Une nouvelle journée commença pour Josie Rizal, dans la prépa langues et lettres du lycée Mishima. Et cette journée commença encore avec une bonne dose de stress : dès le début de l'après-midi, comme certains jours précédents, les environs avaient été plongés dans les eaux noires. Ses camarades de classe s'étaient penchés sur le problème, dans une sorte de groupe de travail dirigé par celle qui voulait qu'on l'appelle par tout sauf son vrai nom : Master Raven (on l'aurait bien appelée Janine ou Monique, juste pour rire).

Josie aurait bien aimé avoir eu la même idée. S'appeler Josie Rizal, c'était comme si son nom était Charline de Gaulle ou un truc du genre (José Rizal est le nom d'un héros national philippin). Mais elle n'avait pas eu le temps de prévenir les professeurs, et son nom avait retenti dans toute la classe dès le premier jour d'appel.

Tant pis…

Josie avait un peu suivi les travaux de ses camarades, mais la plupart du temps, elle n'avait été témoin de rien. En fait, c'était la première fois, ce jour-là, qu'elle voyait la fameuse dimension parallèle dont ils parlaient.

Voyant la situation se prolonger jusqu'au soir, Master Raven avait demandé à tout le monde de la retrouver. Comme ils étaient sérieux, ils avaient prévu de finir quand même le principal de leurs devoirs avant (sans les lectures, et sans les révisions, le strict minimum). Il ne restait plus qu'une demi-heure avant le regroupement, et Josie peinait à faire son plan d'analyse d'un texte de treize pages qu'elle avait mis au moins une heure à lire déjà.

La jeune fille faisait la fierté de sa famille aux Philippines. Mais chaque fois qu'elle se retrouvait dans une situation source d'angoisse, c'était la fin du monde. Josie en était venue à fondre en larmes plus d'une fois après un contrôle ou une colle. Jamais pendant, heureusement, mais souvent avant et après. Systématiquement, même.

Tous les jours, c'était une véritable lutte pour reprendre confiance en soi. Elle était parfaitement capable de se sentir comme une championne, et devenir la dernière des nulles la seconde d'après.

Un refrain qu'on lui répétait tout le temps :

« Avec toi, chaque fois que ce n'est plus quelque chose, c'est autre chose »

Un problème venait toujours en remplacer un autre. Elle pouvait très bien se dire qu'elle réagirait toujours mieux que la dernière fois… Hélas, comme on ne se retrouve jamais deux fois devant exactement la même situation, le petit détail qui changeait pouvait faire naître une panique insurmontable dans le cœur de la jeune fille. C'était toujours le petit truc en plus, le petit rien. Il faut dire qu'au moins, Josie avait le sens du détail. C'était sûrement ce qui l'avait menée si loin dans ses études, malgré sa maladresse perpétuelle.

Il y avait la Josie au meilleur d'elle-même et la Josie au bout de sa vie, comme deux personnes différentes.

Lors de son arrivée, une fille de sa classe, beaucoup plus « grande gueule » que les autres, lui avait finalement demandé ce qui lui venait à l'esprit quand Josie pensait à elle-même. Après avoir expliqué ses angoisses, son interlocutrice – Katarina Alves elle s'appelait – d'ordinaire plutôt sèche, lui avait répondu justement :

« Tu te vois comme quelqu'un que tu dois supporter »

Un boulet pour soi-même. C'est sûr, quand Josie se sentait mal, elle avait du mal à être son propre remède. Elle était sans cesse en recherche de reconnaissance sans jamais oser la mendier non plus.

D'ailleurs, là, à l'instant où elle élaborait un plan à la va-vite, la jeune fille se prenait la tête et se demandait vraiment si elle devait aller à cette réunion. Après tout, elle ne servait à rien : tous les autres savaient se battre sauf elle. Ils l'avaient voulue dans leur groupe parce qu'ils avaient eu pitié d'elle et que sinon, elle aurait été la seule prépa à ne pas être sur le coup (oui, ils n'étaient que six). Josie était le sixième membre, celui qui ne servait à rien à part être là, et qui avait intérêt à être en mesure de reprendre le rôle d'un autre en cas de départ. Celui dont l'heure de gloire ne pouvait reposer que sur la disparition d'un autre. Quelle médiocrité…

Ils avaient dit qu'ils l'aimaient bien, Josie. Sa famille l'admirait aussi. Mais rien à faire. Quand ce n'est pas une chose en particulier qui ne va pas, c'est autre chose, puis une autre, puis une autre…


Voilà, c'était bientôt l'heure. En haut d'une colline qui n'était pas frappée par l'eau, Josie se releva et rangea ses devoirs dans son sac. Y'avait ça aussi : c'était la seule à avoir un sac-à-dos quand toutes les autres filles, même les lycéennes, utilisaient un sac-à-main.

Et boum ! En relevant la tête, nouvelle crise d'angoisse ! Là où d'autres élèves, notamment Shaheen et Chloé étaient supposés étudier pas loin, il n'y avait plus personne. Ils avaient disparu et Josie ne savait même pas où aller. Son sens de l'orientation n'était pas légendaire, mais en plus, elle ne s'y retrouverait jamais dans ce monde-ci. Elle l'avait su dès le début, et avait justement veillé à rester à côté des autres pour pouvoir les suivre après. Evidemment, les deux autres, ils avaient été plus efficaces, et ils avaient fini leur plan détaillé depuis bien longtemps. Mais pas Josie, non, elle, elle était à la bourre.

Elle avait gardé ses écouteurs dans ses oreilles, c'était bien la seule chose qui la calmait. Et en même temps, à cause des clapotements de ses pas dans l'eau, mélangés à la musique, Josie eut des coups de frayeur successifs, croyant qu'elle était suivie. Frayeurs inutiles puisqu'il n'y avait personne. Elle enleva néanmoins ses écouteurs et se contenta de marcher à la recherche d'une silhouette à l'horizon.

Ca y est, elle sentait ses yeux brûler. Sa tête était devenue une bouilloire prête à desservir ses flots dans quelques secondes. A cause de ses larmes, sa vision commença à se flouter un peu. Quelle poisse ! Il fallait arrêter de pleurnicher bêtement, ça ne l'aidait pas du tout, au contraire ! Mais plus elle s'énervait contre elle-même, plus elle pleurait.

Alors qu'elle allait toujours, aspirée dans le néant de ses pleurs, elle sentit une tape. Josie se retourna tout à coup pour demander :

« Quoi ? »

Et là, un gros livre vint lui enfoncer la tête comme un clou.

« Oh, pardon excuse-moi, je ne regardais pas, je ne pensais pas que tu allais approcher si promptement, s'exclama le jeune homme qui lui avait tendu le bouquin, Claudio Serafino.

- Je suis désolée… » sanglota Josie en se frottant la tête.

Même pour ça, elle était pas douée.

« Non, c'est moi qui m'excuse… insistait Claudio, gêné.

- Josie elle a le flair du tonnerre, les réflexes d'un éclair, toi à côté tu reste immobile comme la terre, t'es le roi de la galère ! » chantonna Chloé.

Tout le monde était là. Mais ils étaient sept : Master Raven avait à côté d'elle son acolyte, un autre ninja au teint foncé.

« Raven m'a dit que la source était une lycéenne possédée du nom de Jun Kazama. Il faut que nous trouvions les autres lycéens concernés par son cas, et Jun elle-même pour discuter, déclara la chef.

- Oui, d'après mes informations, une réunion serait ce qu'il y a de préférable. De nombreuses personnes veulent régler ce problème, mais chacun s'y prend de manière différente, créant plus de conflits que de solutions, expliqua Raven. Ils peuvent tous être utiles, à condition qu'ils agissent de concert.

- Y'a des fouteurs de merde professionnels en gros, comprit Katarina, en ricanant vulgairement.

- Et puis, il faut absolument qu'on arrive à tous les mettre d'accord car on ne peut pas compter du tout sur Heihachi Mishima, précisa Raven.

- Tous ensembles, tous ensembles ! s'extasiait Chloé en faisant swinger ses couettes blondes.

- Et… c'est quoi la solution ? » demanda Josie.

Oops ! C'était sorti tout seul. En effet, elle se demandait ce qu'ils allaient pouvoir y faire, eux, contre la malédiction. Master Raven avait parlé de se battre en cas de résistance de la part autres. Elle avait notamment exprimé ses inquiétudes quant à Kazuya Mishima, qui ne semblait pas du genre à coopérer facilement.

De même, ils avaient déjà combattu la créature étrange qui transformait le monde de la sorte.

Alors, poser des questions comme ça, quand Josie n'avait aucune compétence en particulier, c'était déplacé. Jusqu'à ce que :

« C'est vrai, vous ne nous avez toujours pas parlé de vos trouvailles, lança Shaheen en relevant son sarouel pour qu'il ne prenne pas l'eau.

- Ah oui, je vous demande pardon, s'excusa Claudio. Nous allons vous montrer, devant la statue de l'ange.

- La statue de l'ange ? Elle renferme quelque chose ? De la magie ? Ca, j'aimerais bien le voir… fit Shaheen, un sourire en coin.

- Oui, et hum… Josie ? J'aurai besoin du livre que je viens de te confier »

La jeune fille acquiesça silencieusement, toute tremblante avec le livre entre les mains.

« Je sais que tu en prendras soin, puisque tu n'auras pas besoin de te battre » ajouta-t-il avec les meilleures intentions du monde.

Mais Josie se sentait plus inutile que jamais. Sur la route, elle manqua même de tomber parce qu'elle glissait dans ses sandalettes. Et puis, en regardant les autres, elle se crut encore plus ridicule : Katarina avait toujours la classe avec ses pantalons droits, chemisiers, une veste en soie et ses lunettes de soleil, perchée sur ses talons aiguilles comme un mannequin Channel. Quant à Chloé, elle exprimait tout son style avec ses sandales à guêtres en moumoute, sa jupette, son T-shirt court avec des motifs de tags, et ses mitaines Hello Kitty. Du côté des gars, Claudio portait un costume tout blanc avec des motifs dorés et bleu foncé. Shaheen était celui qui faisait le plus décontracté, avec son keffieh, ses foulards, son T-shirt et son pantalon bouffant. Mais il fallait savoir que c'était lui, le major de la promo, et ça se voyait dès qu'il prenait la parole sur un sujet : que ce soit texte, langues, musique, cinéma ou autres, il avait toujours l'œil d'un fin critique. Sa spécialité, c'était la poésie. Pour un habitué des chefs d'œuvres de la littérature arabe, et du Coran, connus pour leur haut degré d'ésotérisme, lire entre les lignes d'un haiku japonais n'était pas beaucoup plus difficile.

En se dirigeant vers l'ange, le groupe remarqua un attroupement qui se trouvait déjà à l'endroit de leur destination.

« Parfait ! s'écria Master Raven.

- On fait une entrée de ouf ? proposa Chloé. Si seulement j'avais des enceintes… j'aurais lancé du Can't Stop Won't Stop avec les basses à fond !

- … ou carrément du RATM pour leur faire peur, ajouta Shaheen, tandis qu'ils se mirent à courir.

- Oh oui ! Genre on va tout casser ! » s'enjoua la blondinette.

Josie n'avait pas la moindre idée de ce dont ils parlaient, mais tant pis… Ils sprintèrent tous jusqu'à l'ange et Master Raven fit un quadruple saut périlleux pour atterrir devant eux. Même en tailleur, elle arrivait à faire des acrobaties aussi classes. Josie arriva essoufflée, et après les autres, en pataugeant dans l'eau comme un canard. A côté d'eux, elle ressemblait à une touriste avec son petit top nacarat et son short d'été à motifs orientaux.

« J'espère que tout est en ordre »

C'était la phrase fétiche de Master Raven.

Les lycéens semblaient impressionnés par leur arrivée. C'est vrai qu'ils avaient la classe !

Sauf Josie.

Claudio expliqua alors que la statue de l'ange avait un lien avec son sujet de recherche préféré : les Archers de Sirius. Il y avait une histoire de magie, de sculpture, enfin bref, Josie était morte de stress face à tous ces gens et entendait à peine ce qui se disait. Elle avait croisé le regard de plusieurs lycéens, et notamment d'un type super flippant en plus (ils sont vraiment plus jeunes qu'elle, ces lycéens ?), ça l'avait changée en fontaine de nouveau.

Tout à coup, Chloé lui donna un coup de coude (un gentil, hein, pas un coup de coude de Tekken) parce qu'on venait de l'appeler. Josie émit un tout petit « oui » et alla donner à son camarade le grimoire dont il avait besoin.

Alors, Claudio commença à réciter des incantations à moitié en chantant.

Josie s'en voulut à mort : elle pensait qu'elle devait être la seule à ne rien comprendre à cette scène et à avoir envie de pouffer de rire, juste parce qu'elle n'avait pas suivi grand-chose de la conversation. Après mille auto-reproches pour son manque d'attention, Josie revint enfin à la réalité.

Claudio avait fini ses ritournelles et un grand silence s'en suivit. Josie remarqua qu'une personne était partie sans avoir attendu la fin du récit de Claudio, elle n'était donc pas la seule à s'ennuyer… Puis, après quelques minutes d'intense contemplation :

« Il se passe rien, là, on est d'accord ? » fit un lycéen roux aux traits asiatiques.

On sentit un grand malaise envahir les prépas, comme les lycéens, et surtout Claudio. Josie se sentait de plus en plus mal. Là, c'était trop : elle se mit à pleurer.

Alors du coup, le tableau, c'était qu'après un long silence et une remarque sans réponse, on entendit une fille pleurnicher. La crise.

« Visiblement, ça n'a pas marché… conclut Master Raven, les bras croisés.

- Vraisemblablement… confirma Claudio, complètement dépité.

- Nous sommes profondément désolés, exprima la chef des prépas.

- Nous aussi, on est désolés… » grogna une jeune fille aux cheveux courts, vêtue d'une combinaison-short bleu clair.

Cela donna encore plus de larmes à Josie.

« D'autres pistes ? » essaya de relancer un type aux cheveux noirs et longs sur un ton plutôt relax.

Soudain, la jeune fille en robe blanche qui était juste devant Claudio et Master Raven tomba à genoux. Josie se souvint qu'il avait été mentionné l'hôte de l'esprit maléfique, ça devait être elle.

Tout le monde se précipita vers cette fille en criant son nom :

« Jun ! »

Un jeune brun vint l'empêcher de tomber complètement. Ils avaient un air de famille. Elle venait sûrement de perdre beaucoup de forces. A ce moment-là, Josie se rendit compte que quelque chose avait changé. Séchant ses larmes, elle chuchota à ses camarades qui étaient en retrait :

« La statue, elle a changé de couleur non ?

- Tu vois ça, toi ? dit Chloé tout haut en penchant la tête.

- Ah je vois… ça a marché, se réjouit doucement Shaheen.

- Tu vois, t'as l'œil ! » balança Katarina à la stressée de service en lui tapotant le dos (un peu fort).

Mais alors, Josie se mit à chialer comme pas possible.

« Mais pourquoi tu pleures ? s'offusqua la brune en enlevant ses lunettes de soleil. Je t'ai fait un compliment ! »

Ce n'était pas simplement de la tristesse ou de la détresse cette fois. Ca arrivait aussi parfois, quand Josie avait une bonne note. D'un seul coup, elle avait réussi quelque chose. Surtout, elle n'avait pas complètement raté. Un constat qu'elle pensait impossible de faire à son égard.

« Je crois que je n'ai pas été fière de moi depuis longtemps, fit-elle en déversant des flots continus.

- Va falloir te soigner quand même… » soupira Katarina, un poil rassurée.

La statue avait peut-être perdu quelque chose de plus que de la couleur ou un vernis. Et Jun venait de faillir s'évanouir.

« Ca va, ça va… répondait-elle à ses camarades. Je crois que… ça a marché »

Sous les regards dubitatifs de son entourage, elle souriait, et dégageait une aura particulièrement blanche. Jun était censée être plus jeune que Josie et pourtant elle ressemblait bien plus à une femme. Cette japonaise avait un charme certain, envoûtant, froid et chaleureux en même temps.

Mais alors… si Jun disait se sentir mieux, c'était sûrement qu'elle devait être libérée. Mais alors, quelle était cette perte d'énergie soudaine ? Une hypothèse commença à prendre toute la place dans les pensées de Josie.

« On est sûrs qu'elle était si méchante cette entité ? demanda-t-elle à Katarina.

- Bah, je sais pas, demande ça aux autres… »

Contre toute attente, Josie avait gardé son sérieux. Elle était déterminée, et se posta au milieu de la foule, près de Jun, pour réitérer sa question, mais pour tout le monde cette fois.

« Ca permettait à Jun de déborder d'énergie, si je comprends bien… alors ce n'était peut-être pas totalement une mauvaise chose… enfin… on peut très bien avoir des pouvoirs qui viennent du mal… enfin, j'imagine… »

Ca avait bien commencé, mais c'était parti en sucette, et Josie sentait les larmes monter de nouveau en elle. Tout le monde l'écoutait comme si elle avait quelque chose de sérieux à dire, et au final c'étaient des cacahuètes. Elle vit même Katarina se recouvrir la face d'une main en guise de déception absolue.

« Bah, oui ! Si elle ne poursuit que Kazu au final, ça veut dire qu'elle est gentille ! » plaisanta un jeune homme aux cheveux couleur argent.

Des rires le suivirent, mais ce n'était pas forcément ce qu'il y avait de mieux venu. D'ailleurs, un autre, un grand black, se rapprocha d'eux d'un pas menaçant, secondé par une brune avec une coupe au carré et une fille rousse qui portait un masque de renard (il y en avait, des gens bizarres, dans ce lycée).

« On plaisante, on plaisante, c'est tout… essaya de le calmer celui qui avait ri le premier.

- Si vous voulez qu'on soit aussi de votre côté, va falloir arrêter de nous prendre de haut, fulmina-t-il en réponse.

- Un minimum de bon sens voudrait que le respect soit mutuel, sermonna la rousse.

- « Mutuel », ils connaissent pas. Ils reconnaissent qu'on a tort, mais ils ne reconnaissent pas leurs torts, maugréa la brune maquillée.

- Pour une fois, on est d'accord, ajouta une fille qui ressemblait à cette brune en robe rouge, mais en version blonde en robe violette.

- Franchement, moi j'ai failli me faire tuer dans cette histoire…, poursuivit celle en rouge.

- Ca ma petite Anna, ça n'aurait pas été une grande perte ! »

Les deux sœurs se dévisagèrent férocement.

« N'insistez pas, trancha le lycéen asiatique aux cheveux longs. Bruce, on n'oubliera pas non plus tout ce que vous avez fait. Je te signale que l'un de mes amis n'est jamais sorti de l'hôpital à cause de toi.

- Pour la millième fois, j'y suis pour rien ! Si c'était moi le coupable, il en serait mort sans passer par les urgences. Tu veux voir ce que ça fait quand c'est ma faute ?

- Je ne savais même pas que Lei et Bruce avaient un problème, nota Raven, un peu déçu que cette information lui ait échappé. Comme Marshall et Baek, ils s'évitent tellement que ça ne se voit pas »

Bruce attendait l'autre en levant ses poings et ses coudes. Tout le monde était tendu, et même, Master Raven s'apprêtait à intervenir, voyant que les soi-disant membres du comité de discipline avaient déjà pris un parti, celui de Lei.

Mais toujours à côté de ses pompes, Josie s'exclama en tapant du poing sur sa main.

« Mais oui bien sûr ! C'est Bruce Irvin ! et elle se tourna vers Chloé en expliquant, tu te souviens y'a deux ans, au lycée ! Quand ils faisaient les combats avec les paris et tout… »

Tout le monde la dévisageait, surtout le dénommé Bruce qui n'en revenait pas d'être une star. Le combat n'était plus du tout d'actualité, ils avaient juste tous des points d'interrogation au-dessus de leurs têtes.

« C'était super cool comme style ! Bon un peu violent… Josie repensa à la façon dont ça s'était déroulé pour son adversaire, les yeux bouillonnants. Mais ohlala ! J'aimerais tellement savoir me battre comme ça ! » lança-t-elle à Bruce avec les yeux pétillants d'un fan.

Puis, grand silence. Josie devint toute rouge et recula petit à petit, pour se cacher derrière Chloé et Katarina. La tension était retombée, en tout cas, et les bavardages reprirent tranquillement.

« Je crois que je suis maintenant à peu près sûre de qui c'est, les coupa Jun qui sortait enfin des vapes. Et je crois que Kazuya l'a aussi compris, c'est pourquoi il disait qu'il n'en avait rien à faire que ça le tue »

Les lycéens redevinrent tous sages à l'écoute de la jeune femme.

« Je me souviens d'un rêve. Tout était noir. La lune se dessinait dans la brume, elle éclairait quelques nuages dorés. Et là, j'ai vu un esprit, un paon blanc avec des plumes rouges et dorées, et des yeux noirs de cygne. Il avançait lentement, avec sa traîne, dans l'eau bleu foncé, parsemée de fleurs roses et rouges. Et ses ailes ont prit feu d'un coup, les flammes se répandaient partout, et en un clin d'œil la plaine était brûlée… Quand les flammes se sont éteintes, le sol était parcouru de morts. Puis une énorme bête noire avec une dizaine de cornes - une silhouette effrayante - lui bondit dessus et la déchiqueta en mille morceaux. Quand tout était redevenu calme, le matin commença à se lever, et la bête prit une forme humaine. Il prit le paon dans ses bras et l'emmena sur une barque qui flottait dans une rivière pas loin. A peine le cadavre déposé, la barque s'en alla dans l'horizon rose et doré du matin. Des petits esprits volaient autour comme des rubans.

- Hé ! »

Josie écourta le récit onirique, elle venait de voir passer quelque chose. Elle n'était pas toujours très attentive, mais si Josie était parfois distraite, cela lui permettait de ne rien rater de ce qui se passait en périphérie de l'évènement central du moment.

La nuit commençait à tomber. Personne ne l'avait remarqué jusque là, et Josie avait senti une vague d'inquiétude l'envahir en pensant qu'il s'agissait de la fameuse nuit cauchemardesque dont elle était la seule à ne pas avoir été témoin. Mais une remarque la rassura :

« On dirait qu'il fait nuit normalement, pour une fois » s'intrigua l'un des lycéens.

Jun, qui s'était aussi détachée de son récit, se leva et commença à aller dans une direction.

« Elle a raison, dit-elle en parlant de Josie. Je sens quelque chose »

Ils la suivirent tous en courant.