Quelque part dans le Nord entre Winterfell et le Mur.
Cela faisait maintenant cinq jours qu'Arya, ses enfants, Daario et Daenarys avaient atterri dans le Nord. La jeune princesse n'avait pas encore décidé qui contacter par rapport à son retour. Elle pensait sérieusement à aller à Winterfell, pensant que Benjen serait plus compréhensif. Ce qu'elle ne savait pas, c'était que tout Westeros était au courant de la mort de Viserys et de son départ d'Essos...
La jeune reine aidé par Daario avait construit un abri principalement pour Daenarys et les enfants. Les deux amis dormaient à l'ombre des dragons dont le corps fournissait une chaleur agréable. Ils chassaient pour nourrir leur équipée mais le froid saisissant dans la nuit commençait à atteindre Naerys qui n'était qu'un nourisson et les jeunes parents s'inquiétaient. Aelyx voyait cette semaine comme une aventure palpitante et passait ses journées avec son dragon sous le regard attentif de sa tante.
Aujourd'hui, Arya s'était décidée à rendre visite à son oncle. Elle s'y rendit avec Naerys qu'elle voulait voir se réchauffer à Winterfell. Elle laissait Daario à contre cœur mais elle ne pouvait laisser Daenarys sans défense avec son aîné. Elle enfourcha Drogon et s'envola dans l'air froid du grand Nord dont elle avait perdu l'habitude. Après une heure de vol, elle arriva en vue du bastion du Nord, elle se posa derrière le bois sacré, espérant que Drogon ait été assez discret pour n'avertir personne de sa présence. Marchant dans la neige qui ralentissait ses pas, Arya priait silencieusement que son oncle soit dans le bois sacré, qu'elle n'ait pas à s'annoncer aux portes de Winterfell. Les dieux furent cléments car au pied de l'arbre sacré se tenait le lord de Winterfell, en profonde méditation. Par respect envers les dieux qu'elle n'avait jamais cessé d'adorer, Arya attendit que son oncle se relève avant de s'annoncer. Elle n'avait pas prévu l'embrassade qui suivit quand Benjen se remit de son choc de voir sa nièce disparue de retour dans le pays de ses ancêtres. Suivit le moment des explications quand Naerys se fit entendre, apparemment mécontente d'être compressé entre les deux adultes. Le visage de Benjen s'éclaircit en voyant la petite fille qui ressemblait tant à sa nièce mais se referma aussitôt en se rappelant de son géniteur.
-Ce n'est pas la fille de Viserys, oncle Benjen. Je l'ai amené avec moi dans l'espoir que tu t'en occupes, le temps que la situation se normalise pour tout le monde.
-Pour tout le monde ? Qui est le père de cette petite ?
-Je ne suis pas revenue seule de mon excursion à Essos mais cela me semble hasardeux que je vous présente tout le monde en même temps. Mais Naerys est trop petite pour survivre dehors dans le grand nord. C'est pour cela que je veux que tu me promettes que tu t'en occuperas. Tu ne dois pas dire qui te l'a confiée. Je ne suis pas prête à m'annoncer à Westeros. Mais Naerys ne doit pas pâtir de cette situation, elle a dejà trop souffert. Et elle n'a pas six mois …
Benjen promit à sa nièce de s'occuper de cette si jolie enfant. Il la prit dans ses bras et quand il demanda à Arya où elle logeait pour lui apporter des vivres et de quoi se chauffer, cette dernière se renferma et poussa le lord de Winterfell à retourner chez lui. Le cœur brisé, Arya repartit vers son dragon qui l'attendait impatient mais silencieux de retourner vers ses frères. Elle s'envola d'un bond, fendant l'air en chevauchant son dragon noir et écarlate qui d'un cri perçant mit en éveil toute la plaine. Arya était cachée par les nuages mais les guetteurs du donjon montèrent la garde avec une ardeur redoublée, redoutant une attaque de Sauvageons ou pire encore …
Daario faisait les cent pas, se rongeant les sangs alors que Arya emmenait sa fille au loin, chez des inconnus. Pour le mercenaire, sa fille était devenu le centre de l'univers, et la savoir protégée lui garantissait une certaine tranquillité d'esprit mais il ne connaissait pas personnellement ce Stark (même s'il se doutait qu'Arya ne confierait pas Naerys à n'importe qui). Quand il entendit le bruit caractéristique de Drogon qui approchait, il releva les yeux pour voir la majestueuse bête atterrir. Les joues baignées de larmes, Arya se jeta dans les bras de Daario et s'épancha pendant quelques minutes avant d'aller retrouver son aîné qui à trois ans, avait encore bien besoin de sa maman. Daenarys lui donnait un cours de Valyrian, qu'Aelyx devait obligatoirement maîtriser rapidement pour contrôler son dragon. Le petit garçon oublia tout à fait sa leçon quand il vit revenir sa mère. Il sauta à son cou et Arya oublia pendant quelques instants son chagrin …
Une semaine était passée depuis qu' Arya avait rendu visite à Benjen et aujourd'hui, elle s'apprêtait à introduire Aelyx à son grand oncle. Le petit garçon avait ordre de ne pas parler des dragons à qui que ce soit et surtout de Rhaegal qui était celui qui avait causé le plus de malheur à Westeros. Ce qu'Arya ignorait, c'est que depuis plusieurs semaines, des rapports de la Garde de Nuit parvenait au Warden du Nord, et que celui ci était très préoccupé par des occurrences d'avancées de sauvageons au delà du Mur. Jamais pendant son règne, les pillages et les exactions des sauvageons avaient été aussi violentes et nombreuses. Ce qui dérangeait Benjen Stark, était la localisation de ces attaques, de plus en plus proches de Winterfel. Le Warden avait mis tous les gardes en alerte, et des patrouilles quadrillaient les alentours. Malgré ces dérangements, Benjen s'occupait bien de sa petite nièce qu'on lui avait confié par le hasard du destin. Celle-ci était étrangement calme, ne pleurant jamais et se contentait de peu. Sa nourrice ne tarissait pas d'éloges sur le comportement de la petite princesse même si elle la trouvait presque triste, mélancolique. Benjen ne savait quoi penser. En effet, la mort de Baelor n'était pas connue à Westeros et Arya ne l'avait pas dit à son oncle. Quand Arya arriva une fois de plus à la fin de la prière de Benjen, celui-ci se releva prestemment. Ce coup-ci, impossible de démentir, la crinière blanche et les yeux si particuliers du petit garçon qui l'accompagnait ne laissaient aucun de doute sur la parentèle de l'enfant. C'était l'aîné des Targaryen, la seule trace restante du passage de Viserys sur terre. Benjen accueillit sa nièce de manière plus circonspecte. Cette dernière, en sentant la froideur de son oncle, s'arma face aux inévitables remarques.
-Oncle Benjen, je te présente Aelyx.
-Que fais-tu Arya ? Le royaume tout entier attend de tes nouvelles. Tes parents se meurent d'inquiétude pour toi à la capitale, Oberyn se meurt à Dorne, ta sœur ne cesse d'harceler King's Landing de corbeaux pour savoir la date de ton retour et Robb bat la campagne en espérant tomber sur toi au détour d'un navire. N'as tu donc aucun cœur pour les faire patienter ainsi ?
-Crois-moi Benjen, si je pouvais, je ne me terrerais pas dans un vallon oublié des dieux et je dormirais dans un lit confortable à Dorne dans les bras d'Oberyn mais le problème est complexe.
-Pourquoi ? Qu'est ce qui t'empêche de revenir à la maison ? Tu as rammené tes enfants, tout le monde les acceptera malgré leur géniteur …
-On est venu nombreux, Monsieur : Rhaegal, Drogon, Viserion, Daario et tante …
Arya s'était jeté sur son fils et l'empêcha de finir sa phrase mais Benjen eut une révélation :
- La sœur n'est pas morte … et les dragons sont à Westeros … Arya qu'as tu fait ?
-Benjen, laisse-moi expliquer …
-JE NE TE COMPRENDS PAS ! COMMENT ?
- Je ne pouvais pas faire autrement … Je me suis liée avec Drogon le deuxième jour de mon arrivée à Essos grâce à mes capacités de warg, cela m'a sauvé la vie. Daenarys ne participait que contrainte et forcée aux raids de son frère, et nous avons toujours fait en sorte d'envoyer des secours par après. Et Rhaegal était le dragon de Viserys, j'avais le devoir de lui trouver un maître. Tu ne peux même pas imaginer les dégâts qu'auraient causé un dragon libre sur Essos comme sur Westeros. Aelyx peut le contrôler, nous lui apprenons avec Daenarys à communiquer au mieux avec son dragon et il y parvient.
-Tu laisses ton fils de trois ans chevaucher une bête féroce ? Passe encore pour la sœur mais les dragons … Dorne ne les acceptera jamais … Pas après ce qu'il s'est passé. Oberyn est prince de Sunspear, Ariane ne se décide pas à régner pleinement et il s'est toujours fait un devoir d'obéir à son devoir et de seconder son frère. Il ne quittera jamais Dorne. Et les dragons seront haïs, pourchassés et vous serez les souffre-douleurs de ceux qui ont tout perdu, ce qui ont peur . En as-tu conscience ?
- Ne crois tu pas que j'ai pesé le pour et le contre en venant ici ? Je savais que je prenais le risque de perdre Oberyn pour de bon et tout rêve de retour à la normale. Pourtant, je pensais que tu me comprendrais, j'ai besoin de revoir mon père, ma mère, mes frères et Sansa. Je veux sentir Oberyn une nouvelle fois … Accepte de voir Drogon, c'est mon dragon, il n'a participé à aucun raid. Il n'a été lié qu'à moi depuis sa naissance.
Hésitant, Benjen finit par acquiescer, dévoré par la curiosité de voir un dragon d'aussi près. Le lord de Winterfell suivit sa nièce à travers le bois sacré et fit un bond en arrière quand un immense dragon ébène s'imposa à lui. Apparemment méfiant envers cet inconnu, Drogon se détendit quand sa maîtresse se fit voir clairement. Le dragon se détourna rapidement du nouveau venu et se rallongea, attendant l'ordre d'Arya qui ne finnissait pas de se faire attendre. Bouche-bée, Benjen ne comprenait pas comment cette même créature pouvait tuer des centaines de personnes en quelques minutes et se trouver aussi docile devant une unique personne. Arya attendait les premières paroles de son oncle avant de s'avancer vers son dragon. Elle guida Aelyx vers Drogon et le jeune prince gravit la montagne sans un bruit. Il attendait sa mère en silence. Celle-ci se tourna vers Benjen :
-Les trois derniers dragons vivants sont entre de bonnes mains, Daenarys est une bonne âme, manipulée et maltraitée par Viserys depuis la guerre contre son père et leur fuite sur Essos. Elle n'aspire qu'à vivre en paix maintenant qu'elle est libérée de l'emprise de mon mari. Daario est un ami fidèle qui a toujours été là dans les moments les plus terribles de ces dernières années. J'espère que tu arriveras à accepter cet état de fait où nous partirons nous établir ailleurs. Si toi, l'homme le plus ouvert et tolérant que je connaisse n'y arrive pas, je ne me présenterais pas à mon père et encore moins à Oberyn. Je disparaitrais avec mes enfants, Daario et Daenarys.
Sur ces mots, Arya se décida à partir rejoindre les siens. D'un bond prodigieux, Drogon s'enleva des airs et vogua vers le nord. Benjen resta interdit devant cette manifestation inédite de la magie qui habitait encore ce monde, ne retournant à Winterfell que quand il ne put plus distinguer la tache noire qui volait toujours plus haut jusqu'à disparaître.
King's Landing, Red Keep, deux semaines plus tard.
Après plusieurs jours de voyage menés à grand train par Oberyn, celui-ci accompagné d'Ariane et de Dorea arriva enfin en vue du château royal. Il pénétra furtivement dans la cour, sauta à bas de son cheval, et s'empressa de rejoindre la salle de réception où à cette heure de la journée, le roi devait déjeuner avec sa famille et ses plus proches conseillers. Le hérault n'eut pas le temps de l'annoncer qu'il poussait déjà les portes avec une vigueur qui l'avait abandonnée depuis trois ans. Le bruit provoqué fit stopper net les discussions dans la salle. Ce fut Robb qui brisa ce silence pesant en allant saluer chaleureusement celui qu'il voyait comme un frère. Lui aussi avait beaucoup souffert de l'abandon de sa sœur et ils avaient correspondu de manière régulière pendant ces trois années de malheur. Ned se leva, s'excusa auprès de sa femme et somma Oberyn de venir avec lui dans son bureau. Celui-ci obtempéra.
- J'ai reçu avant-hier une missive du Nord. Deux informations capitales y étaient consignées. Les attaques de sauvageons prennent des proportions inquiétantes : Last Hearth a été attaqué et les Umber sont morts, sans aucune exception. Le jeune Lance Umber qui était en voyage à Bear Island avec son gouverneur héritera de Last Hearth quand il sera en âge mais je l'ai confié aux Stark. Benjen y envoie son aîné qui sera accompagné de son mestre.
-En ce qui concerne Arya, Ned ! J'ai besoin de savoir, as-tu des nouvelles ? Je n'ai rien reçu de mon informateur depuis la missive annonçant la mort du Targaryen …
-Patience Oberyn, j'y viens. Arya est à Westeros, elle se cache non loin de Winterfell selon Benjen qui l'a rencontré il y a deux semaines. Elle lui a confié un nourisson et lui a présenté son aîné qui a trois ans mais a refusé de se présenter à Winterfell, et encore moins à King's Landing. Arya a changé pendant son absence et ce qui lui est arrivé l'incite apparemment à la plus grande prudence.
-C'est décidé, je pars dans le Nord. Je ne peux plus attendre. Il faut que je la voie. Je prendrais le bateau puis je parcourrais le reste du chemin à cheval.
-Pas de précipitation Oberyn, je refuse de perdre Arya une nouvelle fois, elle n'est pas prête à nous revoir. Laissons-lui du temps. Elle viendra à nous quand elle pourra le faire, quand elle se sentira prête.
Le jeune homme sentit que la décision du roi était irréversible, il n'aurait pas l'autorisation d'aller voir Arya. Il espérait recevoir une nouvelle information de cet oiseau exotique pour tenir jusqu'à leur réunion. Il sortit du palais pour se diriger vers les jardins, laissant le roi seul, désemparé face à cette nouvelle situation. Car il n'avait pas avoué qu'il savait la raison de l'obstination d'Arya à rester dans le Nord. Elle n'était pas venu seule et les trois dragons qui s'étaient joints au voyage posaient un sérieux problème de réinsertion de sa princesse et sa progéniture dans ce royaume qui avait tant souffert de la violence de ces bêtes sauvages...
