Chapitre 21 :
A peine l'eau commence-t-elle à caresser ma peau, alors que je m'enfonce dans le liquide brûlant, que je ne peux me retenir de pousser un râle de satisfaction. A présent, immergée dans l'eau jusqu'aux épaules, je me laisse aller en fermant les yeux contre le rebord de pierre. Nirvana, je t'ai trouvé.
- Kei ?
- Mmmm ?
- Je suis désolée.
Sous le coup de la surprise, je me redresse complètement en ouvrant des yeux ronds :
- Hein ? Mais de quoi tu…
- Tu sais très bien de quoi je parle. Ne te fais donc pas plus idiote que tu ne l'es en réalité. Je sais bien que tu ne l'as pas fait exprès.
Mais si les mots semblent durs Rukia me sourit avec douceur, contredisant ses paroles. Alors un grand poids s'envole de mes épaules et je lui souris à mon tour je cherche sa main sous l'eau et elle la saisit sans hésitation. Décidément je joue à « mes mains ont la parole » avec toutes les filles que je rencontre aujourd'hui.
Je formule enfin à haute voix la question qui me brûle les lèvres depuis plusieurs jours :
- Comment va-t-il ?
Son sourire se fait plus grand et ses yeux se mettent à briller :
- Très bien ! Il a complètement récupéré de ses blessures et il s'entraîne maintenant à canaliser son nouveau reiatsu. Hier il a tenté d'utiliser Hiiho Zabimaru mais heureusement qu'il s'entraînait vers les ruines de la troisième division, car il n'a pas du tout réussi ! Il a failli mettre le feu à ses cheveux et ses sourcils ont roussi. Ce qui me semble être une bonne alternative à ses tatouages finalement, ajoute-t-elle dans une pseudo attitude de réflexion.
Nous rions encore un bon moment des déconfitures de Renji puis nous sortons de l'eau. A ce moment je baisse ma garde et oublie de lui dissimuler mon dos. J'avais vu juste : un bon bain chaud m'a reposé et la douleur a quasiment disparue. Effectivement, je cicatrise vite…
- Juste ciel Kei, mais dans quel état es-tu ?
Merde. Rukia a maintenant une vue exceptionnelle sur mon dos zébré. J'ai juste le temps de saisir un kimono et de commencer à m'en vêtir quand elle ajoute à haute voix, à ma grande horreur :
- C'est encore pire que ce que vous soupçonniez, Nii-Sama !
Pâle comme une morte, je me tourne vers elle :
- Quoi ? Tu as… prévenu ton frère ?
Comme pour répondre à ma question, je sens soudain la pression spirituelle du Capitaine dans mon dos. Mortifiée, je me retourne, les bras croisés sur ma poitrine pour essayer de dissimuler ma nudité, car mon kimono est toujours à moitié enfilé et me cache à peine. Le col est au niveau de mon coccyx et offre ainsi une vue imprenable depuis ma nuque jusqu'à ma chute de reins.
Les yeux d'ordinaire mauves semblent noirs et sont plissés sous l'évidente contrariété de leur propriétaire. Il ne desserre pas les dents cependant et c'est Rukia qui parle à sa place :
- Qui a osé ?
Malgré moi, je réagis comme une enfant prise en faute et baisse la tête :
- Quelle importance ? Je ne souffre déjà quasiment plus. Dès demain il n'en paraîtra plus rien…
Un silence plus pesant encore que mon humour déplorable s'installe. Je lève timidement les yeux vers le maître de céans toujours silencieux, mais celui-ci m'a déjà tourné le dos et est sur le point de sortir.
Je ramène les pans du vêtement autour de moi en songeant distraitement que cela fait déjà plusieurs fois qu'il me voit à moitié nue en sortant de mon bain … Et que je ne m'en formalise même pas. La porte se referme sur un claquement plus sec qu'habituellement. Je soupire néanmoins de soulagement.
Mais je ne vais pas laisser passer ça.
Me tournant vers Rukia, maintenant que nous sommes de nouveau seules, j'explose enfin :
- Tu me surveillais ? Comment savais-tu que ton frère était là ? Et comment savais-tu qu'il avait des soupçons ?
Rukia reste cependant stoïque :
- Les papillons de l'enfer vont plus vite que toi, Kei. Nii-Sama m'a demandé de venir dans la salle de bain quand tu te déshabillais et de regarder si tu n'étais pas blessée : il a jugé que tu étais bien trop mal en point lors de votre combat pour une simple fatigue.
« Vu que j'étais proche de ces lieux, je n'ai eu aucun mal à m'installer dans l'eau quelques secondes avant que tu n'entres. Et ce que j'ai vu a confirmé que tu es bonne pour retourner voir le Capitaine Unohana avec diligence.
Resserrant la ceinture du peignoir d'un geste un peu trop vif qui me coupe presque le souffle, je fulmine :
- Voilà qui est très sympa, vraiment ! Savoir que non seulement je suis observée dès que je pose un pied en dehors d'ici, mais également lorsque je prends un bain… La confiance règne !
Alors Rukia pique une colère. Une vraie. On dirait moi, avec quarante centimètres de moins ce qui est encore plus impressionnant à voir :
- Tu veux que je t'avoue sans détours quelque chose ? Tu n'es qu'une idiote ! Tu as des réactions d'enfant gâtée qui n'ont pas lieu d'être ! Au lieu de vouloir gérer les choses seules, commence donc par venir en discuter ! Nous connaissons l'Académie, le Seireiteï et la Soul Society elle-même mieux que toi, il me semble ? Tout le monde ici présent se soucie de toi, de ton devenir, de ton bien-être, mais tu n'en as que faire et agis à ta guise !
« Crois-tu que garder le silence solutionnera tes problèmes ? Tu viens juste d'arriver en ces lieux et tu penses pouvoir en percer tous les codes ? Si les hautes instances ont pensé qu'il te fallait être chaperonnée, cela n'est pas en vain ! Tu n'as pas le temps de t'occuper de telles billevesées, Envoyée Céleste ! Tu ne dois pas te détourner de la raison de ta présence ici. Mais au lieu de se concentrer de toutes tes forces dans ce but, Mademoiselle préfère se mettre dans des situations susceptibles de freiner son apprentissage !
« Crois –tu sincèrement qu'Aïzen attendra tranquillement que tu sois parfaitement prête à le battre avant de vouloir revenir nous occire ? Il n'hésitera pas lorsqu'il sera prêt, lui ! Alors tu ferais mieux d'en faire autant !
Maintenant en larmes, livide et folle de rage et de colère mêlées, je me mets à hurler à mon tour :
- Mais tu crois quoi ? Que je baille aux corneilles ? Que je me retrouve dans cet état par plaisir, histoire de perdre du temps ? Tu crois que je ne sais pas que je dois me dépêcher de retrouver la mémoire ? Tu imagines un peu ce que je ressens, au quotidien ? Est-ce que tu t'es mise à ma place, rien qu'une fois ? Non, bien sûr que non ! Et personne ne le fait, ni ne veut le faire ! Alors arrêtez tous de me mettre autant la pression ! J'en peux plus, moi, je vais craquer !
- Mais tu n'en as pas le droit ! Tu es la guerrière divine que tu le veuilles ou non !
Alors là, trop, c'est trop. J'ai effectivement rien demandé, moi, je vous rappelle.
Je suis déjà dehors avant même de savoir ce que je fais maisn cette fois-ci, j'arrive à ne pas me jeter dans les bras du chef du clan Kuchiki qui est là, devant la porte. Sans même chercher à reprendre contenance ou essuyer mes yeux, je le foudroie du regard, à moins que je ne le prenne à témoin de ma détresse, allez donc savoir.
Mais sans même essayer de polémiquer, expliquer ou juste ouvrir la bouche, je tourne la tête et me mets à courir. Je n'ai pas envie de supporter, non, de subir un affront de sa part, en plus. Deux secondes plus tard, je laisse le frère et la sœur loin derrière moi. Je note avec un certain cynisme, malgré la situation, que des forces semblent m'être revenues.
Mais alors quoi ? Vous tous, habitants sur Seireiteï, vous pensez que nous faisons une course contre la montre ? Qu'un ennemi surpuissant va revenir pour tous vous envoyer ad patres ? Que personne ici n'est de taille ? Que vous allez tous y rester ? Pas de panique, les shinigamis ! Votre solution à tout ça est là ! Bientôt, très bientôt, la guerrière sera au rendez-vous ! Dormez tranquille, elle sera là pour tous vous sauver ! Croyez-moi, je vais travailler encore plus dur et m'améliorer fissa. Vous pourrez être fier de votre apprentissage bien rigoureux et inhumain, pas de problème !
Je vais m'atteler à maîtriser le shunpô, à revoir Reiten sans me retrouver dans un état comme celui de ce soir, à maîtriser parfaitement mes armes comme ma puissance. Je serai bientôt une guerrière accomplie qui aura recouvré la mémoire et sera tout à fait apte à protéger comme il se doit la Soul Society, car tel est mon rôle.
Je vais devenir létale et efficace, une machine à tuer. Aïzen peut d'ors et déjà commencer à trembler, car il ne sait pas ce qui l'attend. Dès qu'il mettra un pied ici, l'envoyée divine le lattera sévère, genre le satellisera en orbite pour plusieurs millénaires sans même qu'il n'ait le temps de se poser la question du pourquoi du comment.
Pas de problème, je viens de vous le répéter !
Mais moi, j'ai juste envie de mourir.
Le lendemain, je suis debout bien avant que Miyabi n'ouvre la porte de ma chambre pour venir me réveiller. Je ne desserre pas les dents tout le temps de mes préparatifs et, même si je vois bien que ma copine est décomposée de me voir dans cet état, je savoure ma colère et n'essaie pas un seul instant de désamorcer la tension ambiante. C'est elle qui le fait :
- Kei –Sama ? Messire Byakuya vous attend sur le terrain d'entraînement, afin de poursuivre votre combat d'hier et il m'a chargé….
Sans la regarder et en lui tournant ostensiblement le dos, je réplique méchamment :
- Le Capitaine a visiblement oublié qu'il y a des cours dès le matin à l'Académie. Et je risque d'être en retard si je continue à te parler.
Elle ne réplique pas et est certainement en train de me saluer quand je sors d'un pas vif et pars sans me retourner en direction de l'école. Depuis toujours, j'ai eu ce besoin de marcher afin d'évacuer ma colère, ma frustration, bref tous ces sentiments qui pourrissent bien la vie et les relations avec ceux qu'on aime. Aussi je commence à reprendre mon rythme de « démarche Tokyoïte » comme je l'appelais lorsque j'étais vivante, cette allure plus que pressée qui fait avaler les kilomètres sans même s'en rendre compte.
Je repense à mon attitude envers Miyabi. Injuste ? Oh que oui et plus qu'injuste, même ! Et j'ignore bien pourquoi je m'en prends ainsi à la seule personne dans ce domaine qui se soucie de ce que je peux ressentir.
En fait, je suis trop bouleversée pour ne pas transmettre mon ressentiment et ma déception actuelle, alors je préfère m'enfermer dans ma bulle et accrocher une pancarte imaginaire mais bien visible autour de mon cou disant « approchez à vos risques et périls ». Histoire de déculpabiliser, je me dis que je préfère l'épargner en agissant ainsi, même si elle ne le comprend pas pour l'instant…
J'ai marché jusqu'à l'enceinte de l'école de shinigamis sans avoir recours ni à mon « chauffeur » ni au shunpô, bien sûr. Il m'aurait bien aidée en ce moment, mais faut pas trop m'en demander non plus. Quand je franchis les portes de l'entrée secondaire, je m'aperçois avec horreur que j'ai fait un détour pour arriver jusqu'ici sans même rendre compte et que, du coup, je suis à la bourre. Et merde, manquait plus que ça ! Mais je cumule, ma parole !
Je me mets à courir en direction du bâtiment principal où sont dispensés les cours. Une fois arrivée à l'intérieur, je m'aperçois bien vite qu'il se passe quelque chose d'inhabituel : il n'y a personne. Je m'arrête afin de regarder autour de moi. La cour aussi est vide, de même que le hall d'entrée. Je ressors afin d'aller inspecter les jardins attenants mais là encore, personne.
De plus en plus flippant, cette histoire.
Heureusement, j'aperçois au loin deux silhouettes en train de courir en direction de l'entrée principale. Je les hèle, mais ils sont trop loin pour m'entendre. Alors je leur emboîte le pas et arrive juste après eux pour voir que toute l'école, étudiants comme professeurs, forment à présent une haie d'honneur encadrant l'allée qui remonte vers l'entrée.
Je cherche ma classe des yeux, normalement réunie autour du professeur de shunpô puisque c'était le cours initialement prévu à cette heure-là. Mais je constate avec horreur qu'elle se trouve un peu loin sur ma gauche, avec le professeur de combat, celui-là même qui a autorisé ma mise en charpie d'hier. C'est vrai que, malheureusement pour moi, c'est le responsable de ma promotion…
En marchant sur la pointe des pieds, j'espère seulement deux choses : primo, arriver discretos histoire de pas me faire remarquer, et secundo, que le prof ne se rende pas compte que je suis à la bourre. Je cours maintenant le plus silencieusement possible et arrive juste derrière l'un de mes camarades. Mais la guigne me poursuit : l'enseignant a tourné la tête pile au moment où je me suis arrêtée. Donc, m'a vue. Et forcément, me fait signe de m'avancer. Ce type a un radar, ou quoi ?
La mort dans l'âme et me faisant le plus petite possible, je me fraye un chemin parmi mes comparses et arrive au second rang, juste devant Omaeda Senpaï. Je me demande bien pourquoi l'école au grand complet est au garde à vous de la sorte. J'entends des chuchotements autour de moi et comprends le mot « Capitaine ». De quoi ?
Puis je me rappelle les souvenirs de Renji, quand lui-même était à l'Académie : Aïzen était venu en visite avec Gin et tous les élèves s'étaient attroupés ainsi, comme un troupeau de vaches regardant passer un train. Faut dire qu'il n'y a pas beaucoup de distractions, par ici…
Je tourne la tête, histoire de voir si ma théorie est exacte : en amont, rien. Et vers l'entrée ? Je ne vois pas grand-chose non plus. Mais c'est lorsque je regarde devant moi que je ne peux m'empêcher de m'exclamer. J'ai complètement raison : un Capitaine est bien en visite. Avec son vice-Capitaine, bien évidemment. Ils sont pile en face de moi et se contentent de regarder droit devant eux, en marchant calmement. Mais je reconnaîtrais ce profil noble et si beau n'importe où, ainsi que la chevelure qui semble prendre feu à chaque fois qu'elle est exposée à la lumière du soleil de la seconde personne.
Le Capitaine Kuchiki et Renji.
Voili voilou! Pfff... C'est désespérant, ce silence ...
Merci tout plein à ceux qui daignent passer...
