Bonjour à tous! J'ai bien cru ne jamais arriver à publier ce chapitre dans les temps... A ma grande joie, j'ai encore eu droit à de gros problèmes d'internet (coupure de lundi matin à jeudi soir, sans explication), et en plus, j'ai cruellement manqué de temps pour écrire.

Un grand merci à ceux qui ont mis une review pour le dernier chapitre, je suis touchée que vous ne me laissiez pas tomber dans cette période difficile! ... Je m'étais jurée de ne plus mendier, mais au diable la fierté, je me permets quand même de rappeler à tous les lecteurs que vos commentaires sont ma seule motivation pour écrire. Si l'évolution de l'histoire vous déplaît, ce que je comprendrais parfaitement, faites le moi savoir, et j'arrêterai les frais définitivement.

Avant de vous laisser lire ( !), un petit avertissement: il y a dans ce nouveau chapitre une scène qui risque de choquer certains d'entre vous. Je ne sais pas ce que vous en penserez, je n'avais jamais écrit de « lemon » auparavant (d'autant plus que ce qui est décrit ici comporte une part de « non-consentement »), et j'espère ne pas sombrer dans le vulgaire, le sordide ou le ridicule. Vos réactions me diront si j'ai bien fait (ou non) de me lancer dans cette aventure (qui ne coulait vraiment pas de source pour moi, comme vous vous en doutez...)

Bonne lecture!

CHAPITRE VINGT ET UN

-Incroyable..., murmura Severus Rogue, retirant ses longues mains du clavier pour les joindre sur ses genoux, dans un geste quasi religieux. Cette musique...Comment a-t-il pu, dans les conditions où il se trouvait...

A peine rentré de son expédition au poste de police de Wick, le pasteur avait demandé à son confrère Collins l'autorisation d'aller jouer sur l'orgue de l'église, et il s'était empressé de grimper en haut de la tribune, cachant dans les plis de sa soutane les manuscrits du jeune Potter comme on dissimule un inestimable trésor. Il eût certes été capable de les lire « sur table », sans le soutien d'un instrument, et de se faire rapidement une idée assez précise de leur valeur musicale, mais il jugeait plus aisé et plus agréable d'exécuter aussitôt les quatre voix au clavier. Et ce genre d'exercice de transcription ne lui faisait pas peur...

Ce qu'il découvrait à présent allait bien au delà de ce qu'il avait imaginé. Harry avait écrit une musique d'une surprenante audace, et surtout, d'une maturité inimaginable chez un compositeur aussi jeune.

C'était franchement novateur, et tout simplement sublime.

Frémissant d'excitation, Severus entreprit de déchiffrer le deuxième mouvement. Empreint d'une tristesse poignante, il était d'une beauté à couper le souffle, et sa réalisation atteignait la perfection.

Quant au troisième, inachevé, il témoignait du même génie d'inspiration, mais il comportait bon nombre d'erreurs et de maladresses. Le garçon n'avait visiblement pas eu le temps de le développer, encore moins de le retravailler.

Il n'y avait pas de quatrième mouvement.

Extrêmement ému, Severus joua l'œuvre plusieurs fois, découvrant à chaque nouvelle interprétation un aspect qui lui avait jusqu'alors échappé. Sans être confuse, la pièce était construite de manière complexe et savante. Le compositeur avait osé une incroyable richesse mélodique, harmonique et rythmique.

Le pasteur quitta l'église à la tombée de la nuit, plongé dans ses pensées.

Tout semblait indiquer qu'il y avait urgence. Dans quel état se trouvait Harry actuellement ? Ce quatuor inachevé, à la tonalité si lancinante et désespérée, n'était-il pas une sorte de message de détresse, un vibrant et tragique appel au secours, qui lui était personnellement adressé, à lui, Severus?

Le garçon avait pris soin de l'emporter avec lui dans sa fuite. Il était donc conscient de sa valeur. A présent, il devait être consterné d'avoir perdu le fruit de tant d'heures de travail...

Severus n'était pas encore décidé sur la conduite à suivre. Lui fallait-il tenter de s'introduire à nouveau auprès du Lord? Lui faire avouer qu'il était l'organisateur de l'évasion de Harry? Exiger de voir le garçon? Et en profiter pour coincer Pettigrew et le pousser dans ses derniers retranchements, afin de le faire parler lui aussi?

Mais le pasteur ne se faisait aucune illusion. Ce plan était aussi hasardeux que risqué...Même s'il était capable de se défendre honorablement, il ne saurait, à lui tout seul, tenir tête à la troupe de guerriers aguerris et sans scrupule qui, à ce qu'il lui avait semblé lors de sa visite, constituaient la garde rapprochée de l'aristocrate. Et s'il venait à mourir à Manderley, assassiné par le Lord, Harry n'en tirerait aucun profit...

Alors, n'avait-il pas plutôt intérêt à rentrer chez lui et parler avec Arthur et Remus? Il pourrait également contacter le shérif Podmore, qu'il connaissait assez bien, et lui exposer ses soupçons au sujet du Lord...

La deuxième solution lui paraissait la plus sensée. Les Weasley, convaincus comme lui de l'innocence de Harry dans le meurtre de Parkinson, l'aideraient à mettre au point un plan d'action. Seul, il ne faisait pas le poids face au puissant Lord.

Imaginer le garçon prisonnier de l'aristocrate, livré sans défense à toutes ses exigences et ses pulsions les plus infâmes, le jetait dans une angoisse sans nom. Après toutes ces épreuves, que resterait-il de l'innocence, de la joie de vivre, et surtout, du génie musical du jeune Potter?

Il n'y avait plus une minute à perdre.

Au dîner, il informa Collins qu'il repartirait dès le lendemain matin par la voiture de poste.

o0o0o0o0o

-Non, ne l'enlève pas. Pas encore...

Prenant ses mains dans les siennes, le Lord obligea Harry à lâcher le bandeau qu'il faisait mine de dénouer. Quelques instants auparavant, il l'avait guidé jusqu'au grand lit, sur lequel le garçon avait grimpé. Ils s'y trouvaient tous deux à présent.

Le Lord avait achevé de lui enlever sa chemise. A présent, toujours aveugle, le garçon était nu, campé sur ses genoux écartés, l'homme dans la même position, collé derrière lui.

-Laisse-toi faire...Tu vas voir..., chuchota l'homme dans le creux de son oreille. Tu es tellement jeune ... et ignorant! Tu as grand besoin d'être initié. Veux-tu être mon novice?

Frissonnant, le garçon ne répondit pas, s'en voulant de ne pas trouver le courage de dire non.

Sans lui lâcher les poignets, l'homme les ramena dans son dos et les emprisonna avec une douce fermeté, puis reprit ses caresses de sa main restée libre. Ses doigts étaient partout, de sa nuque jusqu'à la plante de ses pieds, éveillant les zones sensibles, courant ou s'attardant dans des endroits où personne -à part Harry lui même- n'avait jamais osé s'aventurer, effleurant, palpant ou pétrissant, agaçant les nerfs, exacerbant la réceptivité de l'adolescent...

Ses lèvres et sa langue semblaient vouloir elles aussi explorer les secrets de son corps, visitant les pleins et les creux, honorant de leurs attentions le moindre grain de cette peau offerte, soufflant alternativement le chaud et le froid, affolant le cœur et les sens ...

Quand les doigts de l'homme vinrent enfin s'enrouler autour du sexe dressé du garçon, celui-ci retint sa respiration. La main entra en mouvement, allant et venant, nonchalante et joueuse, puis soudain, beaucoup plus empressée. Abandonnant toute réserve, Harry vint à sa rencontre, donnant des coups de rein timides, puis plus enthousiastes, et il fut bientôt au bord de la libération. L'homme rit, et, l'encourageant de la voix, il lui lâcha les poignets...

Mais un instant après, le garçon sentit entre ses fesses une intrusion étrangère. Brisé dans son élan, il se raidit, essayant aussitôt de se dégager.

-Non..., dit-il, le timbre rauque.

-Détends-toi, conseilla l'homme, sans plus le toucher.

-Je ne veux pas...de ça..., haleta le garçon en avançant sur ses genoux, gagnant la tête du lit.

Mais le Lord l'avait rattrapé et le tenait fermement, un bras enroulé autour de sa taille. Déséquilibré, le garçon s'affala à plat ventre, l'homme couché sur lui.

-Reste tranquille, Harry, souffla ce dernier. Oublierais-tu tes promesses?

-Vous...vous...

Harry ne trouvait pas de mots pour exprimer sa confusion. Malgré son désir inassouvi, la révolte grondait en lui.

-De quoi as-tu peur? Si tu fais comme je dis, tu n'auras pas mal..., murmura le Lord en le forçant à tourner la tête pour attraper ses lèvres entre les siennes, l'étouffant à moitié.

Mais Harry se débattit et parvint une fois encore à échapper au Lord. Il se remit à genoux, arrachant son bandeau, et s'assit sur ses talons, la vue brouillée et les cheveux en bataille. L'homme s'était également redressé et lui faisait face.

-Ça suffit!, lança le garçon.

-Comment ça? Moi, ça ne me suffit pas du tout!

-Je ne peux pas...faire ce que vous me demandez.

-Et pourquoi pas? Je suis sûr que tu en as envie.

-Non.

-Ton corps parle pour toi, Harry..., dit doucement le Lord en baissant les yeux vers l'érection du garçon, toujours bien présente.

-Et alors? Le corps est une chose, la tête en est une autre..., s'indigna Harry, les pommettes empourprées.

-Eh bien, essaye d'accorder les deux, à présent. Tu te fais violence...Pourquoi ne pas te laisser aller? De plus, ce sera l'occasion de tenir enfin ta parole. Tu m'a promis quelque chose, souviens-toi...

Le garçon détourna le regard.

-Votre chantage me dégoûte...

-Eh bien, ne pense plus au chantage, mais au plaisir que tu peux me donner, et que je te donnerai en retour...Laisse moi t'initier, tu ne le regretteras pas!

Il y eut un silence.

-Si c'est comme ça, lâcha enfin Harry, déchiré par ses contradictions, je...je veux d'abord que vous me juriez...de ne...

Le Lord sourit.

-Quoi encore? C'est toi qui me mets le couteau sur la gorge, à présent?

-Chacun son tour.

Le sourire du Lord se renforça.

-Le moment est mal choisi...mais bon, je t'écoute.

-Jurez moi que vous ne maltraiterez plus jamais ni Neville, ni Luna!

L'homme fronça les sourcils.

-Qu'entends-tu par « maltraiter »?

Harry haussa les épaules. C'était pourtant évident!

-Eh bien...les forcer à faire des choses qu'ils ne veulent pas faire...les frapper...les traiter de manière cruelle, indigne ou inhumaine...

-Tu es bien exigeant!, grimaça le Lord...Mais bon, je veux bien te promettre ça aussi...en échange de ta...docilité.

-Quelle garantie pouvez-vous me donner?

-Pourquoi te mentirais-je?, s'énerva le Lord. T'ai-je déjà offert une raison de douter de moi?

-Oui...

-Vraiment? Eh bien, je ne le ferai plus, promis.

-Vous ne me prenez pas au sérieux, protesta Harry, abattu.

-Tu te trompes. Ce que je t'ai promis, tu l'obtiendras. Donnant, donnant...Pourquoi te défies tu ainsi de moi?

Harry eut une moue dubitative, et l'homme éclata de rire. Puis il lui attrapa le bras et l'attira vers lui.

-Tu n'as plus de motif valable de te refuser à moi, n'est-ce pas?, susurra-t-il d'un ton affectueux. Alors, viens ici.

Tout en lui tenant toujours l'avant bras, l'homme s'assit dos au montant du lit, puis l'obligea à l'enjamber pour se placer à califourchon sur le haut de ses cuisses.

-Déshabille-moi!, ordonna-t-il, impitoyable.

Harry ne pouvait plus se dérober. Il entreprit donc de déboutonner les vêtements de l'homme. Le regard sombre ne le lâchait pas tandis qu'il débarrassait maladroitement l'aristocrate de sa veste, puis de son gilet, et enfin, de son élégante chemise à jabot et manches de dentelle.

Quand le garçon dégagea les épaules du Lord, dévoilant le torse pâle, large et musculeux, à peine velu, l'homme ne broncha pas, mais un sourire amusé flottait sur ses lèvres.

La nudité du Lord ne pouvait qu'augmenter l'embarras de Harry. Pourtant, d'une certaine manière, elle les plaçait l'un et l'autre sur un plan d'égalité.

-Ça aussi, dit l'homme en lui prenant la main et en la posant sur le pont de ses hauts-de-chausse, gardant les yeux rivés aux siens.

Harry se mordit les lèvres. Il se sentait brûlant, écarlate. Sa propre érection n'avait pas diminué d'intensité, au contraire, et il s'en voulait de répondre si favorablement aux sollicitations de l'homme, alors que sa fierté eût préféré leur offrir une indifférence glacée.

Il dut reculer pour s'attaquer à la fermeture, les doigts tremblants. Impatient, le Lord lui vint en aide, libérant lui même son impressionnante érection et se débarrassant rapidement des hauts-de-chausse. Puis il ramena le garçon tout contre lui, l'obligeant à écarter les jambes plus franchement, et reprit ses caresses impudiques, tandis que leurs membres palpitants se rencontraient, à la grande gêne du garçon. Quand l'homme glissa à nouveau un doigt, puis deux entre ses fesses ouvertes, Harry ne chercha pas à résister. Mais son malaise s'accentuait, et il grimaça, faisant glousser le Lord.

Les caresses que l'homme lui prodiguait généreusement de son autre main ne parvenaient pas à lui faire oublier la désagréable impression d'inconfort que produisait la présence obsédante des doigts étrangers s'introduisant dans son intimité trop sensible.

Le plus déplaisant était de se sentir dépossédé de sa liberté. Avec Narcissa, il avait rapidement pris lui-même les rênes en main. Mais avec le Lord, c'était tout autre chose. Il n'éprouvait aucune envie de lancer des initiatives ou de participer activement. Déchiré entre désir et répulsion, il était contraint de se laisser mener en terrain inconnu, là où il n'avait pas forcément envie d'aller.

Cette passive soumission le décontenançait et l'inquiétait tout à la fois.

Pourtant, l'homme savait y faire. Harry était bien conscient qu'il eût pu se comporter de manière beaucoup plus autoritaire et brutale avec lui. Visiblement, il faisait tout son possible pour que le garçon trouvât lui aussi du plaisir dans leur rapprochement physique. Pourquoi ces égards, ces attentions? Était-ce par pur respect,... ou parce qu'il éprouvait réellement... des sentiments pour lui...?

Harry n'y croyait guère...

Plus probablement, le Lord voulait remporter une victoire sur la volonté du garçon en lui prouvant qu'il appréciait le traitement que l'homme lui infligeait et était lui aussi demandeur. Et il espérait ainsi mieux l'enchaîner à lui en le rendant encore plus dépendant... Comme il l'avait fait pour Neville...

Le Lord interrompit un moment ses caresses pour se pencher vers la table de nuit, dont il ouvrit le tiroir. Il en sortit une petite fiole colorée, et en retira le bouchon. Harry le vit faire couler dans ses paumes un liquide brillant qui ressemblait à de l'huile. Frissonnant d'appréhension, le garçon comprit à quoi il le destinait quand l'homme s'en enduisit le membre, le regard levé vers lui, brûlant de désir.

S'étant ainsi préparé, l'homme passa une main derrière la tête de Harry et l'attira vers lui, cherchant sa bouche. L'esprit embrumé, le garçon lui en autorisa l'accès, et l'homme joua un moment avec sa langue et ses lèvres, s'ingéniant à les sucer et les mordiller, en même temps qu'il reprenait ses attouchements et ses caresses sensuelles.

Puis l'homme lâcha la nuque du garçon pour revenir préparer de son index huilé l'étroite entrée de son corps. Moins surpris que la première fois, Harry se tortilla, mais renonça à le repousser. Deux autres doigts se joignirent au premier, bougeant d'abord sur place, précautionneusement, puis plongeant plus profondément en lui.

-Respire calmement. Est-ce que ça va?, s'enquit le Lord d'une voix rauque, cherchant le regard du garçon.

Incapable de prononcer le moindre mot tant il était troublé par ses sensations dérangeantes, Harry fit entendre un vague grognement.

-Pose tes mains sur moi. Caresse moi!, ordonna le Lord.

-Je...je ne peux pas..., parvint à articuler Harry, en arrimant cependant ses paumes aux larges épaules de l'homme.

-Ce n'est pas grave, reste comme ça...

Ayant pris soin de glisser un peu plus avant, le Lord retira ses doigts, les remplaçant presque aussitôt par son membre tendu, tout en s'arrangeant pour soulever légèrement le corps du garçon toujours assis sur lui.

Il se mit à le pénétrer lentement.

Crispé, Harry tentait de retenir le poids de son corps en prenant appui sur ses genoux, mais le Lord lui attrapa les jambes pour lui faire lâcher prise. Tout en le maintenant par les hanches, l'homme poussa un râle de plaisir tandis qu'il s'enfonçait en lui.

La douleur était aiguë, insoutenable. Harry cria, serrant à les broyer les puissantes épaules de l'homme.

-Détends toi, souffla le Lord en s' immobilisant... Ça va?

Le garçon ne répondit pas, mais secoua latéralement la tête et se mordit la lèvre inférieure en gémissant. L'homme attendit un moment, le souffle suspendu, le temps que Harry s'habitue à sa présence, puis il se mit à bouger le bassin, d'abord lentement, puis en accélérant progressivement ses mouvements.

Rendu muet par la souffrance, Harry avait l'impression de subir le supplice du pal. Voir les traits du Lord transfigurés par la jouissance ne lui procurait aucun réconfort, au contraire, sa douleur et son dégoût s'en trouvaient encore accrus.

Heureusement, le Lord ne parlait pas, entièrement concentré sur la manière la plus efficace de satisfaire son désir trop longtemps contenu...

Harry sentit ses yeux se mouiller de larmes. A travers elles, il voyait se brouiller le beau visage régulier de l'homme, et son regard devenir fixe, comme absent...Pourquoi ne parvenait-il pas à le haïr?

Puis soudain, il se mêla à la souffrance une autre sensation, jusqu'alors inconnue, et indéniablement beaucoup plus agréable. C'était comme une onde de plaisir lui enflammant les reins et remontant tout le long de sa colonne vertébrale. Surpris, le garçon se détendit et poussa un gémissement d'une toute autre nature que les précédents. Le Lord émit un petit rire et, l'obligeant à se cambrer, il continua à le pilonner d'une façon particulière, celle qui avait provoqué en lui cette sensation nouvelle. En même temps, il lâcha une des hanches du garçon et reprit en main son sexe coincé entre leurs bas-ventres, le pétrissant et le massant si savamment que Harry se sentit perdre pied, emporté dans un ouragan de douleur et de jouissance mêlées.

Au bout de quelques minutes de cette délicieuse torture, le garçon explosa dans la main du Lord, haletant, la tête rejetée en arrière. Un instant plus tard, l'homme se libérait à son tour, en longues saccades que le garçon ressentit bizarrement à l'intérieur de lui...

Épuisé, le postérieur en feu, Harry se laissa tomber sur le lit entre les jambes du Lord. Les mains le caressaient encore, mais il n'en avait qu'une conscience floue. Les battements frénétiques de son cœur se calmèrent, tandis que son souffle s'apaisait progressivement.

-Harry...!, murmura le Lord en se retirant doucement, contemplant le garçon devant lui, dont le corps abandonné paraissait sans vie...

Ils restèrent un moment ainsi, puis le Lord vint s'allonger à côté de l'adolescent, plongeant son nez dans ses cheveux.

-Tu m'entends?

-Hmmm...

-Comment te sens-tu?... Tu as aimé?

- Pas vraiment..., souffla le garçon après un silence, les yeux clos. Ça faisait trop mal.

-C'est toujours ainsi la première fois.

-Je suis censé aimer ça?

L'homme caressa ses cheveux sur sa tempe humide de sueur.

-N'y avait-il pas aussi une part de plaisir, dans ce que tu as ressenti ? Ne sois pas de mauvaise foi.

-Hmm...Peut-être...à la fin.

Le Lord eut un petit ricanement satisfait, qui agaça Harry.

-Mais c'était horriblement douloureux, reprit ce dernier avec mauvaise humeur, et franchement, si j'avais eu le choix...

Le Lord ne répondit pas tout de suite.

-Je t'avais prévenu..., murmura-t-il enfin. Tu méritais une punition exemplaire...

-Je vois...

-Veux-tu que je regarde... si tu n'es pas blessé?, proposa le Lord en glissant sa main sous les fesses de Harry. Écarte les jambes et remonte les genoux.

-Non merci..., grogna le garçon en repoussant la main du Lord. Je crois que ça va aller. Je n'ai pas envie que vous m'inspectiez à la loupe.

-Comme tu veux. Mais si tu souffres trop, il faudra me le dire, et je te soignerai. Il existe une pommade...

-C'est ça. Mais je l'appliquerai moi-même.

Amusé, le Lord pouffa de rire.

-Je le ferai volontiers, tu sais, proposa-t-il, gouailleur...Je serai certainement plus efficace que toi. J'ai l'habitude...

-Je m'en doute. Mais... non, vraiment, sans façon...

-Dis-moi, Harry, reprit l'homme, marquant une légère hésitation, j'aimerais... j'aimerais que tu m'appelles par mon prénom, quand nous ne sommes que toi et moi.

Interloqué, le garçon rouvrit les yeux, se redressa sur un coude et cala sa tête dans sa main. Il regardait le Lord, interrogateur.

-Ne prends pas cet air ahuri..., se vexa le Lord. J'ai un prénom, comme tout le monde.

Harry souleva un sourcil ironique.

-Pourtant, tout le monde vous appelle « mylord », « monsieur » ou « maître », même vos amis...

-Mon prénom n'est connu que de mes intimes.

- Si je comprends bien, vos amis ne sont pas vos intimes,...

-Pas ceux que tu as pu rencontrer dans ce château, en effet. Ici, tout le monde me doit avant tout respect et obéissance. Mais toi...

-Je ne suis pas un de vos intimes.

-Et pourquoi pas?

-Nous... n'avons pas le même âge..., lâcha Harry en se laissant tomber en arrière sur le lit, et puis...

-Et alors...qu'est-ce que ça peut faire?, interrompit le Lord en promenant un doigt sur le ventre du garçon. Nous avons couché ensemble, et je compte bien recommencer d'ici peu...

-Ça ne suffit pas à faire de nous des intimes..., grommela Harry. Et qui vous dit que moi, j'ai envie de recommencer? Combien de temps durera cette "punition"?

-Oh, Harry...souviens toi de ton engagement...

-Ah...c'est vrai...j'avais oublié...! Nous sommes « intimes », mais vous me tenez par un chantage...Si je n'accepte pas votre marché, vous torturez ou assassinez mes amis innocents...

Harry roula sur le côté, présentant son dos au Lord. La main de l'homme vint se poser sur sa hanche.

-Que tu es têtu! Pourquoi veux-tu toujours noircir le tableau?

-Je ne dis que la vérité.

-Peux-tu nier que tu as éprouvé du plaisir?

Le garçon n'émit qu'un sourd grognement. Avec un petit rire indulgent, le Lord se rapprocha encore et colla sa bouche contre l'oreille dissimulée sous les cheveux noirs.

-Mes prénoms sont Thomas Elvis, mais tu m'appelleras Tom... D'accord? ...Réponds moi!

-Hmmm...

-Très bien. Je prends ça comme un consentement.

Sans répondre, Harry se redressa, faisant mine de quitter le lit, mais le Lord l'en empêcha, passant un bras possessif autour de lui.

-Où cours-tu comme ça? Tu n'es pas fatigué? Reste là!

Sans lui laisser le temps de réagir, l'homme le renversa sur le dos et partit à nouveau à l'assaut de sa bouche avec une fougueuse tendresse.

-Dorénavant, je te veux dans mon lit chaque fois que j'en aurai envie, murmura le Lord entre deux baisers. Tu dormiras toujours avec moi...

Puis il fit pivoter le garçon de manière à le positionner dans le bon sens, arrangea les oreillers et tira draps et couvertures sur leurs deux corps dénudés.

o0o0o0o0o0o

Dans moins d'une heure, nous serons au Manoir. Bella et Rodolphus dorment tous les deux, corps et tête affalés sur la banquette de la voiture, bouche ouverte. Je les envierais presque d'être aussi détendus et insouciants.

Car moi, je ne parviens pas à trouver le calme. Mes pensées fébriles sont restées à Manderley. A présent, j'ai la certitude que Harry s'y trouve.

Qui, à part mon oncle, aurait pu venir le délivrer? Qui, à part lui, s'intéresse à ce garçon et a les moyens de lancer une telle expédition?

Pourquoi le Lord nous a-t-il menti? Pourquoi tient-il tellement à cacher Harry chez lui, et à garder jalousement le secret?

... Quand je pense qu'il n'a pas hésité à tuer des policiers pour parvenir à ses fins...!

Je n'ai plus du tout confiance en cet homme. Les propos de Bella me reviennent en mémoire. Mon oncle aime les garçons. Cela suffirait-il à expliquer son engouement pour Harry? Et qu'il prenne autant de risques pour se l'approprier?

Quel moyen ai-je à ma disposition pour faire sortir l'innocent garçon de cette nasse dans laquelle il n'a cessé de se débattre depuis la mort tragique de Parkinson?

Il n'y en a qu'un seul, je le sais bien: blanchir Harry en me dénonçant moi-même auprès de la police. Mais aurai-je le courage de le faire?

Que dirait Lucius? Que deviendrait Drago?

Il faut absolument que j'en parle à quelqu'un. Que je demande conseil. Seule, je n'y arriverai pas, je vais sombrer dans la confusion mentale et le désespoir. J'en mourrai sans aucun doute, et personne ne tirera Harry des griffes de mon oncle.

Bien sûr, il y a Minerva. Mais même si, par ses bonnes paroles, elle peut me réconforter quelques temps, ce n'est pas elle qui me dira comment sauver Harry.

Lucius? Il sait déjà tout, c'est lui qui a exigé de moi que je me taise. Il hait Harry et veut sa perte. Rien de bon ne peut venir de ce côté là...

Des amis de la noblesse? Ils m'écraseraient de leur mépris et me tiendraient exactement le même discours que mon époux...

Alors, à qui parler?

Au shérif Podmore?...Hélas... Il est déjà au courant, et il n'a rien fait. Il est à la botte de Lucius.

Et Arthur Weasley?... Tiens, pourquoi pas Arthur ?

Oh non!...Bizarrement, je me sens terrifiée à cette idée. Il m'en voudrait tellement d'avoir attiré sciemment Harry dans ce piège, et de l'avoir laissé se faire accuser...! J'ai trop peur de lire la déception, la rancune, le dégoût dans son regard...

Et si j'allais voir le vicaire? Malgré sa froideur et son côté désagréable, Rogue paraît intelligent et sensé. Il ne dira pas un mot de trop, ne parlera pas si nous décidons qu'il convient de se taire. De plus, il n'aime guère Harry, et de ce fait, il n'est pas aussi impliqué dans cette affaire que les Weasley.

Rogue sera peut-être de bon conseil, après tout.

o0o0o0o0o0o0o

- Merci, Harry, c'était magnifique. Maintenant, range ton violon, et viens manger avec nous.

Le garçon s'exécuta. Il avait conscience d'avoir plutôt mal joué, mais personne ne semblait s'en être aperçu. Quand il approcha de la grande table, il surprit le regard froid et métallique du jeune vicomte posé sur lui. Le Lord lui désignait une place à sa gauche, et Harry s'assit en retenant difficilement une grimace de douleur.

A présent, Drago Malefoy se trouvait en face de lui.

Un valet lui remplit son assiette, et le violoniste se mit à manger machinalement, sans lever les yeux.

La conversation suivait son cours entre le Lord, Mulciber, Malefoy et Croupton. On parlait de chevaux, puis la discussion dériva vers la peinture. Le vicomte se vantait d'avoir parfaitement réussi sa dernière étude, et Mulciber reconnaissait de mauvaise grâce qu'il ne s'en était pas mal tiré.

Peu intéressé, Harry se taisait, n'écoutant que d'une oreille.

Il était impatient de quitter le salon, pour regagner la chambre qu'il partageait à présent avec le maître. Il n'habitait plus la pièce secrète, trop petite et étouffante, et le Lord avait refusé qu'il réintégrât la première chambre qu'il avait mise à sa disposition lors de son arrivée au château, prétextant qu'il y serait en danger au cas où la police s'aviserait de revenir enquêter.

En fait, le Lord tenait à l'avoir constamment sous les yeux et sous la main. Insatiable, il ne lui laissait aucun répit.

Harry savait qu'il était devenu son esclave, au même titre que Neville, ou presque.

Dans la journée, lors des rares et trop brèves absences du maître, Harry jouait du violon, du pianoforte ou écrivait de la musique. Il eût aimé pouvoir s'entretenir avec Pettigrew, le questionner sur ses parents, mais l'homme semblait le fuir, évitant systématiquement de se trouver en tête à tête avec lui.

Lorsque le Lord revenait, il demandait en général à Harry de le rejoindre dans sa chambre. Là, il se montrait de plus en plus exigeant. Et si le garçon refusait de se soumettre, le Lord l'accusait de ne pas tenir ses engagements, et menaçait de s'en prendre à Luna ou Neville...Alors, malgré sa lassitude et son corps endolori, Harry était contraint d'obtempérer...

Cela faisait trois jours que le garçon avait été ramené de Wick, et déjà, il songeait à s'enfuir. La vie qu'il menait à Manderley était intenable.

Mais le Lord ne le lâchait pas, le faisant constamment surveiller quand il ne pouvait le contrôler lui même.

-Vous savez, mylord, que je n'ai pu achever de peindre mon saint Sébastien, l'autre jour, dit soudain Mulciber de son ton maussade, faisant sursauter Harry. Quand pourrai-je continuer?

-Saint Sébastien?, s'étonna Drago. Vous ne me l'avez pas montré...Finalement, c'est Potter qui vous a servi de modèle?

-Lui même. Il a le physique du rôle, vous ne trouvez pas?

-En effet. Mais il fait décidément tous les métiers, ici, constata le vicomte avec un rictus. Vous n'en avez pas assez, d'être ainsi utilisé, Potter?

-Pour l'instant, on ne m'a pas vraiment laissé le choix..., murmura Harry en levant cette fois franchement les yeux vers son vis-à-vis.

Pour la première fois, il crut lire dans le regard du vicomte autre chose que de la haine ou du dégoût. Quelque chose qui ressemblait vaguement à de l'intérêt.

-A votre place, je refuserais de me faire ainsi exploiter, dit le jeune aristocrate avec sérieux. Vous payent-ils décemment, au moins?

-En échange de ses services, Harry a droit à ma protection, dit sèchement le Lord. Comme vous le savez, mon cher neveu, ce garçon serait pendu depuis longtemps si je ne lui offrais pas un asile dans ce château.

-Tout de même, il donne beaucoup de sa personne! ...Violoniste...modèle vivant...et j'imagine que ce n'est pas tout, mais je suis trop bien éduqué pour évoquer le reste...

Mulciber partit d'un gros rire, Harry rougit violemment et le Lord fronça les sourcils.

-Drago, je vous prie de modérer votre langage, gronda-t-il, furieux.

-Alors, ce saint Sébastien?, relança Mulciber avec obstination.

Le Lord jeta un coup d'œil prudent vers le jeune violoniste.

-Demain, Harry?Qu'en dis-tu?

Ce dernier fit la moue et regarda le Lord dans les yeux.

-A quoi bon me demander mon avis? Vous n'en tiendrez aucun compte, dit-il effrontément.

Drago éclata de rire et porta son verre de vin à ses lèvres.

-Alors, demain, c'est d'accord, conclut Mulciber en frappant la table de son poing. Je t'attends à dix heures, Potter.

Le garçon ne répondit pas, mais haussa les épaules avec indifférence. Puis il se tourna à nouveau vers le Lord.

-Puis-je quitter la table, monsieur?

Après une hésitation, le maître hocha la tête en signe d'assentiment. Harry se leva et, ayant repoussé sa chaise, il fit quelques pas vers la porte. A cet instant, Drago l'interpella.

-Attendez, Potter! J'aimerais vous parler deux minutes. Vous n'y voyez pas d'inconvénient, mon oncle?

-Faites, mon neveu, faites!, dit le Lord d'un ton dégagé, mais il avait l'air méfiant et contrarié.

Surpris et déjà sur ses gardes, Harry s'était arrêté et attendait la suite. Le vicomte vint à sa rencontre et lui fit signe de se diriger vers un groupe de fauteuils situés non loin de la grande cheminée.

Dans les mouvements du jeune homme, dans la moindre de ses attitudes, on pouvait observer une sorte de distinction innée (ou alors, acquise à force d'exercice), et Harry ne put s'empêcher de l'admirer avec un soupçon d'envie. Ce jeune aristocrate devait toujours se sentir à l'aise en société, contrairement à lui, qui n'avait jamais été éduqué dans ce sens et se faisait l'effet d'être aussi empoté que maladroit...

Mais pour l'heure, il s'en moquait bien. Apparemment, sa rusticité ne déplaisait pas à son entourage, au contraire. Et à quoi lui servirait d'être aussi distingué que ce jeune homme? Il n'en serait pas libre pour autant.

Drago s'assit dans le fauteuil voisin du sien.

-Il y a un moment que je voulais m'entretenir avec vous, commença-t-il doucement, et Harry devina sa gêne, bien qu'il fît des efforts pour ne pas la montrer. D'abord, sachez une chose. Je trouve que vous êtes un remarquable musicien. J'ai beaucoup de plaisir à vous écouter.

Stupéfait, Harry resta bouche bée. Drago sourit, et son visage retrouva alors quelque chose d'enfantin qui le rendit beaucoup plus sympathique aux yeux du violoniste.

-Je comprends votre surprise. Je ne vous ai pas accoutumé à entendre des compliments de ma part. J'ai été injuste avec vous, et je voudrais m'en excuser...

Harry déglutit. Vraiment, il s'était attendu à tout, sauf à ça. Il se contenta d'incliner la tête, très embarrassé.

-Je vais être franc avec vous. Je vous en voulais, parce que vous aviez séduit ma mère et qu'elle avait fait de vous son amant.

Le jeune homme blond marqua une pause. Terriblement mal à l'aise, Harry regardait fixement ses genoux.

-Mais je sais à présent que c'est elle qui a tué lord Parkinson, continua Drago fermement, bien qu'à voix très basse, et je suis bien conscient que vous n'êtes qu'une victime dans cette affaire.

Sidéré, Harry releva brusquement la tête, dévisageant le vicomte.

-Qui vous a mis au courant?, chuchota-t-il, le cœur battant.

-Mon oncle. Il m'a tout dit, pour éviter que j'aille vous dénoncer.

-Je vois, soupira Harry.

-Mais je trouve votre situation beaucoup trop injuste. Ma mère est la seule coupable, c'est elle qui doit payer.

Les yeux gris du garçon lançaient des éclairs. Harry se mordit la lèvre inférieure. A distance, il devinait le regard de lord Voldemort posé sur lui, sur eux. Avait-il entendu ce qu'ils s'étaient dit?

-Elle n'est pas vraiment coupable..., lâcha-t-il d'un ton rauque. Elle a fait ce qu'elle a pu pour me sauver.

-Il y aurait sûrement eu d'autres moyens, rétorqua l'autre, la bouche tordue de mépris. Et c'est elle qui vous a attiré dans cette souricière. Elle s'est très mal comportée envers vous et envers mon père, sans parler du crime qu'elle a commis. Elle mérite d'être condamnée.

Pourquoi le vicomte se montrait-il si vindicatif? A l'évidence, il avait des comptes à régler avec sa mère. Le sort de Harry ne lui tenait pas vraiment à cœur, il s'en servait comme prétexte pour mieux se venger de la comtesse.

-Qu'est-ce que vous complotez, tous les deux?, dit soudain la voix du Lord.

L'homme venait vers eux d'un pas vif. Sa grande silhouette se tint devant eux.

-Harry, monte dans la chambre à présent. Et vous, mon neveu, vous feriez bien d'aller vous reposer, vous aussi.

L'homme avait adopté ce ton froid, implacable, qui n'admettait aucune discussion. Les deux garçons se levèrent, sans se quitter du regard.

-Nous en reparlerons..., dit Drago avec un clin d'œil à peine perceptible. A demain, Potter.

-A demain, monsieur le vicomte.

Quand il fut seul dans la chambre, Harry se laissa tomber sur la chaise devant le bureau, se souvenant trop tard de son postérieur douloureux. Il ramassa d'une main les manuscrits musicaux commencés qui attendaient là, et les parcourut d'un regard morne.

De même qu'il ne jouait plus du violon avec le même entrain, il ne parvenait pas à trouver d'inspiration dans son travail d'écriture. Tout ce qu'il avait débuté durant ces trois jours était bancal, médiocre, peu original...

Il avait essayé de réécrire le début de son quatuor perdu, mais avait échoué sur toute la ligne. Malgré tous ses efforts, son esprit butait obstinément sur la troisième mesure du premier mouvement, incapable de se remémorer la suite, ni d'en inventer une autre.

Saisissant sa plume, il la trempa dans l'encrier, tenta de se concentrer et se força à remplir quelques portées. Il s'agissait du premier mouvement d'une sonate pour le pianoforte qu'il avait ébauchée en improvisant au clavier le matin même. Il avait toujours rêvé d'écrire pour cet instrument moderne qu'il ne connaissait que de nom et de réputation avant d'en avoir découvert un merveilleux spécimen à Manderley.

Pourtant, les idées venaient difficilement à lui, et refusaient de prendre forme sous sa plume.

Au bout de quelques minutes, il s'arrêta et se relut. Il eut envie de jeter les feuillets dans les flammes, tant sa production lui paraissait minable.

Il se levait pour mettre son projet à exécution quand le Lord entra sans frapper dans la pièce.

Harry s'arrêta net et le regarda.

Le visage grave, le Lord ferma soigneusement la porte derrière lui, puis avança de quelques pas.

-De quoi Drago t'a-t-il parlé?, demanda-t-il d'une voix sourde.

Le garçon leva les sourcils.

-Si vous permettez...je pense que ça ne concerne que moi. C'était... personnel.

Visiblement irrité, l'homme se rapprocha jusqu'à le toucher. Un peu plus grand que lui, il lui attrapa le menton et le força à lever la tête pour rencontrer son regard.

-J'ai besoin de savoir, Harry, martela-t-il d'une voix que l'impatience faisait vibrer. Sache que Drago est dangereux. Il ne te veut aucun bien. Il faut se méfier de lui.

Harry recula d'un pas pour se dégager, et soutint bravement le regard étincelant du maître.

-Pourtant, c'est vous qui lui avez dit..., commença-t-il, mais la suite s'arrêta dans sa gorge.

-Que lui ai-je dit?

-...Que ce n'est pas moi qui ai tué Parkinson.

-Bien sûr!, s'exclama le Lord, agacé. Sinon, il se serait précipité au premier poste de police du coin pour nous dénoncer! Je l'ai menacé d'aller accuser sa mère publiquement s'il ne suivait pas mes instructions!

-Je croyais qu'il avait accepté de se taire à condition que Mulciber le prenne comme apprenti!

-C'est exact. Au bout du compte, c'est la seule chose qui l'a convaincu. Même sachant que tu n'étais pas coupable, il n'aurait pas hésité à révéler toute l'affaire à la police, accusant volontiers lui-même sa mère d'avoir commis le crime...

-Pourquoi ne pas l'avoir laissé faire?

L'homme lui lâcha le menton et posa les deux mains sur ses épaules, le fixant d'un œil perçant.

-Je te rappelle que j'ai tué quatre hommes pour te faire évader du poste de police, articula-t-il lentement. Quant à mon imbécile de neveu, il ne mesure absolument pas l'ampleur du scandale que cela provoquerait, et les conséquences pour lui, pour ses parents, pour nous tous...

-Cela vous arrange bien, qu'on me croie coupable, n'est-ce pas..., murmura Harry, soudain très pâle. Vous n'avez jamais rien tenté pour amener la comtesse à révéler la vérité, contrairement à ce que vous m'aviez promis.

Les yeux noirs du Lord se rétrécirent dangereusement.

-De quoi m'accuses-tu, Harry?

Le garçon sourit, insolent.

-De vous satisfaire d'un mensonge pour mieux me tenir en votre pouvoir...

Le Lord ne répondit pas tout de suite. Son expression avait retrouvé sa froide maîtrise.

-Drago t'a informé qu'il avait l'intention de dénoncer sa mère, pour t'innocenter?, reprit-il calmement. C'est bien ça?

-Je vous ai dit que cela ne vous regardait pas...

Sur ces mots, Harry s'arracha aux mains du Lord et, se détournant, il froissa rageusement le manuscrit dans ses mains. Le maître sursauta.

-Mais...Que fais-tu?

-Vous voyez bien! Je me débarrasse de ce torchon.

-Pourquoi? N'est-ce pas le manuscrit que tu viens d'écrire?

-Si. Il ne vaut rien.

-C'est idiot! Il faut tout conserver, même ce que tu juges mauvais.

Haussant les épaules, Harry gagna la cheminée d'un pas vif. Il jeta la boule de papier dans les flammes, qui crépitèrent joyeusement.

Le Lord le rejoignit aussitôt et lui saisit les deux bras, par derrière.

-Harry..., murmura-t-il doucement dans sa nuque. Qu'est-ce qui ne va pas, avec toi?

Le garçon ricana.

-Vous osez me le demander...

L'homme le fit tourner sur lui même, l'obligeant à lui faire face.

-N'as-tu donc que des reproches à m'adresser?

Harry eut un sourire amer et baissa les yeux sans répondre. Alors, l'homme l'attira contre lui et le serra dans ses bras, plongeant une main dans la masse sombre de ses cheveux..

-Je voudrais...que tu sois heureux, Harry, chuchota-t-il avec ferveur.

-Pour être heureux, il faudrait d'abord que je sois libre...

-C'est trop tôt, mon garçon. Bientôt, je t'emmènerai avec moi loin d'ici, à l'étranger, là où tu ne seras pas poursuivi par ton passé. Tu recommenceras ta vie.

-Je n'ai pas envie de quitter ce pays. Mes amis, ma vie sont ici.

-Je ne fais pas partie de tes amis?

-Si vous étiez mon ami, vous mettriez tout en œuvre pour que je puisse retrouver ma liberté.

-Je croyais que nous avions déjà évoqué cette question, Harry, soupira l'homme. Même si tu te déclares innocent en accusant la comtesse, personne ne te croira.

-Et si c'est vous, ou le vicomte, qui me soutenez devant la police ou la justice?

-Quoique nous disions ou fassions, on nous rétorquera que nous n'avons pas été témoins du meurtre, ce qui est irréfutable. Entre ta parole et celle de la comtesse, c'est la sienne qui sera prise en compte.

Il y eut un silence, puis le Lord releva la tête de Harry et se pencha pour happer ses lèvres entre les siennes.

-Que dirais-tu de prendre un bain avec moi?, murmura-t-il d'une voix basse et chaude quand il se fut détaché de lui. Je vais demander à Dobby de remplir la baignoire.

-Je suis fatigué..., protesta le garçon, les paupières baissées.

-C'est toujours ce que tu me dis. Un bain te détendra, tu n'en dormiras que mieux cette nuit.

Le Lord le lâcha et alla donner ses ordres à Dobby, en faction sur le palier. L'esprit vide, Harry fixait rêveusement les flammes, ses bras croisés autour de lui. Une fois la porte refermée, le Lord revint le trouver et passa cette fois un bras sur ses épaules.

-Regarde moi, Harry...

Machinalement, le garçon tourna la tête vers lui.

-Souris moi.

Harry en était incapable. Le Lord sembla le comprendre, et son visage s'assombrit. Il descendit son bras, l'enroulant autour de la taille du garçon.

-En dépit de ta jeunesse, tu refuses de voir la situation de manière positive. Aurais-tu vraiment préféré être condamné à mort et pendu? Me détestes-tu à ce point?

N'obtenant aucune réponse, l'homme fit glisser sa main jusqu'aux fesses du garçon, les caressant à travers le tissu des hauts-de-chausse.

-Je comprends que tu aspires à la liberté. Mais oublie quelques instants ta condition, et laisse toi aller au plaisir et au bonheur que je peux t'offrir...

Déjà, le Lord entreprenait de défaire le col de sa chemise. Harry l'arrêta dans son élan, lui rappelant que Dobby allait arriver d'ici peu avec ses seaux d'eau. Riant, l'homme le reprit dans ses bras et l'entraîna jusqu'au mur contre lequel il le plaqua.

-Je ne sais pas si j'aurai la patience d'attendre Dobby..., murmura-t-il en se frottant avidement contre lui, une main posée sur son entrejambes.

Résigné, le garçon se contraignit à ne pas penser, laissant son corps réagir librement aux attentions du Lord. Mais dans cet abandon, il savait qu'il renonçait à bien plus qu'à sa pureté ou à son intégrité physique.

Son être tout entier était entrain de vaciller, sur le point de basculer au fond d'un précipice dont il savait qu'il ne remonterait jamais.

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Et voilà...j'espère que vous ne vous êtes pas ennuyés, et que la fameuse « scène » ne vous a pas trop déçus, choqués ou semblé ridicule. Serez-vous un peu plus nombreux à faire signe cette semaine...? Je croise les doigts...Bisous à tous !

Yue: Merci beaucoup pour ton commentaire. Le Lord est sympa avec Harry? Oui, d'une certaine manière, hé hé hé...Le tableau de Mulciber sera continué, ne t'en fais pas. A bientôt!

Une lectrice: Merci! Ne t'inquiète pas, la suite reprend la scène là où nous l'avons laissée (j'ai décidé de ne plus frustrer le lecteur autant que j'en avais l'habitude, bande de veinards!)! Bises!

Fanny-kun: Coucou Nini! Tu aimes les scènes licencieuses? J'espère parvenir à te combler, ça n'est pas gagné, hum...Le bandeau sur les yeux, oui, je trouve ça très excitant, et c'est une des scènes d'un spectacle d'opéra auquel je participe actuellement qui m'en a donné l'idée. Si ça t'intéresse, je te raconterai ça la prochaine fois, hu hu hu...Alors, bonne lecture, et plein de poutoux à toi!

Une potterienne: Aha! Tu es la seule à avoir deviné ce que le Lord a révélé à Drago pour obtenir son silence...mais ce nouveau chapitre va en dire plus là dessus, de toute façon. -Pour Neville aussi, tu vois juste. Il tient beaucoup à Luna, qu'il aime tendrement, à sa manière. Mais au sujet du Lord, je pense qu'il ne se fait pas tellement d'illusion. Il le connait de longue date, et a bien compris que l'homme le méprise. D'ailleurs, il s'attend à ce qu'il le tue pour ce qu'il a fait.-Tu analyses remarquablement bien les sentiments du Lord envers Harry. Je n'ai qu'un mot à dire: bravo! J'invite même tous les lecteurs qui ont du mal à y voir clair à aller lire ta review, c'est une excellente explication de texte!-Ah oui, tu as aussi raison en ce qui concerne le trou de mémoire de Harry: c'est un inquiétant avertissement.-Voilà, je t'embrasse chaleureusement...et j'attends de te lire une nouvelle fois, si tu savais comme ça me fait plaisir!

Tranen: Hello! Merci pour cette belle review! Oui, je sais que la fin était frustrante, mais tu trouveras la suite de la fameuse scène dans ce chapitre...-Neville a des excuses: il n'a plus jamais l'occasion de parler au Lord (depuis que Harry est là), et en plus, il n'est pas sensé savoir que Drago n'est pas au courant de la présence de Harry au château!-Quant à Drago, ce chapitre nous en apprendra plus à son sujet. J'espère que la suite sera à la hauteur de tes attentes! Zoubis!

Elodie: Coucou! Je suis ravie que cela te plaise, et que tu apprécies les jeux érotiques du Lord. Ce nouveau chapitre ne te décevra-t-il pas? Bises!

Loan: Merci pour ta longue review, que j'ai adorée. -Oui, Neville est touchant, même si son intervention est maladroite.- Tu aimes mon Harry? Moi aussi, je le trouve séduisant et courageux, et surtout, je voudrais en faire un être aussi génial musicalement que Mulciber est génial côté peinture (de même que le Harry de JKR est particulièrement doué en magie).- Le Lord aime-t-il Harry? Oui, je crois pouvoir dire qu'il l'aime, à sa manière, hum...Mais ce n'est pas quelqu'un de « moral », on est bien d'accord là dessus.-Pour Drago, tu as raison, mais on en saura plus encore dans ce nouveau chapitre.-Ah, Severus...je suis heureuse que tu l'apprécies. Il aura encore un grand rôle à jouer dans cette histoire. C'est vrai que pour lui, c'est l'intérêt de Harry qui passe avant tout!-Voilà, je t'embrasse, et je te dis à bientôt!

Merci d'avoir lu, et n'oubliez pas de laisser votre avis!