Vous avez de la chance : j'ai profité d'un week-end de quatre jours pour écrire ce chap à toute vitesse. Alors pas de remarque sur les fautes s'vous plait...


Chapitre XXI : Inavouable


(Une pute au cœur brisé pleure dans ma cage d'escalier / Le ciel brûle, la fumée est épaisse / Et mon amour se fait violer par un joli blondinet SS

Refrain : Je suis laid, je suis laid, je suis laid sans toi / Je suis laid, je suis laid sans toi)1


Après cette nuit, Justin comprit pourquoi Ethan se tenait tant à l'écart des autres. Sa peau le brûlait comme si elle avait été en contacte avec des charbons ardents. Et il se sentait toujours sale, même après cinq douches successives. La crasse lui collait à la peau et pénétrait son épiderme. Il se sentait tellement marqué, qu'il était persuadé que cela pouvait se lire sur son visage.

Il n'avait pas d'images complètes de la soirée qui s'était jouée entre lui et ses bourreaux. Un peu comme si son cerveau s'efforçait de les effacer une à une, ou du moins de les crypter pour les rendre moins insupportables. Mais le reste de ses sens lui rendaient intactes les souvenirs de cette nuit.

Des mains qui l'agrippent et l'immobilisent sur le matelas. Par réflexe, il essaie de se dégager, mais une main sur son visage, qui lui obstrue le nez et la bouche, lui rappelle qu'il n'a pas le choix. Tout son corps se paralyse et son esprit se perd dans un immense trou noir. Il ne cherche même pas à identifier les silhouettes autour de lui. Il veut juste qu'ils terminent rapidement leur affaire et qu'ils s'en aillent. Mais une voix au-dessus de lui, froide et glaçante, lui parle alors :

_ Les choses auraient pu être très simples, tu sais. Il aurait suffit que tu fasses comme tous les autres : que tu écartes les cuisses et que tu prennes ta dose. Mais seulement voilà, il a fallut que tu joues les grandes gueules, que tu te rebelles et que tu fasses ton intéressant. Soit disant qu'on n'était pas assez bien pour toi. Tu nous as faits passer pour des cons...

Il y a quelque chose dans cette voix qu'il ne parvient pas à identifier : quelque chose comme du dépit ou de la jalousie...

Mais il n'a pas le temps d'y réfléchir : on commence à lui retirer ses vêtements : son pantalon glisse sur ses jambes et sa chemise est ouverte. Une chose passe entre ses cuisses et il se redresse brusquement. Son cri est étouffé par un bâillon, ses membres sont parcourus par des spasmes violents, mais il ne peut plus bouger.

_ Mais maintenant, on est obligé de faire un exemple... Tu comprends ; on ne peut pas prendre le risque que d'autres aient l'idée de te suivre...

Il est écartelé, écorché, mort. Se faisant l'effet d'un animal sur la table de dissection.

_ _ _

La poudreuse finit par arrêter de tomber, les chasse-neige firent leur boulot, et il fut de nouveau possible de rejoindre le village. Justin n'attendit même pas le week-end : dès jeudi, il fit le mur du pensionnat, et courut au bas de la côte sans s'arrêter. Arrivé au carrefour, il s'immobilisa le cœur battant, les membres engourdis par le froid. Derrière lui : le pensionnat ; à gauche : Hadelton ; tout droit : l'inconnu. Son souffle fait de la buée devant son visage frigorifié. Il est debout au milieu de la route, autour de lui, la forêt est dense et silencieuse : gardienne de son secret et de sa peur.

Soudain, un bruit de klaxon le fit sursauter. Se décalant précipitamment sur le côté, Justin vit passer devant lui le vieux pick-up rouillé de Miss Dumenco.

_ Justin ! s'exclama celle-ci, en passant la tête par la vitre ouverte. Bordel de Dieu ! Mais qu'est-ce que tu fous là ?

Le jeune homme ne sait quoi répondre. Son esprit est paralysé, à l'instar du reste de son corps qui se met à trembler au moindre coup de vent.

Michelle Dumenco descendit de voiture et se rapprocha de lui.

Justin sursaute légèrement lorsqu'elle pose ses mains sur ses épaules. Mais la jeune femme est douce et sa voix rassurant. Sans protester, il se laisse tomber à la place du mort, tandis que Michelle retire les freins et roule vers Hadelton.

Ils bifurquèrent à l'entrée du village, le pick-up escalada une côte qui menait à une impasse surplombant légèrement Hadelton. Seules deux maisons étaient construites à cet endroit, en vis-à-vis : deux chalets, parfaitement identiques sous leur manteau de neige. Dumenco se gara dans l'allée de garage de celui de droite. Une fois à l'intérieur, Justin se laissa tomber sur le canapé du salon et s'endormit immédiatement.

Il fut réveillé par le bruit d'une personne frappant à la porte. Persuadé d'être dans son dortoir, il ne bougea pas d'un pouce, attendant que la personne à l'extérieur n'en ait assez et parte d'elle-même. C'est pourquoi, il fut surpris d'entendre près de lui une autre personne marcher vers l'entrée et ouvrir la porte de l'intérieur. Intrigué, il entrouvrit légèrement les paupières, pour voir à travers ses cils la silhouette d'une femme de taille moyenne s'écarter de l'embrasure de la porte. Un homme de haute stature pénétra le salon, jetant un regard vers l'endroit où se trouvait Justin, puis se tournant à nouveau vers la femme :

_ Il est là depuis longtemps ? demanda la voix de Brian.

_ Une heure environ, répondit celle de Miss Dumenco. Il s'est écroulé dès qu'il est entré.

Justin se rappela alors où il se trouvait. Il prit conscience de sa tête reposant sur l'accoudoir du canapé, et qu'une couverture avait été posée sur ses épaules. Prudemment, Brian s'était rapproché de lui. Il sentit ses doigts glisser sur son front. Leur contacte l'aida à se détendre, mais il n'ouvrit pas les yeux, ne faisant pas un geste pour signaler qu'il était éveillé.

_ Je l'ai ramassé au beau milieu de la route, poursuivit Michelle, en ramenant Chiara du jardin d'enfants. Il était seul, dans le froid. T'aurais vu sa tête, il faisait peine à voir.

_ Me regarde pas comme ça, protesta la voix de Brian, je n'y suis absolument pour rien.

_ Vous n'aviez pas rendez-vous ou un truc du genre ? insista la jeune femme.

Hein ?

_ Je ne savais même pas qu'il avait le droit de sortir en semaine. Et je ne lui aurais jamais demandé de le faire.

Qu'est-ce que ça voulait dire ? Dumenco était au courant ?

_ Bon, conclut-elle, je vais attendre qu'il se réveille, puis j'appellerais le pensionnat.

Sur ces mots, elle se dirigea vers la cuisine. Brian était resté près du canapé, sa main pendant le long de son corps, se trouvait juste au niveau des yeux de Justin. Instinctivement, le jeune homme leva la sienne vers lui, et la glissa à l'intérieur. Brian ne sursauta pas, ne parut même pas surpris de le voir éveillé. Ses yeux étaient à présent grands ouverts, et fixait le visage de l'homme au-dessus de lui.

_ Tu lui as tout dit... articula-t-il d'une voix rauque.

_ T'inquiète, notre secret est en sécurité avec elle.

Il s'était penché vers lui, et lui caressait le visage d'un geste tendre, presqu'affectueux. Il embrassa son front, ses joues, la commissure de ses lèvres...

Quand une petite tornade à l'épaisse chevelure noire déboula dans le salon en criant :

_ Mamaaaaan ! Justin est réveillé !

_ _ _ _ _

Mich et Brian n'eurent aucune explication sur la raison qui avait poussé Justin sur la route, en plein mois de février. Le jeune homme éludait systématiquement les questions qu'ils lui posaient, et faisait mine de ne pas savoir lui-même pourquoi il s'était trouvé là. Invoquant l'amnésie passagère, à laquelle personne ne croyait ; évitant de mentionné un état dépressif. Il n'y eut aucune sanction pour son absence et l'histoire aurait très bien pu en rester là.

Mais suite à cet épisode, Brian remarqua que le comportement de Justin commença à changer. Au début, il ne s'en était pas trop inquiété, pensant qu'il ne s'agissait que de lubies passagères et peu contrariantes en soi. Cela commença par des petites manies, comme de prendre une douche avant et après chaque étreinte, de ne plus vouloir être pris par derrière, et d'être toujours au-dessus. De cela, Brian pouvait facilement s'accommoder. Mais bientôt les choses devinrent plus... dérangeantes. Justin pouvait passer des heures sous la douche, la porte de la salle de bain bouclée à double tour. Brian aurait même juré avoir entendu des gémissements ou des sanglots s'échapper de derrière la porte. D'ailleurs, lorsqu'il consentait à sortir, ses yeux étaient rouges. Il dormait mal également, Brian le devinait aux cernes qui se formaient sous ses yeux. Et parfois, lorsqu'ils s'endormaient après l'amour, Justin commençait brusquement à s'agiter dans son sommeil, et à trembler comme une feuille.

Le jeune homme affirmait que ses cours le stressaient, qu'il croulait sous les devoirs, et que sa famille lui manquait _ cela il voulait bien l'admettre _ mais il ne voulait pas entendre parler de dépression ; un peu de blues, sans plus.

Brian ne croyait pas à ces excuses bidon ; mais avait-il le choix ? Si Justin ne voulait pas se confier, il ne pouvait pas l'y forcer. Mais chaque semaine, chaque jour qui passait, renforçait son mal aise. Il voyait le jeune homme partir à la dérive, sans savoir comment lui venir en aide. Il n'aimait pas ce qui se tramait. Il n'aimait pas assisté à un phénomène sans savoir de quoi il retournait. Et il n'aimait pas voir Justin aussi malheureux.

S'il y avait bien une chose qu'il pouvait appréciée dans le fait que Mich soit au courant de leur... re... rela... Ce truc, là... où on baise plus d'une fois la même personne... rechashion... retavilitaion... BON, OK : une relation.

Bon, bref !

L'avantage, donc, à ce que Michelle soit au courant, était qu'il pouvait du coup évoquer Justin, sans que cela ait l'air suspect. D'ailleurs, il n'eut pas besoin de le faire : Mich aborda d'elle-même le sujet. Alors qu'ils sirotaient une bière, dans l'atelier :

_ Dis-moi, il ne t'a pas paru renfermé ces dernier temps ?

_ Tu veux dire : grognon, sur la défensive, légèrement parano...

_ Je pensais plutôt à : déprimé, perdu et incompris.

_ T'es en train de décrire une crise d'adolescence.

_ Justin a dix-huit ans.

_ Et alors ? Y en a qui n'en sortent jamais. Surtout quand ils sont pédés...

_ Et tu parles en connaissance de cause...

Brian grogna légèrement. Même si la situation était grave, parler ainsi ouvertement de Justin avec Mich ne le mettait pas du tout à l'aise ; surtout qu'il n'était pas question de sexe dans l'histoire.

_ J'ai reçu une lettre de sa mère, poursuit la jeune femme. Apparemment, ses parents vont divorcer...

_ T'entretiens une correspondance avec Mrs Taylor ?...

_ Disons qu'on a sympathisé, toutes les deux, à la réunion, répondit Mich un peu gênée. Elle me fait confiance... Elle espère que je veille un peu sur son fils...

_ Si elle savait de quelle manière, ironisa Brian.

Michelle n'osa pas répondre. Hésitant sur la conduite à tenir en de telles circonstances. Brian et Jennifer étaient de parfaits étrangers l'un pour l'autre, cependant unis par leur amour pour la même personne. Qu'ils soient, chacun de leur côté, conscients de la situation était une chose. Mais Mich n'était pas certaine de la réaction qu'aurait Brian, s'il apprenait dans quelle circonstance elle avait découvert son secret. Qu'elle soit au courant, soit ; mais que la mère de Justin le soit rendait les choses tout autrement. Cela briserait la clandestinité et le statut non-officiel de leur relation, qui rassurait tant Brian.

_ Comme je le disais, poursuivit-elle, préférant changer de sujet, ses parents vont divorcer ; c'est peut-être ça qui le travaille...

_ Pourquoi ? répliqua Brian désinvolte. Moi, j'aurais été ravi que mes vieux se séparent...

_ Mais Justin n'est pas toi. Lui, il sait ce qu'il perd : même si aujourd'hui les choses ne sont pas au top, il a connu une enfance choyée, avec des parents qui le soutenaient et le protégeaient. Depuis son coming-out, tout par en couille. Quelque part, il doit se sentir responsable...

_ Connerie...

_ Je ne te le fais pas dire. Mais, il n'empêche, il a beau être précoce sur tous les plans ; il reste un enfant à qui on a demandé de grandir trop vite.

_ C'est la mère ou la prof qui parle ?

_ Les deux.


1 Je suis laid, Cali