Chapitre 20 : Rien n'est fini

« Où est-ce que … je suis ? Est-ce que je suis mort ? »

Même en ouvrant les yeux, je ne vois plus rien devant moi. C'est le vide absolu, il n'y a rien, rien du tout. Qu'est-ce que ça veut dire ? Pourquoi est-ce aussi vide ? Pourquoi ?

« Ne bouge donc plus … Il vaut mieux pour toi que tu ne fasses plus de mouvement trop brusque et … cela pour au moins une bonne semaine. »

La voix de Dyrkri. Bon au moins, je semble être encore bien vivant, malgré ce que je pensais. Je pousse un petit soupir de soulagement mais le goût du sang envahi ma bouche et je crache comme si de rien n'était. C'est juste …

« NON ! NON ET NON ! CE N'EST PAS POSSIBLE ! »

Ganasia. J'arrive à entendre sa voix, je ne dois pas être rassuré, pas du tout même. Mais c'est bien sa voix que j'entends non-loin de moi et qui reprend :

« Maintenant que vous êtes tous et toutes blessées, ça sera bien plus simple pour … »

« Je te le déconseille. Je ne veux pas sortir du corps de Nev alors qu'il est dans cet état … mais s'il s'avère que je doive sortir, je te promets que tu n'en ressortiras pas vivante. Surtout que tu serais déjà morte par Ganasia si Paxia ne s'était pas sacrifiée. »

« AH ! Tu veux me menacer, Rygagagi ?! Fais attention à toi, je ne plaisante pas sur ça ! »

« Et … est-ce que tu penses que je plaisante ? »

C'est bien de moi dont la voix est issue. Je commence à trembler légèrement. Je n'ai pas envie d'une bagarre, je ne suis pas du tout en état pour affronter quelqu'un. Si je me fais avoir, je suis tout simplement fichu. Ah … Plus que fichu même. Je soupire doucement et tente de me relever avant de dire :

« Graudan, nous avons gagné … Il faut que tu tu assumes cela. »

Je n'ai pas réussi à mettre un pied au sol avant de m'effondrer … ou presque. J'arrive à trouver un rocher qui n'a pas fondu par la lave et je finis par me coller contre celui-ci,, dos posé contre lui. Voilà … C'est bon …

« Nev, tu es vraiment dans un piteux état. C'en est triste et navrant, est-ce que tu le sais ? »

« Ne te moque pas, je n'ai pas le moral pour ça. Nous avons été sauvés par l'ennemie, j'ai été incapable de tenir tête à Ganasia. Qu'est-ce que je dois faire alors ? »

« Ce que tu dois faire ? Je te l'ai déjà dit, tu te reposes pendant quelques jours, le temps que tes blessures se soignent, et ensuite, tu feras ce que tu veux de ta vie comme auparavant. »

Un conseil bien stupide de sa part, pourquoi cela ne m'étonne pas le moins du monde. Je préfère juste essayer d'hausser les épaules mais non, même pas ça. J'en suis incapable.

« Et ce que je dis n'est pas stupide, compris, Nev ? »

« Oui, oui, Dyrkri, oui oui … Enfin bon, ce n'est pas bien important, je dois avouer. Je ne crois pas … Ah … Il faut quand même que je me remette à me battre pour … »

« NON ! TU NE FERAS RIEN ! Quitte à ce que ça soit moi qui m'occupe de Graudan ! »

Hein ? Euh … Que … Wow … Mon état est si grave que ça, n'est-ce pas ? Je n'ai pas pu réellement vérifier ça mais si même Dyrkri me dit cela, c'est que je dois ne ressembler plus à grand-chose malheureusement. Je pousse un petit soupir avant de dire :

« D'accord, d'accord, le message est très bien passé, très très bien … »

« Et il a intérêt à continuer à l'être, compris ? »

« Je suis vraiment dans un état si triste que ça ? » dis-je, un peu soucieux quand même. Je ne le remarque peut-être pas mais si elle le voie, c'est que … surement ? Graudan s'avance peu à peu vers moi. Elle aussi fait peine à voir.

« Rygagagi, tu ne crois quand même pas que … »

Wow … Wow ! Mon corps ? Qu'est-ce qui se passe ? Je le sens s'auréolé d'une aura ténébreuse mais qui n'a rien à voir avec celle habituelle, celle que me confie Dyrkri. La voix qui émane de mon corps aussi est beaucoup plus sombre et sinistre :

« Rygagagi et ses sœurs sont épuisées elles aussi. Bien que je n'ai aucun doute qu'elles pourraient t'écraser comme la vulgaire larve que tu as décidé d'être en obéissant aveuglément à Harsia, je me chargerai personnellement de te faire comprendre que tu n'es pas à ta place ici. Si tu n'arrives pas à saisir la première règle élémentaire qui est de survivre, je peux te promettre une leçon mais de telle façon qu'il n'y en aura pas de seconde. »

« Hahaha … Qu'est-ce que tu crois … faire toi ? Sale chienne. »

« Ce que je compte faire ? Te laisser en vie si tu disparais de ma vie, cloporte, dans les secondes qui suivent. Sinon, je te déchiquète et te retire les os de ton corps, un par un, sans même charger à te les replacer dans le désordre. »

Wow … wow … j'ai peur. J'en ai même aussi des frissons de mon côté. C'est la première fois qu'elle parle de la sorte et je dois croire que ça m'impressionne bien. Je ne savais pas qu'elle pouvait se comporter ainsi. Mais son ton est … soucieux … comme si elle bluffait.

« Alors ? Qu'est-ce que tu décides ? Tu veux encore vivre un peu ? »

« Vivre ? Hahaha ! Hahaha … Oui, je vais vivre mais toi … tu n'es qu'une vulgaire ombre. Tu n'as aucune existence ! Tu pourrais bien disparaître de ce monde sans même que les gens sachent que tu existais ! Tu es inutile ! »

« Et ? Qu'est-ce que cela doit me faire ? Où est-ce que tu veux en venir ? Sois donc plus précise si tu as une idée en tête … que je voie si tu le regrettes ou pas hein ? »

« Pauvre folle ! Et pourquoi est-ce que tu fais ça ?! »

« Mes soucis ne regardent que ma personne, je ne vois pas pourquoi je perdrai de temps à en parler à autrui. Maintenant, ne te montre plus devant moi. J'ai beaucoup mieux à faire. »

« TU LE REGRETTERAS ! TU LE SAIS ! »

« Ce que je regretterais ne concerne que moi … et pour l'heure, il n'y a jamais eu un instant où j'ai regretté ce que j'ai fait. »

« Fichue ombre. Tu as tout simplement dépassé tes limites et maintenant, tu es une renégate ! Pourquoi avoir fait ça maintenant ?! Après tout ce temps ?! »

« Cela ne concerne que moi et uniquement que moi … Je n'ai pas à en parler à d'autres. Maintenant, je te laisse une minute. Ensuite, j'agirai si nécessaire pour t'éliminer. »

Qu'est-ce qu'elle fait ? Je n'arrive pas à comprendre où elle veut en venir mais bon, si cela semble marcher, je ne vais pas me plaindre, pas du tout même. Car oui, on dirait bien que c'est efficace face à Graudan. Celle-ci recule et commence à s'éloigner.

« Et au passage, tu as intérêt à ce que les volcans ne continuent plus leurs œuvres sinon … je crois bien que je risque de m'énerver réellement. »

« Ne te fout pas de moi ! Compris ?! Je ne peux pas faire autre chose ! Ça m'est impossible ! J'ai mes consignes et … … … je le ferai. »

Wow ? Vraiment ? Comme ça ? En un clignement des yeux et zou, c'était fait ? Si c'était aussi simple, je l'aurait fait mais bon, je crois vraiment que Dyrkri est spéciale. Graudan finit par disparaître de mon champ de vision avant que je ne m'écroule.

« Hey … Nev. Ne me claque pas maintenant hein ? Nev ! »

« Désolé … Dyrkri … je crois que j'ai besoin de dormir un peu. »

« Hey hey ! Ne dort pas maintenant ! Si ce n'est pas moi qui te fait dormir, je ne pourrai pas opérer aussi facilement ! Attends un peu ! NEV ! »

C'est trop tard, je ne peux pas contrôler les élans de mon corps. Celui-ci ne bouge plus et je sombre dans un profond sommeil. Oui, j'ai sommeil … et je n'ai besoin de personnes … pour dormir … bonne nuit, Dyrkri … et les autres.

Les autres ? Les autres ? Lorsque je cherche à me réveiller, je ne suis pas sûr. Je ne sais pas où je suis, je ne sais pas ce que je fais, je ne sais pas du tout. Je suis juste moi et rien d'autre malheureusement … je crois que …

« Ne commence pas à devenir un faux grand passeur, ça ne passera pas. »

« Dyrkri ? Est-ce que je suis encore vivant ? Où est-ce que je suis ? Est-ce que tu peux me répondre ? » demande-je alors que je vois que je ne peux pas ouvrir les yeux. Ils sont bandés ? Je tente de bouger mais je n'y arrive pas.

« Je t'ai paralysé la totalité du corps, tu ne peux plus rien faire, Nev. »

« Pourquoi en arriver à de telles extrémités, il ne faut quand même pas trop pousser non plus. Vous tendez à exagérer toutes et … est-ce que … Il faut que je me lève. »

« Je le refuse et j'utiliserai la force pour cela. Nous sommes dans la maison de Titonée. Tout le monde se repose. Tout le monde va bien malgré les blessures. »

« C'est vrai ? Même Niny … et Migacirpy ? Et Giréléna ? Toutes ? »

« Je sais quand même ce que je dis, Nev. Tu ne me fais pas confiance ou quoi, »

« Ce n'est pas du tout ça, Dyrkri. Ce n'est pas du tout ça … »

Je tente de communiquer avec les esprits élémentaires, je cherche aussi ç me renseigner à ce sujet mais heureusement pour moi, elles ont l'air d'aller plutôt bien, tant mieux … pfiou. J'écoute les quatre filles qui parlent entre elles puis avec moi.

« Je suis vraiment content … tellement content … ah … »

« Niny et Migacirpy sont parties se reposer entre elles. »

« Ah bon ? Je … Hum … Pour Niny, comment elle allait ? Par rapport à Paxia ? »

« Elle a besoin d'être seule, c'est ce qu'elle m'a dit quand je lui ait demandé ce que je devais te dire si tu posais justement cette question car elle te connait, je te connais, nous savons ce que tu pensais et inversement. »

« Je suis … si facile à lire ? Et Giréléna ? Où est-ce qu'elle est ? »

« Elle est avec votre fille. Votre fille a peur de venir te voir. Oh, Giréléna fut bien blessée mais ce n'est rien comparé à toi, toi, tu as été troué comme du gruyère. »

« Quelle belle image que je dois donner à ma fille … elle ne m'a surement jamais vu comme ça. Est-ce que mon corps est si horrible que ça ? Je ne peux rien voir du tout. »

« Tu es vraiment dans un état déplorable dont il ne vaudrait mieux que tu ne vois jamais à quoi tu ressembles. Patientes, ça se soignera tout seul. Je te rappelles que c'est comme ça que cela marche avec ton corps, n'est-ce pas ? »

« N'est-ce pas implique que je suis au courant de comment mon corps fonctionne. »

Je tente de lui répliquer cela mais je ne sais même pas si mes mots sortent de ma bouche. Je sais juste qu'une … femme est en train de me soigner. C'est étrange. Ces mains si douces … est-ce que c'est Titonée ? AH ! Ca pique un peu sur mon corps. En fait, dans quel état est-ce que je suis ? Pourquoi est-ce que je me sens … revivre un peu sous ces mains ?

« Dyrkri ? Qui est-ce qui me soigne ? Elle est douée. »

« Elle a reçu l'ordre de ne pas parler. Ca ne sert à rien que je te réponde. »

« Roh, dis-moi quand même ! J'aimerai bien la voir quand même … »

« Tu te répètes et la réponse est non. Elle peut te mettre nu mais interdiction de te toucher. »

Hahaha ! Je m'empêche de rire mais c'est bizarre, cette voix semble lointaine. Je ne suis pas habitué à ça avec Dyrkri. Je me mets correctement assis alors que l'on me retire mon haut, venant éponger mon dos. C'est étrange … à quel point mon corps supporte la douleur.

« Tu lui diras juste félicitations de ma part ? »

« Je le ferai, Nev. Je le ferai … mais il me faudra une raison. Pourquoi cela ? »

« Car elle est douée, voilà tout. Elle semble savoir parfaitement tout de mon corps et … »

AH ! Qu'est-ce que ça veut dire ?! Quelque chose vint toucher mon dos, déposant un baiser sonore avant que Dyrkri ne s'écrie :

« Hey ! Interdiction de faire ça, j'ai dit ! Ne recommencez plus ! »

« Qu'est-ce que ça veut dire, Dyrkri ? Qu'est-ce qui s'est passé ? C'était quoi ça ? C'était… »

« Elle dépassait la limite de ses compétences. T'embrasser sur le dos … peut-être qu'elle connait parfaitement ton corps mais non … »

« Ne lui en veut pas trop. Enfin, tant que ça ne dépasse pas ça non plus. Surtout vu mon état … et remercies-là encore, Dyrkri. »

Elle me signale qu'elle fera passer le message mais je suis un peu stupide. Si cette personne me soigne, normalement, elle doit m'entendre non ? J'entends des petits rires parmi les esprits élémentaires avant que Rygagagi ne soupire :

« Quand même, quelle comédienne. Je n'aurai jamais pensé cela de toi. »

« De qui est-ce que tu parles, Rygagagi ? Vous allez bien les filles ? Encore ? »

« Tu m'as posé la question, il y a quelques minutes. La réponse n'a pas changé. »

Hahaha. Je suis bête et oooh … Qu'est-ce que ? Ce n'est plus un baiser qui vient toucher mon dos mais tout un corps. J'aimerai bien des explications. Dyrkri n'a pas remise cette personne en place ? Je reste ainsi pendant quelques minutes avant que la chaleur dans mon dos ne disparaisse peu à peu. Puis cette personne, je sais que c'est une femme … mais je me sens nostalgique … bien que je n'ai jamais réussi à mettre un nom à cette personne. Je commence à pleurer, sans réellement m'en rendre compte.

« Ça fait du bien … de retourner à la maison. » murmure-je sans savoir pourquoi.