Note: Ceci est le chapitre final de TCEAQ. Il ne reste plus qu'un épilogue. Merci à tous pour vos reviews et pour avoir été là en général, merci, merci, merci, merci.

Je vous souhaite une bonne lecture et vous suggère Where Is My Mind des Pixies comme musique pour accompagner ce chapitre.


Chapitre Vingt

You're my superhero


Le printemps est porté disparu. Si, j'te jure. Comment ça, t'as pas fait attention? Pauvre de lui. A noter: inaperçu. A noter: oublié. A noter: ignoré.

(Et même qu'il a pas de récompenses si tu me le retrouves et il se raconte qu'il est mort étouffé). D'un jour à l'autre, l'été.

Personne n'a rien remarqué. Trop captivé que t'étais. Ouais, captivé. Par le bus qui s'en allait, un avion qui s'envolait, ces instants qui t'échappaient, le train qui partait et ton parfum qui s'évaporait.

Et puis, tu t'étais retourné.

Et il n'était plus là.

Il n'était plus là.


Tony se réveille la nuit.

Il fait noir. Logique.

Il fait froid de l'autre côté du lit. Pas logique.

Son bras cherche le corps de Loki. Il tâte les draps dans le noir. Rien. L'oreiller. Rien. Disparu. Sans laisser de traces. Tony se met à paniquer. Il se relève brusquement.

Soudain, le contact du papier sous ses doigts.

Presque sans laisser de traces, donc.

Le papier, c'est une note. Dans l'obscurité, il distingue les lettres. L'écriture de Loki. Evidemment.

Souligné trois fois. Lettres capitales. Noir sur blanc.

La note, il est écrit: je suis à gauche, Tony.

Tony bloque pendant deux secondes sur la note et puis lentement il tourne la tête vers la gauche et baisse les yeux vers Loki, Loki endormi, Loki. Il lève les yeux au ciel et il se réinstalle confortablement dans le lit et attire Loki contre soi.

Cher Journal, c'est pour ça.

Cher Journal, c'était un peu une histoire de notes.


C'est fini. Respirez.

Sauf que t'as du mal parce que l'air est lourd, lourd, lourd.

Cher Journal, c'est presque fini.

Et puis c'était pas important ou si mais tant pis, vraiment.

Evitez de prendre Tony Stark avec vous quand vous allez faire les magasins. On te l'avait déjà dit, ça.

Loki et Natasha le retrouvent (après vingt minutes de recherches intensives) au rayon consacré aux accessoires, section lunettes de soleil, troisième allée sur la gauche. Tony fait une grimace à son reflet. Il se tourne vers Loki avec un grand sourire.

– Tony, la prochaine fois, je te jure, je vais m'adresser à la caisse et…

– Et quoi, Nat?!

– … Et ni toi ni Loki n'avez envie d'entendre « Le petit Tony est attendu à la caisse numéro six par son copain » au haut-parleur.

Tony tire la langue à Natasha et essaye d'autres lunettes de soleil.

– Enlève ça.

– Elles te plaisent pas, Loki?

Loki hausse les épaules. Tony se rapproche de lui. Il fait glisser les lunettes sur le nez de Loki. Il remet une mèche de cheveux derrière l'oreille de Loki.

Et Loki se contemple dans la glace.

– Une vraie starlette, s'esclaffe Natasha.

– L'écoute pas. T'es fait pour porter des lunettes de soleil.

– Vraiment?

Loki ne lâche pas son reflet des yeux, perplexe.

– Ouais, vraiment.

– Cours, chuchote Natasha. Cours, sauve ta peau, il va te traîner dans un magasin de luxe et t'acheter cinquante paires d'Initium.

– J'ai entendu, ça, Nat! Les Initium, c'est pour moi. Loki, je le vois plus avec des…

– On s'en va, dit Loki.

Et tellement de choses allaient changer.

Ou pas.


– Pourquoi vous êtes encore ici, au fond? Les cours, c'est fini.

Darcy hausse les épaules et trempe son pinceau dans le gobelet. Avant de s'exclamer: merde, mon café. Elle dit: c'est les derniers jours. Elle dit: je crois que je vais voir ce que je peux piquer comme matériel.

– Tu vas te faire engueuler par le prof.

– Mais non. Tout à l'heure je l'ai surpris en train de fumer de l'herbe, il est en train de planer là. Il m'a dit des trucs trop profonds.

– C'est… bien, Darcy… Loki, tu vas rester encore longtemps ici, dis?… Oh, Loki, tu m'écoutes, Loki? Darcy, mon copain m'écoute même pas, qu'est-ce que je vais faire?

Darcy s'approche de Tony et lui chuchote quelque chose à l'oreille. Le visage de Tony s'illumine. Il a un grand sourire qui présage rien de bon.

– Loki, si on sort pas d'ici dans les dix minutes qui suivent, je me propose l'année prochaine comme modèle pour le croquis de nu.

D'abord Loki devient tout blanc et puis il dit, d'une voix aphone:

– Tu fais ça et je mets fin à ta pathétique existence.

– Darcy, regarde comment il m'aime, c'est trop mignon.

Cher Journal, c'était toujours les mêmes histoires.


Le professeur d'art parle. Discours de fin d'année oblige.

Il dit quelque chose comme: l'absence totale de talent chez certains a évidemment tourné cette année en cauchemar éveillé.

Et puis il y a un raclement de chaise contre le sol et c'est Darcy se lève brusquement et elle dit: je viens de réaliser que si vous nous donnez cours c'est parce que vous êtes pas assez bon pour vous trouver un boulot avec vos diplômes d'art. Elle dit: vous valez pas mieux que nous.

Et elle sort du local.

Le professeur se met à pleurer.

Cher Journal, il l'a un peu cherché.


Loki est chez soi. Il est sept heures. Il est seul.

Et tu sais, c'était ce moment. Ce moment où le ciel était encore bleu mais qu'il faisait déjà noir dans la pièce.

Question de perspective.

Et tu perdais espoir au fur et à mesure que l'obscurité t'enveloppait et que la couleur bleue du ciel tournait en un noir d'encre.

L'année est finie. Il regarde autour de soi. On vous suggère de ranger un peu. Ou pas parce que tout ce bordel est signe qu'il y a eu important travail en cours genre la semaine passée.

Demain. Plus tard. Un autre jour. Un autre soir.

Loki se laisse tomber devant la télévision. Il passe d'une chaîne à l'autre. On essaye de vous vendre un truc dont vous avez absolument pas besoin. On essaye d'élucider un meurtre. On essaye de chanter.

Vous tombez sur un film.

Cher Journal, je me sentais comme vide.


Soir de début d'été typique. C'était pendant ces soirées où tu avais peur qu'en quelques secondes tout disparaisse tellement c'était parfait et triste à la fois. Peut que plus jamais tu ne pourras récupérer ces fragments de ton quotidien.

Darcy et le professeur d'art partagent une cigarette, observant les allées et venues des gens.

– Tu vas quelque part? Une sauterie de prévue? demande le professeur.

Darcy hausse les épaules. Le professeur se tait pendant quelques instants et puis s'exclame:

– Mais qu'est-ce que tu seras plus tard, toi, au fond? Hein, Lewis?

Darcy le regarde avec sérieux.

– Bah, moi, vous savez, plus tard, je serais Tony Stark. Comme ça je serais riche et je pourrais me taper un Loki.


Natasha et Clint, ils marchent dans la rue.

– Je viens juste pour faire plaisir à Tony.

– C'est ça, Clint.

– Dis.

– Quoi?

– Non, rien. Rien du tout.

Cher Journal, où est-ce qu'on en sera dans, six, sept, dix ans?

Chéri, chéri, tu ferais mieux de pas y penser.

Rien du tout.


On peut dire que c'est débile. Complètement.

Il y a quelqu'un qui vient de frapper à ta porte.

Même dit comme ça sonnait con et que t'osais pas le dire du coup. Mais on l'avait, ce truc. Qu'on le veuille ou non. La saloperie nous colle à la peau. Et vous pouvez frotter jusqu'au sang que ça s'en ira pas. Et dans le processus où t'essaye de t'en débarrasser, tu risques de te faire tout autant mal, de toute manière.

Loki se lève et va vers la porte. Il ouvre. Deux bras l'entourent.

Cher Journal, je te dis, une histoire de portes.

Cher Journal, toujours, encore, heureusement, lui.

– Tony Stark a décidé de ne pas faire la fête ce soir. Appelez la presse.

Si tu savais.

Tony rit doucement.

– Sans toi? T'es malade?

– Tu sais que moi, je ne vais nulle part aujourd'hui.

Tony entre dans l'appartement.

– Dans l'équation qu'est cette soirée, si t'es présent, peu importe les autres facteurs, comme le lieu ou…

Il se tourne vers la télé.

– Un film de super-héros, sérieux?

– Et alors?! s'offusque Loki.

– Bon, ok, j'ai rien dit, si t'as envie de regarder un film de super-héros, on va regarder un film de super-héros parce que bon, voilà, je… Et puis tiens je savais pas que t'aimais ce genre de film parce…

– C'est toi, mon super-héros, murmure Loki, le souffle court.

Et Tony ne sait pas quoi dire alors il dit:

– Quoi.

Loki tousse. Il dit: rien. Il dit: j'ai rien dit. Il dit: je.

– Tu as dit "c'est toi, mon super-héros"? Je crois que je suis de nouveau amoureux.

– On peut arrêter de parler de ça?!

– Tu veux vivre avec moi?

– Pardon?!

– Quoi! Tu m'as dit de changer de sujet! s'exclame Tony.

Loki se met à rire. Il dit: on verra.

Simplement.

On verra.

Cher Journal, encore un problème à remettre à demain.

Cher Journal, encore une solution, peut-être, à remettre à demain.

De toute façon, Tony Stark voit l'amour comme une équation impossible. Il a essayé de la résoudre. Il a pas mal paniqué pendant qu'il tentait de trouver la solution. Et il n'en voyait pas, aucune. Alors il a fini par comprendre qu'il n'y avait juste pas de solution.

Tony Stark n'a pas encore compris que l'amour et les maths, ça n'avait rien à voir.

Mais ce n'est pas grave, parce que Tony Stark a encore tout le temps du monde.

Pour apprendre.

Et que pour le moment, quand il se réveillait, il pouvait se tourner sur le côté (encore fallait-il qu'il se souvienne quel côté exactement mais là n'est pas vraiment le problème) et embrasser celui qu'il appellerait plus tard "l'amour de sa vie" et c'était déjà bien assez suffisant.


Si Loki n'avait pas la phobie des mots tellement-trop-utilisés qu'ils en deviennent stupides, vides, insensés, cliché, alors, vers cinq heures du matin, alors que le jour se levait, il aurait demandé à Tony s'il l'aimait.

Et Tony aurait dit que évidemment.

Et Loki aurait dit que lui l'aimait plus fort.

Et que pour une fois, ça serait pas un mensonge.

Mais pas "aussi", non, pas "aussi", jamais "aussi". Parce qu'on s'aime pas de la même manière. Parce que nos "je t'aime" sont un résumé de notre vie et notre histoire, nos peurs et nos angoisses et plein de choses encore. Mais cette leçon-là sera pour une autre fois, pour l'année prochaine probablement.

Sauf que Loki a la phobie de ces mots tellement-trop-utilisés. Et donc, à cinq heures du matin, il se tait simplement.

Mais ça lui passera. Parce que lui aussi, il a tout le temps du monde.

Et que pour le moment, il avait survécu (partiellement, cependant, car il en est sorti épris de Tony et c'était pas prévu dans son script mais là n'est pas la question) à l'année et c'était déjà bien assez suffisant.

Après tout, à eux deux, ils avaient l'éternité.

Cher Journal, Darcy a toujours raison, n'est-ce pas?


Il y a Clint et Natasha et Bruce et Darcy.

Natasha s'appuie contre la table sur laquelle est posé l'ordinateur. Qui est connecté aux baffles. Histoire qu'il y ait de la musique. Mais c'est juste des détails, ça.

Clint s'exclame: le salaud!

Cher Journal, il a même pas pris la peine de venir.

Natasha soupire.

Cher Journal, j'arrive pas à croire que c'est comme ça que je fête ma fin d'année.

– Où est Thor?

– Je l'ai vu partir avec Sif, répond Darcy.

– Comment tu connais Sif, toi?

– Loki me parle. Parfois.

– T'es bien la seule. Tony va être jaloux.

Darcy hausse les épaules et dit: il a pas à être jaloux; il est celui qui peut se le faire.

Cher Journal, ça me paraît logique.

Le cd bloque dans l'ordinateur. Le chanteur des Pixies se met à répéter inlassablement une interrogation. La question existentielle de ceux qui ont perdu la tête.

– Il est à qui, cet ordinateur?

La musique est forte.

– Il est où, Steve?

Bruce répète: à qui est cet ordinateur?

Toi tu danses et il boit et moi je fume et vous parlez. On aurait dit la fin. Ouais, on aurait dit la fin parce que c'était comme au début. Tu t'en souviens, toi, du début?

Bruce demande encore: à qui est cet ordinateur?

Question de symbolique. Demain, c'est comme aujourd'hui. Et puis on sait rien du tout.

On lui répond enfin. On dit:

– Loki l'a prêté.

– Et il est où, Loki?

Et Darcy murmure: Loki, là maintenant, il doit être au septième ciel.

Loki, il a ses bras autour du cou de Tony et ils s'embrassent.

Ils sont heureux. Officieusement amoureux. Probablement.

Quelque part, quelqu'un pleure. Quelqu'un rit. Quelqu'un vit.

Et la musique semble de plus en plus forte. De plus en plus forte. Encore et encore.

Ça sentait l'essence. Ça sentait la clope. Ça sentait nos meilleurs moments (passés ensemble). Ça sentait l'espoir et tout ce qui pourrait encore nous arriver dans ce qu'ils appelaient le futur. Voir: demain.

Processus terminé. La liste des priorités de Tony Stark est désormais inexistante. Vous êtes parvenu à contaminer le système. Votre intrusion dans son quotidien l'a supprimée. Vous monopolisez à présent le système tout entier.

Création d'une nouvelle liste. Processus en cours. Processus achevé. La liste des priorités de Loki Odinson figure à présent dans le système. Tony Stark y a pour position le numéro 1.

Cher Journal, c'était tout à propos de demain, après tout.

Cher Journal, c'était une année pour une vie.

Cher Journal, c'est quoi, une vie, au fond?

Cher Journal, est-ce que la vie est vraiment ta tendre routine?

Cher Journal, est-ce que la vie c'est ton très cher et adoré quotidien?

Cher Journal, de toute façon, on s'en fout.

Cher Journal, la vie, c'était hier.

Et, mon très cher journal,... l'éternité,... c'est demain.