenir des adversaires plus forts que soi ? Bien mal lui en prit…