Ohayo mina' !

On embraye pour un nouveau chapitre, qui est la fin du mini-arc "Maman de Luffy/Nami" (désolée, j'ai rien trouvé de mieux pour qualifier ça. Oui, je suis nulle. Navrée.). Et vous allez ENFIN savoir le nom de la mère de Luffy ! \o/ personne pourra plus m'engueuler ! [ooh, cette vulgarité !] (hé hé)

Soupçon de lemon pour ce chapitre... ;)
Je retrouve les guests en bas de page ! Et...

Enjoy it !


J-138 avant l'impact.

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POV Ace :

Nnghnn… ma têêêête… j'ai l'impression qu'on me scie le crâne en deux, et la fièvre me fait claquer des dents. J'ai rarement été aussi malade, et j'essaye de m'dire qu'une cochonnerie de c'genre aurait tué Sabo : ça m'oblige à pas m'laisser aller.

Le réveil indique vingt-deux heures, et Luffy m'a vaguement répondu au moment du déjeuner après avoir renvoyé l'appel. Ça devait signifier qu'il était occupé, en pleine discussion avec sa mère. J'espère vraiment que tout va bien se passer, il avait l'air de vouloir réellement se faire pardonner de son départ et de son absence de nouvelles pendant toutes ces semaines.

Quand j'avais le malheur de rentrer trop en retard de l'école, parce que j'avais trainé sur le chemin, je trouvais ma mère folle d'inquiétude, les yeux mouillés de larmes. Elle pensait même pas à me passer un savon, trop heureuse qu'elle était de m'retrouver entier et vivant. Mon père, par contre, c'était une autre histoire. La vache, les roustes qu'il pouvait me mettre quand j'déconnais… j'crois que mon cul s'en souvient encore… ! Sabo aussi s'était pris une volée, la fois où mon père nous avait surpris en train de fumer une cigarette, derrière la maison. On était vraiment pas fins, sur ce coup-là… on toussait à s'en arracher les poumons et Sabo a passé deux jours entiers à l'hosto après ça ; on avait quoi… dix et onze ans ? c'était moi l'aîné, mon père disait que je n'étais qu'un petit con inconscient quand j'entraînais Sabo dans mes conneries.
Un point pour toi, papa.

Je me demande quelle enfance a eu Luffy ; je sais qu'il a reçu une éducation… disons… old school ?, qu'il a été élevé en bon chrétien et qu'il prie avant de venir vendre son âme dans mes draps.

Mais j'en sais pas plus, hormis qu'il voulait revoir sa mère. Il m'a jamais parlé de son père, et je me rends compte que je suis un idiot. Je prends mon portable et je compose le numéro de Marco ; à cette heure-là, il doit pas être en train de pioncer, en théorie…
Une, deux, trois sonneries, et sa voix endormie, presque lente, résonne dans le container.

- Yoi.

- Salut, l'Ananas.

- Oh, très drôle. J'me tape une barre, ça doit s'entendre, non… ?

- Roh, j'déconne. Si j'te donne un nom, tu peux m'en dire plus sur son CV ?

- T'embauches ?

- Crétin.

- J'te trouve ça, donne-moi son nom.

- Monkey D. Luffy.

Je l'entends se bidonner, et un sourire étire mes lèvres. J'ai pas encore pensé à le charrier sur son nom, il va falloir que j'y pense très sérieusement avant d'oublier. Je le sens bien susceptible, pour le coup… !
Hé ! Je me marre d'avance…

C'est le silence, à l'autre bout du fil, à part le tap-tap régulier de doigts sur un clavier, interrompu par des clics de souris. Marco fredonne et je l'imagine, yeux plissés, air endormi, lunettes sur le nez, dans sa vieille chemise mauve, penché sur ses ordinateurs… ce type a un flegme, j'ai jamais vu ça, c'est impressionnant. La seule fois où je l'ai vu normal, c'était quand une connaissance commune lui avait fait renifler un rail de coke. Et lui… il était à peine plus réveillé qu'avant.

Je crois que ce type a un problème aussi, sérieux. Limite, rien ne peut jamais l'atteindre, et j'aimerais bien être aussi relax que lui en toute circonstance. Je sais qu'il a un petit frère, mais quand je lui ai demandé s'il était aussi peace que lui… il a juste souri comme un con en disant qu'il était branché sur le secteur en permanence, surtout à proximité de tout ce qui avait une poitrine et un vagin.

- Euh… tu veux savoir quoi exactement ?

- Ben, tout.

Je m'assois en tailleur dans le lit et j'enroule la couette autour de moi – je me pèle les fesses, la fièvre me donne l'impression qu'il fait un froid de canard, dans le container. Il ne manque plus que Luffy, et je serai le malade le plus heureux de la Terre.

- Il est né le 05 mai 1995. De Monkey D. Dragon et Boa Hancock.

Pardon ?

- … Boa Hancock ?

- C'est c'que j'ai dit.

- La Boa Hancock ?

- De toute évidence.

- Le mannequin de Victoria's Secret… ?

J'ai déjà retrouvé des vieux magazines où elle pose dessus – ils étaient à mon oncle Rayleigh et je me rappelle qu'avec Sabo, on pouvait passer des heures à regarder ces images. Trucs de gosses un peu débiles.
… mon p'tit frère avait peut-être un grain, lui aussi.
Bref, pour résumer, Boa Hancock était carrément bandante, et je fais aussitôt la relation avec son « mini-elle ». Luffy a le port altier de sa mère, on dirait, et il en a hérité la perfection physique.

J'ai du bol d'être tombé sur lui, tiens.

- Oh, ça fait presque vingt ans qu'elle défile plus, tu sais ? elle a eu quarante-sept ans y'a pas très longtemps, et elle a tout arrêté à partir du moment où elle a eu son rejeton.

Comment une femme qui a eu une vie aussi… hum, dissolue que celle d'un mannequin peut-elle avoir raccroché comme ça, pour devenir aussi stricte et disciplinaire ? enfin… la grossesse doit vraiment pas arranger.

J'en sais rien, il faudra que je demande à Luffy.

Et puis, merde… Dragon… ça me dit quelque chose. Indéniablement. J'ai déjà entendu ce nom quelque part, mais j'arrive pas à me rappeler quand ; ça doit r'monter à beaucoup trop loin, au moins dix ans, si ce n'est plus.

- OK, pourquoi pas. Continue.

- Père avocat, écoles publiques jusqu'en 2010, inscription en cours de semestre à Harvard-Westlake. Déscolarisé depuis quelques mois, maintenant. Inscrit à pas mal d'activités extra-scolaires, du sport, de la musique… du bénévolat à l'ASPCA, aussi, tous les samedi.

Je suis pas vraiment surpris que Luffy passe son temps dans une association qui s'occupe de la protection des animaux. Moi, les bestioles, j'ai horreur de ça. Mais je le vois bien faire ce genre de trucs, c'est tout à fait lui.

- Rien de spécial sur ses parents ?

- Euh… son père était avocat.

- Était ? il s'est reconverti ?

- Ouais, dans les pissenlits et les boîtes en hêtre. Il est mort y'a dix ans déjà.

… oh. Luffy ne m'avait jamais parlé de ça. Quel genre de relation est-ce qu'il entretenait avec lui ? est-ce qu'il était proche de lui ? C'est ce qui explique le fait qu'il ait autant de remords à propos de sa mère… il a passé presque toute sa vie avec elle, il veut la protéger, la ménager.

- Des frères, des sœurs ?

- Non, mon vieux. Fils unique. Besoin d'autres choses ?

- Nan, ça ira, merci. Désolé d't'avoir réveillé, souris-je dans le téléphone.

- J'retourne pioncer. À plus.

- Ouais, ciao.

Je raccroche et j'me rallonge dans les draps… je suis pensif, comme toujours quand j'pense à Luffy. Ce gamin me donne plus mal à la tête qu'autre chose, quand j'essaye de le comprendre. Je suppose que ça doit être pareil pour lui. Il a du mal à concevoir qu'on puisse être aussi monstrueux que moi, et moi j'galère quand je pense à ce qui a pu l'entraîner aussi soudainement dans le mauvais côté. Des tas de gamins perdent leurs parents, et c'est pas pour autant qu'ils suivent le premier tueur du coin… il a eu une vie heureuse, j'en suis sûr. Alors… pourquoi est-ce qu'il a basculé de cette manière ?

Je frissonne et je me blottis sous ma couette, avant de fermer les yeux. Tu parles d'un tueur... c'est limite si je passe pas l'arme à gauche, j'ai jamais été aussi raplapla.

J'entends un grincement et mon œil s'ouvre. Je reconnaitrais son pas n'importe où.
L'heure a changé, j'me suis assoupi quelques heures supplémentaires... l'est une heure du matin. Hé ben.

- Désolé, j'ai un peu traîné en boîte avec Nami. J'pensais pas rentrer si-… oh. Encore en train de dormir, hein…

La porte se referme, et une veste se pose sur le canapé. Des chaussures, le cliquetis d'une ceinture. Les pas avancent vers moi et le noir ne fait qu'accentuer mes autres sens ; j'ai beau être malade, je sens son parfum. Même s'il fait nuit... je sais parfaitement où il est. J'entends le froissement d'un jean, le bruissement d'un tee-shirt...
Luffy grimpe sur le lit et sa main tâtonne pour me trouver ; il touche mon bras et je fais l'endormi, juste pour voir ce qu'il va faire. Ouais, je sais, c'est pas fair-play.

Il pose sa main sur mon front et je l'entends soupirer, avant de repousser mes cheveux pour embrasser ma tempe. Je le trouve glacé... j'crois que ma fièvre ne s'arrange pas. Il descend du lit et s'éloigne vers la cuisine, dans l'obscurité. J'entends l'eau qui coule, le robinet se referme et il revient vers moi. Le lit bouge, encore, et un linge froid et humide se pose sur mon front.
Hé hé, j'ai mon infirmière perso. Pas mal, c'est presque le grand luxe.

Il tire un peu la couette et les draps pour me découvrir, et je ne peux m'empêcher de frissonner. Ça caille... ! Luffy se couche contre moi et son corps frais est presque douloureux à toucher. Il entremêle ses jambes aux miennes et il embrasse mon épaule en me caressant le dos.

- ... j'ai vu ma mère, murmure sa voix. Longtemps.

Il croit que j'suis réellement endormi, j'en suis sûr. Et même si j'ai très envie d'lui signifier que je suis réveillé, je me tais. Luffy est tellement pudique sur sa vie et ses sentiments que j'ai pas envie de l'interrompre, alors qu'il a trouvé le courage de se confier.

- ... elle voulait que je te quitte. Que je retourne avec elle, pour ne plus jamais te revoir. Elle te déteste, et elle pense que tu vas me faire du mal. Elle m'a dit… pourquoi t'as été en prison. J'savais pas que c'était… pour ça.

Comment est-ce que sa mère sait ça...? j'étais mineur à l'époque, les dossiers restent plus... confidentiels. Et Luffy était encore un peu jeune pour enquêter sur ce qui se passait dans le monde, à ce moment-là. Il inspire profondément et se niche contre moi. Un vrai glaçon... ou plutôt, c'est moi la fournaise en ce moment.

- Je lui ai dit que ça n'arriverait jamais, mais elle sait que je mens. Je me mens en lui mentant à elle. Je voudrais pouvoir lui jurer que tu ne me toucheras pas... pas de cette manière, mais... j'arrive même pas à m'en persuader moi-même.

Et moi j'arrive même pas à me vexer. Le pire dans tout ça c'est qu'il a raison. Je lui ai dit que je ne lui ferai pas de mal, et je lui ai menti aussi. Les sentiments que j'ai pour lui me perturbent énormément, et ça s'ressent dans ma façon d'agir. J'ai changé. J'ai du mal à y croire mais j'dois me rendre à l'évidence.

- Je t'aime. J'voudrais te sortir de tout ça et avoir une vie normale avec toi... mais j'peux pas.

Il pleure ; je sens ses larmes qui coulent sur ma peau.
Il fait comme tous les autres avant lui, mais pour des raisons diamétralement différentes. Tous ceux qui ont partagé mes draps, même une nuit... ils ont tous pleuré et supplié, le matin venu. Garçons, filles... peu importe.
C'est pour ça que je n'ai jamais voulu que Shakky vienne ici. Je me suis trop attachée à elle, et je lui dois tellement... je serais pas de ce monde sans elle. Ce qui est sûr, c'est que Luffy est le seul à avoir réchappé à une nuit avec moi. Pour reprendre mes propres mots quelques mois plus tôt, j'étais censé le culbuter, jouir, et l'envoyer ad patres. C'est ce que j'ai toujours fait, et rien ne m'a fait déroger à ça depuis... depuis tellement longtemps que j'm'en souviens plus.

Luffy aurait dû mourir, ce soir de janvier. J'aurais dû le tuer, pour plus m'embêter avec ça. Mais à mon réveil, j'ai pas pu en finir. J'avais hésité, encore et encore, ce que j'fais jamais en temps normal... et il est encore en vie, aujourd'hui, après tout c'temps.

- ... pardon... de pas réussir à te faire remonter à la surface...

Il me grimpe dessus et bascule face à moi, et se tortille pour se faire une place dans mes bras. Il y a autre chose que son parfum... celui d'une femme, j'en suis sûr. Subtile odeur de mandarine. Nami... ? Hancock ?
Luffy tire le drap sur nous et colle son corps glacé contre le mien, et ses lèvres embrassent mon torse. Par instinct, j'le serre doucement contre moi, mais il a pas l'air de croire que j'suis réveillé... ça veut dire que j'dois faire ce genre de trucs dégoulinants de guimauve en temps normal, quand j'dors.
Urgh... la honte.

Finalement, au bout d'un long moment, sa respiration s'amenuise et devient plus régulière ; il est figé comme une statue et j'comprends qu'il s'est endormi, sûrement épuisé par sa journée à crapahuter.
Rester réveiller m'apportera rien de bon, j'ai trop d'questions dans la tête, alors je ferme les yeux et je me laisse bercer par le souffle de Luffy.

. . . . .

J-137 avant l'impact.

- Aaah... n-non...!

Je me réveille quand des gémissements montent à mes oreilles ; j'ouvre les yeux, dans le noir du container, et je me tourne sur le côté. Luffy s'agite et ses sanglots achèvent de me sortir des limbes du sommeil.
Il fait encore nuit, je suppose. Je sais pas quelle heure il est, j'vois pas l'réveil.

- Lu' ?

Il fait un cauchemar. J'essaye de l'apaiser en lui caressant le dos, mais il y'a rien à faire ; je sens ses larmes sur mes lèvres quand j'embrasse sa joue.

- A-Ace... pas ça !

Je savais que c'était qu'une question de temps avant que j'vienne hanter ses cauchemars. Et même si je m'y attendais... ça m'fait du mal. De savoir que son inconscient me voit de cette manière.
Je le serre contre moi ; son petit corps gigote dans mes bras et je l'embrasse doucement dans le cou.

- A-arrête...

Ses pleurs m'angoissent.
Est-ce que j'les entendrai réellement un jour ? Est-ce que j'finirai par lui faire du mal... ?
J'ai pas de pulsions incontrôlables à proprement parler. Ma folie se traduit par le plaisir jouissif que je prends à tuer, mais je sais que je suis borderline. Qu'il ne m'en faudra pas beaucoup pour basculer, moi aussi. Et ce jour-là, il s'pourrait bien que la seule personne présente à mes côtés soit Luffy.
Et j'me le pardonnerais jamais.

- Pitié… pitié !

Sa sueur est glacée, et son corps tendu à se rompre tremble contre le mien. Il se débat, gémit, sanglote encore et se réveille soudain en sursaut, haletant, les mains sur son ventre. Il tâtonne frénétiquement et allume la lumière, qui inonde le container, et contemple ses mains et son abdomen. Il repousse les draps et court dans le container d'à côté ; je le vois agripper l'évier, se courber et vomir à grand bruit.
Ouch.

Je vire les couvertures et j'me lève pour le rejoindre ; la fièvre a baissé, je me sens vraiment mieux... ou alors, c'est l'inquiétude qui me ronge et qui me rend plus lucide, j'en sais rien. Je traverse les containers et j'pose une main sur son dos ; il sursaute violemment et me jette un regard terrifié par-dessus son épaule. Ça dure pas longtemps, à peine une fraction de seconde, mais c'est suffisant pour me geler sur place.

- Tu...

Ses mots s'étranglent dans sa gorge et son estomac se révulse ; son haut-le-cœur le projette contre l'évier et je l'empêche de s'assommer contre le meuble, alors que les restes de son dîner partent dans le siphon. J'ouvre le robinet et je lui mouille le visage et les cheveux, avant d'embrasser sa nuque. Il transpire la peur et sa peau est acide, encore.
Je me demande c'que sa mère a pu lui dire exactement sur moi. Luffy m'a toujours dit qu'il préférait faire l'autruche et pas savoir, pour pas être hanté par des images qu'il sait qu'il supportera pas, alors j'ai jamais insisté pour me confier plus que je ne l'avais fait. C'était son choix, après tout, et qui étais-je pour lui imposer quelque chose dont il voulait pas...?

- ... c'était juste un rêve, Luffy. Rien qu'un rêve... tout va bien.

Je lui caresse les cheveux et je remarque qu'ils sont un peu plus courts ; bizarre.
Il tremble et ses doigts se crispent sur le rebord de l'évier, pendant qu'il lutte contre la nausée qui a l'air de le tirailler encore. Je parsème son épaule de baisers et il ferme les yeux en prenant une profonde inspiration.

.
POV Luffy :

Je dois me calmer. Juste un rêve...
Je baisse les yeux et je contemple mon ventre. Oui, rien qu'un rêve. Mais c'était... tellement... réel ? Tout y était : le rire d'Ace, son expression terrifiante, mes supplications et mon sang qui se répandait sur le sol. Je secoue la tête pour chasser les réminiscences de ce cauchemar. Je veux oublier et ne plus jamais y penser. Plus jamais. Dans mon rêve, je m'en suis pissé dessus de trouille ; aucune gloire là-dedans, juste une réaction primaire, instinctive. Mes cours de biologie me reviennent en mémoire, alors qu'ils n'ont vraiment rien à foutre dans ma tête à ce moment-là. Sécrétion de catécholamines, activation du système nerveux sympathique, relaxation du sphincter vésical. Et pfiou, ton honneur qui part avec l'urine qui te trempe le pantalon. Ça faisait marrer Ace, pendant qu'il m'étripait.

Mon cœur se soulève mais je résiste, pour ne pas aggraver mon cas. Ace va me prendre pour une tante si je continue à faire l'écœuré pour un simple rêve.

- J't'embrasserais bien, mais j'ai peur de gerber aussi, sourit sa voix dans mon oreille.

Je ne peux pas m'empêcher de sourire à mon tour, et ses mains posent ma brosse à dents et mon dentifrice entre mes doigts. Mon sourire s'élargit et ses lèvres caressent mon front. J'ai du mal à croire que deux minutes plus tôt, il était occupé à me torturer de la plus atroce des manières. Dans mes rêves, en tout cas...
Je me détourne et j'étale mécaniquement le dentifrice sur la brosse, que je fixe pensivement, en songeant aux recommandations de ma mère. Oui, maman, je me brosse les dents. Non, je ne vis pas comme un plouc. Oui, Ace se lave comme moi et il sent bon.
C'est un parfum que j'aime, aussi. Humer sa peau quand on sort de la douche. Elle sent le savon et le propre... comme les draps. Ace fait partie des gens qui râlent contre les draps qui viennent d'être lavés, genre ils sont rêches ou je-sais-pas-quoi ; mais moi, c'est ce que je préfère. Et de toute façon, avec toutes les cochonneries qu'on y fait, il vaut mieux pour nous qu'ils soient propres.

Est-ce que quelqu'un pourrait m'expliquer pourquoi je pense aux draps ?!

Peut-être parce que c'était l'endroit où Ace prenait son pied à m'ouvrir le ventre. Ouais, c'a l'air d'être une bonne raison, en effet. Le goût mentholé du dentifrice calme mes nausées, et j'essaye d'ordonner mes pensées en tentant de mettre de côté la terreur dans laquelle je me suis réveillé. Ace promène son nez dans mon cou et je l'entends inspirer mon odeur.

- ... tu sens la fille.

- Nami est câline quand elle a bu. Je l'ai ramenée à l'internat, elle était pendue à mon cou, marmonné-je, la bouche pleine de mousse.

- Oooh. Je vois. Tu as résisté à son charme alcoolisé ?

Il me taquine, et je sens qu'il veut me distraire de mon rêve et de ma réaction épidermique.
Je lui jette un coup d'œil en biais et un sourire que je sais provocant vient étirer mes lèvres - ça fait toujours son petit effet sur Ace.

- Moi, oui. Elle, par contre...

- Tu lui plais ?

- Non, je suis pas son genre. Ça l'empêche pas de vouloir m'en rouler une quand elle est saoule et célibataire depuis trop longtemps. Alors bon, quand elle met sa langue dans ma bouche, j'me pose pas trop la question et j'la rassois dans son siège.

- C'est c'qu'elle a fait c'soir ?

- Ouais, comme d'hab.

- J'suis jaloux à mort.

- D'elle ou moi ?

- Crétin. Rince-toi, tu fous de la mousse partout.

Et il a complètement raison, j'ai repeins la paillasse de la cuisine avec le dentifrice qu'il m'a donné. Je me rince la bouche et j'entends Ace s'éloigner, pendant que je nettoie les dégâts. J'asperge l'évier de détergent et je frotte, avec pour objectif de l'aseptiser littéralement ; Ace est tellement maniaque que je suis sûr qu'il refuserait de laver sa vaisselle là où j'ai vidé mes tripes.
Normal et compréhensible, sauf que lui serait capable de foutre le feu au meuble et d'en reconstruire un autre. J'ai vraiment pas envie qu'il fasse ça, alors je m'active à tout récurer au maximum.

Ace va ouvrir le container, et je le rejoins après avoir terminé mon activité de femme de ménage. Je m'essuie les mains et je m'approche des portes ouvertes, où Ace s'est éloigné, pieds nus, sur le quai désert. Je sors à mon tour en frissonnant et l'air vicié du port me fait tousser. Les lumières de Los Angeles se reflètent sur l'eau et je contemple les hauteurs de la ville, en me demandant si ma mère dort, malgré l'heure avancée de la nuit.

Je repère la silhouette d'Ace un peu plus loin, sur la droite. Il s'est assis au bord du quai et balance ses jambes au-dessus de l'eau noire, visiblement pensif. Je traverse la place bétonnée et je m'assoie près de lui, mais à une distance un peu plus saine du rebord - j'ai encore la tête dans le cul et tomber dans l'eau croupie et polluée ne m'attire pas plus que ça. Ace tourne la tête, me sourit et me caresse la joue.

- Tu vas attraper froid.

- Tant pis.

J'insiste pas ; c'est un grand garçon, il se gère tout seul, hein... je m'allonge sur le bitume râpeux et je pose ma tête sur ses cuisses, et j'essaye de regarder les étoiles. Trop de lumière, de pollution... rien d'autre qu'une couche orangée, qui renvoie les lueurs des milliers de belvédères. Ace caresse mon visage, et descend à mon ventre, qu'il touche doucement.

- ... Je suis désolé.

- Pour quoi ?

- Pour rendre tes nuits si pénibles.

- Ah. Pas grave.

- Si, c'est grave. Je n'ai pas envie de te savoir... aussi mal à cause de... ta mère t'a parlé de moi ? ajoute-t-il après un silence.

C'est compliqué. Je ne suis pas sûr d'avoir envie de me rappeler de ça, mais ce qu'elle m'a lancé tout à trac n'a certainement pas dû aider mon subconscient à être en accord avec mes desideratum. D'un côté, mon envie de rester avec Ace, quoiqu'il arrive, parce que j'en suis éperdument amoureux. Et de l'autre... j'aurais préféré ne jamais savoir.

- Ouais, un peu. Mais ça fait rien... c'est pas comme si j'étais ignorant.

Sa main chaude me caresse toujours le ventre, et son regard fixe mon abdomen. Qu'est-ce qu'il imagine ? sa lame, qui m'éviscère...? j'ai lu quelque part qu'un être humain peut survivre jusqu'à plusieurs jours avec les tripes à l'air. Je me demande si Ace prend en compte ce paramètre. Comment est-ce qu'il s'y prend ? est-ce qu'il répond à un mode opératoire, comme on le voit dans les trèèès nombreuses émissions qu'on consacre aux tueurs ? est-ce qu'il a des préférences ? est-ce qu'il garde ses victimes longtemps, des heures, des jours, ou est-ce qu'il les tue aussitôt...? il les emmène quelque part pour jouer avec... ou les laisse-t-il le ventre ouvert dans la ruelle ou sur le trottoir où il les a tuées...?

Ace trace des cercles délicats autour de mon nombril et longe l'élastique de mon boxer, avant de frôler mon aine et de caresser mes cuisses ; ses yeux quittent mon ventre et se plongent dans les miens, et il garde le silence. Il fait trop sombre pour que je puisse lire quelque chose dans son regard... et c'est peut-être mieux comme ça. Un léger sourire étire ses lèvres, et son visage se penche vers le mien pour embrasser mon front.

- T'as le droit à une question, murmure-t-il dans mes cheveux.

- Combien ? lancé-je aussitôt à brûle-pourpoint, sans même prendre le temps de réfléchir.

- ... chaque année, des centaines de milliers de personnes disparaissent, aux États-Unis... je prélève mon tribut sur ce chiffre.

- Combien ? répété-je.

- ... je ne sais pas tellement. Depuis la première fois, je dirais... trois cents... ? plus... ? j'en sais rien, honnêtement. Et puis... est-ce que c'a une importance...? le péché reste le même.

- C'est marrant, que tu parles de péché. Tu m'en as fait commettre beaucoup, ces trois derniers mois...

- ... t'as aimé ça, ne prétends pas le contraire, chuchote-t-il avec un sourire en coin.

Je me hisse vers lui pour l'embrasser, et je le sens sourire, encore.

- ... quoi ? murmuré-je en caressant son torse.

- ... ben... un deuxième brossage de dents s'impose, je crois.

Ma vexation n'a d'égale que la rougeur de mes joues alors que je me lève pour retourner au container sous le regard d'Ace qui s'excuse en pleurant de rire. Il a encore détourné la conversation, et de façon redoutablement efficace. Il est bon à ce jeu, bien meilleur que moi... il a eu des années pour s'entraîner à cacher les ténèbres qui grondent en lui.

Des centaines… des centaines de vies brisées, de morts violentes, de hurlements… comment est-ce qu'Ace peut supporter tout ça ?

Mais ma susceptibilité s'évapore quand il m'adresse son sourire le plus canaille, en entrant à ma suite dans le container.

- Bon, et elle ressemble à quoi, ta Nami ?

Hé ouais, j'ai menti à ma binôme ; Ace ne sait même pas à quoi elle ressemble – si, à une fille rousse et plantureuse, sans plus. Nami n'est pas facile à décrire, hormis qu'elle est belle et qu'elle a un caractère de merde. Je vais chercher mon téléphone, ma brosse à dents dans la bouche, et je lui montre une des photos que j'ai pu prendre d'elle. Enfin, de nous : nous sommes dans les toilettes pour hommes, sous les néons crus de la discothèque où on a trainé pendant près de deux heures avant de se séparer. Bras dessus, bras dessous, on sourit au miroir, et Nami est vraiment jolie, dessus – oui, c'est une garce, et oui, je l'apprécie beaucoup. Même si le boulot, c'est pas trop ça.

Ace la contemple en s'appuyant au bureau et détaille sa tenue ; ses doigts zooment sur mon smartphone, et je ricane en l'imaginant grossir sa poitrine – comme si y'en avait besoin. Il relève la tête et me lance un coup d'œil intéressé.

- Tu l'as baisée ?

- … pardon ? susurré-je, mielleux. J'ai pas bien entendu…

- Tu l'as niquée ? tente-t-il, en changeant de vocabulaire.

- … non ! m'exclamé-je après un temps de latence.

- Ben quoi, elle est bonne… ! tu trouves pas ?

L'innocence incarnée. J'ai l'impression qu'il me demande quel temps il fait, alors qu'il cherche à savoir si j'ai eu des relations sexuelles avec ma binôme de la prépa… j'hallucine, ce type est vraiment timbré… !

- J'suis pas bi, moi ! j'aime que les mecs ! protesté-je avant de me rincer la bouche.

- Le jour où t'emballeras une meuf comme ça, Lu', tu changeras d'avis, crois-moi.

- Ben justement, c'est ce que j'ai fait quand j'ai eu quatorze piges. Et juste après, j'ai emballé un mec et j'ai compris que les nanas, c'était pas mon truc.

- Un plan à trois, ça t'dit pas ? me défie-t-il avec un sourire goguenard.

- On en a parlé, figure-toi, mais elle est pas branchée sodomie, raillé-je en retournant me lover dans les draps, pendant qu'Ace me rejoint. Tu vas t'en sortir ?

- J'pense que c'est pas le seul endroit disponible chez elle, si tu m'suis, murmure-t-il en grimpant sur le lit, une expression perverse sur le visage.

- OK pour le plan à trois, j'l'appelle, elle va être heureuse, tu peux m'croire.

Ace s'étend près de moi et enfouit son visage dans mon cou, en y déposant une ligne de baisers avant de remonter à mon oreille et d'y passer le bout de sa langue.

- Désolé, Lu', mais pas de plan à trois tant que tu seras avec moi.

- Ça te fait peur ? le défié-je en me retournant sur le ventre, le nez dans l'oreiller, en cherchant une position pour me rendormir.

- Si je veux pas de plan à trois…

Il plaque une main entre mes cuisses et ses doigts entre mes fesses me font perdre le fil de la conversation.

- … c'est parce que ça, comme le reste, c'est à moi. Capito ?

- Tu partages pas ?

- Jamais ce qui est à moi, susurre-t-il.

- … tu penses que je suis à toi ?

Ce n'est pas un reproche, c'est presque… un constat. Une question rhétorique : je lui demande ça, mais je suis un parfait crétin, puisque je connais déjà sa réponse. Ace ne me partagera jamais avec quelqu'un.
Il se rapproche, se redresse et passe lentement au-dessus de moi, en s'asseyant doucement sur mes cuisses. Je frémis à la sensation de son sexe contre mes fesses, et sa voix résonne près de mon oreille, basse et sensuelle.

- … si quelqu'un d'autre que moi te touche comme ça… j'le tuerai, chuchota-t-il, menaçant.

- Personne ne me touchera, murmuré-je en cambrant le dos sous ses caresses.

- J'déconne pas, Lu'. T'es à moi et à personne d'autre.

Je frissonne et Ace lèche le creux de mon dos, de mes reins à ma nuque ; il n'a plus l'air si malade, à présent. Une autre fièvre s'est emparée de lui, et je pense avoir attrapé le même virus. Ben, ouais, le virus du sexe. C'est incurable mais on n'en meurt pas, en théorie, alors à ce compte-là, je veux bien être malade toute une vie.

- T'en fais pas… c'est toi, juste toi.

Il fait son chemin en moi et j'étouffe un gémissement de bien-être dans l'oreiller ; et là, encore, je me sens entier, complet et heureux. La même sensation physique nous lie, et on ne forme plus qu'un tout. Ace et Luffy, Luffy et Ace ; parce l'un ne va plus sans l'autre, à présent.

Ace plaque ses mains de chaque côté de ma tête, se penche et lèche mon épaule pour récupérer une perle de sueur qui roule sur ma peau. Je frémis, et il accentue ses coups de reins en frottant le bout de son nez sur ma joue.

- … j'te laisserai plus partir, murmure sa voix. J'veux entendre que mon nom dans ta bouche… j'veux être le seul à profiter de toi, j'veux pas qu'un autre se paye du bon temps avec toi…

Je ferme les yeux et je geins sous ses coups de hanches, de plus en plus forts et saccadés ; je tourne la tête par-dessus mon épaule : mon corps encaisse, et nos souffles se mêlent, alors que nos yeux ne se quittent plus. Ses pupilles sont rétractées et vrillent les miennes, et je vois une intense possessivité dans son regard – je suis clairement à lui, pas à un autre.

- Ça arrivera pas, Ace… aaah… t'en fais p-pas… !

- Tu m'quitterais pour quelqu'un d'autre ? lance-t-il en m'appliquant un coup de reins profond qui me fait voir des points noirs.

- N-non… non… jamais… j'te l'jure…

- Fais pas d'promesses que tu tiendras pas, Lu'…

- J'reste avec toi…

- Pour toujours… ?

- P-pour toujours, o-oui…

Il agrippe mes poignets et les plaque devant moi, d'une main, alors que l'autre agrippe ma hanche et me tient fermement contre le matelas, pour que je ne lui échappe pas. Il sourit contre mon oreille en m'entendant haleter de plus en plus fort au rythme de son va-et-vient, et mes lèvres trouvent les siennes, encore. Le baiser est long et nous coupe le souffle, mais j'aime beaucoup trop ça pour m'arracher à ses lèvres.

Mon portable vibre, quelque part dans les draps ; la sonnerie de Zoro. Mais Ace le balance dans nos fringues, un peu plus loin sur le sol, et saisit mes jambes pour relever mes fesses vers lui et me prendre encore plus fort.

- Rien qu'à moi, susurre-t-il. Tu l'as promis.

Mes paupières se ferment et je me résigne à ce constat qui sonne comme une sentence, alors que mon corps tressaute à chaque fois que son bassin claque contre mes cuisses. Je me déteste d'être aussi faible. Aussi mordu, aussi dépendant de lui.
Et une évidence s'impose à moi, bête et primaire, alors qu'il me prend sans douceur, au gré de son envie purement égoïste : je n'ai jamais fait l'amour avec Ace. Je ne suis jamais resté là, étendu sur le dos dans les draps, Ace au-dessus de moi, mes jambes autour de lui. Les yeux dans les yeux, à se regarder alors qu'il vient en moi. Une position somme toute ennuyeuse pour lui, j'en suis sûr, mais tellement significative pour moi. C'est la vision naïve et préconçue que je me suis faite d'un ébat passionné et amoureux, depuis que je suis ado.
Et ça n'arrivera jamais.

Ace me sent un peu ailleurs, et un coup de rein et une étreinte plus tard, je me retrouve plaqué face aux casiers, la joue contre le métal froid des étagères que j'agrippe pour me soutenir, pendant qu'Ace me martèle encore et encore.

Son ardeur à me posséder est douloureuse, mais je me contente de gémir de plaisir sous ses coups de hanches, en oubliant le reste pour me concentrer sur le plaisir physique pur et intense qu'il me donne.

Je ne peux pas lui en vouloir, pour quoi que ce soit.
Jamais.

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MorceauDeSucre : non, pas d'inceste ici, j'vais pas pousser le bouchon jusque-là ! ^^ très bon voyage à toi, sous le soleil j'espère bien. On reverra Sabo pour d'autres chapitres, promis ! des bisous à toi aussi, merdi pour les reviews !

Raphaelle : noooon. Rien entre Boa et Ace, c'est pas dans le genre de la mère de Lu'. Trop stricte ;) et pas de 3some avec Nami, Luffypourrait pas, c'est au-dessus de ses forces au p'ti bouchon ! à bientôt peut-être !

À la semaine prochaine, mina' !